special report

I CARE - Rapport Spécial











1ère Conférence Européenne sur le Racisme Anti-Noir - CERAN '06
Les 17 et 18 Mars 2006 à Genève, Suisse.





La Conférence Mondiale sur le Racisme de Durban, Afrique du Sud, en 2001, a permis à la problématique du racisme anti-Noir de gagner en visibilité. Cette problématique du racisme anti-Noir sort aujourd'hui de la problématique générale du racisme afin de bénéficier d'une reconnaissance et d'un traitement qui lui soit spécifique.

Dans ce cadre, le Carrefour de Réflexion et d'Action contre le Racisme Anti-Noir (CRAN), Observatoire du Racisme Anti-Noir en Suisse, a pris l'initiative de réunir sur deux jours des membres de diverses organisations et des spécialistes de la communauté Noire ou simplement intéressés par cette problématique.

Mise en lumière des zones d'ombre de l'Histoire européenne - notemment de la Traite des Noirs et de la colonisation, construction ou re-construction de l'identité Noire, mécanismes du racisme anti-Noir (origines, fondements et justifications), d'hier à aujourd'hui, reconnaissance de la spécifité du racisme anti-Noir, stéréotypes et hiérarchie raciale…

Telles ont été quelques-unes des problématiques abordées lors de cette première conférence sur le racisme anti-Noir.

Dommage que la presse suisse ni aucune autre d'ailleurs n'ait été présente pour couvrir cet événement. Même la présence de M. Lilian Thuram (footballeur de l'équipe de France impliqué dans cette lutte) n'y a rien fait. Est-ce là le signe du manque d'intérêt de la société pour le sujet ?



JOUR 1

" Dans la forêt, quand les branches des arbres se querellent, leurs racines s'embrassent "


La diversité des thèmes abordés lors de cette première journée a offert un vaste panorama de la situation actuelle du racisme anti-Noir en Europe.

Les interventions successives de M. Doudou Diène - Rapporteur spécial à l'ONU (voir FOCUS ci-dessous) - et de M. Dembélé Yaré de l'Observatoire Européen du Racisme et de la Xénophobie ont replacé la problématique du racisme anti-Noir dans le contexte mondial et européen, de manière générale.

Des représentants d'organisations d'une douzaine de pays européens ont ensuite fait des rapports plus spécifiques sur l'état de la situation dans leurs pays respectifs, les programmes et les actions qui ont lieu pour lutter contre le racisme anti-Noir.
Ainsi, entre autre, M. Derty du Cran France a posé le problème de la représentation dans les médias, la politique et l'administration ainsi que la crise des banlieues ; M. Tshakala d'Italie a précisé que l'ignorance et le manque d'éducation étaient l'une des causes majeures du racisme en Italie ; Mme Meierhofer-Mangeli, de Akina Mama Wa Afrika d'Angleterre, a évoqué les problèmes liés aux diverses origines de la population Noire d'Angleterre, à l'éducation et aux femmes.

Enfin, deux conférences 'thématiques' ont abordé des sujets aussi différents que 'Le racisme anti-Noir et les trois religions du Livre' (par M. Sala-Molins, Uni Toulouse), 'L'utilisation de l'image du Noir dans l'espace médiatique européen : permanence de la hiérarchie raciale, messages subliminaux, pistes de réflexions et d'actions (par Mme Smeralda, Sociologue Uni Strasbourg), 'Les directives européennes et la lutte contre le racisme anti-Noir (par M. Conteh de Diaspora Afrique, qui a aussi projeté un film sur le génocide Héréro) entre autre…

Cette première journée s'est clôturée par un cocktail en musique. On a noté la performance d'un jeune artiste qui a fait ses classes à Basles, M.G. Florentine (album " My resistence ", 2002).



FOCUS
Intervention de M. Doudou Diène, Rapporteur spécial à l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination et de xénophobie : " Le racisme anti-Noir à l'ère de la mondialisation : Enjeux, défis et perspectives post-Durban. "

Cette conférence est la première du genre car elle met le doigt sur le problème du racisme anti-Noir en Europe, 'c'est une première prise de conscience'.

Tendances générales
M. Diène a commencé son intervention en rappelant les trois tendances du moment en matière de racisme et de xénophobie. Tout d'abord leur recrudescence générale dans le monde : les formes les plus anciennes du racisme (anti-Arabe, antisémite, anti-Noir…) mais aussi l'apparition de nouvelles formes de racisme depuis le 11 septembre (contre des communautés religieuses ou des groupes potentiellement terroristes par exemple). Ensuite, il a évoqué le phénomène de banalisation de ce racisme. Il n'est plus aujourd'hui l'apanage des partis d'extrême droite : sous couvert de la lutte contre l'immigration illégale, l'asile et le terrorisme, il imprègne les discours et les programmes de partis politiques dits 'démocratiques' ; d'autre part, les jeux d'alliances politiques permettent de plus en plus à des partis d'extrême droite d'être légitimes et de jouer un rôle dans les prises de décisions. Enfin, il a dénoncé la légitimation intellectuelle de la discrimination raciale. Le racisme est d'abord une conception et une construction intellectuelle qui permet de faire croire aux victimes que le racisme est inévitable, cela doit cesser.

Facteurs pouvant expliquer le Racisme anti-Noir
M. Diène insiste sur le fait qu'il faut garder à l'esprit que le racisme est une construction et qu'il a été théorisé dans le contexte de la traite négrière. Il a été élaboré afin de justifier et de légitimer des objectifs commerciaux et économiques mais aussi la violence extrême envers les Noirs : par l'appareil d'Etat, la Justice (le Noir était considéré comme un bien meuble), l'Eglise de l'époque (le Noir n'avait pas d'âme), les philosophes et les intellectuels des Lumières.

Le plus grave est que cette construction est écrite dans la durée (dans l'inconscient collectif de nos sociétés) et que cela a engendré l'invisibilité et le silence. L'invisibilité - qui a été confortée par l'entreprise coloniale - se situe au niveau social, économique et politique. Il souligne alors le paradoxe qui en découle : le racisme anti-Noir aujourd'hui est invisible alors que le Noir est… très visible ! Le silence - qui a été l'une des armes idéologiques - est dans les manuels scolaires, la littérature, les travaux scientifiques, la réthorique philosophique…

Combattre le racisme anti-Noir
Combattre le racisme anti-Noir consiste tout d'abord à briser ce silence sur le Noir et son histoire : parler de la Traite négrière comme d'une tragédie de l'histoire humaine de par sa durée et son ampleur sans pour autant enfermer le Noir dans cette période de l'esclavage et remonter aux civilisations africaines qui sont allées jusqu'en Asie.

D'autre part, ce combat doit tenir compte du contexte actuel de l'Europe, celui du multiculturalisme. Pour M. Diène il s'agit là d'un enjeu central. Selon lui, l'Europe d'aujourd'hui doit reconnaître qu'elle n'est plus celle des 18ème-19ème siècles et qu'elle vit une crise identitaire profonde qui lui fait oublier de construire une identité nouvelle. Aussi, ce combat contre le racisme anti-Noir, en s'inscrivant dans cette dynamique multiculturelle, doit se faire en interaction avec les autres communautés.

Enfin, pour que ce combat n'échoue pas, en plus d'être juridique, économique et social (problèmes d'emploi, de logement…), il doit aussi intégrer les données culturelles et éthiques. Le Noir doit certes s'adapter et comprendre le pays qui l'accueille mais ce dernier doit aussi l'accueillir avec ses diversités et ses spécificités, il s'agit de donner et de recevoir.

M. Diène a terminé son intervention en remerciant le CRAN d'avoir pris cette initiative et il espère que l'Union Européenne reconnaîtra l'existence du racisme anti-Noir en tant que tel et que les Noirs prendront part au combat d'autres formes de racisme, pour lier ce combat à l'universalité.



JOUR 2

" Savoir qui ont est, c'est se situer dans l'espace et dans le temps d'une communauté humaine,
c'est prendre conscience de sa place dans la 'mondialisation' "


Le second jour a débuté par des conférences 'stratégiques'. Au cours de celles-ci, M. Lavodrama (politologue, Lyon) a développé les " Fondements et les développements historiques du racisme anti-Noir, d'hier à demain ". Il est revenu, entre autre, de manière plus détaillée et chronologique, sur l'origine du 'racisme', rappelant que c'est une construction intellectuelle, produit des temps modernes.

Ensuite, M. Mutombo Kanyana (politologue, Genève) est intervenu sur le thème " Deconstruction : Pour un paradigme de la Lutte contre le racisme enti-Noir " et a défini 2 axes. Le premier prend en compte l'intégralité de la verticalité de la hiérarchie raciale au cœur du phénomène raciste. Et le deuxième s'inscrit dans une perspective horizontale qui se découpe en étape de construction ou déconstruction du racisme.
Il a terminé en faisant quelques recommandations : dénoncer en s'organisant et en faisant du monitoring ; travailler l'image en habillant positivement la personnalité du Noir et en ayant une perspective de reconnaissance africaine ; enfin réparer, d'abord l'auto-réparation qui est un impératif de rupture et de réenracinement identitaire et aussi la réparation de ce qu'il nomme le 'crime de double holocauste des Noirs'.

Les participants ont ensuite rejoint les différents ateliers sur les thèmes suivants :
-Politiques et pratiques étatiques discriminatoires,
-Intégration et discrimination,
-Mondialisation et racisme,
-Stéréotypes et préjugés,
-Mémoire et justice,
-Stratégies et networking.

En fin de journée, les résultats des ateliers ont été présentés par les rapporteurs ainsi que le Rapport de synthèse de la conférence, le Plan d'action contre le Racisme anti-Noir en Europe et la Déclaration de Genève sur le Racisme anti-Noir en Europe.
Après le vote pour l'adoption de ces documents finaux, les présidents de séance ainsi que le Secrétaire Général du CRAN ont clôturé cette Première Conférence sur le Racisme anti-Noir en Europe par quelques mots de remerciements et d'espoir.



Lire la Déclaration de Genève sur le racisme anti-Noir en Europe.

Video: L'interview de M. Joseph Apedo de l'Unité de Recherche Alternative des Communs, Genève, Suisse.

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