CHERCHER LA BAGARRE DANS LES BARS DE GAUCHE (Canada)

Quand les skinheads d'extrême droite, surnommés «boneheads», cherchent la bagarre, ils vont dans des endroits fréquentés par des skinheads de gauche. À Montréal, des bars à clientèle progressiste leur servent de lieux de provocation ces temps-ci. Par Caroline Touzin

09/06/2008 - À la mi-mai, des boneheads ont intimidé des militants de gauche venus assister au spectacle du groupe Jeunesse apatride au bar Saint-Laurent, dans le Mile-End. Mais cela s'est retourné contre eux. Certains skinheads d'extrême gauche ne sont pas du genre à tendre l'autre joue lorsqu'on les frappe.

L'intimidation a commencé à la station de métro Saint-Laurent. Carl*, militant anarchiste, et quatre de ses amis, dont une immigrée, ont été encerclés par cinq néonazis à leur sortie de la station. «Ils nous faisaient des saluts nazis et s'avançaient vers nous avec un air de défi», a-t-il raconté à La Presse. Le groupe d'amis a couru se réfugier dans le bar le plus proche. «C'est vraiment humiliant de devoir fuir de la sorte parce qu'on n'a pas les mêmes idées qu'un autre», ajoute-t-il.

Une fois au spectacle, l'intimidation n'a pas cessé. Une voiture dans laquelle se trouvaient trois autres boneheads rôdait autour du bar. Les passagers faisaient des saluts nazis aux spectateurs restés à l'extérieur. Le spectacle était organisé par le RASH-Montréal (Red and Anarchist Skinhead).

En soirée, ces boneheads sont sortis de leur voiture, armés d'au moins un couteau et d'un bâton de baseball. Ils ont menacé deux membres du RASH à l'extérieur du bar. «Les deux gars étaient terrifiés. Ils sont revenus au bar en courant», raconte Marie*, du RASH.

Mais les boneheads n'allaient pas en rester là. Ils sont remontés dans leur voiture pour foncer sur des skinheads qui marchaient sur le boulevard Saint-Laurent. Sauf qu'ils ont raté leur cible et ont percuté un mur de béton. Des antifascistes les ont alors aspergés de gaz-poivre en plus de leur lancer des pierres.

Les arroseurs arrosés ont pris la fuite et ont appelé les secours. Ils ont raconté à la police être membres du White Power, selon nos sources. Personne n'a porté plainte. La police a saisi un bâton de baseball ensanglanté et un couteau dans le véhicule.

Un gros mal de tête
Ce n'est qu'un exemple d'une série d'incidents mettant en cause des néonazis cette année. En février, Luc* s'est retrouvé au coeur d'un de ces affrontements. L'homme dans la trentaine fêtait l'anniversaire d'un ami redskin dans un bar du centre-ville fréquenté par une clientèle étudiante. Le bar nous a demandé de ne pas publier son nom par crainte de représailles.

Tard en soirée, six skinheads masqués sont entrés dans le bar. Les Redskins ne savaient pas s'ils avaient affaire à des amis ou à des ennemis. Les Whiteskins ont souvent un look similaire aux Redskins avec leur tête rasée et leurs Doc Martens.

Encore une fois, la bagarre a éclaté. Le Redskin s'est fait battre à coups de poing américain. Luc est intervenu pour le défendre. Il en a été quitte pour un gros mal de tête, et son ami a eu plusieurs points de suture à la tête.

Les Redskins ont un répertoire de photos et d'adresses de Whiteskins. Après la bagarre, ils ont réussi à en identifier plusieurs. «Pendant un bon bout de temps, les Whiteskins se tenaient tranquilles. Là, ils sont plus actifs. Ils ont recruté des plus jeunes qui veulent faire leurs preuves», dit Luc.

Les indésirables
Pour certains propriétaires de bars, les skinheads d'extrême droite sont une clientèle indésirable. C'est le cas du Café Chaos, rue Saint-Denis, au centre-ville. Ce bar a longtemps eu une clientèle d'anarchistes et de punks. Mais des skinheads d'extrême droite se sont mis à le fréquenter. Cela lui a causé une série de problèmes. La Régie des alcools, des courses et des jeux a même convoqué ses propriétaires le mois dernier. La police de Montréal a répertorié une dizaine d'actes de violence survenus d'octobre 2006 à août 2007 dans ce bar et en dehors.

Deux Whiteskins nazis ont ainsi été expulsés un soir où ils ont agressé un client à «coups de pic sur la tête», a témoigné le policier Gilles Bouchard, devant la Régie. «L'un des suspects a dit au responsable de la sécurité qu'il allait revenir et flinguer tout le monde», a raconté le policier. À deux autres reprises, le bar a appelé la police après avoir reçu des menaces d'un skinhead expulsé. Le policier a parlé d'un lieu «à risque élevé de violence en raison d'une clientèle problématique».

De son côté, le responsable du bar, Rais Zaidi, assure que sa clientèle a changé. «On n'a jamais toléré cette clientèle. On ne les a pas revus depuis la dernière expulsion, il y a un an et demi», a assuré M. Zaidi. La Régie devrait rendre une décision bientôt dans ce dossier.

* Plusieurs intervenants ont demandé à taire leur vrai nom par crainte de représailles.

Lexique
Skinheads de droite: White Power, Whiteskins, boneheads

Skinheads de gauche: Redskins et SHARP (Skinheads Against Racial Prejudice).
CyberPresse

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