ACTUALITÉ - Archives Novembre 2005

Les titres de l'actualité du 25 Novembre, 2005

Les titres de l'actualité du 18 Novembre, 2005

Les titres de l'actualité du 11 Novembre, 2005

émeutes en France

Les titres de l'actualité du 4 Novembre, 2005

Les titres de l'actualité du 25 Novembre, 2005

LES STATISTIQUES ETHNIQUES, UN SUJET TABOU (France)

Longtemps jugée dangereuse, l'évaluation de la diversité trouve aujourd'hui des défenseurs.
par Charlotte ROTMAN


19/11/2005 - De funeste mémoire, dangereux, ou indispensable pour lutter contre les discriminations. La question des statistiques ethniques n'en finit pas de faire débat, en France. A la fin des années 1990, elle a violemment secoué les démographes : Michèle Tribalat appelait à briser ce «tabou» français, Hervé Le Bras l'accusait de racisme et fustigeait «le démon des origines». «Ces postures caricaturales ont contribué à figer le débat et à rendre les enquêteurs très méfiants, selon le démographe Patrick Simon. Mais, aujourd'hui, on n'en est plus là.» Le ministre délégué à l'Egalité des chances, Azouz Begag, a relancé vendredi l'idée d'un dispositif d'évaluation de la diversité. De fait, depuis quelques années, des études se penchent sur l'origine ethnique, en travaillant sur les «deuxième génération», et sur les phénomènes de discrimination raciale. «Ce n'est pas une lubie de racistes de comptoir qui veulent compter les Noirs, explique Patrick Simon. Aujourd'hui, cela éclate. Préférer l'indifférenciation, c'est jeter un voile sur l'expérience de ceux qui sont "racisés".»

L'esclavage, la colonisation, Vichy : le recensement des gens par leur origine a eu lieu dans les époques les plus sinistres. D'où la peur de voir réapparaître des «fichiers scélérats», selon l'expression d'un membre de la Ligue des droits de l'homme lors d'un colloque sur les statistiques ethniques, en 1998.

Enquête. Cette année-là, c'est le travail de Michèle Tribalat qui met le feu aux poudres. Constatant «l'incapacité de notre système statistique à rendre compte d'un certain nombre de réalités», la démographe combine le critère d'«appartenance ethnique», défini à partir de la langue maternelle, et celui des «origines ethniques», fondé sur le lieu de naissance des individus et de leurs parents. Et constate que les jeunes d'origine algérienne ont un taux de chômage de 40 %, contre 11 % pour les «Français de souche». Cette expression et ces méthodes lui valurent les cris indignés d'Hervé Le Bras, selon qui elle ouvrait la porte à des dérives xénophobes. Pour lui, les origines des Français ne devraient pas faire l'objet d'études nationales. La loi du 6 janvier 1978 indique qu'«il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques». Un avis de la Cnil de juillet a rappelé qu'il n'existait pas de «référentiel national» pour un comptage «ethnoracial».

Pourtant, ça bouge. Louis Schweitzer, ex-patron de Renault, devenu président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, n'y voit pas «un critère pertinent». L'hostilité des «républicains», comme SOS Racisme, reste importante. Mais, récemment, plusieurs personnalités ont demandé la levée de cette interdiction. Roger Fauroux par exemple, ancien président du Haut Conseil à l'intégration, se dresse contre cet «aveuglement volontaire». Disposer de constats chiffrés permet une «prise de conscience des discriminations systémiques, un état des lieux des progrès à accomplir et la mesure des actions mises en oeuvre», écrit-il dans un rapport remis à Jean-Louis Borloo et intitulé «La lutte contre les discriminations ethniques dans le domaine de l'emploi».

Pénalité. Depuis quelques années, des études en ce sens sont menées. Dans un article à paraître dans la Revue française de sociologie en 2006, deux chercheuses du CNRS, s'appuyant sur l'origine nationale construite à partir du pays de naissance des parents, confirment une «pénalité ethnique à l'embauche» pour les personnes originaires du Maghreb, d'Afrique subsaharienne, de Turquie (1). Dans une autre étude, des démographes constatent que «ce handicap d'une origine héritée témoigne de l'existence de discriminations» (2). A l'Ined, Patrick Simon travaille sur une enquête auprès de 2000 salariés. Son étude posera des questions sur l'origine («africaine, maghrébine, asiatique...») et demandera : «Pensez-vous qu'on vous voit comme noir, blanc, arabe, asiatique, métis ?» Et :«Seriez-vous gêné qu'on vous pose ces questions dans l'entreprise, les administrations ou lors du recensement ?» Une expérience-pilote pour mieux mesurer la diversité. (1) Roxane Silberman et Irène Fournier, «Les secondes générations sur le marché du travail en France : une pénalité ethnique qui persiste», CNRS-Lasmas. (2) Dominique Meurs, Ariane Pailhé et Patrick Simon, «Mobilités intergénérationnelles et persistance des inégalités : l'accès à l'emploi des immigrés et de leurs descendants en France».
© Libération

up  

DEUX ÉLUS FN CONDAMNÉS POUR UN TRACT ANTI-MUSULMANS (France)

21/11/2005 - Patrick Binder et Xavier Codderens, conseillers régionaux et chefs de file du Front national en Alsace, ont été condamnés à 5.000 euros d'amende chacun pour provocation à la discrimination et à la haine raciale ou religieuse.

Patrick Binder et Xavier Codderens, conseillers régionaux et chefs de file du Front national en Alsace, ont été condamnés lundi 21 novembre à 5.000 euros d'amende chacun pour provocation à la discrimination et à la haine raciale ou religieuse. Les deux hommes étaient poursuivis devant le tribunal correctionnel de Strasbourg pour avoir diffusé en mars dernier un tract qui critiquait l'attribution par le conseil régional d'une subvention à un projet de mosquée à Strasbourg. Titré "Pas de cathédrale à la Mecque, pas de mosquée à Strasbourg", le document appelait à lutter contre "l'islamisation" de l'Alsace.

1.000 euros d'amende à la Licra

Patrick Binder et Xavier Codderens devront également payer la publication du jugement dans la presse régionale et verser solidairement 1.000 euros d'amende à la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) qui s'était portée partie civile. Lors de l'audience, le 14 novembre, le parquet avait requis quatre à six mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende à l'encontre des deux élus. Les deux hommes ont fait appel dès l'annonce du jugement qui avait été mis en délibéré.
© Le Nouvel Observateur

up  

L'ANCIEN MAIRE DE MONTFERMEIL RELAXÉ (France)

Pierre Bernard, l'ancien maire de Montfermeil, n'a pas été condamné après les accusations de complicité de discrimination dans une affaire de vente immobilière refusée à un couple de musulmans.

24/11/2005 - Pierre Bernard, l'ancien maire de Montfermeil, n'a pas été condamné jeudi 24 novembre par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) des accusations de complicité de discrimination dans une affaire de vente immobilière refusée à un couple de musulmans. Le tribunal a cependant reconnu coupable de discrimination la propriétaire, Nathalie d'Esquelle de la Palme, 86 ans. Elle a été condamnée à un mois de prison avec sursis pour avoir refusé de vendre en 2004 son pavillon aux époux Sbai-Idrissi après avoir appris que l'acquéreur était musulman et en avoir référé au maire, par ailleurs Président de France Debout, association cataloguée d'extrême-droite, jusqu'en 2004. La propriétaire doit également payer 1 euro de dommages et intérêts à SOS Racisme, partie civile au procès, et 4.000 euros au couple. Elle était poursuivie pour "discrimination dans l'offre ou la fourniture d'un bien ou d'un service en raison de l'origine, de l'ethnie ou de la nationalité". Mille euros d'amende avait été requis à son encontre.
Le parquet de Bobigny avait demandé une peine de six mois de prison avec sursis à l'encontre de Pierre Bernard, maire de Montfermeil de mars 1983 à juin 2002.

Le tribunal l'a relaxé parce qu'"il n'y avait pas assez d'éléments permettant d'établir un rôle déterminant dans la décision de Mme de la Palme de refuser de signer la promesse de vente". SOS Racisme et le couple Sbai-Idrissi ont annoncé leur intention de faire appel. Pierre Bernard avait été condamné à Paris pour diffamation raciale en novembre 2002.

Peur de l'Islam

Il était ressorti de conversations téléphoniques entre Abdelkrim Idrissi, professeur de mathématiques en France depuis 28 ans, et Nathalie d'Esquelle, professeur retraitée, que celle-ci "(aimait) bien le couscous mais (avait) peur de l'islam" et qu'elle en avait parlé à Pierre Bernard. "J'en ai parlé au président de France Debout car je suis 100% France Debout. Alors vendre à quelqu'un qui n'appartient pas à l'Europe, c'est contre mes convictions", avait-elle dit. L'une des conversations avait été enregistrée par Abdelkrim Idrissi en janvier 2004. "La justice a reconnu aujourd'hui la légitimité de notre démarche de citation directe et le procédé d'enregistrement de conversations téléphoniques", s'est réjoui le vice-président de SOS Racisme.
© Le Nouvel Observateur

up  

LES PRÉFETS POURRONT INTERDIRE DE STADE LES HOOLIGANS (France)

Les députés ont adopté jeudi un amendement autorisant les préfets à interdire l'accès des hooligans aux enceintes sportives, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur le terrorisme et la sécurité.

24/11/2005 - Les députés ont adopté jeudi un amendement du député UDF Pierre-Christophe Baguet autorisant les préfets à interdire l'accès des hooligans aux enceintes sportives, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur le terrorisme et la sécurité. "L'amendement permettra au préfet d'interdire l'accès aux stades ou à leurs abords à toute personne dont le comportement a constitué une menace à l'ordre public à l'occasion de manifestation sportives", a expliqué le ministre délégué à l'Aménagement du Territoire, Christian Estrosi.

"L'arrêté d'interdiction précisera le type de manifestations concernées et l'interdiction ne pourra excéder trois mois", a-t-il ajouté. Il a précisé que les "garanties habituelles s'appliqueront: motivation de la décision, procédures contradictoires préalables, contestation possible devant le juge administratif". La peine encourue pour non respect de l'interdiction sera de 3750 euros.

Début novembre, le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, avait annoncé une série de mesures rapides pour s'attaquer à la violence et au racisme dans les stades de football français, notamment au PSG. Il avait notamment évoqué la possibilité pour les préfets de prononcer des interdictions administratives de stade sans attendre un jugement, et un renforcement de la vidéosurveillance afin de pouvoir faire des plans serrés et identifier des fauteurs de troubles.
© TF1

up  

L'ÉGALITÉ RÉELLE DES CHANCES PASSE PAR LA DISCRIMINATION POSITIVE (France)

Par Nicolas Sarkozy

25/11/2005 - La flambée de violences urbaines qui a secoué nos grandes agglomérations jette une lumière crue sur les défaillances de notre modèle de société. Face à ces événements, il fallait d'abord restaurer l'autorité de l'Etat et protéger nos concitoyens, à commencer par les plus vulnérables d'entre eux. Rien ne peut en effet justifier les débordements inadmissibles dont nous avons été les témoins. Aucune difficulté sociale n'autorise à détruire la voiture d'autrui, à incendier des crèches et des écoles, à battre à mort son voisin ou à agresser les forces de l'ordre. Les auteurs de ces crimes et délits doivent être sanctionnés sans faiblesse.
Mais en toile de fond de ces événements, chacun voit bien qu'il y a des territoires urbains dans lesquels se concentrent tous les maux que nous n'avons pas su ou pas voulu traiter depuis trente ans : le chômage de masse, l'immigration subie, l'échec scolaire et le blocage de l'ascenseur social. Malgré des dépenses sociales en progression constante – près de 500 millions d'euros aujourd'hui, soit 8 points de PIB de plus qu'en 1981 –, et en dépit de la succession des plans d'urgence qui ont englouti plus de 40 millions d'euros depuis l'invention de la politique de la ville, nos banlieues se sont inexorablement enfoncées dans la crise. Un jeune sur deux sans emploi, trois enfants sur quatre arrivant en 3e avec au moins un an de retard, six fois plus d'élèves ayant interrompu leurs études à l'âge de 18 ans, voilà les tristes statistiques de notre échec.

Il y a bien quelques jeunes des quartiers sensibles qui parviennent, au prix d'une incroyable ténacité, à poursuivre avec succès des études supérieures. Mais reconnaissons que leur accès à un emploi correspondant à leurs qualifications ou à un logement se heurte souvent à une nouvelle barrière, celle des préjugés et parfois du racisme. Le taux de chômage des enfants d'immigrés ayant reçu une formation supérieure est ainsi deux fois plus élevé que celui des actifs de même niveau.

Faute de perspectives crédibles d'intégration et de promotion pour leurs habitants, ces quartiers ont eu tendance à se replier sur eux-mêmes, à se réfugier dans une contre-société avec ses propres codes, ses propres règles et même son propre langage. Ils se sont de plus en plus organisés à côté de nous et de moins en moins avec nous.

Nous ne pouvons continuer à accepter qu'un nombre croissant d'individus soit assigné à des destins écrits d'avance. Et nous ne pouvons plus simplement invoquer des principes qui, comme l'égalité des chances, ne sont plus des réalités tangibles pour beaucoup de nos compatriotes. Ces principes, encore faut-il les faire revivre et les traduire en actes pour qu'ils s'inscrivent à nouveau dans les faits. Proclamer l'égalité devant la loi ne suffit plus : il convient désormais de promouvoir aussi l'égalité par la loi.

Quand je plaide en faveur de la discrimination positive à la française, c'est précisément à cette politique active d'égalité par le droit que je fais référence, c'est une certaine idée de la justice et de l'égalité réelle que je défends. Ce qui m'anime, c'est l'ambition d'offrir à chacun d'entre nous, quels que soient sa naissance et son lieu de résidence, les possibilités effectives d'épanouissement et de réussite qu'il est en droit d'attendre et d'espérer pour lui-même et pour ses enfants.

Finissons-en une bonne fois avec cette rumeur absurde selon laquelle je serais un partisan du communautarisme et des quotas ethniques. Ce n'est pas ma vision de la nation française, dont l'une des spécificités les plus remarquables est justement de vouloir intégrer toutes les populations en une seule communauté de valeurs et de destin. Finissons-en également avec cette idée qui voudrait que la discrimination positive que je propose conduise à exonérer ses bénéficiaires de tout effort. Au contraire, pour ceux dont les conditions objectives de réussite sont très dégradées, il s'agit de faire en sorte que l'effort ait à nouveau un sens et que le mérite soit enfin récompensé. De ce point de vue, les initiatives prises par Sciences po Paris et d'autres pour s'ouvrir aux meilleurs élèves des lycées situés en ZEP me paraissent parfaitement conformes à l'idéal républicain. Au demeurant, la notion de discrimination positive a été formulée il y a quelques années par le Conseil d'Etat pour désigner toutes les politiques visant à en faire plus pour ceux qui ont moins. Je pense notamment aux emplois aidés, aux mesures en faveur de la parité entre homme et femme, aux actions relatives à l'insertion des personnes handicapées ou encore à l'aménagement du territoire, qui consiste à se mobiliser davantage pour les territoires cumulant les handicaps géographiques, économiques ou sociaux.

Le territoire me semble d'ailleurs devenu l'un des facteurs les plus structurants de la reproduction et de l'amplification des inégalités. Notre politique d'aménagement du territoire doit de toute urgence réinvestir cette problématique et imaginer des réponses adaptées. Dans le cadre de mes attributions ministérielles, j'aurai prochainement l'occasion de faire des propositions en ce sens. Notre ambition en la matière ne doit pas se limiter aux zones rurales. Elle doit aussi s'adresser aux agglomérations, et singulièrement aux banlieues.

Mais cette approche par les territoires ne suffit pas. Elle doit être complétée d'une approche par les personnes. Il serait profondément injuste d'aider indistinctement les individus qui font des efforts et ceux qui persistent à n'en faire aucun, ceux qui respectent les règles de la vie commune comme ceux qui les bafouent. On ne peut valablement aider que ceux qui veulent véritablement s'en sortir.

La noblesse de la politique, c'est de hiérarchiser les priorités et de faire des choix. C'est choisir d'aider davantage tel département rural plutôt que les Hauts-de-Seine, telle ville pauvre plutôt que Neuilly, tel enfant de La Courneuve ou d'un bassin industriel sinistré plutôt que tel élève des beaux quartiers de Paris. Et si par ce biais nous touchons beaucoup d'enfants ou de petits-enfants d'immigrés, c'est normal. Ils sont français et leur avenir est en France.

Bien sûr, les entreprises, à commencer par les plus grandes, doivent apporter une contribution essentielle au déblocage de l'ascenseur social dans nos banlieues les plus défavorisées. Certaines d'entre elles ont déjà manifesté leur volonté d'agir. Je ne peux que les encourager à aller plus loin. Les services de l'emploi doivent s'organiser pour accompagner cette mobilisation. En renforçant leur présence et en adaptant leurs interventions dans les quartiers difficiles. En n'hésitant pas à faire appel à des prestataires privés qui ont fait la preuve de leur efficacité dans l'insertion ou le reclassement de publics spécifiques. Mais si nous voulons que le secteur privé s'implique dans ce domaine, le secteur public, et en particulier l'Etat, se doivent d'être exemplaires. L'Etat doit redevenir le vecteur de promotion sociale qu'il a été par le passé, en s'affirmant comme le premier acteur de la grande politique de discrimination positive que j'appelle de mes voeux.

Tout d'abord en créant les conditions permettant aux élèves les plus méritants d'exprimer toutes leurs potentialités et de réussir leur parcours scolaire. Pourquoi ne pas généraliser les internats d'excellence, dont j'ai pris l'initiative dans les Hauts-de-Seine, afin d'offrir à ces élèves un cadre de travail améliorant leurs chances de succès ? Pourquoi ne pas envisager d'accroître fortement la rémunération actuellement versée aux enseignants qui acceptent des postes dans les quartiers les plus difficiles afin d'y attirer et d'y retenir les plus motivés et les plus expérimentés ? Pourquoi ne pas réserver dans les classes préparatoires aux grandes écoles quelques places aux meilleurs élèves des ZEP ?

Par ailleurs, nombreux sont les ménages qui n'ont aujourd'hui d'autre choix que de résider dans des zones urbaines sensibles (ZUS). Nous devons créer pour eux les conditions d'une véritable mobilité résidentielle. Pourquoi ne pas réserver aux personnes issues de ces quartiers, pendant cinq ans et dans chaque bassin de vie, un pourcentage des places disponibles dans les HLM qui se situent hors des ZUS ? C'est tout à fait possible car 75% des logements sociaux ne se trouvent pas dans les ZUS. Il suffit de le vouloir. On pourrait aussi imaginer de majorer certaines aides au logement afin d'offrir à leurs bénéficiaires une véritable liberté de choix de leur habitation. Tout cela suppose plus largement d'accroître et de diversifier l'offre de logements, dans les banlieues sensibles comme dans les quartiers résidentiels et de centre ville.

Enfin, le mode de recrutement classique de l'administration française est le concours. Il doit le rester. Mais aujourd'hui certains partent de si loin qu'ils n'ont aucune chance de réussir les concours. En amont, nous pourrions développer des bourses de service public destinées à financer les études des élèves les plus méritants des ZEP, dès lors qu'ils s'engagent à passer un concours de la fonction publique. Il est aussi possible de concevoir des cycles préparatoires rémunérés pour inciter les étudiants issus de milieux modestes à poursuivre leurs études.

Ala place où je me trouve, j'ai décidé de passer sans attendre de la théorie à la pratique. J'ai donc engagé avec les services du ministère de l'Intérieur un plan d'actions pour diversifier notre recrutement. Dès l'année prochaine, des préparations intégrées – avec internat – aux concours des différents corps de la police, de la gendarmerie et de la sécurité civile seront mises en place.

On peut imaginer des dispositifs plus ambitieux. Le principe d'égal accès aux emplois publics ne s'oppose absolument pas à ce que les règles de recrutement de la fonction publique soient différenciées pour tenir compte de la variété tant des mérites à considérer que des besoins du service public. L'administration pourrait tout à fait recruter ses agents davantage en fonction de la capacité et des aptitudes professionnelles des candidats que de leurs diplômes universitaires et de leur réussite à des épreuves théoriques qui tendent à favoriser ceux venant d'un milieu aisé. Pourquoi ne pas instaurer un 4e concours réservé aux personnes originaires des zones urbaines et des régions industrielles les plus sensibles ? Il s'agirait d'une disposition temporaire, édictée dans le cadre des possibilités d'expérimentations ouvertes par l'article 37-1 de la Constitution.

Si tous nous nous mobilisons, si toutes les administrations, grandes entreprises, établissements d'enseignement supérieur s'engagent, si tous les responsables politiques font le choix de l'action, alors, j'ai la conviction que nous pouvons changer la donne et progresser à nouveau sur la voie de l'égalité réelle, celle qui est inscrite aux frontons de nos édifices publics.

* Ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, président de l'UMP.
© Le Figaro

up  

L’UMP OUVRE LA CHASSE AUX RAPPEURS (France)

Polémique . Après la polygamie, les parlementaires de droite ont trouvé un nouveau bouc émissaire à l’explosion de violence dans les banlieues. Par Laurent Mouloud

25/11/2005 - L’occasion était trop belle. Alors que l’état d’urgence flotte sur la France et que la population, angoissée par les émeutes, plébiscite toujours plus de fermeté, les parlementaires UMP, dans leur quête de boucs émissaires, ont décidé de rouvrir la chasse aux rappeurs. Mardi, 152 députés et 49 sénateurs ont demandé au ministre de la Justice d’engager des poursuites contre sept chanteurs ou groupes de rap dont les textes inciteraient, selon eux, « à la haine et au racisme ». Et seraient responsables, pour partie, des violences dans les banlieues.

Le rap, pousse-au-crime ? Ce débat est aussi vieux que le rap lui-même. Il a fait les beaux jours de l’extrême droite. Avant d’être récupéré ces dernières années par plusieurs élus UMP, prompts à dénoncer un facteur de perversion de la belle jeunesse. En 2003, Nicolas Sarkozy, aiguillé par quelques syndicats de police, avait poursuivi le groupe Sniper en justice. L’affaire avait fait grand bruit et réjoui les militants du Bloc identitaire. Elle s’était finalement soldée, en première instance, par une relaxe. Motif : les paroles de Sniper ne pouvaient être assimilées à un « élément intentionnel de provocation susceptible d’inciter un public averti à la violence ».

Cette fois, c’est le député UMP de Moselle, François Grosdidier, qui est à l’origine de cette nouvelle coalition anti-rap. En août dernier, il avait déjà attiré l’attention du garde des Sceaux sur le rappeur Monsieur R. et sa chanson FranSSe où l’on peut entendre : « La France est une garce, n’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser, comme une salope il faut la traiter, mec ! » Le chanteur, de son vrai nom Richard Makela, fait l’objet d’une plainte déposée par un autre député UMP, Daniel Mach, pour « outrage aux bonnes moeurs ». L’affaire sera jugée le 6 février prochain.

Mais François Grosdidier ne s’est pas arrêté là. Avec l’aide de son fils et de « jeunes de sa circonscription », il a fouillé Internet et exhumé, çà et là, d’autres déviants du même acabit : le chanteur Smala, le groupe Lunatic, le groupe 113, les rappeurs Fabe et Salif ainsi que le groupe Ministère Amer. Un choix surprenant : à part 113 (deux victoires de la musique au palmarès), tous les autres n’ont pas sorti de disques depuis plusieurs années. Qu’importe ! Pour Grosdidier, qui souligne que les chansons sont encore diffusées, tout est clair. Ce genre de paroles, « reçues par des jeunes destructurés », peut créer « un sentiment de révolte contre la France, l’Occident, voire légitimer la vocation terroriste ». Rien que ça.

Cette nouvelle attaque contre les rappeurs a - comme prévu ? - immédiatement fait réagir. « Après les immigrés, la polygamie, ce sont désormais les artistes qui sont montrés comme les incendiaires de nos banlieues », dénonce le MRAP, qui estime que « ces élus chassent sur les terres électorales de l’extrême droite ». En filigrane, et François Grosdidier le sait, l’opinion publique va substituer les paroles de Makela aux opinions de la jeunesse d’origine étrangère. Membre de Ministère Amer, avec Stomy Bugsy et Doc Gyneco, le rappeur Passi ne dit pas autre chose : « Nous les rappeurs décrivons les maux, les blocages dans les rouages de cette société où les élus ne cessent de faire miroiter justice, fraternité, liberté, équité. L’UMP veut les voix de Jean-Marie Le Pen, au lieu de parler d’amour, d’éducation, de réinsertion, d’ouverture. »
© L'Humanité

up  

MONSIEUR R. DÉNONCE LE RETOUR DE LA CENSURE (France)

Le rappeur, qui comparaît le 6 février pour ses propos dans la chanson "FranSSe", regrette l'initiative de parlementaires pour sanctionner des groupes jugés violents.

25/11/2005 - "Le rap n'est pas responsable de Mai 68", a ironisé vendredi 25 novembre, Monsieur R, l'un des rappeurs visés par l'initiative de plus de 200 parlementaires demandant des sanctions judiciaires contre sept groupes dont les textes inciteraient à la haine ou la violence. Le rappeur français considère que cette initiative relève "non seulement de la censure mais du racisme". "Les textes de rap sont théâtralisés, usent de la métaphore, il faut les prendre au deuxième degré", a-t-il expliqué. Sa chanson "La FranSSe" est dans la ligne de mire du député UMP François Grosdidier qui a demandé en août au garde des Sceaux d'engager des poursuites contre son auteur. Une enquête préliminaire est en cours à Paris. Le député UMP, rejoint par plus de 200 parlementaires, a saisi le ministre de la Justice du cas de sept chanteurs ou groupes de rap, dont Mr R, Groupe 113, Lunatic, Minister A.M.E.R, Smala, Fabe et Salif. Mr R dénonce les accusations de racisme anti-français et réfute l'idée que le rap ait pu avoir une influence dans les violences urbaines. "Je n'accepte pas d'être traité de raciste", dit-il. "On peut avoir une vision critique de l'Etat français sans être anti-français ni raciste", s'est-il indigné.

Un album vendu à 15.000 exemplaires

"Le rap n'est pas responsable des émeutes de Vaux-en-Velin (NDLR: banlieue de Lyon) au début des années 80, ni de Mai 68", répond-t-il aux députés qui voient dans cette musique une idéologie destructrice. "Après les émeutes, il y a autre chose à faire que de s'en prendre aux rappeurs", assure le chanteur. "Quand Brassens a des propos très durs contre l'Etat, tout le monde applaudit car il fait partie du patrimoine culturel français. Mais quand ce sont des jeunes colorés, on veut les traîner en justice. Il y a deux poids deux mesures", s'insurge Mr R. Son l'album "Politkment incorrekt" s'est vendu à près de 15.000 exemplaires depuis sa sortie en mars.
Vendredi matin, le Premier ministre Dominique de Villepin a incité les parlementaires à éviter toute forme d'amalgame. "Est-ce que le rap est responsable de la crise des banlieues? Je réponds non". Deux députés UMP, Daniel Mach et Jean-Paul Garraud, ont déposé une proposition de loi afin de punir les artistes qui, par leurs œuvres publiées, mises en ligne, porteraient atteinte à la dignité de la France et de l'Etat ou de ses personnages historiques.

Outrage aux bonnes mœurs

La plainte contre Richard Makela alias "Monsieur R." pour "outrages aux bonnes mœurs" sera examinée le 6 février 2006 par le tribunal de Melun. Celui-ci a fixé mercredi à 300 euros la consignation nécessaire au déclenchement de l'action publique. Cette consignation versée par la personne se constituant partie civile permet, au cas où la personne accusée est acquittée, de la dédommager. Le rappeur de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne) était cité à comparaître à la suite d'une procédure de citation directe entre parties engagée par le député des Pyrénées-Orientales, qui s'est porté partie civile et était présent à l'audience. Dans un communiqué diffusé le 17 novembre, Daniel Mach indiquait attaquer le musicien en raison notamment d'une chanson intitulée "FranSSe", extraite de l'album "Politikment Incorrekt". Selon Daniel Mach, dans ce morceau, le rappeur affirme à propos de la France: "N'oublie pas de la baiser jusqu'à l'épuiser, comme une salope faut la traiter mec". Ni le musicien ni son avocat n'assistaient à la procédure. "Monsieur R." encourt trois ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende s'il est avéré que sa chanson et son clip sont accessibles aux mineurs, a rappelé le président du tribunal, qui souhaite visionner les images lors de l'audience du 6 février. Daniel Mach, qui avait déposé fin septembre, à l'Assemblée nationale, une proposition de loi visant à "instaurer un délit d'atteinte à la dignité de la France et de l'Etat", a déclaré qu'il était soutenu par environ 150 autres députés.
© Le Nouvel Observateur

up  

ISLAM ET INTÉGRATION EN ESPAGNE

21/11/2005 - Lavapiés est un vieux quartier du centre de Madrid : 33 000 habitants, 88 nationalités recensées et une très nombreuse population marocaine, qui se sent exclue et démunie, non seulement parce qu'elle est étrangère, mais aussi parce qu'elle est musulmane. Mohammed, 32 ans, évoque sans détour les discriminations et les préjugés dont il est victime. "On nous voit comme des 'Moros' ('Maures') à problèmes, parce que les auteurs des attentats de Madrid vivaient ici. On est forcément suspects depuis le 11 mars [2004] parce qu'on est comme eux", explique-t-il. Avant leur arrestation, les instigateurs des attentats de la gare d'Atocha, Jamal Zougam, Mohamed Chaoui et Mohamed Bakkali, habitaient et travaillaient dans le quartier. Au balcon d'un appartement, une pancarte réclame en arabe et en espagnol "des papiers pour tous". Près de deux ans après le drame, la vie semble paisible. Mais au quotidien beaucoup se sentent surveillés, exclus. Tous ou presque ont une anecdote à raconter sur le zèle policier. Comme Mounir, rencontré rue Caravaca, à quelques mètres de l'ancienne boutique de Jamal Zougam. "Après les attentats, c'était devenu invivable. On se faisait contrôler comme ça, à tout moment, en pleine rue. Et les policiers nous disaient qu'ils faisaient juste leur travail. Tu parles ! Maintenant c'est un peu plus calme. Mais ce ne sont pas les Equatoriens qui se font contrôler…"

Tous tiennent aussi à souligner que l'islam ne se résume pas aux actes d'Al-Qaida et que les musulmans sont des citoyens comme les autres. Pour Elharif, immigré marocain, "l'islam n'a rien à voir avec tout cela. Ceux qui ont posé les bombes ne savent pas ce qu'est l'islam. Et nous, les musulmans marocains, algériens, sénégalais, on est comme les autres."

Pour Ahmed Sefiani, présentateur de télévision sur la chaîne andalouse Canal Sur, "Lavapiés est un cadre spécifique, un lieu de marginalisation de tous les immigrés, qui se retrouvent entre eux, tendant à y exacerber le racisme". Un racisme latent dans la société espagnole, qui avait atteint son apogée en février 2000, lors des émeutes antimarocaines de la petite ville andalouse d'El Ejido.

Mais la xénophobie est loin de représenter la normalité espagnole. Ahmed le clame haut et fort : sa religion comme son origine ne sont en aucun cas des handicaps. Ses relations avec les communautés juive ou chrétienne se sont toujours bien passées et, "de toute façon, la communauté la plus répandue en Espagne est celle des athées !". Un constat que dément pourtant une enquête récente du Centre public de recherches sociologiques espagnol (CIS), selon laquelle 79,4 % des Espagnols se disent catholiques, dont 47,7 % pratiquants.

Il est vrai qu'après la tragédie madrilène les appels à la tolérance se sont multipliés. Ahmed reconnaît du bout des lèvres susciter parfois quelques inquiétudes chez les passagers et personnels de sécurité quand il prend l'avion. "Mais c'est pareil pour les Basques !" ajoute-t-il en riant. Sa réussite sociale lui permet-elle d'éviter certaines désillusions ? Peut-être. Comme partout, "les pauvres ont toujours tort", admet-il.

Sur de nombreux points, la situation des musulmans d'Espagne est comparable à celle des musulmans français ou hollandais. Un exemple ? L'affaire du voile, qui a engendré tant de polémiques en France, a également ébranlé l'Espagne. En 2002, la direction d'un lycée privé madrilène s'était opposée au port du voile en classe par une Marocaine de 13 ans, qui a simplement été transférée dans une école publique. La ministre de l'Education Pilar del Castillo avait à l'époque estimé que, si l'exhibition de signes religieux dans les écoles n'était pas "appropriée", ils ne devaient pas pour autant être interdits. Une position en demi-teinte à l'image d'un pays qui hésite, qui s'est senti trahi après le 11 mars 2004 et qui a désormais peur d'accueillir ceux qui pourraient à l'avenir mettre en péril sa sécurité.
© Le Courrier international

up  

Les titres de l'actualité du 18 Novembre, 2005

LE MRAP CONDAMNE 'L'EXCLUSION SOCIALE' (France)

L'association appelle les députés à rejeter les "mesures d'exclusion sociale" adoptées par le Sénat concernant les allocations familiales ou retraites de familles étrangères.

21/11/2005 - Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples dénonce lundi 21 novembre les "mesures d'exclusion sociale" adoptées par le Sénat à propos des allocations familiales pour les parents étrangers et du minimum vieillesse hors du territoire français et appelle les députés à voter contre ce texte. Le Mrap "en appelle au sens de la justice et de l'humanité des députés pour qu'ils rejettent ces mesures d'exclusion sociale et citoyenne pour ceux qui en sont victimes car elles déshonorent une certaine idée de la France". "Profitant encore une fois démagogiquement du contexte, le gouvernement vient d'introduire dans le cadre du débat au Sénat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, deux mesures discriminatoires visant à restreindre deux droits acquis pour les immigrés et leurs familles", indique le Mrap dans un communiqué, qui évoque "tous les signes d'une punition collective en réponse aux violences urbaines".

Droits de l'enfant

"Le Mrap tient à exprimer sa honte et son écœurement devant de telles mesures ciblées qui portent atteinte à des droits sociaux fondamentaux à l'encontre d'étrangers en situation régulière", dit-il. "Le gouvernement démontre ainsi qu'il n'hésite pas à consentir une concession supplémentaire au Front national dans l'espoir de gagner son électorat". La première de ces mesures, selon un amendement adopté le 16 novembre à l'initiative du gouvernement, restreint le bénéfice des allocations familiales aux parents étrangers dont les enfants sont entrés en France au titre du regroupement familial. Cette mesure, "aux conséquences dévastatrices sur le plan social et économique pour les familles immigrées, constitue une violation de la Convention internationale des droits de l'enfant", estime le Mrap. La deuxième mesure met fin au versement hors du territoire français du minimum vieillesse, "ce qui revient à supprimer un droit acquis à la retraite pour les travailleurs étrangers ayant travaillé et cotisé en France, désireux de finir leurs jours dans leur pays d'origine".
© Le Nouvel Observateur

up  

JACQUES CHIRAC DÉFEND LE MODÈLE D'INTÉGRATION À LA FRANÇAISE CONTRE LA LOGIQUE DES QUOTAS

Par Christine Ollivier

22/11/2005 - Malgré la tourmente et la pression d'un Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac persiste et signe. Persuadé que le modèle d'intégration à la française est le bon et que les instruments déjà mis en place finiront par être efficaces, le chef de l'Etat entend poursuivre dans sa logique et refuser celle de la discrimination positive défendue par son ministre de l'Intérieur.
Car Jacques Chirac en est convaincu, selon un membre de son entourage: "on n'a absolument pas besoin de changer de logique pour faire les choses dont on a besoin".

"Changer de logique", ce serait en l'occurrence adopter la discrimination positive prônée par Nicolas Sarkozy, au détriment du modèle actuel dans lequel "la République ne reconnaît pas de catégories de citoyens mais seulement des citoyens" comme on le résume à l'Elysée. Pour Jacques Chirac, il y a là "un choix politique qui est clair", souligne-t-on dans son entourage.

Reste que les violences qui ont secoué les banlieues françaises pendant trois semaines, jusqu'à l'instauration de l'état d'urgence, sont jugées à l'Elysée comme des événements "graves". Dans ce contexte difficile, "est-on capable de faire vivre, avec la mobilisation, le modèle français? La réponse est (pour Jacques Chirac) absolument oui", affirme un de ses proches.

C'est dans cet état d'esprit que le chef de l'Etat a lancé cette semaine consultation et "mobilisation" des acteurs concernés pour lutter contre les discriminations à l'embauche, au logement, ou dans les médias. Il s'agit en l'occurrence moins d'annoncer des mesures nouvelles, que de faire évoluer les esprits. "C'est surtout une mobilisation des coeurs et des esprits" qui est nécessaire, a souligné Jacques Chirac.

Après avoir sommé lundi les maires de respecter la loi SRU qui les oblige à se doter d'au moins 20% de logements sociaux, il s'est longuement entretenu mardi avec les partenaires sociaux pour leur demander de réfléchir aux moyens de lutter contre les discriminations à l'embauche ou à la promotion des jeunes des quartiers dans les entreprises. Ces discussions devraient s'ouvrir "avant Noël", selon la présidente du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) Laurence Parisot.

Jacques Chirac a ensuite reçu les dirigeants des chaînes nationales et de la TNT pour évoquer la question de la diversité à la télévision. Il a annoncé que la loi de 1986 sur l'audiovisuel serait modifiée pour "inscrire la lutte contre les discriminations" dans les "missions" du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

Reste que la plupart des "décisions" annoncées mardi étaient déjà sur les rails. Dans la fonction publique, Jacques Chirac veut ainsi pousser davantage le PACTE ("Parcours d'accès aux carrières territoriales, hospitalières et de l'Etat") mis en place par les ordonnances du plan pour l'emploi de Dominique de Villepin l'été dernier.

Ce système doit permettre à des jeunes peu qualifiés d'entrer, par la voie de l'apprentissage, dans la fonction publique aux postes les moins qualifiés (catégorie C). Quelque 20 à 25.000 personnes pourraient être recrutées ainsi l'an prochain.

Pour les autres catégories de la fonction publique, le chef de l'Etat a souhaité que soient "réexaminés l'ensemble des programmes des concours administratifs de façon à tenir compte de ceux qui ont des parcours qui ne sont pas strictement académiques". Parmi les autres solutions possibles face aux discriminations évoquées lors de la table-ronde avec les partenaires sociaux figurait également la question des CV anonymes, que pratiquent déjà certaines ANPE.

Pas question en revanche de rentrer dans des systèmes de quotas ou de recensement sur des bases ethniques ou d'origine dans les entreprises, a prévenu Jacques Chirac. Soulignant qu'il était soutenu sur cette question par tous les partenaires sociaux, il a critiqué "un système qui a pour résultat de montrer du doigt celui qui en bénéficie et d'être difficilement explicable à celui qui en est exclu". Ce n'est "pas conforme aux principes républicains", a-t-il tranché.

Or, "le modèle français d'intégration continue à fonctionner de manière impressionnante", même si "il y a des zones où il y a trop de handicaps", assure-t-on à l'Elysée. Face aux difficultés actuelles, on se dit persuadé dans l'entourage de Jacques Chirac qu"'on peut très bien apporter des réponses sans en arriver à classer les personnes" en fonction de leur origine. Pour cela, il faut avant tout "un changement des esprits et la volonté de faire". C'est bien ce "changement des esprits" que Jacques Chirac va tenter d'obtenir. Un pari difficile à relever, à moins de 18 mois de la présidentielle de 2007.
© Le Nouvel Observateur

up  

RACISME SUR INTERNET : UNE CONDAMNATION ATTENDUE (France)

22/11/2005 - Le tribunal de Mont de Marsan a rendu le 22 novembre son délibéré dans le cadre du procès qui opposait des militants de la Fédération des Landes du MRAP (Daniel Salhorgne, Stéphane Thomazeau et Gérard Kerforn) à des racistes
sévissant sur internet.

Pour mémoire, sous les pseudos « Papy Mougeot » et « Murat », messieurs Michel Labet et Rémi Moreno diffusaient des messages racistes particulièrement odieux, principalement à l'encontre des populations arabes, musulmanes ou gitanes.

Outre l'incitation à la haine raciale, ces individus avaient multiplié les injures, diffamations et menaces à l'encontre des trois responsables du MRAP, allant même jusqu'à diffuser leurs coordonnées privées sur le net.

Le tribunal a rendu un jugement qui satisfait les victimes et notre mouvement qui s'était porté partie civile.

Michel Labet est condamné à trois mois de prison avec sursis (avec mise à l'épreuve) et à verser 1500 euros de dommages et intérêts à chacune des victimes et au MRAP plus 800 euros au titre de l'article 475.1. Rémi Moreno est condamné à trois mois de prison avec sursis devra verser 1500 euros à Gérard Kerforn membre du bureau national plus 800 au titre de l'article 475.1.

Les deux condamnés devront en outre payer l'insertion du jugement dans le journal Sud-Ouest.

A l'heure où les écrits racistes se multiplient sur Internet et où les populations arabes ou africaines font l'objet d'un déferlement de haine, ce jugement permet de rappeler aux éditeurs de contenus haineux que le racisme n'est pas une opinion mais un délit, et que le MRAP veillera tout particulièrement à poursuivre ceux qui depuis plusieurs semaines multiplient les messages racistes sur la toile.

Le MRAP en appelle à la vigilance des internautes qui sont invités à signaler au MRAP les contenus portant atteinte à la dignité humaine. Il attend des pouvoirs publics un renforcement des sanctions, afin de préserver de toute dérive haineuse cet indispensable outil de communication et d'information qu'est Internet.
© MRAP

up  

CHIRAC MODIFIE LA LOI SUR L'AUDIOVISUEL (France)

La lutte contre les discriminations à l'antenne dans les objectifs du CSA.
CAROLINE GOURDIN, CORRESPONDANTE À PARIS


23/11/2005 - Dans son allocution télévisée du 14 novembre sur les violences urbaines en France, le Président Jacques Chirac avait demandé aux responsables des grandes chaînes de télé nationales et de la TNT (télévision numérique terrestre) une meilleure «représentation à l'antenne de la diversité de la société française».

Mardi après-midi, le président français les a reçus à l'Elysée pour un débat avec le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) et le ministre de la Culture et de la Communication. A l'issue de cette rencontre, Jacques Chirac a pris des mesures concrètes en annonçant d'abord une modification de la loi de 1986 sur l'audiovisuel afin «d'inscrire la lutte contre les discriminations et pour la cohésion sociale dans les objectifs, les missions et les obligations du CSA».

Il a également annoncé qu'en matière de discrimination, les chaînes publiques seront soumises aux mêmes dispositions que leurs homologues privées (qui doivent signer chacune une convention avec le CSA). Il est vrai que malgré les «plans d'action positive» et autres «politiques pro-actives» défendus par les présidents de chaînes depuis quelques années pour favoriser la représentation dans les programmes (jeux, variétés, fictions, information...) des Français originaires des Dom-Tom et des personnes issues de l'immigration, le petit écran demeure bien pâle. L'apparition à l'antenne de personnalités comme Sébastien Follin à TF 1, Rachid Arhab à France 2 ou Audrey Pulvar sur France 3 ne suffit pas à constituer une télé qui ressemble davantage à ceux qui la regardent!

Le Président de la République a par ailleurs décidé de diffuser France O (ex-RFO) sur le numérique terrestre. Il a enfin annoncé la création d'un fonds spécifique au Centre national de la cinématographie «doté de 10 millions d'euros pour financer des oeuvres qui contribuent à la cohésion sociale».

Ayant reçu le même jour les maires et les partenaires sociaux sur ce thème, Jacques Chirac s'est montré totalement opposé à l'idée de quotas prônée par Nicolas Sarkozy au nom de la discrimination positive.
© La Libre Belgique

up  

PLAINTE CONTRE FILIP DEWINTER (VLAAMS BELANG) POUR INCITATION RACISTE (Belgique)

22/11/2005 -  Kif Kif, une plate-forme interculturelle flamande pour les jeunes et le mouvement anti-raciste MRAX ont déposé plainte contre Filip Dewinter (Vlaams Belang) après que celui-ci ait déclaré dans le magazine américain Jewish Week que son parti était islamophobe. Kif Kif et le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie demandent au procureur du roi d'Anvers d'intenter des poursuites pour incitation à la haine raciale. Les deux associations réclament la levée de l'immunité parlementaire du chef de file du Vlaams Belang et la suppression de la dotation publique à ce parti. Dans ses déclarations au Jewish Week, Filip Dewinter se demandait si les juifs ne devraient pas voter pour un parti qui se bat pour enrayer l'expansion de l'islam en Europe. Son parti, disait-il, a peur de l'islam et est islamophobe.

© Le Vif

up  

LE VATICAN INTERDIT D'ORDONNER DES PRÊTRES 'GAYS'

23/11/2005 - Les homosexuels ne doivent plus avoir leur place dans les séminaires, ni dans les noviciats. Devant la multiplication des scandales sexuels mettant en cause le clergé catholique, le Vatican a décidé de réagir d'une manière sans doute tardive, mais ferme : un texte bref (trois feuillets), en chantier depuis longtemps, mais divulgué, mardi 22 novembre à Rome, à la suite de fuites. C'est bien d'un rappel à l'ordre, au ton sec, qu'il s'agit. Signé par la congrégation de l'éducation catholique, ce document rappelle, d'abord, la position constante de l'Eglise qui distingue entre les actes et les tendances homosexuelles. Les actes sont des "péchés graves", "intrinsèquement immoraux et contraires à la loi naturelle". Quant aux tendances, elles sont "objectivement désordonnées", mais les femmes et les hommes homosexuels doivent être accueillis avec "respect et délicatesse". Toute "marque de discrimination" doit être condamnée.

Cela étant répété, les évêques et les supérieurs d'ordres religieux sont rappelés à leur responsabilité en ce qui concerne la formation de leurs séminaristes et de leurs novices. "On ne peut pas admettre au séminaire et aux ordres sacrés (diaconat et sacerdoce), souligne le texte, ceux qui pratiquent l'homosexualité, qui présentent des tendances homosexuelles profondément enracinées et soutiennent ce que l'on appelle la culture gay".

"TROUBLES INCOMPATIBLES"

La raison en est la conformité du futur prêtre ou religieux à la discipline du célibat et de la chasteté, mais aussi à la vérité des relations qu'il aura dans l'exercice de son ministère. Pour le Vatican, les homosexuels ne peuvent pas être ordonnés prêtres, car ils se trouvent "dans une situation qui fait obstacle à une relation juste avec des hommes et des femmes". Son document évoque, sans préciser davantage, les "conséquences négatives qui peuvent découler de l'ordination de personnes présentant des tendances homosexuelles profondément enracinées".

La question la plus délicate est celle du "discernement". Comment "discerner" avec certitude des tendances homosexuelles chez un individu, dès le séminaire ou le noviciat, sans risquer de l'exclure du sacerdoce ou de la vie religieuse ? C'est le casse-tête de tout supérieur ou maître des novices. Le document du Vatican rappelle que "le seul désir de devenir prêtre ne suffit pas" pour être ordonné, que l'ordination n'est jamais un "droit" et qu'il serait "extrêmement malhonnête qu'un candidat au sacerdoce cache son homosexualité", pour pouvoir être ordonné.

C'est à la direction de l'établissement de se prononcer sur la "maturité affective" et l'aptitude du candidat à respecter la règle de la "chasteté sacerdotale". Un " jugement moral" doit être porté sur lui et "dans le cas d'un doute sérieux, il ne doit pas être accueilli aux ordres sacrés".

Le "directeur de conscience", en particulier, doit s'assurer que le candidat ne présente pas "de troubles sexuels incompatibles avec le sacerdoce". Si un séminariste ou un novice "pratique l'homosexualité ou présente des tendances homosexuelles", son directeur spirituel, comme son confesseur, a le devoir "de le dissuader, en conscience, d'aller jusqu'à l'ordination". Si l'homosexualité n'a été qu'un "problème transitoire" pour des jeunes à peine sortis de l'adolescence, il leur est demandé de l'avoir "dépassé", depuis au moins trois ans, avant de demander à être ordonné diacre, l'étape précédant l'ordination à la prêtrise.

"Nous sommes toujours pris entre deux extrêmes, commente pour le Monde le Père Jean-Luc Védrine, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice à Paris : celui du laisser-aller, celui du risque de commettre une énorme injustice". C'est bien contre le "laisser-aller" dans la formation que milite le texte du Vatican, visant en particulier (sans la nommer) la situation dans les séminaires des Etats-Unis, repris en main après la multiplication des affaires de pédophilie et autres scandales sexuels.
Henri Tincq
© Le Monde

up  

LES IMMIGRANTS VICTIMES D'UNE CAMPAGNE DE DÉNIGREMENT (Canada)

22/11/2005 - Des affiches attaquant les immigrants ont fait leur apparition au centre-ville de Moncton. Les inscriptions qu'elles portent vont jusqu'au racisme et cela inquiète la communauté.

Ces petites affiches proclament, par exemple, que les immigrants causent des pertes d'emplois pour les Canadiens et qu'ils apportent des maladies comme l'hépatite et la malaria.

Ces affiches sont conçues par un groupe de l'Ontario nommé Canada First et qui prône une réforme de l'immigration. En fait, c'est une attaque en règle contre les immigrants établis au Canada.

Chedly Belkhodja, professeur de sciences politiques, a étudié les mouvements radicaux. Selon lui, la population doit être sensibilisée à ce phénomène qu'on observe partout au Canada.

« Il est fondamental que les autorités politiques, municipales, policières, réagissent. Il est fondamental que les autorités qui défendent l'immigration, qui parlent d'attirer plus d'immigrants, prennent position clairement là-dessus », a déclaré M. Belkhodja.

Un citoyen, qui préfère demeurer anonyme, a déposé une plainte contre ces affiches à la Gendarmerie royale du Canada (GRC), qui a ouvert une enquête.

Moncton a déjà vécu des épisodes de racisme. En 2001, quelqu'un a brûlé une croix devant la maison d'immigrants et Malcom Ross a publié des écrits antisémites dans les années 1980.

« Mais d'habitude, comme une communauté, nous nous regroupons pour attaquer et répondre aux problèmes comme ça, comme un groupe. Le comité multiculturaliste travaille de près avec nous », a indiqué Terry Kennedy, porte-parole de la GRC.

« Il faut bien comprendre que l'immigrant est un nomade, quelque part, qu'il est mobile. Il bougera si l'environnement n'est pas propice à une réelle intégration », a rappelé M. Belkhodja.

La GRC vérifie si les affiches constituent de la littérature haineuse. Selon un témoin, un petit groupe de skinheads, bien connu au centre-ville de Moncton, aurait apposé ces affiches, qui sont aussi publiées sur Internet.
© Radio Canada

up  

MOSQUÉE À NICE : RÉACTIONS DE TOUS BORDS (France)

par Vincent Trinquat

16/11/2005 - Les tribunaux devront juger la plainte déposée par SOS Racisme à l’encontre de Jacques Peyrat, sénateur-maire de Nice, et Auguste Vérola, son adjoint aux cultes. Les politiques Niçois réagissent sur l’implantation d’une mosquée à Nice et sur l’accusation de racisme. Auguste Vérola a souhaité s’exprimer sur cette affaire.

Auguste Vérola, adjoint aux Cultes et conseiller général UMP : Je suis plus déçu qu’autre chose. La plainte vient de SOS Racisme "Paris". Ils ne doivent pas connaître Auguste Vérola.

A Nice, je suis connu pour être quelqu’un de très ouvert avec tout le monde. Beaucoup de gens se sont étonnés que l’on m’accuse de racisme. SOS Racisme m’a mis dans le même panier que Monsieur le Sénateur-Maire Jacques Peyrat parceque je suis son adjoint aux cultes. On sait que depuis un an je suis un peu "banni" par le maire. Il arrive souvent que lors des cérémonies officielles je représente le conseil général des Alpes-Maritimes et le maire envoie quelqu’un d’autre pour représenter la municipalité.

Concernant la mosquée, un adjoint aux cultes, avec un pluriel à "culte" ne peut être que pour. On ne peut pas empêcher les gens de prier. C’est dans la loi. Il faut arrêter de dire "il faudrait une mosquée". Disons "Il Faut". Mettons nous autour d’une table et discutons entre représentants laïcs et religieux.

Marc Concas, conseiller général PS : Dès l’instant où une plainte a été déposée, il appartient à la justice de trancher.

En tout état de cause et quel que soit son lieu d’implantation, une mosquée à NICE est une nécessité absolue pour des raisons de dignité et de sécurité. La communauté musulmane a droit à un vrai lieu de culte à NICE et on sait que les salles de prière, plus ou moins clandestines, présentent des dangers. Des incendies ont pu être déplorés.

L’isolement dans lequel Jacques PEYRAT veut placer la communauté musulmane ne peut malheureusement que conduire à l’émergence d’un intégrisme.

Dominique Boy-Mottard, conseillère générale PS : Un problème de stationnement ? On trouve toujours de bonnes raisons pour justifier des sentiments moins avouables... Cet argument-là ressemble fort à un prétexte !

En effet, à quelques centaines de mètres de l’immeuble que l’association Moubarak se propose d’acquérir, les musulmans se retrouvent actuellement pour prier dans des conditions indignes d’une ville dans laquelle les pratiquants des autres religions ont la possibilité de se réunir dans de véritables lieux de culte.

L’exiguïté des actuels lieux de prière musulmans à Nice risque d’aboutir un jour ou l’autre à une véritable catastrophe (il y a déjà eu plusieurs alertes en la matière). D’autre part, on sait très bien ces mauvaises conditions peuvent devenir un terreau dans lequel se développe l’intégrisme. D’ailleurs de nombreuses communes en France, de gauche comme de droite, ont permis à toutes leurs communautés religieuses de pratiquer leur culte dans la dignité et la sécurité.

Quant aux propos du maire, ils ne constituent pas vraiment une surprise quand on connaît le personnage et qu’on sait d’où il vient. Ce qui n’est pas une raison pour les accepter. Je comprends donc parfaitement le dépôt de plainte du collectif SOS Racisme.

Bruno Dellasudda, conseiller municipal Alternatif : Défenseur d’une laicité à la fois ouverte et vigilante, je m’associe aux initiatives visant à permettre aux hommes et aux femmes de confession musulmane de pratiquer leur culte dans une mosquée au centre-ville, à égalité des droits avec les autres habitant-e-s de notre commune.

La question du stationnement, même si elle pose un vrai problème dans le centre-ville, ne peut en aucun cas être un obstacle à la pratique de l’islam dans des conditions correctes. Il est à craindre que derrière cet argument se cache un racisme hypocrite, semblable à celui qui se dissimule derrière le projet d’aménagement d’un lieu de culte dans la plaine du Var, donc très éloigné du centre-ville.

Jean-Christophe Picard, porte-parole du Parti Radical de Gauche : Nous apportons notre soutien à la plainte déposée par l’association SOS Racisme contre le maire de Nice après les propos qu’il a tenus contre les musulmans et qui sont cités dans Le Monde daté du 13 novembre 2005.

Il s’agit là d’une violation flagrante de l’article 225-1 du code pénal pour lequel « constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison [...] de leur appartenance [...] à une religion déterminée » passible, lorsqu’elle est commise par une personne dépositaire de l’autorité publique, de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.

Nous constatons, avec regret, que la Laïcité est régulièrement bafouée à Nice. Ces atteintes sont d’autant plus malvenues que, dans quelques jours, nous célèbrerons le centenaire de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat.

Quant à Jacques Peyrat, il n’a pas souhaité commenter ses propres propos.
© Nice Première

up  

LA GAUCHE FAIT-ELLE LE LIT DE L'ISLAMISME? (France)

Propos recueillis par Jacqueline Remy, Anne Vidalie.
Là où la journaliste Caroline Fourest craint la séduction qu'exerce sur certains une «dictature de la charia», François Burgat, directeur de recherche au CNRS, redoute la dérive simplificatrice que peut engendrer un rejet indifférencié de l'islam. L'Express les a réunis dans un face-à-face animé.


16/11/2005 - La poussée islamiste divise la gauche française. D'un côté, ceux qui s'arc-boutent sur le respect du droit à la différence. De l'autre, ceux qui prônent la vigilance face au risque de dérives extrémistes, comme la journaliste Caroline Fourest, spécialiste des intégrismes religieux, qui vient de publier La Tentation obscurantiste (Grasset). «Il existe aujourd'hui, à gauche, de nouveaux “ compagnons de route ” pour trouver séduisante la dictature de la charia comme jadis la dictature du prolétariat», écrit-elle. Fantasme, rétorque le politologue François Burgat, directeur de recherche au CNRS, qui a vécu dix-huit ans en terre d'islam. Il est trop simplificateur d'assimiler l'islam à l'intégrisme, s'efforce-t-il de démontrer dans son dernier ouvrage, L'Islamisme à l'heure d'Al-Qaida (la Découverte). «En dressant de nouveaux murs là où il faudrait, en fait, plus que jamais, lancer de nouveaux ponts, nous accélérons, au lieu de l'inverser, la spirale de la radicalisation qui nous menace», plaide-t-il. Entre Caroline Fourest et François Burgat, le débat ne pouvait être qu'âpre.

Vous revendiquez-vous tous les deux de la gauche et considérez-vous que votre interlocuteur est aussi de gauche?

François Burgat: J'ai toujours donné mes bulletins de vote à la gauche et je ne revendique aucun monopole d'appartenance à ce camp.

Caroline Fourest: Je revendique moi aussi mon appartenance à la gauche. Je considère que le thème de l'intégrisme est aujourd'hui une question centrale qui nous divise. Sous prétexte de résister à l'impérialisme occidental, au colonialisme d'Israël ou à la dictature de certains régimes du Maghreb, des gens qui se revendiquent d'idées proches des miennes considèrent les intégristes musulmans, notamment les Frères musulmans, comme un mouvement de démocratisation, voire de libération, au point d'excommunier ceux qui critiquent l'intégrisme en les traitant soit d'islamophobes, soit de vendus à la pensée «bushienne» ou «sharonienne».

F. B.: Comme vous, je milite de longue date pour que la femme puisse affirmer son autonomie dans l'espace familial, renforcer son accès à l'espace politique et professionnel, dans le monde musulman comme dans le nôtre. En revanche, je critique vos méthodes. Vous me rappelez Taslima Nasreen…

C. F.: C'est un joli compliment.

F. B.: En 1994, en visite à Paris, elle a déclaré devant Notre-Dame: «Permettez-moi de tourner le dos au symbole de tant de siècles d'obscurantisme religieux qui ont asservi les femmes.» Taslima Nasreen s'est automarginalisée au sein du mouvement féministe de son pays, parce qu'on ne mobilise pas une société en lui demandant de payer un prix aussi élevé que de «raser» sa Notre-Dame de Paris.

C. F.: Je n'ai jamais voulu démolir Notre-Dame! Je pense que notre différend porte sur la définition du féminisme et de l'intégrisme. Pour moi, ce terme désigne un mouvement politique qui instrumentalise la religion à des fins liberticides et réactionnaires. Dans vos écrits et dans ceux de beaucoup d'intellectuels qui se revendiquent de la gauche, je décèle une tolérance, une complaisance, voire une fascination assumée pour un courant sexiste et homophobe, qui défend des valeurs totalitaires à l'opposé du progressisme.

Donnez-vous le même sens au mot islamisme?

F. B.: Nous serions d'accord, Caroline Fourest, si vous évoquiez la composante «salafie», c'est-à-dire la frange sectaire du courant islamiste, et non sa totalité. Or vous incluez dans votre définition de l'islamisme ceux qui, comme mon collègue l'intellectuel suisse Tariq Ramadan, entendent avant tout «parler musulman», en d'autres termes réhabiliter le droit d'user de la terminologie musulmane pour exister et être respecté.

Est-ce que la gauche fait le lit de l'islamisme?

F. B.: Je pense que oui, une certaine gauche fait le lit de l'intégrisme. Celle-là émet un veto absolu, sectaire, arrogant face à une génération qui veut participer au progrès de l'histoire en employant une démarche, un lexique différents. Vous êtes l'un des porte-parole de cette gauche, Caroline Fourest. Vous refusez l'idée que les femmes musulmanes, en utilisant les ressources de leur culture, puissent faire avancer leur cause.

C. F.: Parlons de ce féminisme islamique que vous trouvez plus intéressant que mon féminisme laïque. Selon la définition qu'en donne Tariq Ramadan, les femmes doivent occuper des emplois qui correspondent à leur «nature», à condition que cela ne mette pas en péril leur rôle au sein de la famille patriarcale, et, bien sûr, se voiler pour ne pas tenter les hommes. Si c'est ça, votre notion de la libération des femmes…

Où passe pour vous le clivage à l'intérieur de la gauche?

C. F.: Nous rêvons tous de démocratisation, de justice et d'égalité. Nous sommes d'accord sur le nécessaire rééquilibrage des rapports Nord-Sud, contre le colonialisme, pour la critique de la politique israélienne et américaine. Là où nous ne sommes plus d'accord, c'est sur l'ordre des priorités entre tiers-mondisme et antitotalitarisme. Je m'oppose à ceux dont le tiers-mondisme est devenu si caricatural qu'ils pardonnent tout aux mouvements issus du Sud, même antisémites, sexistes et réactionnaires, pourvu qu'ils prétendent tenir la dragée haute à l'Amérique de Bush. Je suis anti-impérialiste et anticolonialiste, mais je n'accepterai jamais de m'allier, au nom de ces convictions, avec des mouvements qui se revendiquent d'un islam totalitaire en guerre contre l'islam laïque.

F. B.: J'affirme pour ma part que la majorité des islamistes, derrière le voile identitaire de la rhétorique religieuse, revendiquent des droits parfaitement universels, en économie ou en politique, localement ou mondialement. Votre définition de l'islamisme ne porte que sur la frange sectaire qui rejette le bébé de la modernisation avec l'eau du bain de la déculturation. Elle existe. Je la dénonce et je la combats comme vous.

C. F.: Vous évoquez dans votre livre la «réislamisation», le «parler musulman». Moi, j'appelle ça le «parler théocrate». Prenons l'Algérie. Dans tous vos écrits, vous avez soutenu le Front islamique du salut (FIS). Les massacres, selon vous, étaient uniquement imputables à l'armée et au gouvernement. Autrement dit, les islamistes sont de doux agneaux pacifistes dont nous devrions attendre l'arrivée au pouvoir pour voir le Sud enfin démocratisé!

F. B.: J'entends prendre solennellement date avec vous aujourd'hui sur ce sujet, particulièrement révélateur de la géométrie variable de votre humanisme et de votre antitotalitarisme. Existe-t-il deux catégories de victimes? Deux catégories de totalitarisme? Comment peut-on nier les faits, c'est-à-dire la responsabilité massive, systématique de l'armée algérienne dans les massacres qu'elle a attribués aux islamistes? Comment mépriser les demandes des familles de milliers de disparus enlevés par l'armée? C. F.: Je critique, moi aussi, les méthodes de l'armée algérienne. Mais l'énergie que vous mettez à dénoncer le complot de l'armée ne sert qu'à une chose: disculper les intégristes de leurs crimes pour nous expliquer ensuite qu'ils sont la voie de l'avenir.

F. B.: Ce que j'ai toujours dit, c'est que le processus de démocratisation, lent, difficile, complexe ne peut se faire qu'avec les forces politiques réelles! On ne peut pas laisser exclure par la violence 60 ou 80% du peuple sous prétexte qu'il n'a pas l'air sympathique! Or la décennie 1990 a été celle du désaveu des stratégies légalistes. Nous avons envoyé aux oppositions un message constant: l'instrument électoral n'est pas fait pour permettre une alternance politique. C'est ainsi que l'on a nourri la radicalisation qui a fabriqué la génération Al-Qaeda.

Revenons en France. Quand une partie de la gauche se bagarre contre la loi sur le voile ou soutient des horaires réservés aux femmes dans les piscines, fait-elle le jeu des intégristes musulmans?

F. B.: Je ne nie pas la nécessité de recourir à la force de la loi face à ceux qui disent, par exemple «Je ne veux pas que ma fille fasse du sport ou des sciences naturelles». Je suis contre un voile qui empêche de voir, d'entendre ou de courir dans la cour de récréation. Ce voile ne me pose pas de problème, en revanche, s'il ne porte pas atteinte à la substance des valeurs de l'éducation. Sur d'autres questions, je pense que l'on peut écouter tous les avis. Les douches d'une piscine doivent-elles être mixtes? Je n'ai pas de réponse péremptoire.

C. F.: J'ai trouvé intéressant le débat autour de la loi sur les signes religieux à l'école publique. Ma conviction était qu'il fallait une loi pour protéger les filles ne voulant pas porter le voile, ni subir les pressions communautaires. Mais l'opportunité, ou non, d'une loi faisait partie du débat. Là où j'ai été révoltée, c'est lorsque des intellectuels et des militants se sont alliés avec des associations intégristes, dans une opposition de principe à cette loi, et ont traité d'islamophobes ses partisans laïques et féministes. C'est de l'anathème. Dans le mouvement Une école pour tous, on retrouve des organisations de gauche comme le Mrap et la Ligue des droits de l'homme au côté d'associations proches de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Jeunes musulmans de France, par exemple, dont le prédicateur vedette, Hassan Iquioussen, pense que la Shoah est un complot de Hitler et des juifs pour occuper la Palestine. Est-ce que ce sont des associations progressistes avec lesquelles on peut militer main dans la main? Ma conviction est que non.

N'y a-t-il pas, en effet, des alliances dangereuses?

F. B.: Votre réaction face à la génération de ceux que vous nommez indistinctement les «intégristes» rappelle celle de la société française dans les années 1950 envers ceux que l'on appelait tout aussi indistinctement les «fellagas». A l'époque, déjà, l'épouse du général Massu expliquait que l'arrivée au pouvoir du FLN signerait la fin des droits de la femme et le double langage des «terroristes» était stigmatisé. Aujourd'hui, entre les altermondialistes et Tariq Ramadan, la coopération est loin d'être automatique. Des tensions (mais aussi des interactions) ont lieu, principalement sur le terrain de l'homosexualité, même si les positions se sont considérablement rapprochées.

C. F.: C'est le cœur du sujet: peut-on se contenter de convergences et qualifier de «tensions» des questions aussi mineures à vos yeux que l'égalité homme-femme, les minorités sexuelles et les libertés individuelles? Je ne comprends pas pourquoi certains militants et intellectuels pardonnent à l'intégrisme musulman ce qu'ils ne toléreraient jamais de l'intégrisme chrétien. Les mouvements issus de l'école de pensée des Frères musulmans, qui défendent un islam réactionnaire et intégriste, n'ont pas leur place au sein de l'altermondialisme.

Evoquons l'Appel des indigènes de la République, lancé le 18 janvier dernier, qui fustige les discriminations subies par les Français issus de l'immigration. Ce texte a rassemblé, lui aussi, associations musulmanes et organisations de gauche...

C. F.: S'il s'était agi d'affirmer que le racisme anti-arabe persistait de manière honteuse dans notre pays, nous aurions tous signé. Mais ce n'est pas ce que dit ce texte. Il explique que les partisans de la loi sur les signes religieux à l'école publique sont les principaux vecteurs du renouveau du racisme!

F. B.: L'Appel des indigènes rappelle que des raccourcis anti-humanistes hérités de la période coloniale subsistent bel et bien en France. Si les banlieues ont pris feu, c'est à cause d'un déni de représentation qui nous renvoie au racisme de la République coloniale à deux vitesses, lorsqu'elle prétendait, y compris par les armes, «apporter la civilisation» aux «indigènes» d'Algérie, d'Afrique et d'Indochine. Comme au temps de la colonisation, le combat des femmes est aujourd'hui instrumentalisé pour légitimer, en France et dans tout le monde musulman, les groupes dominants. Vous-même contribuez à criminaliser tous les militants engagés dans des processus de résistance, du seul fait qu'ils emploient le langage de la culture musulmane. «Vous protestez contre l'occupation militaire israélienne, leur dit-on, mais les jupes de vos femmes sont un peu trop longues, donc vous n'êtes pas assez modernes pour être légitimes.» En France, vous qualifiez tout musulman de théocrate, alors que je vous mets au défi de trouver un acteur associatif qui refuse d'adhérer explicitement au principe de laïcité.

C. F.: Vous caricaturez ma position pour éviter de répondre à la question que je vous pose: peut-on espérer qu'un monde meilleur viendra de mouvements sexistes et homophobes? N'oublions pas que le mentor de l'UOIF, du Collectif des musulmans de France, de Jeunes musulmans de France - que l'on retrouve au sein des Indigènes de la République et d'Une école pour tous-tes - s'appelle Youssef Al-Qardawi. Ce monsieur est le porteur d'un islam absolument intolérant. La seule question qu'il se pose sur les homosexuels est de savoir s'il faut brûler l'actif ou le passif en premier. Ma gauche n'est pas celle qui s'allie à cet homme-là pour faire avancer le monde !

F. B.: Pas question de nier que l'on puisse trouver, chez certains Frères musulmans, des traces de sectarisme ou de conservatisme machiste. Mais passez au même crible la droite (ou la gauche) parlementaire française sur soixante-quinze ans et nous aurons des surprises…

C. F.: Les musulmans avec qui je travaille sont ceux qui se battent pour qu'on cesse de défigurer l'islam, de le prendre en otage au profit d'objectifs politiques entre les mains de MM. Ramadan ou Al-Qardawi. Ou de Nicolas Sarkozy, qui préfère construire des mosquées que des terrains de football dans les banlieues. Je pense que le lien social a besoin d'un peu moins de CRS et d'imams radicaux…

F. B.: Il existe une arme absolue contre les tensions de la société française et contre le terrorisme. Elle s'appelle partage. Partage des ressources économiques et financières. Partage du pouvoir politique et du droit à la parole publique.

C. F.: Sur ce point, nous sommes d'accord, même s'il s'agit moins, à mes yeux, de «partager» que de garantir l'égalité des chances à tous les Français, quelle que soit leur origine ou leur religion.
© L'Express

up  

LE MRAP RÉCLAME DES MESURES CONTRE RACISME SUR INTERNET (France)

 18/11/2005 - Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) réclame auprès du Premier ministre la fermeture immédiate de sites sur lesquelles ont retrouve des écrits racistes. Le Mrap se déclare "horrifié par la prolifération des écrits racistes sur internet" depuis le 27 octobre.

"Tout indique que les tenants de cette haine se servent des événements, du contexte politique et de l'espace de liberté que représente la toile pour déverser leur haine anti-immigrés", estime le Mrap..

Selon le Mrap, il est urgent de mettre hors d'état de nuire cette "pollution raciste" qui est relayée sur le net par des "lâches incendiaires de la haine" et déclare "saisir ce jour le Premier ministre pour une fermeture immédiate de ces sites qui incitent à la haine".

"On ne saurait accepter la moindre logique des deux poids deux mesures en terme d'incitation à la violence et à la haine. C'est pourquoi, alors que le ministre de l'Intérieur avait mobilisé les moyens de l'Etat contre ceux qui avaient appelé sur les blogs à l'insurrection, il doit, avec la même énergie et la même détermination, oeuvrer pour mettre hors d'état de nuire ces incendiaires racistes".
© Echo du Net

up  

L'HISTORIEN NÉGATIONNISTE DAVID IRVING ARRÊTÉ EN AUTRICHE

17/11/2005 - L'historien britannique négationniste David Irving a été arrêté en Autriche en exécution d'un mandat d'arrêt pour négation de l'Holocauste et apologie du nazisme, a annoncé jeudi le ministère autrichien de l'Intérieur.

Interpellé le 11 novembre en Styrie (sud) en vertu de ce mandat d'arrêt délivré en 1989 par la justice autrichienne, Irving, 67 ans, a été placé en détention dans une prison de Graz, la capitale de ce land située à 200km au sud de Vienne, a précisé le commandant de police Rudolf Gollia, porte-parole du ministère.

Selon l'agence autrichienne APA, l'historien était toujours en détention jeudi à Graz, six jours après son interpellation.

L'historien est poursuivi pour des discours prononcés à Vienne cette année-là et en vertu des lois autrichiennes qui font du négationnisme un crime, ce qui n'est pas le cas en Grande-Bretagne.

Les partisans de l'historien ont dénoncé cette arrestation sur son site Web, affirmant qu'elle avait eu lieu lors d'une visite d'une journée à Vienne, censée restée secrète mais parvenue à la connaissance de la police autrichienne.

Auteur d'une trentaine d'ouvrages, Irving a été par le passé accusé d'antisémitisme et de racisme. Il avait notamment soutenu qu'Adolf Hitler ne savait rien de l'extermination systématique de six millions de juifs, et a affirmé qu'il n'y avait "pas la moindre preuve" de ce que la "solution finale" avait été menée à une échelle industrielle.

S'il est inculpé, jugé et condamné, Irving risque jusqu'à 20 ans de prison, selon Otto Schneider, du parquet. Une décision devra être prise la semaine prochaine pour déterminer si les poursuites tiennent toujours, plus de 15 ans après les faits.

Irving affirme ne pas nier que des juifs ont été massacrés par les Nazis, mais en conteste le nombre ainsi que le recours à des méthodes industrielles dans les camps d'extermination. Il affirme que la plupart des juifs morts à Auschwitz ont succombé aux maladies et privations, et non dans les chambres à gaz.

Le groupe britannique Holocaust Educational Trust, qui lutte contre le négationnisme, s'est réjoui de l'arrestation d'Irving et a félicité les Autrichiens "pour avoir fait ce que notre loi (britannique) devrait permettre mais ne permet pas", a déclaré lord Greville Janner, président de ce groupe. "J'espère que cela conduira à une procédure judiciaire fructueuse."
© Boursorama

up  

CHASSE AUX DISCRIMINATIONS SANS PERMIS? (Belgique)

Controversé, l'arrêté royal instituant des «testeurs» de discriminations est en rade. En Belgique, la politique d'intégration est pourtant aussi sous pression. Et si, pour contourner obstacle et crise politique, on supprimait l'arrêté?

17/11/2005 - Si la violence urbaine semble petit à petit baisser d'intensité en France, cela n'évacue pas pour autant le travail d'introspection. La Belgique aussi - perméable à ce qui se passe de l'autre côté de la frontière - s'interroge sur les forces et faiblesses de son modèle d'intégration.

Car, si la Belgique ne s'embrase pas, elle n'est pas pour autant épargnée par les problèmes d'intégration, de racisme et de discrimination qui rongent les cités françaises. La position des personnes d'origine étrangère dans l'emploi reste critique. Les travailleurs marocains et turcs, par exemple, sont frappés cinq fois plus fort par le chômage que les travailleurs autochtones. Outre son caractère injuste, cette situation inquiète aussi parce qu'elle est un des facteurs susceptibles d'alimenter frustrations et violence urbaine. Car ces différences ne relèvent pas uniquement d'un déficit de formation et de qualification: même dotées de toutes les compétences et qualifications requises par le marché du travail, ces personnes rencontrent des difficultés au moment de postuler à un emploi en raison de problèmes de discrimination, directe ou indirecte. Une situation à laquelle le gouvernement tente de remédier. Mais si la Belgique s'est dotée d'une loi de lutte contre les discriminations, certaines de ses modalités d'application sont loin de faire l'unanimité. C'est le cas de l'arrêté royal sur les «tests de situation» prévus par la loi et dont le principe doit permettre à une personne qui estime avoir été victime d'une discrimination de faire appel aux services d'un «testeur» chargé de reconstituer les faits sous couvert d'anonymat auprès des entreprises et du secteur Horeca, pour ensuite présenter le résultat du test au juge. Présenté en mars dernier par le ministre de l'Egalité des chances, Christian Dupont (PS), l'arrêté royal a provoqué une levée de boucliers. Pour les employeurs, si l'objectif de l'arrêté royal est louable et entièrement partagé, ce n'est pas le cas de la méthode qu'il préconise. «Cela revient à pratiquer l'espionnage des entreprises au lieu de préconiser une démarche positive et préventive. Par ailleurs, ce projet laisse très peu de possibilités pour les employeurs de prouver leur bonne foi», estimait ainsi la Feb. Un point de vue largement partagé et soutenu par le VLD et le MR. Christian Dupont avait alors dû amorcer une prudente courbe rentrante pour ne pas envenimer un climat politique (déjà) passablement chargé, tout en promettant cependant de revenir à la charge.

Pierre d'achoppement

Mais si les discussions se poursuivent en effet pour tenter de trouver un modus vivendi, les «tests de situation» demeurent une pierre d'achoppement. Au cabinet Dupont, on évoque la mise en place d'un système de labellisation des entreprises qui pratiqueraient une véritable politique de diversité. «Parallèlement à des mesures plus contraignantes, il est indispensable de créer des incitants et des encouragements pour les entreprises.» Un peu court cependant pour faire passer une pilule qui ne passe toujours pas auprès des employeurs. Alors? Alors, il se dit que parmi les pistes évoquées, on songe de plus en plus sérieusement à modifier l'arrêté royal, voire à le supprimer. Ainsi, on libérerait la pratique du «test de situation» de son cadre procédurier tout en le laissant se réclamer de la loi anti-discriminations. Il appartiendrait au juge d'apprécier la recevabilité de ladite «preuve». Politiquement, une telle option pourrait trouver un relatif consensus. Tout l'enjeu porterait alors sur le statut à conférer aux testeurs. Une autre partie de plaisir. Mais le climat actuel constitue une pression propice. Au cabinet Dupont, on espère boucler le dossier d'ici la fin de l'année.
© La Libre Belgique

up  

NOUS AUTRES, LES ETHNOCENTRIQUES (Suisse)

A travers sa nouvelle exposition, «Nous Autres», le Musée d'ethnographie de Genève évoque la diversité culturelle et le racisme. SwissInfo, Alexandra Richard

18/11/2005 - Un thème fondamental et classique de l'ethnologie, mis en scène de manière contemporaine et théâtrale. Et, au final, un message d'ouverture et d'humanisme.

La porte du musée s'ouvre et déjà on entre dans le vif du sujet. Un jeu de miroirs nous renvoie notre propre reflet, entouré par des figurines du monde entier. «Le visiteur fait partie lui-même de la diversité culturelle», commente Philippe Mathez, conservateur et commissaire de l'exposition.

Après plusieurs mois de travaux, le Musée d'ethnographie de Genève (MEG) a choisi de renaître avec ce thème classique de l'ethnologie, le rapport à l'autre, et une exposition inspirée par l'un des maîtres de la branche, Claude Lévi-Strauss.

Babel, le scandale de la diversité

Ce voyage vers l'autre débute par la Tour de Babel, épisode de la culture judéo-chrétienne qui marque le stade de la confusion des langues et de la dissémination des peuples sur la Terre. «Ce mythe rappelle que la diversité culturelle est quelque chose d'impensable et reste un scandale auquel on ne s'habitue pas», ajoute Philippe Mathez.

Si la diversité culturelle dresse des barrières, elle offre aussi une grande richesse. La musicalité et la poésie de la langue incomprise, par exemple, illustrée dans l'expo par des dizaines de tubes colorés qui diffusent des comptines et des berceuses dans une cinquantaine de langues différentes.

«C'est très beau à écouter, observe le conservateur, mais on ressent aussi une grande frustration, puisqu'on aimerait pouvoir comprendre ce que racontent ces histoires. En fait, la diversité est à la fois quelque chose de riche et d'encombrant.»

Le cocon de l'ethnocentrisme

Devant nous, un long tunnel blanc ouatiné. Le cocon de l'ethnocentrisme. «Lorsqu'on est entre soi, au sein d'une communauté, on tend à considérer qu'on est les seuls humains. La scénographe a traduit cette idée par un cocon.»

A l'intérieur, une série d'ethnonymes démontrent que l'ethnocentrisme est une attitude universelle. On découvre ainsi que le nom par lequel l'ethnie se désigne elle-même est presque toujours différent de celui que ses voisins lui attribuent. Le premier étant souvent plus valorisant que le second.

Par exemple, le mot «Inuit» signifie «les hommes», alors qu'«esquimau» signifie «mangeur de viande crue». «Autrement dit, les esquimaux sont ceux qui n'ont pas de culture, qui ne savent pas préparer leurs mets, précise Philippe Mathez. Ils sont donc pratiquement réduits au rang d'animaux.»

Et l'ethnocentrisme n'est pas l'apanage des Occidentaux. En Suisse, par exemple, les Alémaniques appellent les Romands «Welsche» - littéralement: les étrangers.

Question de goût

Au-delà du cocon blanc, plusieurs vitrines tendent un piège au visiteur qui pourrait bien être pris en flagrant délit d'ethnocentrisme... Cette décoration nasale utilisée en Papouasie Nouvelle Guinée: aïe, ça doit faire mal! Manger des fourmis? Beurk!

«Ce qui chez nous semble spontanément laid ou absurde sera dans une autre culture un critère d'esthétique ou de bon goût, souligne Philippe Mathez. D'ailleurs, cette attitude d'incompréhension se retrouve dans toutes les sociétés. Nos manières occidentales peuvent aussi choquer d'autres cultures.»

L'exposition cite le témoignage de ces quatre sculpteurs toraja d'Indonésie, accueillis en Grande-Bretagne par un anthropologue, revenus hilares de leur première ballade dans les rues de Londres. Ils ne comprenaient pas pourquoi on promenait des chiens au bout d'une ficelle. L'anthropologue leur a alors rappelé qu'eux ciraient bien les cornes de leurs bœufs, ce qui pouvait paraître ridicule à nos yeux.

Qui est l'autre?

Le rapport à l'autre, c'est aussi et surtout ce besoin de qualifier et de définir l'inconnu.

Est-ce un monstre, un impie, un animal, un primitif ou un modèle? De salle en salle, on découvre les différentes représentations qui ont émergé de l'Antiquité jusqu'à nos jours.

Du monstre qui surgit des bois – représenté ici par des masques exposés au cœur d'une forêt de colonnes vertes - à l'Alien imaginé par la science fiction contemporaine. En passant par l'esclavage ou la conquête des Amériques. Au centre de la salle, une lame métallique traduit la violence de la christianisation qui a conduit à cet ethnocide.

La publicité a également largement contribué à construire le regard qu'on porte sur l'autre. Dans la vitrine, un paquet de cacao Banania. Sur le mur, une affiche de la savonnerie nationale de Genève: un Africain découvre le savon et est immédiatement blanchi.

En face, une photographie de Joséphine Becker. Parce que, toujours dans l'excès, l'autre fascine également. «A tel point qu'il peut devenir un modèle qu'on tendrait à considérer comme préférable au sien», ajoute le conservateur. Plusieurs anthropologues ont eux-mêmes angélisé les ethnies qu'ils observaient.

Décorticage scientifique

La science a, elle aussi, essayé de répondre à cette interrogation obsessionnelle. Anthropologues et biologistes ont voulu comparer, classer, mesurer pour tenter de percer le secret de la diversité apparente de l'homme ainsi que de la diversité culturelle et sociale.

«Pendant longtemps, on a d'ailleurs entretenu une confusion entre ce qui relève de la biologie et ce qui relève de la culture, commente Philippe Mathez. Or certaines expériences ont démontré par la suite qu'un transfuge, un être transposé dans une autre société, adoptait entièrement cette nouvelle culture.»

Cette approche scientifique a parfois été récupérée par des idéologies totalitaires et racistes, rappelle l'exposition. Les théories raciales des Nazis se basaient sur la science pour affirmer qu'une autre race représentait un danger pour le reste de l'humanité.

L'autre, un partenaire

«Heureusement, cette dérive a été contrée de tous temps par des humanistes, constate Philippe Mathez. Durant la période de l'esclavage, de nombreux acteurs se sont mobilisés pour affirmer l'appartenance des esclaves à la même humanité sur la base de critères scientifiques et juridiques.»

«Notre exposition aimerait à son tour être un modeste remède à l'ethnocentrisme, conclut le conservateur. Elle invite au relativisme culturel. Autrement dit, on ne peut pas privilégier une culture plutôt qu'une autre. Après tout, nos différences ne sont que des nuances...»
© Télévision Suisse Romande

up  

JUSTICE : VERS LA DÉPÉNALISATION DE LA DISCRIMINATION (France)

Le premier ministre a décidé de dessaisir les tribunaux de certaines affaires et de les confier à la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde). Par Émilie Rive

14/11/2005 - Avec un peu d’intelligence, on aurait pu estimer le contexte mal choisi. Même pas. C’est dans son discours du 8 novembre que Dominique de Villepin, affirmant « la priorité » à la lutte contre les discriminations, a proposé de dessaisir la justice de certaines affaires pour les confier à la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde). « En trois mois, elle a reçu près de 1 000 plaintes, dont plusieurs ont été adressées à la justice, a expliqué le premier ministre. J’ai décidé de renforcer ses pouvoirs : la Halde pourra désormais décider elle-même de sanctions contre les auteurs de discriminations. »

L’idée avait été revendiquée par son président, Louis Schweitzer, ancien PDG de Renault, devant son comité consultatif, après avoir remarqué la lenteur de la justice, voire ses difficultés à se saisir de ces affaires, puisque seulement quarante procès par an ont lieu pour discrimination. La Halde réglerait ainsi les problèmes de « petites discriminations », celles qui ne « sont pas clairement racistes ». Sans procès, comme la police règle par une amende le stationnement interdit. Et pourquoi pas, pour faire plus simple, sur formulaire, par Internet après négociations ?

Jamais les associations, qui se plaignent effectivement des lenteurs et des résistances de la police et de la justice, n’ont demandé une telle mesure. Mais on comprend bien que les membres de la Halde, nommés par décret, comptant parmi eux, entre autres, un ancien PDG et une ancienne ministre de Jean-Pierre Raffarin, puissent être sensibles aux sirènes de patrons qui acceptent mal de se retrouver dans un procès en correctionnelle, en séance publique, sous le regard de la presse. Si tout pouvait se passer avec une provision dans le budget de l’entreprise pour payer, en catimini, des amendes symboliques, tout irait mieux.

Premier à dénoncer cette décision, Samuel Thomas, vice-président de SOS-Racisme, rappelle que le Code pénal est net : tout acte de discrimination raciale doit faire l’objet d’une sanction pénale, sans se soucier de savoir s’il s’agit d’idéologie ou de volonté de satisfaire une clientèle. Il ajoute que, avant d’être capable de remplacer, avec ses cinquante salariés, le travail de la police, des inspecteurs du travail et des procureurs, la Halde a une tâche qu’elle ne remplit pas vraiment, celle d’aider les victimes à saisir ces instances. « Pour l’instant, dit-il, la Halde, avec 40 fois le budget dont SOS-Racisme dispose pour lutter contre les discriminations, n’a pas été capable de traiter et de transmettre à la justice un dixième des affaires traitées chaque mois par SOS-Racisme, qui vient enfin, grâce à « quelques » procès médiatisés, d’obtenir que la crainte de sanction pénale fasse bouger les grandes entreprises, les syndicats de discothèques et les fédérations d’agences immobilières. Nous avons obtenu que le 8 décembre ait lieu le procès d’un cabinet d’avocats d’affaires internationales, dont le numéro 3 est Monique Pelletier, ex-secrétaire d’État à la Justice (en 1978), ex-membre du Conseil constitutionnel et ex-avocate de Maurice Papon. C’est à ces actions que devrait s’attacher la Haute Autorité. » D’autant que la Halde n’a pas dépensé, en 2005, le budget qui lui était alloué, bien que deux fois inférieur à celui de son - homologue belge ou seize fois inférieur à son équivalent - britannique. Ils serviront - peut-être en 2006, permettant, de toute façon, au gouvernement de réduire ses dotations pour le prochain budget.

Pour Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme, la proposition « est scandaleuse, absurde et se heurtera, sans doute, aux règles européennes. De toute façon, il va falloir en parler, parce qu’il faudra modifier le Code pénal, et cela ne se fait pas d’un revers de manche ». Mouloud Aounit, secrétaire du MRAP, est indigné : « Dans le contexte où nous sommes, ce n’est pas ce genre de mesures dont les victimes ont besoin. La discrimination est un délit qui relève de la justice. Ce n’est pas une vague infraction banale. Et ce n’est pas à une instance politique, composée de gens qui n’en ont pas les compétences à rendre la justice. » Jusqu’à présent, seul, le Front national refusait les condamnations pénales ou civiles des actes de discrimination.
© L'Humanité

up  

SOS RACISME ATTAQUE LE MAIRE DE NICE (France)

SOS Racisme a porté plainte pour discrimination religieuse contre Jacques Peyrat qui s'est opposé à l'implantation d'une mosquée dans la ville.

15/11/2005 - L 'association SOS Racisme a indiqué lundi 14 novembre avoir porté plainte pour discrimination religieuse contre le maire de Nice Jacques Peyrat (UMP) qui s'était déclaré, dans la presse, opposé à l'implantation d'une mosquée "en plein cœur de Nice".
SOS Racisme reproche à Jacques Peyrat des propos parus dans l'édition du quotidien Le Monde de dimanche-lundi, où il affirme: "Ce n'est pas le moment, face aux violences urbaines et à la montée de l'islam radical, d'installer en plein coeur de Nice une terre d'islam. Je m'opposerai à toute implantation de mosquée à Nice." Jacques Peyrat s'exprimait sur la réponse qu'il entendait apporter à un projet d'installation de mosquée dans un immeuble de 800 m2 actuellement en vente dans le centre de Nice.

Discrimination par "annonce" et "pression"

Pour le vice-président de SOS-Racisme, Samuel Thomas, Jacques Peyrat s'est rendu coupable de discrimination par "annonce" et par "pression". Le procureur de la République de Nice, Eric de Montgolfier, a confirmé réception de la plainte de l'association SOS Racisme, qui vise également l'adjoint chargé des cultes à la mairie, Auguste Vérola.

Le président de l'association Moubarak, intéressée par l'acquisition de l'immeuble au centre de Nice pour le transformer en mosquée, Abdelhamid Razzouk, membre du conseil régional du culte musulman (CRCM) de Provence-Alpes-Côte d'Azur, affirme dans Le Monde que la mairie "a fait capoter le projet en faisant pression auprès du propriétaire pour que la vente ne se fasse pas".
© Le Nouvel Observateur

up  

SOS ANTIRACISME - DOMINIQUE SOPO (France)

Une tardive prise de conscience

14/11/2005 - « Il existe en France un anti-racisme bien pensant. Il est dangereux, car dévoyé. [...] Il se nourrit principalement de cette culpabilité blanche. Il est une perpétuelle action de repentir. L’étranger ainsi canonisé, la béatitude peut suivre. Et laisser la place à toutes les dérives. » Cet avertissement sans concession est signé par Dominique SOPO qui depuis 2003 préside SOS Racisme.

Dans un bref ouvrage, il dénonce l’attitude certains « militants de la cause » qui à force de placer l’Etranger sur un piédestal acceptent l’inacceptable. Ces militants, pétris de relativisme culturel et de haine du modèle occidental, sont prêts à justifier chaque entorse au modèle républicain français ou au respect des droits de l¹individu (polygamie, port imposé du hidjab ...) au nom du respect de la diversité culturelle. Ces dérives ne peuvent pas être condamnées, parce qu’elles ne seraient l’expression que d’une forme d’« exotisme » culturelle. S’y opposer serait alors faire preuve d¹arrogance impérialiste !

Ces militants « exotiques », comme les qualifie SOPO, sont aujourd’hui à l’origine d’une forme de corporatisme racial et de concurrence des drames qui enferme les populations d’origine étrangère dans une éternelle posture de victime. La marche qui conduit au communautarisme est alors vite gravit.

DIEUDONNE, Mohamed LATRECHE, Tariq RAMADAN, le collectif des indigènes de la République, tous tentent de fédérer autour d’eux une prétendue communauté et s’autoproclament aussitôt leur porte parole. Au-delà des provocations médiatiques qui varient selon les caractères et le style de ces personnages, la méthode reste la même : « Faire vibrer les cordes de la haine et de l’émotion chez ceux qu’ils veulent entraîner et la corde de la mauvaise conscience post-coloniale chez ceux dont ils recherchent les soutiens extérieurs ».

Cette stratégie a particulièrement bien fonctionné pour Tariq RAMADAN qui a réussi à ouvrir les tribunes des Forums sociaux à ces thèses fondamentalistes. « Les islamistes savaient pouvoir compter en Europe sur un allié de poids : la mauvaise conscience post-coloniale. Pour échapper à toute critique de leurs visées réactionnaires et de leurs stratégies d’influence, ces extrémistes entreprirent en dénaturant profondément la philosophie et les mots de l’antiracisme de dénoncer une « islamophobie » dont la moindre critique à leur égard aurait été le signe. »

Ces derniers ont été accueillis bras ouverts par une grande partie du mouvement antimondialiste qui espère ainsi élargir le front « anti-impérialiste ». Le raisonnement est simpliste : les islamistes combattent le modèle occidental, notamment le « grand Satan » américain, les antimondialistes se battent contre le capitalisme, notamment le « grand Capital » américain. L’alliance semblait naturelle.

Si les analyses de ce livre ont le mérite de porter une vive lumière sur les zones d¹ombre et les motivations qui conduisent la gauche radicale à faire le jeu du communautarisme, on peut, cependant, s’interroger sur la sincérité de cette prise de conscience.

La victimisation, la diabolisation incessante du passé colonial de la France, la culpabilisation des décideurs politiques furent des méthodes très largement utilisées par SOS Racisme dans les années 80. Si le constat dressé par ce livre est sans ambiguïté, ce n’est pourtant pas le début d’un mea-culpa, qui aurait donné plus de force et de sincérité à la démonstration.

A l’approche du congrès du Parti socialiste, on ne peut que s’interroger sur les motivations qui ont guidé la publication de ce livre. Certains y verront une forme de règlement de compte entre une association réputée proche de la direction actuelle du PS et son aile la plus à gauche. Espérons que même si les motivations ne sont pas des plus pures, la réflexion sur le dévoiement de l’antiracisme à des fins communautaristes fassent son chemin.
© Centre de liaison et d'information sur le communautarisme

up  

CES COLONIES VITE OUBLIÉES (France)

France Culture. «Fracture coloniale, fracture sociale, un portrait de la France d'aujourd'hui». Du 14 au 19 novembre, le passé colonial français ausculté par France Culture. Par Marc LAUMONIER.

14/11/2005 - Où en est-on avec le colonialisme ? Plus de quarante ans après le démantèlement des dernières colonies françaises, peut-on sereinement poser la question, se risquer à une analyse critique de ce passé ? Même pour l'historien, la tâche s'avère délicate. L'actualité appelle à la prudence, qu'on en juge à l'aune des affaires judiciaires, de la récente loi du 23 février imposant que «les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif» de la colonisation, des virulentes manifestations des «Indigènes de la République» ou du dogmatisme forcené d'ultras, dans le sillage de Dieudonné, prompts à surfer sur la mauvaise conscience occidentale.

Elites

Longtemps refoulé, ce passé ressurgit aujourd'hui, hanté par des sujets non moins sensibles que sont l'immigration, le racisme, la xénophobie, les discriminations, opérant un glissement ou une possible comparaison, au nom d'un héritage victimaire, entre fracture coloniale et fracture sociale. Sujet éminemment complexe, donc, mais incontournable, pour que puisse s'élaborer enfin une mémoire collectivement partagée. Pendant une semaine entière, France Culture mobilise largement son antenne pour ausculter les différents points de vue. A commencer par celui des anciennes élites, ces générations d'administrateurs formés à l'Ecole coloniale, créée en 1895 à Paris, devenue en 1934 l'Ecole nationale de la France d'outre-mer (la Colo). Rediffusé aujourd'hui et demain (de 10 heures à 11 heures) dans la Nouvelle Fabrique de l'Histoire, le documentaire en deux parties d'Emmanuelle Loyer et Christine Robert consacré à cette «Colo» autour des témoignages de ces «fous d'Afrique» nuance quelques idées reçues sur l'entreprise colonialiste et les motivations de ses acteurs.

Enquête

Les mêmes qui, ouverts à partir des années 30 aux enseignements de personnalités telles que Henri Maspero, Marcel Griaule, Louis Massignon, Jacques Soustelle, Louis Jouvet, Charles Dullin ou Michel Leiris ­ tous profs à la Colo ­, contribuèrent à négocier le virage de la décolonisation. La «Colo» d'alors colle peu à un «politiquement correct» ou à une doctrine coloniale, éloignant le spectre d'un pouvoir colonial représenté par ces élites. Les témoignages de ces anciens d'AEF (l'Afrique-Equatoriale française) ou AOF (l'Afrique-Occidentale française) ne sont que des éléments d'une histoire plus vaste, encore à écrire.

Mercredi, le reportage de Raphaël Krafft, Thiaroye, une histoire écorchée, évoque une tragédie vite tombée aux oubliettes. Celle de près de 1 300 tirailleurs sénégalais, anciens prisonniers de guerre, rapatriés près de Dakar, dans le camp militaire de Thiaroye en 1944. Réclamant leur solde, recevant l'humiliation pour toute réponse de la part des autorités françaises, ils se mutinèrent. La sanglante répression laissa des cicatrices dans les mémoires. En forme d'enquête, le documentaire permet de mesurer, de la persistance des rumeurs aux travaux d'historiens, en passant par l'exploitation partisane, notamment par les mouvements anticolonialistes, puis nationalistes, de cette tragédie, la difficulté à objectiver les faits. A n'en pas douter, l'initiative de France Culture devrait encourager le débat. Que chacun peut prolonger sur le forum spécialement ouvert à cette intention sur le Web (1).

(1) www.radiofrance.fr/chaines/france-culture
© Libération

up  

LE VLAAMS BELANG ET L’ISLAM : EN FRANÇAIS DANS LE TEXTE... (Belgique)

Alves Dos Santos Batista, Jessica

16/11/2005 - L’inégalité des races, après avoir été théorisée, étudiée et utilisée politiquement a été formellement démentie par les scientifiques. Le terreau sur lequel l’extrême droite avait basé son raisonnement se dissolvait pour laisser place aux affirmations égalitaristes du monde scientifique. Pour maintenir une crédibilité auprès de son public, le Vlaams Belang1, dont le manifeste revendiquait l’inégalité des races, devait trouver un autre créneau. Et c’est dans la logique de l’antiracisme qu’il l’a trouvé. En effet, la mouvance antiraciste avait fait du «droit à la différence » son cheval de bataille, il ne restait plus au Vlaams Belang qu’à le revendiquer à son tour mais dans l’optique de démontrer l’incompatibilité entre les cultures, et de justifier le racisme. Parler de culture au lieu de race revient à faire allusion à la «véritable identité» au lieu de la pureté raciale. Parler de différence plutôt que d’inégalité c’est remplacer le mépris pour les êtres jugés inférieurs par une phobie du mélange et par une hantise de contact avec les autres cultures. Parler de «droit» à la différence permet de ne pas parler en termes de rejet des différences. Tout l’argumentaire va donc être basé sur l’implicite, le sous-entendu. Montrer la communauté musulmane du doigt se révèle dès lors bien pratique: c’est une communauté visible, qui revendique son identité, qui est globalement plus précarisée, et dont la religion pour différentes raisons peut être présentée comme un écran qui cristalliserait toutes les incompatibilités. Sous couvert de critique de la religion, c’est toute une communauté qui est stigmatisée, renvoyée à son «identité» musulmane, une identité qui serait selon le Vlaams Belang «naturelle » et «biologique».

L’islamophobie (la peur de l’islam), est une réaction à une certaine perception de l’islam, à une menace ressentie, qu’elle soit objective ou non. Ce rejet est alimenté par des préjugés et des stéréotypes qui amalgament allègrement islam, arabe, musulman, islamisme, intégrisme, terrorisme, et qui font la confusion entre culture et religion2. Le terme «islamophobie», rarement utilisé jusqu’au 11 septembre 2001, est devenu d’usage courant. Il semble donc répondre à une conjoncture nouvelle3.

En effet, dans les publications francophones du Vlaams Belang à Bruxelles, l’islam est un thème central. Outre le fait de refuser de reconnaître l’islam comme une religion: «[...] L’islam n’est pas une religion comme le catholicisme, le judaïsme ou l’hindouisme, c’est une religion-droit-culture-civilisation, intrinsèquement ‘intégriste’ [...] » 4. L’islam est aussi systématiquement infériorisé: c’est «[...] une religion rétrograde [...] » 5, «qui maintien les femmes musulmanes sous un statut de quasi-esclavage » 6, avec des «[...] mentalités aussi primitives que barbares [...]», et des adeptes «[...] fanatiques ignorants et barbares [...] » 7. Les symboles de l’islam sont systématiquement attaqués. Tout d’abord au niveau des mosquées dont le Vlaams Belang veut la fermeture au profit d’un seul et unique lieu de culte, en dehors de Bruxelles. Ensuite au niveau du ramadan et de la fête du mouton pour lesquels des campagnes de dénigrement sont menées chaque année en mettant en avant des «pratiques inacceptables», et des «souffrances atroces » 8. Même le rite d’inhumation est prétexte à justifier l’incompatibilité: «[...] Pour eux, toute cohabitation avec nous, chrétiens, juifs, hindouistes, bouddhistes, agnostiques ou athées, est impossible, même après la mort. [...] Comment voulez-vous, dans ces conditions, que les vivants puissent coexister si les morts ne le peuvent? N’est-ce pas la preuve qu’entre nous et eux, se dressera toujours la barrière de la religion, ou, plus exactement de leur religion. [...] » 9. Quant à la question du port du voile, elle est toute tranchée: «[...] S’opposer au ‘foulard’, c’est un acte de combat pour la survie de notre civilisation. Il convient de poser les bornes, des ‘limites à ne pas franchir’, de sorte de mettre un terme aux empiètements de plus en plus fréquents et larges de l’islam sur notre vie quotidienne. [...]»10

Le Vlaams Belang ne fait pas de distinction entre islam et fanatisme: «[...] Il n’y a pas un islam modéré et un islam fanatique et dévoyé, il n’y a qu’un islam, qui, là, dort (au sens ‘d’espion dormant’), et qui là, agit. » 11. Et lorsque l’article fait référence à ce qui préoccupe le plus les citoyens, c’est-à-dire leur sécurité, qu’elle soit physique ou financière, cela aboutit encore et toujours à parler de l’islam et des musulmans comme cause unique de tous les maux.

En effet, tout d’abord, selon le Vlaams Belang, la délinquance est le fait de l’immigration: «[...] les agresseurs appartiennent dans la grande majorité des cas à quelques groupes ethniques déterminés et les victimes sont, dans la grande majorité, des autochtones. [...]12» Les étrangers sont présentés comme violents et irrespectueux, mais surtout, comme si cette violence était inhérente à leur personne, leur qualité d’hommes est reniée : «[...] On a tous plus ou moins fait des bêtises dans la vie, mais la manière de procéder de ces barbares n’est pas humaine. Cette bestialité leur est propre. [...]13 ». Ensuite, il est fréquemment question d’un « racisme» à l’égard des «autochtones». Car c’est bien en victimes que le Vlaams Belang présente les « autochtones» subissant une «politique systématique de discrimination 15»: « [...] Des jeunes Belges qui désespèrent de trouver un emploi puisque d’autres jeunes, ceux d’outre-Gibraltar sont scandaleusement privilégiés par le gouvernement» 16.

Enfin, la question du chômage, de l’abus du système et les problématiques financières occupe une place centrale dans les publications du Vlaams Belang, et toujours pour opposer les difficultés vécues par les autochtones à l’opulence dans laquelle vivent les musulmans. Car le Vlaams Belang aime à faire croire que les musulmans ont trouvé les moyens les plus faciles pour se faire beaucoup d’argent sur le compte de l’Etat et surtout à moindre effort. D’abord en faisant beaucoup d’enfants et en bénéficiant dès lors d’importantes allocations familiales. Ensuite en abusant du chômage: «La Région bruxelloise, qui est la plus touchée par le chômage en Belgique, compte 30% d’allochtones. En 1999, 41% des chômeurs étaient étrangers (12,7% de l’Union européenne et 28,3% non UE) avec prédominance de Marocains et de Turcs. [...]»17. La démonstration est assez simple, c’est dans la région de Belgique où la proportion d’étrangers est la plus grande que le chômage est le plus présent. On peut donc en déduire une corrélation: s’il y a beaucoup de chômage, c’est parce qu’il y a beaucoup d’étrangers (cfr le Front national en France: «Un million de chômeurs, c’est un million d’immigrés en trop» 18). Enfin, pour compléter le tableau des fonds perdus de l’Etat, il y a le CPAS. Pour expliquer l’injustice du système qu’a mis en place l’Etat belge, le Vlaams Belang oppose systématiquement la précarité subie par les «autochtones» à l’assistance choisie par les personnes d’origine étrangère.

Quel que soit le thème abordé, le fond du message du Vlaams Belang dans sa propagande tend toujours à signifier l’incompatibilité de la culture musulmane avec la culture occidentale et de rendre responsables les musulmans de tous les maux de la société. Alors qu’hier c’était l’immigré qui venait prendre le travail des Belges, aujourd’hui c’est le musulman, même si les incohérences poussent aussi le Vlaams Belang à dire que les musulmans aspirent uniquement à vider les caisses du chômage. Les incohérences sont d’ailleurs légion, d’un côté l’intégration est impossible, de l’autre il n’y a rien de plus simple; parfois toutes les civilisations se valent, parfois les musulmans sont un peuple «non civilisé»; l’islam est accusé de faire exploser la Belgique alors que par ailleurs c’est le but avoué du Vlaams Belang; les musulmans ne veulent pas s’intégrer mais les femmes musulmanes rêvent d’adopter le mode de vie occidental; le Vlaams Belang revendique le droit à la différence mais il refuse d’accepter celles des musulmans…

Il est possible que ces contradictions trahissent un manque de sérénité dans l’idéologie, mais plus certainement elles démontrent que peu importe la justification, le but doit toujours être le même: accuser, blâmer, désigner, rabaisser, criminaliser le monde musulman. Chaque fois qu’un délit est relaté, il est l’œuvre d’un musulman, chaque fois que de la violence gratuite est constatée, elle est l’œuvre de musulmans, chaque fois que l’Etat fait un geste envers des membres de la société, il s’agit de musulmans et chaque fois qu’un musulman est jugé, c’est la communauté toute entière qui l’est, le «il» n’est jamais dissocié du «eux». Et lorsque c’est le musulman la victime, son bourreau est par contre compris pour son geste, considéré comme victime, presque excusé. L’intégrisme, le terrorisme, la délinquance, l’antisémitisme, la rébellion, le mépris pour la femme, tout cela est assimilé à l’islam. Tous les musulmans sont coupables, tous les musulmans sont des terroristes potentiels!

L’arme principale du Vlaams Belang, c’est la peur. Le Vlaams Belang extrapole des faits mineurs, prédit un avenir sombre pour la Belgique sur fond de djihad. Il joue également sur la colère des gens, leur offrant de la réalité une vision manichéenne où, à tous les niveaux de la société, le musulman abuse, vole, méprise, refuse de s’intégrer, menace la stabilité de la société, et ne respecte que sa communauté. Et ça marche! Ce parti est le deuxième parti en Flandre et il est devenu dans le nord du pays un interlocuteur politique comme un autre. A Bruxelles il est le premier parti flamand. C’est devenu un parti incontournable, il est impossible de l’ignorer, à tel point qu’il a une influence sur les discours des médias, et aussi sur les décisions prises par le gouvernement.

Il faut se méfier de cette influence, même chez les personnes qui se défendent d’avoir la moindre sympathie pour les thèses de ce parti. A titre d’exemple, lors de l’enterrement de Raymond Goethals, le journaliste qui commente la cérémonie sur RTL-TVI parle de «Belges pure souche» présents sur les lieux! La stratégie avouée par Filip Dewinter fonctionne donc bien : « Savez-vous que le Front national (français) a un véritable lexique de mots à utiliser ? Il essaie de faire entrer ces termes dans les médias. Nous n’avons pas de liste aussi pratique que celle du FN, mais nous avons introduit des mots dans l’usage politique. Les journalistes finiront par les utiliser sans qu’ils ne se rendent compte qu’il s’agit de mots que nous avons quasiment créés et que nous employons intentionnellement pour les insérer dans le langage courant.»

1 Nous parlons du Vlaams Belang qui, au moment de notre mémoire à l’ULB, s’appelait encore Vlaams Blok.
2 Lire l’entrée racisme dans le lexique du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme à l’adresse internet suivante: http://www.agenda-respect.be/fr/lexique/racisme.htm
3 Alain Gresh, «A propos de l’islamophobie», article disponible à l’adresse suivante: http://lmsi.net/article.php3?id_article=224
4 Vérités Bruxelloises, le journal des amis du Vlaams Blok, N°24, juin 2003, p.12. Cité par la suite: VB.
5 VB, N°15, septembre 2002, p.10.
6 Ibid, p.7.
7 VB, N°21, mars 2003, p.18.
8 VB, N°20, février 2003, p.11.
9 VB, N°35, mai 2004, p.14. (Les caractères gras sont de l’initiative du rédacteur de l’article).
10 VB, N°31, janvier 2004, p.17.
11 VB, N°17, novembre 2002, p.16.
12VB, N°30, décembre 2003, p.10.
13 VB, N°28, octobre 2003, p.6.
14 VB, N°26, août 2003, p.11.
15 VB, N°14, août 2002, p.6.
16 VB, N°22, avril 2003, p.11.
17 VB, N°4, octobre 2001, p.2.
18 Jean-Christian PETITFILS, L’extrême droite en France, collection Que sais-je?, PUF, France, septembre 1983, p. 102.
VAN DEN BRINK Rinke, L’Internationale de la haine - Paroles d’extrême droite, Belgique, Editions Luc Pire, 1996, p.136.
© Les Territoires de la Mémoire

up  

PAYS-BAS - SALOMON KALOU (FEYENOORD) : L’INDÉSIRABLE SURDOUÉ

Salomon Kalou, 21 ans, a décidé de porter plainte contre Rita Verdonk, la ministre néerlandaise de l’Intégration. Adepte d’une politique restrictive en matière d’immigration, la ministre conservatrice lui refuse une procédure de naturalisation rapide, demandée pour lui permettre de jouer dans les rangs de l’Equipe nationale néerlandaise lors de la prochaine Coupe du monde de football, en 2006 en Allemagne.

16/11/2005 - Arrivé en août 2003 aux Pays-Bas, ce jeune footballeur ivoirien, frère cadet de Bonaventure Kalou, joueur au Paris-Saint-Germain (Psg), a aussitôt intégré Feyenoord, le club de Rotterdam. Là, il a fait une grande différence : 20 buts marqués en 33 matches. Redoutable avant-centre, Salomon Kalou n’est pas seulement soutenu par le gratin du football néerlandais : Marco van Basten, l’entraîneur de l’Equipe nationale et Johan Cruijff, ancien joueur de haut vol surnommé le «Pelé blanc», qui défend ce qu’il considère comme des «talents uniques» chez Salomon Kalou. Johan Cruijff est prêt à témoigner au cours du procès.

Au Parlement, un débat urgent s’est tenu le 30 septembre sur cette affaire, à la demande du Parti travailliste (Pvda) et des Verts, qui ont insisté pour que le gouvernement accorde la citoyenneté néerlandaise à Kalou, selon une procédure exceptionnelle réservée aux ressortissants étrangers susceptible de contribuer de manière «indiscutable» à la société néerlandaise.

Rita Verdonk, elle, n’en démord pas. «Ce joueur pourra obtenir son passeport néerlandais après cinq ans de séjour dans le pays, comme les autres étrangers», a-t-elle répété devant l’Assemblée nationale. Forte du soutien de son camp politique, la coalition de centre-droit au pouvoir, Rita Verdonk a déclaré qu’elle ne cèderait ni aux pressions, ni à la «prétendue» popularité de l’avant-centre ivoirien. «Je suis libre et j’ai pesé ma décision. Je ne suis pas là pour être populaire», a-t-elle déclaré, en dépit de sa propre cote de popularité dans les sondages, la plus élevée de tous les ministres néerlandais.

Car la fermeté de Rita Verdonk satisfait l’opinion, aussi bien sur les procédures d’expulsion des sans-papiers que les nouveaux tests de langue et de culture néerlandaises qui seront bientôt imposés à tous les ressortissants étrangers non naturalisés (un demi-million de personnes). Selon un sondage effectué par la station de radio Standpunt, 73 % des Néerlandais ne sont de toutes façons pas d’accord pour que Kalou joue en 2006 dans l’Equipe nationale des Pays-Bas.

Une autre enquête d’opinion publiée le 4 octobre par l’institut Maurice de Hond confirme cette tendance : plus de 75 % des citoyens néerlandais soutiennent la position de Rita Verdonk dans l’affaire Kalou. Même chez les amateurs de football, ce soutien s’avère nettement majoritaire (63 %), contre 33 % d’opinions contraires. Personne n’a encore prononcé le mot «racisme» dans le cadre de ce dossier, dans un pays qui assume de plus en plus l’échec de son modèle «multiculturel».
© Le Quotidien

up  

LA POLOGNE RÉAC

Par Serge Truffaut

14/11/2005 - La Pologne a un nouveau gouvernement. Signe distinctif? Il est le fruit d'une alliance entre la droite conservatrice et l'extrême droite. À la suite de l'échec des négociations avec le Parti libéral, la formation Droit et Justice, qui avait terminé en tête lors des élections législatives, a entamé des pourparlers avec la Ligue des familles polonaises et les populistes d'Autodéfense (Samoobrona).

Composée exclusivement d'ultras du catholicisme, la Ligue a séduit un nombre non négligeable d'électeurs en diabolisant l'Union européenne, en cultivant l'homophobie et la xénophobie. Parti essentiellement paysan, Autodéfense partage les sentiments de la Ligue tout en rêvant d'instaurer en Pologne un régime calqué sur celui de la Biélorussie, dernière dictature européenne. Ces deux partis se sont entendus avec Droit et Justice pour former la coalition qui gouverne la Pologne depuis moins d'une semaine.

Cette arrivée au pouvoir d'un aréopage de personnalités ne prisant guère la démocratie en plus d'aiguiser tous les travers du racisme est préoccupante. Pour l'Union européenne d'abord et avant tout. Car après l'épisode Jörg Haider en Autriche, l'association de Silvio Berlusconi avec les xénophobes de la Ligue du nord, les fascistes de l'Alliance nationale, voici qu'un troisième pays choisit de conjuguer la politique avec la négation de l'Europe.

À cet égard, on doit rappeler un certain nombre de faits. Le premier relève d'une vérité de La Palice. Le désir d'intégrer l'Union fut le fait de la Pologne. Il n'a jamais été imposé par Bruxelles. Et de deux, quand on frappe à la porte de l'Union, on sait qu'une fois membre à part entière on récoltera un certain nombre de droits et un ensemble de devoirs à observer. Depuis que ce pays est dans l'Union, il jouit des subventions allouées aux nouveaux venus, mais ne veut plus respecter un certain nombre d'engagements.

Ainsi, l'entrée dans la zone euro n'est plus «une priorité», pour reprendre le mot de la ministre des Finances. Pourtant, lors des pourparlers pour devenir membre de l'Union, ce pays n'a pas négocié de dérogation. Contrairement aux neuf autres pays qui ont intégré l'ensemble européen, la Pologne n'a jamais établi un calendrier concernant la monnaie. Quoi d'autre ? La peine de mort. Le nouveau gouvernement veut la rétablir, alors que l'Union en interdit l'usage sur son territoire etc.

Tout bien considéré, les responsables polonais ont une conception utilitariste, voire foncièrement égoïste de l'Europe. Ils veulent les millions des subventions, mais refusent de partager certaines des valeurs communes (interdiction de la peine de mort, droits de la personne) que les nations du Vieux Continent estiment universelles. Un rappel au respect de LA parole donnée lors des discussions antérieures à l'intégration du pays s'impose.
© Le Devoir

up  

LE RACISME, ÇA COMMENCE À QUEL ÂGE? (Suisse)

«Il est important de dire que la couleur noire n'est pas sale, que ça ne déteint pas...»
Propos incorrects ou maladresses. Les enfants, parfois, ne mâchent pas leurs mots. A partir de quel âge un enfant tient-il des propos racistes? Par Patricia Brambilla.


15/11/2005 - Je ne les aime pas, ils ne sont pas beaux, ils sont Noirs!» Cri du coeur d'une petite fille de 4 ans, en passant devant un groupe de jeunes gens de couleur. A côté, sa maman est rouge de honte, d'autant que «jamais elle ne lui a fait de commentaire de ce genre!» Ce témoignage, recueilli sur le forum du site Lausanne-Famille, pose bien la question: les enfants, même tout petits, peuvent-ils être racistes?

Non, répondent en choeur les spécialistes de la petite enfance. Si l'enfant, très vite, est capable de percevoir les différences, il ne leur attribue pas pour autant le même sens que les adultes. «Le racisme implique une classification et un jugement de valeur. Si on ne leur apprend pas ce critère de discrimination, il n'est pas pertinent pour eux. En tout cas, les enfants ne naissent pas racistes!» s'emporte France Frascarolo, psychologue au Centre d'étude de la famille à Prilly. Qui prend pour preuve un des tests du psychologue Jean Piaget:avant 4 ans, un enfant ne classifie pas. Qu'on lui donne des jetons de différentes formes et couleurs, il les utilisera pour dessiner. Ensuite, il les classera mais d'après un seul critère. Et ce n'est qu'à partir de 7 ou 8 ans qu'il pourra les trier selon les deux critères.

Pour autant, pas question de laisser passer des phrases désobligeantes sans réagir. Au centre de vie de Valency à Lausanne, où toutes les nationalités se côtoient, il arrive que parmi la cinquantaine d'enfants, entre 4 et 6 ans, des propos incorrects fusent: «Je ne veux pas jouer avec toi, parce que tu es Noir!» mais aussi dans l'autre sens: «Les yeux bleus, c'est dégueulasse!»

S'exprimer, oui mais...

Pour Véronique Descoeudres, éducatrice à Valency, la règle est claire: «J'autorise l'expression du sentiment, mais pas sous n'importe quelle forme. Et puis, j'essaie de faire comprendre le poids des mots, des phrases qui blessent. Les enfants sont très au fait de leurs propres émotions, mais il leur est plus difficile de se mettre à la place de l'autre.»

Sûr que les raisonnements d'un enfant ne sont pas les mêmes que ceux d'un adulte. Qu'il fait parfois des associations douteuses, établit des liens de causalité erronés. Souvent il utilise ce qui est le plus visible comme argument. Il voit le gros nez de la dame, le gros ventre du monsieur. Anecdotique dans ces cas de figure, l'affaire est plus sensible quand elle porte sur la couleur de la peau. «Mais c'est la crainte de l'adulte que l'enfant devienne raciste. Il ne s'agit souvent que de curiosité saine qui les aide à grandir», estime Janick Châtelain, psychologue à la garderie du Petit Navire à Lausanne.

Encore faut-il savoir, face à des propos déplacés, comment réagir. «Si un adulte est choqué, il doit chercher à comprendre l'enfant et dialoguer, cela aide à dédramatiser la situation. Etre rigoureux sans tomber dans le discours moralisateur», souligne Véronique Descoeudres. Rien ne sert de se raidir sur des formules du genre «on ne dit pas des choses comme ça», mais tenter de percevoir le sentiment qui se cache derrière ces phrases lapidaires, prendre en compte le contexte. Pour France Frascarolo, «il peut y avoir une peur du noir, liée à la peur de la nuit.» Mais il peut aussi y avoir un rejet lié à la personne, une colère qui n'a rien à voir avec sa couleur de peau.

Un enrichissement

«Il est important de dire que la couleur noire n'est pas sale, que ça ne déteint pas! On essaie de faire prendre conscience que l'on est tous différents», dit Janick Chatelain. Montrer que la singularité de chacun est une force. Et surtout arriver à donner à l'enfant un sentiment de sécurité, d'estime de soi pour que l'autre ne soit pas une menace mais un enrichissement. Pour France Frascarolo, «plus l'enfant sera respecté comme individu, plus il respectera les autres. C'est souvent les gens qui ont une mauvaise image d'eux-mêmes qui dénigrent autrui.» Reste encore cette consolation qu'une idée reçue chez un enfant dure moins longtemps: «Avec eux, on peut construire. Ils sont plus souples pour changer!» conclut Véronique Descoeudres.

Parole d'expert

Roland Godel est attaché de communication à l'Etat de Genève et auteur de livres pour enfants. Il vient de faire paraître «Colère noire» aux Ed. OSL, à la fois outil pédagogique et récit engagé dans la prévention contre le racisme.

Pourquoi avoir choisi de parler du racisme?

C'est l'intolérance et la xénophobie que j'ai voulu traiter plutôt que le racisme.Je ne crois pas qu'il y ait aujourd'hui une campagne anti-africaine ou antisémite. Mais on vit dans une société où tout le monde se fait du souci, où les familles fonctionnent moins bien, où il n'y a plus de repères. C'est un terrain propice à l'inquiétude, laquelle finit souvent par se retourner contre l'autre, c'est-à-dire l'étranger.

Peut-on faire de la prévention dans ce domaine?

Bien sûr. Mon livre est une goutte d'eau, qui s'adresse aux 9-12 ans. Mais l'apprentissage du respect se fabrique dès les premières années! On trouve d'ailleurs des livres pour les tout petits qui traitent de la tolérance.

Quel message voulez-vous faire passer à travers cette histoire?

Qu'il ne faut pas avoir peur pour des prunes, qu'il ne faut pas se tromper d'ennemi. L'idée est vraiment de montrer que rien n'est noir ou blanc, mais que tout est question de nuances.

Ce livre est disponible sur www.osl.ch , en librairie et dans la plupart des bibliothèques scolaires de Suisse romande.

Internet: www.lafamily.ch
© Migros Magazine

up  

'LA LUTTE CONTRE LE RACISME N'EST JAMAIS FINIE' (Suisse)

Des personnalités politiques suisses et étrangères ont rendu hommage mardi à Berne au Fonds de projets contre le racisme qui sera remanié dès 2006.

15/11/2005 - De 2001 à 2005, ce fonds a permis à la Suisse de soutenir 500 projets pour 14,2 millions de francs. Dès 2006, 1,1 million par an seront consacrés à la prévention.

Ce crédit remplacera dès 2006 le Fonds de projets contre le racisme et en faveur des droits de l'homme qui avait été instauré en 2001 par le gouvernement pour une durée limitée de quatre ans. Au cours de cette période, ce Fonds a soutenu 526 projets pour un montant de 14,2 millions de francs, ont révélé mardi à Berne ses promoteurs.

A l'occasion d'une conférence tenue dans la salle du Conseil national (Chambre du peuple) en présence de 400 personnes, ils ont clôturé les activités du Fonds en indiquant que les expériences récoltées au travers de ces projets constitueront dès l'année prochaine la base de la stratégie de la Confédération en matière de lutte contre le racisme.

«La lutte contre le racisme n'est jamais finie», a déclaré le conseiller fédéral Pascal Couchepin, en ouvrant la conférence. C'est pourquoi, a-t-il expliqué, «le Conseil fédéral est favorable à un travail de prévention et de sensibilisation, permanent et sur le long terme, pour lutter contre le racisme et la xénophobie.»

Egalité des chances

Pour M. Couchepin, la défense des droits de l'homme est d'abord le devoir de chacun. Mais «l'Etat a également un rôle à jouer en veillant à promouvoir l'égalité des chances entre les citoyens, notamment à travers l'éducation, et créant les conditions-cadres pour la rendre effective», a-t-il ajouté.

Dans ce sens, l'action du Fonds de projets a permis de «développer une dynamique à tous les niveaux de notre Etat fédéral», selon lui. Un travail reconnu par les organisations internationales, représentées mardi à Berne par le rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme Doudou Diène et le commissaire du Conseil de l'Europe au droits de l'Homme Alvaro Gil-Robles.

Importance de l'information

Ce dernier a insisté sur l'information pour lutter contre le racisme. «Si l'information est là, il n'y aura point de place pour l'ignorance et pour la peur irrationnelle qui en découle. Celles-ci constituent le terrain fertile sur lequel fleurissent les sentiments et les mouvements racistes et xénophobes», a dit M. Gil- Robles.

Doté de 15 millions de francs, ce Fonds avait été créé à la suite du rapport de la Commission indépendante d'experts sur la Suisse et la 2e Guerre mondiale. A l'époque, le Conseil fédéral avait décidé de donner un signal clair et durable contre le racisme, l'antisémitisme, la xénophobie et en faveur des droits humains.

989 demandes en quatre ans

Au total, 989 demandes de subventions ont été adressées au Fonds jusqu'en novembre 2005 par des classes scolaires, des groupements de jeunesse, des administrations cantonales et communales ou encore des employés et employeurs. Plus de la moitié (53 %) ont pu être satisfaites et soutenues avec des montants variant entre 270 et 310'000 francs.

Sans ces contributions, une grande partie des projets, dont les coûts totaux se sont élevés à plus de 56 millions de francs, n'auraient pu être menés à bien, a souligné dans un communiqué le Service de lutte contre le racisme de la Confédération.

Théâtre pédagogique

De l'exposition itinérante sur les résultats de la Commission Bergier au théâtre pédagogique dans les écoles en passant par des projets contre le hooliganisme, toutes ces activités ont permis de développer des approches novatrices en matière d'intervention, de prévention et de sensibilisation.

Dès 2006, 500'000 francs seront consacrés à des projets dans le domaine non scolaire et 400'000 francs à des projets scolaires.

Le Service de lutte contre le racisme disposera de 200'000 francs pour sensibiliser l'administration fédérale et pour faire de la lutte contre le racisme un thème transversal. Il interviendra aussi auprès des cantons et les communes pour qu'ils intensifient leurs efforts.
© TSR

up  

LES JEUNES PRIÉS DE PRENDRE EN MAIN LEUR MAL D’INTÉGRATION (Suisse)

Incivilités
Charte scolaire à Collombey-Muraz, mise en place d’un espace de discussion à Châtel-Saint-Denis, soutien aux migrants à Vevey: trois façons différentes d’aborder les questions du dialogue social.
Par Sébastien Jordan


15/11/2005 - Les quelques débordements constatés ces derniers mois ont convaincu les partenaires éducatifs de Collombey-Muraz d'organiser une table ronde.

«Il n'y a pas un climat d'insécurité. Il y a une âme villageoise, avec un sentiment d'appartenance et une bonne entente...» La municipale de Collombey-Muraz Josiane Granger ne veut surtout pas mettre de l'huile sur le feu. Il n'empêche. Actes d'incivilités, racisme et altercations verbales, dans et sur le chemin de l'école, les rumeurs vont bon train dans la bourgade bas-valaisanne – grosso modo 6300 habitants. Josiane Granger ne le cache pas. Après une période d'accalmie, celle qui préside la commission scolaire constate une recrudescence des signes de tensions et de comportements violents. Un petit florilège et son apogée: une rixe entre jeunes «patriotes» et étrangers lors du tournoi populaire (24 heures du 20 juin). Sans oublier la marche de Terre des Hommes, toujours en juin, pendant laquelle «un petit noyau d'élèves a tenu des propos racistes».

Bonjour l'ambiance, donc, par ailleurs plombée par des tags de même nature sur les murs du cycle d'orientation des Perraires et des «blogs», dans la mouvance néo-nazie, découverts sur internet par la direction. Constat sans appel: «Parmi les élèves des Perraires, il y a deux groupes, des skins et des «yos», qui se démarquent par des comportements inadéquats. Pour mieux cerner le phénomène, nous avons distribué un questionnaire. Il s'est avéré que 29,5% des élèves ont été victimes d'actes racistes ou de propos injurieux».

Créer un climat de confiance

La problématique n'est pas nouvelle. En 2003, elle débouchait sur l'élaboration, en coopération avec les différents partenaires, d'une charte baptisée «Vivre ensemble». Avalisé par le canton, la commission scolaire et les exécutifs de Monthey et Collombey, cette sorte de loi-cadre détaille les droits et les devoirs de chacun, enseignants, parents et élèves. But: Prendre conscience de son comportement par rapport à des valeurs reconnues de tous.

Si le travail de prévention a d'abord porté ses fruits, les récents événements ont convaincu les intéressés de remettre une compresse éducative. Nonobstant les messages préventifs distillés pendant les cours et les sanctions, le corps enseignant profite, depuis trois ans, des journées d'accueil pour revaloriser des notions telles que respect et tolérance: «Les classes restent ensemble le premier jour et demi. Tâche aux titulaires de créer une ambiance de classe et de repréciser ces valeurs», explique le directeur des écoles, Alain Fournier.

De son côté, la Municipalité a mis sur pied une table ronde. Organisée en octobre en présence d'une quarantaine d'interlocuteurs – dont la police de Collombey et de Monthey, les autorités judiciaire et politique, les enseignants, l'association des parents ou les sociétés locales, «il s'agissait de promouvoir des comportements respectueux et de cerner les ressources et les sphères de compétence. Mais aussi de clarifier et reconnaître le problème, car certains ont tendance à le minimiser». Josiane Granger fait implicitement référence aux parents: «La majorité d'entre eux travaille pour le bien de leurs enfants, mais plusieurs n'ont pas une attitude cohérente vis-à-vis de l'école...» L'appel est lancé. La prochaine table ronde est agendée au 30 novembre prochain.
© 24 Heures en ligne

up  

INTERVIEW DU PROFESSEUR AZIZ SALMONE FALL (Canada)

14/11/2005 - Aziz Salmone Fall est Politologue internationaliste d'origine sénégalaise et égyptienne. Il enseigne depuis 17 ans les sciences politiques, l’anthropologie, les relations internationales et le développement international à l'université McGill et à l'UQAM. Il est aussi Ancien coordonnateur du réseau québécois contre l'apartheid et fondateur du Grila (Groupe de recherche et d’initiative pour la libération de l’Afrique).

Il s’exprime au sujet de l’affaire Mailloux (du nom de ce psychiatre canadien qui a déclaré que le QI des Noirs était génétiquement inférieur à celui des Blancs), évoque le racisme scientifique et les conséquences des avancées de la recherche génétique.

Il y a quelques semaines un certain Dr Mailloux a déclaré que le Quotient Intellectuel des Noirs était inférieur à celui des Blancs. Pouvez-vous nous préciser qui est ce monsieur et le contexte dans lequel ses déclarations ont été effectuées ?

C'était la veille de la nomination de Michaelle Jean d'une femme noire à la non moins coloniale magistrature suprême du Canada, qu'apparaît Doc Mailloux un psychiatre québécois dans une émission sensationnaliste à grande audience importée de France (Tout le monde en parle). Habitué à défrayer la chronique, et sans citer ses sources, le Doc fait écho aux thèses eugénistes tapies dans les sociétés opulentes. Sa formulation génétique de l'infériorité innée du quotient intellectuel ou de l'intelligence des noirs et des amérindiens, est d'ailleurs insignifiante au regard des études de plus en plus pointues dans le domaine. J'ai eu, juste suite à la déclaration incendiaire du psychiatre, à être invité par trois différentes émissions de Radio Canada sur le même thème sans jamais être diffusé. Le journaliste avait pourtant monté l'émission et à la dernière minute, à son insu d'ailleurs, elle n'est plus parue. J'ai maintes fois été coupé au montage, mais jamais été censuré. J'ai retranscris tard nuitamment mon entrevue et l'ai envoyée à plusieurs connaissances qui l'ont relayé.

En me relisant le lendemain, j'ai constaté plusieurs raccourcis et simplifications de choses et de notions complexes, et même quelques erreurs, n'ayant pas consulté une des sources dont les conclusions étaient même parfois adverses aux miennes. Je m'en excuse et vais profiter de votre invitation pour clarifier tout cela, à vos lecteurs si ils l'ont lu. Dans le même élan passionné, j'ai aussi porté plainte à l'ombudsman et l'affaire est pendante à radio-Canada. Les choses se sont entre-temps aggravées, lorsque Philipe Fehmiu, le collègue animateur de ce psychiatre a osé dire publiquement qu'il ne pourrait plus dorénavant travailler avec lui et que sa chaîne de TV devait choisir entre eux. Ils ont été alors tous deux congédiés. Ce traitement inéquitable est symptomatique du malaise social, mais surtout du racisme latent qui habite encore les institutions. Nous sommes à ce titre à divers degrés tous responsables. Je vous demande de signer la pétition pour défendre les droits de cet animateur, sur notre site www.grila.org

Quelles ont été les réactions au Québec ?

Un tollé dans les milieux progressistes et ceux qui ont été visés. Une attitude relativement blasée et agacée par la population, qui en général considère ce docteur farfelu et provocateur. Mais aussi un étonnant silence de bien des gens pour qui ce monsieur a dit haut ce qu'ils pensent. Mais si ce Doc Mailloux avait lu Darwin où Galton et ce qu'ils pensaient des canadiens français il aurait peut être réfléchi à deux fois avant de dépeindre les noirs amérindiens et noirs en utilisant le même langage qu'ils usèrent contre ces ancêtres. Mais non, habitué à défrayer la chronique, et sans citer ses sources, le Doc fait écho aux thèses eugénistes tapies dans
les sociétés opulentes.

Sa formulation génétique de l'infériorité innée du quotient intellectuel ou de l'intelligence des noirs et des amérindiens, est d'ailleurs insignifiante au regard des études de plus en plus pointues dans le domaine. En effet, l'architecture biologique des inégalités sociales et ethniques se raffine dans le camps des inégalitaristes néanmoins toujours captifs de leurs catégories de ségrégations raciales et de classe. Convaincus que l'intelligence est surtout principalement héréditaire, ils persistent à justifier les inégalités entre classes, groupes ethniques, comme si elles étaient la cause du système social alors qu'elles en sont les conséquences. Ce psychiatre n'a donc fait que rapporter à des téléspectateurs des choses enseignées dans maintes universités ici en Amérique, ou mis en pratique dans bien des institutions ici et de plus en plus de par le monde.

Ceux qui croient que ces pratiques ne sont pas à l'ordre du jour se trompent. Ceux qui sous estiment l'ampleur du problème, ou qui trop facilement repoussent de tels gesticulations racistes ou pseudo scientifiques, comme étant farfelues, se fourvoient tout autant. J'ose même dire que, davantage qu'au 19 ème et au 20 siècle, les dérives eugénistes seront, dans de nouvelles physionomies politically correct, individualisées et socialement intériorisées, un des enjeux fondamentaux du siècle actuel. Le délire du pedigree humain, donc de perfectionner les uns et de détruire les autres, reste fondamentalement la quintessence de l'eugénisme, et surtout de ce que j'appelle le post-eugénisme.

Vous avez vous-même participé à une conférence il y a quelques jours pour débattre sur le thème. Pouvez-vous nous en parler ?

Une vingtaine d'organismes se sont joints au GRILA pour organiser cette conférence. Entretemps le fameux petit mot que j'avais fait circuler à rejoint des milliers de gens et on a pu recueillir bien des témoignages de sympathies. Il y a eu autour de 250 personnes qui ont assisté à la conférence du 29 Octobre à l'Université du Québec à Montréal. Le public a enduré mon délire verbal pendant plus de 2 h 30 d'horloge, mais on a eu la chance de faire une rétospective de l'eugénisme et ses développements, mais aussi de démontrer la contribution de l'Afrique à l'humanité, par l'origine monocentrique de l'humain, le leg des civilisations et surtout la contribution injustement récompensé au façonnement du système monde capitaliste.On m'a même suggéré d'een faire un article ou un ouvrage, et j'en sus vraiment flatté. Je crois que les gens sont repartis conscients qu' il y a fort à croire que notre siècle usera ou abusera de ces méthodes de QI quotient intellectuel eugénique, mais aussi de la médecine prédictive et des disparités de la biologie moléculaire pour discriminer les groupes humains. Il est donc probable que le recours au QI et autres méthodologie de
différenciation iront en se sophistiquant, autant dans le domaine de l'emploi que dans tous les circuits civiques mues par cette quête inlassable d'une élite cognitive, idéalement racée.

Pour l'eugénique forcené, ceux qui pourront travailler seront ceux capables de rivaliser contre la machine, car la technologie se sera passée des travailleurs laborieux, et les relèguera au chômage. Ils n'en sortiront que s'ils réussissent exceptionnellement des tests de QI que leurs gènes ne les prédisposeraient pas de toute façon à faire! Mais disons bien cyniquement, que cet eugénisme biotechnologique est la cerise sur le sundae infect de la mondialisation néo-libérale. Entre temps, celle ci achève plus efficacement dans la misère et la frustration et à chaque année, des millions de gens à travers le monde. Tant d'enfants de femmes d'hommes vulnérables meurent de la marginalisation économique, du chômage entretenu, du pillage, de la famine à l'eau rare ou souillée, des maladies aux guerres, et de plus en plus nombreuses catastrophes environnementales découlant de nos moyens de production et de consommation. C'est justement la conjonction entre cet ordre mondial injuste et prédateur et une science marchandisée, raciste et élitiste qui constitue le plus grand danger pour la planète. Le débat sur l'inné et l'acquis, l'intelligence et son hérédité, les
différences entre les «races » et leur hiérarchies se trouvent de nouveau relancé avec de récentes percées scientifiques de la biotechnologie.

Alors que s'achève le déchiffrage du génome humain, les média, les universités et précisément les intellectuels, le politique ont plus que jamais une responsabilité et un rôle social déterminants sur ces dimensions où le racisme latent ou explicite côtoie la légitime curiosité scientifique. Vous savez, l'intelligence est davantage une résultante sociale dans son contexte historique et environnemental qu'une disposition innée. Et même si l'héritabilité d'une telle disposition intellectuelle pouvait hypothétiquement être prouvée
dans le futur, rien n'empêche que la modification du milieu ne puisse pallier aux disparités, d'autant qu'une telle disparité génétique intellectuelle entre classes sociales, voire groupes ethniques ne pourrait être qu'infinitésimale à l'échelle de l'humanité. Avec des mesures sociales politiques économiques et psycho-culturelles résolues, entreprises pour surmonter les écueils que les adultes dressent pour leur connaissance, nous donnerons à nos enfants les chances d'épanouissement de leurs potentialités, au lieu de paralyser ces dernières avec nos errements stériles.

Il y a presqu'une dizaine d'années, un livre intitulé « The Bell Curve reprenant les thématiques de l'infériorité de QI des Noirs avait rencontré un très vif succès aux Etats-Unis. Qu'avez-vous pensé de cette affaire ?

Le livre de Charles Murray et Richard Hernstein "The Bell Curve" (la courbe en cloche) est paru en 1994. Autant que les recherches de Burt et Howard, Holzinger sur les QI et le génotype intellectuel, il ne construit pas un modèle la dominance génotypique. Le controversé ouvrage, est articulé principalement sur les travaux d'extrême droite d'Arthur Jensen, John Hunter, Frank Schmidt, Malcom Ree. Au-delà des préjugés qu'il tente de conforter, il apporte surtout des développements sur la fiabilité du QI. Le QI comme indicateur de corrélation sociale d'abord. Il révèle le fait que la société américaine est depuis cinquante ans structurée sur la base du QI qui dorénavant la hiérarchise. C'est donc davantage un ouvrage politique qui sous entend la localisation du facteur g comme siège de l'intelligence .

L'étude se fonde sur une base de données (The National Longitudinal Study Youth) pour procéder à une analyse régressive. La base est considérée fiable sans preuve, alors qu'elle est principalement constituée de questionnaires d'entrée à l'armée, alliant des questions de formation générales ou de mathématiques rébarbatives pour des jeunes faiblement scolarisés. La courbe en cloche soutient que l'intelligence est innée (le QI aussi) et que qu'il vaudrait mieux ne pas gaspiller tant d'argent à soutenir les politiques socio-économiques de discriminations positives à l'endroit des noirs, et des moins intelligents. Ils sont de plus en plus marginalisés par le fossé technologique sous la houlette de l'élite cognitive (celle qu'il faut encourager pour maintenir la croissance capitaliste), et argue le fait que la force de travail est de moins en moins requise dans les systèmes productifs. Les noirs sont donc les moins intelligents et de surcroît affaiblissent le niveau moyen de la population.

Avec force statistique, est illustré combien les Noirs auraient un QI moins élevé que la moyenne de la population, ce qui justifierait le pourquoi de leur statut économique et social (il montre aussi que les blancs pauvres sont ceux qui ont un faible QI.). On insiste pour dire qu'il est vain de tenter de relever le QI d'enfants issus génétiquement de parents ayant un faible QI. Le glissement sur la condition pauvre, résultant de leur infériorité intellectuelle et génératrice de criminalité, n'a de cesse de revenir dans les proclamations racistes. A l'instar de la récente déclaration du Sénateur William Bennett : "Si vous voulez réduire le crime, vous pourriez faire avorter chaque bébé noir de ce pays et faire chuter ainsi le taux de criminalité- if you wanted to reduce crime, you could you could abort every black baby in this country and your crime rate would go down"! (Dans le contexte du criminel retard dans l'assistance aux victimes pauvres et noirs de l'ouragan Katrina, ces propos ont eu un écho terrible aux USA, et ont dû être désavoués même par les faucons de la droite!)

Plusieurs écrits ont tenté de démontrer les fins politiques suprémacistes derrière La courbe en cloche, dont les auteurs sont proches du Mankind Quaterly et du Pionner Fund Cette dernière finança Rushton, le canadien d'origine sud Africaine, autre raciste académique, notoirement connu pour ses recherches sur «la petitesse du cerveaux des noirs et la longueur de leur pénis» . Il est désormais Président du Pionner Fund. Est-ce Murray, Rushton ou Suzuki et Gutkin que le Professeur Larrivée de Montréal a suggéré en lecture à Doc Mailloux? Peu importe, je vous cite cette belle phrase de Lucien Sève :

"le test d'intelligence n'est pas une simple opération de mesure, ni l'intelligence une simple grandeur mesurable, comme l'admet le «bon sens« positiviste, mais qu'ils sont tous deux, bien plus profondément, un rapport social. Rapport qui n'a donc pas plus de chance d'être compris en dernière analyse à partir de la génétique que la valeur de la monnaie ne peut l'être à partir de l'analyse chimique des métaux précieux".

Comment expliquez-vous que le racisme scientifique et les thématiques eugénistes, qu'on aurait pu croire morts et enterrés soient toujours aussi vivaces dans les pays anglo-saxons notamment ? D'où vient cette obsession de certains scientifiques à vouloir absolument prouver une infériorité génétique des Noirs ?

Du désarroi engendré par la mondialisation et ses conséquences et des avancées scientifiques. De nouveaux développements apparaissent, et qu'il faut saisir car ils procèdent d'un subtil redéploiement du racisme scientifique . Ainsi en juin dernier l'ontarien Rushton et le psychologue Arthur Jensen de l' Université de Californie lancent une étude dans Psychology, Public Policy and Law, où ils présentent 10 catégories de preuves axées sur des tests militaires et académiques, la taille des cerveaux et des études sur l' adoption, prouvant que les Est-asiatiques ont génétiquement bénéficié de l'évolution par rapport aux blancs, que ces derniers le sont par rapport aux noirs. 50 à 80% du fossé dans le QI seraient redevables à la génétique (l'étude sous estime l'environnement les facteurs du milieu, l'alimentation, l'éducation familiale et sociale etc..).

Une autre recherche récente soutient que le cerveau continue de se transformer. Différenciation complexe du cerveau d'abord entre primates et rongeurs. Évolution encore plus marquée dans le groupe de gènes responsables de tout le système nerveux. L'évolution phénotypique du cerveau dans l'origine de l'homo sapiens est notée par une progression moléculaire marquée dit l'équipe du Dr Bruce Lahn, de l'université de Chicago. La même sélection naturelle qui a permis de favoriser la séparation entre l'humain et les simiens, se poursuivrait au niveau des séquences d'ADN de ces 2 gènes (variante microcépghale et ASPM). Pour sonder la fréquence de l'haplotype D entre groupes humains, un échantillon de 1000 personnes révèle des variations présentent chez 30%, soit la même distribution d'haplogroupes dans l'humanité. La microcéphale de l'haplogroupe D serait apparue autour de 37 000 ans dans l'humanité, coïncidant avec les premières formes culturelles. L'ASPM autour de 5800 ans, coïncidant avec la diffusion de l'agriculture et les premières agglomération et l'écriture. La question est de savoir si les gènes qui contribuent à réguler la taille du cerveau concourent à ces connaissances en étant la cause ces développements culturels, ou si il y a influence réciproque.

L'équipe spécule sur la distribution des haplogroupes présente davantage dans les autres groupes humains qu'en Afrique, sans pour l'instant tomber dans les élucubrations racistes. D'ailleurs, l'équipe de Lahn mentionne qu'il serait incorrecte d' interpréter ses résultats comme l'illustration de l'évolution d'un groupe plus qu'un autre, et que les différence notées entre groupes humains sont infinitésimales comparée aux grandes différences de caractères d'intelligence au sein d'un même groupe . Les glissements des interprétations sont toujours possibles dans l'ère post eugéniste. Ainsi par exemple, les juifs qui ont longtemps été historiquement victimes de racisme, probablement d'abord à cause du mythe du peuple élu, seraient désormais partagés, sux dires des post-eugénistes, au niveau de leur intelligence. Une composante juive se dégagerait des autres composantes juives. Le QI des juifs Ashkenazes ( comme Freud ou Einstein ) serait de loin supérieurs aux autres. Cette aptitude serait due à une mutation génétique. Les auteurs en viennent à considérer l'hypothèse que quiconque portant le sphingolipide ou toute autre des déficiences génétiques engendrant de telles mutations devrait mieux performer que la moyenne des gens aux tests de QI.

Est-ce depuis 1000 ans la promiscuité, l'endogamie et le contact à certaines maladies, ajoutées aux exigences professionnelles financières et religieuses, et l'oppression raciste qui auraient favorisées de telles mutations chez ce groupe affecté de cette anomalie génétique ? Pour l'essentiel des scientifiques, l'intelligence relève majoritairement du cheminement personnel que de l'hérédité. Personne ne nie le legs des parents. Mais ce potentiel aussi riche soit-il ne peut suffire à lui seul. Interchangez l'enfant d'un dit doué Azkhénaze de Harvard avec celui d'un homme simple qui vit dans le dénuement d'une famille nomade d'un oasis en plein désert, et on verra bien qui aura les chances de se retrouver à Harvard. Les tests d'intelligence s'attardent sur l'intelligence abstraite. (verbomotion, raisonnement, imagination, positionnement spatial..).

Ils ne peuvent mesurer d'autres pans de l'intelligence dite intuitive ou sensible ( l'émotion, l'affect -saisir ses émotions et celle des autres- dextérité pratique, la sensibilité artistique, la traduction des sens, l'inspiration etc..). Le post eugénisme en cherchant désespérément le siège de l'intelligence et son origine innéiste, sous-estime la complexité de la machinerie cérébrale et l'ampleur
des connectivités. Les post eugénistes pour prouver qu'ils ont raison prendront un second exemple.Les juifs Azhénazim, qu'on a déjà déjà évoqué, sont sujets plus que tout autre groupe humain à la maladie de Tay-Sach qui attaque le système nerveux. Un enfant atteint en général ne survit pas à l'âge de 4 ans. Une politique systématique d'avortement dès le diagnostic du fotus a permis d'éradiquer la maladie en Israël.

Que pensez-vous des découvertes rendues possibles par la biologie moléculaire et la génétique des populations (travaux de Cavalli Sforza?)

Je suis fasciné par la rigueur, l'antériorité et la longévité des travaux de Cavalli Sforza. Permettez moi un détour, avant de vous dire combien une nouvelle trouvaille vient encore lui donner raison. Les généticiens à mesure qu'ils déchifffrent le gènome arrivent à plusieurs conclusions. Après 13 ans d'exploration le grand projet nous apprend que les êtres humains ont en commun 99,9% du même stock génétique. Autre révélation qui devrait conduire le laborantin qui dissèque sa souris à plus d'humilité, son stock génétique est à peine supérieur à celui de sa victime, voir inférieur au grain de riz qu'on lui donne à manger. Nous n'avons pas 100 000 gènes mais une trentaine de milliers au plus, du moins pour l'instant à l'état de nos connaissances. Au lieu de s'attarder sur ce qui nous rassemble, les post eugéniques se sont empressés, au nom de la science et de la découverte des tares génétiques, de fureter sur ce qui nous différencie soit la variation de l'ordre de la fraction de milliards dans le génome ! Sans être eugéniques, il faut dire que bien des scientifiques sont intrigués par le fait que nous soyons si identiques à tous les autres mammifères, voire disposons d'un génome plus réduit que l'essentiel des spécimens du règne des organismes. Certains doivent à présent justifier notre présumée supériorité sur les règnes du vivant, non plus sur le nombre de gènes, mais sur de fines métamorphoses qui autorisèrent un dispositif génétique aussi limité que le notre à générer un cerveau aussi complexe que celui de l'humain. Dès lors, si ces mutations avec des gènes codant ou non des protéines est l'explication de nos degrés de complexité, on déduit la nouvelle aubaine des eugénistes. Il leur suffira désormais de spéculer sur l'infériorité et la supériorité des uns et des autres, en fonction des mutations survenues dans des groupes humains et qui modifiant l'environnement cellulaire autoriseraient de telles hiérarchies. C'est par le canal des maladies surtout que ce glissement se
fait.

On recense des milliers de mutations responsables de maladies chez l'humain. Mais les mutations d'un fondateur originel sont relativement spécifiques et c'est elles que l'on traque. On entend par fondateur originel, un ancêtre porteur d'une erreur génétique qui a perpétué dans sa descendance devenue un groupement humain, sa mutation. Il est important de situer quelques autres récentes trouvailles, relevant de la génétique aux mutations fondatrices qui permettent de distinguer les humains entre eux. Si elles ouvrent de
nouvelles pistes pour la médecine, elles autoriseraient aussi des dérives eugénistes. Le «post eugénisme positif» permet désormais de faire apparaître de nouvelles formes de thérapies personnalisées et propres à certains groupes ethniques. La question étant, est ce que la recherche peut tenter de la rendre accessible aux autres groupes humains ou cela va-t-il demeurer propres à ceux qui l'ont à leur disposition. Les thérapies génétiques sont d'autant révolutionnaires qu'elles ne s'attardent plus seulement sur les symptômes, mais vont dépister et tenter d'extirper la maladie d'origine génétique qu'elle soit du domaine du cancer ou d'affections neurologiques ou cardiovasculaires.Prévision des potentialités et des conséquences, la voie de la révolution moléculaire ouvre une ère royale pour «l'utopie génomique».

Le patrimoine génétique de l'humanité deviendra t-il le patrimoine politique et économique de quelqu'uns? Assiste-t-on nous à la revanche feutrée de l'eugénisme? Ce long détour, pour dire que grace à ces recherches une trouvaille récente vient donner raison au remarquable travail de Cavalli Sforza. Il se trouve que 75% des humains perçoivent le PTC (phénylthiocarbamide) comme très amer. Les 25% ne détectent pas du tout cette amertume. Cette faculté de détection devrait remonter à des temps immémoriaux où nos organismes instinctivement nous protégeaient de l'ingestion de plantes toxiques. Je paraphraserai ici le plus fidélement Dennis Drayna et ses collègues (Drayna Dennis, Founder Mutations, Scientific American, October 2005, pp82-83) qui ont analysé cela. Ils découvrent que la combinaison de trois changements produisent la physionomie du gène récepteur de la non détection du PTC. Cette mutation génétique est advenue chez un ancêtre fondateur qui l'a légué à sa lignée. L'altération génétique est enchassée dans une très courte séquence d'ADN ancestral, soit quelques 30 000 paires bases chez certains porteurs, révélant une ancienneté de l'ordre de plus de 100 000 ans.

Plusieurs études ont montré que les populations de l'Afrique subsaharienne sont porteuses de 7 différentes formes du gène PTC. Mais seule les formes de gènes (major taster et major non taster) gôut prononcé et goût incapable d'être détecté, se retrouvent à l'extérieur des populations africaines. Sur les 5 formes restantes, une est retrouvée occasionnellement dans des populations non africaines (et jamais chez les amérindiens), alors que les quatre autres sont exclusivement africaines. L'information suggère
qu'un groupe d'africains est bien sorti du continent autour de 75 000 pour se répandre à travers le monde, confirmant l'orgine monogénétique. Mieux, la forme non taster -incapacité de détection du goût- résoud la question du metissage entre homo sapiens et homo erectus. Ces derniers auraient dû avoir leur propre formes de PTC pour détecter les plantes toxiques de leur environnement. En cas de metissage, il y aurait donc dû avoir différentes formes de gènes PTC en Asie du Sud Est, de l'Est et en Europe.

Mais, il y a une remarquable absence de telles variations, attestant qu'il n'y a pas eu de croisements avec résultats entre homo sapiens et autres pré-humains Ni la thèse de la transformation multirégionale -erectus se mtamorphosant localement- ni la thèse réticulaire- métissage ne sont compatibles désormais avec cette trouvaille confirmant la thèse «Out of Africa » et donnant raison à Cavalli Sforza qui l'a aussi démontré en illustrant les correspondances linguistiques. Je crois que feu Cheikh Anta Diop et Richard Leakey, partisans de la thèse monocentrique de l'humanité, auraient été ravis d'entendre cela. Les racistes scientifiques, ceux là même qui avaient crée l'ancêtre des anglais the Pittledown (crâne humain et mâchoire d'orang outang) et ceux de notre ère doivent ruminer une revanche car il leur est insupportable d'admettre que l'humanité est une, et qu'elle a muté géographiquement par sélection et adaptation à partir de l'homo sapiens sapiens africain.

Pensez-vous qu'il existe un moyen de faire disparaître les préjugés qui se veulent basés sur des études « scientifiques » ou faudra t-il continuellement subir ce genre d'attaques ?

A luta continua, mais c'est une bataille visiblement sans fin. Je me vois sans cesse ramené à l'ère ou je combattais l'apartheid, c'est surréaliste. Je regarde les émeutes et casses de Londres, Paris, les inégalités des chances sociales, l'apartheid économique mondial, et je trouve que nous avons une longue route à parcourir. Il faut combattre la pseudo science par la science. Mais il ne faut pas se leurrer sur le monde dans lequel nous entrons.Ce n'est plus de la science fiction que d'envisager que la médecine recourra à la génétique pour traquer systématiquement et détruire à l'embryon les humains aux gènes déficients. Une «génocratie» se dessine, fabricant le nouvel humain du berceau à sa croissance et à sa préservation dans la vieillesse. Les dérives sont nombreuses et concernent les droits de la personne. Autant au niveau de la prédiction médicale, du clonage, l'adjonction de chromosomes naturel ou artificiel, toutes compatibles avec l'individualisation des choix. Les banques d'empreintes génétiques se grefferont aux données rétiniennes, déjà en vogue dans le délire sécuritaire. On pourra ainsi, au nom de la prévention de la santé, répertorier le profil individuel et collectif et, dépendamment de la nature totalitaire du régime politique, imaginer bien des scenarii d'horreur.

Est-il possible qu'en plus de la discrimination raciale apparaisse la discrimination génétique? Comme ancien coordonnateur du réseau contre l'apartheid, vous savez pertinnement que je continuerai à combattre le racisme, mais aussi à dire aux noirs et amérindiens et populations indigènes du monde de prendre conscience de leur histoire , de leur culture et de la nature deleur insertion dans mondialisation et de la lutte à mener avec tous les internationaliste de par le monde, pour une autre mondialisation polycentrique et le brassage humain. Je dis aux jeunes lisez Diop, Fanon, Cabral Amin, Reeves, organisez vous, prenez votre place. En même temps, je crois qu'il faut réfléchir à ces mots de Stephen Hawking, un homme rivé à son fauteuil roulant, de qui je tiens
mon modeste bagage d'astrophysique, que j'aime énormément et sur lesquels je vous laisse. Il dit:

« Il n'y a pas eu de changement significatif dans le génome humain au cours des dix mille dernières années. Mais il sera sans doute complètement remodelé dans le prochain millénaire. Bien sûr, beaucoup de gens diront que l'ingénierie génétique sur des êtres humains devrait être interdite. Mais j'ai quelques doutes sur la possibilité d'y parvenir. L'ingénierie génétique sur les plantes et les animaux sera autorisée pour des raisons économiques et quelqu'un essaiera de l'appliquer aux hommes. À moins d'avoir un ordre
mondial totalitaire, quelqu'un forgera des humains améliorés quelque part.
© Grioo

up  

Les titres de l'actualité du 11 Novembre, 2005

UNE COLÈRE NOIRE (France)

L'affaire Fogiel-Dieudonné (1). La relaxe de l'humoriste, banni des scènes, et la condamnation, sans conséquences, de l'animateur Marc-Olivier Fogiel: un deux poids- deux mesures qui constitue aux yeux des Noirs la preuve du racisme latent en France.
par Stéphanie BINET et Blandine GROSJEAN


09/11/2005 - Tous les samedis après-midi, le Théâtre de la Main-d'Or à Paris tient son assemblée générale. Pas pour programmer les spectacles de son gérant, l'humoriste Dieudonné, mais pour continuer à mordre les mollets de Marc-Olivier Fogiel, devenu pour l'assistance la figure emblématique d'un PAF raciste. Convoquées par e-mails ou SMS, jointes au téléphone par l'humoriste lui-même, plusieurs centaines de personnes se serrent sur les bancs du théâtre pour les deux premières réunions. Devant, des fans de Dieudonné, des proches du collectif qui gère son site Internet, les Ogres. Sur les gradins, une majorité de jeunes, moins de 30 ans, noirs pour la plupart, mais aussi un bon tiers de curieux de toutes origines et de tous âges. Princess Erika appelle les personnalités noires à boycotter l'émission de l'animateur : «C'est une double escroquerie, les gens paient pour envoyer des SMS, et il se permet de les réécrire. Mais, en plus, il nous insulte avec l'argent de la redevance. Il faut que Fogiel parte pour que tous les animateurs de radio et de télé sachent qu'à l'avenir ils ne peuvent plus se permettre d'insulter les Noirs.» Le 29 septembre, Fogiel a été condamné pour injure à caractère racial (1), pour un message «sur les odeurs des Blacks» diffusé dans son émission le 5 décembre 2003. En octobre, l'assemblée réclamait une «sanction» du CSA et, pendant trois semaines, 200 à 300 personnes se sont réunies le dimanche soir à La Plaine-Saint-Denis, devant le studio 101 d'où est diffusée en direct On ne peut pas plaire à tout le monde (près de 3 millions de téléspectateurs). Jamais Dieudonné n'avait réussi à mobiliser aussi longtemps autour de son nom.

Le sketch «Isra-Heil»

Sur la scène, le rappeur de La Brigade, Franco, tente d'expliquer la rhétorique de l'humoriste : «Quand nous parlons de la mémoire de l'esclavage, des massacres des Algériens, on nous explique que c'est difficile de reparler de choses qui se sont passées il y a longtemps. Ce n'est pas si impossible que ça puisqu'il y a les commémorations de la Shoah. Les Juifs savent plus que d'autres ce que c'est de ne pas être reconnus dans leur souffrance. C'est en ça que ce sont nos amis plutôt que nos ennemis.» La salle applaudit. Disiz La Peste refuse de se départir de son optimisme : «Aujourd'hui, je suis indigné par le SMS de Fogiel mais, pour moi, ça relève d'un racisme latent, inconscient. Le même qui veut que les Noirs seraient plus doués pour le basket et la musique et que les Blancs seraient plus intelligents.» Dans le public, les questions fusent : «Qu'est-ce qu'on fait après l'amendement sur l'enseignement du colonialisme de manière positive ?» , «Comment on s'organise ?» Le CSA n'a pas sanctionné, l'animateur s'est excusé, la pression est retombée mais, à la Main-d'Or, on ne désarme pas. L'affaire Fogiel-Dieudonné a cristallisé des colères éparpillées.

Le point de départ remonte au 1er décembre 2003. L'humoriste est l'invité surprise de Fogiel pour Jamel Debbouze, la tête d'affiche de sa Spéciale comiques. Dieudonné se présente sur le plateau cagoulé, sa voix est déformée. Il porte le chapeau et les papillotes des juifs orthodoxes, puis lit un texte griffonné sur un papier. «Monsieur Fogiel, vous avez invité sur ce plateau l'humoriste musulman Jamel Debbouze.» Il vient annoncer sa conversion «au fondamentalisme sioniste pour des raisons qui me sont purement professionnelles, enfin spirituelles». Il encourage les jeunes gens dans les cités à rejoindre «l'axe americano-sioniste qui vous offrira beaucoup de débouchés» et termine son sketch en levant le bras droit et en criant «Isra-Heil». Debbouze rit, Fogiel aussi. Ils danseront ensemble à la fin de l'émission sur une chanson d'Henri Salvador.

Le lendemain, c'est le scandale : le Consistoire israélite de France, l'Union des étudiants juifs, la Licra, le Mrap annoncent qu'ils vont porter plainte. C'est finalement le ministre de la Justice, Dominique Perben, qui déclenche la procédure pour diffamation raciale. A l'époque, Dieudonné joue le Divorce de Patrick. Les salles où il doit se produire reçoivent quotidiennement des centaines d'appels ou de fax menaçants. Une jeune fille est blessée à Lyon par un flacon contenant un produit chimique lancé par un manifestant anti-Dieudonné. A Paris, l'Olympia annule le spectacle en février 2004.

Quelques jours après le sketch «Isra-Heil», Fogiel débute son émission par des excuses à la communauté juive, puis diffuse une vingtaine de SMS que les téléspectateurs auraient envoyés, dit-il, lors de la précédente émission. Le bandeau, qui défile en bas de l'écran, cite : «Dieudo, ça te ferait rire si on faisait des sketches sur les odeurs des Blacks ? T'es tellement bête que ça me choque même plus.» Entre les deux émissions, Marc-Olivier Fogiel et son équipe ont sélectionné dix-sept messages sur les 2 300 reçus concernant l'intervention de Dieudonné. L'animateur fait valider leur passage à l'antenne par la direction des programmes de France 3. Mais sur ces dix-sept textos, certains ont été réécrits, - «en respectant l'indignation des téléspectateurs»-, par Alexandre Gamelin, l'assistant de l'émission.

Un SMS fabriqué

Dans un premier temps, Dieudonné dépose une plainte devant le tribunal de Nanterre pour incitation à la haine raciale ; l'affaire est classée sans suite. L'avocat de l'humoriste, domicilié à Montpellier, porte alors l'affaire devant les tribunaux de sa ville. Devant cette juridiction, Fogiel raconte que le SMS incriminé est le condensé de deux autres ainsi libellés : «Si on se mokai de musulman com Dieudo se moke des Juifs, il nous foutrai une bombe» et «Dieudonné tu as la couleure et tu as dit-on l'odeur [d'une] grosse merde, c'est drôle non, c'est ça ton humour.» L'animateur fait valoir que le SMS ainsi fabriqué signifiait en fait : «Que dirait-on si un humour aussi déplacé et odieux s'exerçait à l'encontre de la communauté noire ?» Dans l'attendu du jugement, le tribunal remarque que «la seule référence en l'occurrence à l'odeur des personnes de race noire renferme une connotation raciste, méprisante et outrageante».

Familier des procédures devant les tribunaux, Dieudonné décide d'exploiter cette victoire judiciaire, d'autant que, cette fois, c'est lui qui a porté plainte. Entre-temps, l'humoriste a été relaxé, le 2 avril, pour le sketch «Isra-Heil». «Le personnage incarné par le prévenu ne représente pas les personnes de confession juive dans leur ensemble, mais une certaine catégorie de personnes uniquement dans l'expression de leurs idées politiques», notent les juges. Jusqu'à présent, et sous réserve d'une procédure en cours, l'humoriste a gagné les procès qui lui ont été intentés pour racisme, antisémitisme, incitation à la haine raciale, apologie d'acte terroriste, et ne manque pas de le faire savoir.

Les plaintes à son encontre, à partir de janvier 2002, sont consécutives à des propos sur les juifs et la Shoah. Pour une interview donnée à Lyon Capitale en janvier 2002 ­ «pour moi les juifs, c'est une secte, une escroquerie» ­, Dieudonné a bénéficié d'une relaxe confirmée en cour d'appel, mais cassée en mars dernier. Relaxe aussi, confirmée en appel le 2 juin 2004, pour avoir proclamé «je préfère le charisme de Ben Laden à celui de George Bush». Plus récemment, ses déclarations au journal algérien l'Expression le 18 février 2005 ­ «le sionisme est le sida du judaïsme» ­ lui ont valu l'ouverture d'une enquête préliminaire pour «contestation de crime contre l'humanité». En revanche, le 7 mai 2004, Alexandre Moïse, secrétaire général de la Fédération sioniste de France, animateur de la campagne d'annulation des spectacles de Dieudonné, est condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour dénonciation mensongère : il affirmait être victime de menaces antisémites... dont il était l'émetteur. «Qui en a parlé dans les médias ?, demande l'humoriste, et de mon tabassage à Fort-de-France, le 2 mars dernier, par quatre hommes ?» (dont trois porteurs de passeports israéliens, condamnés à six mois de prison dont un ferme, ndlr).

Attaquant, Dieudonné flirte avec les lignes jaunes. Attaqué, il retourne la situation judiciaire et clame sa victimisation. Il arrive aussi qu'il brandisse l'action judiciaire comme une menace. Le 16 février 2005, il affirme, lors d'une conférence de presse à Alger, que la manière dont est entretenu le souvenir de la Shoah relève de la «pornographie mémorielle», deux mots grappillés dans un texte signé du traducteur de l'historienne israélienne Idith Zertal (que Dieudonné n'a pas lu). Reprenant le terme, relayé par le site proche-orient.info, les médias français rapportent que Dieudonné qualifie la Shoah de «pornographie mémorielle». L'entourage de l'humoriste laisse entendre qu'une plainte a été déposée contre proche-orient.info pour «diffusion de fausse nouvelle» ­ façon de suggérer qu'il est victime de désinformation. L'éditrice du site, Elisabeth Schemla, affirme qu'il n'a jamais déposé plainte. Menace qu'il met, en revanche, à exécution quand il se penche sur la Vérité sur Dieudonné, un livre enquête publié ce mois-ci et sur lequel son avocat, efficace, obtient en référé la suppression de plusieurs passages (2).

Alors, quand est tombée la condamnation de Fogiel, Dieudonné et ses supporters ont décidé de battre le rappel afin que les médias ne puissent l'ignorer. Le message est simple : personne ne bronche quand l'animateur est condamné, alors que Dieudonné, cible de multiples critiques, a toujours été relaxé, il y a donc deux poids et deux mesures.

L'arrogance de l'élite blanche

A ce titre, l'affaire du SMS marque un tournant et l'humoriste élargit son audience. Le silence des médias, l'indifférence des responsables politiques et des organisations antiracistes ont apporté aux yeux des «Noirs de France» «la» preuve de l'arrogance et du mépris de l'élite blanche et médiatique. «Un animateur condamné pour antisémitisme aurait au moins été mis à pied pendant quinze jours», note Hervé Mbongun, rédacteur en chef de Grioo. com. «Une partie du message de Dieudonné n'est pas à rejeter, on voit que certains se sont servis de ses outrances pour nier en bloc les souffrances des Noirs», avance Patrick Lozès, pharmacien, membre de l'UDF et président de Capdiv, association travaillant sur les questions de la diversité en France. Même le président du puissant collectif des DOM (départements d'outre-mer), Patrick Karam, opposé aux tentations «afrocentristes» de Dieudonné, jubile : «Nous étions écoeurés car Dieudonné a été lynché sans procès ; quand Finkielkraut a dit "les Martiniquais sont des assistés", il ne s'est rien passé.» La condamnation de l'animateur de France 3 est arrivée comme du miel après les incendies parisiens d'immeubles d'Africains, après les images des Noirs abandonnés en Louisiane, celles de ceux qui s'échouaient sur les barbelés de Ceuta et Melilla. «Nous qui avons joué les fayots de la République, milité pour l'intégration, nous n'avons pas été entendus. Lui, il apporte la preuve du racisme par le scandale. Par procuration, les Noirs retrouvent une fierté», analyse Stéphane Pocrain, ex-porte-parole des Verts, fondateur du Comité pour l'égalité.

(1) L'animateur a été condamné à 5 000 euros d'amende et l'ex-Pdg de France Télévisions, Marc Tessier, à 4 000 euros.

(2) La Vérité sur Dieudonné, Anne-Sophie Mercier, Plon. L'éditeur a fait appel.
© Libération

up  

DES TÉLÉS PLUS PRUDENTES DANS LA SURENCHÈRE DE L'INSÉCURITÉ (France)

France 3 et LCI évitent désormais le «Téléthon» de la voiture brûlée.
par Raphaël GARRIGOS et Isabelle ROBERTS


09/11/2005 - Des médias prudents ? En voilà une nouveauté... Depuis quelques jours, les télés et radios rivalisent de précautions dans leur traitement des violences dans les banlieues. Ainsi, depuis lundi, France 3 ne donne plus le nombre de voitures incendiées. «Ça faisait un peu Téléthon, plaisante Paul Nahon, directeur de l'information, il ne manquait plus que le gros compteur derrière.» Plus sérieusement, Nahon dit avoir pris cette décision «pour éviter la surenchère» : «Nous avons une responsabilité plus grande à cause du pouvoir de l'image, et puis c'est une info qui ne voulait pas dire grand-chose.»

France 3 va-t-elle contaminer ses consoeurs ? Pour l'instant, seule LCI lui a emboîté le pas et ne donne plus les chiffres à l'antenne depuis hier matin. La raison : deux voitures auraient été incendiées pour faire de l'esbroufe devant la caméra d'un reporter de LCI. A Radio France, «il y a eu discussion», raconte Michel Polacco, directeur de France Info. Lundi, les différentes stations de service public se sont réunies autour de leur président, Jean-Paul Cluzel, pour déterminer leur position. Polacco a refusé de garder le silence sur le nombre de voitures incendiées. «Et si les chiffres sont en décroissance, que ferons-nous ? Notre rôle de journaliste, ce n'est pas de rentrer dans ce genre de manipulations. En revanche, on évite de donner un aspect compétition à la présentation des chiffres, en parlant de score, par exemple.»

«Positiver». Sur France 2, Arlette Chabot, directrice de l'information, n'a pas suivi l'exemple de la Trois : «On donne un chiffre global, pas par ville. De même qu'on ne donne pas le nom des villes. Et puis, nous montrons plus les dégâts que les feux très spectaculaires.» A TF1, «le mot d'ordre, c'est : "il faut positiver"», témoigne un journaliste ; les reportages sur les initiatives en banlieue succèdent à ceux sur les violences.

Un tel excès de prudence ne laisse pas d'étonner de la part de la télé qui, avant la présidentielle de 2002, avait sans vergogne survendu le thème de l'insécurité. Déjà, les suspicions de pressions politiques circulent : le gouvernement aurait demandé aux chaînes de minimiser les violences en banlieue. Ce qu'elles démentent en choeur.

Las ! Malgré toutes leurs précautions, le traitement des télés est mis en cause. SOS Racisme a ainsi dénoncé «le traitement sensationnaliste» des violences en banlieue par les médias, tandis que le député UMP Jacques Myard affirmait hier dans le Parisien que les médias sont «instrumentalisés par les casseurs», réclamant carrément «un moratoire» au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) «sur la diffusion de ces événements». Peyrefitte, qui musela les télés sous De Gaulle, n'aurait pas espéré mieux.

Instrumentalisée, la télé ? «Comme les chaînes ne couvraient plus la banlieue, il y a une parole refoulée. Et faire irruption dans les médias, c'est une manière pour ces jeunes d'écrire l'histoire, puisque ce qui ne passe pas à la télé n'existe pas», estime Denis Muzet, responsable de l'Observatoire du débat public. Problème : «Il y a un phénomène d'accumulation. Et comme la télévision fonctionne par analogie, un bus qui brûle à Aubervilliers, c'est comme un bus qui brûle à Jénine. On retombe dans les travers de 2002.»

«Censure». Eric Macé (1), sociologue au Centre d'analyse et d'intervention sociologique (Cadis), analyse la prudence des télés comme «une forme de censure paradoxale : il y a une telle porosité idéologique entre les journalistes télé et les politiques que quand on leur dit : "C'est dangereux", ils font attention». Conséquence, «ils se montrent aussi prudents qu'ils ont été imprudents avec le traitement de l'insécurité en 2002». Alors, pyromane la télé, malgré sa débauche de précautions ? Eric Macé est formel, il ne faut pas se tromper de débat ni d'image : «Ce n'est pas le spectacle des voitures qui brûlent, mais celui du gouvernement par sa gestion répressive de la crise, qui alimente la rage et la révolte.»

(1) Auteur, en 2002, avec Angelina Peralva, de Médias et violences urbaines, éditions la Documentation française.
© Libération

up  

LES POLICIERS TIENNENT DES PROPOS ÉDIFIANTS SUR UN FORUM (France)

09/11/2005 - Sur le forum policiers-citoyens, le forums des policiers nationaux destinés au dialogue avec les citoyens, des policiers et administrateurs du forum tiennent des propos édifiants et provocateurs, tout en se félicitant de voir des blogs fermés pour incitation à la violence et souhaitant voir les auteurs de commentaires incitant à la violence punis.
Ça se passe sur le forum policiers-citoyens (http://police.forumactif.com/).

Dans un post intitulé Vous faites quoi le 11/11 ? (http://police.forumactif.com/viewtopic.forum?t=1057) des utilisateurs du forum dont des policiers recopient des messages incitant à la violence qu'ils ont trouvé sur des skyblogs aujourd'hui fermés, sans se rendre compte qu'en se faisant ils répètent eux même un message et une pratique qu'ils condamnent. Les messages incriminés ont été retirés des blogs où ils ont été posté mais sont toujours lisible sur le forum de la police, un comble.

Mais ça ne s'arrête pas là, dans un autre post intitulé violences à clichy (http://police.forumactif.com/viewtopic.forum?t=1000), les 3 victimes de l'accident qui a eu lieu dans un transformateur EDF sont traitées de cambrioleurs par un cambrioleur, voila pour ce qui est de la présomption d'innocence, et pour ce qui est de la mention pourtant marquée en rouge "De même n'oubliez pas que les fonctionnaires de Police sont astreints à un devoir de réserve qui peut engager leur responsabilité ; ne soyez donc pas étonnés si vous n'obtenez pas de réponses ou si celles-ci manquent de précisions."

Les commentaires agressifs, violents et incitant à la violence sont nombreux parmis les 35 pages que compte ce post, quelques morceaux choisis :

"si y travaillaient à l' école au lieu de casser les co.... aux gens dans les lycées ect .. peut être qui serraient qualifier et auraient un travail . Moi je dis y à des coup de Flash ball qui se perdent "

"je dirais que le courant il y était déjà. C'est en rentrant dans le transfo qu'ils ont coupé le courant. Puisque la famille des deux jeunes porte plainte, on devrait les poursuivre pour rupture involontaire d'électricité ! ! ! ! "

"Dire qu'un policier à fait une erreur , c'est normal , dire qu'un "crapaud" de cités est responsable de sa propre mort ( et d'autan plus quand il est issu de minorité ethinques !) ca devient du racisme et cvela engendre des meutes etc "

on y retrouve même un communiqué du FN demandant la dissolution du MRAP et un appel à signer la pétition de soutien a la politique de fermeté du ministre de l'intérieur Sarkozy, cette même politique qui est considérée comme ayant joué un rôle significative dans le décelenchement des émeutes. Je vous invite à prendre le temps d'aller lire ce qui se dit sur ce forum afin de vous faire votre propre avis, en chemin ne passez pas à coté de cette discussion (http://police.forumactif.com/viewtopic.forum?t=628&start=45).
© IndyMédia Paris

up  

ATTENTATS : LE RACISME SE RÉVEILLE EN CORSE (France)

05/11/2005 - Cela faisait presque un an que la Corse n'avait plus été la scène d'attentats racistes, après l'arrestation en haute Corse de quelques jeunes insulaires racistes qui avaient formé un mouvement clandestin violent nommé " Clandestini Corsi ". La Corse renoue avec ses vieux démons et se réveille au lendemain de deux nouveaux attentats racistes en vers la communauté arabo musulmane de l'île.

Pas moins de deux attentats anti arabes ont été perpétrés à Ajaccio (Corse du Sud), dans la nuit de jeudi à vendredi :

1h50 - Le détonateur d'un engin artisanal composé d'une demi-bouteille de nitrate-fioul, a légèrement noirci la porte de l'appartement où dormaient un couple et ses enfants, dans un immeuble à forte proportion de familles issues de l'immigration, non loin du centre d'Ajaccio. Le mélange n'a pas explosé par miracle pour une raison encore inconnue des services de police.

4h55 - Un engin explosif arrache le rideau de fer d'une boucherie appartenant à un arabe d'origine égyptienne en plein centre-ville. Des gravats ont été projetés un peu partout et une voiture, garée à proximité, a été endommagée. Les poseurs de bombes connaissaient bien les lieux puisqu'ils ont choisi de positionner leurs explosifs devant les portes de la boucherie où n'étaient pas entreposées les bouteilles de gaz que le commerçant vendait, sans doute par crainte de dégâts collatéraux trop importants.

Les attentats n'ont pas été ni signés et n'ont pas été revendiqués pour le moment selon la préfecture de police d'Ajaccio. Les enquêtes ont été confiées par le parquet d'Ajaccio à la police judiciaire.

Après un an de répit, le racisme se réveille sur l'île et au moment même où les banlieues parisiennes sont mises à feu et à sang par de jeunes révoltés principalement issus de la communauté musulmane. Hasard ou coïncidence, les attentats interviennent au même moment, tout comme il y a presque un an lorsque le conflit israélo palestinien faisait dramatiquement " la une " de tous les médias nationaux sous fond de remontée du fascisme et du racisme en France.

Non content de ne pas avoir de banlieues en feu, les auteurs des attentats racistes de cette fin de semaine semblent être désireux de marquer leur territoire et d'affirmer leur haine envers la communauté musulmane, encore une fois mise négativement en avant par les médias.

De très jeunes insulaires de la région de Bastia (Haute Corse) et disant appartenir au groupe armé " Armata Christiana " (Armée Chrétienne) avaient alors commis plusieurs actes racistes sur l'île et ont été interpellés en Novembre 2004.

De par l'existence de groupes armés régionaux, héritage d'une longue histoire du mouvement nationaliste et indépendantiste Corse, la violence et l'utilisation de l'explosif semble être plus banalisé sur l'île que nulle part ailleurs dans une autre région du territoire français.
Alors, la spirale de la violence raciste a-t-elle repris en Corse ? Les Corses ne sont bien évidement pas plus racistes que les habitants de toute autre région française, aucune malédiction ne s'est abattue sur ses habitants, mais l'utilisation systématique d'armes ou d'engins explosifs rend les actes racistes bien plus graves et met les en lumière de façon aveuglante.

Il est à noter que, en l'absence de toute revendication, les enquêteurs n'écartent pas la thèse du règlement de compte même si cela semble assez peu probable : " Un règlement de comptes de droit commun pourrait cependant être à l'origine de l'attentat manqué contre la famille de Marocains "

Le MRAP quant à lui (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) regrette "la persistance de ce mal spécifique qu'est le passage violent à l'acte qui caractérise le racisme anti maghrébin en Corse " et en appelle au gouvernement qui est déjà submergé par le raz de marée des banlieues parisiennes.
© Bismi

up  

L¹IMMIGRATION CLANDESTINE : LA FRANCE SOUTIENT LA TENUE D¹UNE CONFÉRENCE EURO-AFRICAINE

07/11/2005 - Le Maroc et l¹Espagne se sont retrouvés «presque seuls à régler» le problème de l¹immigration clandestine, a déclaré, vendredi soir à Toulouse (sud-ouest de la France), le ministre français des Affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy.
Ce «problème est notre problème», a affirmé M. Douste-Blazy à l¹ouverture d¹une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de sept pays de l Union européenne (UE), soulignant que «la solidarité européenne se doit d¹être là». «Nous avons été sensibles à ce qui s¹est passé il y a quelques semaines à Ceuta et Melilla, à Gibraltar», a-t-il dit, en présence des ministres des Affaires étrangères espagnol Miguel Angel Moratinos, chypriote Georgios Iacovou, grec Petros Molyviatis, italien Gianfranco Fini, maltais Michael Frendo et du secrétaire d¹Etat portugais aux Affaires européennes Fernando Neves.

Le ministre italien Gianfranco Fini, a souligné, de son côté, que l¹UE avait le «devoir» de travailler de concert sur l¹immigration. «Si l¹Europe n¹a pas une politique commune, aucun pays ne peut tout seul faire face à l¹immigration, surtout à l¹immigration sauvage», a-t-il dit.

«L¹immigration est un défi culturel, pas seulement pour l¹Italie ou pour la France, mais pour toute l¹Europe», a-t-il ajouté.
La France soutient la proposition hispano-marocaine d¹une conférence euro-africaine sur les migrations. En juillet dernier, la France a présenté conjointement avec l¹Espagne et le Maroc à Bruxelles une initiative visant à relancer le volet migratoire de la coopération euro-méditerranéenne dans la perspective du Sommet de Barcelone, qui aura lieu les 27 et 28 novembre.

Les trois pays y proposeront une approche globale et équilibrée de la gestion mutualisée des flux migratoires (coopération en matière d¹intégration sociale des migrants, de gestion de l¹immigration et de lutte contre le racisme et la xénophobie, coopération entre les partenaires euro-méditerranéens et les pays d¹origine des migrants potentiels, renforcement de la coopération dans la lutte contre l¹immigration clandestine), ainsi qu¹une coopération renforcée en matière judiciaire et policière (lutte contre la criminalité organisée, contre le trafic des stupéfiants, la traite d¹être humains et le terrorisme).

L¹accueil réservé à cette initiative a été favorable, tant de la part des Etats membres de l¹UE que des partenaires sud euro-méditerranéens, et la présidence britannique de l¹UE l¹avait intégrée dans son projet de déclaration et de plan d¹action en vue du Sommet de Barcelone.

La réunion informelle de Toulouse (sud-ouest de la France) a rassemblé les ministres des Affaires étrangères de France, Chypre, Espagne, Grèce, Italie, Malte et Portugal.

Cette rencontre, à laquelle a assisté Jack Straw, ministre britannique des Affaires étrangères, en sa qualité de président du Conseil, a adopté un format élargi afin d¹associer tous les partenaires du nord de la Méditerranée (Espagne, Portugal, Italie, Grèce, Chypre et Malte).
© Al Bayane

up  

LES BELGES CRAIGNENT POUR LEURS LIBERTÉS

Mises en péril par les conditions économiques, idéologiques et... politiques! Un sondage met en lumière l'urgence d'objectiver le climat anxiogène ambiant.
M.Bs


Près de huit Belges sur dix considèrent que des menaces pèsent sur leurs libertés. Tel est le principal enseignement de l'enquête (1) réalisée par l'Institut de recherche Ipsos à l'occasion du Festival des Libertés (2) organisé par Bruxelles laïque (3). Précision importante: le sondage a été réalisé avant l'affaire dite de «la Carolo» ou toute autre actualité «brûlante». Les réponses sont donc plus le reflet d'un état d'esprit profond qu'une réaction à un événement.

Quelque 77pc des personnes interrogées estiment leurs libertés menacées. Par qui? Le principal ennemi désigné est d'ordre économique. Pour près d'un Belge sur cinq (17pc), les soucis d'argent et, plus largement, liés au coût de la vie (d'emploi, de logement, d'accès à la société de consommation) empêchent d'envisager l'avenir positivement.

La seconde menace est idéologique: 16pc des répondants se sentent agressés par l'extrémisme, le racisme, l'intolérance.

Mais la plus inattendue est la troisième. Pour 15pc des personnes sondées, les politiques et les politiciens qui devraient rassurer constituent, au contraire, une agression.

Les politiques, précisément, dont une priorité importante devrait être d'objectiver un indéniable sentiment d'angoisse qui s'exprime par un autre ensemble de craintes. Aux angoisses générées par les menaces économique, idéologique et politique, succèdent de près celles - plus émotionnelle que liée à la réalité - provoquées par le terrorisme et les attentats (mentionnés par 14pc), par la criminalité, les agressions et le vandalisme (12pc) et par les étrangers (10pc). «Ce tissu anxiogène est le fond de commerce de l'extrême-droite», insiste Jacques Taylor de l'ASBL Bruxelles laïque. «Il faut absolument se mobiliser contre ce sentiment d'insécurité, démesuré par rapport à la réalité du terrain.»

Autre enseignement de l'enquête: la démocratie est devenue une notion individuelle. Pour un Belge sur deux (52pc), elle représente sa propre liberté. Les valeurs politiques sont très peu mentionnées (le droit de vote ne récolte qu'un très inquiétant 10pc). La liberté de la presse (3pc) et la justice (2pc) encore moins. «Il y a donc matière à agir», conclut Jacques Taylor.

(1) Un échantillon de 1000 personnes représentatif de la population de plus de quinze ans a été interrogé en septembre 2005.

(2) Du 10 au 26 novembre au Pathé Palace à Bruxelles. Info: Webhttp://www.festivaldeslibertes.be

(3) L'ASBL est une régionale du Centre d'Action laïque.
© La Libre Belgique

up  

LES LEÇONS DE CEUTA ET MELILLA (Espagne/Maroc)

par ABDALLAH BEN ALI
Un rapport d’Amnesty International dénonce l’arbitraire érigé en règle de conduite tant du côté espagnol que marocain.


« Vous n'êtes que des Noirs. Vous n'avez pas à poser de questions. » Le propos n'est pas tiré d'un vieux livre d'histoire. Il date du début du mois d'octobre 2005. Il a été adressé par un fonctionnaire espagnol à un ressortissant malien incarcéré dans un commissariat de police à Melilla. L'émigrant sahélien venait de franchir la fameuse double clôture métallique qui sépare cette enclave espagnole située sur la côte méditerranéenne du Maroc du royaume chérifien.
Les enquêteurs d'Amnesty Intenational, qui ont recueilli et rapporté ce propos dans un document rendu public, le 26 octobre, au terme d'une mission de dix jours en Espagne et au Maroc, dénoncent, au-delà du racisme, l'arbitraire érigé en règle de conduite vis-à-vis des candidats subsahariens à l'émigration clandestine, tant du côté espagnol que marocain.

« Nous avons pu constater que les responsables de l'application des lois (dans les deux pays) faisaient un usage illégal et disproportionné de la force, n'hésitant pas à se servir d'armes meurtrières », soulignent les rédacteurs du rapport qui égrènent, d'abord, quelques griefs à l'égard des autorités de Madrid. Ils leur reprochent d'avoir refoulé, début octobre, lors des fameux assauts d'émigrants clandestins contre Melilla et Ceuta, l'autre préside espagnol au nord du Maroc, plusieurs blessés graves « sans aucune formalité » et sans la moindre assistance médicale. « Les droits des immigrés et des demandeurs d'asile garantis par la législation espagnole ne sont pas, ajoute le document, respectés entre les deux clôtures, même lorsque ces personnes se trouvent, de fait, entre les mains des autorités espagnoles. »

Le gouvernement marocain n'est pas, loin de là, épargné. Les enquêteurs d'Amnesty International, qui ont sillonné le royaume d'Oujda à Tanger en passant par Nador, font état de témoignages sans indulgence pour les autorités de Rabat : arrestation puis incarcération, sans respect des dispositions légales, d'émigrants dans des commissariats de police, dans des casernes de gendarmerie et dans des bases militaires ; refoulement et abandon de Subsahariens à la frontière algérienne dans une zone désertique « pratiquement sans vivres et sans eau ». Le document accuse aussi Marocains et Espagnols d'avoir eu tendance à mettre dans le même sac émigrants clandestins et demandeurs d'asile reconnus en tant que tels par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

« Nous nous inscrivons en faux contre ces affirmations », réplique Nabil Benabdallah, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement marocain. Avant de qualifier le rapport de « tendancieux » et de soutenir que les autorités de Rabat avaient réservé à cette question un « traitement soucieux des droits des migrants et des droits de l'homme, même si, reconnaît-il, des erreurs ont été commises çà et là ».

Pour que celles-ci ne se reproduisent plus, l'ONG de défense des droits de l'homme a émis, à l'adresse de Rabat et de Madrid, un certain nombre de recommandations telles que l'adoption d'un protocole spécifique réglementant l'usage de la force dans et autour des deux enclaves espagnoles - usage de la force responsable, fin septembre et début octobre, de la mort d'au moins onze Subsahariens. Les enquêtes menées séparément par les deux pays sur ce drame devront être « approfondies, indépendantes et impartiales ». Amnesty prie également mais « instamment » les deux capitales de « mettre immédiatement un terme à tous les refoulements et à toutes les expulsions d'immigrés et demandeurs d'asile en provenance de l'Afrique subsaharienne ».

Sur ce dernier point, l'ONG semble prêcher dans le désert. L'opération de rapatriement de migrants vers leurs pays d'origine, entamée le 10 octobre par le Maroc, ne risque pas d'être stoppée. Plus de 3 000 Subsahariens - Sénégalais et Maliens essentiellement, mais aussi beaucoup de Camerounais et de Nigérians - en ont déjà fait les frais. Ou en ont bénéficié, car, désormais, bon nombre de départs sont volontaires. Comme le confirment l'ambassadeur sénégalais à Rabat, Ibou Ndiaye, et son homologue malien Moussa Coulibaly, ce sont des migrants ayant perdu tout espoir de gagner l'Europe, qui, dorénavant, optent pour le retour au bercail. Et en font état à leurs ambassades, qui coordonnent les rapatriements avec les Marocains. Coût de l'opération ? 80 millions d'euros à ce jour, entièrement déboursés par le royaume. « Pas un centime, tient-on à préciser à Rabat, en provenance de l'Union européenne, si prompte à donner des leçons mais si rétive à mettre la main à la poche. »
© Jeune Afrique

up  

LA LOI ANTIRACISTE EST-ELLE SUFFISANTE? (Suisse)

Condamné pour avoir traité un collègue de «sale arabe», un chauffeur est finalement acquitté sur ce point.
Par Fedele Mendicino


11/11/2005 - Traiter quelqu'un de «sale arabe» ne mène pas forcément à une condamnation pénale. Le Tribunal de police vient de trancher dans ce sens à l'occasion d'un litige opposant deux chauffeurs de taxi (lire ci-dessous).

Du coup, alors que les procédures pour discrimination raciale sont en hausse des questions surgissent. Où débute le racisme et quels délits recouvre l'article 261 bis sur la discrimination raciale? «Cela dépend du contexte et de l'intention de l'auteur, précise Me Charles Poncet. Mais il faut qu'il y ait une volonté manifeste de porter atteinte à la dignité humaine, d'humilier et de rabaisser une personne du fait de son ethnie ou de sa religion.»

Ainsi, selon lui, déclarer que les juifs sont avares ne tombe pas sous le coup de la loi. En revanche, affirmer que cette communauté exploite l'holocauste dans le seul but de faire de l'argent n'est pas légalement acceptable. Et de brandir un autre exemple, plus scabreux, au sujet des personnes de couleur: «Dire que les Noirs ont un gros zizi, ça passe. Mais prétendre qu'ils sentent mauvais revient à les rabaisser.» Et traiter un collègue de sale arabe? «C'est une insulte. Si elle est prononcée dans un cercle privé, l'auteur des propos ne risque rien.»

Mais qu'est-ce que la sphère privée? A priori, la famille ou un groupe d'amis. Prudent, le Tribunal fédéral préconise une analyse de cas en cas pour saisir la frontière entre les deux «mondes». «Cela devient public lorsque le message touche un large cercle de destinataires», estime Me Philippe Grumbach, président de la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation.

Et de citer le cas du révisionniste Gaston-Armand Amaudruz qui avait diffusé, dans les années 90, sa propagande antisémite à 400 exemplaires. En 2004, les juges fédéraux ont admis le caractère public d'une réunion dans un refuge forestier entre une quarantaine de skinheads: «Le fait que les protagonistes partageaient les mêmes opinions d'extrême droite ne permet pas de considérer qu'il s'agissait d'une réunion privée.»

Les attaques de l'UDC

Boël Sambuc, vice-présidente de la Commission fédérale contre le racisme (CFR) critique les attaques que porte régulièrement l'UDC contre l'article 261 bis. L'an dernier, le président du parti Ueli Maurer demandait son abrogation: «Dans un état libéral, il doit être possible de tenir aussi des discours insensés. Si nous les interdisons, nous risquons de renforcer les comportements racistes et antisémites.»

Pour Boël Sambuc, la législation est nécessaire bien qu'insuffisante pour lutter contre le racisme. «Je regrette la lourdeur des procédures. Les victimes ont besoin de davantage d'assistance juridique pour les aider à dénoncer l'affaire à la justice. Et obtenir des réparations.» Egalement membre du comité suisse de la Ligue contre le racisme et l'antisémitisme, elle regrette l'absence de deux interdictions pénales: celle des symboles nazis et celle des associations à but raciste.

«La réforme est en cours, mais j'ai des craintes en voyant la majorité actuelle du parlement fédéral.» A ce jour, Mes Poncet et Grumbach estiment qu'aucune condamnation fondée sur l'article 261 bis n'a porté atteinte à la liberté d'opinion ou d'expression. «Je ne suis pas un fan de tout ce qu'on fait en Helvétie, ironise Me Poncet. Mais cette loi raisonnable est une réussite.»

Près de 90 condamnations

Entrée en vigueur en 1995, l'article 261 bis du code pénal prévoit des peines allant de l'amende à la peine de prison. Jusqu'en 2002, ce texte a donné lieu à 89 condamnations. «Pour le reste, durant cette période, il y a eu 102 cas aboutissant sur des non-lieux et 21 sur des acquittements», précise Gabriela Tau, juriste à la CFR. En clair, 44% des procédures se terminent sur des sanctions.

Des proportions analogues à Genève. «Entre 2004 et 2005, onze affaires ont abouti sur des condamnations, explique le procureur général Daniel Zappelli. Ce type de procédures est en hausse depuis ces dernières années. Cela va du contrôleur TPG de race noire traité de sale nègre jusqu'à des graffitis antisémites sur une synagogue.» Est-ce à dire que le racisme est en hausse dans le canton?

Les victimes osent-elles davantage porter plainte? «C'est difficile à dire, mais le Parquet est très sensible à ce thème crucial pour la cohésion d'un canton aussi multiculturel que Genève.» Les principaux auteurs punis sont des sympathisants d'extrême droite (12%) et des révisionnistes (20%). Quant aux victimes, elles sont, le plus souvent, juives (25%) et de couleur noire (15%). «Le plus souvent il s'agit de personnes qui ont subi du racisme verbal (25%) et écrit», conclut Boël Sambuc. (fm)

«Le taxi n’a pas eu d’intention discriminatoire»

Dans le cadre d'un conflit de circulation et de stationnement, R., chauffeur de taxi, a, selon la feuille d'envoi du Parquet, administré du spray au poivre à un collègue maghrébin et l'a insulté le 19 octobre 2004.

«Mais je ne me souviens pas d'avoir eu des propos racistes, a-t-il répété lors de son procès. Si je l'ai fait, je le regrette.»

Au printemps dernier, le Parquet avait sanctionné R., via une ordonnance de condamnation, en le considérant notamment coupable de discrimination raciale: «Le prévenu a renouvelé ses propos racistes dans un courrier figurant à la procédure», précise le Ministère public. Après un recours, R. s'est retrouvé au début du mois devant le Tribunal de police.

Ce dernier n'a finalement pas retenu «d'intention discriminatoire». Pourquoi? Le jugement est avare d'arguments sur ce point. «Mon client s'est senti menacé par son collègue, assure Me Ochsner. Il n'est pas raciste. Le juge a probablement considéré que c'était un individu marginal, vivant seul, sans antécédents. Il n'a pas souhaité lui mettre la tête sous l'eau.» Au final, R. a été reconnu coupable de lésions corporelles simples pour avoir utilisé ce spray au poivre. Il devra s'acquitter d'une amende de 200 francs.
© La Tribune de Genève

up  

L'EUROPE CRAINT LA CONTAGION

09/11/2005 - En réponse aux propos alarmistes de Romano Prodi, chef de l'opposition de centre gauche en Italie, qui a ouvert une polémique en estimant que les villes italiennes ont les pires banlieues d'Europe et risquent l'explosion, La Stampa avance : "Paris brûle, Milan va brûler, reste à savoir qui va allumer la flamme et quand." Comparant les deux villes, le quotidien estime néanmoins que "Milan a peut-être une chance d'éviter l'incendie. Dans la mesure où la très grande majorité des immigrés de la première génération ont un emploi et possèdent des papiers en règle, la situation est un peu moins dramatique."

En Allemagne, Der Spiegel analyse les parallèles entre la France et les autres pays européens. "Les Etats-Unis ont baptisé la nouvelle Europe 'Eurabia', car la vieille Europe forgée dans le catholicisme subit de plus en plus l'influence politique et culturelle de l'islam et de l'Arabie. Aux Pays-Bas, un Néerlandais sur dix est né à l'étranger. En France, les musulmans disposent même d'un lieu de culte à Disneyland Paris. En Grande-Bretagne, les immigrés de l'ancien empire colonial ont sombré pour la plupart dans la misère des ghettos. Comment cette 'nouvelle classe inférieure, désespérée et dangereuse', comme l'appellent les travailleurs sociaux de Leeds, peut-elle devenir une classe citoyenne et responsable ? Qui l'empêche de recourir à la brutalité, comme il y a deux semaines à Birmingham ? Un rien suffit pour faire exploser la violence. On a l'impression que les immigrés sans racines vont changer radicalement la vie en Europe. Birmingham et la banlieue parisienne nous donnent déjà une idée de ce que l'Europe pourrait devenir."

"Ce qui se passe en France nous concerne tous", écrit le journal estonien Postimees, car, à Tallinn, la moitié de la population est constituée d'immigrés venus de Russie. "Il semblerait que tout le monde soit contre tout le monde. L'Europe s'est efforcée pendant des années de combattre cette haine. Et, aujourd'hui, une simple dissension suffit à faire éclater ce vernis de paix. Les pays qui souffrent sont pour la plupart ceux qui ont ouvert leurs portes aux étrangers. Mais, même pour nous qui nous trouvons à la frontière de l'Europe, il est grand temps de tirer les leçons de l'échec de la politique française d'immigration. A Tallinn, nous avons beaucoup d'immigrés : que dirait Moscou si notre ministre de l'Intérieur annonçait, comme l'a fait le ministre français, qu'il faut nettoyer les cités 'au Kärcher' ?"

En République tchèque, Hospodarske Noviny compare les différents modèles d'intégration européens. "L'Allemagne traite ses immigrés de façon inégale, selon leur origine ethnique pour être précis. Les descendants des Allemands qui avaient émigré jadis vers l'est de l'Europe, jusqu'au Kazakhstan, et ont oublié depuis longtemps la langue allemande ont plus de chances d'obtenir un passeport allemand que les Turcs qui vivent en Allemagne depuis le début des années 1960. L'Allemagne attendait des immigrés venus travailler sur son territoire qu'ils repartent un jour. Les efforts qu'elle fait pour les intégrer dans la société ne datent que de quelques années : les Turcs allemands ont ainsi obtenu le droit de vote. La Suède constitue un exemple positif. L'Etat y investit massivement dans les écoles. Et la générosité du système de protection sociale contribue largement au succès du modèle."
© Le Courrier international

up  

SOMMES-NOUS À LA VEILLE D'UNE GUERRE CIVILE EN EUROPE ?

09/11/2005 - "Voitures incendiées par centaines, affrontements avec la police, saccage des transports publics ou destructions d'écoles : les images issues des banlieues françaises depuis deux semaines sont celles d'une rébellion longtemps redoutée, d'un embrasement qui trahit des ruptures et des antagonismes profonds", constate Ludovic Monnerat, expert militaire, dans les pages du quotidien suisse Le Temps. Monnerat poursuit en relevant que "des événements similaires dans leur déroulement, à défaut de l'être dans leur intensité", se sont déjà produits dans d'autres pays européens.

L'auteur, qui est également journaliste de métier, propose une analyse de "l'embrasement actuel des banlieues françaises, qui n'est pas une surprise". Depuis les années 1970, une succession d'erreurs, d'illusions et de lâchetés a abouti à la fabrication d'un véritable ennemi intérieur et à la formation de "territoires perdus de la République", qui trouvent leurs pendants dans presque chaque nation européenne. "Des zones où les lois et les valeurs de la France ont été remplacées par d'autres lois et d'autres valeurs ; des territoires étrangers où l'autorité se partage entre les 'grands frères', les caïds et les imams, alors que le policier, le pompier ou encore l'instituteur ne sont plus que les figures méprisées d'un système rejeté en bloc." Jusque-là, les explications de Monnerat sur les origines des violences recoupent celles des nombreux autres analystes qui se sont penchés sur la question dans l'ensemble de la presse internationale.

Mais Monnerat souligne que "la découverte d'une fabrique d'armes incendiaires à Evry et la circulation d'armes de guerre dans les cités indiquent qu'une insurrection armée est dans le domaine du possible". Par ailleurs, il signale que "la France, avec plus de 9 000 véhicules de police caillassés dans les dix premiers mois de l'année, est déjà entrée dans un conflit de basse intensité, une insurrection distribuée au niveau national et largement passée sous silence".

Plus grave encore, Monnerat estime qu'à l'instar de la France, pour de nombreux pays européens, "l'heure est désormais à la confrontation. Les chantres de la prévention ont eu leur chance." Et de demander : "Sommes-nous donc à la veille d'une guerre civile en Europe ? Le terme peut paraître exagéré", reconnaît l'auteur.

Cependant la réponse est claire. "Ce continent connaîtra bientôt un conflit dont il sortira transformé et dont les premiers coups ont sonné. Ce sera une guerre différente, à la fois subversive et symbolique, déclarée et décentralisée, intermittente et intense, qui verra le chaos et l'intégrisme s'allier pour combattre la normalité. Une Intifada communautaire et générationnelle, une succession d'affrontements ponctuels et épidermiques, greffés sur le lent corps-à-corps des identités. Une alternance de séismes assez intenses pour blesser profondément et assez espacés pour faire douter de leurs prochaines occurrences. Un duel que devront affronter les Etats de droit pour préserver le contrôle du territoire, la stabilité de la société, la légalité des marchés et la liberté des esprits. Autant dire un défi mortel."
© Le Courrier international

up  

LES LOIS ANTI-DISCRIMINATION : ANALYSE COMPARATIVE DE LA SITUATION DANS LES 25 PAYS MEMBRES

10/11/2005- Le Réseau européen des experts juridiques en matière de non-discrimination, qui fonctionne dans le cadre de la Commission européenne, vient de publier une nouvelle analyse comparative des lois antidiscriminatoires dans les 25 pays membres de l’UE. L’analyse a été rédigée sur la base de rapports nationaux très détaillés déjà produits par le réseau. Le nouveau rapport compare et différencie les lois de lutte contre la discrimination des pays à travers l’identification de tendances et aspects communs que l’on peut remarquer au niveau de la mise en œuvre des deux directives. En analysant individuellement et collectivement les motifs de discrimination, le rapport offre une vue générale très nuancée des législations nationales contre la discrimination dans l’UE.
Le rapport en français.

Remèdes et sanctions prévues par la les lois antidiscriminatoires
Le réseau a également publié un nouveau rapport qui examine le concept de « sanctions efficaces, proportionnelles et dissuasives », en mettant en évidence son impact sur la mise en œuvre des directives sur l’égalité raciale et en matière d’emploi. De manière sous-jacente, le rapport se penche aussi sur l’évolution et la signification du concept par rapport à la loi sur l’égalité des sexes (dans laquelle le concept est apparu pour la première fois) et le droit européen en général. Ensuite, le rapport aborde les obligations qui découlent de la législation internationale sur les droits de l’homme. Finalement, l’étude traite des remèdes et des sanctions dans le cadre spécifique des Directives européennes, ainsi que des compensations dans le domaine.
Le rapport est actuellement uniquement disponible en anglais. Les versions française et allemande suivront très prochainement.
© Stop Discrimination

up  

NI MODÈLE RÉPUBLICAIN, NI MULTICULTURALISME (Europe)

Les événements de ces derniers jours en France poussent la presse internationale à s'interroger sur les modèles d'intégration. Si le modèle républicain à la française a fait la preuve de son échec, le modèle multiculturaliste à l'anglo-saxonne n'a pas non plus réussi à enrayer la violence…
Par Hamdam Mostafavi et Marco Schütz

09/11/2005 - "Inévitable, l'explosion des banlieues a été préparée par des décennies d'inaction et d'aveuglement de la politique française. Et l'inactivité est avant tout le résultat de ce que l'on pourrait appeler l''illusion républicaine'", considère la Süddeutsche Zeitung. Le quotidien allemand rappelle que, "en France, le principe de l'égalité interdit en effet de prendre en compte les communautés ethniques ou religieuses. Ce tabou, cette cécité autoadministrée empêche jusqu'à la collecte de données statistiques sur la question. Voilà pourquoi il est impossible de décrire avec précision les minorités qui vivent dans le pays. Personne ne peut chiffrer les déficits de l'intégration de ces minorités ou déterminer comment ces déficits pourraient être résorbés par des mesures ciblées. La discrimination positive est considérée comme un gros mot. Ce refus de voir les réalités a créé un cercle vicieux, car la discrimination négative, elle, est bien sûr très courante. Celui qui porte un nom maghrébin ou celui qui a la peau noire ou qui habite dans un quartier réputé difficile aura – même à qualification égale – infiniment plus de mal à trouver un emploi, un logement ou un crédit qu'un monsieur Dupont résidant dans le XVIe arrondissement de Paris. Bref, dans le pays où l'égalité est un principe, la pratique est celle d'une inégalité effrayante."

Pour The Independent, les événements des derniers jours en France et les attentats de Londres en juillet "soulèvent des questions fondamentales sur la relation entre les minorités ethniques et les démocraties pluralistes". Les deux modèles, le multiculturalisme à l'anglaise et la laïcité à la française, ont échoué, constate le quotidien britannique. "Comment deux approches divergentes ont-elles pu produire le même résultat ?" s'interroge un éditorial. Pour le journal, toutes les réponses ont été trop timides. Finalement, "il n'y a pas eu assez de multiculturalisme au Royaume-Uni". Seules des mesures de façade ont été mises en œuvre, comme la traduction de documents officiels en plusieurs langues. "Il faut mettre en place quelque chose qui s'attaque véritablement à la racine du problème. Il s'agit de développer l'identité raciale des enfants en leur donnant des modèles d'intégration réussie, issus de leur communauté, tels que physiciens, médecins ou hommes d'affaires", préconise le quotidien britannique. "Affirmer son identité raciale aide à construire plutôt qu'à mettre en péril le sens de la communauté. Un multiculturalisme qui suppose, par exemple, la formation des imams britanniques peut n'avoir qu'un impact positif."

"Ce sont des temps difficiles pour une Europe désorientée", commente ABC. "La crise conséquente au 'non' français et hollandais au projet de Constitution européenne est le reflet fidèle d'un profond mal-être. L'Etat-providence semble incapable de répondre à ses propres insuffisances et les solutions interventionnistes sont impuissantes devant le phénomène de la globalisation. Dans ce contexte, la seconde génération d'immigrés, en particulier ceux qui sont originaires du monde islamique, est un facteur de complication supplémentaire", constate le quotidien espagnol. "Les faits démontrent l'échec de la politique britannique, qui vise à juxtaposer des cultures diverses, et l'échec de la théorie française de la 'citoyenneté républicaine', résumée dans la loi qui interdit le port du voile dans les écoles publiques. Près de 14 millions de musulmans vivent dans l'Union européenne. Il faut insister sur les politiques d'intégration, renforcer dans le même temps la sécurité, et contrôler les messages que transmettent les extrémistes, profitant des libertés de l'Etat de droit pour prêcher la haine et la violence. Il manque un programme ambitieux pour le développement social et économique des zones marginalisées, parce que les comportements contre le système naissent de la marginalité et du manque d'horizon. Plus qu'un problème d'ordre public, nous sommes devant une épreuve du feu pour tester la force des sociétés démocratiques", conclut ABC.
© Le Courrier international

up  

LA VILLE S'ATTAQUE AU RACISME (Canada)

Par Jean-Claude Grenier

07/11/2005 - L'administration municipale entend y mettre toutes les énergies nécessaires afin de contrer le racisme et l'exclusion.

La Ville fournira tous les leviers essentiels au Service de police de la Ville de Montréal afin d'enrayer ce phénomène. D'ailleurs, le SPVM a été parmi les premiers services de police à mettre de l'avant une politique sur le profilage racial.

Un comité corporatif de concertation stratégique avec des représentants des communautés arabes, noires, latino-américaines et asiatiques ont été initiés pour orienter les actions du SPVM auprès de ces groupes ethniques.

Durant la période entre le 1 er mai 2004 au 30 avril 2005, le SPVM a comblé 234 postes permanents pour remplacer les départs à la retraite. Vingt-six des personnes embauchées pour combler ces postes proviennent des minorités visibles, ce qui représente 11,1 % de l'embauche, dépassant ainsi l'objectif de 10 %.

Le programme Relations avec la communauté mis de l'avant par l'administration Tremblay a permis un accroissement de 3,44 % de la présence des minorités ethniques et minorités visibles au sein de la fonction publique municipale. Actuellement, 11,36 % de la fonction publique de la Ville de Montréal est composée de représentants des minorités visibles et ethniques.
© 24 Heures

up  

émeutes en France

BANLIEUES: SUR CNN VILLEPIN SE REFUSE À PARLER D'ÉMEUTES (France)

29/11/2005 - Dominique de Villepin préfère parler de "troubles sociaux graves" plutôt que d'"émeutes" pour décrire la récente crise des banlieues en France.

"Je ne suis pas sûr qu'on puisse parler d'émeutes", a déclaré le Premier ministre dans une interview à CNN diffusée mardi.

Le gouvernement français s'est attaché à rétablir une image quelque peu altérée à l'étranger par trois semaines de violences urbaines à la périphérie des grandes villes début novembre.

"Ce sont des troubles sociaux graves et importants. Il y a plus de 9.000 voitures qui ont été brûlées, quelque 130 membres des forces de l'ordre qui ont été blessés, environ 100 bâtiments publics qui ont été endommagés", a dit Dominique de Villepin.

"La situation est très différente de celle que avez connue en 1992 à Los Angeles, par exemple. Il y avait alors eu 54 morts et environ 2.000 blessés. En France, personne n'est mort. Je pense donc qu'on ne peut comparer les troubles sociaux survenus en France à des émeutes, quelles qu'elles soient", a-t-il précisé.

Le Premier ministre, qui s'exprimait en anglais, a voulu expliquer les causes des violences de ces dernières semaines dans les quartiers défavorisés.

S'il s'est refusé à parler de "pauvreté" ou de "racisme", il a évoqué un sentiment de "discrimination".

"Ce sont des gens qui viennent d'une deuxième génération d'immigrés, ils ne connaissent souvent pas le pays dont ils sont originaires. Ils n'ont pas le même lien avec la France que leurs parents qui ont choisi de venir travailler ici. Comme le président Jacques Chirac l'a dit, ils souffrent d'une absence d'identité", a-t-il dit.

"UN DEFI POUR CES QUARTIERS"

Mais, a souligné Dominique de Villepin, "ces jeunes veulent être des Français à 100%". Il n'y a pas de motifs "ethniques" ou "religieux" à leur révolte.

"Ils ne veulent pas être reconnus comme musulmans, comme noirs ou comme des gens originaires d'Afrique du Nord. Ils veulent être reconnus comme des Français à part entière et bénéficier de l'égalité de leurs chances", a-t-il dit.

"Notre objectif, c'est de répondre à leurs demandes, d'avancer et de faire une priorité du logement, de l'éducation, de l'emploi", a-t-il déclaré.

Dominique de Villepin a écarté une nouvelle fois l'"affirmative action", la discrimination positive, qui s'appuie à ses yeux sur des critères de race ou de religion.

"Dans notre République, tous les citoyens sont égaux et nous ne voulons pas que soient pris en compte la couleur de la peau ou la religion. Mais nous voulons répondre aux difficultés que l'on peut rencontrer, aider chaque personne", a-t-il dit.

Pour lui, la situation dans les quartiers difficiles est "une urgence", qui doit être prise "très au sérieux".

"C'est un défi pour ces quartiers, c'est un défi pour la société française tout entière. Il est très important que nous réussissions parce que ce qui s'est produit en France peut se produire dans d'autres pays, en Europe ou n'importe où ailleurs. Cela fait partie d'un nouveau phénomène lié à la mondialisation", a-t-il expliqué.

"Nous devons donc réussir et je pense que la France est capable de montrer que sa société a la vitalité, la capacité, la volonté de relever ce défi", a-t-il assuré au public américain, qui a vu pendant la crise des banlieues des images quotidiennes de voitures en feu sur les chaînes de télévision.
© Boursorama

up  

DÉRIVE XÉNOPHOBE? (France)

L'annonce par Dominique de Villepin de la mise en place en France d'une politique d'"immigration choisie" suscite de nombreuses inquiétudes, notamment chez les défenseurs des droits de l'homme. Par Pauline Lecuit

30/11/2005 - En réponse aux émeutes dans les banlieues, le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé, hier, la mise en place en France d'une politique d'"immigration choisie", qui passe notamment par de nouvelles conditions au regroupement familial, la lutte contre les fraudes au mariage et la sélection des étudiants étrangers. Ces dispositions suscitent déjà les inquiétudes de SOS racisme, la Ligue des droits de l'homme, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) et France terre d'asile, entre autres organisations.

Si, à l'extrème droite, le président du Front national Jean-Marie Le Pen qualifie ces mesures de "dérisoires" et le président du Mouvement pour la France (MPF) Philippe de Villiers de "cosmétiques", le secrétaire national du PS aux questions de société Malek Boutih déplore une dérive gouvernementale, résultat d'une "sorte de surenchère entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre". Interrogé par RTL sur la question, le représentant socialiste estime que le gouvernement ne fait que déplacer le débat sur un terrain beaucoup plus fantasmagorique, pour ne plus parler du chômage et de la misère sociale". Pour lui, "le coeur du problème", c'est que "la politique d'immigration n'est pas organisée en France". "Aucun chef d'entreprise n'a jamais été mis en examen ou n'a fait de peine de prison pour avoir employé de la main-d'oeuvre clandestine", a-t-il souligné, estimant qu'il fallait "réconcilier la France avec les immigrés, mais aussi les immigrés avec la France".

Préfiguration de la prochaine campagne électorale

Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l'homme, s'est pour sa part déclaré "extrêmement préoccupé par ces mesures exclusivement sécuritaires et de plus en plus xénophobes qui, au-delà de l'affichage de mesures sur l'égalité des chances, constituent la seule réponse effective du gouvernement à la crise sociale des dernières semaines". "Désigner l'immigration, et notamment le regroupement familial, comme bouc émissaire, a-t-il ajouté, c'est préparer pour la présidentielle de 2007 un nouveau 21 avril 2002". De même, Bernadette Hetier, la présidente du Mrap, affirme qu'"une bonne partie du message lancé (...) est une préfiguration de la prochaine campagne électorale".

Les mesures préconisées par le Premier ministre "portent des relents de sanctions qui ont du mal à cacher la tentative toujours plus fréquente du gouvernement de stigmatiser les populations immigrées et leur faire porter le blâme de l'insécurité et des violences", estime encore Pierre Henry, directeur de France terre d'asile, qui a annoncé que son association saisirait le Conseil d'Etat dès la parution du décret. Le principal syndicat étudiant, l'Unef, a lui aussi condamné ces mesures "en contradiction avec les attentes des universités" et "en rupture avec la tradition d'accueil de la France qui n'a pas vocation à piller mais à former les meilleurs étudiants des pays en développement".
© L'Express

up  

CHAOS URBAIN: LE BESOIN D'ÉCOLE (France)

Contre les jeunes immatures qui brûlent des voitures, les idéologies victimistes sont vaines.
par Sophie ERNST, philosophe et chargée d'étude à l'Institut national de recherche pédagogique.



28/11/2005 - Les enquêtes réalisées sur les violences urbaines par toutes sortes d'institutions ayant à en connaître (justice, police, école, travail social...) ont mis en évidence avant tout la dimension sociale et globale : banlieues enclavées, pluriethnicité, grande pauvreté, familles nombreuses, chômage, échec scolaire. Il est hors de doute que ces facteurs touchant globalement une population sinistrée sont essentiels. Cela étant, en rester à une description ne nous donne aucune prise pour comprendre les passages à l'acte ni pour y remédier, car il manque les articulations fines ­ il n'y a que depuis les lieux du pouvoir que les pauvres sont une masse indistincte sans différences individuelles dans les conduites, les valeurs et les aspirations. La télévision s'est faite, tout particulièrement, l'écho de cette vision où la compassion la plus convenue le dispute à la fascination pour le spectacle. C'est ainsi qu'un sociologue nous a doctement expliqué pourquoi l'on brûle les voitures : parce qu'on n'en a pas. Normal, quoi. Mais peut-on en rester là ? L'insistance sur la grande pauvreté et le chômage, comme causes déterminantes et automatiques des violences éveille immédiatement un réflexe offensé de toutes les catégories sociales pauvres ou qui ont grandi dans un milieu pauvre, qui ont le sentiment d'avoir subi avec dignité des situations au moins aussi difficiles : nous n'avions rien, nous non plus, et nous n'avons jamais tout cassé ­ et certainement pas mis le feu aux autobus, attaqué les pompiers, et détruit les écoles !

C'est une petite partie des jeunes qui passent à l'acte et pas n'importe lesquels : les études révèlent des êtres qui sont bien moins intrinsèquement violents que perturbés et gravement immatures, au sens où ils n'ont pas intégré des apprentissages minimaux de maîtrise de l'émotivité, de l'impulsivité et ne sont pas à même de se poser comme sujets si peu que ce soit autonomes (cette analyse concerne le gros des troupes, non pas les meneurs, dont le profil est sensiblement différent). Le trop court circuit de l'explication par le chômage et les discriminations occulte une difficulté majeure qu'il faudra bien surmonter ­ ces jeunes qui basculent dans des comportements anomiques, souvent autodestructeurs, parfois délinquants, sont difficilement employables, à peu près pour les mêmes raisons qui les rendaient difficilement scolarisables... On est en deçà même de la disponibilité à l'apprentissage, si celui-ci n'est pas soigneusement soutenu par un dispositif de soutien très attentif. Rares parmi les enseignants, parmi les employeurs sont ceux qui sont préparés à gérer des conduites aussi imprévisibles et réactives.

On a affaire à des individus dont la subjectivité est en grave souffrance, notamment du point de vue de la liaison du temps vécu : enfermement dans le présent, difficulté à réaliser les conséquences d'un acte, encore plus à l'anticiper, chaîne temporelle dangereusement hachée, difficulté à se mettre en pensée à la place d'autrui. Toute situation est structurée de façon binaire, dans la dépréciation stéréotypée des «autres» : territoire ­ étranger au territoire, eux-nous, gagnant-perdant, fort-faible...

Le tableau nous présente en creux les finalités des apprentissages premiers de l'école. Toute prévention devrait d'abord concentrer ses efforts dans l'encadrement éducatif de proximité, dans les établissements scolaires et dans le soutien aux familles, car il est probable que ces ratages éducatifs viennent en partie de déstructurations familiales, dont les causes sont diverses et complexes, jamais réductibles à un seul facteur (et certainement pas à l'islam). Durement touchées sont les familles issues de mondes traditionnels eux-mêmes ébranlés, qui sont le plus désaccordées à une société postmoderne qui les déstructure à bien des égards. Les diffractions symboliques produisent ici du chaos, où il n'y a pas tant une «perte de repères» qu'une pléthore d'injonctions contradictoires et désarticulées, dans une immense confusion.

La différence avec les années 90 est que certaines idéologies ont été abondamment diffusées par des groupes associatifs et politiques, et ont donné lieu à des versions Internet très violentes. Notamment toutes sortes de discours qui héroïsent et justifient les actions violentes en leur fournissant une explication stéréotypée jouant de l'inversion de culpabilité. Ce sont ces discours manichéens qui vont fournir une cohérence et une identité en liant des éléments chaotiques et en leur donnant une apparence de sens. Ainsi, à cette immaturité subjective se superpose une posture d'ex-colonisé, indigène de la République, victime du néocolonialisme républicain, descendant d'esclave, victime du racisme et des discriminations, condamné au chômage ou au rejet sur le seul critère de son appartenance ethnique. Ces idéologies sont d'autant plus propagées et facilement intégrées qu'elles reposent sur une base de vérité, importante à reconnaître et à faire connaître, et que du coup, elles touchent une corde sensible dans l'opinion. C'est le propre de l'idéologie, d'être non pas un mensonge ou une erreur, mais une vision tronquée de la réalité. Lorsque le débat se situe entre intellectuels, pas de gros problème, quelque polémiques et anachroniques que puissent être les dénonciations... Mais la vulgarisation démagogique et venimeuse des mêmes débats a des effets désastreux sur une jeunesse déjantée, qui, faute de pouvoir élaborer une subjectivité cohérente et réaliste, se précipite sur un discours qui lui donne non pas une consistance, mais une posture.

Ces idéologies victimistes et vindicatives donnent une illusion de subjectivité, parce qu'elles permettent de dire quelque chose à la télé. Puis l'on reçoit de son image télévisuelle la garantie que l'on est bien ce qu'elle montre, dans un bouclage sans fin et cela bloque les évolutions nécessaires. Il faut mesurer la détresse et le sentiment de chaos qui sous-tendent une telle posture de «dépendance agressive», pour comprendre que le chemin de construction de personnalités plus structurées sera bien ardu.

En tout état de cause, ce n'est pas le colmatage des subjectivités immatures par les idéologies vindicatives qui permettra ce chemin. Tout au contraire, en déréalisant la vision de soi et du monde, elles entretiennent des erreurs graves d'adaptation. Une politique de remédiation demande de la persévérance et de la cohérence, et impose de distinguer les problèmes pour apporter des réponses ciblées, finement ajustées et coordonnées. Toutes choses dont s'accommodent mal les dénonciations massives, qui s'enivrent de leur propre intransigeance impatiente et exaspérée. Je doute qu'elles aident à repenser les dispositifs d'accompagnement, déjà tellement mis à mal par les politiques de court terme.

Mais qui sait, le temps est peut-être venu pour les dénonciateurs eux aussi d'accéder à plus de maturité ?
© Libération

up  

LE PEN TIRE LES LEÇONS DE LA CRISE DES BANLIEUES (France)

28/11/2005 -  Le moment était favorable à Jean-Marie Le Pen : le conseil national du Front national s'est réuni hier à Saint-Cloud, alors que la crise des banlieues est encore dans tous les esprits. Crise qui a fait dire à plusieurs reprises au président du FN qu'elle lui donne raison et justifie les arguments qu'il déploie depuis trente ans. Et qui, disent les dirigeants du mouvement, a provoqué une importante poussée d'adhésion, «des centaines par jour», selon Jean-Michel Dubois, secrétaire national aux grands événements.

A l'issue de ce conseil national, Jean-Marie Le Pen a commenté dans une conférence de presse la situation née de la crise : «Ni Sarkozy ni Villepin ne sont parvenus à juguler un climat insurrectionnel latent, a-t-il dit. Nos dirigeants n'ont rien appris ni rien compris. On a assisté à des explosions de racisme antifrançais. Mais on a très peu parlé de l'immigration, dont nous considérons que c'est la principale raison.» «La moindre des choses, a poursuivi M. Le Pen, aurait dû être de faire cesser tout de suite toute immigration étrangère. Notre législation sociale stupidement égalitaire aboutit à un avantage pour les étrangers et représente un appel d'air considérable. La machine à immigrer des millions de gens est en marche et aboutira à la ruine de notre pays. Il faut supprimer le droit du sol, revoir notre législation de la nationalité, reprendre le contrôle de nos frontières.»

Pour le président du FN, «le gouvernement poursuit dans la voie qu'il suit depuis toujours». Selon lui, «on continue de penser que le problème des banlieues est un problème social. Or, estime-t-il, c'est avec la complaisance du gouvernement que s'est répandu dans les banlieues un mode de rémunération délictuel». Et d'ajouter : «La politique de MM. de Villepin, Sarkozy, Borloo : faire comme avant. Comme le médecin qui a un patient tuberculeux à qui il a prescrit des pastilles Valda, et qui, devant l'aggravation du mal, décide d'augmenter la dose de pastilles .»

Le conseil national du FN a par ailleurs entériné la nomination de Louis Aliot comme secrétaire général, de Roger Holeindre comme premier vice-président et d'Alain Jamet comme vice-président chargé des relations internationales.
© Le Figaro

up  

BANLIEUES: FINKIELKRAUT S'EXPLIQUE... ET INSISTE (France)

La semaine dernière, il avait parlé d'une révolte à «caractère ethnico-religieux».
par Jean-Luc ALLOUCHE


27/11/2005 - Alain Finkielkraut affiche une passion, sinon une coquetterie : dénoncer la bien-pensance partout où elle est, ou bien là où il croit la débusquer. Une fois encore, il s'est livré à son exercice favori à la suite des récentes émeutes de banlieues : «On voudrait [les] réduire à leur dimension sociale, y voir une révolte des jeunes contre la discrimination et le chômage. Le problème est que la plupart sont noirs ou arabes, avec une identité musulmane... Il est clair que nous avons affaire à une révolte à caractère ethnico-religieux.» Ces propos ont été connus à travers un article du Monde du 24 novembre. Propos repris du quotidien israélien Haaretz du 17 novembre, dans un portrait-interview-fleuve, où l'on relève des phrases qui ont choqué. «On nous dit que l'équipe de France [de football] est black-blanc-beur... En fait, aujourd'hui, elle est black-black-black, ce qui fait ricaner toute l'Europe.»

Dieudonné.

Dans cet article, Alain Finkielkraut s'en prend à ceux qui «redoutent le langage de la vérité» : «Nous préférons dire les "jeunes" au lieu de "Noirs" ou "Arabes"... Bien sûr, nous devons éviter les généralisations, il ne s'agit pas des Noirs et des Arabes comme un tout, mais de certains Noirs et de certains Arabes. De même, la religion, non comme un tout, mais comme un ancrage d'identité.» Il fustige ceux qui «haïssent la France parce que c'est une république». N'a pas de mots assez durs pour Dieudonné, «véritable patron de l'antisémitisme en France, plus que le Front national de Le Pen», et pour l'obsession du comique de disposer de «son propre Holocauste». Sans nier les discriminations que subissent Noirs et Arabes.

Vendredi, sur Europe 1, Alain Finkielkraut a présenté ses excuses à ceux qui en avaient été blessés. Du coup, le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) a retiré la plainte déposée contre lui, sans être «convaincu» par son repentir. «Je ne renie pas cet entretien que j'ai accordé sans pouvoir le vérifier avant publication, déclarait Alain Finkielkraut à Libération vendredi. Mais le personnage qui émerge de cet assemblage citationnel, je le déteste, je ne me reconnais pas dans cet être dégradant, vindicatif. C'est un cauchemar.» Avant de poursuivre : «Devant la désaffiliation générale par rapport à la société française, j'ai poussé un cri d'alarme. Je la reproche tout autant aux jeunes juifs qui se dissocient des "Français". Je suis horrifié par ces sécessions.»

Angélisme.

Dans son entretien à Haaretz, Alain Finkielkraut est sans pitié pour l'indulgence et l'angélisme, qu'il reproche aux «bobos» à l'égard des «nouveaux damnés de la terre» : «Imaginez que ce soit des Blancs comme à Rostock en Allemagne. Aussitôt, chacun aurait dit : "Le fascisme ne sera pas toléré." Quand un Arabe incendie une école, c'est de la rébellion. Quand c'est un Blanc, c'est du fascisme. Je suis indifférent à la couleur. Le mal est le mal, peu importe sa couleur. Et ce mal, pour le juif que je suis, est totalement intolérable.»

A Libération, il précise : «Oui, je m'élève contre cette explication de la haine réductible à ses seules causes sociales. Je m'élève contre le parti pris de victimisation. Car cette hostilité violente est inquiétante sur un fond d'apathie de la société qui correspond, peut-être, au vide spirituel vécu par ces jeunes. Cette sécession est l'ultime caricature de la religion du "tout, tout de suite", qui a remplacé le culte de l'école. Au lieu de leur tendre la main, on les enfonce.»

Quant à son ironie à l'égard de l'équipe de France «black-black-black», pour lui, c'est une «séquelle coloniale» mais aussi un «privilège» de la France. «Là, je me suis abandonné à une blague. Car je n'oublie pas que c'est mon père, immigré, qui m'a initié au foot. Devant l'équipe de France des années 50 aux noms polonais, il rigolait : "Ce ne sont pas des Français..." Je n'oublie pas que je suis un immigré de la deuxième génération. Mais il faut regarder cette haine en face : comment intégrer des gens dans une France qu'ils trouvent haïssable ?»

Pour autant, dans cet entretien au journal israélien, manifestement de trop, le philosophe reconnaît qu'il a déjà «perdu son combat pour l'école». Et, une fois encore, des plumes, dans sa guérilla de Don Quichotte trop pressé, seul contre tous. Attitude que, au demeurant, il ne déteste pas toujours.
© Libération

up  

ALAIN FINKIELKRAUT : 'J'ASSUME' (France)

26/11/2005 - Pourquoi ne vous reconnaissez-vous pas dans le compte rendu qu'a fait Le Monde de vos propos parus dans le journal israélien Haaretz, lequel les a comparés à ceux d'"un militant du Front national" ?

Le personnage que désigne cet article m'inspire du mépris, et même du dégoût. Je ne suis pas ce frontiste excité nostalgique de l'épopée coloniale. J'essaie seulement de déchirer le rideau des discours convenus sur les événements actuels. Lui, c'est lui, et moi c'est moi. A ma grande stupeur, depuis mercredi, nous portons le même nom.

Ce qui m'inquiète, c'est la désafiliation nationale. Je dis donc effectivement que lorsque certains jeunes émeutiers évoquent entre eux "les Français", nous sommes perdus. J'ajoute que certains juifs aussi succombent à cette tentation. Je leur réponds : "Si votre présence ici ne relève que de l'utilité, soyez honnêtes avec vous-même : vous avez Israël." Moi, quand j'entends "les Français", je suis indigné. La phrase incriminée doit être remise dans cette perspective. Si, pour ces jeunes des cités, la France n'est qu'une carte d'identité, eux aussi ont le droit de partir. Mais je sais que ce n'est pas une possibilité et je le dis dans l'entretien.

Vous êtes enfant d'immigré. Ne pouvez-vous imaginer que dire "les Français" relève d'un rapport plus complexe que l'utilitarisme ? Du souci de préserver une identité sans remettre en question la volonté d'insertion ?

Oui, mon père aussi, venu de Pologne, disait "les Français". Il en avait le droit. Mais j'ai toujours pensé que cette façon d'être n'était pas transmissible. Moi, je refuse cette posture. Or ces jeunes sont, comme moi, nés en France. Je leur demande la même cohérence.

Que contestez-vous dans les propos qui vous ont été attribués ?

Il y une chose que je ne reprends en aucune façon à mon compte, c'est l'idée que les Lumières apportaient la civilisation à des "sauvages". Ce mot ne fait pas partie de mon vocabulaire. L'intention des Lumières est équivoque. Cette équivoque doit nous garder de tout alignement du colonialisme sur une entreprise purement criminelle. Intégrer des hommes dans la catholicité des Lumières est autre chose qu'une volonté d'extermination. Cela peut avoir, ici ou là, des effets positifs. C'est tout ce que je voulais dire.

Comme Occidental confronté à l'ère du vide, je n'ai aucun esprit de supériorité. Mais je suis inquiet devant la montée des nouvelles revendications de mémoires. On demande, quelquefois pour soigner les blessures identitaires, un nouvel enseignement de l'esclavage et de la colonisation. Pourquoi pas ? Sauf que cette demande se formule de plus en plus comme un "droit à la Shoah". Comme si, pour résoudre une terrible compétition des mémoires, il fallait "élargir" la Shoah. Dès lors, la colonisation ne devient plus qu'un crime contre l'humanité. Or elle fut "ambiguë", comme a écrit Claude Liauzu, et ne se ramène pas à ses seuls crimes.

Prenons deux citations : "Qu'a fait ce pays aux Africains ? Que du bien", et "l'esclavage n'était pas une Shoah, pas un crime contre l'humanité". Ne vous situez-vous pas vous-même dans la "concurrence des victimes" ?

Bien entendu, les traites négrières sont un crime contre l'humanité. Et oui, il y a une part criminelle dans la colonisation. Si je devais l'enseigner, je commencerais par Au coeur des ténèbres, de Joseph Conrad.

Mais elle n'était pas que cela, et il devient chaque jour plus difficile de le dire. Quant à l'esclavage, on traite de négationniste quiconque ose rappeler que l'Occident n'en est pas seul responsable, qu'il y a eu des traites internes à l'Afrique et orientales. Si l'Occident a une spécificité, par-delà ses crimes, c'est l'abolitionnisme. Pour ce qui est des Africains auxquels la France n'a fait "que du bien", je parlais des immigrants récents et je les comparais à mon père, déporté par Vichy. Le modèle de la Shoah plane désormais sur toutes les horreurs collectives. Cette concurrence des victimes doit être combattue sans répit. On ne réconciliera pas les Noirs, les juifs et les Arabes sur le dos de la vérité. Parler comme les "Indigènes de la République" est détestable.

La clé des émeutes dans les cités est, à vos yeux, qu'elles ont été le fait non pas de "jeunes" indéterminés, mais de Noirs et d'Arabes musulmans ?

Face à ce grand saccage, la France est divisée en deux partis : celui de la compréhension et celui de l'indignation. Le parti de la compréhension est celui qu'on entend le plus. Certains vont jusqu'à célébrer la multitude insurgée. La plupart veulent décharger les émeutiers de leurs responsabilités en assignant leurs actes à un urbanisme effrayant, à l'isolement, au chômage, aux "provocations" du ministre de l'intérieur, au racisme endémique. Je pense qu'il n'y a pas de lien de cause à effet entre la misère sociale réelle des quartiers et l'incendie des écoles. Pourquoi cet acharnement contre les symboles républicains ? Nous devons admettre qu'un certain nombre de gens vivant en France détestent ce pays.

Le nombre d'arrestations et la hausse de la popularité du ministre de l'intérieur ne vont pourtant pas dans le sens de la "compréhension" à l'égard des émeutiers ...

Je ne ferai aucune concession au politiquement correct. Chaque jour, les "Guignols de l'info" font jouer à M. Sarkozy le rôle de l'ennemi absolu pour qui tous les Arabes sont des voleurs et les Noirs des racailles. Il clame le contraire, mais c'est ce que les jeunes des banlieues regardent.

Les policiers, les éducateurs n'ont pas constaté de revendication religieuse. De même, on trouve des Français "de souche" parmi les jeunes condamnés. D'où tenez-vous qu'il s'agit d'une révolte "ethno-religieuse" ?

D'accord, la religion n'a pas joué comme religion, mais comme référence identitaire. Mais votre question m'étonne. L'antiracisme contemporain est ubuesque. Il m'est reproché de parler de l'origine des émeutiers. Or ceux qui m'accusent sont les mêmes à prôner la lutte contre les discriminations raciales. Si nous n'avions eu affaire qu'à un problème purement social, il serait traité comme tel. Je ne nie nullement l'existence du racisme subi par ces jeunes.

La question que je pose s'adresse à notre ultime utopie, qu'il y a quelques mois encore Le Monde défendait avec panache : le métissage. On pensait que la réponse au racisme, c'est une société multiraciale. Or une société multiraciale peut être aussi une société multiraciste. Je sais que mon propos est scabreux. Disons les choses clairement : des Français de souche ont aussi participé aux émeutes, mais le gros était constitué de jeunes d'origine africaine et nord-africaine. Toute généralisation est abusive. Le racisme, c'est la généralisation. Mais, maintenant, l'antiracisme risque de devenir une prophétie autoréalisatrice.

Il faut compter aujourd'hui avec une haine de l'Occident dans le monde arabo-musulman qui a des retombées françaises. Mais, bien sûr, il y a aussi des causes à chercher en nous-mêmes. Elles résident dans le vide spirituel de nos sociétés. Ces adolescents ennemis de notre monde en sont aussi la caricature ultime. Ce n'est pas par hasard qu'ils veulent détruire les écoles. Nous vivions dans une société où l'utilité et l'immédiateté ont aboli l'humanisme.

De plus en plus de gens considèrent que l'école est là pour donner du boulot. L'idée que l'enseignement est à lui-même sa propre finalité ne fait presque plus sens. Dès lors, saccager une école qui ne vous garantit rien devient compréhensible.

La révolte ne serait donc pas due aux difficultés d'insertion de ces jeunes, mais à leur rejet intrinsèque du "modèle français" ?

Il n'y a pas que du rejet. D'une certaine façon, ils sont aussi l'avant-garde de ce comportement général de plaignant et d'ayant droit frustré. L'école, c'est le droit au diplôme ; le diplôme, le droit au travail... Il y a là comme un rapport syndical à la réalité, pur produit d'un monde sans repères. Dans les cités, ceux qui jouent le jeu républicain se font traiter très souvent de "bouffons".

Vous dites à Haaretz que vos propos, vous ne pourriez les tenir en France. Que peut-on dire à l'étranger qu'il est impossible de dire ici ?

Il est très difficile en France de résister à un discours convenu qui réduit les événements actuels aux seules questions d'inégalités et de discriminations.

Si, comme vous le pensez, "le modèle républicain s'est effondré dans ces émeutes, mais le modèle multiculturel ne va pas mieux", faut-il conclure à l'impossibilité d'intégrer les populations noires, arabes et musulmanes ?

Cette intégration est notre obligation. Mais la solution ne réside pas dans la stigmatisation incessante de notre pays. On n'intégrera jamais des gens qui n'aiment pas la France dans une France qui ne s'aime pas. Et il faut commencer par réhabiliter l'école. Si la langue française ne reconquiert pas ce territoire perdu qu'est le parler des banlieues, alors, oui, la discrimination à l'embauche et au logement s'aggravera. Dire cela est caractérisé aujourd'hui comme du racisme !

Pour éviter toute incompréhension, la solution ne serait-elle pas de voir publier en français l'intégralité de l'interview de Haaretz ?

Il faudrait qu'on m'entende avant de me condamner. Lorsque j'évoque l'équipe de France de football, je rappelle qu'au match France-Algérie, La Marseillaise a été sifflée. Ces sifflets n'étaient pas antiracistes, mais racistes, puisqu'ils visaient une équipe "black-blanc-beur". Après, je dis que cette équipe est devenue "black-black-black", et quelque chose comme "cela fait rire toute l'Europe". C'est une référence sans méchanceté aux séquelles heureuses du colonialisme et un écho au sourire de mon père quand il notait que les joueurs de l'équipe de France des années 1950 s'appelaient Kopa, Cisowski et Ujlaki et que les Français manquaient à l'appel.

Je suis un supporteur de l'équipe de France. Je vénère Zidane, le joueur. Mais je n'ai pas été compris. Je ne pense pas un instant que l'humanité ait jamais été divisée entre civilisés et sauvages. Ce point de l'article, je le nie complètement. Le reste, avec les précisions que j'ai essayé de donner, je l'assume.

Propos recueillis par Sylvain Cypel et Sylvie Kauffmann
© Le Monde

up  

'UNE CRISPATION IDÉOLOGIQUE FÉBRILE' (France)

Par Patrick Savidan, maître de conférence en philosophie sociale et politique à l’Université de Paris-Sorbonne et membre de l'Observatoire des inégalités

24/11/2005 - Etes vous étonné que l'"un des plus éminents anciens représentants de la gauche française" ait pu tenir de tels propos ?

- On peut l'être en effet, si l’on songe aux engagements des années 70 et à toutes les promesses qui ont contribué aussi à les définir politiquement et socialement. Tristement surpris, même. En même temps, il y a, dans les prises de position d'Alain Finkielkraut, quelque chose de pathétiquement inexorable. Nous voyons bien qu’à chacune de ses sorties, il va toujours plus loin dans l’expression de sa détestation du présent qu’incarnent pour lui certaines catégories de la population et certains traits de notre culture. C’est une crispation idéologique fébrile dont il paraît désormais s’enivrer. C’est sans doute regrettable, mais il semble que nous ayons affaire à une pensée –voire plus simplement : une parole– qui est sortie de ses gonds. Pas au sens où il s’agirait d’une pensée en proie à la colère, mais au sens d’une pensée qui n’a plus de prises sur le réel. Il enchaîne des concepts, enfourche d’impressionnants chevaux de batailles civilisationnels, mais tout cela ne nous parle de rien, ne décrit rien de la réalité sociale que nous avons sous les yeux.

En revanche, c’est un type de discours qui peut avoir des effets terribles sur cette réalité si on devait choisir de l’interpréter dans ces termes.

Alain Finkielkraut regrette notamment que, au sujet des violences urbaines, on se limite à l'analyse sociologique. Sur quoi se fonde-t-il pour arriver à ce constat ? Quelle est aujourd'hui selon vous l'analyse dominante des récents évènements ?

- Sur quoi se fonde-t-il ? Je me le demande et, ce qui serait mieux encore, c’est qu’il se le demande aussi. Bien sûr, et heureusement, il y a des efforts visant à comprendre et à expliquer d’où proviennent ces violences dans les formes extrêmes et massives qu’elles ont prises. L’analyse sociologique n’explique sans doute pas l’intégralité du problème, mais parler ici, comme il le fait, d’une "révolte ethno-religieuse" menée par les militants forcenés d’un "pogrom anti-républicain", portés par une "radicalisation islamiste" et un anti-sémitisme façon Dieudonné, est un propos qui défie ne serait-ce que le bon sens. Quand on connaît la situation de précarité dans laquelle vivent ces jeunes, quand on sait ce qu’ils savent de leurs avenirs obstrués, quand on voit la nature des émeutes, on ne peut évidemment pas adhérer à une telle thèse.

Dans l’entretien accordé au Haaretz, il explique que l’analyse sociologique des évènements est dominante. Là encore, je ne vois pas bien sur quoi il se fonde pour dire cela. Le discours dominant est tout autre ; c’est un discours qui pointe du doigt des populations et situe strictement le problème sur le terrain sécuritaire, en déniant à la question sociale toute pertinence. C’est ce que fait par exemple Nicolas Sarkozy, lorsqu’il explique le 18 novembre dernier à des adhérents de l’UMP que "la première cause du chômage, de la désespérance, de la violence dans les banlieues, ce n'est pas la crise économique, ce ne sont pas les discriminations, ce n'est pas l'échec de l'école" ; ou bien encore quand il déclare que "la première cause du désespoir dans les quartiers, c'est le trafic de drogue, la loi des bandes, la dictature de la peur et la démission de la République." Voilà, quel est le discours dominant aujourd’hui.

Quand Alain Finkielkraut dit que "l'antiracisme sera au XXIe siècle ce qu'a été le communisme au XXe", que veut-il dire ? Qu'est-ce que cette appréciation implique ?

- Nous avons là encore une formule à l’emporte-pièce assez choquante. Il parle ici du communisme, parce que le totalitarisme qui s’en est prévalu représente la dégénérescence intégrale d’une idée généreuse. Du coup, il voudrait nous faire admettre qu’il en irait de même avec l’antiracisme. Le refus du racisme serait une forme de totalitarisme! Est-ce bien ce qu’il veut dire? Ce n’est pas si simple, mais à travers ce brutal amalgame, il formule seulement l’énième mise en cause de la pensée "politiquement correcte", de la bien-pensance, du droit-de-l’hommisme au nom d’un "langage de vérité" qui se libèrerait de tous les tabous. Souligner que les émeutes, sont des émeutes menées par des noirs et des arabes musulmans en guerre contre la République, voilà la vérité selon Alain Finkielkraut. C’est, politiquement, une voie très dangereuse. Nous voyons bien à qui cela pourra profiter au bout du compte.

Propos recueillis par Jérôme Hourdeaux
© Le Nouvel Observateur

up  

POURQUOI MARSEILLE NE S'EST PAS EMBRASÉ (France)

Contrairement au reste du pays, la ville natale de Zinedine Zidane a été épargnée par les émeutes. Autopsie d'une exception. Par MARWANE BEN YAHMED

23/11/2005 - « Tout le monde s'attendait à ce que Marseille soit la première ville à prendre feu, explique Richard Martin, directeur d'un petit théâtre des quartiers nord. Il faut vivre ici pour comprendre pourquoi cela n'a pas été le cas. » De fait, la deuxième ville de France semble rester à l'écart de la « crise des banlieues ». Quelques incidents ont bien eu lieu, mais sans commune mesure avec ceux de Paris, Toulouse ou Lyon. Et pourtant, tous les ingrédients d'une explosion sont là : chômage élevé, communauté immigrée nombreuse, pauvreté... Quelque 200 000 habitants, soit près d'un quart de la population, s'entassent dans des tours non moins délabrées que celles de la région parisienne. La détresse sociale et le racisme sont ici non moins fréquents - et parfois plus - qu'ailleurs. Et l'extrême droite enregistre dans la région ses meilleurs scores électoraux. Mais Marseille ne fait décidément jamais rien comme les autres...

Comment expliquer cette « exception marseillaise » ? D'abord, par la mixité sociale qui y prévaut - un modèle du genre. Incrustée au bord de la Méditerranée, la cité phocéenne est coupée de son arrière-pays par des massifs montagneux, à sa périphérie immédiate. Les banlieues-ghettos y sont peu nombreuses. Si la ville a peu à peu absorbé les villages avoisinants, elle reste un ensemble urbain très centralisé où les catégories sociales les plus diverses cohabitent dans les mêmes quartiers : le Vieux-Port et la Canebière, les plages, le Prado, le Stade Vélodrome... Marseille est une ville cosmopolite, dont l'identité s'est définie au fil du temps par les vagues d'immigrants qui s'y sont installés : Italiens, Arméniens, musulmans et juifs du Maghreb, Subsahariens, etc. Les nouveaux arrivants n'ont, dans leur grande majorité, pas été rejetés à la périphérie : ils vivent au coeur de la cité.

La deuxième explication, qui est peut-être la conséquence directe de la première, tient au sentiment d'appartenance communautaire que partagent tous les Marseillais. « Tu te sens marseillais avant d'être noir, arabe ou gitan. C'est un lien très fort, plus fort que les origines », confirme Majid, éducateur dans un centre de loisirs de la Castellane, le quartier qui vit naître un certain Zinedine Zidane... Cela ne signifie pas que les discriminations et la ségrégation soient inexistantes, mais elles sont assurément moins étouffantes qu'ailleurs.

Autre particularité qui pourrait expliquer le calme relatif : son environnement privilégié, entre mer et montagne. On est loin, très loin de La Courneuve ou de Clichy-sous-Bois. Ici, les jeunes des quartiers ne tournent pas en rond dans un déprimant univers de béton. « Quand on s'ennuie ou qu'on a envie de se détendre, on s'achète quelques sardines et on va les griller au bord de la mer, entre copains. Le littoral est magnifique et... gratuit », confirme Saïd.

Enfin, Marseille a considérablement changé depuis cinq ans. Ses défauts les plus apparents n'ont certes pas disparu - à commencer par la propreté douteuse de ses rues ou le délabrement de nombreux immeubles du centre-ville -, mais son économie s'est développée, grâce, dans une large mesure, à la politique attractive menée par la mairie. Mais aussi au fait que le TGV la relie aujourd'hui à Paris en trois heures. Du coup, 7 200 entreprises ont été créées depuis 2000 et le chômage ne touche plus que 13 % de la population, contre 20 % dix ans auparavant. Tout cela explique qu'au mois de mai le magazine économique L'Expansion ait élu Marseille « grande ville de France la plus dynamique ».

Mais cette paix sociale repose sur des équilibres fragiles : la ville n'est donc pas forcément à l'abri d'éventuels débordements. Et puis, le « modèle » qu'elle représente est difficilement exportable, tant il repose sur des particularismes culturels et historiques. Marseille est bel et bien une exception, cultivée comme telle par ses habitants. « Nous avons appris à ne pas avoir peur les uns des autres », explique Richard Martin, pour qui Marseille n'est pas une ville française parmi d'autres mais « un pays à part ». Et c'est ce qui fait la fierté de ses habitants.
© Jeune Afrique

up  

LA POLYGAMIE DES AFRICAINS EN CAUSE, SELON CARRÈRE D’ENCAUSSE (France)

Georges Minyem revient sur la polémique lancée par l’académicienne sur le rôle de la polygamie dans les violences urbaines. Par Henri Georges Minyem

23/11/2005 - Ainsi donc, tout serait la faute de la polygamie ! Non pas la carence de l’Etat républicain, encore moins la faillite d’un système sociétal inégalitaire, mais bien celle des Africains et leurs pratiques bizarres !
Etonnant comme bien souvent, on trouve des raccourcis frappants dès qu’il s’agit de traiter de questions sociales dont l’analyse critique échappe, d’évidence, aux éminences de l’intelligentsia traditionnelle française, bien d’ici, la bien-pensance -tout de blanc vêtue- de la République française.

Parcourant quelques médias à la recherche d’une lueur de profondeur quant à l’analyse de la récente crise des banlieues qui aura justifié la mise en application d’un texte sur l’état d’urgence (loi de 1955) vieux de 50 ans, je vous rencontre, femme, secrétaire perpétuelle de l’illustre coupole, la fameuse Académie française et me délecte à l’avance de la lecture critique d’un phénomène que la plupart des hommes politiques (dans un sursaut de lucidité bien hypocrite) reconnaissent comme la résultante de leurs errements politiques en matière d’intégration depuis 30 ans et que lis-je ? Vous, Hélène Carrère d’Encausse, dans une prénotion sociologique digne des pires élèves qu’il m’ait été donné de former…Une prénotion disais-je, doublée d’un paralogisme à faire pâlir d’envie Monsieur Jourdain, vous voilà entrain d’analyser un phénomène social agrégé d’une transition sociétale qui nous interpellent tous, avec une légèreté des plus affligeantes à travers les pages du journal « Le Monde » du 17 novembre 2005. Vous affirmez : « Pourquoi les enfants africains sont-ils à la rue et pas à l’école ? (…) Beaucoup de ces africains, je vous le dis, sont polygames (…)»
De toute évidence, vous ne comprenez grand-chose ni à l’Afrique, ni au tissu social hétérogène de cette population originaire d’un même continent (qui n’a souvent en commun que la mélanine et des vestiges culturels comminutifs), vous ne connaissez même pas la nature sociologique de la population des banlieues françaises, et de plus, vous manquez de recul analytique chronique quant à la lecture que vous faites des faits sociaux, sacrifiant par là-même à une exigence méthodologique nécessaire à l’hypostatique appréhension des mutations sociologiques actuelles de cette société. Votre abréaction serait-elle donc la conséquence de votre longue résidence dans les hautes sphères, portant en corollaire, un déficit chronique dans la compréhension de ceux que vous représentez au-delà des limites hexagonales, et témoignant par le fait, d’un déficit d’imprégnation avec le réel ?

En fut-il de même lorsque vous rédigeâtes votre analyse sur la Russie dans votre livre « L’empire éclaté -La révolte des nations en URSS(1) » dont il est fort à parier que vous vous en sentîtes plus proche que de ces « sauvageons » des banlieues qui brûlent tout sur leur passage, sans considération aucune pour les nobles et respectables travailleurs qu’incidemment vous en reconnaissez les bienfaits pour la nation française, témoignant par votre empressement à la commisération, d’une bien indécente (parce que hypocrite) condescendance ?

S’agit-il un instant, dans mon esprit, de donner raison à ceux-là qui détruisent par leur violence aveugle le fruit du dur labeur de leurs congénères, bien peu souvent nantis ? Aucunement !

Cependant, la stigmatisation peu nuancée d’une population, sa catégorisation, sa désignation elle aussi aveugle, de la part d’une personne incarnant une assemblée aussi illustre que la vôtre, ne peut qu’interpeller des esprits guidés par la lecture contradictoire d’une réalité qui manifestement échappe à votre subconscient niveleur, ethnocentrique, voire raciste.

En effet dans votre propos, vous ne faites pas que condamner la polygamie (qui pour rappel, est interdite en France depuis la loi Pasqua de 1993 qui prévoit un an d’emprisonnement et 45000€ d’amende pour les contrevenants), mais vous désignez d’un bloc, vous fustigez d’une tirade, vous jetez en pâture d’un verbe déplacé une communauté, en l’occurrence les Africains et leur polygamie, signes ostensibles d’un subconscient niveleur que votre approximation analytique vous incite à considérer d’un même œil ; preuve s’il en est du regard péjoratif porté sur une communauté dont justement les idéaux républicains d’égalité consistent à en méconnaître les particularismes ethniques quant elle vante le modèle d’intégration français et à les reconnaître à des fins d’amendement de l’Etat républicain. Duplicité quand tu nous tiens ! Vous tranchez et en déduisez qu’il existe bel et bien des communautés en France et que de toutes celles-ci, « Les Africains et leur polygamie » constituent une tare préjudiciable à l’édification même de cette conscience citoyenne que vous seule, blanche de culture européenne, incarnez réellement ! Et pour cause !

Connue pour votre bon goût et pour la finesse de votre analyse, vous fûtes admise à l’Académie française. Aujourd’hui, disais-je, vous en êtes une ambassadrice de par le monde, forte que vous êtes de la connaissance de la Russie, et visiblement autant auréolée de lacunes sociologiques qui eussent dû vous donner matière à mutisme qu’à énonciation de telles absurdités, reflets par excellence de votre manifeste déficit de connaissance du paysage socioculturel de la France, pays dont vous êtes une élite représentative, de mon analyse, bien mal indiquée, car…

De toute évidence, vous semblez méconnaître la nature profondément inégalitaire du tissu social français et de sa politique d’immigration ! Faites donc l’effort de vous taire la prochaine fois ! Visiblement, vous méconnaissez la profonde détresse humaine de ceux qui par leurs actes -certes répréhensibles-, en sont réduits à causer des dommages à leurs congénères des banlieues comme seule illustration d’un désastre humain de plus forte intériorisation psychosociologique, D’emblée, vous vous disqualifiez, car ne point voir dans ces personnes, des français comme vous, témoigne d’un mépris manifeste pour la composition sociologique de cette population qui, si autrefois fut composée pour beaucoup de migrants en instance d’intégration, est aujourd’hui faite de Français de la troisième ou de la quatrième génération. Français à part entière, disais-je, dont vous feriez bien de vous inquiéter du sort, de l’avenir, dans un sursaut de lucidité, qu’à uniquement en fustiger les forfaits de manière primesautière, comportement qui ne saurait seoir à une personne de votre rang, de votre distinction.

La stratification de la société française peut donc se gausser de posséder en ses institutions représentatives de dignes spécialistes des questions occidentales et méconnaître la structure humaine de sa propre société ! Tel est le lourd paradoxe des pays occidentaux qui ne voient l’autre qu’à travers le prisme culturel déformant de sa représentation du « convenable », de l’« acceptable », du « bon goût », bref de sa vision manichéenne du bien et du mauvais ; autant de distorsions faites à l’idéal républicain d’intégration des différentes composantes de la réalité sociale de notre pays, la France. Chère immortelle, ces enfants que, d’une seule tirade, vous qualifiez d’Africains, sont pour la plupart des enfants français, à moins, bien entendu, que dans votre esprit, l’acception de Français se confondît d’emblée à la « race », autre cliché dont vous aura alimentée la lecture républicaine du schéma de représentation que vous accolez au « Français ».

Les temps ont changé et il faudra bien que vous vous fassiez à cette nouvelle identité française-là !!!

A ce titre, ils méritent, non pas d’être exclus par des artefacts d’analyses, des jugements de valeurs approximatifs et des amalgames tels que vous les faites, mais d’être entendus de vous, qu’ils considèrent à la fois comme des aînés « responsables », comme des référents de sagesse qui seuls sauront leur montrer la voie à suivre.

Ce que j’entends vous faire comprendre, c’est que le traitement stigmatisant que vous faites de cette population justifie aisément le comportement que ces jeunes font de votre mépris pour leurs aspirations profondes, en les désignant à la superficialité de votre analyse.

Comme vous, ils aspirent à vivre dans des quartiers aisés ;
Comme vous, ils aimeraient pouvoir accéder à des organismes publics et y obtenir place seyante à leur condition de Français à part entière ;
Comme vous, ils souhaitent pouvoir accéder à l’Académie française (après tout, quel mérite particulier justifie votre présence dans cette institution de tradition élitiste faite de cooptations, sournoiseries et autres mérites contestables ?)

Mais voilà, dans ce pays, quand on s’appelle Mohammed, Rachid, Amadou, Atangana, Kocoumbo, Icoucoumba…et qu’on provient de zones dites « défavorisées » (pour sacrifier à une expression courante), très peu de portes s’ouvrent à vous !!! Par votre propos méprisant pour les Africains (et par extension pour toutes les minorités visibles de ce pays) et condamnable par ce qu’il induit, à savoir un traitement éristique d’une mutation sociétale mal négociée, vous faites partie de ceux qui, en France, ont quelque difficulté à traiter le mal par la racine et à en examiner les causes profondes par un ergotage stérile sur des questions essentielles. Cet effort de réflexion et d’investigation sociale, si vous ne vous y exercez, conduira inéluctablement à une explosion sociale plus grande encore dans les années prochaines, que celle à laquelle nous assistons, faute pour vous de sortir d’une prison intellectuelle à la fois sociale et culturelle qui vous confine dans des artefacts de connaissance et des ad hominem dont les plus insignifiants étudiants en sciences sociales en comprendraient les fondements subjectivistes. Je me permets de vous faire savoir que l’exclusion, visiblement, vous ne l’avez jamais connue, ce qui me permet d’indiquer à votre encontre le mutisme le plus subtil et non l’assignation en justice qui s’impose, au vu de la lecture discriminante et sclérosante que vous faites d’une population déjà victime de l’ostracisme ambiant, et que par vos propos diffamants, vous contribuez à alimenter.

J’ose donc croire que vous aurez la bonne idée de vous abstenir à la réplication la prochaine fois que votre inculture se manifestera par le biais détourné d’une sphère dont la lumière échappe à la saisie de votre pertinence. Et pour meilleure illustration de mes positions, vous avez toute latitude de lire mon ouvrage : « Terre d’asile etc… » chez « amazon.fr », « manuscrit.com » afin de vous imprégner de la réalité immigrée afférente aux idéaux d’égalité et de fraternité qui, d’évidence, vous sont étrangers.

Salutations peu cordiales, Henri Georges MINYEM
Chercheur en sciences sociales, EHESS-PARIS
(1)Flammarion, 1978, 314 p.
© Grioo

up  

POLYGAMIE, DISCRIMINATION ET CRISE DANS LES BANLIEUES (France)

Seconde contribution de la semaine sur la polémique lancée par l’académicienne sur le rôle de la polygamie dans les violences urbaines. Par Lucien Pambou

23/11/2005 - J'attendais le moment de la bascule et de l'accusation gratuite des jeunes, des maghrébins et des noirs de la part des médias qui sont des experts en la matière dès lors qu'il y a des émeutes ou des violences urbaines.

Je dois vous dire que j'ai été déçu mais pas surpris. Enfin, nous sommes au coeur du problème. Les politiques et les savants, dont Madame Hélène Carrère D'Encausse historienne qui avait prévu la chute de l'Empire soviétique et qui est devenue académicienne par ce fait concrétisé par la chute du mur de Berlin en 1989, ont remplacé les médias dans la politique d'accusation. Voilà que les émeutes dont les causes étaient éminemment sociales et politiques deviennent raciales. Madame Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuelle de l'Académie française, laisse tomber sa robe d'historienne pour enfiler celle de sociologue. Apparemment si la robe d’historienne lui va, celle de sociologue est trop grande ou trop petite pour elle.

Voilà que les émeutes dans les banlieues ont pour origine la polygamie dont les noirs sont coutumiers en France. Délibérément elle désigne le groupe des noirs comme responsable des émeutes en banlieue, faisant passer la problématique sociale des discriminations vers une problématique nouvelle raciale dont les principaux vecteurs de violence seraient les noirs. On peut s'indigner, on peut demander à SOS Racisme d'intervenir parce que les noirs ne sont pas structurés en tant que communauté institutionnelle et politique, on peut demander aux avocats noirs absents de l'espace public dès qu'il s'agit des missions d'intérêt collectif visant à réhabilité l'image de leurs frères (il n'y a pas de doute, ils sont occupés à leurs propre business même quand ils n'ont pas d'affaire à traiter). Rien n'y fait, la République a un problème avec les noirs. Je ne reviens pas sur l'inadéquation entre polygamie et violence urbaine dans les banlieues, ce serait rendre service à Madame D'Encausse dans la stratégie de justification.

Allons plus loin.

Pourquoi l'invective vis à vis de la communauté africaine ? Une des raisons principales tient à son inexistence en tant que groupe de pression capable de réagir auprès des institutions pour demander réparations. L'autre raison tient au fait que malgré ses déclamations le noir reste noir, c'est à dire déconsidéré, victime, et contre lequel on joue pour s'attirer les faveurs des autres groupes raciaux que l'on considère beaucoup plus violents et plus vindicatifs. Dans les violences urbaines il n'y a pas de sur représentation des noirs comme Madame Carrère d' Encausse veut nous faire croire, il y a des individus qu'on appelle par laxisme intellectuel les jeunes qui cassent et qui brûlent, qui sont immigrés par leurs pères et français à la naissance. Ces jeunes refusent qu'on les considère comme leurs pères qui ont fait l'objet de politique d'immigration ségrégationniste voulue de la part des autorités françaises pour répondre aux besoins de la reconstruction et du développement de la France. Les polygames africains comme ce sont souvent des hommes qui épousent plusieurs femmes, Madame d'Encausse aurait pu parler de polygynie, c'est le moins que l'on puisse demander à une académicienne spécialiste des mots. En s'aventurant sur le terrain sociologique, Madame Carrère d'Encausse n'en connaît pas les subtilités analytiques. Le concept de polygamie est général et désigne l'union d'une personne avec plusieurs personnes. Le concept de polygynie, si elle l'avait appliqué, est plus précis et désigne l'union d'un homme avec plusieurs femmes.

C'est le cas des africains et en fonction de leurs traditions, de leurs coutumes, ils ne doivent pas en avoir honte car politiquement ces pratiques coutumières ont été acceptées par la République française de manière institutionnelle. Le décret du 29 avril 1976 a permis aux travailleurs immigrés de faire venir leur famille en France et jamais la France n'a posé le problème de la polygamie jusqu'en 1993 où les lois Pasqua limitent la possibilité à un homme d'avoir plusieurs femmes et fait de la polygynie (excusez-moi Madame d'Encausse j'utilise le mot juste) un délit. Là encore les choses ne sont pas très claires car si on refuse la polygynie, on admet qu'un homme africain puisse avoir plusieurs femmes qui ne vivent pas sous le même toit. Comme toujours la France ne sait pas prévoir même quand elle essaie de guérir des maux qu'elle a engendrés. Les travailleurs immigrés ont fait l'objet de politique volontaire d'entrée sur le territoire français au nom du développement industriel. Le regroupement familial et la polygamie sont aujourd'hui au banc des accusés, de qui se moque-t-on ? Il n'y a aucun lien entre polygamie et violence urbaine. Le dire c'est volontairement mettre de l'huile sur le feu, c'est désigner un bouc émissaire, et comme toujours la communauté noire est la référence car faible économiquement et institutionnellement elle est la pierre angulaire des maux que traverse la France et son incapacité à résoudre ses problèmes d'intégration de ses populations venues d'ailleurs. Le piège est en train de se refermer sur la République, elle s'est voulue assimilationniste ce qui est un projet honorable sans se donner toujours les moyens nécessaires en faisant de l'équité et de l'égalité des principes vrais. Malheureusement la dissimulation et le mensonge favorisent le retour du bâton pour la société entière qui ne demande pas ça : les violences urbaines comme mode de contestation de tous les discours et de toutes les pratiques discriminatoires. La République est encore debout mais vacillante, contribuons à la consolider grâce à la diversité de ses populations, n’en déplaise à Madame d’Encausse.

Lucien Pambou
Professeur de Sciences économiques et sociales
© Grioo

up  

VIOLENCES URBAINES. AUX SOURCES DE LA CRISE, REGARDS SUR NOS VOISINS EUROPÉENS

Les violences qui agitent les banlieues françaises suscitent beaucoup d'interrogations chez nos voisins européens. Et si ces événements étaient révélateurs d'une crise profonde, à l'échelle européenne? Les Euros du village se penchent sur la question, à travers l'analyse de la situation dans quatre autres pays. Premier tour d'horizon avec l'Allemagne. Suivront la Grande-Bretagne, l'Espagne et enfin la Belgique.
Un dossier préparé par Anne-Lise BARRIERE, Julien DIJOL, Mathieu COLLET et Guillaume GAVOTY


1. L’Allemagne : une intégration mieux réussie?

22/11/2005 - Alors que la presse allemande commentait la crise française et tentait d’analyser les causes de la situation dans nos banlieues, huit voitures ont brûlé le week-end dernier à Berlin et à Brême. Immédiatement, cet événement -somme toute marginal- a provoqué le débat dans la classe politique et les médias allemands: serait-ce là le signe d’une situation comparable à la France?

Pourrait-on assister à un déferlement de violence tel en Allemagne? Peut-on seulement transposer le concept de « banlieues » aux villes allemandes? Plusieurs voix se sont élevées: certaines, alarmistes, comme celle d’Heinz Buschkowsky, le maire de l’arrondissement de Berlin-Neu-Kölln, qui déclare que « si rien n’est fait pour les jeunes de milieux défavorisés, nous aurons Paris ici dans dix ans », d’autres, majoritaires, qui s’accordent à dire que ces événements restent isolés et que la situation en Allemagne est incomparable avec celle de la France. Comment l’Allemagne, pays de forte immigration depuis 50 ans, gère-t-elle l’intégration de nouvelles populations, et pourquoi, comme le disent la plupart des responsables locaux, ne connaît-elle pas de « ghettos à la française »?
 
L’Allemagne, comme la France, est un pays qui a connu des vagues d’immigration successives; à partir des années 60, le pays accueille majoritairement des populations turques. Depuis la chute du mur de Berlin, l’Allemagne doit non seulement faire face aux problèmes liés à l’intégration des Allemands de l’Est dans la nouvelle société réunifiée, mais aussi accueillir des immigrants originaires de la CEI et de Roumanie, les Spätaussiedler -populations qui ont une ascendance allemande-. De plus, alors que la France, en appliquant le droit du sol, avait le désir de créer une société très égalitaire, effaçant le concept de minorité, l’Allemagne est régie par le droit du sang -même si une réforme est engagée pour élargir ce concept de la nationalité. A priori, cet accès plus difficile à la nationalité aurait pu créer plus de ressentiment chez les enfants d’immigrés.
Or, en étudiant les situations dans les grandes villes d’Allemagne, on se rend vite compte que le concept de nos banlieues n’est pas transposable, et que, si l’Allemagne est aussi confrontée à des problèmes d’intégration, ceux-ci n’ont pas de commune mesure avec la violence connue en France.

Tout d’abord, l’Allemagne ne connaît pas l’urbanisme de nos banlieues françaises: il n’existe pas à Berlin ou à Francfort de ghettos qui ont la structure architecturale de « tours » françaises et qui concentrent une même population à plus de 90%. Bien sûr, il existe des quartiers comme Neu-Kölln à Berlin, où le taux de chômage est beaucoup plus élevé que la moyenne nationale, il existe des rues « turques », mais il n’existe pas de quartiers entiers livrés à une même population et qui glisseraient lentement vers une zone de non-droit. Les populations immigrées qui arrivent en Allemagne sont dispersées dans tout le pays et dans des quartiers très différents, ainsi, de petites villes universitaires tranquilles et cossues comme Freiburg ou Heidelberg doivent aussi accueillir et intégrer une part de ces populations. La mixité sociale est beaucoup mieux gérée. Günter Piening, responsable de l’intégration à Berlin fait le diagnostic suivant: « Une étincelle peut partir, mais nous n’aurons pas ce qui se passe à Paris: cette expression de désespoir profond et d’exclusion vécue quotidiennement, nous ne la connaissons pas ici. » La décentralisation allemande permet aussi de donner beaucoup plus de moyens aux niveaux régional et local et d’être plus près des problèmes pour pouvoir agir.

La deuxième grande différence avec la France réside dans le système scolaire et l’entrée des populations jeunes sur le marché du travail. Le système allemand fait la part belle aux formations technologiques et à l’apprentissage à côté de l’enseignement général. De plus, les écoles situées dans les quartiers défavorisés font beaucoup pour intégrer tout le monde: à Hambourg, par exemple, elles accueillent les élèves toute la journée et les après-midi sont consacrés à aider ceux qui ont le plus de difficultés et à initier les autres à la musique, l’art, la lecture…Enfin, le marché de l’emploi allemand, de façon générale est plus ouvert aux jeunes -diplômés ou pas-, le chômage est mieux réparti sur toutes les classes d’âges qu’en France.

Le maire de l’arrondissement Neu-Kölln met un bémol à cette analyse et prédit une dégradation de la situation si rien n’est fait pour résoudre le problème du chômage, deux fois plus élevé chez les immigrés que chez les populations allemandes mais il est d’accord pour dire que la situation dans son quartier n’est pas explosive. Et Daniel Cohn-Bendit renchérit: « Kreuzberg [quartier difficile de Berlin] est une île de tranquillité sereine comparée à ce qui existe en France ».

En examinant l’exemple allemand, c’est moins l’intégration des populations turques des grandes villes qui pose problème que l’insertion dans la société allemande réunifiée des populations des petits villages de l’ex-RDA, où le chômage est ravageur, la perte de repères dangereuse, et qui doivent en plus intégrer des immigrants russes. C’est plutôt là que l’on trouve des situations désespérées, des bandes de jeunes désoeuvrés et sans avenir et qui parfois ont pour environnement les « Plattenbauten », vieilles barres d’immeubles héritées de l’époque communiste.

2. La Grande-Bretagne : un modèle différent, davantage de tensions interethniques

En Grande Bretagne, les émeutes qui ont éclaté on également reçu un large écho : celles-ci y sont décrites dans le quotidien conservateur The Times comme la « plus grande explosion de violence urbaine en France depuis la fin des années 1960 ».
 
Les journaux britanniques expliquent l’explosion de violence qui a eu lieu dans nos banlieues par deux acteurs : le premier facteur est économique. On y rappelle les taux de chômage plus de trois fois supérieurs à la moyenne nationale française qui sévissent dans ces quartiers, et l’impossibilité pour ces jeunes d’obtenir un emploi en raison de la mauvaise situation économique qui sévit en France.
Mais la critique se fait beaucoup plus acerbe lorsqu’il s’agit d’évoquer les facteurs sociaux qui pourraient avoir alimenté la colère dans ces quartiers. Le Times fustige le « modèle social français » qui selon un journaliste ne prendrait pas suffisamment en compte la dimension ethnique de la population française d’aujourd’hui : ce « modèle social français » y est même taxé de « colour blind ». On y critique par exemple le manque de représentants des minorités à l’intérieur des différents corps de l’Etat, notamment la police, perçue dans ces quartiers comme un corps étranger répressif.

Dans le courrier des lecteurs de ce même journal, on peut également lire de nombreux commentaires fustigeant « l’absence de réseau de contacts réguliers et d’interaction entre religions », alors que ce type de structure de dialogue social interethnique a été mis en place il y a bien longtemps par l’Etat au Royaume Uni. Ironiquement, on n’hésite pas à moquer ces français qui avaient été si prompts à critiquer le modèle britannique de société, notamment au cours des années 1970 : ces arrogants Français auraient bien « besoin d’une leçon de la part d’une nation de petits commerçants (« shopkeepers ») sur la manière de régler les problèmes d’émeutes urbaines ».

Pourtant, par certains aspects, les situations françaises et britannique présentent certains caractères communs : le Royaume Uni, ancienne puissance coloniale, a également accueilli de nombreuses communautés issues de ses anciens dominions : citons par exemple les communautés pakistanaise, indienne, africaine ou encore originaires des Caraïbes. Ce pays a été le premier pays européen à subir sur son sol des émeutes raciales en 1958, dans le quartier londonien de Notting Hill, où une forte communauté noire originaire des Caraïbes vivait.

Au cours des années 1960, le Royaume Uni a également mis en œuvre un grand programme de villes nouvelles pour accueillir ces nouveaux immigrants et construit des habitats collectifs semblables aux cités françaises.

Cependant, et c’est là que l’on peut voir un première différence avec la France, la politique de la ville a dès les années 1970 mis fin à ce type de programmes et a remis en œuvre des programmes de construction de logements individuels et de pavillons dans la plus pure tradition britannique. Il existe donc aujourd’hui un nombre beaucoup plus restreint de « cités » qu’en France, et les minorités ethniques à faible revenu ne sont pas mises à l’écart des centre villes comme elles peuvent l’être en France. A l’intérieur d’un même quartier et même d’une rue on peut voir cohabiter des personnes issues de catégories sociales très différentes. Ici, la ségrégation sociale ne s’est pas matérialisée dans une autre ségrégation de type spatial.

Les émeutes raciales de 1981, qui ont eu lieu à Brixton, étaient un phénomène de centre ville (« Inner cities »). A ce sujet, les journalistes du Guardian font un parallèle entre la situation française actuelle et la situation en Grande Bretagne au début des années 1980. Les émeutes de Brixton ont en effet provoqué chez les politiques britanniques un prise de conscience sur l’urgence qu’il y avait à intégrer les minorités dans le circuit économique afin d’éviter ce type d’éruption de violence : les années 1980 virent le développement, sur le modèle américain, de l’ « affirmative action », aussi bien dans les Administrations publiques que dans les grandes entreprises. Les émeutes de 1981 sont les dernières grandes émeutes de type racial dans lesquelles l’Etat comme représentant d’une population considérée comme dominante était visé directement par une minorité ethnique.

Le modèle britannique d’intégration, qui selon Trevor Phillips, président de la Commission pour l’égalité raciale au Royaume Uni, se caractérise par la volonté de « laisser aux nouveaux venus un espace et une souplesse pour leur permette d’adapter leur identité historique au mode de vie du royaume », par rapport à un modèle français dans lequel « intégration et assimilation se confondent ».

Si le modèle britannique a pris en compte la dimension interethnique de sa population, il est également critiqué pour son incapacité à imposer à ses citoyens des valeurs communes. En outre, les nombreuses émeutes interraciales qui ont eu lieu au cours des dernières années dans le Nord industriel (Oldham, Birmingham, Liverpool) ou près de Londres (Bradford) montrent que les tensions sont extrêmement vives entre communautés pakistanaise, noire et européenne par exemple. On peut par exemple se demander si ces émeutes ne seraient pas un effet pervers lié à la volonté étatique de distinguer les membres de chaque communauté ethnique afin de n’en léser aucune dans l’attribution de subventions ou de postes administratifs. Une trop forte ethnicisation des solution proposées ne risquerait elle pas finalement d’aboutir à un renforcement des replis communautaires, à l’opposé des objectifs poursuivis par l’affirmative action ?

3. L’Espagne : entre nouvelle terre d’immigration et nouveau leurre d’intégration

Y a –t- il un problème des banlieues en Espagne ? Le modèle d’insertion sociale des immigrés y est-il marqué par l’indifférence ou au contraire par le volontarisme des pouvoirs publics ?

Alors que l’Espagne, qui connaît des succès dans de nombreux domaines (vitalité économique et démocratique), est confrontée à des problèmes anciens et d’autres plus nouveaux (terrorisme de l’ETA, tensions entre catholiques et laïcs, attentats islamistes, forte immigration), les révoltes dans les banlieues françaises sont perçues avec grande attention et une certaine crainte de l’autre côté des Pyrénées.

Pas encore un problème ?

A la question « croyez-vous que des évènements similaires aux révoltes urbaines qui ont lieu en ce moment France pourraient arriver en Espagne ? », parmi les personnes interrogées par le quotidien El Mundo le 10 novembre 2005, 62% répondent positivement. Les Espagnols se sentent concernés, tout d’abord parce qu’ils se posent eux aussi la question globale de la possibilité de maintenir une cohésion sociale en ces temps de mondialisation.

Ainsi l’article de Josep Ramoneda, paru dans El Pais du 7 novembre, cherche à analyser les comportements des jeunes des banlieues et leur motivation en évoquant le passage de l’Etat social à l’Etat pénal, résultat inévitable et brutal des processus de globalisation qui conduit à une perte de repères et une précarité socio-économique. Cette transformation de l’action de l’Etat menace selon lui l’Espagne comme tout les pays de l’UE. Les inquiétudes en Espagne se font jour du fait également de la vague d’immigration sans précédent qu’elle connaît : elle est désormais le nº1 européen de l'immigration, absorbant depuis 2003 plus de 500.000 nouveaux immigrés par an, la plupart Marocains et Latino-Américains.
Et si l'Espagne jouit actuellement des bonnes performances de son économie, facilitant ainsi l’accueil de ces étrangers, les drames de migrants subsahariens morts sur les barbelés de Ceuta et Melilla (enclaves espagnoles sur la côté nord du Maroc), déportés dans le désert du Sahara par les autorités marocaines ou noyés dans l'Atlantique et la Méditerranée sont un avertissement sérieux. Cette vague d’immigration et la croissance démographique qu’elle entraîne accroissent les exigences en terme d’insertion sociale et spatiale des immigrés mais aussi des couches populaires.

De nouveaux flux migratoires et des zones grises.

Tout d’abord concernant l’immigration, il faut signaler une différence majeure avec la France : alors qu’en France ce sont -pour une grande partie- des personnes issues de la deuxième ou troisième générations d’immigrés nord-africains qui semblent revendiquer brutalement une existence à part entière dans la société, l’immigration nord-africaine et notamment marocaine en Espagne est beaucoup plus récente. Par conséquent, la situation espagnole ne serait pas encore trop détériorée et du temps pour l’action dans la durée serait permis. A ceci deux commentaires peuvent être faits : tout d’abord, les émeutes xénophobes en Andalousie en 2000 contre les travailleurs clandestins immigrés venus d’Afrique du Nord nous rappellent que le problème du racisme est déjà présent en Espagne, tout particulièrement dans les zones rurales du sud du pays. Même si les réponses des autorités publiques et des associations ont permis de sortir cette situation de grandes tensions, les attentats du 11 mars 2004 à Madrid ont ravivé les comportements et actes anti-maghrébins.

Deuxièmement l’incompréhension culturelles et les inégalités sociales et économiques, facteurs parmi d’autres de la révolte des banlieues françaises, marquent aussi les rapports entre les immigrés d’Espagne (essentiellement ceux Afrique du Nord) et le reste de la population.

Concernant la répartition géographique des immigrés, il faut noter qu’ils ne sont pas systématiquement repoussés à la périphérie des villes. Au contraire, à Madrid par exemple ils logent dans des appartements petits, insalubres et chers du centre. Dans la périphérie on trouve des banlieues dans lesquelles les immigrés ont pu trouver un emploi mais aussi des zones où la délinquance juvénile se développe fortement (notamment à cause des bandes de jeunes d’origine sud-américaine). Cette situation hétérogène est rendue plus délicate à gérer à cause de la forte croissance démographique que connaissent les grandes métropoles espagnoles.

Les réponses du gouvernement socialiste de M. José Luis Rodriguez Zapatero ont été multiples. Alors que l'Institut national espagnol de statistique (INE) estime que sur les 3 700 000 d´étrangers -essentiellement Maghrébins (Marocains), Latino-Américains (Equatoriens), et d'Europe de l'Est (Roumains)- qui représentent 8,4% de la population résidant en Espagne, plus d'un million sont clandestins, une procédure sans précédent de régularisation de 700.000 immigrés sans papier a été lancée entre février et avril 2005. Même si de nombreux observateurs affirment que cette mesure est plus économique qu’humanitaire, elle a eu vraisemblablement des effets d’apaisement puisque par exemple l’exploitation du travail des clandestins –qui avait entre autres conduit aux émeutes d’Andalousie- est considérablement réduite.

Concernant la répartition géographique des immigrés, un effort de construction de logements sociaux a été fait, alors que les secteurs de logements sociaux minimaux et des secteurs privés de loyers de basse qualité ont régressé ces dernières années et les dépenses des gouvernements en politique du logement représentent moins d'un pour cent du PNB. Le gouvernement entend en effet mener une politique d’aménagement urbain et de construction de logement qui contribue à faciliter l’intégration des étrangers et à améliorer la qualité du cadre de vie de ceux qui résident en périphéries des grandes villes. Enfin, un Forum pour l’Intégration Sociale des Immigrés a été créé en 2001 et a pour fonction de formuler des propositions et des recommandations tendant à promouvoir l’intégration des immigrés et des réfugiés dans la société espagnole.

A côté de cette mesure de politique intérieure, le Président du Gouvernement espagnol a lancé une initiative internationale de grande envergure destinée à renforcer les liens entre l’Occident et le monde arabo-musulman. Cette « Alliance des Civilisations » (Alianza de Civilizaciones) proposée par M. Zapatero a pour but de travailler à des réponses politiques, culturelles et éducatives à la méfiance croissante qui s’instaure entre ces deux aires politico culturelles. Là aussi cette initiative a fait l’objet de critiques selon lesquelles on ne peut combattre la violence et le terrorisme avec des mesures éducatives et économiques puisque les terroristes sont des personnes très éduquées et provenant de pays arabes riches. Pourtant elle montre combien l’Espagne entend prendre ses responsabilités et trouver une alternative à la politique menée par les Etats-Unis d’Amérique.

L’Espagne possède également des instruments structurants de sa politique extérieure à l’égard des pays d’origine des immigrés : elle reste en effet un élément moteur du partenariat euro- méditerranéen née du processus de Barcelone (voir notre policy paper à ce sujet).

Espagne, terre de conflits

On affirme désormais assez souvent qu’une des raisons de l’embrasement des banlieues en France réside dans l’absence de correspondance, voire la contradiction entre la devise de la République –liberté, égalité, fraternité- qui énonce les principes du modèle de vivre ensemble à la française et la réalité de ce vivre ensemble (voir notre article dans ce dossier). Qu’en est-il en Espagne ?

L’Espagne est bien évidemment depuis 1978 un Etat démocratique qui défend les droits et libertés fondamentaux de tous ses résidants, mais elle n’a pas été –jusqu’une époque très récente- un pays d’immigration. Le problème de l’intégration ne se posait donc pas, sauf en termes purement juridiques. Aujourd’hui alors que la situation évolue, les immigrés venant en Espagne n’ont pas comme référentiel la prétention d’une devise républicaine et d’un modèle unificateur. L’Espagne expérimente constamment le conflit depuis le retour de la démocratie : conflit entre l’Etat espagnol et les communautés autonomes sur leurs compétences respectives et la reconnaissance des langues et des cultures régionales, conflit entre l’Eglise catholique –qui prétend maintenir son influence sur la société- et les gouvernements socialistes successifs – qui souhaite une société et notamment une éducation plus laïques-, ainsi que des décennies de conflit armé entre les séparatistes basques de l’ETA et les autorités publiques.

Dans ce contexte, l’intégration des immigrés dans la société espagnole a pendant longtemps fait l’objet d’une indifférence des autorités publiques. Cette indifférence a signifié autant une possibilité pour les immigrés de garder leur identité culturelle tout en s’insérant économiquement qu’une négligence de la part des pouvoirs publics.

Aujourd’hui les élus locaux et nationaux sont appelés à agir rapidement et de manière cohérente pour éviter que des poches de marginalité ne se créent dans les villes du pays et qu’un nouveau clivage dans la société espagnole n’apparaisse.

4. La Belgique: pas d'effet ghetto?

On a craint une contagion des violences urbaines en Belgique, mais outre quelques incidents, rien de tel. Ce pays si proche de la France par la géographie et les influences culturelles a-t-il échappé de justesse au même type de réactions ou a-t-il su traiter les problèmes à la source ?

Jeudi 10 novembre, la Belgique découvrait en première page d’un quotidien national la reproduction d’un appel publié sur internet en vue d’un rassemblement le samedi, dans le centre de Bruxelles « pour casser et tout faire flamber, comme en France ». Ce traitement quelque peu sensationnaliste de l’actualité, qui a ému de nombreux responsables politiques belges, n’offrait pas, loin de là, une illustration pertinente des rares violences urbaines qui ont touché ce pays de 11 millions d’habitants depuis le début des émeutes en France. Pour l’instant, les dégâts constatés, certes non négligeables, demeurent isolés et on est loin d’une flambée de violence. Tout au plus quelques actes qui tiennent du mimétisme.

En tout, c’est une dizaine de voitures qui ont été incendiées à Bruxelles, plusieurs actes de dégradations dans certaines localités comme Liège où un car scolaire a été incendié. Rien de comparable avec l’embrasement et le déchaînement de violences qu’aura connu la France. On aura même pu entendre ou lire sur deux ou trois murs d’immeubles à Bruxelles des slogans anti-Sarkozy qui n’ont absolument rien à voir avec la situation locale.

« Cités dortoirs » contre « cités jardins »

La Belgique est un pays qui s’intéresse beaucoup à la France, et qui sait tout aussi bien s’inspirer de ses réussites que tirer d’intelligentes leçons de ses échecs, d’autant que ceux-ci apparaissent comme nombreux. En particulier en Wallonie, dans la partie francophone du pays, le débat politique est de temps à autre influencé par les grandes questions soulevées en France : le cas du foulard à l’école est ainsi apparu sur l’agenda des responsables politiques belges de ces derniers mois et a fait l’objet d’un large débat. Il y a, à l’égard de la France, un sentiment ambigu, un mélange de proximité et de recul, d’empathie et d’incompréhension, de bienveillance et d'appréhension. Aussi lorsqu’il s’agit d’évoquer les violences dans les banlieues françaises, le regard est à la fois critique, plutôt lucide, et emprunt d’une certaine inquiétude, s’interrogeant sur les failles possibles de son propre modèle. Mais rares sont, à l’exception de quelques voix marginales, les discours prédisant de telles révoltes en Belgique : la prudence et la mesure sont de mise. A juste titre semble-t-il. En effet, les facteurs urbanisme inhumain, confinement de populations d’origine étrangère dans des banlieues coupées du reste de la société, chômage de masse et mauvaise utilisation de l’aide sociale ne trouvent pas de points de conjonction tels que l’on peut en retrouver en France dans les « cités ».

Ce dernier terme évoquerait d’ailleurs plutôt les « cités-jardins » dont le pays aurait certainement de quoi s’enorgueillir. Les années 60 n’ont pas vu, comme en France, pousser de grands ensembles urbains de barres modernistes issues des théories fonctionnalistes. Alors que la France entreprenait des travaux pharaoniques pour reconstruire de l’habitat suite aux destructions de la guerre, ou aux flux massifs de migrants tel que le million de pieds-noirs débarquant d’Algérie en 1962, la Belgique poursuivait à un rythme moins soutenu l’extension de ses cités-jardins et peuplait ses cités ouvrières. Le recours à la petite propriété terrienne, très développé, ainsi que le recours massif aux bailleurs privés pour combler la demande explique également pourquoi, alors que l’Etat français assumait presque seul la question du logement - le privé étant de fait écarté avec le blocage des loyers – l’urbanisme n’a pas suivi la même voie. Il est ainsi aujourd’hui flagrant de constater que les moyennes et grandes villes belges ne sont pas ceinturées de grands ensembles sans âme mais plutôt de maisons bien entretenues où le calme règne et y est recherché. Le centre des villes n’est à l’opposé pas réservé aux populations bourgeoises et revêt bien souvent une dimension « populaire ». Les Français sont ainsi généralement surpris lorsqu’ils arrivent à Bruxelles de constater que le centre est relativement peu mis en valeur et ne s’apparente pas vraiment à l’image du centre « historique » qui recouvrerait les fonctions de ville-musée et de centre commercial à laquelle ils sont habitués. C’est même dans les centres que l’on retrouve les populations les plus pauvres et la plus forte proportion d’immigrés et de personnes d’origine étrangère.

La France est du sud, la Belgique du nord

Cela ne signifie pourtant pas que la Belgique n’a pas succombé ça et là à la mode des tours et barres d’immeubles dans les années 60 et 70. Mais celles-ci ont été construites dans les villes et non à leur périphérie, et leurs habitants n’en sont par conséquent pas tenus à l’écart ; ils sont physiquement intégrés à la diversité urbaine.

Comme le souligne Christian Lasserre, consultant en immobilier belge (dans la Libre Belgique du 11 novembre 2005), les Français sont du sud, et les Belges du nord, différence intéressante qui peut notamment aider à comprendre pourquoi les situations des deux pays vis à vis de l’intégration des populations d’origine étrangère, des politiques sociales, de logement sont d’inspiration différente. Libre de toute référence à de lourds principes nationaux tels que ceux du modèle républicain, la Belgique est bien plus marquée par le pragmatisme que la France, et ne tend pas à s’arc-bouter sur des principes érigés en idéaux collectifs (laïcité, égalité, refus catégorique de la discrimination positive, méritocratie...). En tant que pays du nord, la Belgique attache beaucoup d’importance à l’univers familial et à sa responsabilisation, qui passe notamment par la propriété, la France étant plus ancrée dans une tradition où le collectif prime. En outre, l’esprit de consensus, le soucis de la paix sociale, s’ils impliquent des complications très problématiques au niveau fédéral entre Flamands et francophones, dont les relations sont très tendues, sont généralement une marque de la vie politique belge.

Ces différences culturelles et politiques ne sauraient pour autant tout expliquer ou laisser croire que la Belgique n’a pas aussi ses propres problèmes en lien aux questions d’intégration et de discrimination. Mais il importe, en la matière, de faire une distinction profonde entre les deux Belgique, la flamande d’un côté, la francophone de l’autre. Voire les trois Belgique, si l’on considère le cas de la région de Bruxelles à part.

En Flandre, le danger de la surenchère communautariste

C’est certainement en Flandre que l’on peut retrouver les manifestations les plus visibles de tensions sociales ayant pour terreau les différences d’origines. La montée irrésistible et continue du parti xénophobe Vlaams Belang (ex Vlaams Blok), en particulier dans la région d’Anvers, est un symptôme inquiétant des ressentiments que peut exprimer une partie de la population flamande à l’égard des immigrés et de leurs descendants. Ce parti, qui, à côté de la rupture avec la partie wallonne de la Belgique, francophone et économiquement défavorisée, a fait du « grand nettoyage » un de ses chevaux de bataille, a recueilli 24 % des voix lors des élections du Parlement flamand du 13 juin 2004 et ne cesse d’inquiéter l’équilibre politique – fragile - du pays. Surtout, le discours caricatural de ce mouvement, deuxième force politique de la Flandre, a eu tendance à attiser une certaine surenchère communautariste accompagnée de relents racistes. C’est ainsi qu’un groupuscule né en 2000, la ligue arabe européenne (LAE), dont le discours, radical sous couvert d’anti-racisme, est axé sur la reconnaissance de droits spécifiques aux population arabo-musulmanes (elle revendique l’arabe comme quatrième langue officielle de Belgique par exemple et pratique un certain prosélytisme religieux), se retrouve régulièrement accusée de nourrir un climat de tension. La LAE avait d’ailleurs été accusée d’avoir provoqué des émeutes raciales à Anvers en 2002 en réaction au meurtre d'un enseignant marocain par un malade mental dans la banlieue d'Anvers. La même année, la création d’une milice prétendument anti-raciste de surveillance de la police par cette même organisation avait lancé une autre polémique. De son côté, la police n’est d’ailleurs pas non plus exempte de reproches quant à la proximité de certains de ses agents avec le Vlaams Belang et son attitude parfois discriminatoire voire violente envers certains types de faciès.

Les incidents français ont d’ailleurs été l’occasion pour la LAE, présente également aux Pays-Bas et en voie de constituer des antennes en France, Allemagne et Grande-Bretagne, d’avertir, via son site internet, qu’en Belgique « un incident pourrait mettre le feu », dont les « les conséquences seront incommensurables ». Ce type de récupération et de menaces voilées ne représente très certainement que des cas isolés, mais inquiète des autorités qui tentent tant bien que mal de contenir le phénomène de repli communautariste en encourageant par exemple la représentation citoyenne et politique des minorités ethniques ou religieuses. La Flandre a ainsi fait ce choix au début des années 90, un peu à l’instar des Pays-Bas, où l’intégration passe par une reconnaissance du phénomène communautaire. Un décret de 1995 sur les minorités ethnoculturelles finance ainsi ouvertement l’auto-organisation des associations issues de l’immigration, offre des subsides publics pour l’apprentissage et la transmission de la langue et de la culture d’origine. La Flandre s’est ainsi dotée d’un « forum des minorités » qui regroupe 16 associations, représentant au total 700 organisations de réfugiés, d'immigrés et de gens du voyage, interlocuteur privilégié des pouvoirs publics.

Des initiatives exemplaires ?

La Communauté française de Belgique, autre entité fédérée, a elle fait le choix d’une conception « républicaine » de l’intégration qui tend à nier les spécificités culturelles d’origine des immigrés et de leurs descendants par, entre autres, un consensus sur l’apprentissage nécessaire de la langue française et le refus de promouvoir la langue et la culture d’origine dans le cadre de politiques publiques. Aussi le cas de la Communauté française est-il davantage comparable au cas français en termes de politiques d’intégration et de lutte contre l’exclusion, n’adoptant pas dans les faits d’approche différenciée, bien qu’en 1996 un décret ait formellement autorisé le recours à certaines formes de discrimination positive. Comme en France, l’idée selon laquelle la discrimination ne se pose pas par principe a longtemps prévalu, et c’est davantage par le biais des politiques sociales que la question de l’intégration et de la lutte contre les discriminations a longtemps été menée, dans une région (la Wallonie), qui comprend de nombreuses zones affectées par un chômage de grande ampleur.

Mais la Région qui comporte proportionnellement le plus d’étrangers, Bruxelles-Capitale – qui recouvre plus ou moins la ville de Bruxelles et son agglomération -, ne dispose paradoxalement d’aucune politique cohérente, d’aucun dispositif législatif en la matière. C’est principalement le réseau associatif, très dense, qui joue le rôle le plus important dans ce domaine.

Au niveau fédéral, la Belgique dispose cependant de structures exemplaires en matière de lutte contre les discriminations, en particulier un organisme indépendant de lutte contre les discriminations raciales : le Centre pour l’égalité des chances. Soutien juridique, appui psychologique, études et formation, médiation, actions en justice, cette structure n’hésite pas, notamment, à poursuivre les pouvoirs publics lorsqu’ils sont impliqués dans des affaires de discrimination raciale. Les plaintes y sont de plus en plus fréquentes, tant dans le domaine de la discrimination à l’embauche, de la vie sociale que des pratiques racistes des forces de l’ordre. Tout comme la police de proximité il s’agit là d’une initiative dont les pouvoirs publics français peuvent s’inspirer.

La Belgique, centre important d'immigration, ne connaît donc pas d'effet « ghetto » d’une ampleur aussi criante qu’en France. L'intégration des personnes d'origine étrangère y est moins problématique, et – surtout ? – l’urbanisme inhumain des cités françaises n’y a aucun équivalent. Certes, la Belgique n’échappe pas au phénomène des discriminations raciales, à tous les niveaux. Mais ce pays où le ministre de la culture est une femme d’origine marocaine, devrait probablement inspirer davantage.
© Les Euros du village

up  

QUI A DIT... ? (France)

23/11/2005 - La révolte des banlieues a suscité beaucoup de commentaires. Dont ceux-ci :

« En France, on voudrait bien réduire les émeutes à leur niveau social. Voir en elles une révolte de jeunes de banlieues contre leur situation, la discrimination dont ils souffrent et contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s’identifient à l’islam. Il y a en effet en France d’autres immigrants en situation difficile, chinois, vietnamiens, portugais, et ils ne participent pas aux émeutes. Il est donc clair qu’il s’agit d’une révolte à caractère ethnico-religieux. »

(…)

« On nous dit que l’équipe de France est adorée par tous parce qu’elle est “black blanc beur”, en fait aujourd’hui elle est “black black black”, ce qui fait ricaner toute l’Europe. Si on fait une telle remarque en France, on va en prison, mais c’est quand même intéressant que l’équipe de France de football soit composée presque uniquement de joueurs noirs. »

(…)

« Il y a aussi les paroles des chansons de rap, des paroles très préoccuppantes, de véritables appels à la révolte, je crois qu’il y en a un, il s’appelle docteur R., qui chante “Je pisse sur la France je pisse sur de Gaulle”, etc. Ce sont des déclarations très violentes de haine de la France. Toute cette haine et cette violence s’expriment maintenant dans les émeutes. Y voir une réponse au racisme français, c’est être aveugle à une haine plus large : la haine de l’Occident qui est responsable de tous les crimes. »

(…)

« Moi, je n’ai pas parlé d’Intifada des banlieues, et je ne pense pas qu’il faille utiliser ce terme. J’ai pourtant découvert qu’eux aussi envoyaient en première ligne de la lutte les plus jeunes, et vous en Israël vous connaissez ça : on envoie devant les plus jeunes parce qu’on ne peut pas les mettre en prison lorsqu’ils sont arrêtés. Quoi qu’il en soit, ici, il n’y a pas d’attentats et on se trouve à une autre étape : je pense qu’il s’agit de l’étape du pogrom anti-républicain. Il y a des gens en France qui haïssent la France comme République. »

(…)

« On change l’enseignement de l’histoire coloniale et de l’histoire de l’esclavage dans les écoles. On y enseigne aujourd’hui l’histoire coloniale comme une histoire uniquement négative. On n’enseigne plus que le projet colonial voulait aussi éduquer, apporter la civilisation aux sauvages. On ne parle que des tentatives d’exploitation, de domination et de pillage. Mais en fait qu’est-ce que veut Dieudonné ? Il exige une Shoah et pour les Arabes et pour les Noirs. Mais, si l’on met la Shoah et l’esclavage sur le même plan, alors on est obligé de mentir, car ce n’était pas une Shoah. Et ce n’était pas un crime contre l’humanité parce que ce n’était pas seulement un crime. C’était quelque chose d’ambivalent. »

(…)

« On les a traités comme des révoltés, comme des révolutionnaires. C’est la pire des choses qui pouvaient arriver à mon pays et je suis très malheureux. Pourquoi ? Parce que le seul moyen de surmonter c’est de les obliger à avoir honte. La honte, c’est le début de la morale. Mais au lieu de les pousser à avoir honte, on leur a donné une légitimité : ils sont “intéressants”. Ils sont “les damnés de la terre”. Imaginez un instant qu’ils soient blancs comme à Rostock en Allemagne ; on dirait immédiatement : le fascisme ne passera pas. Un Arabe qui incendie une école, c’est une révolte ; un Blanc, c’est du fascisme. Je suis daltonien : le mal est le mal, peu importe sa couleur. »

(…)

« Moi, on m’a envoyé à l’école pour apprendre. La culture et l’éducation ont une justification en elles-mêmes. Tu vas à l’école pour apprendre, c’est ça, le but de l’école. Et ces gens qui détruisent des écoles, que disent-ils en fait ? Leur message n’est pas un appel à l’aide ou une exigence de plus d’écoles ou de meilleures écoles, c’est la volonté de liquider les intermédiaires entre eux et les objets de leurs désirs. Et quels sont les objets de leurs désirs ? C’est simple : l’argent, les marques et parfois des filles. »

(…)

« Imaginez que vous gérez (…) un restaurant, que vous êtes antiracistes, vous pensez que tous les hommes sont égaux, et en plus, vous êtes juifs, c’est-à-dire que pour vous, parler d’inégalité entre les race pose problème, et imaginez qu’un jeune des banlieues vienne demander un emploi de serveur, il a l’accent des banlieues, vous ne l’engagerez pas, c’est très simple. Vous ne l’engagerez pas parce que c’est impossible. Il doit vous représenter, et ceci exige de la discipline, de la politesse et une manière de parler. »

(…)

« Je pense que l’idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L’antiracisme sera au vingt et unième siècle ce qu’a été le communisme au vingtième. »

(…)

« Mais s’ils ont une carte d’identité française, ils sont français et, s’ils n’en ont pas, ils ont le droit de s’en aller. Ils disent : “Je ne suis pas français, je vis en France, et en plus ma situation économique est difficile.” Personne ne les retient de force ici, et c’est précisément là que se trouve le début du mensonge. Parce que s’ils étaient victimes de l’exclusion et de la pauvreté, ils iraient ailleurs. Mais ils savent très bien que partout ailleurs, et en particulier dans les pays d’où ils viennent, leur situation serait encore plus difficile pour tout ce qui concerne leurs droits et leurs chances. »

(…)

De qui sont ces propos ? De Jean-Marie Le Pen ? De Bruno Mégret ? Non : d’Alain Finkielkraut, dans un entretien au quotidien israélien Haaretz publié le 18 novembre 2005. Et les journalistes qui ont réalisé l’interview jugent utile de préciser que ces déclarations « n’émanent pourtant pas d’un membre du Front national, mais de la bouche d’un philosophe qu’on considérait autrefois comme l’un des porte-parole de la gauche française, et l’un des philosophes qui ont mûri dans la révolte des étudiants de mai 68 »…
© Le Monde Diplomatique

up  

‘DÉTROMPONS-NOUS, LA FRANCE N’EST PAS À FEU ET À SANG’

By ELIAS LEVY, Reporter

23/11/2005 - Écrivain, auteur d’une dizaine de biographies encensées par la critique -Georges Simenon, Hergé -créateur de Tintin-, Gaston Gallimard, Albert Londres…-, historien, journaliste d’investigation, directeur, pendant vingt ans, de la rédaction du magazine littéraire Lire, Pierre Assouline est une figure marquante des scènes littéraire et intellectuelle françaises.

Il a aujourd’hui dans le journal Le Monde un blog littéraire très populaire, La République des Livres (passouline.blog.lemonde.fr).

Son dernier livre, Lutetia (Éditions Gallimard), un roman historique fascinant, était cette année parmi les livres finalistes en lice pour le prestigieux Prix littéraire Goncourt.

Pierre Assouline était de passage le week-end dernier à Montréal à l’invitation de l’Association des documentaristes et bibliothécaires du Québec.

Dialogue avec un Sépharade natif de Casablanca, qui se considère comme “un pur produit” du modèle d’intégration républicain français.

Canadian Jewish News: La France nous offre depuis quelques semaines un spectacle plutôt désolant.

Pierre Assouline: Contrairement à ce qu’affirment les médias nord-américains, détrompons-nous, la France n’est pas aujourd’hui à feu et à sang! La vague de violence qui a révulsé ces dernières semaines plusieurs villes françaises était inévitable. Mais, ce n’est pas le drame que certains s’escriment à dépeindre. La France n’est pas du tout en guerre. J’ai pu le constater, il y a quelques jours, lorsque je suis allé donner une conférence dans un quartier sensible. Il ne se passait rien.

C.J.N.: Pourtant, le couvre-feu a été décrété dans plusieurs villes françaises.

P. Assouline: Le gouvernement a donné aux préfets, ou aux maires, des villes la latitude de décréter un couvre-feu, s’ils estiment que c’est nécessaire. Je sais que le couvre-feu est une mesure exceptionnelle très mal perçue. Mais, est-ce que c’est normal que des gosses de 13 ou 14 ans soient toute la nuit dans la rue avec des cocktails molotov dans la poche? Dans quel monde vit-on? Est-ce que c’est normal que des enfants de 13, 14 ou 15 ans aient une hache, ou une machette, dans la poche lorsqu’ils vont à l’école? Non, ce n’est pas normal. C’est bien plus anormal que de décréter un couvre-feu pour assurer la sécurité des résidants d’un quartier.

L’éducation, c’est deux choses: l’école et la famille. L’école ils n’y vont plus parce que ça les embête. Quant à la famille, elle est en déliquescence. Il n’y a plus aucune aurorité parentale. On a entendu ces derniers jours des mères d’enfants maghrébins crier leur colère. “Ça suffit, rentrez chez vous et arrêtez cette violence. Vous êtes en train de tout casser”, se plaignaient-elles. Quand ces jeunes échaudés brûlent des autobus, ils empêchent leurs parents de circuler et d’aller au travail. Ce qui est une aberration absolue. Et les pères, où sont-ils?

C.J.N.: Cette flambée de violence ternira probablement davantage l’image de la France, déjà pas mal flétrie, à l’étranger, surtout en Amérique.

P. Assouline: Les Américains et les Anglo-Saxons détestent les Français. Ils ne savent même pas ce qu’est la République. Je vais souvent en Angleterre, ma femme est Anglaise. Il y a deux ans, des Anglais m’ont traité de fasciste parce que je défendais la laïcité républicaine française. On reprochait alors à la France d’avoir promulgué une loi pour interdire aux Musulmans de pratiquer leur religion. Je leur ai dit: “Mais vous êtes fous! Allez dans la rue, dans le métro, à Paris et dans les autres villes de France, vous verrez des Musulmanes portant le voile. Elles sont libres de porter ce qu’elles veulent. Cette loi interdit simplement le port de tout signe religieux dans l’administration, les écoles, les hôpitaux publics. C’est une loi sur la laïcité qui concerne toutes les religions, pas uniquement les Musulmans. Il ne s’agit pas d’empêcher les gens de pratiquer leur religion. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent chez eux. C’est ça la laïcité.”

Je me suis alors rendu compte que le mot “laïcité” n’existe pas en anglais. Comment voulez-vous qu’on ait un langage commun?

C.J.N.: Le modèle d’intégration républicain français n’est-il pas aujourd’hui obsolète et dysfonctionnel?

P. Assouline: Je suis un défenseur invétéré non seulement de l’esprit républicain, mais aussi du modèle républicain d’intégration. Je suis contre le communautarisme. Winston Churchill disait de la démocratie qu’elle est le pire des systèmes politiques, à l’exclusion de tous les autres. Je pense aussi que la politique française d’intégration est la pire politique qui existe en Europe, à l’exclusion de toutes les autres. Quand on se compare à l’Angleterre, à l’Allemagne, à l’Italie, à l’Espagne, à la Hollande… je pense que c’est la France qui est sur la bonne voie parce qu’elle est un pays républicain. Bien sûr, la machine d’intégration française est aujourd’hui grippée et connaît quelques dérapages. Il y aura une génération de sacrifiés. Mais c’est un modèle viable qui a fait largement ses preuves.

C.J.N: Donc, d’après vous, la crise qui ébranle ces jours-ci la France n’est qu’un épiphénomène passager?

P. Assouline: Les perspectives sont prometteuses parce que cette crise a favorisé une prise de conscience des pouvoirs publics, qui ont déjà annoncé qu’ils vont débloquer plus d’argent pour favoriser l’intégration sociale des jeunes vivant dans les banlieues chaudes.

La solution à ce grave problème passe par l’insertion sociale, donc par l’éducation. Les premiers pénalisés par le grabuge qu’il y a eu dans les banlieues sont les familles de ceux qui ont foutu le feu. Cette explosion de violence n’est pas une rébellion, ni une révolution. Il n’y a pas de chef, ni de mouvement et, surtout, il n’y a aucune revendication. On n’a vu aucun drapeau, ni des banderoles, ni des tracts prônant une ligne idéologique.

Tout va bientôt rentrer dans l’ordre. Les soirs où il ne se passe rien, c’est quand il y a un match de football de l’équipe de France à la télé. Équipe, dont je rappelle au passage, constituée à 80% de Noirs et d’Arabes, qui font la fierté de la France.

C.J.N.: Peut-on établir un parallèle entre la vague de violence qui vient d’embraser les banlieues et l’explosion d’actes antisémites que la France a connue ces dernières années?

P. Assouline: Non. Ce qui se passe aujourd’hui n’a rien à voir avec l’antisémitisme. Il y a quelques années, la recrudescence de l’antisémitisme était vraiment liée à l’Intifada et aux messages judéophobes martelés par des imams salafistes dans les banlieues. Depuis, l’Intifada s’est calmée et le Ministère de l’Intérieur français a tellement bien noyauté les mosquées qu’il n’y a pas un seul prêche qui ne soit analysé le jour même par le service des renseignements généraux. Quand un imam dérape, il est viré.

À la différence de beaucoup d’Arabo-Musulmans, les Juifs sont pleinement intégrés en France. De temps en temps, on peut leur dire qu’ils en font un peu trop. Mais il n’y a pas de problème en France avec les Juifs. Il est vrai que les Juifs français sont beaucoup plus religieux que dans le passé. Mais cela ne les empêche pas d’être Français. Le nœud fondamental c’est qu’il n’y a pas de contradiction entre le judaïsme et la République. Cette osmose fonctionne très bien depuis l’époque de Napoléon.

C.J.N.: Pourtant, depuis l’éclatement de la seconde Intifada palestinienne, il y a cinq ans, un profond malaise sévit au sein de la Communauté juive de France.

P. Assouline: Bien sûr, il y a eu un grave malaise. Comme tous les Juifs de France, moi aussi j’ai très mal vécu cette période morose, marquée par une recrudescence alarmante de l’antisémitisme. Mais pas au point de dire: “Il faut partir”. Le Sionisme de beaucoup de Juifs français les a poussés plus vers Miami que vers Tel-Aviv. Comme par hasard, le catastrophisme de ces Juifs consistait à émigrer soit à Miami, soit à acheter un appartement à Tel-Aviv, soit à s’installer à Londres ou à Bruxelles pour des raisons fiscales. Beaucoup d’entre eux sont revenus vivre en France.

Dans mon entourage, je connais des gens avec de très grosses fortunes qui se sont installés à Bruxelles en arguant qu’ils voulaient fuir cette France ignoble qui traite si mal les Juifs. Deux ans après, ils sont revenus à Paris en maugréant: “C’est encore pire en Belgique parce qu’il y a dans ce pays un racisme et un antisémitisme insupportables.”

En Belgique, il n’y a pas de République pour nous défendre.

C.J.N.: Ce regain d’antisémitisme n’est-il pas la cause principale qui a incité beaucoup de Juifs à quitter la France?

P. Assouline: Il y a toujours eu de l’antisémitisme en France et il y en aura toujours. Mais, la France ne détient pas le monopole de l’antisémitisme. Ce fléau sévit aussi dans le reste du monde, y compris au Canada, où on a aussi brûlé des écoles israélites et profané des cimetières juifs.

Aujourd’hui, l’antisémitisme est en régression en France. Il n’y a pratiquement plus d’actes antisémites, ou très peu. Il y a quelques jours, des tombes juives ont été profanées avec des croix gammées dans les Vosges. C’est affreux. Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que des cimetières catholiques sont aussi profanés tous les jours en France par des néonazis. Mais ça on ne le dit pas parce que ça n’intéresse personne.

C.J.N.: L’Affaire Dieudonné -humoriste noir français devenu célèbre pour ses incartades antisémites- n’est-elle pas symptomatique de la campagne de stigmatisation dont les Juifs français, surtout ceux qui défendent Israël, sont aujourd’hui la cible?

P. Assouline: La sinistre Affaire Dieudonné est un mouvement qu’il ne faut pas négliger car il n’est pas banal, ni marginal. Mais, les intellectuels n’appuient pas Dieudonné. Il n’y a pas de débat intellectuel sur cette Affaire. Tous les intellectuels, peu importe leurs obédiences idéologiques, ont été scandalisés par les dérapages antisémites grossiers de l’humoriste. Vouloir instrumentaliser, comme il le fait sans ambages, la souffrance des Noirs pour rendre les Juifs responsables de l’esclavage, c’est non seulement une erreur et une bêtise monumentales, c’est surtout un acte criminel.

Dieudonné reprend les thèses de Louis Farakhan, un prédicateur musulman antisémite aux États-Unis. C’est très dangereux. Monter les Noirs contre les Juifs, c’est quelque chose à laquelle personne n’y avait encore pensé en France. Il faut vraiment avoir l’esprit tordu comme Dieudonné, qui est un grand paranoïaque, pour exploiter un créneau aussi funeste.

Dieudonné a son théâtre et quelques milliers de fans. Mais je crois que les Français, notamment antillais et beaucoup d’autres d’origine africaine, sont désormais beaucoup trop républicains pour tomber dans son piège. Moins on parle de l’affaire Dieudonné, mieux ce sera. Si on ne l’invite plus aux émissions de Thierry Ardisson et de Marc Olivier Fogiel, Dieudonné sera oublié.

C.J.N.: L’Histoire et la Mémoire de la Shoah ne sont-elles pas banalisées en France?

P. Assouline: L’Histoire de la Shoah est enseignée dans les lycées de France. Des voyages d’étude à Auschwitz et dans d’autres camps de la mort nazis sont organisés pour les lycéens. Le problème c’est que des jeunes arabo-musulmans réagissent fort mal lorsqu’on leur enseigne la Shoah. Ces adolescents issus de l’immigration maghrébine, nés en France, sont des Français, mais ils n’ont pas du tout les mêmes valeurs que les autres Français.

Ainsi, ils n’hésitent pas à dire à une déportée venue témoigner de son expérience dans un lycée: “Cache-toi salope, on n’en a rien à foutre de toi! Tu aurais mieux fait de crever à Auschwitz.” C’est un témoignage que j’ai recueilli. Les Français ne sont pas éduqués comme ça.

Ceux qui fustigent aujourd’hui sans fard des survivants de la Shoah sont les mêmes qui ne voient pas où est le mal quand ils téléphonent en pleine nuit aux pompiers pour leur dire qu’une maison brûle dans une cité. Quand les pompiers arrivent sur les lieux, ils se retrouvent face à des jeunes courroucés qui leur envoient des caillous et des machines à laver du haut de la tour, au risque de les tuer. Ces jeunes n’ont pas du tout nos valeurs. Ils n’ont pas le sens du bien et du mal. Ce sont les mêmes qui brûlent des voitures, ou des écoles maternelles, et qui ne comprennent pas pourquoi ce n’est pas bien.

C.J.N.: Le monde sépharade vous passionne depuis longtemps. Vous lui avez même consacré un livre magnifique, “Le dernier des Camondo” (Éditions Gallimard), retraçant l’histoire tumultueuse d’une famille de la grande bourgeoisie sépharade originaire de Turquie. Comment voyez-vous l’avenir du Séphardisme?

P. Assouline: La riche Mémoire sépharade subsiste toujours. En France, le monde Sépharade est en pleine forme. Aujourd’hui, le judaïsme français est sépharade. Quand on voit un Ashkénaze, on le met vite au musée! Il n’y en a plus par la force des choses parce que beaucoup d’Ashkénazes sont morts dans les camps d’extermination. Par ailleurs, les Ashkénazes s’assimilent plus que les Sépharades par les mariages mixtes.

Ce qui a surtout changé en France, ça je peux en parler en connaissance de cause, c’est le paysage urbain. Il y a aujourd’hui dans plusieurs arrondissements de Paris qui ne sont pas juifs, comme le 16e et le 17e, un nombre hallucinant de synagogues, de boucheries et de restaurants casher. Dans ma rue, qui n’est pas du tout située dans un quartier juif, il y a trois synagogues.

La semaine dernière, à Londres, je voulais aller à un restaurant casher avec ma famille. Il n’y en a qu’un seul. Tous les autres restaurants casher sont dans la banlieue de Londres.

C.J.N.: Est-ce un signe de communautarisme?

P. Assouline: Ce n’est pas du communautarisme. C’est plutôt un retour aux traditions. Les synagogues en France sont pleines de jeunes. Ces derniers veulent renouer avec l’héritage culturel de leurs aïeux. C’est un choix délibéré. Personne ne les oblige.

C.J.N.: La réintégration sociale des rescapés des camps de la mort nazis et la Mémoire de la Shoah occupent une place importante dans votre dernier roman, “Lutetia”.

P. Assouline: Au point de départ, je voulais raconter la vie d’un grand hôtel parisien. J’ai choisi le Lutetia parce que c’est l’hôtel que je connais le mieux. Je voulais raconter la France de 1938 à 1945. Ce n’est pas un livre que sur les déportés qui furent hébérgés dans cet hôtel après leur libération des camps de la mort.

Sur le retour des déportés, il n’y avait pas grand-chose. J’ai donc retrouvé et interrogé des déportés. Pendant un an, chaque premier jeudi du mois, j’ai participé au dîner offert par la direction du Lutetia à une Association d’anciens déportés juifs, catholiques, communistes, francs-maçons… Seul point commun, outre la déportation, tous ont été hebergés au Lutetia à la fin de la guerre. Et là, j’ai rencontré des gens étonnants qui m’ont raconté des anecdotes extraordinaires, que je relate dans ce roman.
© Canadian Jewish News

up  

CRISE DES BANLIEUES : LA DÉFAITE DE LA RÉPUBLIQUE ? (France)

Par Blandine Kriegel, Philosophe, présidente du Haut Conseil à l'intégration.

23/11/2005 - La messe est dite : la crise des banlieues, «la France qui brûle», c'est, nous explique-t-on de tous côtés, la faillite du modèle républicain. Et pour paraphraser Gavroche en retournant sa conviction : «Si le flic est tombé par terre, c'est la faute à Voltaire», «La voiture qui brûle aux Mureaux, c'est la faute à Rousseau.» Une seule solution, la discrimination ! Une seule stratégie contre ce hic, la segmentation ethnique ! A force de nous proposer avec enthousiasme le modèle anglo-saxon, on oublie trois choses : 1. Les Etats-Unis ont inscrit la ségrégation et la discrimination dans la loi de leurs Etats du Sud, pas la République française. 2. Ils ont commencé la lutte contre la ségrégation il y a quarante ans. Il y a un an à peine, la Cour des comptes estimait que la société française n'avait pas encore véritablement réfléchi à l'immigration. 3. Les responsables du modèle communautariste en Hollande ou en Angleterre s'interrogent sur les causes du meurtre de Theo Van Gogh et sur les meurtres ethniques qui ravagent leurs banlieues, au moins autant que nous nous posons des questions sur les incendies dans nos cités. En vérité, ce sont les mêmes qui, après avoir recommandé l'abandon de l'intégration au profit des communautés, mettent sa faillite au compte de la République. Comme Alice aux pays des merveilles, le même locuteur nous explique qu'il ne faut plus employer le mot intégration et déclare incontinent que l'intégration en France est catastrophique.Comme au peintre Gauguin, trois questions se posent à tous : d'où venons-nous ? qui sommes-nous ? où allons-nous ?

D'où venons-nous ? Nous avons mis du temps à comprendre que, nous avions affaire, non à une immigration de travail, mais à une immigration de peuplement. L'idée même de refonder une véritable politique d'immigration en la dotant de moyens nouveaux ne date que du discours de Jacques Chirac à Troyes, en octobre 2002.

Depuis, beaucoup a été fait. L'immigration n'était ni connue, ni accueillie, ni encadrée. Elle est aujourd'hui chiffrée avec exactitude par l'Observatoire statistiques du HCI, accueillie par un service public, encadrée par un contrat proposé à chaque migrant.

Une constellation de nouvelles institutions traite des problèmes d'intégration : le CFCM, le HCI, le Centre d'histoire de l'immigration, la Halde. Le comité interministériel à l'intégration les pilote. La loi Borloo a réinvesti les problèmes des cités. Enfin, à travers de nombreux débats, la dimension symbolique de l'intégration est une préoccupation centrale de notre société.

Qu'est-ce que les jeunes des banlieues sont donc allés faire dans cette galère et qu'avons-nous manqué ? D'abord, nous avons manqué de temps. Les effets des mesures engagées ne peuvent être immédiats alors que les souffrances sont terriblement actuelles. Ensuite, nous avons manqué de paroles. Sur les politiques suivies, la communication a été pauvre ou peu relayée, comme si l'intégration dérangeait. Enfin, nous avons manqué d'identité. Une réponse claire n'a pas été donnée à la question : «Qui sommes-nous ?» Pour ceux qui oublient le destin des hommes et des nations sans qualités, on ne doit tout simplement pas s'interroger en termes de modèle républicain.

Pourtant, l'intégration ne permet pas de l'annihiler. Car il ne s'agit pas seulement de faire valoir une action sociale ou culturelle pour résoudre la crise des banlieues. Non, la question est politique et civique : «Comment et de quelle manière, voulons-nous vivre ensemble ?» Notre communauté nationale réglera-t-elle ses problèmes par le droit ou par la violence ? Sera-t-elle en paix ou en guerre ? Garantira-t-elle l'égalité des droits et des chances des personnes ?

On nous rétorque, alors, qu'il y a deux versions de la cité démocratique moderne, l'une, «tendance», qui se pratique chez nos voisins anglo-saxons ; l'autre, «ringarde», à laquelle nous nous accrochons par obstination stupide.

Pourtant, nous avons construit, avec elle, dans les temps modernes, un moyen particulier de sortir des guerres de religion : par l'établissement d'un espace public neutre. Nos voisins hollandais ou anglais ont trouvé une autre voie, l'individualisme et le droit des minorités. Ces conquêtes ne leur ont cependant pas apporté ce que la France a institué plus tôt et d'abord quasiment seule en Europe : l'accès aux charges publiques (de Sully à Necker) sans condition d'appartenance à la majorité religieuse, la reconnaissance de la citoyenneté pleine et entière à la minorité juive pour la première fois en Europe.

Inscrite dans l'histoire, la construction du droit politique républicain a, certes, sa finitude. Notre citoyenneté volontariste, abstraite, tournée vers l'unité et trop indifférente ou hostile à la diversité et «aux sections du peuple» doit être assouplie et «pluralisée». Mais comme les individus, les nations sont dans l'histoire. Les apprentis sorciers qui veulent renverser notre modèle républicain ne paraissent pas soupçonner que, si leur programme l'emportait, ils n'obtiendraient nullement la démocratie communautariste nord-américaine fondée sur l'éthique individualiste et le patriotisme constitutionnel. Ils parviendraient à tout autre chose : à une segmentation du corps social, à un retour aux lois privées de communautés antagonistes irréductibles, à une hiérarchie de groupes ethniques et confessionnels, bref au renversement de notre Constitution. On traiterait alors les citoyens «avec distinction à raison de l'origine, de la race ou de la religion».

Où allons-nous ? Vous qui déclarez le modèle républicain en faillite, est-ce bien là ce que vous voulez ? N'est-ce pas l'inverse qu'il faut faire en renouvelant la promesse de la République d'appliquer l'égalité des droits et des chances pour tous sans distinction ? Et avec Voltaire et Rousseau, il est d'abord urgent de convaincre tous les Gavroche de ne plus tomber par terre, le nez dans le ruisseau.
© Le Figaro

up  

L'UMP S'EST TROUVÉ UN COUPABLE : LA POLYGAMIE (France)

Gauche et associations réfutent le lien fait à droite entre les enfants de familles polygames et les casseurs.
par Nicole PENICAUT


17/11/2005 - Il fallait à la droite un bouc émissaire à la crise des banlieues. Elle l'a trouvé: la polygamie. «C'est une des causes des violences urbaines», a dit le ministre Gérard Larcher au Financial Times. Enfourchant le cheval déjà monté par Hélène Carrère d'Encausse devant les médias russes (Libération du 15 novembre), le ministre délégué à l'Emploi a été conforté dans son analyse par divers responsables politiques de la majorité. Et tant pis si cela renforce «xénophobie et racisme», comme s'en sont aussitôt inquiétés diverses associations et responsables politiques de gauche.

Regroupement familial. En France, la polygamie est proscrite. En théorie, car, dans les faits, si on en croit un recensement effectué par l'AFP auprès de diverses associations, 30 000 familles seraient concernées. Mais de là à assimiler délinquance et enfants de familles polygames, il y a un pas... Que Bernard Accoyer, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, n'a pas hésité à franchir. Constatant que les pouvoirs publics s'étaient montrés «étrangement laxistes avec la polygamie», il a insisté hier matin, au micro de RTL, sur la nécessité de «poser la question du regroupement familial». Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, tout auréolé de sa forte progression dans les sondages (+11 points dans un sondage d'Ipsos pour le Point réalisé le 12 novembre), émet le même souhait dans une interview à l'Express aujourd'hui.

«Faire le lien avec la polygamie [...] est une absurdité», leur a aussitôt rétorqué Jean-Christophe Lagarde, député-maire UDF de Drancy (Seine-Saint-Denis). Pour lui, «le problème de l'autorité parentale est plus souvent lié à la famille monoparentale qu'à la polygamie. Ce sont le plus souvent des femmes seules avec des adolescents qui se retrouvent débordées».

Certes, personne ne défend la polygamie. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée nationale, a lui-même rappelé hier qu'elle est «contraire au droit français». Mais, il a ajouté que, «si on pense que c'est la principale cause de la crise dans nos banlieues, alors là, franchement, le gouvernement fait totalement fausse route». Ce lien est «gênant, voire insupportable», a déclaré Manuel Valls, député-maire PS d'Evry (Essonne) ; c'est même un «scandale», a lancé Cécile Duflot, porte-parole des Verts. Il est «nauséabond et irresponsable de faire ainsi des étrangers la cause de la situation», dit la Ligue des droits de l'homme. Car cela «ethnicise une révolte révélatrice d'une faillite du modèle français d'intégration en renonçant à prendre en compte l'exclusion, la pauvreté, le chômage», selon le Mrap.

Violence en baisse. Autant de sujets qu'il faut désormais aborder au fond. C'est à un «Grenelle des maires» que Gilbert Bonnemaison, ancien député-maire PS d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) appelle, pour forger des «solutions durables». Pour cet artisan, dans les années 1980, d'une politique de prévention de la délinquance dans les cités, c'est là le véritable «état d'urgence». Sous-entendu pas celui voté hier à l'Assemblée nationale, où les députés ont prolongé jusqu'en février les dispositions de la loi du 3 avril 1955. Ce alors même que les violences continuent de marquer le pas (163 véhicules incendiés dans la nuit de mardi à mercredi). C'est en Guadeloupe, pour la première fois depuis le début de la crise, que les tensions ont été les plus vives hier. Des coups de feu ont été tirés sur les pompiers et policiers dans le quartier du Carénage à Pointe-à-Pitre.

Hier soir, on ignorait encore si l'incendie criminel qui a endommagé mardi soir une église de la banlieue de Romans-sur-Isère (Drôme) et qui a suscité une très forte émotion, pouvait être attribué à des jeunes venus des cités.
© Libération

up  

'PERSONNE NE PEUT VIVRE COMME ÇA' (France)

Skarj a aujourd’hui trente ans. Longtemps coincé dans sa cité des Bosquets, il a réussi à s’en sortir. Par Laurent Mouloud

16/11/2005 - Il n’a pas hésité. En cette fin octobre, les premières voitures commencent à brûler du côté de Clichy-sous-Bois. Les face-à-face entre jeunes et CRS font la une des médias. À 800 kilomètres de là, du côté de Cannes, Skarj comprend. Il va lui falloir quitter le chantier où il travaille comme intérimaire depuis huit mois. Et vite revenir apaiser sa cité. Cette cité où il a rigolé et souffert. Où il a grandi. « Moi, on m’a aidé, j’ai voulu retendre la perche, explique-t-il simplement. De toute manière, tout le monde savait que ça allait péter un jour ou l’autre. »

À trente ans, Skarj est aujourd’hui un « grand frère ». L’un de ceux qui ont tenté de raisonner, des nuits durant, les jeunes prêts à en découdre avec la police. Sa vie, c’est Montfermeil et les Bosquets ; Clichy et le quartier du Chêne-Pointu. Arrivé à l’âge de six ans de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre), Skarj est de la « deuxième génération ». Celle qui est allée à l’école de la République. Et qui a appris à ses dépens qu’il n’était pas si simple de sortir du ghetto. Alors, la colère des jeunes, il comprend. Pas surpris. « Les mecs ont la haine depuis trop longtemps. La première génération a accepté son sort. La seconde a tenté de s’insérer en militant un peu. La troisième, elle, est prête à prendre les armes pour y arriver. »

Un constat amer. Et le sentiment que rien n’a changé depuis son adolescence. « Il y avait autant de misère et de violence. Nous, c’était surtout la drogue dure, les seringues qui traînaient partout, les règlements de comptes avec des mains coupées... » À la maison, on survit. Sa mère, femme de ménage, élève seule ses cinq enfants. Et chaque mois, les 6 000 francs disparaissent dans le loyer et quelques courses. « Personne ne peut vivre comme ça, s’agace Skarj. Le jeune cumule la rancoeur, un sentiment d’humiliation. À un moment, il se sent perdu. Il voit le frigo vide, sa mère encore au boulot... Alors il se dit : « Putain, faut que j’aille voler, arracher un sac ou vendre du bédot ! » » Bref, faire du « business ». « Sinon, c’est la mort’’. »

Le reste du temps, Skarj assure qu’il ne faisait « rien ». L’école, il la quittera à seize ans. Sans aucun diplôme. Dans les rues, les halls d’immeubles ou le terrain de foot, il apprend les règles de vie de la cité. « Ici, c’est un peu la jungle, résume Skarj. Il y a des hiérarchies, les lions et les brebis. Soit tu te fais respecter, soit tu te fais manger. Et le respect, c’est la bagarre ! Faut rentrer chez toi avec des bleus, te faire casser la tête... Le mec qui tape, c’est lui qui a la parole. Si tu vas embrouiller les keufs, c’est pas pour le plaisir, mais parce qu’il y a, en jeu, une sorte de « caïdité ». » Et pour celui qui refuse ce système, c’est l’ostracisme.

Ici règnent souvent le culte de l’apparence, le mythe de l’argent facile. « L’une des personnes qui ont fait rêver les jeunes, c’est... Bernard Tapie, assure sérieusement Skarj. Il représente le gars qui a réussi à carotter le système. » Et lorsqu’on lui demande pourquoi ces jeunes ne sont pas allés brûler les voitures dans le 16e arrondissement, Skarj répond : « Leur combat n’est pas contre les riches, ils veulent devenir comme eux ! »

Skarj, lui, a échappé à cette spirale. Le grand gaillard athlétique était doué pour le foot. Pendant plusieurs années, il enchaîne les stages à Bordeaux, Mont-de-Marsan, Saint-Étienne... Il ne sera jamais pro. Mais en sortant de la cité, il a découvert « l’autre ». « Les mecs, ils sont fauves dans les cités, mais ils ont peur de l’extérieur. C’est tout le problème. Le racisme, l’image que la société renvoie d’eux, tout ça fait qu’ils ne sortent que rarement de leur monde où, paradoxalement, ils se croient en sécurité. C’est un circuit fermé. »

Un oncle a appris à Skarj à travailler dans le bâtiment. À vingt-cinq ans, le jeune homme a même fondé son entreprise, avant de faire faillite trois ans plus tard. Aujourd’hui, à côté de petits boulots en intérim, il produit des disques de rap au sein dassociation de Clichy-sous-Bois. Une dizaine de « petits frères » participent. « Je veux leur montrer que l’on y arrive avec de la volonté. Certains avaient 0 en rédaction. Aujourd’hui, ils arrivent à faire des textes de rap géniaux ! Ces jeunes, si quelqu’un est derrière eux, ils sont capables de s’en sortir. » Comme lui-même s’en est sorti.
© L'Humanité

up  

RETOUR À LA NORMALE PARTOUT EN FRANCE, ÉTAT D'URGENCE PROROGÉ DE TROIS MOIS

17/11/2005 - La situation était revenue à la normale jeudi partout en France après trois semaines de violences urbaines, a annoncé la police, quelques heures après l'adoption par le Parlement de la prorogation pour trois mois de l'état d'urgence.
La direction générale de la police nationale (DGPN) a constaté un »retour à une situation normale partout en France» dans la nuit de mercredi à jeudi, au cours de laquelle 98 véhicules ont été incendiés, soit la moyenne nocturne habituelle.

Aucun affrontement ou incendie grave de bâtiment, public ou privé, n'a été relevé.

Policiers et gendarmes, dont près de 10.000 étaient encore mobilisés dans la nuit, n'ont eu à déplorer aucun blessé.

Trente-trois personnes ont été interpellées, preuve que »la mobilisation policière reste très forte», a indiqué un responsable policier.

Selon un total établi par la DGPN, 9.071 véhicules ont été brûlés depuis le début des émeutes, parties de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) après la mort de deux adolescents.

Au total, 2.921 fauteurs de troubles présumés ont été interpellés, dont un gros tiers de mineurs, selon des sources policières. 126 policiers et gendarmes ont été blessés.

Dans le Rhône, le préfet a levé le couvre-feu imposé le 12 novembre aux mineurs entre 22H00 et 06H00 dans 13 communes du département »compte tenu de l'amélioration sensible constatée encore cette nuit».

Les transports en commun devaient à nouveau fonctionner normalement à partir de jeudi soir dans l'agglomération lyonnaise.

Dans le Loiret, la préfecture a également levé le couvre-feu instauré depuis le 9 novembre dans six communes, dont Orléans, pour les mineurs de moins de seize ans non accompagnés »compte tenu de la situation qui va vers l'apaisement dans les quartiers». Orléans reste toutefois sous couvre-feu en vertu d'un arrêté municipal du 8 novembre.

Mercredi soir, le Parlement a définitivement approuvé la prorogation de l'état d'urgence, après l'adoption sans modification par le Sénat du texte voté la veille par les députés.

»Rien n'est encore définitivement acquis», a plaidé le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, assurant qu'instaurer l'état d'urgence s'inscrivait dans une »logique de précaution, logique de prudence» et qu'il en serait fait un »usage mesuré, responsable et proportionné aux nécessités du rétablissement de l'ordre».

L'état d'urgence est prorogé pour trois mois à compter du 21 novembre mais peut être interrompu d'ici là par décret en Conseil des ministres.

Au même moment, plus de 2.000 personnes avaient participé à une manifestation Place Saint-Michel à Paris (VIe) contre »l'état d'exception».

Jeudi dans la matinée, le président Jacques Chirac a réuni le chef du gouvernement Dominique de Villepin et les principaux ministres concernés par la mise en place du service civil volontaire dont il a annoncé la création lundi.

Ce service, destiné à aider les jeunes à aller vers l'emploi en leur permettant d'intégrer différents corps de métier (Défense, police, environnement, santé, culture, et secteur associatif), doit entrer en vigueur dès 2006.

Par ailleurs, la désignation de la polygamie comme »l'une des causes» des violences urbaines par des responsables de la majorité, le ministre délégué à l'Emploi Gérard Larcher et le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale Bernard Accoyer continuait de provoquer des remous.

Le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé a estimé qu'»on ne pouvait pas faire un lien aussi étroit» et assuré que »rien n'était tranché» sur une éventuelle modification des conditions du regroupement familial.

»Faire croire que le problème des banlieues, c'est la polygamie, c'est se moquer du monde», a affirmé Daniel Vaillant, député socialiste de Paris et ancien ministre de l'Intérieur.

SOS Racisme s'est joint au tollé des organisations de défense des droits de l'Homme, imputant ces déclarations à »une grossière volonté de détourner l'opinion publique des vrais problèmes». L'association se dit curieuse d'entendre »les analyses de MM. Accoyer et Larcher sur le lien de causalité entre la consommation du mafé et la fabrication de cocktails Molotov».
© Tageblatt

up  

BANLIEUES: VILLEPIN REJETTE LA LOGIQUE DES 'BOUCS ÉMISSAIRES' (France)

17/11/2005 - Dominique de Villepin estime qu'il ne faut pas rechercher des "boucs émissaires" dans la crise des banlieues mais agir pour la transmission des valeurs républicaines, notamment à travers la création du service civil volontaire.

"Face à l'épreuve, il est comme toujours plusieurs solutions: la première, c'est la division, l'incantation, la recherche de boucs émissaires, la deuxième, c'est la mobilisation et l'action", a déclaré le Premier ministre lors des questions d'actualité au Sénat, sans préciser qui il visait.

"La démocratie française dans l'épreuve a montré qu'elle était capable de trouver des réponses et c'est l'action qui doit être au rendez-vous", a-t-il ajouté.

Une polémique est née mercredi lorsque plusieurs responsables politiques de droite ont brandi l'argument de la polygamie comme explication de la crise dans les banlieues.

Leurs déclarations ont provoqué la colère des associations de lutte contre le racisme.

Dominique de Villepin a souligné que le président Jacques Chirac, qui est intervenu à la télévision lundi soir, avait "fixé un cap" et "marqué l'exigence de renouveler le lien social dans notre pays" en proposant un service civil volontaire ouvert à tous les jeunes de 16 à 25 ans.

Le Premier ministre a identifié "deux priorités" pour les pouvoirs publics.

"RESPECT, TOLÉRANCE, ÉCOUTE DE L'AUTRE"

"La première, c'est de transmettre nos valeurs républicaines. Nous sommes ici pour donner l'exemple, valeurs de respect, de tolérance, d'écoute de l'autre. Il est souhaitable que partout sur le territoire ces valeurs, qui sont incarnées ici par la haute assemblée, puissent s'exprimer en toutes circonstances", a-t-il dit.

Ensuite, a poursuivi Dominique de Villepin, "il faut une formation, il faut un soutien, appuyer les efforts de tous ceux qui en ont besoin". "Il est essentiel que chacun puisse avoir sa place, que chacun puisse avoir sa chance."

"Le service volontaire, nous le voulons immédiatement opérationnel et c'est pour ça que nous nous appuyons sur ce qui existe déjà", a-t-il souligné, évoquant les dispositifs des "cadets de la République" mais aussi de "Défense deuxième chance" et le volontariat associatif.

Il a rappelé que l'agence de cohésion sociale et d'égalité des chances serait chargée de piloter ce service civil.

"Chaque jeune aura droit à une formation citoyenne commune, à un accompagnement personnalisé qui lui permettra de traverser les difficultés", avec au terme d'un parcours de six à douze mois la délivrance d'un "brevet de service civil", a-t-il précisé.

"30.000 jeunes en 2006, 50.000 jeunes en 2007, nous tiendrons cet objectif car nous voulons permettre à chaque talent de s'exprimer et je veillerai à ce que dans le budget 2007 il soit fait la place nécessaire à ce grand effort qui doit nous rassembler", a conclu Dominique de Villepin.

Une réunion sur la mise en oeuvre du service civil volontaire s'était tenue en fin de matinée à l'Elysée, sous la présidence de Jacques Chirac.
© La Tribune

up  

DU 'PARADIS' AU GHETTO : L'HISTOIRE DE LA ROSE-DES-VENTS (France)

Sur le papier, l'idée paraissait comme frappée au coin du bon sens : rapprocher l'habitat des usines. C'est sur ces bases que le quartier de la Rose-des-Vents fut édifié, à partir de 1969, dans la partie nord du territoire d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Ce "grand ensemble" germa sur d'anciennes terres agricoles. Sa vocation : donner un toit aux ouvriers et aux cadres d'une nouvelle unité de production de Citroën, qui devait être implantée à quelques centaines de mètres de là. A l'époque, l'entreprise "importait" d'Afrique des ouvriers par convois entiers. Par Bertrand Bissuel, Sandrine Blanchard, Benoît Hopquin, Catherine Rollot et Xavier Ternisien

17/11/2005 - Les origines. L'affaire fut rondement menée : "Un seul permis de construire, un seul opérateur, et vas-y que je te construis 3 000 logements sociaux", résume le cadre d'un organisme HLM. De là vint l'expression "cité des 3 000", abandonnée en 1979 au profit du vocable plus poétique de Rose-des-Vents. Le "concept" urbanistique était "réfléchi", commente un vieux routier de la politique de la ville : panachage de HLM et de pavillons, mélange des formes architecturales, création d'une galerie commerciale... "On vit grand : 16 000 habitants prévus, écrit François Maspero, dans Les Passagers du Roissy-Express (Le Seuil, 1990). La municipalité communiste, de son côté, rêvait certainement de prolétariat radieux dans une cité heureuse."

Aujourd'hui, ces projets semblent tenir de la chimère, après la vague de violences qui a déferlé sur Aulnay. Deux entreprises détruites par le feu, un foyer pour personnes âgées attaqué, plusieurs salles de classe ravagées... "Je suis profondément choqué et déçu, confie le maire (UMP), Gérard Gaudron. Des années de boulot viennent d'être foutues en l'air, on n'avait pas besoin de ça."

Les premiers arrivants. Belkacem Bellakhal, 47 ans, garde un souvenir précis de l'époque où sa famille emménagea. Son père avait quitté le Maroc en 1958 pour devenir mineur dans le Nord, avant d'être ouvrier chez Simca, en région parisienne. Au milieu des années 1960, les Bellakhal vivaient dans une cave louée par un compatriote indélicat : "C'était atroce. On a fait une demande de logement à la mairie. Quand la Rose-des-Vents s'est bâtie, on nous a donné un quatre-pièces. J'avais 11 ans. Pour moi, c'était le paradis. On se roulait dans la salle à manger de bonheur. On a dû appeler le gardien pour qu'il nous explique comment fonctionnaient les toilettes. C'était tout neuf, tout beau. Et dès qu'on sortait, on se retrouvait dans les champs de blé."

Le quartier comptait alors "plus de Français que d'immigrés", poursuit M. Bellakhal, qui travaille chez Citroën depuis vingt-neuf ans (pour 1 700 euros par mois) : "Il y avait aussi des Italiens et des Espagnols. Je ne ressentais aucun racisme."

Philippe Prévost, 47 ans, est né à Aulnay. En 1969, ses parents, boulangers dans le centre-ville, décident de s'installer sur ce qui n'était encore que la dalle du centre commercial Surcouf. "Les boutiques se sont peu à peu développées. Il y avait aussi des banques, des assureurs... Les gens étaient contents de quitter des logements insalubres pour des appartements fonctionnels." Débarquaient des ménages de toutes origines. Des gendarmes du Bourget et de Roissy, des agents des PTT s'étaient vu réserver deux ou trois tours.

Le chômage et la "ghettoïsation". En dix ans, du premier choc pétrolier (1973-1974) à la crise de l'automobile (1982-1984), les choses se sont dégradées, avec les suppressions d'emplois massives chez Citroën, la fermeture d'Ideal Standard... Au même moment, les centres commerciaux régionaux ouvrirent leurs portes. Conséquence : les magasins du centre Surcouf "ont commencé à fermer les uns après les autres", se rappelle M. Prévost.

En quelques années, le peuplement du quartier s'est transformé, notamment sous l'effet de mesures encourageant l'accession à la propriété. Les ménages plus aisés ont acquis un pavillon. Simultanément, la rénovation des centres-villes a rejeté vers la périphérie nombre de familles immigrées, qui se sont relogées dans les quartiers nord d'Aulnay.

L'attribution des logements sociaux semble avoir été guidée par des critères ethniques, d'après M. Bellakhal : "Citroën avait réservé des logements pour ses ouvriers. L'entreprise y a cantonné les immigrés. En 1988, après mon mariage, j'ai voulu quitter le domicile de mes parents. J'ai demandé un logement à l'entreprise. On m'a proposé "les 3 000". J'ai demandé autre chose, expliquant que j'y habitais déjà. On m'a répondu qu'il n'y avait que ça. J'avais un copain blanc à l'usine. On lui a proposé un appartement au Pré-Saint-Gervais, avec terrasse. C'est comme ça qu'on a créé un ghetto."

Peu à peu, les Français "blancs" sont partis. Avec la montée du chômage, toxicomanie et délinquance ont fait leur apparition. Les commerces ont commencé à s'équiper en rideaux de fer, en alarmes. "C'est Sing Sing", dit M. Prévost, dont la boulangerie a été cambriolée, une année, à vingt-deux reprises. D'après lui, les problèmes sont moins nombreux désormais, mais les agressions "plus violentes" : en avril, son commerce a subi une attaque à main armée.

L'effondrement de l'école. Les enseignants ont assisté en première ligne à la métamorphose du quartier. "Aujourd'hui, pas un seul élève sur les 210 que compte mon école n'est Français métropolitain de souche", affirme Jean Dugas, responsable départemental du SNUIpp-FSU et directeur d'une des écoles élémentaires du groupe scolaire Jules-Ferry. Originaires du Maghreb ou d'Afrique noire, la grande majorité des écoliers sont issus de milieux défavorisés. Sur les registres de l'école, à la case "profession des parents", on lit souvent "technicien de surface", "femme ou homme de ménage", "chômeur". Et il n'est pas rare que l'espace reste vierge.

Cette précarité a déstructuré nombre de familles. "Nous avons de plus en plus d'enfants "bolides" qui refusent totalement d'obéir, de travailler. Nous n'avons aucune prise sur eux", raconte Jean Dugas. Isabelle, institutrice en maternelle, témoigne sous un prénom d'emprunt : "Certains enfants portent un poids tel sur leurs épaules ! On se dit qu'il est presque normal qu'ils "pètent les plombs"." Des parents baissent les bras. "Beaucoup nous disent : "C'est à vous d'éduquer nos enfants." D'autres avouent : "Je ne sais plus quoi en faire.""

Chômage et précarité ont brouillé tout repère temporel : "Nous donnons des rendez-vous à des parents qui arrivent deux heures en retard, voire apparaissent trois jours après la date fixée", ajoute l'enseignante. Avec ceux qui ont la chance d'avoir un travail, les problèmes d'organisation sont récurrents. Pas facile de rencontrer après les cours des mères ou des pères qui jonglent avec des horaires décalés, du travail de nuit ou de longs trajets. La communication écrite est parfois aléatoire, faute d'une bonne compréhension du français, les mots laissés dans le cahier de liaison de l'enfant restent lettre morte et les messages téléphoniques sans réponse.

A Claude-Debussy, les difficultés sont pires. Le collège (800 élèves) affiche des résultats parmi les plus catastrophiques du département. Au début de l'année, des enseignants ont exercé leur "droit de retrait" pendant dix jours pour attirer l'attention sur la montée de la violence et le délabrement des locaux. L'arrivée d'un nouveau chef d'établissement, la promesse de travaux, l'octroi d'heures supplémentaires d'enseignement ont un peu pacifié l'ambiance.

"Les règles de la cité ont franchi les murs du collège, explique Hélène, autre enseignante qui témoigne sous anonymat. La violence est palpable en permanence, elle s'exerce plus entre les élèves que contre les professeurs." Les rapports de domination qui se développent sont le fait d'une minorité, qui fait la loi. "Certains déploient une grande inventivité pour nous empêcher de faire cours. D'autres accusent des lacunes si importantes qu'ils sont perdus, incapables de suivre un raisonnement. Beaucoup d'adolescents sont très nerveux, eux-mêmes victimes de violences dans leur famille." Les garçons ont tendance à monopoliser la parole, à faire du chahut quand vient le tour des filles de répondre. "Nous essayons de faire attention à répartir équitablement les classes, entre effectifs féminins et masculins." Car le machisme est courant.

Le statut des femmes. Dans les services de la protection maternelle et infantile (PMI), certaines employées estiment aussi que les relations entre hommes et femmes se sont dégradées. "Ici, la libre circulation, c'est valable pour les garçons", regrette Sérénade Chafik, conseillère conjugale. Elle reçoit des femmes en souffrance, victimes de violences, des adolescentes "en grande détresse, dont les parents, obsédés par la virginité, contrôlent les règles". Sous l'emprise du mari, les femmes "vont reproduire le même schéma en laissant les garçons exercer leur virilité notamment sur leurs soeurs", estime-t-elle. "La place des filles n'est pas acquise, et celle des mères est à réhabiliter", car "la génération actuelle est plus sur la défensive que sur la revendication".

Médecin de la PMI, Sigrid Van Hove se souvient avec effroi de ces adolescentes qui l'ont, un jour, traitée de "pute" parce qu'elle portait une jupe. Souhaitant s'exprimer en son "nom propre", cette belle jeune femme travaille ici depuis seize ans et vit au sud d'Aulnay, dans un pavillon, depuis l'âge de 13 ans. Elle n'éprouve "pas l'ombre d'un sentiment d'insécurité", mais dit avoir assisté à "la montée de l'intégrisme, de l'agressivité et des carences éducatives" depuis quelques années.

L'islam. "Il y a dix ans, je ne voyais qu'une seule femme voilée et en noir de pied en cap. Maintenant, c'est monnaie courante." Sérénade Chafik se dit inquiète "d'une présence active des intégristes, notamment sur les marchés". D'après le père Xavier Chavanne, responsable de la chapelle Saint-Jean, il y a deux fois plus de musulmans que de chrétiens dans les quartiers nord d'Aulnay. La Rose-des-Vents et ses alentours comptent cinq mosquées ou salles de prière, qui illustrent toute la diversité de l'islam de France.

La mosquée turque est dans une cave d'immeuble. La mosquée Al-Salam, fréquentée par des Maghrébins, est installée dans un pavillon en lisière du quartier. Le foyer de travailleurs, rue Henri-Matisse, compte une salle de prière fréquentée majoritairement par les Africains. Une confrérie sénégalaise mouride anime un lieu de culte.

Enfin, la plus grande mosquée, Al-Irchad, est installée dans un ancien entrepôt, sur la zone industrielle. Aucun croissant ou minaret ne la signale de l'extérieur. Tous les vendredis, elle accueille 1 200 personnes, et plus de 5 000 lors des grandes fêtes. Le président marocain de l'association, Aït Hamou, est un ancien ouvrier de Citroën. Il est à la recherche d'un imam parlant français. "Le prêche est en arabe, se plaint-il, les jeunes ne comprennent pas. Même mes enfants ne parlent pas bien l'arabe. A la maison, on utilise le berbère... Difficile de lancer des appels au calme dans ces conditions." Si l'islam ne s'inscrit pas dans le paysage par des minarets, il est visible dans le voile porté par les femmes, pour l'essentiel des mères de famille. Un voile traditionnel porté par beaucoup de Marocaines venues du bled. Très peu portent le foulard islamique.

L'espoir. Malgré les handicaps, beaucoup croient encore en l'avenir de la ZUS. "Le travail accompli en vingt ans se voit sur le terrain", plaide M. Gaudron. La situation était nettement plus tendue au milieu des années 1990, renchérit Stéphane Girard, directeur de la maison de l'entreprise et de l'emploi. Le secteur était "tellement stigmatisé" qu'il n'aurait "pas pu faire venir des chefs d'entreprise". Aujourd'hui, des patrons s'implantent, créent des emplois. "On ne peut laisser comme ça une population bouillir de plein d'envies, conclut M. Prévost. C'est dans l'école, la famille, la société que l'on trouvera la solution."
© Le Monde

up  

BANLIEUES : LA DIGNITÉ BLESSÉE DES INSURGÉS (France)

 Par Ulrich Beck *

18/11/2005 - Les visions nationales sont trompeuses. Les causes de l'embrasement des banlieues ne peuvent pas être localisées seulement en France, et des notions qui semblent aller de soi comme celles de «chômage», de «pauvreté», de «jeunes immigrés» ne sont pas davantage pertinentes. Un des clivages du XXIe siècle est justement en formation ici.
La question décisive peut se formuler ainsi : que se passe-t-il avec ceux qui sont exclus du meilleur des mondes mondial ?La mondialisation économique a conduit à une fracture planétaire qui traverse chaque nation. Par l'effet de cette fracture, les centres industrialisés, dominés par une forte croissance, côtoient de véritables déserts en termes de productivité. Et un tel phénomène ne se produit pas seulement «là-bas» en Afrique, mais également à New York, à Paris, à Rome, à Madrid et à Berlin. C'est partout l'Afrique. Ce continent est devenu le symbole de l'exclusion. Il existe une Afrique extérieure et de nombreuses Afriques, en particulier en Asie et en Amérique du Sud, mais aussi dans les métropoles d'Europe, dans lesquelles les injustices extrêmes liées à la mondialisation s'expriment avec une intensité particulière. Aussi, les significations apparemment intangibles des notions de «pauvre» et de «riche» connaissent une métamorphose accélérée.

Jadis, les riches avaient besoin des pauvres pour devenir riches. A l'heure de la mondialisation, les riches n'ont plus besoin des pauvres. C'est la raison pour laquelle les enfants français d'origine africaine ou nord-africaine pâtissent d'une complète absence de perspective dans les banlieues des grandes villes. Il faut bien voir que les notions de «pauvreté» et de «chômage», dans leur acception commune, sont issues du cadre national de la société de classes. Et qu'elles reposent de surcroît sur le postulat, de moins en moins valable et de plus en plus sujet à caution pour un nombre grandissant de populations, selon lequel la pauvreté résulterait de l'aliénation, et qu'en conséquence elle revêtirait une utilité, la misère des uns fondant l'opulence des autres.

A l'ombre de la mondialisation économique, de plus en plus de gens succombent à un désespoir sans rivages, dont la caractéristique est de rendre tout simplement superflue une catégorie entière d'individus. Ils ne forment plus une «armée de réserve» (ainsi que la nommait Marx), car l'économie peut désormais se passer d'eux. De surcroît, les gouvernants peuvent être élus sans leurs suffrages. Les jeunes relégués à l'état de citoyens superflus de leur existence sont des citoyens sur le papier ; mais, en pratique, ils sont des non-citoyens ; des non-citoyens exclus intellectuellement des mouvements ouvriers.

En Allemagne, mais aussi dans de nombreux autres pays, on croit obsessionnellement que les causes de la violence des jeunes issus de l'immigration sont à chercher dans leurs cultures d'origine. Les études empiriques de la sociologie la plus élaborée attestent du contraire : ce n'est pas un défaut d'intégration, mais sa réussite même, qui fait paradoxalement le lit de la haine et de la violence. C'est – plus exactement – la contradiction entre le degré d'assimilation culturelle et l'exclusion sociale de cette jeunesse. Ces adolescents assimilés, dont les parents sont venus s'installer dans nos pays, ne sont guère différents, par leurs aspirations et leurs idées, du reste des adolescents de leur classe d'âge : au contraire, ils sont particulièrement proches d'eux. C'est à l'aune de cette similitude que le racisme d'exclusion ressenti par ces groupes hétérogènes d'adolescents est une expérience si amère, et si scandaleuse pour tous les autres. En conséquence, les acteurs des révoltes de banlieue décrivent leur situation en recourant aux termes de dignité, de droits de l'homme et d'exclusion. Et, de manière significative, bien qu'ils soient chômeurs, ce n'est même pas au travail qu'ils font allusion.

Les élites économiques et politiques ne veulent pas renoncer au concept du «travail pour tous», ce qui les rend étrangement myopes devant l'ampleur de la désespérance qui gagne toutes les cités ghettos où vivent les citoyens «superflus», privés d'une existence normale reposant sur le salariat. Les partis de gauche comme ceux de droite, les nouveaux sociaux-démocrates comme les anciens, les néolibéraux comme les nostalgiques de l'Etat social ne peuvent pas admettre que, depuis déjà bien longtemps, dans un contexte de chômage de masse, c'est le travail qui, de grand instrument d'intégration, est devenu un mécanisme d'exclusion.

La vraie misère se manifeste de façon ultime à travers la hiérarchie des apprentissages : les «jobs» destinés aux adolescents peu qualifiés ont été automatisés ou délocalisés. Ainsi, l'école élémentaire est menacée, dans toute l'Europe, de devenir une prison derrière les murs de laquelle les groupes sociaux les plus humbles sont condamnés pour la vie au chômage et à l'aide sociale. L'apprentissage, qui engendre des situations de superfluité, devient une usine à «violence moléculaire», selon l'expression de Hans Magnus Enzensberger. Malgré tout, la politique et la science, sous l'empire de l'orthodoxie du plein-emploi, s'obstinent à refouler une interrogation essentielle : dans quelle mesure des hommes qui n'ont pas de travail peuvent-ils donner du sens à leur existence ? Des solutions politiques telles que la discrimination positive ne sont pas mises en oeuvre, parce que, fondamentalement, nous sommes là en présence de luttes pour la reconnaissance culturelle. Très différentes des conflits ayant pour enjeu la redistribution matérielle, dans lesquels l'un gagne ce que perd l'autre, les luttes pour la reconnaissance sont des jeux où tout le monde peut gagner. Le présupposé, c'est que l'image qu'a d'elle-même une société fondée sur le culte de la majorité soit substantiellement modifiée.

Mais c'est l'inverse qui se produit : le racisme ingénu des faux concepts va tellement de soi que plus personne ne le remarque. On parle ainsi, par exemple, d'«immigrés», en passant sous silence le fait qu'il s'agit de Français. On incrimine l'islam, quitte à méconnaître la mécréance de nombreux émeutiers. Nous sommes donc bien face à une insurrection profondément française des citoyens «superflus» contre leur dignité blessée. Des citoyens qui réclament le droit, d'être à la fois égaux et différents. Le degré minimal de reconnaissance devrait justement consister à ne pas interpréter de façon triviale l'incendie de haine qui menace de s'étendre sur toute la planète. Mais même cela, c'est sans doute encore trop exiger.
Traduit de l'Allemand par Alexis Lacroix.
* Sociologue, professeur à l'université de Munich, auteur notamment de La Société du risque (Flammarion).

© Le Figaro

up  

QUELLE CRISE DES BANLIEUES? (France)

Quatre chercheurs débattent pour «Libération» de ces trois semaines de violence.
par Pierre ROSANVALLON et GOFF Jea-Pierre LE et Emmanuel TODD et Eric MAURIN


21/11/2005 - Commencer par essayer de comprendre, puis tenter une explication du phénomène inédit de trois semaines d'émeutes dans les banlieues : c'est ce qu'a proposé Libération à quatre universitaires et essayistes réputés pour l'acuité de leur regard sur les fractures de la société, à l'occasion d'une table ronde organisée le 14 novembre (avant l'intervention télévisée du Président). Jean-Pierre Le Goff, Eric Maurin, Pierre Rosanvallon et Emmanuel Todd se livrent à une confrontation qui s'enrichit de leurs approches plurielles d'une question qui les préoccupe tous : la crise du modèle républicain. Le débat est animé par Eric Aeschimann et Jean-Michel Helvig.

Mouvement politique ou révolte nihiliste ?

Pierre ROSANVALLON. Il y a trois niveaux de compréhension à articuler. D'abord, la matérialité des événements eux-mêmes (scènes de révolte et de violence), ensuite la situation sociale générale des banlieues, enfin le malaise français. Les événements sont liés aux actions de gens très jeunes, actions très violentes et sans signification en elles-mêmes. Mais on peut se demander si le terme de nihilisme est adapté pour qualifier le mouvement actuel. Celui-ci, à coup sûr, se caractérise par l'absence de parole et provient d'un milieu qui a lui-même du mal à prendre la parole. Les violences remplacent en quelque sorte la prise de parole, à l'inverse de mai 1968. Il n'y a aucune prise de parole, sinon via la chanson et le rap. C'est le monde entier de la banlieue qui, en général, ne prend pas la parole et ceux qui parlent le font sur le mode de la violence. Le silence social de cette population est plus largement lié à la difficulté générale de la société française à se comprendre et à parler d'elle-même. Dès lors, nous sommes face à un emboîtage de silences : silences infrapolitiques (comment demander une conscience politique à des jeunes de 17 ans ?), silence social du milieu et silence social de la société française. Les grands événements que nous avons vécus, comme le non au référendum, sont aussi des formes de silence qui s'expriment. Ils ne sont pas une prise de parole, mais un enfoncement et un engoncement dans la difficulté à parler et à parler de soi. Le malaise français est en ce sens l'expression d'un vide, d'une difficulté à se projeter positivement dans l'avenir, d'une absence d'horizon.

Jean-Pierre LE GOFF. Il convient de délimiter précisément ce dont nous parlons : les nuits de violence dans les banlieues ne sont pas un «mouvement» et ne reflètent pas la vie de la majorité des habitants. La révolte des bandes de jeunes minoritaires est, pour le moins, infrapolitique, même si elle a des répercussions politiques. Les habitants des banlieues se posent une question que nous devons oser aborder : qu'est-ce que ces jeunes ont dans la tête ? Se heurter à cette réalité oblige à se décentrer : il existe une véritable difficulté de langage qui colle aux pulsions, et des passages à l'acte. A mon avis, avec ces nuits de violence, nous avons affaire à un type de vandalisme qui déconcerte les schémas militants. Il condense de façon paroxystique et très violente le problème du chômage et celui de la désaffiliation, c'est-à-dire la déstructuration familiale (que l'on appelle pudiquement «familles monoparentales»), mais aussi celui de la déstructuration de l'appartenance de classe et à la Nation. Dans les années 30, même si l'on était pauvre et victime du chômage, on était inséré dans des collectifs et capable de canaliser sa révolte. Ce n'est pas vraiment le cas aujourd'hui pour ces bandes de jeunes qui détruisent les écoles de leur quartier, les bus, les voitures de leurs voisins... Avant de s'interroger sur les conditions qui ont rendu possible ce phénomène, il faut le regarder en face, à l'instar des animateurs sociaux qui sont en première ligne depuis des années. Il est temps que la gauche rompe avec le déni de la réalité et l'angélisme.

Emmanuel TODD. La France vit, comme la plupart des sociétés développées, une montée des inégalités qui va au-delà des données économiques objectives. La société est véritablement travaillée par la montée de nouvelles valeurs sociales inégalitaires, associées à une nouvelle forme d'individualisme. Dans un pays comme la France, ce qui passe assez bien aux Etats-Unis se heurte à un fond anthropologique qui contient une forte composante égalitaire. Cette valeur entre en réaction avec la montée de la valeur inégalitaire. Cela explique les réactions successives des divers groupes sociaux qui mélangent ces deux valeurs. Aujourd'hui, nous avons à faire à des jeunes de banlieue ­ ils ont, en moyenne, 17 ans. Il faut les comparer aux lycéens des années 70 plutôt qu'aux ouvriers qualifiés du Parti communiste de la grande époque. La valeur égalitaire apparaît très clairement. J'ai travaillé sur les différences de situation des émigrés en Europe et aux Etats-Unis. Il apparaît que la situation française est très spécifique, mélange de déstructuration de la famille originelle maghrébine ou africaine par l'intégration des valeurs françaises, avec une importance assez forte des mariages mixtes. La rage des banlieues est une réaction de protestation qui, pour moi, est égalitaire. A cet égard, ces jeunes sont parfaitement assimilés en termes de valeurs politiques. Et l'histoire enseigne qu'il n'y a pas de révolte sans espoir.

Eric MAURIN. Il faut bien voir ce qu'est la conscience sociale des jeunes quittant l'école à 17 ans, qu'ils aient ou non participé aux violences. Ils ont en commun une expérience particulièrement dure et marquante, celle de la relégation, puis de la disqualification scolaire au collège. Le point de départ de mai 1968, c'était la révolte des recalés des classes moyennes face à la fermeture du véritable enseignement supérieur aux enfants des classes moyennes. Aujourd'hui, tout a changé : c'est la grande difficulté des enfants des classes populaires face au collège et au lycée qui est en cause. Cette difficulté dérive en partie de l'extrême précarité des conditions de logement et d'existence des enfants des familles pauvres. Ce n'est pas un problème que l'Education nationale peut régler seule. Les politiques du logement n'ont pas fait reculer les problèmes de surpeuplement qui touchent près du quart des enfants et sont une cause majeure d'échec à l'adolescence. Les politiques urbaines n'ont pas non plus fait reculer la ségrégation territoriale. Les enfants pauvres vivent aujourd'hui dans des quartiers où le taux de pauvreté est quatre fois plus élevé qu'ailleurs. Or il est extrêmement difficile d'adopter ne serait-ce qu'une attitude positive vis-à-vis de l'école quand on grandit entouré de camarades en échec.

Jean-Pierre LE GOFF. La différence est nette par rapport à 68 ou aux luttes des lycéens des années 70, par exemple. Les enragés de 68 passaient par le festival de la parole, ils s'inscrivaient dans un héritage rebelle et n'étaient pas dans une logique victimaire et de ghetto. On cherche toujours à ramener à tout prix le nouveau dans des cadres anciens, comme pour se rassurer. Formateur dans les banlieues dans les années 80, j'étais déjà déconcerté à l'époque par un phénomène que je ne pouvais pas maîtriser : l'image dépréciative de soi qui habitait une partie de ces jeunes et qui s'exprimait par une agressivité et une agitation constantes. Le défi auquel nous avons affaire n'est pas aisé à relever. Le chômage et les perspectives d'avenir sont centraux, bien sûr, mais il y a une désocialisation dont il importe de prendre la mesure. Ces jeunes minoritaires qui se livrent à des violences sont autocentrés et en rage, ils mêlent désespoir et nihilisme. Cette destruction des quartiers dans lesquels ils vivent est une logique d'autodestruction. Le problème ne se résoudra pas par la proclamation des principes et des bonnes intentions.

Pierre ROSANVALLON. C'est la longue histoire du social. Dans Les Misérables, Victor Hugo opposait émeute et insurrection. L'émeute est le moment chaotique de la destruction. L'insurrection, au contraire, est le moment qui projette politiquement dans l'avenir un groupe qui a conscience de lui-même et qui veut construire quelque chose.

Eric MAURIN. C'est la division au sein des classes populaires qui rend cela possible. Il n'y a pas une classe populaire en général. Les jeunes hommes sans formation issus des classes populaires savent que leur avenir n'est plus celui de leurs pères, dans les métiers de l'industrie, mais dans les nouveaux emplois du commerce et des services. Ces nouveaux emplois sont beaucoup moins masculins que ceux de leurs pères, et il y a sans doute un désarroi proprement masculin dans la jeunesse des classes populaires aujourd'hui. S'il n'y a pas de prise de parole, c'est aussi qu'une prise de parole entrerait en contradiction avec les valeurs désormais dominantes. Dans l'économie de service, on valorise la capacité à se singulariser et à épouser les singularités locales du client. Les valeurs auxquelles sont sommés d'adhérer les jeunes entrants sur le marché du travail sont celles de la réussite par la singularité individuelle. Ces valeurs sont antinomiques de celles qui pourraient donner du ciment à une parole collective.

Emmanuel TODD. Quand j'ai vu des voitures brûler, j'étais agacé. Quand j'ai vu des autobus brûler, j'ai commencé à être franchement énervé. Quand j'ai vu des maternelles brûler, j'ai commencé à déprimer. Pour autant, la référence aux Misérables montre le risque d'en revenir aux thématiques du XIXe siècle, de passer de la notion de révolte à celle de délinquance, de voir les classes laborieuses comme des classes dangereuses. J'y vois la régression de notre univers mental. On essaie de transformer les victimes en coupables sociaux. Pour ma part, des événements de ces dernières semaines, j'ai surtout retenu des jeunes qui, loin d'être privés de parole, activaient fortement le principe de liberté et d'égalité et réagissaient d'abord à une agression verbale du ministre de l'Intérieur qui les avait insultés, se comportant lui-même comme un voyou de banlieue. Nous ne sommes pas ici dans un cas de nihilisme, d'irrationalité ou de violence gratuite. Au reste, face à ce mouvement, un gouvernement de droite a plié : les subventions en faveur des associations de quartier ont été rétablies, la politique du tout sécuritaire est en cours d'abandon ­ en tout cas, je l'espère. Tout cela pourra être décrit comme un phénomène cohérent du point de vue historique.

Pierre ROSANVALLON. Ce que l'on appelle les banlieues, c'est le territoire sur lequel se cumule tout un ensemble de dysfonctionnements et de problèmes. Il ne faut pas oublier qu'en même temps que cette grande rébellion dans les banlieues, il existe des conflits extrêmement classiques : le conflit des traminots de Marseille ou celui de la SNCM [Société nationale Corse-Méditerrannée, ndlr]. Le problème de la société française est qu'elle est prise entre ses archaïsmes et les implosions de la société contemporaine. Ce qui n'est pas le cas dans de nombreux autres pays. Il existe, à cet égard, un véritable problème de corps intermédiaires. La France se trouve entre des systèmes de représentation archaïques qui ne fonctionnent plus et une absence de systèmes de représentation modernes. Ce qui se traduit à la fois par la montée du Front national et par les conflits à l'ancienne. Tel est le malaise français.

Emmanuel TODD. Il y a un «effet Nouvelle-Orléans». La situation des jeunes issus de l'immigration fait partie du problème, évidemment. Toutefois, si l'on reste à l'intérieur du cadre d'analyse français, je crains que l'on ne voie pas tout ce que la situation actuelle doit à la culture française. Le département de la Seine-Saint-Denis est un lieu chargé d'histoire. Il abrite la basilique avec le tombeau des rois de France. C'est le coeur du Parti communiste, etc. Or l'on ne voit que des gosses bronzés. Dans d'autres pays, les Arabes et les Noirs se caillasseraient les uns les autres. En France, ils sont ensemble pour caillasser la police. Bien entendu, il est question de déstructuration du milieu, de chômage, d'échec scolaire ou d'explosion de la famille maghrébine ou africaine. Mais les valeurs françaises sont là. Ce mouvement est très français. Il est au coeur de la culture française.

Eric MAURIN. Oui, cependant il faut rappeler que l'échec scolaire précoce est lui-même un phénomène très français. Nous sommes l'un des rares pays en Europe à avoir gardé le redoublement au primaire et au collège comme principal outil de gestion de la diversité des élèves. Quiconque travaille avec des spécialistes étrangers est frappé par ceci : l'institution scolaire française est, plus qu'ailleurs, une institution de tri.

Un nouveau symptôme de la crise française ?

Pierre ROSANVALLON. Les événements que nous venons de vivre s'inscrivent dans une longue série de thromboses françaises qui ne commencent pas en 2005 avec le non au référendum, ni même en 2002 avec le premier tour de l'élection présidentielle, mais bien avant. Les signes avant-coureurs ont été nombreux, dans les banlieues elles-mêmes, et aussi aux niveaux politique et social. Il faudrait ainsi inclure le mouvement de 1995 dans la compréhension de ces thromboses françaises, qui sont de nature différente et que l'on peut ranger en trois grands types : 1) des thromboses sociales, marquées par une sorte d'archéoradicalisme ; 2) des thromboses politiques liées à la non-réalisation de la promesse républicaine ; 3) des thromboses purement politiciennes affectant le système des placements entre partis et le problème du gouvernement représentatif. Il faut considérer ensemble ces trois types de problèmes. Or, depuis une dizaine d'années, on avance que toutes les difficultés proviennent de l'écart croissant entre le peuple et les élites. Il me semble que ce qui se passe aujourd'hui montre que cette analyse n'est pas pertinente. L'opposition peuple/élite est une façon paresseuse, lointaine et grossière, d'appréhender ce qui se passe. L'idée qu'il existe une coupure sociale est fondamentale. Néanmoins, l'événement vient de plus loin, du modèle politique français et du modèle économique également ­ au sens le plus général du terme, la façon d'organiser la production.

ERIC MAURIN. La spécificité du vote du premier tour de l'élection présidentielle du 21 avril 2002 fut d'être un vote très dur, souvent extrême, non pas du salariat le plus modeste mais d'une frange relativement qualifiée du salariat modeste (contremaîtres, ouvriers qualifiés de l'industrie, techniciens). Pour moi, ce vote était l'expression de menaces très radicales pesant sur cette fraction menacée dans ses statuts par la désindustrialisation. Le référendum sur la Constitution européenne s'est inscrit un peu dans cette continuité. Une des différences entre Maastricht et le traité constitutionnel, c'est ainsi que des fractions relativement modestes des classes moyennes du privé n'ont pas suivi la droite parlementaire, initiatrice du référendum sur la Constitution, et ont voté contre leur famille naturelle. De ce point de vue, ce sont bien les classes moyennes du privé qui, manquant à l'appel, ont rendu le non du référendum si fort. Aujourd'hui, il n'existe pas un seul salariat modeste, une seule classe moyenne, mais plusieurs, confrontés à des menaces et à des univers différents. La classe ouvrière, autrefois dominante, perd du terrain au regard d'un nouveau prolétariat des services, complètement éclaté, peinant à trouver son identité professionnelle. Les seuls débouchés pour les jeunes sans formation des milieux populaires sont désormais dans ce prolétariat. A mon sens, la crise des banlieues fait aussi émerger sur la scène politique le problème de la désocialisation croissante du salariat modeste.

Emmanuel TODD. Je suis, moi aussi, dans l'hypothèse d'une continuité de plusieurs processus négatifs. A chaque fois, ce sont des groupes sociaux différents qui sont le vecteur principal ou le porteur de la crise. Dans le vote Front national de 2002, ce sont plutôt les milieux populaires. Là où les ouvriers américains partiraient au chômage en se sentant coupables, les ouvriers français continuent de voter, en apportant leurs voix au Front national. En 2005, lors du référendum sur la Constitution européenne, c'est le secteur d'Etat qui a été porteur du non, avec l'affirmation de la doctrine obsessionnelle du «servicepublisme», qui marque la volonté des classes moyennes liées à l'Etat de se défendre en bloquant la construction d'un embryon d'Etat européen sur la base de valeurs qui ne sont plus égalitaires. Il s'agit de défendre une position ultra protectionniste pour soi-même. La révolte des banlieues introduit un troisième groupe : celui des jeunes immigrés. Il existe un capitalisme globalisé qui produit partout une montée des inégalités. Dans chaque pays, la cible principale sera le segment le plus faible de la population. En France, ce sont les habitants des quartiers en difficulté et plus encore leurs enfants. Pour ce qui est des phénomènes d'écrasement des jeunes générations, rien ne permet d'imaginer un apaisement de la tension. Avec la globalisation et la montée en puissance de la Chine et de l'Inde, la pression sur les jeunes d'origine immigrée et sur les milieux populaires français ne fera que s'accentuer. Au reste, d'après ce que l'on peut savoir de l'origine des interpellés lors des incidents récents, j'ai l'impression que le mécanisme de division ethnique s'atténue déjà au niveau de la jeunesse des milieux populaires, du moins dans certaines régions.

Jean-Pierre LE GOFF. Le modèle républicain implique un modèle idéal d'égalité et de citoyenneté qui ne coïncide jamais complètement avec les faits, mais ce caractère d'idéalité lui confère sa dynamique et il a su, au cours de l'histoire, passer des compromis. Ce modèle s'appuie sur une certaine morale du travail, sur une culture commune liée à notre histoire, sur l'idée de promotion sociale... Ces points clés sont en panne. La question est de savoir comment les relancer plutôt que de dire que notre modèle a échoué et de passer rapidement à un autre modèle de type anglo-saxon, qui n'a pas d'ancrage solide dans notre tradition et qui montre aussi ses limites. Concernant les élites, je ne vois pas en quoi c'est être populiste que de constater l'écart existant entre le peuple et les élites : cet écart est devenu un véritable divorce. Les élites de l'après-guerre étaient issues de la Résistance. Dans leur parcours de vie et leur parcours professionnel, elles étaient amenées à rencontrer d'autres catégories sociales. Il faut s'interroger sur ce qu'il advient aujourd'hui dans les domaines de la formation, de l'habitat. On a affaire à un cloisonnement social fort, et l'idée d'éducation populaire retrouve aujourd'hui toute son importance.

La fin du modèle républicain ?

Pierre ROSANVALLON. L'histoire du XIXe siècle est celle de l'intégration des campagnes, des territoires et des classes ouvrières. On fait des paysans des Français. On fait de l'ouvrier désocialisé un membre de la classe ouvrière qui fait la guerre de 1914. Aujourd'hui, la société française paie très cher le fait qu'elle a absolument raté la décolonisation. Nous payons, quarante ans après, le fait qu'il y a eu des sous-citoyens. En Algérie, il y avait les citoyens indigènes et les citoyens nationaux. La question de l'appartenance citoyenne n'a pas été réglée par les textes. Ce n'est pas simplement l'idéologie égalitaire juridique qui permet de la régler. La République n'a pas intégré la classe ouvrière juste avec le bulletin de vote, mais aussi avec l'Etat providence, l'armée ou certains événements fondateurs. Il ne suffit pas de dire que les gens issus de l'immigration ont le droit de vote. Les formes nécessaires de reconnaissance, d'intégration et de prises de pouvoir n'existent pas. Il y a un échec historique de long terme de la société française, qui a été masqué par l'idéologie républicaine et qui nous explose aujourd'hui au visage. Or, on constate le retour en force de deux grandes idéologies : l'idéologie autoritaire et l'idéologie républicaine. Pour cette dernière, le droit peut et suffit à tout produire : obligeons tous les sujets de droit à reconnaître qu'ils sont des sujets de fait. Il faut commencer par critiquer sévèrement ce retour de l'idéologie autoritaire et ce développement du républicanisme abstrait.

Emmanuel TODD. Les valeurs de fond sont toujours là. Le fond culturel aussi. Cela pourrait marcher. Même les élites et la police sont restées correctes vis-à-vis des émeutiers, qui ont été considérés comme des enfants de notre pays. Il serait relativement aisé de réactiver le vieux système français. Toutefois, la France n'est plus à l'échelle des processus économiques, même si, le plus souvent, on refuse de le voir. Si l'on veut changer les règles, il faut changer d'échelle. La France ne peut pas sortir toute seule de la globalisation. Le moulin à prières républicain tourne à vide. Le modèle républicain est devenu idéologie dominante. Les hommes politiques n'osent plus dire que l'on ne peut plus trouver de solutions économiques à l'échelle du pays et le mot république est, le plus souvent, devenu un mot codé pour nation. Les élites de la nation laissent beau jeu au rêve régressif républicain en refusant de concevoir à l'échelle européenne les instruments de régulation du libéralisme. En somme, malgré leur opposition, le dogme républicain et le dogme libéral commencent à fonctionner comme un couple qui agirait de concert pour entériner le statu quo.

Eric MAURIN. Je ne suis pas d'accord. Une partie des problèmes est spécifique à la France et pourrait être réglée par les politiques nationales. Les inégalités de statut dans l'emploi, par exemple, sont particulièrement fortes en France. L'essentiel de l'ajustement de l'emploi porte sur l'insertion des jeunes au sortir de l'école. La société française est organisée autour d'inégalités statutaires, tout en arborant le langage de l'égalité. Cette donnée est spécifique à notre équation nationale et pourrait évoluer. Les éléments du malaise français n'ont pas tous à voir avec la mondialisation.

Jean-Pierre LE GOFF. La perte de volonté politique sur l'économie est un facteur important de la coupure avec les couches populaires. Les politiques donnent à l'opinion l'image d'une impuissance fondamentale. On a vu, avec les régimes communistes, les méfaits de l'économie administrée. Néanmoins, par un curieux renversement, beaucoup se sont mis à croire aux bienfaits mécaniques de la mondialisation et du libre-échangisme. Pour ma part, je suis favorable à un néoprotectionnisme européen renforcé. Les Etats-Unis n'ont aucun scrupule en la matière. Les politiques ont tenu en même temps des discours incohérents et en divorce avec la pratique. Je pense à François Mitterrand et à son tournant non assumé de la politique économique en 1983 : «Nous avons changé de politique sans en changer vraiment.» Je pense à Jacques Chirac, qui s'est fait élire sur le thème de la «fracture sociale». «Langue de caoutchouc» et pouvoir informe sont des éléments clés du désarroi de la société. Si Nicolas Sarkozy a du succès dans l'opinion, c'est parce qu'avec la façon qu'on lui connaît, il donne l'image d'un homme politique qui tient un discours fort et cohérent. En même temps, il est en train de faire glisser le modèle républicain vers autre chose, à l'encontre de la culture politique française. Avec la discrimination positive envers les minorités «visibles», il ouvre la boîte de Pandore en aggravant la généralisation de la suspicion de discrimination et de racisme dans les rapports sociaux, l'hypertrophie des plaintes et des droits. C'est du pain bénit pour l'extrême droite.

Pierre ROSANVALLON. Si l'idée républicaine peut devenir une réalité quotidienne, oui. Cependant, il ne faut pas que l'idéologie soit un frein à la pratique. La décision de Sciences-Po de recruter des élèves dans les ZEP ne concerne qu'une dizaine d'étudiants. Elle a pourtant donné lieu à un flot de réflexions théoriques hors de proportions. En France, une théorie générale de la République empêche des mini-expériences pratiques. Aujourd'hui, la République ne fonctionne pas comme une incitation à imaginer des pratiques courageuses, mais comme une espèce d'idéologie disqualifiante et qui est une excuse pour ne pas agir.

Eric MAURIN. Il y a des discriminations une fois que les personnes sont constituées. Mais il y a surtout des inégalités dans les processus de constitution des personnes. En France, les tentatives pour réduire ces inégalités de fond (comme les ZEP) sont aujourd'hui remises en question comme n'ayant pas porté leurs fruits, alors qu'elles n'ont, en fait, pas été appliquées. L'enveloppe globale destinée aux ZEP est relativement faible. Une fois saupoudré sur 15 % des élèves, le surcroît d'effort éducatif par élève devient dérisoire. Sans compter que ce sont les enseignants les moins expérimentés qui se retrouvent le plus souvent en première ligne. Aux Pays-Bas, une école n'est pas aidée en fonction de son territoire, mais du public qui, effectivement, la fréquente, et le surcroît d'effort par enfant d'immigré va du simple au double. Nous avons du mal à passer à l'acte.

Emmanuel TODD. Il faut faire attention aux comparaisons internationales. Les Pays-Bas sont très inquiets de constater que les enfants d'immigrés ne parlent pas néerlandais. Toute situation n'est pas comparable. Il faut traiter les problèmes français de façon ouverte en quittant le rêve de se débarrasser de la culture française.

Eric MAURIN. Je n'ai pas le sentiment de quitter le rêve de la culture française en suggérant, par exemple, de conditionner les ressources des écoles au nombre d'enfants exemptés de payer la cantine.

Jean-Pierre LE GOFF. La question de la discrimination positive dans le domaine économico-social et scolaire mérite débat. Faisons attention aux effets de ghettoïsation. Tirons les leçons des ZEP. Il ne suffit pas de donner de l'argent, il faut trouver des formes nouvelles de rencontre entre les différentes catégories sociales. Mais avec la formule des «minorités visibles», on est en train de passer à une autre approche : la discrimination positive selon l'ethnie ou la couleur de peau ! Enfin, concernant l'Europe et la nation, je pense que l'Europe ne fonctionne pas comme un cadre d'identification, en particulier dans les banlieues. La gauche a trop rapidement mis de côté la question nationale et celle de l'articulation entre l'Europe et la nation. Je crois à une Europe où les nations restent un socle premier d'identification.

Pierre ROSANVALLON. Il existe un fort décalage structurel entre les idéologies et les pratiques politiques, sociales et économiques, qui, seules, apporteront des solutions. En dix ans, 50 milliards d'euros ont été dépensés dans les zones urbaines sensibles, une somme absolument considérable, mais qui a été dépensée pour des structures, jamais pour des programmes et des personnes. Si l'on donnait à 100 lycées ou collèges des enveloppes permettant de retenir les meilleurs moyens, on aurait peut-être des résultats différents. Je crois qu'il n'existe pas de solutions identiques et générales. A investissement égal, les politiques de la ville en France ont produit moins d'effets qu'aux Etats-Unis, où il y a eu plus d'investissements sur des projets et des petites expériences locales. L'exemple des banlieues montre que les grandes réformes uniformisatrices et gérées du sommet ne permettent pas de trouver des solutions. Il faut favoriser des moyens décentralisés, mis en oeuvre par les acteurs eux-mêmes, recréer des pôles de prise de parole et d'initiative. Combien d'associations de mères sont-elles aujourd'hui subventionnées ? Combien de crèches associatives existent dans les quartiers ? Ce n'est pas la surimpression d'un Etat plus puissant face à un individu désocialisé qui sera la solution. Nous avons là l'exemple le plus criant d'une mauvaise gestion d'un certain type de services publics.

Jean-Pierre LE GOFF. Le problème initial est celui de l'impuissance des politiques face à l'économique. Cela fait trente ans que nous sommes dans une situation de chômage de masse. Le problème n'est pas simplement économique et social. Dans sa dimension anthropologique, le travail est l'une des conditions indispensables pour retrouver l'estime de soi : il est un élément décisif de confrontation avec le réel, de l'apprentissage de la limite. Le discours généreux de la citoyenneté coupée du travail est une impasse. Les associations dites citoyennes sont devenues des accompagnatrices sociales du chômage de masse.

Pierre ROSANVALLON. La gauche a été internationaliste pendant plus d'un siècle, par définition. Dans les années 80, elle a ressenti le moment de redonner une importance à l'idée de nation. Toutefois, il ne faudrait pas que le mot nation devienne le seul horizon producteur d'intégration, de citoyenneté et d'égalité. Le problème de la France n'est tout de même pas d'être trop multiculturelle et d'avoir des victimes au pouvoir ! Ne projetons pas ce qui pourrait devenir des dangers sur ce qui serait déjà une réalité catastrophique.

Jean-Pierre LE GOFF. La question de l'érosion de l'autorité de la puissance publique n'est pas simplement un danger à venir, mais elle est bien là depuis trente ans ! Une partie de la gauche s'est convertie au multiculturalisme de façon angélique, sans en mesurer les effets, et il existe bien dans la société un climat délétère de victimisation qui est allé de pair avec l'impuissance compassionnelle de l'Etat. On peut critiquer les faiblesses du modèle républicain, mais n'oublions pas qu'à sa façon Sarkozy en amène un autre dont les effets ne peuvent, à mon sens, que renforcer le délitement du lien de citoyenneté. Le danger principal de Nicolas Sarkozy est qu'il tente de faire passer un modèle de vivre-ensemble qui heurte profondément la tradition républicaine de la société française, notamment avec la question des minorités visibles.

Sarkozy, sauveur ou fauteur de troubles ?

Emmanuel TODD. La question du rapport à l'autorité m'a beaucoup intéressé ces derniers temps. Si l'on s'intéresse au facteur déclenchant de la crise, le personnage de Nicolas Sarkozy a cessé d'être une image d'autorité. Le ministre de l'Intérieur a commis l'erreur de se mettre dans le groupe générationnel de ses interlocuteurs. Il est devenu, dans l'inconscient collectif des jeunes, le «voyou de Neuilly», agité plutôt que de droite. La première chose que l'on apprend aux professeurs qui vont enseigner dans ces banlieues est de ne jamais se mettre au niveau générationnel de leurs élèves. Par ailleurs, Sarkozy ne voit pas que les choix politiques et économiques doivent composer avec des tendances du fond anthropologique français. Il finira bien par découvrir que l'on ne peut pas gouverner la France contre ses valeurs.

Eric MAURIN. Nicolas Sarkozy a fait une lecture des classes moyennes et populaires en prenant le parti d'incarner certaines fractions et certaines colères, celles qui se sont exprimées le 21 avril et lors du référendum. Le parti pris n'est pas celui de la réconciliation. Les divisions traversent les quartiers et les familles dans les quartiers. Nicolas Sarkozy mise sur la fraction des classes populaires menacée dans ses statuts et qui veut davantage de sécurité.

Emmanuel TODD. J'ai le sentiment que les éditorialistes et les directeurs de grands médias surestiment énormément le degré de cohérence du projet du ministre de l'Intérieur. Il s'est mis au niveau de ses interlocuteurs, ne l'oublions pas. Si je cherchais du sens social à Nicolas Sarkozy, je le chercherais dans sa personnalité narcissique et exhibitionniste.

Pierre ROSANVALLON. Les plus audibles, dans les débats d'aujourd'hui, sont les chefs de file des grandes idéologies : l'idéologie néolibérale, l'idéologie autoritaire et l'idéologie républicaine. Ce sont les champions du slogan et du schématisme. Or les «y a qu'à» ne suffiront pas.

Jean-Pierre LE GOFF. Il faut tirer les leçons de ce qui s'est passé dans les années 80 avec la politique de la ville et des associations, avec sa logomachie, ses procédures insipides, son aspect guichet pour les subventions... Les associations jouent un rôle de traitement social du chômage, recréent des liens de solidarité, luttent contre l'échec scolaire, font vivre des quartiers... Ce n'est pas rien. Mais disons-le clairement : la politique de la ville, avec son tissu associatif, n'est pas la politique de l'emploi et ne peut lui servir de succédané. Il existe d'autre part une idéologie gauchisante minoritaire au sein du milieu associatif qui réduit l'histoire de notre pays à ses pages les plus sombres et renforce la mentalité victimaire des jeunes en présentant leur situation dans la continuité de celles faites aux esclaves et aux peuples colonisés. Cette idéologie travaille à l'encontre de l'intégration. La gauche démocratique doit s'en démarquer clairement. Sans nier les pages sombres de notre histoire, l'intégration implique la conscience des acquis de notre histoire et le partage d'un patrimoine culturel commun. C'est dans ce cadre que l'éducation populaire peut retrouver un nouveau souffle.

Pierre ROSANVALLON. La question n'est pas simplement celle de l'exclusion. La société française est un système généralisé d'inégalités. Elle fonctionne de façon globale à travers des mécanismes très fins et complètement disséminés de ségrégation et d'institution des différences ­ y compris du point de vue scolaire et universitaire. Il n'y a qu'en France qu'existe encore le système des grandes écoles hiérarchisées, par exemple. La question des banlieues se pose à l'intérieur de cette société de la différence, de la ségrégation et de l'inégalité généralisée.

Eric MAURIN. Nous sommes passés progressivement d'un monde industriel à une économie de services. Cette évolution a des conséquences profondes sur les relations que les classes sociales entretiennent entre elles. Les différentes fractions de classes sociales coexistaient et négociaient sur les lieux de travail. Aujourd'hui, dans l'économie de services, chaque fraction de classe sociale travaille sur des lieux différents, entretenant avec les autres des rapports médiatisés par le seul marché. Nous sommes passés d'une exogamie sur le lieu de travail à un monde où toutes les tensions endogamiques sont libérées. Cela me semble un facteur de fragmentation sociale beaucoup plus puissant que la piste de lecture que l'on essaie d'imposer : celle de la discrimination raciale ou ethnique. Il n'y a pas de discrimination raciale ou ethnique à l'école. Ce n'est pas la discrimination qui explique la disqualification massive des enfants de milieux pauvres.

Pierre ROSANVALLON. Il y a quand même de la discrimination dans l'emploi et dans l'habitat.

Eric MAURIN. La discrimination initiale reste avant tout économique. L'exemple emblématique de lutte antidiscrimination est aujourd'hui la discrimination positive pour l'entrée à Sciences-Po. Cette initiative est sans doute sympathique, mais valide implicitement l'hypothèse que l'entrée dans les grandes écoles est interdite aux enfants d'immigrés parce qu'ils ne sont pas blancs. C'est faux, le problème numéro un est ailleurs, c'est la pauvreté. Qui, parmi les enfants de milieux populaires ayant eu une mention au bac à Roubaix, peut financer des études à Sciences-Po à Paris ? Les enfants des classes populaires de Roubaix n'ont pas les moyens de venir étudier à Paris, ni ceux de répondre à armes égales avec les enfants de la bourgeoisie parisienne à une épreuve de culture générale au concours d'entrée à Sciences-Po.
© Libération

up  

VIOLENCES URBAINES: UN ÉLU TOULOUSAIN DÉNONCE 'UNE JUSTICE À L'ABATTAGE' (France)

par Perrine Latrasse

16/11/2005v - "Ce n'est pas une justice à l'abattage qui va calmer la situation" dans les banlieues, estime Salah Amokrane, élu Motivé-e-s au conseil municipal de Toulouse, qui dénonce les comparutions immédiates des jeunes soupçonnés d'implications dans les violences et souligne qu'il a vainement tiré la sonnette d'alarme dès le mois dernier. Pour ce militant de gauche interrogé mardi par l'agence Associated Press, la solution ne réside pas dans la prison qui constitue "la meilleure formation pour délinquants". Il se sent toutefois "partagé" sur la demande de certaines associations d'amnistier les auteurs des dégradations.

"Ces violences sont l'expression d'une colère extrêmement forte, une révolte, ce qui n'est jamais pacifique", souligne-t-il, tout en reconnaissant qu'il est "difficile de faire un tri" entre ceux qui ont agi par bêtise ou mimétisme et ceux qui ont agi par révolte. Il aurait toutefois aimé voir le président Jacques Chirac, dans son intervention radio-télévisée de lundi soir, "reconnaître la responsabilité de l'Etat dans cette situation".

A 41 ans, Salah Amokrane, siège avec deux autres militants de Motivé-e-s au conseil municipal. Issu du milieu associatif des quartiers Nord de Toulouse, le frère de Mouss et Hakim Amokrane, membres du groupe de rock Zebda, a un long passé de militant anti-raciste, depuis les marches pour l'égalité dans les années 1980, jusqu'à la fondation des Motivé-e-s en 2000.
Il travaille pour le Tactikollectif, une association à but "culturel et citoyen" installée dans le quartier des Minimes, qui organise prochainement le festival "Origines Contrôlées" (du 26 novembre au 3 décembre à Toulouse).
Il a tenté d'alerter les autorités municipales sur la dégradation de la situation dans la Ville rose.

"Il y a un mois, j'ai refait une intervention au conseil municipal pour demander un engagement fort des pouvoirs publics afin de lutter contre les problèmes de discriminations, en disant qu'à force de les subir, les jeunes allaient devenir fous, surtout dans ce contexte économique difficile", rappelle-t-il, amer de voir les idées de Motivé-e-s complètement ignorées par le conseil municipal dirigé par l'UMP Jean-Luc Moudenc. Et pourtant le mouvement citoyen soutenu par Zebda a remporté "13% des voix" aux élections, souligne Salah Amokrane.

Quant au milieu associatif, déplore l'élu, il vit du bon vouloir de la municipalité. Et de dénoncer le gel des crédits aux associations, qui éprouvent des difficultés croissantes à "maintenir un lien social".
M. Amokrane se déclare donc "peu surpris" par l'éruption de violences dans les quartiers de La Reynerie ou du Mirail frappés par "50% de chômage". "En avril dernier, la situation était tout aussi tendue à Toulouse. Cette fois, il y a un cran supplémentaire dans le sens où c'est concomittant avec d'autres villes", constate-t-il. En outre, "on s'attaque cette fois beaucoup à des écoles, ce qui est révélateur et très inquiétant, car on dirait que l'Ecole est devenue le symbole de l'échec".

Après ces événements, les Motivé-e-s s'interrogent sur l'efficacité de leur action politique et voudraient renforcer les échanges avec d'autres mouvements citoyens similaires pour gagner en influence.
Et au moment où le gouvernement fait approuver par le Parlement la prorogation pour trois mois de l'état d'urgence, Salah Amokrane juge "catastrophique" d'avoir recours à une loi datant de la guerre d'Algérie. Un "symbole" lourd de sens pour le militant, qui estime que la France continue de vivre dans un "système de représentations hérité de son passé colonialiste".
"On nous a ressorti une loi de la guerre d'Algérie et le Parti socialiste a été digne de Guy Mollet", assène-t-il, dénonçant le "racisme institutionnalisé" à tous les niveaux et plus généralement "l'attitude paternaliste" et compassionelle" de la gauche dans son analyse des discriminations en France.
© Le Nouvel Observateur

up  

OÙ VA LA RÉPUBLIQUE? (France)

Il faut remettre en cause les choix néolibéraux qui ont conduit à l'explosion des banlieues.
par Daniel HEMERY, Claude LIAUZU, Gilbert MEYNIER et Pierre VIDAL-NAQUET
Daniel Hémery, Claude Liauzu et Gilbert Meynier sont historiens ; Pierre Vidal-Naquet est directeur d'études émérite à l'EPHE.


16/11/2005 - Signataires de l'appel des historiens contre la loi du 23 février sur le rôle positif de la colonisation, nous ne pouvons pas demeurer silencieux sur des affrontements qui révèlent une crise profonde de la société et l'incapacité de la classe politique à proposer des solutions, qui suscitent une dérive xénophobe dans l'opinion. Dérive exploitée par l'extrême droite et une droite de plus en plus musclée, chassant sur les mêmes terres.

Couvre-feu ! Perquisitions ! Interdiction des rassemblements ! C'est l'état d'urgence ! Mais quelle urgence, pour quel Etat ? Le décret (dont on annonce la prolongation) est pris en application de la loi adoptée le 25 avril 1955, au moment où la guerre remplace la politique en Algérie, annonçant la bataille d'Alger et ses crimes, la répression sanglante de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris, par une police sous les ordres de Maurice Papon.

Selon certains, ce serait la preuve de la «fracture coloniale» ­ formule aussi creuse et raccrocheuse que la fracture sociale, dont on peut mesurer la validité (ou la vanité) ! ­, la preuve que la République traite ses «indigènes» comme autrefois. Pas pour nous. Le spectre du conflit ethnique, de l'islam qui hante beaucoup d'esprits, agité de manière cyclique, cache la réalité de conflits sociaux et de mouvements qu'il faut analyser et auxquels il faut apporter des réponses. Des réponses qui ne soient pas une aggravation de la discrimination en fonction de l'origine comme le fait le gouvernement, ni la lutte de minorités contre la société dominante. Une telle lutte ne pourrait déboucher que sur un populisme identitaire, c'est-à-dire une inversion indigéniste, un doublet du lepénisme, et conforter les tenants de la ségrégation et du racisme.

Un capitalisme sauvage a tout avantage à avoir ses «sauvageons». C'était le cas au début de la Révolution industrielle dans le Paris des Misérables, où les «classes laborieuses» ­ affublées des qualificatifs de «nomades», «bédouins», «barbares» ­ étaient considérées comme «classes dangereuses» par le parti de l'Ordre. Deux siècles après, un processus gigantesque d'exclusion frappe ceux qui sont venus du plus loin (d'outre-mer) et le plus tard (au bout des trente glorieuses, quand la société industrielle entre en crise).

Aucun des responsables, ni politiques ni associatifs, ne paraît s'aviser que la détérioration de la situation est due structurellement à la sauvagerie intrinsèque d'un capitalisme débridé. Même les violences d'une partie des adolescents de banlieue ne sont que l'intériorisation des valeurs brutales de ce capitalisme. Pourquoi les jeunes révoltés détruisent-ils les voitures ­ qui représentent un symbole de consommation inatteignable ? Pourquoi font-ils flamber les écoles et les gymnases ­ qui sont des lieux de l'éducation collective ? Pourquoi cassent-ils les cabines téléphoniques ? Pourquoi ne cassent-ils pas leurs portables ­ symboles de la privatisation de la communication ? Ils s'attaquent à la chose publique qui n'a de valeur pour eux que consumériste. Ajoutons que la délinquance est une composante de ce système.

L'école ? La cage d'escalier nettoyée ? Les «grands frères» ? La Marseillaise pour les enfants ? Le silence de la droite comme de la gauche sur les solutions est assourdissant ! Elles ne proposent rien aux sans-papiers, aux sans-travail, aux sans-logis, à ces millions de sans-espoir que le système condamne à rester aux marges. Les forces qui se réclament de la démocratie et de la justice sociale doivent d'urgence organiser un mouvement de solidarité, affirmer l'impératif d'un changement radical des choix économiques néolibéraux qui ont conduit à l'explosion actuelle, le refus d'une ethnicisation des problèmes, la nécessité de rechercher les solutions à l'échelle mondiale.

Une République a perdu son âme entre Dien Bien Phu et Alger. La Ve la perdra-t-elle face aux banlieues ?
© Libération

up  

ETAT POLICIER ? (France)

par Patrick SABATIER

16/11/2005 - S'il y a un coupable d'«angélisme» face à la crise des banlieues, c'est Nicolas Sarkozy, bien plus que la gauche. Il faut en effet beaucoup d'aveuglement au ministre de l'Intérieur pour croire qu'une législation d'exception puisse être un remède efficace à l'explosion de rage qui a enflammé les banlieues. Ou que l'état d'urgence puisse soigner les maux du racisme, du chômage, et des injustices qui sont aux racines du malaise français. On soupçonne qu'il s'agit plutôt pour lui de se cacher derrière le bâton de la répression, pour faire oublier l'échec patent de sa politique, et l'absence béante de toute amorce (ou idée) de solution de la part du gouvernement dont il fait partie.

L'état d'urgence, quand il a été proclamé, était contestable, sinon a priori condamnable. Sa prorogation est inutile, et peut même s'avérer dangereuse. La France, a expliqué le porte-parole du gouvernement à la presse étrangère, «n'est pas en feu». Pourquoi alors cette mise en scène, disproportionnée, de guerre civile ? En quoi les forces de l'ordre auraient-elles été empêchées de maintenir (ou de rétablir) la sécurité sans l'arsenal de l'état d'urgence, alors que les violences refluent ? On flaire la manoeuvre politicienne : gonfler les biceps de l'Etat, moins pour impressionner les «casseurs», que pour rassurer un électorat inquiet et exaspéré, dont on craint qu'il ne se jette dans les bras de l'extrême-droite, et qu'on veut détourner de la gauche accusée de mollesse.

L'excès est toujours signe de faiblesse, y compris dans la répression.

Mais la menace la plus grave est celle d'une érosion sournoise de principes fondamentaux de la République. Les libertés s'usent quand on ne s'en sert pas. Et le pouvoir de l'Etat a tendance à glisser sur la pente savonneuse de l'abus (de pouvoir), quand il n'est plus bridé par la contrainte du respect des libertés. A invoquer à tort et à travers les anges gardiens de la sécurité, on court le risque d'en faire les démons d'un Etat policier.
© Libération

up  

BANLIEUES : CHIRAC DÉFEND L’ÉTAT D’URGENCE (France)

Jacques Chirac s'est adressé pour la première fois directement aux Français lundi soir, dans une allocution à la télévision sur les violences en France pour justifier le prolongement de l’état d’urgence.

16/11/2005 - S’adressant directement aux Français et ce pour la première fois depuis le début des émeutes qui continuent à enflammer la France depuis le 27 octobre dernier, le président Jacques Chirac a déclaré que ces violences traduisent "une crise de sens, une crise de repères, une crise d'identité". « Nous ne construirons rien de durable si nous ne reconnaissons pas et n'assumons pas la diversité de la société française », a déclaré le président. Jacques Chirac a ajouté que les enfants des quartiers difficiles quelles que soient leurs origines (...) sont tous les filles et les fils de la République. Il a, même, annoncé la création d'un service civil volontaire pour 50.000 jeunes qui auraient ainsi accès à la formation et à l’assistance.

M. Chirac a justifié son souhait de proroger l'état d'urgence "pour une durée limitée" par la nécessité de "rétablir l'ordre public" et de "donner au gouvernement les moyens d'agir".

Toutefois, le président français n’a pas manqué d’insister une fois de plus sur la fermeté. Tout acte criminel sera puni. « Ceux qui s'attaquent aux biens et aux personnes doivent savoir qu'en République on ne viole pas la loi sans être appréhendés poursuivi et sanctionné, » a-t-il affirmé.

Ce discours que le président Chirac a adressé lundi soir avait pour but d’apaiser la polémique concernant le prolongement de l’état d’urgence. Une décision vivement critiquée par la gauche ainsi que diverses ONG notamment, SOS Racisme.

Les socialistes ont, d’ailleurs, manifesté "leur extrême réserve", selon le porte-parole du parti, Julien Dray qui juge l'état d'urgence "peu appliqué". Les Verts, eux, ont annoncé leur intention de voter "contre cet état d'urgence. « Une telle mesure fait croire à une guerre civile qui n'existe pas, » estiment-ils. Pour Nicole Borvo, présidente du groupe communiste au Sénat, il s’agit d’une « nouvelle provocation d'un gouvernement qui érige la démonstration de force en stratégie politique ».

«C’est un choix fort dangereux et contestable au regard des libertés publiques et des droits fondamentaux,» a estimé, pour sa part, dans une lettre ouverte adressée au président le Syndicat de la magistrature (SM, gauche).

La majorité des journaux français ont titré hier leur Une sur les déclarations de Jacques Chirac. Le journal socialiste Libération a opté pour un titre moqueur : «Jacques Chirac a chaussé ses lunettes». Effectivement, le président Chirac, lors de cette sortie médiatique, ne portait pas de lunettes.

«Ce discours était très attendu, estime en effet Libération. Mais le président s'est limité à la constatation d'une crise d'identité sans apporter de remède nouveau contre les discriminations.»

«À l'entendre, poursuit le journal, la médication est déjà en place avec la politique Borloo et le reste est affaire de bonne volonté de chacun : les jeunes, les maires, les syndicats et les médias, invités à refléter la diversité de la France.»

Par ailleurs, le quotidien économique Les Echos, est revenu sur la mesure concernant le service civil volontaire estimant que c’est une idée qui va vers la bonne direction. « Demander aux jeunes de consacrer quelques mois de leur vie au service de la collectivité devrait favoriser un certain brassage social et donner un début de réponse à cette question fondamentale : qu'est-ce que c'est d'être français aujourd'hui ?, » estime le quotidien.
© Aujourd'hui le Maroc

up  

LE JOUG DE LA RÉPUBLIQUE (France)

Pascale Dufour
Professeure au département de science politique de l'Université de Montréal


16/11/2005 - Pourquoi n'a-t-on pas encore assisté à une mobilisation massive des milieux de gauche en France devant la provocation d'un gouvernement à la recherche de son futur électorat?

Parce que la question des banlieues est depuis 20 ans une non-question. Parce que les partis politiques de gauche n'ont pas su mettre en mots ce que plusieurs sociologues, cinéastes et intervenants sociaux ont depuis longtemps documenté : l'absence de débouché politique à une révolte souvent vécue de manière isolée, une rage plus destructrice pour ceux qui la portent que pour leur environnement. Il n'y a aucun projet politique dans les émeutes urbaines que la France connaît en ce moment, seulement ce message de perte de pouvoir absolu : la seule chose que les jeunes peuvent faire, c'est détruire, casser, pour prouver leur existence au monde et à eux-mêmes.

Pourquoi cette ignorance collective et l'absence d'actions concrètes depuis plus de 20 ans ?

Parce que la question des banlieues est une question «délicate», «difficile», «multidimensionnelle». Mais surtout parce que c'est une question qui, tel un miroir, renvoie la désagréable impression d'être d'une certaine façon collectivement responsable de l'échec du modèle d'intégration à la française.

Tout expliquer

Il est tellement plus rassurant de traiter les problèmes sur un mode sectoriel et individuel. Le chômage massif des jeunes serait une question de manque de formation ou de manque de compétences; l'échec scolaire, lui, est renvoyé à l'incapacité parentale de soutenir ces jeunes de la troisième ou de la quatrième génération (mais quand arrêtera-t-on de compter ?) et de leur offrir un modèle valorisant, conforme à ce que la France attend d'eux.

L'échec de l'intégration est quant à lui renvoyé à l'histoire de l'immigration, l'origine ethnique, la religion des personnes. Même les pratiques de discrimination à l'endroit des jeunes Français des banlieues sont renvoyées à des réactions de peur, individuelles, des Français du centre-ville, eux-mêmes en voie de déclassement social. Il s'agit alors de travailler à l'amélioration des comportements individuels, de part et d'autre, sans bien sûr remettre en cause les processus sociaux qui sous-tendent ces comportements.

Comment ne pas s'inquiéter, comment garder son calme, lorsque le langage quotidien a complètement normalisé l'infériorité de l'autre ainsi que son «étrangeté» ? Ces jeunes sont «eux» sans rapport avec le «nous» qui, lui, est bien français.

L'impensable différence

Que devient une démocratie quand une partie de ces citoyens est dans l'incapacité d'y pratiquer la démocratie ? Que reste-t-il comme moyens d'action et de protestation collectifs à des citoyens privés d'espoir, coincés dans des cités, sans médiation au sein de leur société ? Ne faudrait-il pas se poser la question du sens politique des actes de vandalisme commis au cours des dernières semaines ou, plutôt, du non-sens politique qu'ils portent ?

La France va mal. Il est temps que les citoyens français fassent individuellement et collectivement leur examen de conscience. La République une et indivisible, la république laïque, la république des droits de l'homme n'est pas adaptée à la modernité parce qu'elle ne tolère pas la différence. Plus encore, elle refuse même de la penser.

Tout comme l'analyse féministe nous a révélé l'existence, en France et ailleurs, d'un système de domination, le patriarcat, nous devons aujourd'hui considérer le racisme comme un problème systémique qui dépasse largement le problème des comportements individuels.

Il existe des modes de relations entre les citoyens de ce beau pays qui, de manière systématique, organisent la mise à l'écart de certains au profit des autres. C'est vrai au travail; c'est vrai à l'école; c'est vrai dans la rue; c'est vrai en politique.

Le monde actuel est pluriel. Qu'on valorise cette diversité ou qu'on la craigne, nous devrons tous vivre avec elle. Et nous devons tous en tirer les conséquences en matière de réformes à mettre en oeuvre.

Il n'y a pas, bien sûr, de solutions magiques ou de recettes toutes faites à appliquer. Il s'agit bien plus d'amorcer un débat collectif courageux et de lever le voile sur des tabous qui empoisonnent la vie politique française depuis au moins la guerre d'Algérie. Comment a-t-on pu en arriver là ?

Si le projet politique porté par les philosophes des Lumières était un projet émancipateur qui visait à libérer les consciences individuelles du joug du catholicisme, il faut aujourd'hui plaider pour l'émancipation des citoyens français du joug de la République et de la philosophie qui la sous-tend. Et ça presse !
© Le Devoir

up  

C’EST LA QUESTION SOCIALE QUI EST PRIMORDIALE (France)

Stéphane Beaud, maître de conférences en sociologie à l’université de Nantes, a publié divers travaux sur les jeunes des milieux populaires (1), sur les violences urbaines (2) et sur le monde ouvrier (3). Propos recueillis par Cathy Ceibe et Rosa Moussaoui.

15/11/2005 - Les violences urbaines qui se sont étendues à tout le pays dessinent-elles un phénomène nouveau par leur ampleur et le profil des individus impliqués ?

Stéphane Beaud. La nouveauté, c’est la durée, le phénomène de contagion et peut-être l’importance de la participation de mineurs de 12 à 16 ans. Conjugués à la crise sociale à laquelle la France est en proie, et que les classes populaires paient au prix fort, les effets sociaux des politiques menées depuis 2002 ont, je crois, un rôle important dans ce qui vient de se produire. Les problèmes sont bien sûr structurels, mais on ne peut pas nier qu’ils ont été aggravés par une politique sociale antiredistributrice. On donne de l’argent aux riches, à travers les baisses d’impôts, et parallèlement on supprime l’argent aux associations et, pour les jeunes, toutes les petites portes de sortie, comme par exemple les emplois-jeunes. Ces emplois, pour de nombreux jeunes des quartiers, offraient un premier palier d’insertion, de socialisation professionnelle. Ils avaient cinq ans devant eux pour se reconstruire, prendre confiance en eux, rencontrer enfin le monde du travail. Cette expérience leur a permis de découvrir d’autres milieux sociaux, mais aussi l’existence de luttes politiques, syndicales. Mais c’était limité aux bacheliers. On n’a vraiment pas fait grand-chose pour les « bac - 5 » n comme ceux-ci se désignent par autodérision. Enfin, on ne peut pas comprendre ce phénomène de contagion sans prendre en considération les propos délibérément insultants de Nicolas Sarkozy, des propos calculés, qui participent d’une stratégie de la tension. C’est un jeu dangereux dans le contexte actuel de déstructuration des classes populaires et de craintes de déclassement des classes moyennes.

Vous analysez, au fil de certains de vos travaux avec Michel Pialoux, une rupture de la classe ouvrière avec le monde du travail. Comment s’est construite cette rupture ?

Stéphane Beaud. Un taux de chômage durablement au-dessus de 10 %, qui peut monter jusqu’à 40 % pour les jeunes dans certains quartiers, cela finit par miner de l’intérieur une société. Ce chômage perturbe les perspectives d’avenir à l’échelle individuelle et déstabilise les familles en accroissant le nombre de séparations et de familles monoparentales. Certains parents, qui ne se sont pas construits comme salariés, sont tout simplement débordés par leur situation. Pour la génération d’enfants d’immigrés qui ont aujourd’hui quarante ans, les choses étaient très différentes. Le père, ouvrier, était très présent, et cette présence offrait aux enfants de solides structures mentales. Les familles les plus stables socialement ont peu à peu quitté les cités où il tend à ne rester que les « assignés à résidence », qui se vivent comme tels.

Pourquoi récusez-vous l’idée de « discrimination positive » ? Au regard de l’ampleur des discriminations, pensez-vous que les jeunes d’origine immigrée puissent adhérer au « retour aux principes fondateurs de la République » que vous prônez ?

Stéphane Beaud. Le problème fondamental, c’est que ces principes de liberté, d’égalité, de fraternité ne sont pas à leurs yeux appliqués ! Ces jeunes subissent tous les jours le fossé entre ces principes et la réalité des contrôles policiers au faciès, des discriminations à l’embauche. D’où ce fort sentiment d’injustice. Il y a vingt ans, la marche pour l’égalité était animée par des jeunes, souvent étudiants, plutôt politisés dans le sillon de la gauche, qui ont entraîné tout le monde avec eux.

Au contraire, un clivage frappant traverse la génération actuelle. Avec d’un côté ceux qui espèrent s’en sortir de manière individuelle, par l’école, le diplôme. Et, de l’autre, ceux qui restent sur le bord de la route, tôt dans leur parcours scolaire. Ceux-là commencent, très jeunes, dès douze ou treize ans, à « emmerder tout le monde », tout simplement parce qu’ils se sentent mis à l’écart. Comme nous le disait un éducateur de Montbéliard rencontré lors de l’enquête sur l’émeute urbaine, « ces jeunes-là, il faut leur tendre la perche ». Or ce principe est oublié.

Les jeunes de cités, parce qu’ils sont noirs ou basanés, font peur. Cela entraîne un cercle vicieux : au racisme répond ce que j’appellerais un « contre-racisme », qui s’explique par les différentes formes de racisme qu’ils ont vécues.

Reste que c’est la question sociale qui est primordiale. Des enfants d’immigrés qui ont aujourd’hui plus de quarante ans sont devenus chercheurs, profs, médecins. Parce que la cité fonctionnait, parce que l’école pouvait jouer pleinement son rôle. Depuis une vingtaine d’années, la société se fracture de toutes parts, et on n’a pas voulu voir ce problème social. C’est lui qui nous explose aujourd’hui à la figure.

Malgré cette « déstructuration » des classes populaires, vous décelez chez les jeunes des cités un fort potentiel de lutte et de politisation. Pourtant, les récentes émeutes donnent l’impression que des jeunes se tournent vers la violence précisément parce qu’ils n’ont pas le langage et les outils politiques pour exprimer leur révolte...

Stéphane Beaud. On ne peut pas parler de politisation au sens strict pour les jeunes à l’origine des violences. Pour ceux-là, c’est un cri de rage, de révolte contre un ordre des choses insupportable, avec l’autodestruction comme tonalité principale. Gérard Mauger parle de « proto-politisation », en ce sens que, pour la première fois peut-être, ils se mettent régulièrement à l’écoute des propos de Sarkozy. Réclamer sa démission, c’est un acte politique et peut-être l’embryon d’une forme de politisation. Ces jeunes trouveront-ils des alliés, chez d’autres jeunes dans les cités, ou du côté des étudiants politisés ? La suite en dépendra. Les jeunes de cité bacheliers, eux, expriment souvent une révolte face aux humiliations qu’ils ont vécues et ils ont les armes culturelles, intellectuelles pour penser leur situation, un peu comme les ouvriers français d’il y a trente ou quarante ans, exclus du collège, qui sont devenus des militants ouvriers. Mais la gauche n’a pas su ou voulu voir ce potentiel. En jouant la carte du « beur de service », elle a raté l’intégration de toute une génération dans les mairies, au Parlement, dans les instances représentatives.

(1) 80 % d’une classe d’âge au bac... et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire, Stéphane Beaud, La Découverte, 2002, 2003.

Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue, Stéphane Beaud et Younes Amrani, La Découverte, 2004, 2005.

(2) Violences urbaines, violence sociale, Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Fayard, 2003.

(3) Retour sur la condition ouvrière, Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Fayard, 1999.
© L'Humanité

up  

BANLIEUES : LE DISCOURS DE JACQUES CHIRAC À LA TÉLÉVISION (France)

15/11/2005 - Le Président de la République s'est exprimé lundi soir, à la télévision, sur les violences urbaines. Il a notamment annoncé la création d'un service civil volontaire, rejeté la politique des quotas d'immigration et déclaré que la pression perdurerait pour maintenir l'ordre. Voici le texte de son allocution télévisée, telle que retransmise par l'Elysée :

Mes chers compatriotes,

Les événements que nous venons de vivre sont graves. Ils ont entraîné des drames humains et des pertes matérielles considérables. La justice est saisie : elle fera toute la lumière, elle sera sans faiblesse. Les procédures d'indemnisation seront accélérées. A toutes les victimes, à leurs familles, je veux dire ma peine et la solidarité de la nation tout entière.

Ces événements témoignent d'un malaise profond. Certains ont provoqué des incendies dans les quartiers mêmes où ils habitent, ils ont brûlé les voitures de leurs voisins, de leurs proches, ils s'en sont pris à leurs écoles, à leurs gymnases.

C'est une crise de sens, une crise de repères, c'est une crise d'identité.

Nous y répondrons en étant fermes, en étant justes, en étant fidèles aux valeurs de la France.

Face aux violences des dernières semaines, face aux souffrances et aux difficultés de tant de nos concitoyens, notamment parmi les plus vulnérables, la première nécessité, c'est de rétablir l'ordre public. J'ai donné au Gouvernement les moyens d'agir. J'ai notamment décidé de proposer au Parlement de proroger, pour une durée limitée, l'application de la loi du 3 avril 1955. Ceux qui s'attaquent aux biens et aux personnes doivent savoir qu'en République on ne viole pas la loi sans être appréhendé, poursuivi et sanctionné. Et je veux rendre hommage aux forces de l'ordre, aux policiers, aux gendarmes, aux pompiers, aux maires et aux élus, aux magistrats, aux travailleurs sociaux, aux enseignants, aux associations qui se sont mobilisés pour ramener le calme et la tranquillité. Ils font honneur à la République.

Des problèmes, des difficultés, beaucoup de Français en ont. Mais la violence ne règle jamais rien. Quand on appartient à notre communauté nationale, on en respecte les règles.

Les enfants, les adolescents ont besoin de valeurs, de repères. L'autorité parentale est capitale. Les familles doivent prendre toute leur responsabilité. Celles qui s'y refusent doivent être sanctionnées, comme la loi le prévoit. Celles qui connaissent de grandes difficultés doivent en revanche être activement soutenues.

Ce qui est en jeu c'est le respect de la loi mais aussi la réussite de notre politique d'intégration. Il faut être strict dans l'application des règles du regroupement familial. Il faut renforcer la lutte contre l'immigration irrégulière et les trafics qu'elle génère. Il faut intensifier l'action contre les filières de travail clandestin, cette forme moderne de l'esclavage.

Mais l'adhésion à la loi et aux valeurs de la République passe nécessairement par la justice, la fraternité, la générosité. C'est ce qui fait que l'on appartient à une communauté nationale. C'est dans les mots et les regards, avec le coeur et dans les faits, que se marque le respect auquel chacun a droit. Et je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, quelles que soient leurs origines, qu'ils sont tous les filles et les fils de la République.

Nous ne construirons rien de durable sans le respect. Nous ne construirons rien de durable si nous laissons monter, d'où qu'ils viennent, le racisme, l'intolérance, l'injure, l'outrage.

Nous ne construirons rien de durable sans combattre ce poison pour la société que sont les discriminations.

Nous ne construirons rien de durable si nous ne reconnaissons pas et n'assumons pas la diversité de la société française. Elle est inscrite dans notre Histoire. C'est une richesse et c'est une force.

Mes chers compatriotes,

Le devoir de la République, c'est d'offrir partout et à chacun les mêmes chances. Grâce à l'école, grâce au travail des enseignants, un nombre considérable de jeunes issus des quartiers difficiles réussissent dans tous les domaines. Mais certains territoires cumulent trop de handicaps, trop de difficultés. Des territoires confrontés à la violence et au trafic. Des territoires où le chômage est massif et l'urbanisme inhumain. Des territoires où des enfants sont déscolarisés, où trop de jeunes peinent à trouver un emploi, même lorsqu'ils ont réussi leurs études.

Aux racines des événements que nous venons de vivre, il y a évidemment cette situation.

Nous sommes à l'oeuvre pour y répondre. Beaucoup a déjà été entrepris : les zones franches urbaines pour ramener de l'emploi dans les quartiers ; le plan de rénovation urbaine pour remplacer les barres et les tours par un habitat plus humain ; le plan de cohésion sociale pour lever un à un les handicaps dont souffrent les plus vulnérables ; des mesures fortes pour permettre aux familles surendettées de s'en sortir ; le contrat d'accueil et d'intégration. La loi sur l'école entre en application : elle donnera à chaque élève les moyens d'acquérir le socle des connaissances indispensables et permettra de lutter plus efficacement contre le fléau de l'illettrisme.

Et le Gouvernement vient de prendre des décisions nouvelles pour aider davantage les personnes et les territoires qui ont moins d'atouts que les autres.

Sachez que cette volonté politique et cet engagement financier majeur de la France sont sans précédent. Ils commencent à apporter des réponses aux problèmes des quartiers difficiles. Mais il s'agit nécessairement d'un effort de longue haleine.

Cependant, mes chers compatriotes, nous ne changerons pas les choses en profondeur sans l'engagement de chacun. Sans une profonde évolution des esprits.

Nous appartenons à une grande Nation, par son Histoire, mais aussi par les principes sur lesquels elle est fondée. Une Nation qui rayonne dans le monde.

Et ce soir je veux dire aux Françaises et aux Français, et plus particulièrement aux plus jeunes, que par delà les doutes et les difficultés que chacun peut connaître, nous devons tous être fiers d'appartenir à une communauté qui a la volonté de faire vivre les principes d'égalité et de solidarité, et qui fait pour cela des efforts considérables. C'est une chance d'appartenir à la communauté française. Chacun doit en avoir conscience et agir en conséquence.

Mais je veux dire aussi à tous les Français que pour que ce modèle singulier continue à vivre, pour qu'il garde toute sa force, nous ne pouvons transiger avec certains principes.

Nous le savons bien, les discriminations sapent les fondements même de notre République. Une Haute autorité de lutte contre les discriminations a été créée. Ses pouvoirs sont considérables, puisqu'elle pourra désormais infliger des sanctions. Mais ne nous y trompons pas. Ce combat ne pourra être gagné que si chacune et chacun d'entre nous s'y engage vraiment et personnellement.

Les entreprises et les organisations syndicales doivent se mobiliser aussi sur la question essentielle de la diversité et de l'emploi des jeunes issus des quartiers en difficulté. Il n'est pas question d'entrer dans la logique des quotas, qui montre en quelque sorte du doigt ceux qui en bénéficient et qui est injuste pour ceux qui n'y ont pas droit. Il s'agit de donner aux jeunes les mêmes chances face à l'emploi. Combien de Curriculum Vitae passent encore à la corbeille en raison du nom ou de l'adresse de l'intéressé ? Je rencontrerai sur cette question les représentants des partenaires sociaux dans les prochains jours.

Pour mieux aider les jeunes, notamment les jeunes en difficulté, à aller vers l'emploi, j'ai décidé de créer un service civil volontaire, associant accompagnement et formation. Il concernera 50.000 jeunes en 2007.

J'appelle aussi tous les représentants des communes à respecter la loi qui leur impose d'avoir 20 % au moins de logements sociaux. Oh, j'ai conscience des difficultés. Mais on ne sortira pas de la situation actuelle, si l'on ne met pas en cohérence les discours et les actes.

Je rencontrerai également l'ensemble des responsables de l'audiovisuel. Les médias doivent mieux refléter la réalité française d'aujourd'hui.

Et j'invite les chefs des partis politiques à prendre leur part de responsabilité : les élus, la représentation nationale doivent eux aussi refléter la diversité de la France. C'est une exigence pour faire vivre notre démocratie.

Mes chers compatriotes,

Soyons lucides. Soyons courageux. Sachons tirer toutes les leçons de cette crise. Chacun doit respecter les règles, chacun doit savoir que l'on ne viole pas impunément la loi. Mais sachons aussi nous rassembler pour agir dans la fidélité aux principes qui font la France : la communauté nationale tout entière en sortira meilleure et plus forte.

Et vous pouvez compter sur ma détermination.

Vive la République ! Vive la France ! »
© Les Echos

up  

OUI NOUS SOMMES LA SEINE SAINT-DENIS (France)

« Vous avez pris la parole, gardez-la ! »
Par Hervé Bramy, président du Conseil Général de la Seine Saint-Denis


15/11/2005 - « À ente ndre à toute heure qu’on n’est rien, on risque fort un jour d’agir comme des moins que rien. » Cette phrase datée du 8 avril dernier, est extraite de mon intervention lors du lancement de l’appel des 93 personnalités pour valoriser l’image de la Seine-Saint-Denis (1).

À cette date, cette initiative si elle a suscité un réel intérêt, a aussi produit beaucoup d’interrogations. Puis-je espérer aujourd’hui qu’on s’attache à bien comprendre de quoi il était question, de quoi il est plus que jamais question à la lumière des événements qu’ont connus les quartiers populaires de la Seine-Saint-Denis et de l’ensemble de la France ? Qu’on me permette sans en changer une seule ligne, de redonner le début de mon intervention du 8 avril dernier :

« Au mois de juin, j’ai participé à une rencontre avec des collégiens sur l’avenir du département. Ils m’ont dit en substance et avec beaucoup d’émotion, beaucoup de colère : vous savez, monsieur, quoiqu’on fasse, quand on est du 9-3, on a une étiquette et on n’arrivera pas à la décoller.

La Seine-Saint-Denis, 9-3 comme ils disent, j’y suis né, j’y ai fondé ma famille. J’y ai toujours vécu. Les réflexions de ces jeunes et de bien d’autres, ça me touche directement. Qu’est-ce qui s’est passé pour que cette question d’image surgisse au premier plan dans le coeur de nos enfants, quand ils pensent à leur place dans la société ?

Pourquoi cette blessure symbolique est-elle placée, par eux, devant même les graves injustices sociales dont souffrent tant de leurs familles ? Il y a trente ans, appartenir au peuple, à la classe ouvrière, vivre dans une banlieue populaire était un motif de fierté. Faut-il aujourd’hui s’en cacher ?

En avoir honte ? Quelle société sommes-nous en train de transmettre à notre jeunesse ? Peut-on accepter les discriminations ? Comment construire le vivre ensemble ?

J’ai décidé de placer ces questions et ces enjeux au premier plan de mon action comme président du conseil général.

Et j’en ai fait la promesse à nos collégiens. Questions d’image ? Oui, en effet. Mais pas au sens de maquillage, comme c’est si souvent le cas quand on parle d’image. Question d’image dans un sens fondamentalement humain. Le système de consommation nous suggère à toute heure que nous valons ce que nous gagnons. En Seine-Saint-Denis, souvent, ça ne fait pas lourd. Un sourd racisme hérité du colonialisme susurre à des milliers de nos enfants qu’ils sont des citoyens de seconde catégorie. L’image de soi en est troublée. Contre ça, si l’on veut se tenir debout, il faut en effet porter le regard sur des réalités moins tonitruantes, reconnaître la grandeur de ce qui est sans prix, s’engager pour l’égalité et la solidarité humaine.

Sinon, à entendre à toute heure qu’on n’est rien, on risque fort un jour d’agir comme des moins que rien...

Sept mois plus tard, deux jeunes meurent électrocutés dans une installation EDF et leurs copains défilent en criant « morts pour rien ». On connaît la suite. Et je n’ai toujours pas entendu les mots que j’attends après le jet d’une bombe lacrymogène à proximité immédiate d’une mosquée. À ce jour, je n’ai pas entendu les plus hautes autorités de l’État répondre à ces attentes, à ce cri porté par tous ces jeunes et leurs familles, qui, dans leur quasi-totalité, ne sont pour rien dans les actes criminels que je déplore et que je condamne. Il s’agit d’actes autodestructeurs qui rendent encore plus difficile la vie quotidienne.

Les mots qui blessent, trop de jeunes les entendent quotidiennement lors des contrôles d’identité, lors des orientations scolaires vers des filières de relégation. Fallait-il que le ministre de l’Intérieur y ajoute des mots provocateurs ? Fallait-il que le président de la République se contente des quelques mots tenus sur le perron de l’Élysée ? S’il est de responsabilité de l’État de mettre fin aux violences, fallait-il exhumer les mots d’une loi d’exception édictée pendant les guerres coloniales ? Bien sûr les mots ne suffiront jamais. C’est pourquoi je réitère ma proposition au premier ministre de venir en Seine-Saint-Denis pour travailler avec moi et avec d’autres, à partir de propositions concrètes pour l’emploi, le logement, l’éducation, la santé, l’aménagement du territoire et la citoyenneté. Les premières annonces gouvernementales sont consternantes.

Veut-on bien cesser de parler de quartiers sensibles ou difficiles, d’établissements scolaires ZEP, de ZUS... Veut-on bien entendre qu’il est question tout simplement de quartiers et de villes populaires, de la partie de la population la plus précarisée par plus de vingt ans de libéralisme ? Veut-on bien entendre, et tirer les conséquences, du référendum du 29 mai sur le projet de constitution européenne ? Veut-on bien entendre les mobilisations du mouvement social comme celle du 4 octobre dernier ? Veut-on bien entendre, demain dans les urnes, celles et ceux qui vivent en France sans que leur parole n’ait aujourd’hui la reconnaissance citoyenne qu’elle mérite ?

La Seine-Saint-Denis se refuse à être un laboratoire. Elle ne se plaint pas, elle porte plainte. Elle exprime - mon combat est celui-là - l’envie d’avenir de tous les dynamismes, de toutes les inventions, de tous les talents, de toutes les solidarités qui peuvent naître d’une communauté de destin. C’est, en ce sens, un combat social bien sûr, mais tout autant et peut-être avant tout, un combat et une ambition culturelle, pour inventer, ensemble, la société démocratique à laquelle nous aspirons.

(1) Pour connaître l’appel « Nous sommes la Seine-Saint-Denis » : www.cg93.fr
© L'Humanité

up  

FEU VERT AUX EXPULSIONS (France)

Le Conseil d’État valide la proposition du ministre l’Intérieur. Les expulsions d’étrangers impliqués dans les violences urbaines sont possibles dès aujourd’hui.

14/11/2005 - Le 9 novembre, à l’Assemblée nationale, Nicolas Sarkozy déclarait que « 120 étrangers, pas tous en situation irrégulière, ont été condamnés pour avoir participé aux dernières nuits d’émeutes urbaines » et avoir demandé « aux préfets qu’ils soient expulsés sans délai de notre territoire national, y compris ceux qui ont un titre de séjour ». Tollé général : les expulsions collectives sont interdites par la convention européenne des droits de l’homme ; les expulsions ne sont légales que dans le cadre des lois sur l’entrée et le séjour des étrangers et sur le droit d’asile ; des catégories d’étrangers sont protégées, tels les mineurs ; dix étrangers, et non cent vingt, auraient été condamnés.

Neuf heures après cette déclaration tonitruante, les préfets recevaient un télégramme qui faisait référence, cette fois, à la loi. SOS Racisme avait déposé un référé devant le Conseil d’État, que les autres associations n’avaient pas suivi, convaincues de l’échec de l’entreprise. Samedi, Nicolas Sarkozy déclarait, dans un communiqué, « se réjouir que le Conseil d’État ait rejeté la requête » et précisait que « les instructions données aux préfets pour expulser les étrangers troublant gravement l’ordre public sont parfaitement légales et ne portent atteinte à aucune liberté fondamentale. Par conséquent, dans tous les cas où la loi le permet, les étrangers fauteurs de troubles seront expulsés vers leur pays d’origine ».

C’est résumer un peu vite les remarques du juge et son rappel de la loi. « Il est évident, précise-t-il, que la décision prise à la lettre serait sujette à caution, pour ne pas dire plus, sur le plan de la légalité. » Et de faire un rappel historique : la dernière infraction à la loi sur les étrangers remonte à Michel Poniatowski qui s’appuyait sur un arrêt du Conseil d’État de 1942. Le juge précise donc que la seule décision qui peut faire l’objet d’un recours n’est pas la déclaration à l’Assemblée, mais bien le télégramme adressé aux préfets. Le juge valide ainsi l’idée que l’examen individuel des cas et des circonstances permettra de ne pas avoir d’expulsions collectives.

Il reste que le télégramme indique que « sans préjudice des procédures judiciaires, lorsque l’ensemble du comportement constitue une menace grave à l’ordre public et qu’ils ne relèvent d’aucune protection, vous (les préfets) engagerez des procédures d’expulsion ». L’appréciation de la menace étant laissée à la sensibilité préfectorale. Selon le ministre de l’Intérieur, certaines procédures seraient exécutées dès aujourd’hui.

Même si force reste à la loi, le mal est fait. Les déclarations du ministre, largement relayées, ont touché leur cible : une graine de plus est tombée dans les mauvaises herbes de la xénophobie.
© L'Humanité

up  

EXPULSER, PLUS FACILE À DIRE QU'À FAIRE (France)

La volonté de Sarkozy se heurte à des obstacles juridiques et au faible nombre d'expulsables.
par Charlotte ROTMAN


15/11/2005 - Nicolas Sarkozy a promis la semaine dernière l'expulsion des étrangers interpellés lors des nuits d'émeute, «peut-être dès lundi». Hier après-midi, aucune n'avait eu lieu, selon le ministère de l'Intérieur, qui s'engageait à «communiquer» dès que ce sera le cas. Recherche désespérément étranger à expulser ? En déplacement dans un commissariat parisien, Nicolas Sarkozy confirmait samedi soir sa volonté d'expulser des étrangers émeutiers, y compris titulaires d'un titre de séjour : «Il ne s'agit pas de faire du chiffre, c'est une question de principe.» Du chiffre, le ministre ne risque pas d'en faire : il n'y a que 120 étrangers parmi les 1 800 interpellés dans le cadre des émeutes urbaines. Certains possèdent des titres de séjour, de courte ou longue durée, d'autres non. Nombre d'entre eux devraient être protégés de l'expulsion.

Effet d'annonce. «Dans tous les cas où la loi le permet, les étrangers fauteurs de troubles seront expulsés vers leur pays d'origine. Des procédures sont en cours», a indiqué ce week-end le ministère sans préciser combien de procédures, ni lesquelles. Car ce n'est pas aussi simple qu'un claquement de doigts. Selon le Conseil national des barreaux, «l'effet d'annonce du ministre de l'Intérieur ne repose sur aucune réalité juridique concrète», la plupart des jeunes étant inexpulsables.

La légalité de ces expulsions, demandées mercredi aux préfets par Sarkozy, est contestée par des associations. Mais le Conseil d'Etat a rejeté samedi une requête de SOS Racisme demandant la suspension de cette décision. Le président de la section du contentieux a dit que les déclarations du ministre de l'Intérieur étaient «sujettes à caution au plan de la légalité» mais ne pouvaient être visées par la procédure. Dans un télégramme adressé aux préfets, et validé par le Conseil d'Etat, le ministre rappelle que les expulsions pourront se faire s'il y a «une menace grave à l'ordre public». Il ajoute : «Si les étrangers concernés relèvent des protections prévues (notamment quand ils ont un enfant ou un conjoint français, quand ils sont installés en France depuis longtemps ou avant l'âge de 13 ans, ndlr), vous saisirez mes services de vos éventuelles propositions d'expulsion.»

«Quasi Français». Le ministre prendra-t-il le risque de se dédire en renvoyant des «quasi Français», ceux dont il a lui-même organisé la protection par sa réforme de novembre 2003 ? La semaine dernière, le ministère de l'Intérieur l'envisageait, du moins techniquement (en utilisant les motifs d'«actes de provocation explicite et délibérée (...) à la violence contre une personne ou un groupe de personnes»). Depuis, le ministre n'a de cesse de séparer les dossiers : «Cela ne remet en aucune manière en cause l'abrogation que j'avais proposée de la double peine», les expulsions pouvant intervenir avant même une condamnation.

Selon l'avocat Didier Liger, du Conseil national des barreaux, cité par l'AFP : «Les seules dérogations que la loi a prévues pour interdire [aux personnes protégées] le territoire concernent la fausse monnaie, les incitations à la discrimination et le terrorisme. En aucun cas les violences urbaines n'entrent dans ce cadre.»

Pour aider les étrangers qui pourraient être concernés, le Mrap a mis en place une cellule d'accueil. En Seine-Saint-Denis, une permanence d'avocats pourrait s'organiser aujourd'hui. Si les expulsions devaient être cassées, les expulsés pourraient revenir en France. Ce fut le cas en 1994 pour deux Algériens accusés d'avoir lancé des pierres sur des policiers lors d'une manifestation et expulsés en «urgence absolue» par Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur.
© Libération

up  

LA RELIGION N'A RIEN À VOIR AVEC LES ÉMEUTES (France)

Pour le sociologue Eric Marlière, chercheur au CESDIP (Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales) et auteur notamment de Jeunes en cité, diversité des trajectoires ou destin commun ? (L'Harmattan, 2005), il n'y a pas de rapport entre les émeutes qui secouent les banlieues et le fait que des jeunes casseurs sont de culture musulmane.

10/11/2005 - On a lu à plusieurs reprises, ces jours-ci, notamment dans la presse européenne, que les émeutes ayant éclaté dans nos banlieues sont le fait essentiellement de groupuscules de jeunes musulmans qui souhaitent ainsi mener leur djihad personnel contre les symboles honnis de la République laïque. Est-ce que cela correspond à la vérité ?

ERIC MARLIÈRE On ne peut pas dire cela. Les violences sont déclenchées par des motivations sociales et non religieuses, même si de nombreux jeunes qui les provoquent sont effectivement d'origine maghrébine, donc on peut supposer – car il n'y a pas de statistiques en la matière – qu'ils sont de religion musulmane. Ce sont des fils d'immigrés ouvriers qui sont frustrés de ne pouvoir un jour devenir à leur tour des travailleurs, à cause d'une mise à l'écart sociale qui dure depuis vingt-trente ans, des discriminations et du racisme dont ils sont victimes tous les jours. Le fait qu'ils soient musulmans n'est vraiment pas important, ce n'est pas le débat.

Quel est le rôle des autorités religieuses musulmanes dans les émeutes ?

Les religieux tendent à se tenir à l'écart des violences, ils ne les partagent pas et ne s'immiscent dans le débat politique. Même les plus extrémistes, une toute petite minorité, font profil bas ces jours-ci, et ils sont de toute façon marginalisés par l'essentiel de la population musulmane. Parfois, il arrive que les responsables politiques locaux fassent appel aux imams pour intervenir, mais c'est essentiellement pour qu'ils usent de leur autorité morale pour calmer les jeunes et leur rappeler que l'islam condamne la violence et l'anarchie, comme les autres religions monothéistes.

Quel est le profil des jeunes ?

Ce ne sont pas que des voyous. Le malaise est exprimé aussi par de jeunes diplômés qui voudraient s'insérer mais qui n'y parviennent pas, parce que les portes du monde du travail demeurent fermées pour eux. Ces jeunes éprouvent un profond sentiment d'injustice économique, qui se cristallise dans les émeutes. Ils se sentent socialement en insécurité en France, comme s'ils étaient un ennemi intérieur dans leur propre pays. C'est pour cela que je pense que nous ne sommes pas face à un conflit ethnique, mais à un conflit social, animé par des jeunes des classes populaires qui n'ont aucune perspective pour l'avenir. La religion n'a vraiment rien à voir avec cela."
© Le Courrier international

up  

UN AMALGAME DANGEREUX ENTRE VIOLENCE ET IMMIGRATION (France)

Par Mouloud Aounit, secrétaire général du Mouvement contre le racisme et pour le rapprochement entre les peuples (Mrap) Propos recueillis par Clément Moulet

10/11/2005 - Quel est selon vous, le but poursuivi par Nicolas Sarkozy qui préconise l'expulsion de 120 jeunes interpellés, y compris ceux qui se trouvent sur le territoire national en situation régulière ?

- Il faut être clair. Depuis plusieurs mois, Sarkozy donne des gages au Front National. Quand il parle de nettoyage ethnique, de racailles, d'expulsions, c'est d'abord et avant tout un gage dans le cadre de la campagne électorale. Quand il préconise un couvre-feu, il envoie un double message. D'abord au FN, en répondant favorablement à ses exigences, et ensuite à ces jeunes en leur disant: "hier on a mâté vos parents pendant la guerre d'Algérie, aujourd'hui on va vous casser de la même manière". On voudrait éteindre un incendie avec un bidon d'essence, on ne s'y prendrait pas autrement. Pour ce qui est de la double peine [ndlr: les expulsions d'étrangers condamnés préconisées par le ministre de l'Intérieur], ce que révèlent les propos de Nicolas Sarkozy, c'est l'autisme de ce gouvernement qui n'a rien compris au message de ces véritables cris de désespérance qui sont lancés depuis les banlieues.

Je condamne, bien sûr, ces violences et leurs conséquences, mais ce qu'elles signifient, c'est que l'on ne pourra pas régler le problème sans justice et sans droit. En instaurant cette double peine, Sarkozy prouve en outre toute l'étendue de son mensonge. Contrairement à ses dires, elle n'a jamais été abrogée dans les faits. En la réaffirmant aujourd'hui, il opère un amalgame dangereux entre violence et immigration. De plus, cette double peine ne règle rien. Elle ne fait qu'évacuer à l'étranger des problématiques purement franco-françaises: l'échec des politiques d'immigration et d'intégration.

Au moment où le gouvernement en appelle à l'apaisement, ces propos ne vont-ils pas attiser la rancœur des habitants des banlieues ?

- Absolument! Nicolas Sarkozy n'a pas compris que la violence exprimée ces derniers temps vient de la violence de la relégation, de marginalisation, que ressentent ces populations. Et c'est à ce niveau là que le discours est démagogique, puisque ces jeunes ne sont pas étrangers, ce sont des Français de la quatrième génération. Or, ce que l'on continue de faire, c'est de ne pas regarder ces populations pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire françaises. On s'évertue à ethniciser les problèmes soulevés par ces violences. On entretient ainsi une problématique erronée d'où ne pourra pas sortir de solution. Ca ne peut être qu'un excitant pour la haine et la violence.

Les gens attendaient des messages positifs qui permettent à chacun de vivre dans la dignité et le respect de leur personne. Au lieu de cela, depuis des mois, ces populations sont soumises à une politique de plus en plus répressive à leur égard. On peut y ajouter l'humiliation imposée par les petites phrases assassines de Sarkozy et désormais une surhumiliation avec l'instauration de l'état d'urgence qui renvoie directement pour eux, à un passé douloureux. Je suis de ceux qui pensent que c'est délibéré, que cela relève d'une stratégie politique. On sait que parmi les vecteurs qui structurent le racisme, il y a le passé colonial omniprésent. Et l'on entretient le racisme en cultivant les images d'un passé honteux que l'on voudrait révolu.

Jean-Marie Le Pen et le député UMP Jean-Paul Garraud appellent à déchoir de leur nationalité certains émeutiers.
Comment analysez-vous ce rapprochement des discours entre un courant politique raciste et certains représentants de la majorité ?


- Nous sommes aujourd'hui dans une sorte d'escalade, de surenchère, qui ne semblent pas avoir de fin. Sarkozy a apporté par ses provocations et ses logiques, une légitimité à des courants politiques qui prônent la purification ethnique. Nous sommes en train de glisser vers des pratiques fascisantes qui se mettent en place dans la société. C'est une attitude complètement irresponsable. Si l'on croit que l'on va pouvoir construire quelque chose sur la base de la paix en entretenant la haine, on est dans le registre de l'irresponsabilité d'une classe politique qui n'a rien compris aux exigences de la population qui exprime cette violence.
Alors, il est probable qu'avec les mesures prises par le gouvernement, on réussisse à obtenir sous peu le rétablissement de l'ordre public, mais les braises couvent désormais, et avec ce genre de discours, elles repartiront de plus belle demain, dans une semaine ou dans un an, et ce sera bien pire. La gestion de ce problème par le gouvernement, participe d'une logique de courte vue extrêmement dangereuse.
© Le Nouvel Observateur

up  

LES PRÉFETS SE PENCHENT SUR UN CASSE-TÊTE JURIDIQUE (France)

La mesure annoncée par le ministre de l'Intérieur ne devrait toucher que quelques condamnés.
Marie-Christine Tabet


10/11/2005 - INTERROGÉ hier matin sur les expulsions d'étrangers fauteurs de troubles dans les banlieues, le président de la République n'a pas été d'un grand secours pour son ministre de l'Intérieur. Il convient de «respecter la loi», a répondu, laconique, le chef de l'Etat.

Plus facile à dire qu'à faire. La loi est tellement compliquée que, depuis l'annonce de Nicolas Sarkozy de renvoyer dans leurs pays d'origine les étrangers condamnés, les membres de son cabinet planchent sans discontinuer pour lui préparer un solide argumentaire.

Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile – les articles L521-1 à 4 – donne leur cadre légal aux mesures d'expulsion. Elles sont d'ordre administratif et peuvent être prises par les préfets ou le ministre selon la complexité des situations dans les cas où la présence d'une personne sur le territoire «constitue une menace grave pour l'ordre public».

«La plupart sont inexpulsables»

En 2002, la loi sur les conditions de séjour des étrangers en France – présentée par Nicolas Sarkozy lors de son premier passage au ministère de l'Intérieur – a rendu les expulsions très difficiles notamment pour les jeunes arrivés en France avant l'âge de 13 ans. «C'est justement le profil des rares étrangers que nous avons comme clients», explique un avocat de Bobigny.

En outre, selon Michel Gaudin, directeur général de la Police nationale, on ne compterait que 6% d'étrangers parmi les 1 800 émeutiers interpellés depuis le 27 octobre.

Le télégramme envoyé hier soir par Nicolas Sarkozy aux préfets leur demandant de préparer des arrêtés d'expulsion à l'encontre des étrangers responsables des violences urbaines a fait naître une véritable polémique.

Le Conseil national des barreaux a estimé que «la plupart d'entre eux sont inexpulsables». De son côté, SOS-Racisme a saisi le Conseil d'Etat.

Au ministère de l'Intérieur on expliquait hier que l'objectif n'est pas de faire du chiffre. Dans l'entourage du ministre on précisait qu'il s'agit avant tout d'une question «d'éthique». «Nous savons très bien que les effectifs d'expulsion ne seront pas très importants, expliquait-on, mais il est anormal que des personnes munies d'un titre de séjour se permettent de mettre le feu à des voitures ou de taper sur la police».

Dans l'entourage du ministre, on espère que la mesure aura des vertus dissuasives. La perte du titre de séjour est très grave pour un étranger. «Le dossier est ensuite marqué au fer rouge, raconte un avocat, la sanction risque de le poursuivre pendant de longues années. Il n'a aucune chance d'obtenir ne serait-ce qu'un visa de tourisme.»

Le pont du 11 novembre permettra aux préfectures de scruter les textes pour éviter que les tribunaux administratifs annulent les sanctions. Les premiers arrêtés ne devraient donc pas être pris avant lundi.
© Le Figaro

up  

CHIRAC RÉAFFIRME SON AUTORITÉ, L'ACCALMIE SE POURSUIT (France)

Le président de la République s'est exprimé hier tandis que le reflux des violences observé ces derniers jours semble se confirmer.

10/11/2005 - Jacques Chirac a personnellement assumé, hier, le recours à l'état d'urgence et au couvre-feu dans les banlieues. Une décision qui «s'imposait» pour donner aux forces de sécurité «les moyens dont elles avaient besoin».

S'exprimant pour la deuxième fois en public depuis le début des émeutes, le chef de l'Etat s'est justifié de sa relative discrétion: «Il y a le temps du rétablissement de l'ordre, objectif qui n'est pas encore atteint», et «le temps de la réflexion» sur cette crise «et les moyens d'y remédier». Le moment venu, a dit Jacques Chirac, lors d'un point de presse à l'Elysée, il faudra tirer toutes les conséquences de cette situation explosive, «avec beaucoup de courage et de lucidité».

Les Français approuvent Sarkozy: 56% des Français approuvent l'attitude du ministre de l'Intérieur face aux violences urbaines et 40% la désapprouvent, selon un sondage réalisé les 4 et 5 novembre pour Le Figaro, BVA et LCI. Côté gauche, les déclarations de Nicolas Sarkozy, qui a annoncé mercredi vouloir expulser «les 120 étrangers condamnés» pour leur implication dans les violences urbaines, suscitent cependant de multiples réactions. Dans les rangs du Parti socialiste, le secrétaire national du PS, Malek Boutih, a ainsi dénoncé ce qu'il appelle une «double peine». Député Vert de la Gironde, Noël Mamère estime pour sa part que «nous sommes désormais entrés dans un Etat policier». Côté associatif, SOS-Racisme a décidé de contester cette décision devant le Conseil d'Etat tandis la que Fédération syndicale unitaire a dénoncé un geste à la fois «illégal et humainement scandaleux».

Les violences urbaines décroissaient hier: selon la police, la soirée de mercredi a été marquée par «un reflux important» des violences urbaines. Au total, 482 véhicules ont été incendiés – contre 617 la veille – et 203 personnes ont été interpellées. A Dijon, un policier municipal a par ailleurs été légèrement blessé par une balle de calibre 4,5 mm tirée à la carabine. Depuis le début des violences, le 27 octobre dernier, plus de 7000 véhicules ont été incendiés et 1893 personnes ont été placées en garde à vue. A ce jour, 260 majeurs ont été condamnés à une peine de prison ferme et 12 mineurs ont été placés en centre éducatif fermé. Quelques incendies de voiture et autres jets de cocktails Molotov ont par ailleurs été recensés en Belgique, en Allemagne et au Portugal.

L'indemnisation des victimes s'organise: certains assureurs ont annoncé hier leur intention de faire un geste. La Macif, mutuelle numéro un de l'assurance auto en France, la GMF, Azur Assurances ou encore la Matmut ont annoncé qu'elles indemniseraient les propriétaires de voitures brûlées même s'ils n'avaient pas souscrit de garanties «incendie» ou «vandalisme». Les assurés qui bénéficiaient déjà de telles garanties se verront, eux, dispensés de la franchise prévue d'ordinaire. Au total, les émeutes devraient coûter quelque 200 millions d'euros aux assureurs, selon une première estimation. De son côté, le ministère de la Justice a publié hier «un document pratique à l'attention des victimes des violences urbaines» consultable sur Internet (http://www.justice.gouv.fr).

Un regain des tensions n'est pas exclu: à l'approche du week-end, plusieurs facteurs laissent craindre une nouvelle flambée de violences. Tandis qu'à Belfort, le maire Jean-Pierre Chevènement a décidé hier d'instaurer un couvre-feu, à Paris, le préfet de police a interdit la vente d'essence au détail après la diffusion, sur Internet, de plusieurs appels au rassemblement dans la capitale. Des mesures identiques ont été prises à Toulouse et dans la Drôme. Dans le même but préventif, un individu a été arrêté hier à Pontault-Combault (Seine-et-Marne) pour avoir appelé à l'émeute sur des blogs. Autre motif d'inquiétude: le ministère de l'Intérieur a annoncé hier après-midi la suspension de huit policiers soupçonnés de «violences illégitimes» sur un jeune homme interpellé le 7 novembre à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Ces fonctionnaires se trouvaient hier en garde à vue dans les locaux de l'Inspection générale des services (police des polices).

Les premiers éléments de l'enquête révèlent que deux d'entre eux ont porté des coups ayant entraîné des «lésions cutanées superficielles sur le front et sur la face de son pied droit».
© Le Figaro

up  

'BOUGNOULES HIER, RACAILLES AUJOURD'HUI'... (France)

REVUE DE LA PRESSE AFRICAINE • D'Alger à Yaoundé, les commentateurs étrillent les politiciens français, fustigent le racisme et dénoncent l'exclusion des enfants et petits-enfants de leurs compatriotes.
par Judith RUEFF


10/11/2005 - Vue d'Afrique, au nord comme au sud du Sahara, la révolte des banlieues françaises se lit comme un échec : celui de l'intégration des deuxième et troisième générations d'immigrés. Dans la presse francophones des ex-colonies, on ne mâche pas ses mots contre l'ancienne mère-patrie.

Pour «La Nouvelle Expression du Cameroun, la France a perdu son âme républicaine en fermant la porte aux étrangers, ceux du dehors comme ceux du dedans. Fermeture des frontières et émeutes banlieusardes, c'est le même rejet. « Le fait que deux incidents majeurs se soient produits de manière presque simultanée, comme le rapatriement du Maroc des candidats à l'immigration en Europe avec comme destinée principale la France et la révolte des jeunes Français issus, comme on le dit pudiquement, de l'immigration procède des deux faces d'une même médaille» écrit une éditorialiste du journal. Le titre : «FRANCE : LES FISSURES DE LA REPUBLIQUE !» «De plus, » continue l'article, « il y a un lien entre la difficulté d'intégration des populations “ issues de l'immigration ” dans ces républiques qui se servirent de leurs grands-pères et pères soit comme chairs à canon soit comme ouvriers participant au développement de l'industrie automobile à l'autre relégation qui consiste à condamner à l'immigration clandestine ceux et celles qui rêvent de l'Ailleurs, comme une terre de salut. La théorie de la tolérance zéro de Nicolas Sarkozy rejoint celle de Michel Poniatowski en son temps, amplifiée par celle de Charles Pasqua, et conduit la France au bord de l'explosion. »

Le quotidien algérien El Watan s'indigne tout autant. Dans ses pages «Débat», il publie le point de vue sans appel d'un avocat, auteur de « Mémoires d'immigrés». Il attaque sans ménagement Nicolas Sarkozy, héritier selon lui d'une droite colonialiste et xénophobe. « Hier encore, on appelait leurs parents “bougnoules” ; aujourd'hui, on les qualifie de “racaille” de banlieues (racaille : rebut de la société, personnes viles ; dixit le Larousse). Hier encore, on nettoyait au napalm dans certaines colonies ; aujourd'hui, on veut les nettoyer au «Karcher». Mais enfin, est-ce bien là l'Etat de droit, patrie des droits de l'homme et de la démocratie auxquels les jeunes des banlieues ont tant cru ? » Pour l'auteur, l'attitude du gouvernement face à la crise cache un mal bien plus profond : la volonté non avouée d'exclure. Et de pester contre les accointances de la droite avec les idées lepénistes et les lâchetés de la gauche au pouvoir. « (...) Devrait-on alors parler de discrimination d'Etat ? Y a-t-il là une stratégie concertée en vue d'un rapprochement avec l'extrême droite (2007 n'est plus une date éloignée, il est vrai) ? Car enfin, qu'est-ce à dire que traiter les gens de “racaille”, dont beaucoup vivent dans les banlieues françaises ? Citoyens de ce pays, ils y sont nés, y ont étudié, y payent leurs impôts et règlent leurs cotisations ; ils sont citoyens de ce pays depuis maintenant plusieurs générations. Leurs parents en exil ont dépensé leurs plus belles années pour défendre et aider à construire la France d'aujourd'hui ; ils se trouvent dépouillés du plus élémentaire droit de vote aux municipales tant promis par une gauche qui s'est reniée depuis, laissant le soin à une certaine droite reprendre démagogiquement cette question (certains pays européens moins illustres que la France l'ont pourtant réglée depuis des lustres ; pour certains, depuis les années 1960-1970)».

D'autres journaux africains gardent un ton plus neutre vis-à-vis d'un gouvernement ami. Le «Quotidien de Tunis» publie un long papier d'analyse qui revient sur cinquante d'histoire de l'immigration en France. Il raconte en termes choisis l'éloignement d'avec la culture d'origine, le «rêve brisé» de l'intégration, la «spirale» de délinquance qui happe le jeune fils d'immigré et le tire vers le bas. «C'est dans une souffrance intolérable que vit l'immigré. Une souffrance dont le pouvoir politique, en France et aussi ailleurs en Europe, n'a pas mesuré la gravité. Et qu'il découvre aujourd'hui brutalement et frontalement», regrette le commentateur. «Le seul moyen de s'en sortir, c'est de faire en sorte que l'immigré puisse donner un sens à sa vie, se ménager un cadre de vie décent et se voir offrir de gratifiantes opportunités d'emploi, exactement comme son concitoyen français de souche. Afin qu'il ne ressasse plus cette lancinante mélopée : “Moi immigré, fils d'immigré... ”. Heureusement, «La France, pays de grande civilisation et de grande humanité, saura certainement trouver la réponse appropriée.»

En Côte d'Ivoire, autre son de cloche. La France n'est plus en odeur de sainteté au pays de Laurent Gbagbo et l'occasion est belle de régler de vieux comptes. « Rébellion française », titrait lundi le très pro-gouvernemental quotidien Notre Voie. «Depuis une dizaine de nuits, il se passe quelque chose de bizarre en France, constate, moqueur, Abdoulaye Villard Sanogo. Une révolte de jeunes qui a tout l'air d'une rébellion organisée souterrainement. Ces jeunes gens, qui sortent pour la plupart des quartiers défavorisés, sont en fait des fils d'immigrés auxquels se seraient ajoutés des enfants des Français d'origine, mais de basse classe.» Alors que le clan au pouvoir n'a cessé d'accuser Paris de soutenir en sous-main la rébellion qui contrôle la moitié nord du pays, le journaliste lance une dernière pique : « Voilà donc la grande France confrontée à une rébellion de fils d'immigrés qui refusent de discuter avec Sarkozy, mais accepterait volontiers De Villepin. Et si la Côte-d'Ivoire leur proposait gracieusement une table ronde à Grand-Bassam, une banlieue abidjanaise ?». En janvier 2003, à Linas-Marcoussis en banlieue parisienne, se tenaient, à l'instigation de Dominique de Villepin alors ministre des Affaires étrangères, des négociations de paix entre Ivoiriens. Les accords de Marcoussis n'ont jamais été appliqués.
© Libération

up  

LA GAUCHE DÉÇOIT L'ATTENTE DES IMMIGRÉS (France)

Par Patrick Jarreau

12/11/2005 - Les sondages récents montrent que les électeurs issus de l'immigration regardent majoritairement vers la gauche. Selon une enquête du Centre d'étude de la vie politique française, les Français originaires d'Afrique du Nord, de Turquie ou d'Afrique noire sont plus nombreux que la moyenne à se déclarer proches du Parti socialiste, de l'extrême gauche, des Verts ou du Parti communiste. Un sondage moins approfondi, réalisé après les déclarations de Nicolas Sarkozy en faveur du vote des étrangers aux élections locales, suggère que l'opposition actuelle serait la principale bénéficiaire de cette réforme. Dans le premier cas, il s'agit d'électeurs ; dans le second, de ceux qui le deviendraient, dans les communes où ils vivent, si cette réforme était faite. Citoyens français ou résidents étrangers, les immigrés et enfants d'immigrés se sentent plus en phase avec la gauche qu'avec la droite.

Pourtant, la gauche est mal à l'aise avec cette partie de la population. L'extrême gauche prend systématiquement la défense des étrangers en situation irrégulière face aux expulsions, de même qu'elle soutient le combat des mal logés, parce que les salariés étrangers et français sont victimes de la même exploitation. Cependant, elle dénonce aussi les délocalisations et les autres effets de la concurrence des pays pauvres et de leurs travailleurs. Le Parti communiste est certes revenu de l'époque où il cherchait à tirer un profit électoral de l'hostilité d'une partie des salariés à l'égard de la main-d'oeuvre étrangère. Néanmoins, ce parti, qui contrôle encore les municipalités de nombreuses communes à forte population étrangère ou d'origine immigrée, compte très peu de filles et de fils de l'immigration récente parmi ses élus et dirigeants. Les altermondialistes sont les amis du genre humain, mais à condition qu'hommes et marchandises évitent de trop circuler et de se faire concurrence d'un pays à l'autre.

De tous, le Parti socialiste est le plus embarrassé. Après une période où il a pris fait et cause pour les immigrés ­ – y compris les clandestins, massivement régularisés en 1982 ­ – et où il a soutenu SOS-Racisme dans sa lutte contre la diffusion des idées du Front national, il a évolué vers moins de tolérance et davantage de fermeté ­ ou de fermeture. Le gouvernement de Lionel Jospin a refusé de régulariser largement les sans-papiers. Sur la sécurité, il a adopté une politique et un langage destinés à plaire aux électeurs qui se plaignent de l'immigration. Il n'y a rien gagné, d'ailleurs, puisqu'il a perdu une élection présidentielle orchestrée par la droite et l'extrême droite autour du thème de l'insécurité.

Aux Etats-Unis, le Parti démocrate, après s'être rallié au combat pour les droits civiques à la fin des années 1940 ­ et avoir ainsi accepté de s'affaiblir dans le Sud ségrégationniste ­, est devenu le parti des minorités. Les Noirs se sont reconnus majoritairement en lui, de même que les vagues successives d'immigrants venus du Mexique et des autres pays d'Amérique centrale. L'alliance entre les couches salariées blanches, les Afro-Américains et les immigrés latino-américains, notamment, forme toujours le coeur de l'électorat démocrate.

En France, le Parti socialiste craint de perdre ses électeurs "intégrés" s'il prend fait et cause pour ceux qui souffrent de ségrégation inavouée et de discrimination insidieuse. Citoyens français ou étrangers venus chercher du travail en France, Beurs, Rebeus ou Blacks placent en la gauche une confiance constamment déçue.
© Le Monde

up  

LE CONSEIL D'ETAT REJETTE LE RÉFÉRÉ-LIBERTÉ DE SOS RACISME APRÈS LES PROPOS DE NICOLAS SARKOZY (France)

12/11/2005 - Le Conseil d'Etat a rejeté samedi le référé-liberté déposé par SOS-Racisme contre Nicolas Sarkozy après ses propos sur l'expulsion des étrangers condamnés dans les violences urbaines. Une décision qui a "réjoui" le ministre de l'Intérieur, tandis que l'association de lutte contre le racisme relevait que les instructions effectivement données aux préfets ne correspondait pas à ses propos tenus mercredi à l'Assemblée.

Nicolas Sarkozy avait annoncé mercredi devant les députés à l'Assemblée nationale qu'il avait demandé aux préfets d'expulser les étrangers, en situation irrégulière ou non, condamnés pour leur participation aux violences urbaines de ces derniers jours.
Ces déclarations avaient soulevé un tollé dans les rangs de nombre d'associations, syndicats, et partis et SOS Racisme avait saisi le Conseil d'Etat.

Dans un communiqué, l'association a "pris acte" samedi du rejet de son référé-liberté, relevant toutefois que "l'argumentation du juge des référés est intéressante en ceci qu'elle rappelle qu'une déclaration, fut-elle ministérielle, ne saurait entraîner d'actes administratifs contraires à la législation en vigueur".

Pour SOS Racisme, "le juge a en réalité considéré que les services du ministre avaient rectifié la faute du Ministre dans le télégramme du soir et qu'ils n'avaient pas mis en oeuvre la directive" donnée devant les députés par Nicolas Sarkozy.

Or selon SOS Racisme, le juge des référés a déclaré lors de l'audience dans la matinée que si les propos du ministre de l'Intérieur à l'Assemblée nationale étaient appliqués à la lettre, sa "décision serait sujette à caution, pour ne pas dire plus, sur le plan de la légalité". "Une déclaration toute en finesse diplomatique mais qui sonne comme un désaveu du Ministre", estime l'association.

En résumé, selon Dominique Sopo, président de SOS Racisme, les instructions données aux préfets "ne sont pas celles qui ont été dites à l'Assemblée nationale". "On peut aussi faire remarquer que pour l'heure le nombre d'étrangers expulsables" après les violences urbaines, "ne dépasse pas la dizaine", a-t-il déclaré à l'Associated Press. Pour lui, Nicolas Sarkozy considère l'étranger "comme une sorte de hochet, qu'on agite soit pour faire montre d'humanisme, soit de fermeté".

Dans un communiqué, Nicolas Sarkozy s'est de son côté "réjoui" de la décision du Conseil d'Etat. "Les instructions données aux préfets pour expulser les étrangers troublant gravement l'ordre public sont parfaitement légales et ne portent atteinte à aucune liberté fondamentale", a expliqué le ministre. "Par conséquent, dans tous les cas où la loi le permet, les étrangers fauteurs de troubles seront expulsés vers leur pays d'origine. Des procédures sont en cours".
© Le Nouvel Observateur

up  

MOSQUÉE DE CARPENTRAS: MULTIPLICATION DES CONDAMNATIONS, AUTEUR EN FUITE (France)

12/11/2005 - Les condamnations se sont multipliées samedi au lendemain du jet de deux engins incendiaires contre la mosquée de Carpentras, lancés par un homme casqué d'allure jeune, activement recherché par les enquêteurs après avoir pris la fuite en scooter.
Les dégâts ont été qualifiés de très »minimes» par une source policière. Il n'y a eu aucun blessé.

»Je suis venu apporter le soutien de toutes les structures de l'Etat» à la communauté musulmane de Carpentras, et »l'assurer que tout est mis en oeuvre pour retrouver l'auteur de cet acte», a dit sur les lieux le préfet du Vaucluse, Hugues Parant.

Le représentant de l'Etat a été accueilli à la mosquée, une ancienne boîte de nuit reconvertie voici trois ans et située dans une zone industrielle du sud de la ville, par Mohamed Elad, président de l'association des musulmans de Carpentras, ainsi que par l'imam de la mosquée, Mfedel Rafik.

»J'ai souhaité assurer le président de la mosquée» de la »poursuite de nos efforts» pour que la communauté »puisse continuer à vivre dans la sérénité», a ajouté M. Parant.

Dans un prêche délivré devant une centaine de fidèles, l'imam Rafik a appelé à »la tolérance» et au »sang-froid. »Notre Dieu est avec nous pour nous assurer la tranquillité et l'apaisement», a-t-il dit.

Dès vendredi soir, cet acte avait été condamné par le président de la République Jacques Chirac, le Premier ministre Dominique de Villepin et le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

Samedi, le ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo l'a également condamné, témoignant de sa »solidarité» avec la communauté musulmane, tout comme le Parti socialiste et le PCF.

Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, a dénoncé »les provocations qui continuent à troubler les lieux de culte musulmans» tandis que SOS Racisme a parlé »d'incitation à la haine raciale».

De source policière, on invitait toutefois à la plus grande prudence sur les motivations de cet acte, soulignant qu'aucun élément ne permettait d'accréditer la thèse d'un acte xénophobe ou à caractère politique.

Des responsables musulmans locaux restaient également très circonspects sur une telle éventualité, préférant évoquer un »acte isolé» de »provocation».

Vers 18H00 samedi, le spacieux bâtiment a été visé par deux engins incendiaires artisanaux, dont un seul a fonctionné, explosant contre un mur extérieur qui a été noirci par la fumée, selon des sources policières.

Une vingtaine de fidèles se trouvaient alors dans le lieu de culte, qui accueille régulièrement une cinquantaine de personnes mais où se rendent lors des moments forts de la vie religieuse jusqu'à 3.000 personnes.

La communauté musulmane de Carpentras, une ville de 30.000 habitants, est essentiellement originaire du Maroc.

Mohamed Elad a indiqué aux journalistes, citant des témoins, que l'auteur présumé, d'allure jeune, était casqué. Ce dernier a franchi le portail d'entrée du lieu de culte pour se retrouver sur l'allée d'une cinquantaine de mètres conduisant au bâtiment, où il est tombé sur deux fidèles. Il a alors pris la fuite après avoir jeté les deux cocktails Molotov.

L'enquête a été confiée à l'antenne d'Avignon du SRPJ de Montpellier.

Interrogé sur un lien éventuel avec les violences actuelles dans les banlieues, le directeur général de la police nationale, Michel Gaudin, a déclaré qu'on pouvait »difficilement isoler cet événement du contexte global».
© Tageblatt

up  

DES EXPULSIONS D'ÉMEUTIERS EN COURS (France)

Conformément à ce qu'avait annoncé Nicolas Sarkozy, des mesures d'expulsion ont été prises contre des étrangers ayant participé aux violences de ces derniers jours en France. Selon le ministre de l'Intérieur, les premières reconduites à la frontière pourraient intervenir dès lundi.

12/11/2005 - Des procédures d'expulsion d'étrangers ayant participé aux émeutes dans les banlieues sont "en cours", a annoncé samedi le ministère de l'Intérieur, qui s'est félicité du rejet par le Conseil d'Etat d'une requête de SOS-Racisme. "Dans tous les cas où la loi le permet, les étrangers fauteurs de troubles seront expulsés vers leur pays d'origine", a réaffirmé dans un communiqué le ministère.

Samedi en début de soirée, s'exprimant devant des journalistes au commissariat du VIIIème arrondissement de Paris, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a précisé qu'"il devrait y avoir des expulsions dès le tout début de semaine, peut-être même lundi". "Il ne s'agit pas de faire du chiffre, c'est une question de principe", a expliqué le ministre à propos du nombre de personnes que cette mesure concernait. "Tous ceux qui pourront être expulsés dans le cadre de la loi le seront parce qu'ils ont participé à des émeutes", a poursuivi le ministre selon qui "cela ne remet en aucune manière en cause l'abrogation que j'avais proposée de la double peine".

"Chacun fera l'objet d'un examen de sa situation"

Nicolas Sarkozy a envoyé mercredi soir un télégramme aux préfets leur demandant d'engager des procédures d'expulsion d'étrangers qui seraient condamnés pour leur participation aux émeutes. Cette procédure d'expulsion peut se faire sur la base d'arrêtés préfectoraux mais aussi sur décision du ministre lui-même. Ces procédures sont rendues possibles par l'article L521 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en cas de "menace grave pour l'ordre public". Cet article protège toutefois les mineurs de toute expulsion et offre à d'autres catégories des protections juridiques, en fonction de plusieurs critères, notamment leur ancienneté d'installation sur le territoire ou leurs liens familiaux. Selon le Conseil national des barreaux (CNB), qui représente l'ensemble des avocats de France, "la plupart des jeunes (ayant participé aux émeutes) sont inexpulsables" en raison de ces protections.

Le Conseil d'Etat a rejeté samedi une requête en référé de SOS-Racisme contestant ces mesures. Dans sa requête, l'association antiraciste demandait la suspension de ce qu'elle considère comme l'annonce d'une décision d'expulsion collective, ce qui est interdit par la convention européenne des droits de l'Homme. Lors de l'audience, l'administration, par la voix du directeur des libertés publiques et des affaires juridiques du ministère, Stéphane Fratacci, a contesté la requête de SOS-Racisme en expliquant que "chacun des étrangers fera l'objet d'un examen de sa situation" conformément au code de l'entrée et du séjour des étrangers.
© TF1

up  

'VOUS HABITEZ AUX 4000 ? ON VOUS RAPPELLERA...' (France)

Reportage. En juin dernier, après le meurtre du petit Sidi Ahmed, Nicolas Sarkozy débarquait à La Courneuve, en promettant de « nettoyer la cité au Karcher » et d’offrir des emplois « aux jeunes qui le méritent ». Retour sur les lieux. Par Rosa Moussaoui et Cathy Ceïbe

12/11/2005 - Rue du 17-Octobre-1961, cité des 4000. Awa, Marky et Sambou rentrent de cours. Au pied de la grande tour de vingt-six étages, les collégiens n’ont qu’un sujet de conversation : les violences.

« Il y a des problèmes, mais ce n’est pas la peine de brûler les voitures ! s’indigne Awa. Imagine celui qui se lève le matin et qui trouve sa voiture cramée, alors qu’il a travaillé pendant dix ans pour la payer... ». « C’est à cause de lui, explique-t-elle. Il a parlé de nous comme si on était des saletés... » Le groupe raconte la visite du ministre de l’Intérieur après le meurtre de Sidi Ahmed, « le petit », comme tout le monde le nomme ici. « Il a dit "nettoyer au Karcher", se remémore Marky. Au début, j’étais d’accord. Je pensais qu’il avait raison, parce qu’il y a trop de délinquance ici. Mais après je me suis dit qu’il aurait dû choisir ses mots. C’est ça qui a entraîné la violence. » « Il croit trop qu’on est des cafards », acquiesce Sambou. Les enfants racontent des parents affolés qui sortent la nuit à la recherche de leur progéniture. Les contrôles au faciès, permanents, et qu’eux-mêmes subissent. « Je n’ai jamais rien fait, mais je me fais contrôler tout le temps, témoigne Marky. Même le matin en allant à l’école. » Les autres confirment. Dès l’âge de treize ou quatorze ans, interpellations, contrôles, fouilles au corps sont monnaie courante pour les jeunes garçons.

Les enfants sont plus volubiles que leurs aînés. Les habitants sont lassés de la caricature, des projecteurs braqués sur leur cité, surtout depuis le mois de juin. « Ici, les seules personnes qui viennent de l’extérieur, ce sont les flics et les journalistes », ironise l’un deux. Les médias sont unanimement incriminés, mais la peur de représailles ou du jugement des autres explique elle aussi le mutisme.

Au bas de la tour, un des rares adultes qui acceptent de parler se félicite de la possibilité de recourir au couvre-feu. Mais, ajoute-t-il, « ce qui se passe, c’est la précarité. J’ai quarante et un ans. Pour le boulot, quand tu dis que tu habites ici, c’est pas la peine... » Des propos maintes fois entendus, qui condamnent tout à la fois les violences et le terreau de chômage, de misère et de racisme sur lequel elles ont prospéré. Tous, ici, quels que soient leur couleur, leur sexe ou leur origine, répètent cette phrase que les employeurs leur opposent chaque fois comme une fin de non-recevoir : « On vous rappellera... »

Dans cette zone franche, les rares entreprises qui s’installent refusent pour la plupart de recruter des Courneuviens. Nazim, un militant de l’association Africa, s’interroge : « Comment voulez-vous recréer un tissu économique dans un tel cadre urbain ? Ce département concentre 90 % des pauvres d’Île-de-France. Pourquoi Sarkozy refuse-t-il de construire des HLM chez lui, à Neuilly ? » Les propositions du premier ministre le mettent hors de lui. « Si l’apprentissage à quatorze ans, c’est bien, alors pourquoi Villepin n’y envoie-t-il pas ses enfants ? » Dans les locaux d’Africa, l’exposition « 17 octobre 1961, 17 artistes » tapisse les murs. Autant dire qu’ici l’exhumation de la loi de 1955 attise de profondes blessures. « C’est une horreur. J’ai l’impression de revenir à la guerre », confie Djamila, une sexagénaire, bénévole de l’association. « Une partie de la classe politique pense qu’il est logique de faire le lien, et rejoue la guerre d’Algérie, accuse de son côté Farid. C’est dans le même mouvement que la loi de février sur les bienfaits du colonialisme... »

Dehors, au pied de l’interminable barre Balzac, vouée à la destruction, les parkings qui séparent le dédale d’immeubles portent encore les stigmates des incendies de voitures : goudron noirci, plastique fondu. L’immeuble non plus n’a pas été épargné. Au rez-de-chaussée, le noir de fumée laisse deviner de nombreux départs de feu. Mais dans ce quartier où sont implantés de nombreux services publics, aucun équipement collectif ni commerce n’a été attaqué.

Où que le regard se dirige, impossible de voir au-delà de ce monde clos, l’horizon est barré de tous côtés. Aux fenêtres, des centaines d’antennes paraboliques. Sur les murs, d’innombrables graffitis insultant la police et Sarkozy côtoient les vitres cassées, les piliers défoncés, les amas de détritus. Sur l’un des murs : « Sidi ». Le nom de l’enfant est ici sur toutes les lèvres, témoignage d’un traumatisme toujours à vif.

À l’entrée de la cité, deux jeunes garçons collent des affichettes invitant à l’anniversaire d’une église charismatique, auquel doit participer un pasteur américain. L’un deux, ancien délinquant, dit s’en être sorti « grâce à Jésus-Christ » après un séjour en prison. « Seul Dieu peut sauver ces jeunes », prêche-t-il. Crise sociale, frustrations identitaires : les intégrismes, qu’ils soient chrétien ou musulman, ont fait du désespoir leur fonds de commerce.

Toute la journée, des jeunes « tiennent les murs ». La plupart arborent le sweat-shirt noir à capuche. « On va tout brûler, vocifère l’un d’eux. On n’aime pas la France parce que la France ne nous aime pas. » Point barre.

Nassim Bitout, responsable du service municipal de la jeunesse, qui a vécu pendant vingt ans aux 4000, raconte avoir connu « une certaine forme de mixité sociale », aujourd’hui disparue. « En à peine une génération, la vie est devenue plus dure pour les jeunes, commente-t-il. Mais au contraire de leurs aînés, qui ne faisaient pas de vagues, eux sont moins inhibés. Ils n’ont pas honte d’étaler au grand jour leurs difficultés. »

« Que Sarkozy arrête de leur mettre un briquet dans les mains. Qu’il leur donne un travail », commente sévèrement Annie. Aujourd’hui au chômage, l’ancienne gardienne remplaçante est intarissable sur les 4000, où elle vit depuis plus de trente ans. Si elle dit aimer son quartier, cette infatigable militante du Secours catholique, membre du PCF, regrette sa dégradation, dont elle fait coïncider le début avec l’assassinat du petit Toufik, en 1981. « Excédé par le bruit des pétards du 14 juillet, un homme a sorti sa carabine et a tiré », se souvient-elle en feuilletant un album souvenir de la barre Renoir, détruite depuis. « Ce n’est plus comme avant, reconnaît-elle. Dans le temps, le parti organisait des petites fêtes, des bals. Si on a arrêté, c’est peut-être pour éviter les problèmes, les bagarres. » La précarité, elle aussi dit en souffrir. Avec les 800 euros de la pension d’invalidité de son mari, les fins de mois sont difficiles à boucler, « surtout depuis les euros ». Mais cette femme énergique ne se démonte pas et consacre tout son temps aux autres.

De la générosité comme celle d’Annie, les 4000 en regorgent. En dépit des difficultés, des blessures, des souffrances, nombreux sont ceux qui déplorent la stigmatisation de leur quartier, même si l’attachement à la cité se conjugue, dans un rapport souvent ambivalent et presque schizophrénique, au ras-le-bol, à l’envie que ça change et, pour beaucoup, au désir de le quitter.

Un ras-le-bol exaspéré par les promesses du ministre de l’Intérieur, aussi vite parties en fumée que les voitures brûlées. Les responsables de l’association Africa ne taisent pas leur amertume. Le saupoudrage estival qui a suivi le passage de Nicolas Sarkozy n’a pas suffi, et de très loin, à combler les suppressions de subventions en pagaille.

« Il avait promis 250 emplois pour septembre, rappelle Eugène-Henri Moré, adjoint au maire (PCF) en charge de la jeunesse, et habitant du quartier. À ce jour on recense une soixantaine d’embauches. Et depuis septembre, nous n’avons plus de nouvelles du ministre de l’Intérieur. Les ateliers de travail en préfecture ont été suspendus sans explication. » On est loin des enchères du mois de juin, où les patrons promettaient à qui mieux mieux des emplois, venus devant l’oeil des caméras à la rescousse d’un Nicolas Sarkozy qui assurait alors : « Les jeunes qui veulent travailler : nous avons du travail ! Ceux qui ne veulent pas travailler : nous n’avons pas de temps à perdre. »
© L'Humanité

up  

TÉMOIGNAGE 'TU VAS VOIR, SALE NÈGRE !' (France)

Insulté devant les policiers par son voisin, Jean-Michel Juliano s’est retrouvé au poste, accusé de rébellion. Propos recueillis par L. M.

12/11/2005 - C’était le 4 septembre 2002. Je venais de rentrer chez moi lorsque j’ai vu par la fenêtre un véhicule de police garé dehors. Je suis sorti tout en me doutant bien que cela devait concerner les voisins d’en face qui posent régulièrement des problèmes de racisme. J’ai commencé par dire : « Qu’est-ce qui se passe encore ? » Mon voisin m’a aussitôt répondu : « Tu vas voir sale nègre ! » Instinctivement, je l’ai saisi au col. Sans avoir le temps d’aller plus loin puisque les policiers m’ont immédiatement sauté dessus. Je suis tombé à terre, la cheville fracturée par le choc. Un copain du voisin en a profité pour me refiler un coup de pied sans que cela semble déranger les policiers... Un deuxième véhicule est arrivé pour m’embarquer. Je me suis retrouvé au poste, menotté, attaché à un banc et souffrant le martyre. Les policiers se foutaient de moi. L’un d’entre eux faisait semblant de me frapper dans la cheville. Puis un policier est arrivé avec un procès-verbal « pré-imprimé » dans lequel il était écrit que je m’étais « rebellé avec violence ». Je n’avais absolument rien fait ! Mais j’ai été obligé de signer pour obtenir rapidement le transfert à l’hôpital. À ma sortie, j’ai porté plainte pour coups et blessure, les policiers, eux, pour rébellion avec violence. Ma plainte a été classée sans suite. Et j’ai été finalement relaxé des accusations contre moi, non sans mal. Cela m’a coûté 6 000 euros de frais d’avocat juste pour prouver mon innocence ! Face au juge, la parole des policiers est toute-puissante. Mais je peux vous dire que lorsqu’un jeune raconte qu’il s’est pris des baffes dans un commissariat, je le crois.
© L'Humanité

up  

LES DÉRIVES VICHYSSOISES DE SARKOZY ET DES SIENS (France)

Le ministre veut expulser les étrangers convaincus de violence urbaine, même ceux en situation régulière. Par Émilie Rive.

12/11/2005 - Mercredi soir, un télégramme du ministre de l’Intérieur demandait aux préfets d’engager des procédures d’expulsion à l’encontre des étrangers. « En participant activement, écrivait-il, à des faits de destruction de biens publics ou de biens d’autrui, en commettant des actes d’outrage et de rébellion, ils s’exposent, quelle que soit leur situation administrative (entendez : en situation régulière ou pas), à une procédure d’éloignement. » Selon les indications ministérielles, ces dispositions concerneraient 120 personnes qui ne sont, pour l’instant, qu’interpellées. Les interdictions du territoire pourraient être décidées par la justice et les arrêtés de reconduite à la frontière pour trouble à l’ordre public par les préfets. Le directeur de la police nationale a précisé qu’il s’agirait de « cas par cas ».

Cette annonce a soulevé un tollé général des associations de défense des droits de l’homme et de défense des étrangers, de la CGT, du SM, de l’UNEF, du PCF, des Verts, des Alternatifs, de la LCR, du MARS, de la Gauche républicaine.

Qui le ministre peut-il faire expulser ? « Le mineur est inexpulsable, précise Nathalie Ferré, présidente du GISTI. Si le jeune était en France avant l’âge de 13 ans et a habité régulièrement ici, il bénéficie d’une protection. Elle tombe, quand son comportement est « de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État », quand il s’agit de terrorisme ou, ce qui pourrait jouer aujourd’hui, « quand il s’agit d’actes de provocation explicites et délibérés à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne ou un groupe de personnes déterminés ». La violence contre des biens n’est pas retenue comme critère. Mais certains jeunes pourraient être difficilement en mesure de prouver leur présence continue sur le territoire, parce qu’ils sont en totale rupture avec leur famille ou avec la société. Ils sont d’autant plus en danger que, vu le traitement en urgence absolue, il n’y a aucune procédure préalable, ils peuvent être expulsés dans la minute. Ils n’ont même pas besoin d’être condamnés. Alors qu’ils méritent seulement d’être traités comme leurs copains. »

De son côté, Jean-Paul Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme, précise bien que l’expulsion est possible, même si l’étranger est en situation régulière, même s’il n’est pas pénalement condamné, c’est-à-dire même s’il ne relève pas de la double peine. Mais « c’est illégal, dans la mesure où il s’agit d’une expulsion collective, interdite par la convention européenne des droits de l’homme. Le ministre de l’Intérieur continue de souffler sur les braises du feu qu’il a allumé. La tension qui diminue n’a pas l’air de faire ses affaires. Il prépare le ralliement des voix d’extrême droite avec des stratégies politiciennes qui mettent en danger la sécurité publique. C’est un ministre de l’insécurité, d’une irresponsabilité politique effarante. Et ce n’est plus un cas individuel. » SOS Racisme a déposé un référé liberté contre la décision de Nicolas Sarkozy qui sera jugée en audience publique ce samedi à 9 h 30 devant le Conseil d’État.

Irresponsable, c’est aussi l’analyse du secrétaire général du MRAP, Mouloud Aounit : « Ces mesures sont d’une complaisance malsaine vis-à-vis du Front national, mais elles valident aussi la crampe mentale qui affecte ce gouvernement pour répondre aux souffrances et aux cris que révèle cette violence. Ces mesures participent à l’amalgame entre violence et immigration et prouvent toute la lâcheté de ces dirigeants : expulser, c’est transférer à l’étranger une problématique franco-française que les gouvernements français ont été incapables de régler. »

L’initiative de Jean-Paul Garraud, député UMP, qui a déposé une proposition de loi qui permettrait aux tribunaux de déchoir de la nationalité française les étrangers naturalisés reconnus coupables de faits graves dans les violences urbaines, participe de cette dérive xénophobe. Serge Guichard, pour le PCF, parle de « loi scélérate » aux relents vichyssois. Contre ces provocations, un rassemblement symbolique est annoncé ce samedi à 17 h 30, au pont Saint-Michel, à Paris, devant la stèle d’hommage aux morts du 17 octobre 1961.

* Jeudi, Jacques Chirac s’est défendu de toute inertie face à la flambée de violences dans les banlieues. Critiqué pour son absence et son intervention lapidaire de dimanche dernier, le chef de l’État a expliqué qu’il y avait « le temps de l’action » pour rétablir l’ordre, puis celui de « la réflexion » sur les origines de cette crise. « Nous sommes dans le temps de l’action pour rétablir l’ordre public, c’est ma priorité. »
© L'Humanité

up  

CARPENTRAS: LE PRÉFET À LA MOSQUÉE (France)

Le préfet du Vaucluse s'est rendu samedi à la mosquée visée par des cocktails molotov, jugeant "inadmissible qu'un lieu de culte soit attaqué".

13/11/2005 - Le préfet du Vaucluse s'est rendu samedi 12 novembre à la mosquée de Carpentras, légèrement endommagée la veille au soir par un jet de cocktails Molotov lancés dans le hall du bâtiment. "Tous les musulmans dénoncent cet acte barbare et criminel", a déclaré le président de l'association des musulmans de la ville. De son côté, SOS Racisme a jugé que cette "agression" relevait "quasiment de l'incitation à la haine raciale et religieuse".
Lors de sa visite à Carpentras, le préfet du Vaucluse Hugues Parant a dit être venu "parce qu'il est inadmissible qu'un lieu de culte soit attaqué quel qu'il soit". "Il fallait montrer que nous mettrions tous nos efforts dans la recherche de l'auteur de ces actes. D'ailleurs, la PJ (police judiciaire) est saisie, ce qui montre bien l'engagement de la justice", a-t-il expliqué à France Info.
Interrogé par l'Associated Press, le président de l'association des musulmans de Carpentras Mohamed Elad a vivement réagi au jet de deux engins incendiaires contre la mosquée Es-Salam (mosquée de la paix), située dans une zone industrielle du sud de la ville.

14 à 16 ans

"D'après les témoins des faits, c'est un jeune homme de 14 à 16 ans qui aurait commis cet acte", a expliqué Mohamed Elad. "Il est venu entre la prière de 17h30 et la dernière, celle de 18h40. Il aurait pu blesser ou tuer. Il y avait trente voitures sur le parking. S'il avait voulu se contenter de mettre le feu, il serait venu plus tard. Heureusement, il a été dérangé par des fidèles qui discutaient entre eux". "Tous les musulmans dénoncent cet acte barbare et criminel", a-t-il insisté.
D'après lui, l'auteur des faits, qui n'a pas été pour l'heure interpellé, n'avait "pas de complice". Il aurait pris la fuite en scooter. "Son signalement a été donné à la police", a précisé Mohamed Elad.
Dans un communiqué, SOS Racisme a condamné un "acte visant à détruire un lieu de culte". Cette agression est non seulement "le fait de personnes qui n'admettent toujours pas la présence des populations arabo-musulmanes sur notre territoire" mais elle "a pris un tour particulièrement violent", a jugé l'association.

Amalgames

Pour SOS Racisme, "nul doute" que les auteurs tentent de "profiter des immanquables effets d'amalgames sans aucun fondement produits par les violences urbaines".
"Il est de la responsabilité de l'Etat de tout mettre en oeuvre pour retrouver les responsables de cet attentat et à la justice de les condamner en ayant à l'esprit que, dans une telle période, un tel acte relève quasiment de l'incitation à la haine raciale et religieuse", conclut l'association.
La communauté musulmane de Carpentras compte environ 2.000 personnes. Mille personnes étaient rassemblées vendredi au moment du jet des cocktails Molotov. Un des engins incendiaires a provoqué un début d'incendie rapidement maîtrisé par des fidèles, a souligné la préfecture du Vaucluse. Aucune personne n'a été blessée.
L'auteur des faits, "poursuivi par deux témoins, fait l'objet de signalements concordants", a ajouté la préfecture. Le parquet de Carpentras a confié l'enquête à l'antenne locale du SRPJ de Montpellier.

Condamnations

Vendredi soir, le président Jacques Chirac et le Premier ministre Dominique de Villepin ont condamné avec "fermeté" cet incident, qualifié d"'acte particulièrement inacceptable" par le chef du gouvernement.
Dans un communiqué, l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) s'est dit "profondément choquée" par cette attaque.
Pour l'UEJF, "c'est la stigmatisation des 'jeunes de banlieue' assimilées à de dangereux délinquants musulmans, qui a armé les bras des agresseurs".
Pour l'UEJF, "on assiste en direct aux efforts pervers des émeutes des banlieues. La violence se libère et les extrémistes racistes se sentent autorisés à passer à l'acte". Benjamin Abtan, président de l'UEJF a estimé qu"'il est temps d'œuvrer dans le sens d'une 'stigmatisation positive': il faut que la jeunesse donne l'exemple d'un dialogue entre ses différentes composantes sociales et religieuses pour mettre un terme aux violences".
© Le Nouvel Observateur

up  

RETOUR SUR L’ÉMISSION D’ARLETTE CHABOT SUR FRANCE 2

14/11/2005 - L’émission d’Arlette Chabot sur France 2 a été écoeurante, mais révélatrice à souhait : quelques jeunes sur le plateau pour dire, à toute allure — fallait tout de même pas qu’ils s’attendent à une véritable écoute ! — leur misère, leur colère, leur désarroi, et de l’autre plus d’une heure offerte à Sarkozy pour recommencer à leur lancer son mépris à la tête et pour pérorer sur les mérites de la police ; puis une brochette de politiciens, copains comme cochons, en train de se taper sur l’épaule, de s’appeler par leurs prénoms et de convenir que c’est la faute à personne et à tout le monde puisqu’ils ont tous été à la mangeoire à tour de rôle, tous fait de belles promesses électorales qu’ils n’ont jamais tenues, et qu’ils seraient donc malvenus de ne pas se tenir les coudes et d’accuser untel ou untel. Jusqu’au maire PCF de Vénissieux, André Gérin, qui a donné du «Nicolas» à Sarkozy et abondé dans son sens en matière du «nécessaire rétablissement de l’ordre républicain», sans un mot pour dénoncer la liberticide instauration de l’état d’urgence, une loi d’inspiration coloniale, remontant à la guerre d’Algérie. On ne nous a rien épargné, ni le lamentable spectacle du ministre Jean-Louis Borloo se croyant «sympa» parce qu’il émaillait son discours de mots grossiers comme «putain», «merde» à tout bout de champ, après que Sarkozy ait trouvé mal élevé un jeune qui était resté parfaitement poli, mais qui avait eu le courage de lui tenir tête. En toute impunité, ces mêmes dirigeants ont osé nous présenter les Etats-Unis… comme modèle d’intégration raciale ! Et quand Sarkozy a eu le culot de parler de la population qui refuse de s’exprimer par des moyens politiques, en citant le non au référendum comme un exemple de dépolitisation, il n’y a eu personne pour le relever.

Et dans tout cela, pas un seul pour faire une proposition concrète aux jeunes désespérés, à ces jeunes qui se sont exprimés très clairement malgré le peu de temps qui leur était imparti, et avec beaucoup de dignité, pas une seule personne pour leur permettre d’exprimer leur mécontentement, leurs revendications. Le gouvernement n’a pas pris la peine de les recevoir une seule fois pour les entendre, comme l’a fait remarquer un jeune sur le plateau. Pas un seul élu ne s’en est ému. Ce ne sont plus des constats sur l’injustice, la fracture sociale, le racisme et le mépris qu’il nous faut. Tout cela, on le sait depuis trop longtemps. Pas question non plus d’attendre tranquillement les élections de 2007 pour qu’on nous promette une fois de plus de raser gratis, à droite comme à gauche. On sait très bien en outre que Sarkozy n’est pas le seul responsable de la situation actuelle. D’abord parce que l’ensemble du gouvernement reste solidaire de cette politique, même s’ils se distribuent les rôles (le bon et le méchant, c’est un peu éculé), et d’autre part parce que deux septennats de gauche n’ont pas amélioré la situation des plus défavorisés.

Il est temps qu’apparaissent des propositions d’action concrètes envers les jeunes et les moins jeunes. Que peuvent faire aujourd’hui les jeunes à part brûler des voitures ? Occuper leurs usines ? Ils n’en n’ont pas, ils sont au chômage. Il faut les aider à se rassembler, à se coordonner à lister leurs revendications, à se rendre en délégation pour exiger leur satisfaction, maintenant, et pas à la Saint Glinglin.

Les emplois, cela peut se créer tout de suite et c’est à l’Etat de donner l’exemple. Il manque cruellement des postes dans des tas de secteurs : la santé, l’éducation, le sport, l’animation culturelle, l’aide aux personnes âgées. Et il est possible de proposer des formations et des emplois tout de suite à ces jeunes, pour le plus grand bien de la société, pour notre plus grand bien à tous. Au lieu de choisir de transférer progressivement tout le public au privé, avec la dégradation des services que l’on connaît pour les plus pauvres, et de fournir une main d’oeuvre de plus en plus malléable et bon marché aux entreprises, avec les contrats à l’essai pour deux ans ou des apprentis de 14 ans qui n’auront pas la possibilité d’accéder à des postes intéressants faute d’une réelle formation de base, il faut forcer les politiques à faire ce qu’ils ne feront jamais de leur propre gré : rendre sa dignité et ses droit à chacun.

L’Etat a également les moyens, comme le faisait remarquer hier soir Jean-Christophe Lagarde, maire de Drancy, de casser les banlieues ghettos, en obligeant les maires qui s’y refusent, comme Sarkozy à Neuilly, à créer des logements sociaux dans leurs communes. Car sinon, c’est le cercles vicieux : quartiers ghettos, écoles ghettos… échec et frustration. Et puisqu’il s’y connaît en répression, l’Etat peut aussi réprimer les multiples entreprises qui pratiquent les discriminations raciales à l’embauche.
Tout cela ne peut être obtenu qu’en coordonnant les luttes des jeunes et des moins jeunes, des chômeurs et des travailleurs, en cessant de laisser chaque catégorie de la population, travailleurs licenciés, intermittents, lycéens, travailleurs d’EDF ou cheminots, se battre séparément, chacun dans son coin, et être nécessairement vaincu, car seule la coordination de ces luttes peut permettre un changement de notre société et la fuite en avant vers toujours plus de barbarie. Les jeunes de banlieue ne demandent qu’à se mobiliser autrement. Aidons-les à le faire.
© La Nouvelle République

up  

'LES DÉLINQUANTS MAFFIEUX ET LES TENANTS DE L’ISLAM POLITIQUE' (France)

Un communiqué islamophobe d’une officine « républicaine »
Par Laurent Lévy, auteur du livre " Le spectre du communautarisme" aux éditions Amsterdam


L’Union des Familles Laïques (UFAL) poursuit sa fuite en avant dans le racisme islamophobe. Dans un communiqué de moins de deux pages (1), daté du 7 novembre 2005, au milieu d’un verbiage sécuritaire bien classique chez ces chevènementistes mal repentis, on trouve plus de cinq formules dont chacune relève de ce racisme ; pris dans son ensemble, ce texte n’a en substance qu’un sens identifiable : La sécurité des français est menacée par les musulmans.

Dès le premier paragraphe, le décor est planté : la révolte de la jeunesse des quartiers populaires est identifiée ainsi : « les délinquants maffieux et les tenants de l’islam politique ».Il y a beaucoup de choses dans cette simple formule, qu’aucun fait ne vient bien entendu étayer, et que l’on retrouvera de manière obsessionnelle tout au long de ce communiqué.

La révolte, dont le caractère politique est indiscutable - quoi que l’on puisse penser des formes qu’elle prend - est purement et simplement assimilée à de la délinquance.

Les révoltés ne sont pas seulement présentés comme des délinquants, mais en outre comme des maffieux ; il ne s’agirait donc même pas d’une simple délinquance occasionnelle, mais d’une délinquance structurée, habituelle : les « violences » des émeutiers sont ramenées à la « violence » classique dont un certain discours veut faire la norme des quartiers dits « sensibles ».

Il est sous-entendu que les émeutiers seraient manipulés, ou guidés par « les tenants de l’islam politique », c’est à dire dans le vocabulaire de cette officine, par l’ensemble des personnes assumant quelque fonction religieuse au sein de la communauté musulmane.

Plus loin, invoquant le droit constitutionnel à la « sûreté », le communiqué fait le reproche, au demeurant fantasmatique, au gouvernement de s’en défausser sur les « grands frères » et sur « les imams de l’islam politique ». D’où vient cette nouvelle référence à l’islam politique, quelques lignes à peine après la précédente ? On ne le saura jamais ; mais il est clair qu’elle ne vient d’aucune déclaration d’aucun ministre, sauf à assimiler tout responsable musulman à un « imam de l’islam politique ».

Le paragraphe suivant, à moins de deux lignes de là, évoque « l’alliance de fait du ministre de l’Intérieur avec les délinquants maffieux et les caïds de l’islam politique ». Là encore, au delà de l’expression « de fait », qui permet de dire tout et n’importe quoi, deux commentaires :

Une nouvelle fois, l’amalgame est réalisé en associant la délinquance et l’islam.

Les « imams » sont remplacés par les « caïds de l’islam politique ». Or, dans le vocabulaire politique aux relents clairement racistes dont ce communiqué est une expression caricaturale, l’expression « caïds de banlieue » est généralement utilisée pour stigmatiser, par l’usage d’un terme « exotique » la violence brutale de voyous dont on dit qu’ils feraient régner la terreur sur leurs quartiers. Autrement dit, un profil type dont il n’est soutenu par personne qu’il représenterait le pilier de mosquée - a fortiori - le théoricien « islamiste ».

Plus loin, cette formule : « les caïds des quartiers et de l’islam politique ont semé dans toutes les banlieues, les graines d’une guerre organisée contre les couches populaires ». Est-il vraiment nécessaire de la commenter, ou se suffit-elle à elle-même ? Retenons que cette fois, sont également visés - sans être nommés - la « bête noire » de cette gauche républicaine, les célèbres « islamogauchistes » : les fameux « caïds » seraient ainsi « encouragés par les discours de victimisation d’intellectuels, voire de militants pyromanes se réclamant de la gauche, qui stigmatisent en permanence la République ».

On trouvera plus loin encore dans le communiqué l’exigence de mettre « hors d’état de nuire les délinquants maffieux et les caïds de l’islam politique des banlieues ». La même rhétorique, donc, de l’amalgame frauduleux.

D’autres passages sont plus allusifs ; mais dans le contexte de ceux qui viennent d’être cités, ils sont parfaitement transparents.

Ainsi l’évocation « des groupes, ou des individus, qui ont déclaré la guerre à l’intégration et à l’égalité hommes-femmes, et qui veulent tenir sous leur coupe tous les habitants de leurs quartiers ». On sait bien que de tels « groupes » n’existent pas ; mais on sait aussi que ces thèmes sont ceux qui sont le plus souvent mis en avant - en particulier par cette organisation - pour justifier la loi anti-foulard : là encore, ce sont donc les musulmans qui sont visés.

Ainsi l’évocation de « ceux qui ont le plus besoin de la République et de la laïcité pour s’émanciper des dégâts du libéralisme et de la tutelle communautariste, qu’elle soit de type maffieuse ou intégriste », où le mot « intégriste » fait, dans le dernier paragraphe du texte, sa première apparition - dont chacune et chacun comprendra qu’il est pris comme synonyme de ce qui était désigné auparavant comme « islam politique ». Et là encore, amalgame entre « Maffia » et « islam », associés pour que le tableau soit complet au thème du « communautarisme ».

Ainsi, ce groupe qui, emboîtant le pas de Philippe de Villiers, dénonçait il y a peu « l’islamisation » de la France entend, à l’heure où les banlieues s’embrasent, poursuivre son combat de guerre civile.

Note :

(1) : Ce communiqué est publié dans le n°395 de la revue électronique ResPublica. Le même numéro donne des événements de Clichy-sous-Bois le récit suivant, sous la signature de Amir Taheri : « La semaine dernière, une groupe de jeunes gens de Clichy se sont adonnés à un de leurs sports favoris : voler des pièces sur les voitures en stationnement. (...) Une fois la police arrivée sur les lieux, les jeunes -- qui avaient régné à Clichy pendant des années sans grande obstruction -- ont vraiment mal pris la chose. Une brève poursuite eut lieu dans la rue, et deux d’entre eux, que la police ne pourchassait même pas, cherchèrent refuge à l’intérieur d’une clôture défendant l’accès à un transformateur électrique. Tous deux furent électrocutés.Une fois répandue la nouvelle de leurs morts, tout Clichy était aux armes. Aux cris de "Dieu est grand", des bandes de jeunes armés de tout ce sur quoi ils avaient pu faire main basse se déchaînèrent et forcèrent la police à fuir. »
© Oumma

up  

BANLIEUES : LES PISTES POUR SORTIR DE LA CRISE (France)

Des poches de violences perdurent en province, notamment à Lyon. L'incarcération d'un policier suscite la colère de ses collègues.




J.C., M.C., A.N. et M.-C.T.


14/11/2005 - ÉPARPILLÉES sur tout le territoire, sporadiques et en décrue... Les émeutes qui ont d'abord fortement ébranlé la région parisienne puis quelques grandes villes de province sont-elles en passe de devenir un mauvais souvenir? Tout en faisant état d'une «sérénité retrouvée», les autorités restent extrêmement vigilantes. A ce jour, quelque 3 000 personnes ont été interpellées. Parmi elles, moins de 400 majeurs ont été condamnés à des peines d'emprisonnement et 456 mineurs qui ont été présentés à un juge des enfants, 103 ont été écroués. Côté dégâts, 8 400 véhicules ont été incendiés (lire ci-contre) ainsi que des dizaines d'édifices publics. Réinstaller définitivement le calme tout en s'attaquant à l'immense défi social que représentent les banlieues, tel est désormais l'enjeu pour le gouvernement. Et pour l'instant, Nicolas Sarkozy comme Dominique de Villepin sont crédités à égalité de la confiance des Français (respectivement 53% et 52%) pour apporter des solutions selon un sondage Ifop publié par Le Journal du Dimanche.

Va-t-on maintenir le couvre-feu?

Le Conseil des ministres, qui se tient exceptionnellement ce matin, doit examiner un projet de loi permettant au gouvernement de prolonger l'état d'urgence au-delà des douze jours fixés dans la loi du 3 avril 1955. Ce texte, préparé dès le début de la semaine dernière et composé de deux courts articles, serait soumis dans la foulée au Parlement.

Cela sera-t-il nécessaire? Au dire des préfectures qui ont imposé le couvre-feu décidé le 9 novembre dernier, les violences urbaines décroissent notablement. Ainsi, à Mont-de-Marsan et Saint-Pierre-du-Mont, «On est passé de douze voitures calcinées dans la nuit de jeudi à vendredi à une seule dans la nuit de samedi à dimanche», expliquait hier la préfecture des Landes. Constat identique dans les Alpes-Maritimes où le rapide recul des troubles a d'ailleurs incité le préfet à réduire très vite le champ d'application de l'arrêté. Au total, quarante communes dans sept départements ont été l'objet d'un couvre-feu.

A Amiens, la première ville à s'être lancée, on se félicite: «Ces dispositions ont été étonnamment bien accueillies par les parents de mineurs», indique un fonctionnaire du département. Hier, aucune administration n'osait d'emblée annoncer une suspension de la mesure. Prudemment, toutes préféraient attendre la fin de ce long week-end de trois jours avant de prendre une quelconque décision.

La grogne des policiers va-t-elle se poursuivre après l'incarcération de l'un des leurs?

La réponse dépendra en partie du sort donné à l'appel du policier de La Courneuve incarcéré, un référé liberté étant examiné aujourd'hui à 14heures au tribunal de Bobigny. Les policiers de la base et leurs syndicats ont en effet très mal réagi, après l'annonce du placement en détention provisoire d'un des leurs mis en cause dans la bavure de La Courneuve (lire ci-dessous). Une colère d'autant plus forte que nul ne conteste les faits et la mise en examen des policiers concernés. La section Seine-Saint-Denis d'Alliance, le premier syndicat des gardiens de la paix, a appelé les policiers à observer un «service minimum». Selon ce mot d'ordre, le secours aux victimes, notamment de violences urbaines, serait maintenu mais la recherche de la délinquance en flagrant délit s'interromprait purement et simplement.

Nicolas Sarkozy va-t-il mettre à exécution sa menace d'expulser les fauteurs de troubles étrangers?

Le ministre de l'Intérieur persiste et signe. «Il devrait y avoir des expulsions dès le début de la semaine, peut-être même lundi», a-t-il répété ce week-end. Un peu plus d'une centaine d'étrangers est impliquée dans les violences urbaines qui ont débuté le 27 octobre dernier, la plupart en situation régulière. Cette sanction va donc se traduire par un retrait du titre de séjour. Elle ne devrait pas concerner, néanmoins, plus d'une dizaine d'émeutiers. Pour le ministre de l'Intérieur, l'enjeu est avant tout symbolique. L'annonce mardi de ces expulsions avait provoqué de vives critiques du PS et des associations. SOS Racisme avait même déposé en urgence un recours devant le Conseil d'État. En vain. Plus aucun obstacle juridique n'empêche donc le ministre de l'Intérieur de mettre sa menace à exécution. Les mineurs en revanche ne sont pas expulsables et plusieurs catégories de majeurs qui ont des liens familiaux forts en France sont protégés par la loi Sarkozy de novembre 2003, notamment ceux arrivés en France avant l'âge de 13 ans.

Comment financer les mesures sociales annoncées par Dominique de Villepin?

C'est l'une des questions les plus épineuses auxquelles le gouvernement va devoir répondre cette semaine même si, hier, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, annonçait une aide de l'Union européenne à la France de 50 millions d'euros. Depuis que le premier ministre a égrené ses annonces, les financiers du gouvernement cherchent comment budgétiser au moindre coût les très onéreuses mesures promises. La discussion sur le budget 2006 se termine dans quelques jours. Les finances de la politique de la Ville qui devaient être discutées mercredi dernier à l'Assemblée nationale, le seraient lundi prochain.

Outre les 100 millions d'euros de financement direct aux associations, Dominique de Villepin a annoncé plusieurs autres mesures très coûteuses. Il veut mille équipes de réussite éducative (soutien scolaire...) d'ici à 2007. Or, en 2005, les 185 premières équipes ont coûté pas moins de 62 millions d'euros. Le nombre des adultes relais doit être multiplié par deux (50 millions d'euros cette année). Les projets Ville Vie Vacances pour occuper les jeunes vont également être dopés. Parallèlement, des projets comme les 20 000 contrats d'accompagnement pour l'emploi seront «réorientés» pour les publics des quartiers. Ce sont donc plusieurs centaines de millions d'euros qui devront être injectés dans les banlieues pour répondre aux exigences du premier ministre. Enfin, le gouvernement travaille à une mise à plat de l'organisation administrative. Au côté de l'Agence nationale de la rénovation urbaine (Anru) serait créée l'Agence nationale de la cohésion sociale avec sur le terrain des préfets à l'égalité des chances.



© Le Figaro
up  

INCIDENTS SPORADIQUES DANS LES BANLIEUES (France)

14/11/2005 - Des incidents sporadiques ont éclaté dimanche soir pour la 18e nuit consécutive dans les banlieues françaises, principalement en province, mais les autorités veulent croire à un retour progressif à la normale.

Au total, 374 véhicules ont été incendiés, dont 298 en province et 76 en région parisienne, dans la nuit de samedi à dimanche, un chiffre qui marque une baisse de 25% de ce type d'incidents.

Si l'accalmie prévaut, notamment en Ile-de-France, des zones "sensibles" demeurent, dans le Rhône et l'agglomération toulousaine. Des incendies de véhicules ont également été signalés dimanche soir dans la banlieue de Strasbourg.

Dix véhicules ont été incendiés à Toulouse dimanche soir. Dix personnes ont été interpellées, dont quatre mineurs.

Une voiture-bélier lancée contre une école du quartier de La Reynerie a provoqué d'importants dégâts. L'établissement sera fermé lundi.

Dans le Rhône, où le couvre-feu est en vigueur jusqu'à lundi matin à Lyon et dans onze autres communes, les forces de l'ordre restent en alerte.

La préfecture avait décidé d'interdire dimanche tout rassemblement dans le centre de Lyon entre 14h00 et 19h00, au lendemain d'échauffourées entre jeunes et forces de l'ordre.

Pour la première fois depuis le début des violences, le 27 octobre, des incidents ont en effet éclaté au coeur d'une grande ville.

Place Bellecour, une cinquantaine de jeunes ont jeté samedi des projectiles sur les policiers et CRS qui ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes.

La grande mosquée de Lyon a été la cible d'un engin incendiaire, qui n'a pas explosé, dans la nuit de samedi à dimanche.

Signe toutefois d'un retour à la normale, la direction des transports de l'agglomération lyonnaise (TCL) a décidé d'assurer les services de bus jusqu'à 21h00 lundi et mardi alors qu'ils étaient interrompus à 19h00 depuis mercredi en raison des violences.

Le conseil des ministres a été avancé à lundi en vue de l'examen d'un projet de loi autorisant l'éventuelle prorogation de l'état d'urgence en vigueur jusqu'au 20 novembre inclus.

L'UE PROPOSE 50 MILLIONS D'EUROS

Vingt-cinq départements métropolitains sur 96 ont été autorisés à instaurer un couvre-feu pour les mineurs, aux termes du décret réactivant la loi du 3 avril 1955 sur l'état d'urgence.

Cette mesure exceptionnelle est appliquée dans des communes de sept départements: Alpes-Maritimes, Somme, Seine-Maritime, Loiret, Eure, Landes et Rhône.

Les premières expulsions d'étrangers, en situation régulière ou irrégulière, impliqués dans les violences pourraient intervenir dès lundi.

Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a déclaré samedi soir que ces mesures seraient appliquées "dès le tout début de la semaine".

"Toute personne étrangère en situation régulière peut se voir retirer sous certaines conditions son titre de séjour si elle a participé à des émeutes et ceci avant même la condamnation", a-t-il expliqué, sans préciser le nombre de personnes visées.

"Cela ne remet en aucune manière en cause l'abrogation de la double peine", a-t-il souligné.

Le Conseil d'Etat a rejeté samedi une requête en référé de SOS-Racisme qui demandait la suspension de cette mesure.

Nicolas Sarkozy est attendu ce lundi en Seine-Saint-Denis pour y rencontrer des policiers choqués par le placement en détention provisoire d'un de leurs collègues pour la " bavure " survenue lundi dernier à La Courneuve.

Le jeune homme de 19 ans dont l'interpellation musclée filmée lundi par France 2 avait valu à huit policiers d'être suspendus, a été interpellé samedi à son domicile, au Bourget. Il avait jeté des pierres sur des pompiers vendredi soir.

Sur les huit fonctionnaires concernés, trois ont été mis hors de cause et leur suspension a été levée samedi par Nicolas Sarkozy. Un policier a été mis en détention provisoire vendredi et les quatre autres ont été placés sous contrôle judiciaire.

"Dès lundi, je serai avec eux (les policiers de Seine-Saint-Denis) pour leur dire qu'il n'y a pas d'amalgame et que ma confiance est totale", a déclaré samedi soir le ministre de l'Intérieur.

L'Union européenne est intervenue dimanche dans la crise par la voix de José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, pour proposer une aide de quelque 50 millions d'euros à la France pour faire face à la situation dans les banlieues.

Le chef de l'exécutif européen a rencontré dimanche soir le Premier ministre, Dominique de Villepin.
© Libération

up  

LE NOMBRE DES EXPULSIONS DEVRAIT ÊTRE LIMITÉ (France)

14/11/2005 - "Il devrait y avoir des expulsions dès le début de la semaine, peut-être même lundi", a répété ce week-end le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, à propos de sa demande aux préfets que les étrangers interpellés dans le cadre des violences urbaines des derniers jours soient expulsés, qu'ils disposent ou non d'un titre de séjour.

Mais la question du nombre d'étrangers concernés reste pendante. Combien étaient-ils parmi les 2 767 personnes arrêtées, dont 375 condamnées à des peines de prison ferme ? Si, d'après le directeur de la police nationale, Michel Gaudin, une centaine d'interpellés sont visés, le président de SOS-Racisme, Dominique Sopo, assure que "le nombre d'étrangers expulsables ne dépasse pas la dizaine".

Une certitude : les mineurs ne sont pas concernés par cette mesure, tout comme plusieurs catégories de majeurs ayant des liens familiaux forts en France, notamment ceux arrivés avant l'âge de 13 ans (loi Sarkozy de novembre 2003) ce qui limite le nombre de personnes expulsables.

"Il ne s'agit pas de faire du chiffre, c'est une question de principe", a affirmé Nicolas Sarkozy. "Dans tous les cas où la loi le permet, les étrangers fauteurs de troubles seront expulsés vers leur pays d'origine (...)Toute personne étrangère en situation régulière peut se voir retirer sous certaines conditions son titre de séjour si elle a participé à des émeutes, et ceci avant même la condamnation", a-t-il expliqué. Alors que de nombreuses voix se sont élevées en dénonçant la double peine, le ministre a rétorqué que "cela ne remet en aucune manière en cause l'abrogation que j'avais proposée de la double peine", les expulsions pouvant intervenir avant même une condamnation.

Pour autant, en refusant de préciser combien de personnes sont concernées par cette mesure, Nicolas Sarkozy donne l'impression qu'il s'agit surtout d'un enjeu symbolique.

PRÉCÉDENT DÉVASTATEUR

Ces expulsions sont rendues possibles par l'article L. 521 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, en cas de "menace grave pour l'ordre public". Mais des recours devant le tribunal administratif, puis le Conseil d'Etat, peuvent être déposés contre les arrêtés pris par le ministre de l'intérieur ou les préfets. Ces recours ne sont pas suspensifs, mais si les expulsions sont cassées, les expulsés peuvent revenir en France, ce qui serait du plus mauvais effet pour le gouvernement : on se souvient que le 11 avril 1994, deux jeunes Algériens, accusés d'avoir lancé des pierres sur des policiers lors d'une manifestation et expulsés le 24 mars en "urgence absolue" par le ministre de l'intérieur, Charles Pasqua, étaient revenus en France après un sursis à exécution ordonné par le tribunal administratif de Lyon. Ce dernier avait estimé qu'il n'y avait pas de "nécessité impérieuse" justifiant l'expulsion. Ce tribunal avait ensuite annulé l'ensemble des arrêtés d'expulsion.

Des associations ont d'ores et déjà contesté la légalité de la mesure de M. Sarkozy et dénoncé des "expulsions collectives". Le Conseil d'Etat a cependant rejeté une requête en référé de SOS-Racisme demandant la suspension de cette décision, au motif que "chacun des étrangers fera l'objet d'un examen de sa situation", conformément au code de l'entrée et du séjour des étrangers en France.
© Le Monde

up  

FRANCE : ÉTAT D'URGENCE PROLONGÉ

Des incidents ont, à nouveau, éclaté dimanche soir dans les banlieues françaises, principalement en province. Mais le nombre d'actes de violences et de vandalisme sont en nette diminution. On peut réellement parler de retour au calme dans la région parisienne. Dans le reste du pays, certains foyers reste sensibles. C'est le cas dans le Rhône et dans l'agglomération toulousaine.

14/11/2005 - Certains policiers parlent même de grande accalmie. Des chiffres provisoires indiquent un week-end beaucoup plus calme que prévu, 284 véhicules incendiés, contre 374 la nuit précédente : 68 en Île-de-France, 216 en province. Les forces de l'ordre ont procédé à 112 interpellations sur tout le territoire, contre 212 la veille. Par ailleurs, cinq policiers ont été blessés et le couvre-feu reste d'application dans une quarantaine de villes.

Ces chiffres semblent donc confirmer l'accalmie relative observée les deux nuits précédentes dans les banlieues parisiennes et en province, où les principaux incidents ont été signalés, notamment à Toulouse, à Lyon et dans le Rhône.

L'état d'urgence prolongé "pour une durée de trois mois" :

L’état d’urgence, dont l'un des principaux effets est l’instauration du couvre-feu, a été examiné ce lundi, en Conseil des ministres. Sans surprise, celui-çi a décidé la prorogation de l'état d'urgence pour trois mois. Une mesure jugée nécessaire par Jacques Chirac pour "ramener définitivement le calme dans les banlieues" où des violences font rage depuis le 27 octobre. Le projet de loi devrait être présenté au parlement, ce mardi. Pour rappel, l'état d'urgence avait été instauré le 8 novembre pour 12 jours, en vertu d'une loi de 1955, datant de la guerre d'Algérie.

De son coté, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a annoncé que les expulsions administratives commenceront dès ce lundi. Cette mesure vise les étrangers, même en situation régulière, qui ont participé aux émeutes. Une décision violemment critiquée à gauche mais aussi au sein même du gouvernement, notamment par le ministre des Affaires étrangères, Douste-Blazy.

Jacques Chriac sort de son mutisme:

L'Elysée a annoncé que le président Jacques Chirac fera ce lundi soir à 20 heures, une déclaration radiotélévisée sur les violences urbaines. Il faut dire que Jacques Chirac a été très critiqué pour son manque apparent d'implication : depuis le début des violences urbaines, le 27 octobre, dernier, le président français n’est intervenu publiquement qu’à deux reprises. Lors de sa dernière intervention le 6 novembre, Jacques Chirac s'était plus longuement exprimé. Il avait pris acte du "problème" et avait annoncé qu'il en tirerait les conséquences "le moment venu".

Une bombe à retardement :

Le choix sécuritaire fait par le gouvernement au détriment de véritables mesures de fond, et d’un véritable projet gouvernemental, inquiète les spécialistes pour lesquels tout pourrait exploser à nouveau dans quelques années si dans ces quartiers difficiles, on ne fait rien pour l'école, rien pour le logement, rien pour changer les relations entre les jeunes et la police et surtout si on ne fait rien, et si on ne comprend pas qu'il faut donner à ces populations d'origine immigrée, une représentation politique comme c'est déjà le cas en Belgique par exemple. En faisant l’impasse sur ces différentes mesures, le gouvernement persiste à faire de ces Français laissés pour compte, victimes de discriminations et de racisme, des étrangers dans leur propre pays. En clair tous les ingrédients d’un cocktail qui explosera à nouveau tôt ou tard.

Fonds européen :

L'Union européenne est prête à dégager 50 millions d'euros pour aider la France à faire face aux conséquences des émeutes dans ses banlieues. C’est ce qu’ a annoncé dimanche , le président de la Commission européenne, Jose Manuel Durao Barroso. Pour le président de la Commission, les violences dans les banlieues françaises constituent "bien un problème européen" ajoutant que l'Union européenne était prête à débloquer rapidement 50 millions d'euros pour aider la France mais l'aide européenne pourrait aller jusqu'à un milliard d'euros pour avoir une action en banlieue en termes d'inclusion sociale, d'appui à l'emploi dans les villes et banlieues, surtout pour les petites et moyennes entreprises.
© RTBF

up  

QUELLES PROPOSITIONS ? ON SE FOUT TOUJOURS DE NOUS (France)

Antoine Garnier réagit cette semaine aux événements qui ont récemment enflammé les banlieux françaises

14/11/2005 - La différence entre le jeune Nicolas de Charente-Poitou, Zigowvitch de Pologne, Henry de Belgique, Carlos d’Espagne, Yung-Lee du Vietnam, et Aziz du Maghreb, Mamadou d’Afrique et Jean-Claude des Antilles ? C’est que les enfants d’immigrés des premiers n’ont peut-être pas d’emploi mais leur couleur de peau fait qu’ils se sentent chez eux, en France. Ceux du groupe des seconds n’ont ni emploi, ni sentiment d’être chez eux. Le premier a le sentiment qu’il peut en retrouver un, grâce à un réseau et des conditions qui éliminent d’emblée la discrimination au faciès. Le second, plus du tout après l’envoi de centaines de CV restés sans réponses et d’un racisme pesant et décourageant. La France est profondément raciste et hypocrite envers les non-blancs. C’est le tort qu’elle paye aujourd’hui pour ses jeunes qui utiliseront tous les moyens pour ne plus mourir en silence.

Pourquoi les médias nous manipulent/affublent-ils toujours avec le terme intégration sinon pour nous stigmatiser,victimiser ? Pourquoi ne l’emploie-t-elle pas pour qualifier René, le fils d’immigré belge, Françoise, la portugaise, Benoît, fils d’italien ? Pourquoi eux sont-ils des ex (étrangers) et nous des toujours, l’un profitant de sa couleur de peau, l’autre la subissant ?

Pourquoi n’en faire qu’une affaire de jeunes alors que ce sont des adultes (plus de 18 ans et plus) qui y trouvent leur compte et participent ou soutiennent ce cri/appel ? Pour mieux les juger en cas de condamnations. Qui ne sait pas que tout cela n’est pas seulement motivé par le désir de se faire entendre de l’autre société, mais aussi émaillé de tentatives d’escroquerie aux assurances, de règlement de comptes personnels, que des blancs pauvres (que les médias veulent toujours cacher) participent et vivent également ce ras-le-bol ?

Pourquoi n’en font-ils qu’une affaire de jeunes ET de bronzés et de religion ? Depuis quand n’y aurait-il que des Musulmans vivant à la périphérie des grandes villes ? A qui/pourquoi cherche t-on à faire croire que seuls des Imams peuvent ramener la paix quand des prêtres, personnalités locales, citoyens lambdas, et autres travailleurs sociaux travaillent tout également pour elle ? Quelle démagogie, quelle manipulation. Les historiens n’auront pas omis de remarquer que ce climat de stigmatisation ethnique et de récupération politique s’apparente à celui qui a précédé l’Allemagne nazie. Les sociologues et politiques ainsi que les organisations de soit-disant lutte contre le racisme sont bien discrètes et démontrent, une nouvelle fois leur partialité quand il s’agit d’adresser les problèmes de certains jeunes par rapport à d’autres.

A continuellement la présenter comme une affaire de banlieue spécifique (code signifiant arabes et noirs – à croire qu’il n’y vit pas de Blancs) alors qu’il s’agit d’un problème national, entre nationaux, ils ne font que se mentir. Nous savons bien que Neuilly est également une banlieue (cossue). Les services qu’elle offre sont simplement tellement différent de ceux inexistant dans d’autres banlieues (zones géographiques). Nous, ne nous dupons pas.

Et nous intégrer à quoi d’ailleurs ? Dans notre grande majorité, nous sommes déjà désintégrés et buvons déjà du Coca-cola, mangeons de la baguette et apprécions notre Brie et notre steack-frites national. Pourquoi, semble t-il, que seule TF1, média privé, ait engagé récemment des journalistes d’origine maghrébine comme le laisse supposer leur nom, et pas le service public toujours à la traîne dont nous payons pourtant tous la redevance ? Où sont à l’écran les hommes noirs, les Patrick Fandio, même si l’on peut se féliciter de la performance qualitative de trop peu d’Audreys Pulvars ? Que font tous ces couards de sportifs noirs incapables d’imposer leur propre dignité dans les stades qu’un cerveau lessivé n’explique pas tout ?

Eric Raoult, ancien ministre de la ville et maire du Neuilly du 93, la ville du Raincy, fait peine à voir et entendre ce mardi soir sur France 3. Son attitude et son discours illustrent parfaitement cette France blanche aveugle, ignorante, de mauvaise foi et obtue, qui ne s’intéresse qu’au «qu’en dira-t-on» et pas aux sources du problèmes, à l’image de la France (notamment à l’étranger) qui casse le mythe républicain et affecte la balance commerciale en période de fêtes prochaines. Peut-être qu’à la différence d’une certaine France blanche (qui est sincèrement ignorante de ce qui se passe au-delà de la reine Paris), la jeunesse ambiguë et peu reluisante de cet ancien membre des jeunes de l’extrême droite remonte à la surface, passivement, et que malgré qu’il cherche à se donner une nouvelle image – décidément - en prévision d’élections futures, ceci explique son arrogance et sa condescendance. Quel jugement devrait-on porter sur lui, trop prompt à critiquer des casseurs et à en oublier ses propres erreurs de jeunesses/errements de jeune ? Non, l’heure de la récréation n’a pas sonné.

C’est un autre son de cloche qu’il faut entendre. La France «touristique» est incapable de proposer un projet de vie et de société car elle ne le veut pas. Car, notamment et plus cyniquement, ses élites ne le veulent pas. Car nous sommes dans un pays où subsistent les privilèges dont une classe de Gaymards profite honteusement mais sans honte. Et qui veut y renoncer volontairement ? Car elles n’ont pas la moindre idée de ce que peuvent vivre* les classes ouvrières, les classes moyennes, les classes in-éduquées, la province, les départements d’outre-mer. Car elle les méprisent profondément, même si elles cherchent temporairement à les séduire électoralement (quand elles votent) pour maintenir son rang. Il suffit de considérer le lamentable discours consensuel des partis censés représenter les aspirations de la population. Tous à la ramasse, sans exception. La mission locale à Clichy Sous-Bois ? Quelle plaisanterie. Elle a soit été délocalisée ou n’a jamais été en mission. Qui va payer une carte orange 4 zone à son enfant pour qu’il aille chercher un travail tous les jours (quand elle est gratuite pour les chômeurs à Paris !!!) au risque de prendre une amende, de devoir la payer, de voir débarquer l’huissier chez soi, qu’il est sans mentor, sans formation, puis est/se voit découragé, refoulé par les entreprises parce qu’il habite trop loin en cas de grève, après que le service de placement lui ait déjà répondu que malgré l’annonce, Vous êtes trop loin.

Quiconque habite à Clichy s/b sait que l’ANPE la plus proche se trouve soit à Montfermeil, soit Livry-Gargan !!! Trois affiches inintéressantes s’y baladent. Les conseillers n’ont de conseillers que le titre et ne vous conseillent pas plus que cela. La mission locale de Suresnes, elle, ne reçoit que peu de monde malgré son équipement impeccable. Normal, dans cette banlieue, presque tout le monde a un emploi. A y voir que le Guillaume, le Nicolas n’ont pas tous ses efforts à fournir et qu’ils obtiennent un emploi/logement/vie sans coup périr, sans peur au ventre, et constater, en parallèle, que ce n‘est pas parce que je n’ai pas fait d’efforts, mais parce que je m’appelle Malaga, que je n’y ai pas accès peut nourrit la rage, non ?

C’est cette condescendance, ce mépris qui leur est renvoyé à la gueule. Pas plus violemment qu’une grève des dockers en Corse, ou qu’une grève d’agriculteurs qui brûlent, eux aussi, mais que les médias et les politiques nous ont vicieusement appris à accepter. Avec énergie, la force de l’exaspération et du désespoir.

Quelles sont les propositions : plus de police, renforcer l’ordre, la surveillance. Mais où sont les lois visant à impliquer les entreprises, construire un tissu social et culturel, ces croisements à employer des jeunes selon leur secteur ? Tout le monde ne fait pas dans les nouvelles technologies. Où sont les plans de formations efficaces et non de sempiternels stages, calcul moqueur pour désenfler les chiffres du chômage et maintenir semblant de paix sociale? Où sont les faits plutôt que les discours de bonnes intentions ? Où est la nouvelle France qu’ils se sont empressé de nous vendre passé Zinedine ? Quelles sont les lois qui exigent (plutôt qu’envisagent) des entreprises nationales ou privées, pour que puisse être envisagé un futur proche ? Quels sont les plans de formation pérenne, et non liés à une promesse d’élection, pour que le plus grand nombre puisse PARTICIPER ?

Indépendamment des saccages et incendies, victimes physiques collatérales que l’on peut regretter, c’est une déflagration de démocratie qui souffle sur la France et interpelle son avenir. Il est aujourd’hui question de responsabilité, vision, test de nos dirigeants. La France est à un tournant de son histoire politique, sociale et culturelle. Cet avertissement exige tant le réveil d’une morale politique, citoyenne et d’exemplarité, que des dispositions – et non les mesurettes prises – pour que la France, déjà éclatée, ne voie dans les prochains mois, prochaines années le fléau qu’elle a engendré et soutenu lui revenir à la face. On veut du concret pas d’énième réformes, de possibilité de, ou de conditionnel. A nous de l’exiger. Les prochaines élections devraient permettre à des gens qui, traditionnellement, ne votent pas se faire massivement entendre et sont pris pour des cons. Les promesses vont pleuvoir. Charge à nous de ne pas nous faire berner, de sanctionner, le cas échéant, de sonner la fin de la récréation de politiques que nous ne jugerions pas à même de répondre à nos attentes insoutenables et légitimes. Fin de la rhétorique : action.

* Pourtant, il suffit de regarder la composition d’une classe d’école maternelle des années 70/80/90 située dans les quartiers populaires pour se rendre compte que la France est multiraciale, multiethnique, multiculturelle.
© Grioo

up  

JACQUES CHIRAC DÉCRÈTE LE COUVRE-FEU DANS LES BANLIEUES FRANÇAISES

08/11/2005 - Le président Jacques Chirac a décrété mardi en Conseil des ministres l'état d'urgence, qui va permettre aux préfets, à compter de minuit, d'instaurer des couvre-feux dans les banlieues françaises qui ont été le théâtre de violents incidents depuis douze nuits.

"J'ai décidé, en application de la loi du 3 avril 1955, de donner aux forces de l'ordre des moyens supplémentaires d'action pour assurer la protection de nos concitoyens et de leurs biens", a dit mardi Jacques Chirac en Conseil des ministres. "C'est nécessaire pour accélérer le retour au calme." Ses propos étaient rapportés par le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé.

"Je vous demande de mettre en oeuvre ces mesures au plus vite, dans un esprit de responsabilité et de respect", a ajouté le chef de l'Etat.

Un second décret simple - ne nécessitant pas un passage en conseil des ministres - devait être pris "dans la journée" pour fixer la "liste des communes" où ces mesures pourront s'appliquer, a précisé Jean-François Copé.

Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, devait réunir en début d'après-midi les préfets de zone pour étudier avec eux les modalités d'application de la loi du 3 avril 1955. C'est eux qui détermineront, au sein des communes concernées, les zones précises où s'appliquera le couvre-feu.

"L'esprit de la mesure, c'est de prendre des décisions qui sont sur mesure, au cas par cas et adaptées à chaque situation", a souligné le porte-parole du gouvernement.

La loi du 3 avril 1955, votée en pleine crise algérienne, est une procédure rarissime qui permet l'instauration de "l'état d'urgence", en cas de "péril imminent résultant d'atteintes graves à l'ordre public" ou "d'événements présentant par leur nature ou leur gravité le caractère de calamité publique" (inondations, tremblements de terre...).

L'état d'urgence donne notamment pouvoir au préfet d'interdire la circulation des personnes ou des véhicules dans les lieux ou aux heures fixés par arrêté. Il peut aussi instituer par arrêté des "zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé", et interdire de séjour dans tout ou partie de son département toute personne "cherchant à entraver l'action des pouvoirs publics".

Le ministre de l'Intérieur peut quant à lui "prononcer l'assignation à résidence" d'une personne "dont l'activité s'avère dangereuse pour la sécurité et l'ordre publics", fermer des salles de spectacles, lieux de réunion, débits de boissons, interdire les rassemblements ou d'ordonner la remise des armes et munitions.

"Les perquisitions seront possibles chaque fois que nous aurons la suspicion de détention d'armes", a souligné Nicolas Sarkozy dans la cour de l'Elysée. "Nous pourrons alors agir de façon préventive pour éviter des incidents."

L'état d'urgence ne peut être décrété qu'en Conseil des ministres, pour des zones précises, et seulement pour douze jours, c'est-à-dire dans ce cas "jusqu'au 20 novembre inclus", selon M. Copé. Une prolongation doit être autorisée par une loi votée par le Parlement.

Le gouvernement envisageant apparemment que la crise dans les banlieues pourrait durer, le président Jacques Chirac réunira un nouveau Conseil des ministres "avant la fin de la semaine pour adopter (un) projet de loi" permettant de prolonger, si nécessaire, le couvre-feu, selon Jean-François Copé.

"La décision de procéder à l'application de la loi de 1955 et au décret d'état d'urgence, (Jacques Chirac) l'a décidée hier (lundi) après en avoir longuement parlé avec le premier ministre et le ministre de l'Intérieur", a-t-il précisé.

"La primauté de la loi va nécessairement de pair avec la justice", a souligné le chef de l'Etat en Conseil des ministres. "Ce n'est qu'en donnant toute sa réalité à ce principe fondamental de la République que nous dépasserons la situation actuelle."

Il a donc demandé que les mesures annoncées lundi soir par Dominique de Villepin sur TF1 soit "mises en place très rapidement". "Nous avons le devoir d'agir pour tous ceux qui respectent la loi et la République mais qui ressentent que leur horizon est bouché par la relégation sociale, le racisme et les discriminations", a dit Jacques Chirac.

L'état d'urgence a été appliqué en Algérie par la loi du 3 avril 1955 pour une période de six mois, prorogée ensuite pour six autres mois. A la suite du mouvement de sédition du 13 mai 1958 à Alger, l'état d'urgence a été appliqué en métropole pour faire face à un éventuel coup de force des putschistes. Par la suite, il n'a été utilisé qu'en décembre 1984 pour rétablir l'ordre en Nouvelle-Calédonie.
© L'Actualité

up  

LES BANLIEUES FRANÇAISES, UNE OBSESSION CHIRAQUIENNE

Par Christine Ollivier

08/11/2005 - Le 17 février 1995, le futur président Jacques Chirac dénonçait la "prolifération des zones de non-droit" dans certaines banlieues de France. Face à cette "déchirure grave", "il y a urgence", lançait-il. Dix ans plus tard, les banlieues s'enflamment et l'homme de la "fracture sociale" en est réduit à y décréter le couvre-feu.

Pour le chef de l'Etat, le constat n'est pas nouveau. Déjà, il avait fait de ce thème un des principaux axes de sa campagne présidentielle en 1995. "Le pays ne doit pas ménager ses efforts et ses moyens pour guérir cette plaie" et "le rôle de l'Etat républicain est d'agir vite", estimait-il alors, en prônant une concentration des moyens de l'Etat sur ces quartiers.

De fait, une des premières mesures de son premier ministre Alain Juppé avait été la création de 44 zones franches urbaines (ZFU) en 1996 destinées à permettre, par des exonérations fiscales notamment, la création d'emplois dans les quartiers défavorisés.

Jacques Chirac est alors populaire dans les banlieues. Les jeunes issus de l'immigration apprécient son discours aux accents pro-arabes sur la scène diplomatique. Sa popularité y cumulera début 2003 lorsqu'il s'opposera à l'intervention américaine en Irak.

En 2002, Jacques Chirac fait de la lutte contre l'insécurité la colonne vertébrale de sa campagne présidentielle, accusant les socialistes de "naïveté" sur ce sujet. Et c'est à Garges-les-Gonesse (Val d'Oise) qu'il se rend pour exposer ses propositions.

Il va aussi à Mantes-la-Jolie (Yvelines). Mais là, la visite est houleuse: des jeunes le prennent à partie, des crachats fusent. "Chirac, voleur!", scandent-ils.

Le 21 avril, le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, se qualifie à la surprise générale pour le second tour de la présidentielle. Deux semaines plus tard, Jacques Chirac se mue en rempart contre l'extrême droite pour 82 pour cent des électeurs. Grave, il s'engage à être le "garant" d'une politique destinée à restaurer le "pacte républicain". Le soir de sa réélection, de nombreux drapeaux algériens flottent place de la République, où ses partisans fêtent sa victoire.

La "cohésion sociale" devient alors une obsession chiraquienne: il confie ce chantier pharaonique à Jean-Louis Borloo, tout en chargeant son ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, de rétablir l'ordre.

En Conseil des ministres, il ne manque jamais une occasion de dénoncer racisme et antisémitisme. Pour assurer "l'égalité des chances", il crée la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité). Jacques Chirac décide aussi de doter la France d'une nouvelle loi pour réaffirmer les valeurs de laïcité.

Mais la fracture sociale, elle, perdure, avec son cortège de chômage de masse, de précarisation des emplois, d'explosion du nombre de prestataires du Revenu minimum d'insertion (RMI) et de tensions entre communautés dans les banlieues.

En déplacement dans un quartier pauvre de Valenciennes (Nord) le 21 octobre 2003, Jacques Chirac sonne une nouvelle fois la "mobilisation" contre la "fracture sociale qui menace de s'élargir en une fracture urbaine, ethnique et parfois religieuse".

Il dresse alors le constat inquiétant de l'existence d'une "France en marge, une France exclue" dans laquelle vivent six millions de personnes, et appelle à la "reconquête" des "territoires perdus de la République".

"Il y a des difficultés qui sont, pour la République, autant d'épreuves de vérité" et "le chemin vers la France de demain (...) passe aujourd'hui par les cités", estime-t-il.

Deux ans après l'appel lancé à Valenciennes par Jacques Chirac, les banlieues s'enflamment. Et face à la gravité de la situation, le chef doit recourir à une mesure d'exception: l'état d'urgence dans les banlieues.
© Canadian Press

up  

VIOLENCES URBAINES: LE MRAP DÉNONCE LA "RÉPONSE ULTRA-SÉCURITAIRE" DU GOUVERNEMENT (France)

08/11/2005 - Le MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) a dénoncé mardi la "réponse ultra-sécuritaire" du gouvernement aux violences urbaines, "au détriment des mesures sociales, économiques, éducatives appropriés".
"Le choix de la mise en place d'un couvre-feu de sinistre mémoire ne peut être ressenti, au-delà du doute sur l'efficacité de cette réponse, que comme une nouvelle provocation susceptible d'entraîner des dérapages et des bavures", a-t-il souligné dans un communiqué. "La référence à la guerre d'Algérie est d'autant plus choquante que l'on sait aujourd'hui qu'un certain nombre de discriminations sont structurées par un passé colonial non assumé".

Tout en appelant au retour au calme, le MRAP exprime "son immense déception, son scepticisme et son inquiétude devant les annonces du Premier ministre, au nom du gouvernement solidaire, qui privilégie un message visant à privilégier une réponse ultra-sécuritaire au détriment des mesures sociales, économiques, éducatives appropriées permettant d'éteindre le feu social générateur de ces embrasements".
© Le Nouvel Observateur

up  

MANIFS EN BANLIEUE: THURAM «ÉNERVÉ» RÉPOND À SARKOZY (France)

Le défenseur de l'équipe de France Lilian Thuram a indiqué être «énervé» par les discours entendus sur les banlieues et a répondu mardi au ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, en affirmant ne «pas (être) une racaille».

08/11/2005 - «Moi aussi, j'ai grandi en banlieue, a-t-il expliqué devant les caméras de télévision lors d'une conférence de presse à la veille de France-Costa Rica. Quand quelqu'un dit il faut nettoyer au Kärcher... Il ne sait peut-être pas ce qu'il dit, Sarkozy. Moi, je le prends pour moi.»

«Moi aussi on me disait : tu es une racaille. Mais je ne suis pas une racaille. Ce que je voulais c'était travailler. Il n'a peut-être pas saisi cette subtilité», a poursuivi Lilian Thuram, déclarant être «énervé» et souhaitant qu'on re-situe ce débat sur la violence. «C'est assez délicat, on traverse une période difficile. On a mis le point sur l'insécurité. C'est quelque chose qui rassemble. Qui ne veut pas vivre en sécurité ? Le problème, c'est qu'il faut trouver des coupables. Et, derrière, on entend toujours les gens qui vivent dans les banlieues», a ajouté le défenseur de l'équipe de France, né à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe).

«Mais la violence n'est jamais gratuite. Il faut comprendre d'où arrive le malaise. Avant de parler d'insécurité, il faut peut-être parler de justice sociale. Les gens (en banlieue) n'ont peut-être pas de travail.». «C'est bien la rigueur, mais, avant ça, il faut intégrer les gens par le travail. Ils demandent du travail. Les plus rebelles le traduisent par l'agressivité», a-t-il continué. «Je suis triste pour eux (les jeunes des banlieues), mais il y a une réflexion à avoir. Souvent, les jeunes ont comme idoles les joueurs de foot, c'est bien, mais il faut d'autres idoles», a encore affirmé le défenseur des Bleus, qui a ensuite demandé à ce que le reste de la conférence de presse soit consacré au football et non aux émeutes des banlieues.

Agé de 33 ans, Thuram a toujours été une figure de proue de l'intégration et de la France «Black-blanc-beur». Il a souvent pris position sur des dossiers jugé politiques, appelant par exemple les gens à voter lors du référendum sur la Constitution européenne, prenant position contre l'antisémitisme, réclamant des sanctions dans le football contre le racisme ou soutenant Amnesty International. Lors du match amical France-Algérie en 2001 au stade de France qui avait dû être suspendu avant son terme en raison de l'envahissement de la foule, Thuram avait également tapé du poing sur la table, s'en prenant notamment aux jeunes qui avaient provoqué la suspension du match. Revenu en équipe de France avec Zinedine Zidane et Claude Makelele, le joueur de la Juventus Turin est une des grandes figures du football français.
© StarAfric

up  

MARCHE À AULNAY EN RANGS DIVISÉS (France)

Samedi matin, certains défilaient contre les casseurs, d'autres leur trouvaient des raisons.
par Matthieu ECOIFFIER


07/11/2005 - Que faire pour calmer le jeu ? Gérard Gaudron, le maire (UMP) d'Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, comptait sur une marche, samedi matin, pour mobiliser la population. Et notamment dans les cités. Ils étaient six cents au rendez-vous devant la caserne des pompiers. Mais, entre les adultes venus des pavillons d'Aulnay sud et ceux de la cité des 1000-1000 d'Aulnay nord, juste en face, la façade «républicaine» a vite volé en éclats. Quand les uns manifestent contre les violences des casseurs, les autres n'oublient pas celles de la police et la ségrégation sociale dont ils s'estiment victimes comme leurs enfants.

La «fracture» surgit lorsque, après le discours du maire, une poignée d'élus, d'agents municipaux, de commerçants entonnent la Marseillaise. Des remous agitent la foule : les habitants de la cité prennent l'hymne pour une insulte car ils ont le sentiment que cela «amalgame les parents de casseurs à des étrangers». «C'est pas le moment de sortir l'étendard ! Nos grands-parents étaient à Verdun ensemble, proteste, en pleurant, Jean-Pierre, 62 ans, mécanicien à la retraite. Je suis là par solidarité. Si j'avais 40 ans, je serais encore plus concerné.» Il fraternise avec Ben Amar, 64 ans, et «quarante-deux ans de service dans le BTP à 800 euros par mois. Qui a fait le métro, le tunnel sous la Manche ? C'est nous ! Les étrangers, c'est ceux qui nous gouvernent !», dit-il. Chez les adultes des cités, cette Marseillaise passe aussi mal que les propos de Sarkozy. «Il veut nous laver au Kärcher, c'est avec ça qu'on nettoie la merde des chiens, non ?», dénonce Mehdi, un père de famille. Un camion de pompiers au pare-brise fracturé passe. Il est applaudi.

La marche, emmenée par les élus, traverse la rue de Mitry pour faire un petit tour dans la cité des 1000-1000 aux immeubles bas et décrépis. Des places de parking à l'asphalte brûlé et une carcasse de camionnette rappellent les «événements» des nuits de mercredi et jeudi.

Dans les rangs, il y a ceux qui sont venus manifester contre les casseurs. «Le problème, c'est qu'on n'est pas assez répressifs. Il faut envoyer l'armée un bon coup, explique Sylvie, caissière, la quarantaine. Les enfants sont livrés à eux-mêmes, il faut arrêter ce délire. Je veux bien vivre avec tout le monde, mais il faut que les gens soient respectueux.» Le cortège passe devant le foyer club du Hameau, carbonisé. «On n'est pas près de revenir danser ici, lâche Claude, une septuagénaire BCBG. Quel gâchis ! Pourtant Aulnay sud fait beaucoup pour Aulnay nord et les défavorisés.» «Les familles des personnes responsables ne sont pas là. Ils rigolent à leurs fenêtres, dénonce Pierre, 48 ans, peintre en bâtiment. La police n'est pas épaulée par la justice, les peines ne sont pas assez sévères. Il faut dix ans de boulot pour se payer une voiture neuve et ils prennent deux mois de prison pour l'avoir brûlée.» Alain, président du club des entreprises, ne comprend pas : «Brûler la concession Renault, c'est mettre 100 personnes au chômage technique, et pour la plupart ce sont des gars des cités.» «On sait bien que cela va retomber sur nous. Cette casse, c'est lamentable. Est-ce que ça va s'arrêter ou devenir un mode de vie ?», s'inquiète Sofiane, père de famille. «A Aulnay, 70 jeunes se sont fait arrêter. Ils vont faire deux mois de prison, des mauvaises fréquentations et revenir avec la haine. Il vaudrait mieux leur faire faire des chantiers et des formations, explique Mourad, un médiateur. Et pourquoi fermer le foot en salle à 11 heures du soir, alors que le laisser ouvert jusqu'à 1 heure du mat permettrait d'occuper les jeunes ?»

D'autres sont tiraillés. «Je suis là contre toutes les violences, celles des jeunes et de la police. Les petits de 14 -15 ans virés de l'école font des problèmes, mais pas la majorité des jeunes. Et pourtant certains sont agressés par la police et subissent une distinction [au faciès, ndlr]», regrette doucement un père de famille avec une toque de musulman pratiquant.

C'est sur ces anciens que la mairie compte pour apaiser la situation. Encore faut-il les convaincre. Beaucoup d'entre eux sont aussi victimes de discriminations. Ils comprennent la révolte des jeunes, même s'ils réprouvent les violences.

Rachid, 29 ans, boulanger : «On est là pour s'intégrer, travailler, on habite dans la cité et nous, les adultes, on nous prend pour des racailles. J'ai un BTS de pâtisserie-chocolaterie. A la boulangerie, un peu plus loin, mon patron m'a viré trois fois. Je voulais un CDI, il ne veut pas me déclarer. Je suis le bouche-trou. Du coup, je cherche un poste de vendeur, mais ils ne prennent que des femmes : je suis passé du racisme au sexisme.»
© Libération

up  

POLICIERS BLESSÉS À GRIGNY, ÉCOLES ET TRAMWAYS INCENDIÉS... (France)

Dans la nuit de dimanche à lundi, la police a recensé 1.408 véhicules incendiées et 395 personnes interpellées • Deux policiers ont été atteints par des tirs de grenaille à Grigny (Essonne)
par Patricia TOURANCHEAU


07/11/2005 - Au cours de la nuit de dimanche à lundi, la 11ème de violences urbaines, 1.408 véhicules ont été incendiés et 395 personnes ont été interpellées en France, selon le bilan définitif de la Direction générale de la police nationale (DGPN), le plus lourd depuis le 27 octobre. Si les incendies de voitures s'étendent à pas mal de cités en province, on notait ce matin à la DGPN qu'en région parisienne, «on a réussi à les contenir, avec 426 voitures brûlées contre 741 la nuit précédente». Les autorités policières notent sur l'Hexagone «peu d'affrontements directs entre les émeutiers et les forces de l'ordre, plutôt du harcèlement sauvage, comme des jets de pierre brutaux». A l'exception des cités de la Grande-Borne à Grigny (Essonne) et des Tarterêts à Corbeil-Essonnes où des affrontements assez durs ont eu lieu entre des jeunes et des policiers, avec tirs de pistolets à grenaille.

Nicolas Sarkozy qui a visité vers 22h ses troupes à Bobigny (Seine-Saint-Denis) s'est rendu ensuite à l'hôpital d'Evry voir les CRS légèrement blessés lors des interventions dans les deux cités les plus échauffées. Un CRS touché au cou par des plombs qu'on vient de lui retirer a montré au ministre l'impact de grenaille sur son casque, reçu à la cité de la Grande-Borne de Grigny. «Ils ont donc visé la tête? Ce sont donc bien des voyous», a lâché Nicolas Sarkozy. De l'avis de l'autre CRS blessé, touché à la jambe, «les émeutiers sont passés un cran au-dessus». Outre les deux policiers touchés par la grenaille, une dizaine d'autres ont été blessés à La Grande Borne, par des jets de pierre, dans ce que l'un décrit comme «un guet-apens» tendu à 20h15. «Le but, c'est de casser du policier. C'est de tuer, de faire du mal à des policiers», s'emporte un autre. «C'était préparé. Ils nous ont attirés et ensuite ils ont lancé une attaque latérale», décrit un officier. «C'était préparé par des bandes?», s'enquiert Nicolas Sarkozy. «Je ne saurais le dire, mais c'était très organisé», assure le policier. Une cartouche de fusil de chasse aurait été ramassée par terre à la Grande-Borne. Au Tarterêts, ce sont surtout des cocktails molotov qui ont été envoyés sur les uniformes. «On était face à 70 individus venus au contact», assez près pour atteindre les policiers de leurs projectiles mais trop loin pour être atteints par les flashball, si l'on en croit un lieutenant des Brigades anticriminalité. Et Nicolas Sarkozy d'encourager ses flics à «continuer»: «Car si ce n'est pas l'ordre de la République qui l'emporte, ce sera l'ordre des bandes».

Là où les autorités «mettent le plus gros poids policier», comme au quartier de la Madeleine à Evreux très perturbé la nuit de samedi à dimanche, «ça calme les ardeurs des émeutiers», selon un fonctionnaire de la DGPN, et la nuit dernière y a été relativement apaisé. «Mais quand on bloque un endroit, ils se déplacent ailleurs. Comme en témoigne le fait que les interpellés de tel coin ne sont pas des gens du cru». Les flics ont adapté leur stratégie de maintien de l'ordre car «les émeutiers ont changé de façon d'agir» : «Au lieu d'arriver en grosses bandes, ils se dispersent en petits groupes. Au lieu d'intervenir en formations lourdes de CRS, on a crée des petites équipes rapides de 6 à 8 policiers qui interviennent et interpellent plus vite. C'est pourquoi sur les 1.220 suspects interpellés depuis le début des incidents dans les banlieues, 1.000 l'ont été les trois dernières nuits», dit-on à la direction générale de la police nationale.
En province, si Marseille paraît épargnée, des villes du Grand Ouest ont été touchées par les violences depuis plus de 48 heures, notamment à Nantes et Orléans. En Loire-Atlantique, 50 incendies de voitures et cyclomoteurs ont été signalés à Nantes ainsi que trois autres à Saint-Nazaire. Un tramway a été pris pour cible par des incendiaires, de même qu'une école, une boulangerie et un supermarché nantais.

A Orléans, des incidents ont éclaté dès la tombée de la nuit avec l'incendie de 15 voitures, au centre et dans le quartier de La Source, au sud. Un policier a été légèrement blessé lors d'échauffourées entre policiers et cagoulés qui ont jeté des cocktails Molotov sur une rame de tramway et des véhicules. Dans le quartier de l'Argonne, au nord, un commissariat et un autobus ont été visés par des jets de cocktails Molotov et de pierres. Deux manifestants ont été arrêtés.

Dans la Loire, l'école maternelle Saint-Saëns de Saint-Etienne a été incendiée dimanche soir, dans le quartier de Montreynaud où des policiers avaient reçu des cocktails molotov samedi soir. En Alsace, une soixantaine de véhicules ont été brûlés, principalement à Strasbourg, Mulhouse et Colmar. A Schiltigheim, dans la périphérie de Strasbourg, un incendie s'est déclaré vers 22h30 dans le garage de l'annexe d'un centre socio-culturel, où était notamment stationné un bus appartenant au centre.
© Libération

up  

PIÉGÉS PAR LA RÉPUBLIQUE (France)

Les jeunes des quartiers difficiles ne voient du «modèle social français» qu'une grise prison.
par Didier LAPEY-RONNIE et Laurent MUCCHIELLI
Didier LAPEY-RONNIE et Laurent MUCCHIELLI sont sociologues.


09/11/2005 - Les émeutiers sont seuls. Ils n'ont aucun soutien politique. Il est vrai qu'ils sont difficilement défendables. Ils sont agressifs et violents. Ils ont souvent un présent ou un passé de délinquants. Ils brûlent des voitures et affrontent durement la police. Les photos des journaux et les reportages télévisuels nous abreuvent de ces images de véhicules ou de bâtiments en flammes autour desquels dansent des silhouettes menaçantes. Images inquiétantes, toutes prises derrière le paravent policier, du point de vue de l'ordre et de la loi, mais qui nous interdisent à jamais d'avoir le point de vue inverse, le point de vue de celui qui fait face à la police et à l'ordre de la bonne société. Sous les capuches rabattues de leur jogging, les «jeunes » sont sans visage, anonymes et sans parole. Comme l'a rappelé le lynchage d'Epinay-sur-Seine, la violence écoeurante dont ils usent semble bien le signe qu'ils sont hors de notre société, des «sauvageons» ou une «racaille» dont il faut se protéger et surtout dont il faut protéger les «braves gens» qui ont le malheur de vivre dans les mêmes cités et qui, eux, voudraient «s'en sortir» et «s'intégrer». N'ayant rien à dire, si ce n'est exprimer le mélange d'émotion et de rage qui les a saisis à la suite de la mort de Ziad B. et Banou T., puis des propos du ministre de l'Intérieur, ils seront maintenant l'objet de tous les discours et de tous les usages politiques, un instrument destiné à justifier la répression et l'appel toujours plus pressant à la loi. L'ordre et la justice, a répondu le gouvernement après avoir liquidé les emplois jeunes et la police de proximité, le budget des associations et de la politique de la ville. Ces jeunes sont ainsi enfermés dans le rapport exclusif à la norme et à la morale, irrémédiablement marginalisés et construits comme des problèmes : ceux qu'ils subiraient et ceux qu'ils feraient subir. Et la violence dont ils usent, par effet de sidération, renforce le cercle vicieux et justifie qu'ils soient tenus à l'écart.

Certes, l'émeute libère la colère et la violence, les petits délinquants s'en donnent à coeur joie. Pourtant, ces «violences urbaines» ne sauraient être réduites à la seule question de la loi et de la norme. Dans les années 1960, il aurait été absurde de ramener les petits groupes de Black Panthers à de simples délinquants. Il y a un siècle et demi, Gavroche, qui effrayait tant la bonne société, aurait pu mourir en volant le portefeuille d'un bourgeois aussi bien que sur une barricade. L'émeute et la violence urbaine charrient toutes les déviances qu'elles mêlent au sentiment d'une humiliation démultipliée.

Une humiliation scolaire. L'école n'est pas vécue par une partie de ces jeunes comme un instrument de promotion mais comme le lieu d'une sélection qui transforme leur destin social en autant d'humiliations personnelles. A leurs yeux, la promotion par l'école est réservée à d'autres, qui savent tirer tous les bénéfices et qui sont généralement des «Blancs» quand eux sont généralement des jeunes issus de l'immigration. Ne serait-ce pas ces mêmes «jeunes de banlieue» qui, au mois de mars dernier, dépouillaient et frappaient les lycéens venus manifester pour défendre leur école ? Une humiliation économique. Tandis que nous commentons des hausses ou des baisses d'un taux de chômage national entre 8 et 9 %, la situation d'une partie de la jeunesse est sans commune mesure. Le taux de chômage des jeunes à Clichy-sous-Bois tourne autour de 30 %. Et si l'on cible les jeunes nés de père ouvrier et sortis de l'école sans diplôme ou avec un simple CAP, le taux de chômage dépasse les 50 % dans la plupart de ces quartiers qui s'enflamment de nouveau aujourd'hui. Sans emploi, impossible d'accéder à un logement et d'envisager de pouvoir fonder sa propre famille. La vie «normale» est interdite.

Une humiliation quotidienne dans les rapports avec la police. Les pouvoirs publics ne mesurent sans doute pas à quel point cette interaction est devenue au fil des ans un élément du problème. Lorsque des policiers presque tous «blancs» interviennent sur des populations qu'ils ne connaissent pas, contrôlent indistinctement tous ceux qui leur paraissent «suspects» (qui sont presque tous black ou beurs) et sont capables de faire preuve de la même violence verbale et physique que les délinquants qu'ils voudraient arrêter, alors il n'est pas surprenant que cette relation quotidienne soit perçue par ces jeunes comme le symbole d'une oppression et d'un racisme.

Une humiliation politique. Après l'échec du «mouvement beur» du début des années 1980, et tandis que les militants politiques et syndicaux ont déserté les quartiers populaires, la jeunesse de ces quartiers ne parvient pas à faire entendre sa parole dans l'espace politique. Pire : quand elle tente de s'exprimer et de s'affirmer d'une autre façon, ceci se retourne contre elle. Son engouement pour le rap est traité avec crainte ou condescendance. Son affirmation identitaire est accusée d'être une forme de «communautarisme» qui menacerait l'unicité de la République. Son affirmation religieuse est criminalisée au nom de la peur du terrorisme ou de la liberté des femmes.

Dans ces conditions, est-il si difficile de comprendre que cette jeunesse a avant tout besoin de reconnaissance et de dignité (le fameux «respect») ? Et lorsque l'émeute éclate et que la violence se déchaîne, est-il si difficile de comprendre qu'à côté des incendies de voitures les jeunes s'en prennent aussi aux institutions : police, transports collectifs, antennes ANPE, centres sociaux et même écoles ? Pour eux, ces services publics ne sont plus guère des instruments d'amélioration de la vie sociale et plus du tout des vecteurs d'intégration, ce sont des aides qu'ils finissent par rejeter comme de la charité, quand ce ne sont pas à leurs yeux des obstacles à franchir, voire des frontières qui les maintiennent à l'écart de la «vie normale» à laquelle ils n'osent plus rêver. Du «modèle social français», ils ne connaissent que le chômage ou l'intérim, les emplois aidés et la dépendance aux services sociaux, tout un univers «gris» protégeant de la misère mais enfermant dans la précarité et semblant n'avoir aucune issue. Cet univers est alors vécu comme un «piège» dans lequel ils survivent loin de la «vie normale» des «nantis», et dans lequel ils ont le sentiment que leur vie s'en va sans pouvoir être véritablement vécue. Ils se sentent coincés dans une «nasse» qui sert finalement à les maintenir à l'écart d'une société qui ne veut pas d'eux.

Aussi, les mots de la République se vident-ils de leur sens et sont-ils perçus comme les masques d'une société «blanche» qui racialise et humilie sans même vouloir le reconnaître. Ne nous rappelle-t-on pas régulièrement que la France possède un modèle d'intégration que tout le monde nous envie, que la France n'est pas l'Amérique ou la Grande-Bretagne libérales et n'a pas de ghettos ? Qui cherche ainsi à se rassurer ? Qui ne veut pas comprendre que ces jeunes, eux, ont le sentiment de vivre dans des ghettos ?

Alors les mots finissent par déchaîner la rage puisque leur sens n'est plus partagé et qu'ils ont perdu leur contenu. Centrée sur la défense du «modèle social français» et de plus en plus tentée par le repli national autour des «services publics» et des «petits fonctionnaires», réaffirmant sans cesse les vertus d'une République égalitariste pourtant en faillite, devenue adepte d'une «laïcité» pure et dure hostile à tout «communautarisme», la gauche elle-même a abandonné le monde populaire et celui des immigrés.

A travers elle, les «classes moyennes» et les «fonctionnaires» monopolisent l'espace public et défendent leurs intérêts, excluant de fait toute forme alternative de représentation et d'expression : combien de «jeunes de banlieue» dans les défilés pour défendre le «service public» ? Combien travaillent dans ces mêmes services publics (police, justice, école) ? Combien de citoyens «issus de l'immigration» dans les instances représentatives ?

L'émeute naît ainsi d'abord du vide politique. La violence surgit quand la politique est absente, quand il n'y a plus d'acteurs sociaux ni même de conflit, quand il ne reste plus que la défense de l'ordre et de l'identité nationale. Certes, il est urgent de rétablir un minimum de politique sociale, de lutter contre les discriminations, d'en finir avec des pratiques policières indignes d'une démocratie et surtout de stopper cette ségrégation urbaine qui structure de plus en plus nos modes de vie. Mais les émeutes nous rappellent qu'il est avant tout indispensable de reconnaître et de respecter toute une population, de considérer qu'elle ne constitue pas un problème mais qu'il s'agit bien de citoyens de notre pays. Face à un gouvernement qui n'a que l'ordre à la bouche, le travail de la gauche aujourd'hui devrait être de faire entrer cette parole dans l'espace public et de lui donner un sens politique. Elle ne semble pas en prendre le chemin.
© Libération

up  

«THE INDEPENDENT» ÉTRILLE CHIRAC (France)

Le quotidien britannique fait sa Une, lundi, sur la crise des banlieues françaises, dont il rend le chef de l'Etat responsable.
par J. R.


07/11/2005 - Sans concession et sans nuance, la «Une» de «The Independent» de lundi frappe très fort sur la France. En quatre questions et quatre photos, le quotidien londonien descend en flèche la politique française d'intégration des immigrés et de leurs enfants. «Liberté? (en rouge) Les musulmans français interdits de porter le voile dans les écoles.» «Egalité? (en blanc) Les Français non-Blancs ont deux fois plus de chances d'être au chômage.» «Fraternité? (en bleu) Le gouvernement français admet l'échec de la politique d'intégration.» Et le coup de grâce: «Réalité. Chirac exige que l'ordre soit rétabli alors que les émeutes submergent la France.»

Le journal britannique consacre deux éditoriaux aux secousses de la banlieue parisienne. Le ton y est féroce pour les responsables politiques en général et pour le couple Sarkozy-Villepin en particulier. «La réponse des dirigeants français à la crise a été mauvaise. Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, et le Premier ministre, Dominique de Villepin, qui sont tous deux en compétition pour la présidentielle de 2007, ont transformé les émeutes en match de football.» L'article fustige une police à «la main lourde –souvent brutale», un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne nationale et l'absence de réponse politique digne de ce nom face aux profondes divisions sociales qui cassent le pays en deux.

« La France brûle parce que les politiciens ont ignoré les problèmes des immigrés», titre l'édito de Mary Dejevsky, journaliste qui a couvert les élections présidentielles de 1995 et de 2002 et affirme «avoir rarement vu les principaux hommes politiques s'aventurer dans les banlieues». Elle oppose la France bourgeoise des centres-villes et des campagnes riantes à celle des périphéries «enfermée derrière d'affreux murs en béton, confinée dans des tours et des barres d'immeubles pourris: la France des "cités", des "banlieues" et des "quartiers difficiles". La France qui a échoué.»

Les responsables de cette faillite? Le premier d'entre eux s'appelle Jacques Chirac, selon la journaliste britannique. Elu sur le thème de la fracture sociale, l'ex-maire de Paris n'a rien fait, en dix ans au pouvoir, pour les deuxième et troisième génération d'immigrés confrontés au chômage, aux problèmes de logement et de racisme plus ou moins latent. Le bilan est sans appel: «La dégradation des banlieues et un état d'apartheid qui avance, constituent, sans aucun doute, le principal échec intérieur de sa présidence».
© Libération

up  

LE COMMUNAUTARISME A BON DOS (France)

En privatisant le règlement des conflits, le gouvernement décharge la République de sa mission.
par Benoît HAMON
Benoît Hamon est député européen, porte-parole du NPS.


07/11/2005 - «Les races supérieures, c'est-à-dire les sociétés occidentales parvenues à un haut degré de développement technique, scientifique et moral, ont à la fois des droits et des devoirs à l'égard des "races inférieures".» C'est par ces mots que Jules Ferry justifiait le 28 juillet 1885 à la tribune de la Chambre la nécessité de l'expansion coloniale. On aurait tort cependant de croire qu'à la fin du XIXe siècle, cette vision du monde faisait l'unanimité, puisque Clemenceau, dès le 30 juillet 1885, s'emportait déjà contre ces velléités expansionnistes : «La conquête que vous préconisez, c'est l'abus pur et simple de la force (...) Ce n'est pas le droit, c'en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c'est joindre à la violence l'hypocrisie.»

Depuis, cent trente années se sont écoulées, le débat entre Ferry et Clemenceau semble tranché et cette page honteuse de l'histoire tournée. Pourtant, le 23 février 2005, par le vote de la loi «Portant reconnaissance de la nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés», dont l'article 4 dispose «Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord», la droite française a fait la démonstration des rapports ambigus qu'elle entretient avec le passé colonial. En effet, cette entreprise négationniste menée par une poignée de parlementaires clientélistes nostalgiques du «temps béni des colonies», sous l'oeil apparemment indifférent d'un gouvernement aux abonnés absents, impose une histoire officielle en ne retenant que le «rôle positif» de la colonisation et en jetant le voile sur les crimes, les massacres, l'esclavage, le racisme hérité de ce passé. Oubliés, les zoos humains, le régime de l'indigénat, le travail forcé, l'oppression économique, les déplacements de population, niées, la conquête sanglante et la guerre de libération meurtrière marquée par la pratique généralisée de la torture : les manuels scolaires se devront de relayer le mensonge officiel et de mettre l'accent sur le «rôle positif» de la présence française.

Au-delà l'injonction éducative, la droite affirme par cette loi la hiérarchie entre communautés qui structure, à ses yeux, à la fois l'Histoire des hommes mais aussi le présent de la société française. En définitive, elle portrait, considère et juge d'une manière assez semblable «l'indigène» des colonies et la «racaille» des banlieues.

Il suffit de constater le silence médiatique assourdissant qui accompagne la condamnation de l'ancien président de France Télévisions Marc Tessier, du présentateur, du rédacteur en chef et de l'assistant d'une émission au cours de laquelle a été diffusé un SMS faisant référence aux «odeurs des Blacks», et au soutien appuyé que le ministre de la Culture a apporté au présentateur mis en cause, ou de réfléchir aux propos du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy à Argenteuil, utilisant le terme de «racaille» pour qualifier les jeunes des banlieues, pour se convaincre que les stéréotypes issus du passé dictent les pratiques d'aujourd'hui.

De même, la politique de Nicolas Sarkozy, qui cherche à confessionnaliser les problèmes sociaux, avec l'instrumentalisation du Conseil français du culte musulman (CFCM), créé pour régler des questions cultuelles mais qui se voit de plus en plus fréquemment sollicité comme porte-parole d'une «communauté», révèle une persistance des réflexes de l'administration coloniale, qui traitait avec les oulémas et définissait les indigènes par leur religion.

Enfin, lorsque l'on voit que, à qualification égale, le taux de chômage des jeunes issus de l'immigration est deux fois supérieur, le déclassement deux fois plus fréquent des diplômés vers des tâches d'exécution, on ne peut que s'interroger sur une perpétuation de la hiérarchie des tâches issue de l'époque coloniale ­ ce sont toujours les mêmes qui construisent les routes et transportent les poubelles.

Faut-il que les communautés s'organisent afin de faire respecter leur droit à la dignité ? Le communautarisme est-il la seule solution face aux racismes, pour des citoyens à qui la République n'offre que discrimination à l'embauche, concentration dans les cités, invisibilité électorale, sous-représentation médiatique, surexposition au zèle policier et judiciaire ?

Je refuse l'idée selon laquelle les communautés pourraient être un instrument de l'égalité, de même que l'idée selon laquelle les discriminations positives pourraient «réparer» les discriminations dont sont victimes nos concitoyens descendants d'immigrés africains ou asiatiques, les «minorités visibles». De même que le racisme consiste d'une part dans la division du genre humain en catégories d'hommes selon leurs appartenances, et d'autre part dans la hiérarchisation des catégories ainsi définies, le communautarisme commence par distinguer des communautés avant de les hiérarchiser, chacun défendant la primauté ou la supériorité de la sienne. Ces hiérarchies implicites deviennent ainsi un substitut de citoyenneté et le règlement des conflits sociaux se privatise : le résultat de cette stratégie, c'est l'abandon de la République, communauté de droit et de valeurs au profit d'une société dans laquelle la discrimination ou la violence qui frappent un citoyen en raison de ses origines, de sa foi, de ses convictions n'insultent plus la collectivité mais relèvent désormais du conflit particulier.

Hier, la République était le rempart des citoyens français face à la violence faite à un seul d'entre eux au nom de l'antisémitisme ou du racisme. Aujourd'hui, le gouvernement privatise le règlement des conflits et décharge la République de sa mission protectrice et émancipatrice. La droite qui gouverne aujourd'hui n'est plus républicaine, au sens où on l'entend ici, elle est républicaine au sens où on l'entend outre-Atlantique. Pour éviter la contagion de la violence, il est urgent de propager la dissidence.
© Libération

up  

LES APPELS À L'ÉTAT D'URGENCE OU AU COUVRE-FEU SE MULTIPLIENT (France)

Après onze nuits de violences urbaines, les appels se multiplient au sein de la classe politique française, majoritairement à droite mais aussi à gauche, pour une intensification de la répression dans les quartiers sensibles.

07/11/2005 - Marine Le Pen, vice-présidente du Front national d'extrême droite, a été la première, jeudi dernier, à réclamer l'instauration de l'état d'urgence en banlieue parisienne. "Il est temps de faire cesser les saccages, les incendies criminels, les tirs à balles réelles ainsi que les agressions contre les personnes. Pour ce faire, j'émets une proposition claire: l'instauration de l'état d'urgence sur tous les territoires concernés", a-t-elle dit dans un communiqué.

Elle a été rejointe par le député UMP des Yvelines Jacques Myard, qui a réclamé lundi dans un communiqué l'instauration de l'état d'urgence avec "un strict couvre-feu".

Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, a préconisé dans un communiqué l'instauration "d'urgence" d'un couvre-feu pour les jeunes de moins de 20 ans dans les villes de 30.000 habitants. "Face à la guerre anti-française, je veux me faire le porte-parole de la France profonde, celle qui se barricade à partir de six heures le soir, en prévision des nuits de violence", souligne-t-il.
Le maire socialiste de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) Michel Pajon a souhaité pour sa part l'intervention de l'armée dans les quartiers touchés par les violences urbaines.

"Pour un socialiste, dire que l'armée doit intervenir est un constat d'échec absolument inimaginable. Mais ce que je peux vous dire, c'est qu'on ne peut pas laisser les gens comme ça. Donc, à un moment donné, il faut se demander s'il y a encore un Etat dans ce pays", a-t-il déclaré sur France Info. "Je sonne le tocsin. On ne peut pas laisser les choses empirer comme cela", a-t-il insisté.

Georges Fenech, député UMP du Rhône, et Nicolas Dupont-Aignan, député UMP de l'Essonne, ont déposé lundi à l'Assemblée une proposition de loi anti-émeute incriminant toute participation à une rébellion contre les forces de l'ordre.

L'ARTICLE 16 UTILISÉ PAR DE GAULLE

"Ce dispositif législatif s'inscrit dans une volonté de rétablissement de la sécurité et de l'ordre public sur l'ensemble du territoire national en dotant les forces de police et la justice des moyens juridiques adaptés à cette nouvelle forme de criminalité organisée", ont-ils précisé dans un communiqué.

Marine Le Pen a rappelé que des "mesures restrictives de liberté" avaient été utilisées par le président socialiste François Mitterrand pour rétablir l'ordre en Nouvelle-Calédonie.

En décembre 1984, l'état d'urgence, avec couvre-feu, avait été décrété à Nouméa, où des émeutes avaient lieu.
Dans les dernières décennies, l'armée a été appelée à intervenir à plusieurs reprises dans des conflits sociaux, notamment contre des blocus routiers.

Le gouvernement est autorisé par la Constitution de la Ve République à recourir à la force.
Si les circonstances l'exigent, un décret pris en conseil des ministres peut proclamer l'état de siège ou l'état d'urgence; dans le premier cas il y a transfert à l'autorité militaire des pouvoirs exercés en temps normal par les autorités civiles; dans le second, il y a un renforcement important des attributions répressives de l'administration.
En cas de "menace grave" contre les institutions, l'indépendance de la nation, l'intégrité du territoire ou l'exécution par la France de ses engagements internationaux, le chef de l'Etat peut recourir à l'article 16, sorte de "dictature de salut public", selon les constitutionnalistes.

L'article 16 a été utilisé une seule fois par le général de Gaulle pendant la guerre d'Algérie, du 23 avril au 30 septembre 1961, à la suite du "putsch des généraux" à Alger.

Par ailleurs, le 6 octobre 1961, un couvre-feu avait été instauré à Paris et en région parisienne pour les seuls Algériens, de 20h30 à 05h30 du matin. La répression d'une manifestation, organisée dans les rues de Paris le 17 octobre 1961 à l'appel du FLN, avait été brutale et s'était soldée par des dizaines de morts et des centaines de blessés.
© L'Express

up  

VILLIERS DEMANDE COUVRE-FEU POUR LES JEUNES ET APPELLE À RASSEMBLEMENT (France)

07/11/2005 - Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), a préconisé lundi d'instaurer "d'urgence" un couvre-feu pour les jeunes dans les villes de 30.000 habitants, en raison des violences urbaines et a appelé à un rassemblement "pour l'unité de la République" mardi.

"Il faut d'urgence établir en France sur l'ensemble du territoire national pour les villes de 30.000 habitants le couvre-feu à partir de 19 heures pour tous les jeunes gens et les enfants de moins de 20 ans", écrit M. de Villiers dans une lettre ouverte au Premier ministre Dominique de Villepin, diffusée à la presse.

"Face à la guerre anti-française, je veux me faire le porte-parole de la France profonde, celle qui se barricade à partir de 6 heures le soir, en prévision des nuits de violence", ajoute-t-il.

Par ailleurs, le député européen a appelé, dans un communiqué, à un rassemblement à Paris, près de l'Assemblée nationale, sur le thème : "la France, tu l'aimes ou tu la quittes".

Il a convoqué cette manifestation à 14H30 mardi, alors que doit commencer une demi-heure plus tard une séance des députés consacrée aux violences dans les banlieues.
© Le Monde

up  

L'ITALIE ET L'ALLEMAGNE S'INTERROGENT SUR LEURS BANLIEUES

07/11/2005 - Les violences observées depuis dix jours dans la banlieue de Paris et dans plusieurs villes de province françaises pourraient se produire en Allemagne et en Italie, selon des responsables politiques de ces deux pays.
»Les situations en France et ici divergent en partie, mais nous ne devons pas pour autant penser que de tels événements ne peuvent se produire en Allemagne», déclare Wolfgang Bosbach, numéro deux au Parlement de l'Union-chrétienne démocrate, dimanche dans le journal Bild am Sonntag.

Côté italien, l'ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, chef de file de l'opposition de centre-gauche, a déclaré samedi que le gouvernement devait prendre des mesures urgentes pour améliorer la vie dans les banlieues les plus défavorisées pour empêchent des émeutes du même type.

Le gouvernement de Silvio Berlusconi a rétorqué en accusant Prodi d'incitation à la violence.

Malgré le déploiement dans les banlieues parisiennes de milliers de policiers supplémentaires, des groupes de jeunes ont incendié 1.300 véhicules dans la nuit de samedi à dimanche, dix jours après le décès de deux adolescents qui se sont électrocutés en tentant, apparemment, d'échapper à la police.

Le drame a mis le feu à la frustration latente des banlieues françaises où habitent, dans un isolement nuisant à leur intégration, de nombreux immigrés et descendants d'immigrés maghrébins et africains, des communautés sujettes au racisme et à un taux de chômage élevé.

DEBATS SUR L'INTEGRATION

Tout comme la France, l'Allemagne compte une importante communauté immigrée, dont plus de trois millions de musulmans, d'origine turque pour la plupart.

Dans ce pays, un débat sur la méthode à suivre pour faciliter l'intégration de cette communauté s'est fait jour après qu'il fut apparu que trois des pirates de l'air du 11 septembre 2001 avaient vécu à Hambourg et mis au point dans cette ville de l'Allemagne hanséatique leur projet d'attentat.

Le meurtre en février, à Berlin, d'une Turque par ses trois frères qui lui reprochaient d'avoir »déshonoré» sa famille a remis la question au goût du jour.

Bosbach, proche allié de la future chancelière Angela Merkel, estime que la plupart des immigrés se sont bien intégrés dans la société allemande, mais que beaucoup d'entre eux vivent encore isolés d'elle. »Il y a des développements inquiétants ici aussi», a-t-il dit. »Des sociétés parallèles existent aussi en notre sein.» Pour Prodi, »(l'Italie) a les pires banlieues d'Europe». »Je ne pense pas que la situation (ici) soit si différente qu'à Paris. Ce n'est qu'une question de temps», a-t-il déclaré à des journalistes.

Les alliés de Berlusconi ont accusé Prodi de tenir des propos alarmistes pour recueillir les suffrages d'un électorat effrayé, en plaçant l'insécurité au coeur du débat politique.

»C'est une incitation irresponsable aux désordres», a déclaré dans un communiqué Sandro Bondi, coordinateur national de Forza Italia, parti du président du Conseil. »Il veut effrayer l'Italie parce que c'est le seul moyen qu'il a de gagner les élections.»

DES METHODES QUI DIVERGENT

Certains ministres affirment avoir épargné à l'Italie de telles violences urbaines en introduisant des mesures restreignant l'immigration, méthode vivement combattue par le centre-gauche.

»Ce qui se produit en France ne peut se produire ici parce que grâce à (notre législation), nous n'avons pas cette situation potentiellement explosive, résultat d'une immigration sauvage que connaît la France depuis ces dernières décennies», a déclaré le ministre de la Santé, Roberto Maroni.

Certaines banlieues défavorisées, notamment dans le Sud, autour de Naples, accusent un taux de criminalité élevé, mais elles n'ont jusqu'ici pas connu de violences du type de celles que l'on constate actuellement en France.

La Ligue du Nord, membre de la coalition au pouvoir, attribue ce fait au faible taux d'immigration en Italie, qui réduit selon lui les problèmes d'intégration. Le nombre d'étrangers cherchant à s'établir en Italie va toutefois croissant, et quelque 1,5 million d'immigrés légaux y vivent ainsi qu'un nombre inconnu de clandestins.

Les immigrés sont attirés par les grandes villes, où les possibilités de logement sont restreintes, ce qui entraîne l'apparition de campements de fortune dans des terrains vagues en périphérie des centres urbains.

Le maire (centre-gauche) de Bologne (Nord), Sergio Cofferati, a provoqué l'ire de la gauche de son parti, le mois dernier, en demandant la destruction par des bulldozers de cabanes construites illégalement par des ouvriers roumains.

»Nos banlieues sont une tragédie humaine et à moins d'y entreprendre de sérieux travaux, à la fois en matière sociale et en termes de logement, nous connaîtrons beaucoup de situations à la parisienne», a déclaré Prodi.
© Tageblatt

up  

DES MILITANTS PC AUX ASSOCIATIONS MUSULMANES (France)

Symbole de progrès social pendant les Trente Glorieuses, les grands ensembles sont devenus le reflet de l'échec de l'intégration à la française.
Cécilia Gabizon

09/11/2005 - «QUAND j'ai emménagé en 1970 au 10eétage d'une tour du Val-Fourré, j'étais fier. J'accédais au confort, raconte Karim Mellouli, ouvrier algérien en retraite. Aujourd'hui, je rêve de partir comme tout le monde.» A l'époque, les immeubles, qui surgissent en bord de Seine, à l'écart de Mantes-la-Jolie, brillent des feux de la modernité. Des instituteurs, des policiers, et des cadres s'y installent. «On se connaissait tous. Près de 3 000 personnes sur 19 étages. C'était comme un village.»

Dans ces grands ensembles, fraîchement sortis de terre, la plupart des familles sont issues des classes populaires, les militants du Parti communiste quadrillent le quartier, les réseaux d'éducation populaire encadrent les familles. On vit à l'heure des Trente Glorieuses et du progrès social jusqu'aux années 70. Elles marquent un tournant, accentué par le choc pétrolier. En même temps que démarre le chassé-croisé entre les immigrés, qui arrivent en masse, rejoints par leurs familles, tandis que les ménages les plus aisés profitent des aides du gouvernement pour accéder à la propriété dans d'autres villes pavillonnaires, la crise frappe durement.

La deuxième génération, sous la bannière de SOS-Racisme

Au Val-Fourré, comme à Sarcelles, La Courneuve, Le Blanc-Mesnil, les Minguettes, Grigny, le chômage fait irruption, l'argent vient à manquer dans les foyers, les rêves de promotion sociale se fanent. Des familles chaque jour plus précaires s'installent, notamment des immigrés qui profitent de la politique du regroupement familial. Les autres, quand ils le peuvent, quittent en masse les cités pour offrir à leurs enfants une scolarité de qualité. Désireux de se faire une place dans la société française, les enfants des ouvriers venus du Maghreb s'investissent alors dans les structures locales. C'est l'épisode de la Marche des Beurs de 1983. La deuxième génération revendique l'égalité, et se range sous la bannière de SOS-Racisme. Mais, sous couvert de promotion du multiculturalisme et d'éloge des différences, c'est déjà l'incapacité à intégrer qui perce.

Sans accompagnement, sans aide particulière, les enfants des cités accèdent massivement au collège, mais ne trouvent pas leur place. Des milliers d'élèves sont orientés vers des voies professionnelles. Par défaut. Le passage à l'économie tertiaire heurte de plein fouet leurs parents, souvent analphabètes. Venus des régions les plus pauvres d'Afrique, ils peinent à s'adapter à des emplois plus qualifiés que dans l'industrie. Fragilisés, parents et enfants s'en remettent aux réseaux associatifs locaux, souvent communautaires, qui se créent. Contrairement à une idée reçue, la solidarité entre familles est forte dans les quartiers.

Adolescents endurcis

Mais si les adultes et les enfants en bénéficient, les adolescents, eux, passent entre les mailles. Endurcis, défiant tous les symboles de l'autorité, certains jeunes n'écoutent plus personne, «pas même les grands frères», analyse Yazid Kherfi, consultant en sécurité urbaine. Leur violence inquiète. «Peu à peu, les associations ont délaissé ces publics difficiles, reconnaît Morand Benacer, adjoint à la mairie d'Evry. Chez nous, les casseurs n'ont probablement pas parlé avec des adultes depuis cinq ans.»

Localement, des associations musulmanes s'intéressent à ces jeunes à la dérive. Avec un succès limité même si la singularité musulmane se renforce dans les quartiers, où l'alcool est mal vu et la nourriture halal prisée. Les jeunes ne «sont pas devenus des militants. Ils ont du mal à respecter l'islam puritain de Ramadan», assure Christian Delorme, curé des Minguettes, dans la banlieue de Lyon. Une étude menée par le politologue du Cevipof, Sylvain Brouard, confirme que «seuls 20 à 25%» des musulmans vont à la mosquée une fois par mois. La même proportion que les catholiques. «On observe une privatisation de la religion», assure le chercheur.

Pourtant, localement, certains maires sont tentés de déléguer la gestion de l'ordre social aux associations musulmanes. «Un scénario à l'algérienne», s'émeut Hamid Lafrad, élu UDF à Metz. «Après les émeutes de 1990, le pouvoir avait fait appel aux islamistes pour rétablir le calme.» L'Union des organisations islamiques de France, proche des Frères musulmans, a d'ailleurs lancé une fatwa interdisant les dégradations. Mais sur le terrain, les casseurs semblaient tout ignorer de son existence.
© Le Figaro

up  

VIOLENCES DANS LES BANLIEUES: SOS RACISME EN COLÈRE CONTRE LES MÉDIAS (France)

06/11/2005 - L'organisation de défense des droits de l'homme SOS-Racisme a fait part dimanche de sa "grande inquiétude et de sa colère face au traitement fait par les médias des violences perpétrées dans les quartiers".

SOS-Racisme estime qu'à l'heure où "le climat actuel nécessite une grande objectivité et un apaisement de la part des médias afin de ne pas attiser les haines et créer encore plus de frustration, certains offrent une vision déformée de la réalité".

Prenant comme exemple la description des émeutiers "comme des sauvages" ou le recours à l'expression "Intifada des banlieues", SOS-Racisme ajoute que ces violences "sont en réalité le fait d'une minorité toujours placée devant les objectifs des caméras".

Et estime qu'un tel traitement de l'information "ne peut qu'augmenter la frustration de tous ceux, d'ailleurs la majorité, qui oeuvrent pour la paix dans les quartiers et qui ont choisi de faire valoir leurs droits dans le calme et la dignité".

"Il semblerait que certains journalistes n'aient pas tiré les leçons" du premier tour de la présidentielle 2002, avant lequel "les dangers de l'extrémisme sécuritaire et du sensationnel médiatique ont déjà été expérimentés", dénonce SOS-Racisme dans son communiqué, appelant les rédactions à prendre conscience de "la grande responsabilité qui est la leur dans la vision de ces événements".
© Le Nouvel Observateur

up  

LES VIOLENCES URBAINES VUES DE L'ÉTRANGER (France)

L'écho des violences urbaines en France s'accroît sur la scène internationale. Les journaux africains jugent sévèrement "plusieurs décennies de politique d'exclusion". Outre-Manche, une tribune de l'Observer y voit un avertissement pour toute l'Europe.

06/11/1005 - "Katrina des désastres sociaux" pour le correspondant à Paris de la chaîne américaine Fox, alors que CNN évoquait des risques de "guerre civile", les troubles que connaissent les banlieues françaises sont aussi largement commentés par les médias d'Afrique noire et du Maghreb. Plusieurs y voient le résultat de "décennies de politique d'exclusion" témoignant d'une "intégration en panne". Certains journaux algériens ont consacré leur Une à la crise. "La France est en train de faire face aux conséquences d'une gestion catastrophique de trois générations d'immigration (...) qui ont connu la marginalité et le racisme le plus primaire", écrivait ainsi le quotidien La Nouvelle République, jugeant cette flambée de violence symptomatique de "plusieurs décennies de politique d'exclusion et de mise à l'écart". Le Quotidien d'Oran a dénoncé les discours simplistes : "Face à une opinion nourrie par un discours présentant les banlieues comme un poste avancé de la 5e colonne islamiste, jouer sur le registre de la peur est sans doute plus facile que de se poser des questions aussi dérangeantes que celles de l'exclusion, d'une intégration en panne ou de cités à la dérive".

Racisme, exclusion, précarité sont également les facteurs mis en avant par le Sénégalais Alioune Tine, secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho). "Ces violences constituent l'effet boomerang de l'exclusion des jeunes qui ne trouvent pas leur place dans la société française à cause du chômage et notamment de l'extrême droite, dont le discours déculpabilise le racisme", estime-t-il. "Le principe de l'égalité des citoyens a de plus en plus de mal à prendre dans la réalité, surtout dans les banlieues. Il faut que la France travaille au niveau économique et mette en oeuvre une politique d'intégration volontariste", ajoute-t-il. Jeudi, le président sénégalais Abdoulaye Wade, en visite à Paris, avait déclaré qu'il fallait "casser les ghettos et intégrer les Africains qui demandent à être intégrés".

"Réveillez-vous tous"

Pour le Mauritanien Mohammed Fall Oul Oumer, directeur de l'hebdomadaire la Tribune, la question est avant tout économique. "Le problème qui se pose réside dans l'incapacité de l'Occident à redistribuer équitablement les bénéfices de la croissance. Il s'agit d'une crise économique dont résulte une crise identitaire", estime-t-il.

Mais les violences urbaines qui secouent la France depuis plus une dizaine de jours sont aussi un avertissement pour l'Europe que l'intégration nécessite une solution politique. C'est le message lancé dimanche par le président de la Commission britannique pour l'égalité des races (CRE) dans une tribune publiée par l'Observer. L'intégration "est un travail, au-dessus de tout, pour les hommes politiques", a affirmé Trevor Phillips. "Nos voisins français sont en train de nous donner le plus fort signal d'alarme qu'ils peuvent. Réveillez-vous tous", a ajouté Trevor Phillips en dénonçant ceux qui en Grande-Bretagne vantent "la supposée heureuse diversité" britannique.

Abondamment commentées dans les médias, les émeutes ont suscité peu de réactions officielles - même si nombre de chancelleries appellent à la prudence leurs ressortissants qui pourraient se trouver à Paris. Si ce n'est en Iran, régulièrement montré du doigt par la communauté internationale pour les violations des droits de l'Homme et des minorités, où l'on appelle "le gouvernement français et la police" à "traiter leurs minorités avec respect". "Nous espérons que (...) nous n'assisterons pas à la violation des droits de l'Homme dans ce pays", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien.
© TF1

up  

VIOLENCE EXPONENTIELLE D'EVREUX À PAU (France)

Ce week-end, de nombreuses villes de province ont suivi le mouvement de révolte. La nuit dernière, deux CRS ont été sérieusement blessés dans des affrontements à Grigny (Essonne).
par Philippe GRANGEREAU, Gilbert LAVAL, Thomas CALINON, Michaël HAJDENBERG et Laure ESPIEU

07/11/2005 - Une trentaine de policiers ont été blessés dimanche soir à Grigny (Essonne), dont deux sérieusement par des tirs de pistolets à grenaille. Les CRS étaient opposés à une centaine de jeunes cagoulés qui les ont empêchés d'entrer dans la Grande Borne. Dans le même département, à Savigny-sur-Orge, une école était incendiée. A Saint-Etienne (Loire), vers 16 h 30, un bus a entièrement brûlé. Toujours dans ce département, les pompiers luttaient encore à 22 heures contre l'incendie de huit poids lourds au Coteau (banlieue de Roanne). A Toulouse, dès le début de soirée, les pompiers ont dû intervenir pour arrêter un début d'incendie dans l'accès à la station de métro de Reynerie. C'est ainsi que la onzième nuit d'émeute a commencé. C'est ainsi qu'ici ou là des habitants c ommencent à s'organiser pour lutter contre les incendiaires. Nicolas Sarkozy s'en est d'ailleurs félicité hier soir devant les policiers de Seine-Saint-Denis à Bobigny. A Drancy, samedi soir, deux frères de 14 et 15 ans avaient été ainsi maîtrisés par des habitants qui les ont livré à la police.

Avec 1 295 véhicules incendiés (dont 32 dans le centre même de Paris) et 312 personnes interpellées à travers la France, la nuit de samedi à dimanche avait battu un record. Dû en grande partie à la propagation des violences dans différentes régions. Récit du week-end.

Evreux
«Des pioches, des boules de pétanque»

A Evreux, quartier de la Madeleine, une cinquantaine de véhicules et plusieurs boutiques ont été incendiés samedi soir. Quatre policiers ont été blessés lors d'affrontements avec des «groupes préparés, structurés», qui attaquent «avec des pioches, des boules de pétanque, de multiples jets de cocktails Molotov», selon le commissaire Frédéric Auréal, directeur départemental de la sécurité publique de l'Eure. Les nombreuses douilles de flash-balls éparpillées sur le sol montrent que la police fait, elle, un usage peu modéré de ce type d'arme antiémeute, appuyée par deux hélicoptères qui braquaient leurs projecteurs. «On se serait cru en Irak», lance un jeune de 14 ans. Sur la place centrale, les vitrines de la poste, d'une pharmacie, d'un magasin de location de DVD et celles de trois banques ont été brisées, mais l'alimentation générale Paris-Istanboul a été épargnée. Les émeutiers «ne brûlent que les voitures des Blancs, pas celles des Arabes et des Noirs», assure un autochtone. Les véhicules «ethniques» seraient reconnaissables aux colifichets inscrits en arabe ou aux symboles religieux musulmans accrochés au rétroviseur. «Même si certains propos sont inutiles, ça ne justifie pas qu'on s'en prenne aux forces de l'ordre», s'est insurgé hier Jean-Louis Debré, maire UMP d'Evreux. Mais «si Sarko est élu président, ça va être Bagdad», dit un écolier de 14 ans.

Toulouse
«Vous jouez contre vous en faisant ça»


«Plein le cul de se faire traiter de racaille», grogne à Toulouse un bonhomme sous son capuchon. 49 voitures incendiées. Samedi 21 h 30, quartier de Bagatelle à Toulouse. Sylviane l'éducatrice lance à la troupe : «Ne vous mettez pas en danger, vous jouez contre vous en faisant ça.» Une poubelle est incendiée. Auparavant, au Mirail, de l'autre côté du périphérique, l'hélicoptère qui balaie les toits de son projecteur a fourni le fond sonore à la suite du film : une troupe de CRS vient coincer les dix ombres qui palabrent sous un immeuble. Tout le monde collé au mur pour palpation. Tous sont emmenés. «Le vieux, là, on le laisse», se ravise un gradé en désignant le journaliste de Libération. C'est menottés en revanche que les jeunes sont embarqués. «Je ne suis pas le fils Villepin qui peut tendre son portable aux flics qui l'arrêtent», philosophe Adnane en sortant du commissariat.

Belfort-Montbéliard
«Le mal-vivre ou la faute à Sarkozy ?»


Bernard cherche à comprendre pourquoi les violences urbaines ont gagné Belfort-Montbéliard. La dernière fois que le quartier de la Petite-Hollande s'est enflammé, se souvient-il, «c'était le 12 juillet 2000». «Est-ce que c'est le mal-vivre, est-ce que c'est la faute à Sarkozy ? Au quotidien, tout va bien, mais, des fois, je me fais traiter de "sale Français".» Un enseignant parle du dialogue impossible à établir avec les jeunes issus de l'immigration : «Dès qu'on leur parle, on est racistes.» Une femme intervient : «C'est plus difficile de porter certains noms que d'autres.» Une militante socialiste ajoute : «Hier soir, quand les pompiers intervenaient, j'ai entendu des discours extrêmes. Ce genre de trucs, ça nourrit les amalgames racistes.» Passe un groupe d'ados revenant d'une partie de foot. D'une fenêtre de l'immeuble, un homme hurle au premier de la file : «Toi, tu dégages de là.»

Aulnay-sous-Bois
«Des casiers gros comme des dicos»


«On reviendra bientôt.» L'inscription figure sur l'un des murs de l'antenne de police incendiée à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Pour les uns, elle signe l'attaque. Pour les autres, elle est de la main des policiers. «Je sais pas si un jeune du quartier aurait mis l'accent circonflexe», remarque Nordine, ironique. Cité du Galion, on presse désormais le pas à la tombée du jour, pour mettre sa voiture à l'abri. Des jeunes font le tour des transformateurs qui coupent l'alimentation des lampadaires. La cité est plongée dans l'obscurité. Une voiture s'enflamme. «On a un profil de 13-15 ans avec un discours décousu et des équipes de jeunes plus âgés, très mobiles, en petites voitures, analyse Franck Cannarezzo, maire adjoint à la sécurité d'Aulnay-sous-Bois. Ceux-là mettent le feu à des cibles symboliques. Il s'agit de délinquants notoires avec des casiers gros comme des dictionnaires. Leur objectif est d'installer la terreur.»

Pau
«On ne peut pas changer le quotidien»


Christine Baquero jette l'éponge. «Si je n'ai pas demandé la prolongation de mon contrat relais-adulte, destiné à encourager les projets de loisirs et professionnels, c'est parce que je n'y crois plus», dit cette éducatrice de 35 ans qui est née puis a travaillé à l'Ousse-des-Bois, quartier de Pau, où sept CRS ont été blessés samedi soir. «On ne peut qu'accompagner le quotidien. Pas le changer. Pour cela il faudrait influer sur le logement, l'emploi. Or, le gouvernement se penche sur les effets, pas sur les causes.» Des effets qui ne la surprennent pas : «Je savais que ça allait péter un jour ou l'autre. En attendant le procès des huit jeunes [innocentés en septembre après avoir été accusés d'avoir brûlé un poste de police en 2003, ndlr], ça s'était calmé. Mais les conditions de vie restent les mêmes. Je ne cautionne pas, mais ils pensent qu'il faut casser pour être entendu. Ça ne suffit pas de repeindre les cages d'escalier surtout quand on fait ensuite payer 30 euros de plus par mois.»

Bordeaux
«Trop de contrôles de flics»


«Ici on est tranquilles, mais faut pas qu'on nous casse les couilles», affirme Mohamed au pied d'une tour du quartier Génicart, à Lormont, banlieue de Bordeaux. Les cités bordelaises ont connu les premiers incidents dans la nuit de vendredi à samedi, avec l'incendie d'une ancienne maison de quartier. Les troubles se sont poursuivis la nuit suivante : 25 voitures et un bus incendiés. «Il y a trop de contrôles de flics», pointent les jeunes. «Quand ils arrivent, pour eux on est de la merde, des bougnoules», affirme Mohamed, 23 ans, en dévoilant une entaille à l'oreille. «On se sent solidaires de ce qui s'est passé en Seine-Saint-Denis», dit encore Asdin, 28 ans. Ahmed, la quarantaine, qui vient de monter son entreprise, intervient : «Oui, mais nous, on est bien ici. Il faut que ça reste un quartier propre, sans voitures incendiées.» Les plus jeunes acquiescent mais clament leur exaspération. «Je donne encore trois jours aux flics. Si ça ne s'est pas calmé, je vais tout niquer.»

Nantes
«Les gens vont vouloir se venger»


A Nantes, deux voitures incendiées et un départ de feu dans une classe maternelle auront suffi à mettre le quartier du Breil-Malville en émoi. Un quartier de petites barres réaménagé avec soin depuis des années, avec balconnet, interphone et façade lambrissée. Une cité apaisée et éloignée des embrasements de la périphérie nantaise. «Mais qu'est-ce qu'ils veulent ?» s'interroge Jacqueline, peignoir rose, du haut de son deuxième étage HLM, «tout cela va mal finir. Les gens finissent par en avoir marre et vont vouloir se venger. Ils essaient de faire comme à Paris, les plus jeunes se photographiaient devant l'école avec leur téléphone portable, comme si c'était un jeu.» De l'autre côté, un groupe d'ados trouve que «c'est con d'avoir mis le feu à la maternelle du quartier». Des propos plutôt pacifiants. Même si l'un d'entre eux juge que «Sarko est à l'origine de toute cette merde». Un autre regrette simplement de ne pas avoir «14 ans, sinon, je serais avec eux».

Montpellier
«La Cocotte-Minute bouillait déjà»


A Montpellier, 9 voitures et quelques poubelles ont été incendiées pour la première fois à la Paillade dans la nuit de samedi à dimanche. Dans ce quartier, 25 000 habitants vivent entassés dans des appartements souvent délabrés. Vendredi, à l'heure de la prière, Georges Frêche, président de la région, était venu inaugurer la nouvelle mosquée. Hier, les responsables de ce lieu de culte ont laissé éclater leur amertume. «La Cocotte-Minute bouillait depuis déjà trop longtemps, et avec ses mots de racaille, Sarkozy a tout fait exploser.» Lhoussine Tahri, recteur de la mosquée, ajoute : «Comment voulez-vous que les jeunes se sentent français, alors qu'ils sont rejetés du travail et du logement, obligés à 30 ans d'habiter chez leurs parents ? On reproche aux parents de laisser leurs enfants à la dérive. Mais venez avec moi dans un appartement, vous verrez dans quelles conditions épouvantables on nous force à vivre ! Depuis hier, à la mosquée, on est en train d'organiser des groupes de parents qui vont aller tourner le soir dans le quartier en demandant aux jeunes qui traînent de rentrer chez eux.»
© Libération

up  

BOUCS ÉMISSAIRES (France)

Les violences qui secouent depuis plus d’une semaine les banlieues parisiennes et qui s’étendent à d’autres départements de France étaient prévisibles depuis le retour de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur et la multiplication des petites phrases assassines sur les banlieues.

05/11/2005 - Comme cette menace lancée à La Courneuve, à la suite des émeutes qui ont éclaté dans cette cité de la banlieue parisienne, de nettoyer les lieux au « Karcher ». Pour n’avoir pas pris au sérieux ce sentiment de ras-le-bol des jeunes de La Courneuve qui n’ont fait que refléter un état d’esprit général de malvie qui caractérise les banlieues françaises, le mouvement de contestation est en train de faire tache d’huile et de prendre des allures carrément de barricades. Le premier bilan de ces chaudes journées est déjà lourd : 2 victimes ont été déplorées et près de 500 véhicules incendiés.

La situation est d’autant inquiétante que des parlementaires du parti socialiste ont appelé hier à la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée nationale française pour examiner la situation qui prévaut dans les banlieues. Fallait-il que les banlieues s’embrasent et qu’il y ait mort d’homme pour que la vie dans les banlieues françaises devienne subitement un sujet de préoccupation pour les parlementaires et la classe politique française qui semblent découvrir, médusés, le phénomène de la violence et des inégalités criantes qui caractérisent les banlieues ? Le gouvernement français avait cru pouvoir régler, par le haut, le problème de l’intégration, puisque c’est de cela qu’il s’agit, en créant au sein du gouvernement un poste ministériel chargé de l’Egalité des chances confié à un candidat supposé répondre au profil idoine : Aziz Begag , un Français d’origine algérienne, universitaire, présenté comme le parfait exemple d’une intégration réussie. Réduit à l’inaction par une politique gouvernementale qui ne lui laisse pas beaucoup de libertés pour concrétiser enfin le combat dans lequel il s’est investi depuis de longues années, d’aider à la construction de cette France fidèle à la devise de la république fondée sur la liberté, l’égalité et la fraternité, Aziz Begag fait dans la figuration.

Les banlieues délaissées

Son poids au sein du gouvernement est proportionnel au désintérêt porté par ce même gouvernement aux banlieues dont il était censé être le porte- parole et l’avocat. Le député vert Noël Mamère a qualifié hier ce ministère de « ministère alibi ». Il y a quelques jours, le ministre pour l’Egalité des chances avait subi un interrogatoire musclé dans un aéroport américain. La réaction des autorités françaises face à cet incident diplomatique grave avait été jugée plutôt timide par de nombreux observateurs. Un ministre « beur » pèse-t-il donc moins qu’un ministre français de souche ou non arabe ? La révolte des émigrés de seconde génération, dont l’écrasante majorité est française, n’est pas un simple effet de mode de jeunes en mal d’inspiration. Elle se nourrit de ce genre d’humiliation que subissent les jeunes dans leur vie de tous les jours, dans leurs quartiers par des comportements provocateurs des policiers, dans leurs lieux de travail , dans l’accès à l’emploi, dans les lieux publics.

Faudrait-il s’étonner de ce déchaînement de la violence dans les banlieues françaises lorsque une chaîne de télévision publique française se donne la liberté de diffuser en prime time un reportage orienté et tendancieux sur la fraude des allocations familiales, l’accès illégal au bénéfice du RMI et de certains autres avantages sociaux comme la prime de logement, en désignant le parfait coupable : l’émigré ? Les émigrés en situation régulière ou non sont affublés de toutes les tares : de faire beaucoup d’enfants pour profiter des aides sociales, d’être la principale source de l’insécurité, de refuser l’intégration dans la société française en ne retenant de la politique d’intégration que les avantages liés à la nationalité française, de voler le pain des Français... Le Front national n’a plus le monopole du discours raciste et anti-immigration. Jean-Marie Le Pen a fait des émules, qui ont fait plus que le leader du FN en joignant l’acte à la parole, forts de leur position au sein du pouvoir. La France, terre d’accueil, modèle d’intégration réussie de nombreuses communautés arrivera-t-elle à arrêter cette grave dérive qui tend à présenter les Maghrébins comme des êtres scongénitalement non solubles dans la République et la culture françaises ?
© El Watan

up  

'L’INSÉCURITÉ, C’EST UNE COPRODUCTION' (France)

Le sociologue Manuel Boucher analyse la flambée de violence dans certains quartiers d’Île-de-France. Pour lui, Nicolas Sarkozy ne fait qu’attiser les braises dans des quartiers qui subissent l’« incertitude de l’existence ». Membre du Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS) à l’EHESS, Manuel Boucher est l’auteur de Repolitiser l’insécurité. Sociographie d’une ville ouvrière en recomposition (1).

Entretien réalisé par Alexandre Fache

05/11/2005 - Comment analysez-vous l’embrasement de ces - derniers jours en banlieue - parisienne ?

Manuel Boucher. Tout d’abord, il faut souligner que ce type d’événement n’est pas nouveau. Et qu’il est lié cette fois, très concrètement, à la mort de deux jeunes dans un transformateur EDF. Ces morts ont été un révélateur. Cela a mis en perspective la galère, la discrimination, la ségrégation dont sont victimes ces jeunes et ces quartiers. Et si la colère s’est manifestée par ces émeutes, ces voitures brûlées... c’est parce qu’une logique l’a emporté sur une autre. Car, contrairement à ce qu’on peut parfois imaginer, il y a des gens, des acteurs et pas seulement des personnes dominées, qui travaillent dans ces quartiers, qui ne sont pas en état de déréliction, d’abandon complet. Mais toutes les logiques d’action mises en place pour pacifier un quartier peuvent être en un instant réduites à néant par des événements comme la mort de ces deux jeunes. C’est alors la logique de répression qui prend le dessus.

Une répression qu’incarne aussi le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, dont le discours n’a fait qu’attiser les braises...

Manuel Boucher. C’est évident. Même si l’aspect sécuritaire du traitement des banlieues ne date pas de Sarkozy. Rappelez-vous la campagne de 2002 : le gouvernement Jospin, lui aussi, était entré dans la surenchère médiatique sur ce thème. Avec le résultat qu’on connaît. Sarkozy, lui, en a fait une véritable stratégie politique, avec des lois très dures et des discours extrêmement caricaturaux, qui ont engendré à - nouveau humiliation, stigmatisation, étiquetage.

Pour moi, il est le symbole de la segmentation en marche de la société française, je dirais même plus de son ethnicisation. Et ce au moment où se décompose aussi la capacité de l’État à réguler les quartiers défavorisés. La politique Sarkozy, c’est quoi ? C’est « moins d’État » en ce qui concerne l’action sociale - c’est-à-dire moins de subventions à des associations de proximité, associations laïques, d’éducation populaire, qui sont dans une précarité totale - et « plus - d’État » dans le dispositif - sécuritaire. Le tout en laissant une place de plus en plus forte à des promoteurs de morale, je veux parler là des acteurs religieux. Il y a les catholiques sociaux, encore présents dans les quartiers populaires, mais aussi, bien sûr, les acteurs musulmans.

Vous écrivez dans votre dernier ouvrage : « Il ne fait aucun doute que les émeutes éclatant actuellement dans les cités périphériques populaires [sans faire référence, bien sûr, aux tout derniers événements de Seine-Saint-Denis - NDLR] sont le fait des descendants des ouvriers sans protection du début de l’ère industrielle. » Pouvez-vous préciser votre pensée ?

Manuel Boucher. On est dans un contexte de retour de « l’incertitude de l’existence », qui génère différentes postures, chez les acteurs politiques, les classes moyennes, comme les classes les moins favorisées. Le malheur, c’est que ce retour, au lieu de susciter une prise de conscience politique des inégalités sociales et des conséquences du libéralisme, génère simplement une violence interne, une autodestruction et des comportements racistes, de part et d’autre. Racisme vis-à-vis des populations étrangères. Racisme aussi de la part de certaines de ces populations qui n’arrivent pas à s’inscrire dans les luttes politiques classiques (partis, syndicats, associations laïques). Tout cela génère un repli sur soi de nombreux acteurs de ces quartiers qui, au lieu de s’unir pour recomposer une société plus humaniste, plus juste, se battent les uns contre les autres. C’est ce qui rend particulièrement dangereuse la situation actuelle. Car qui en tirera profit ? Les classes dirigeantes, économiques qui ne cessent de se positionner dans une nouvelle conjoncture, post-nationale, mondialisée, et dépolitisée.

On en serait donc encore aux « classes laborieuses, classes dangereuses » du milieu du XIXe siècle ?

Manuel Boucher. Il y a effectivement des ressemblances. Ces classes dangereuses du XIXe siècle, c’étaient des ruraux qui venaient dans les villes pour trouver du travail mais n’en trouvaient pas, l’industrialisation n’étant pas totalement opérée. Ils n’étaient donc pas contrôlés par la logique de production industrielle. C’est parce qu’elles ne travaillaient pas encore que ces classes étaient considérées comme dangereuses. Aujourd’hui, de la même manière, on est face à des populations qui sont confrontées massivement au chômage. L’aspect supplémentaire, c’est la - dépolitisation de la société et la montée en puissance de la question identitaire, - ethnique, qui est liée à la mondialisation.

Ces événements signent-ils l’échec de trente ans de politique de la ville ?

Manuel Boucher. C’est une question complexe. Car la politique de la ville peut être présentée comme un simple pansement sur une jambe de bois, tout juste destinée à éviter les explosions les plus graves. En même temps, elle a permis des avancées intéressantes, en terme d’éducation avec les zones d’éducation prioritaires (ZEP), en terme de logement avec de nouvelles réflexions sur la façon de faire évoluer le bâti, en terme de recomposition du tissu socio-associatif. Mais, c’est vrai, la politique de la ville n’a pas réellement permis aux habitants de s’émanciper et de prendre en main la vie de leur quartier. Car ceux qui la mènent, cette politique, pour l’essentiel, ce sont des « chargés de projet » qui viennent de l’extérieur et font avant tout de la communication. Vue comme cela, la politique de la ville n’est plus qu’un moyen d’encadrer les classes populaires. Et de continuer à les concentrer dans des ghettos.

Vous appelez dans votre dernier livre - c’est d’ailleurs son titre - à « repolitiser l’insécurité ». Qu’entendez-vous par là ?

Manuel Boucher. Ce qu’il faut tout d’abord, c’est arrêter de désigner certains individus comme les fauteurs de trouble. Ce n’est pas en stigmatisant encore plus qu’on résoudra les problèmes de sécurité dans les banlieues. Or, c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Au contraire, il faut redonner un sens politique à ces questions et mobiliser l’ensemble des acteurs qui « produisent » la société. Par exemple, il faut arrêter de s’imaginer qu’en terme de délinquance et de violence, seuls la police et quelques éducateurs arriveront à régler le problème. Surtout si ces éducateurs sont eux-mêmes déprofessionnalisés et précarisés comme c’est le cas. Cela suppose au contraire de mettre autour d’une table tous les acteurs politiques, l’éducation nationale, l’ANPE, la mission locale, les acteurs laïques ; mais aussi ceux qu’on présente comme les fauteurs de trouble, qui expriment de manière agressive les choses insupportables qu’ils vivent au quotidien. Il faut trouver des moyens pour que l’ensemble des revendications des uns et des autres, des « out » et des « in », comme disait Alain Touraine [sociologue - NDLR], puisse s’exprimer dans des lieux de « conflictualisation » institutionnalisée. Car l’insécurité, c’est une coproduction. Une coproduction de la société dans son ensemble. La police par exemple, est certes là pour protéger les citoyens. Mais elle est aussi malheureusement coproductrice d’insécurité, via certaines provocations. Si cette police veut travailler avec l’ensemble de la société civile, elle ne peut pas simplement se considérer comme une force de répression et d’intervention rapide, agissant comme des cow-boys, à l’image, bien souvent, de la BAC [brigade anticriminalité - NDLR]. Il faudrait au contraire diversifier cette police, la former à la lutte contre les discriminations... C’était le rôle qu’aurait dû jouer la police de proximité [supprimée avec la victoire de la droite en 2002 - NDLR].

(1) L’Harmattan, 2004. 321 pages, 28,30 euros.
© L'Humanité

up  

L'ÉVENTUELLE ORGANISATION DES TROUBLES DES BANLIEUES EN QUESTION (France)

par Elizabeth Pineau

05/11/2005 - Après neuf nuits consécutives de violences dans les banlieues françaises, des questions se posent sur le degré d'organisation des troubles et une éventuelle manipulation des émeutiers.

Pour le procureur général de Paris, Yves Bot, il ne fait aucun doute que ces violences répondent à une stratégie.

"La manière d'agir est organisée, elle répond à une stratégie, c'est quelque chose qui s'inspire d'actions qui incluent une véritable tactique mobile", a-t-il déclaré sur Europe 1.

Le modus operandi est toujours le même, a fait remarquer le procureur. "Ça se fait par des unités mobiles, des jeunes (...) qui arrivent sur des scooters, balancent une bouteille enflammée sur un véhicule et puis repartent. Il est incontestable que cela se fait de manière qui donne toute l'apparence de la coordination entre elles".

Certaines actions seraient selon lui orchestrées via internet. "On peut lire des sortes de blog qui incitent les autres villes à se joindre au mouvement de la région parisienne, on a d'ailleurs observé cela cette nuit".

Près de 900 véhicules ont encore été incendiés dans la nuit de vendredi à samedi. La police, qui a procédé à plus de 200 interpellations, a remarqué un changement de comportement chez les émeutiers, qui évitent désormais tout contact direct avec les forces de l'ordre. "C'est plutôt un harcèlement de la police que de l'affrontement", a-t-on résumé de source policière.

Pour l'UMP Eric Raoult, les violences, spontanées les premiers jours, sont aujourd'hui programmées.

"Ce ne sont plus des mêmes qui mettent le feu pour rigoler, mais des groupes organisés pour déstabiliser", estime le député-maire de Raincy (Seine-Saint-Denis) dans Le Parisien.

PAS DE TOURNURE COMMUNAUTARISTE

Ce n'est pas l'avis du socialiste Claude Bartolone. "Non, ces jeunes ne sont pas manipulés", affirme le député-maire du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), qui accuse "les mots" employés" par Nicolas Sarkozy - qui a notamment parlé de "racaille" et de nettoyage des banlieues "au Kärcher" - d'avoir "eu l'effet d'un détonateur".

Interrogé par le même quotidien, le sociologue Laurent Mucchielli estime que "la théorie du complot défendue par le ministre de l'Intérieur est un leurre".

"Nous sommes ici dans le contexte des émeutes urbaines, qui sont des déchaînements de violence temporaires, émotionnels et qui sont improvisées le jour même", explique le chercheur au CNRS.

"Il n'y a là aucune organisation délinquante et aucune construction idéologique", insiste Laurent Mucchielli. "Ce qui s'exprime ce sont les sentiments de colère, d'injustice, d'exclusion et de ce que j'appelle la 'victimation collective'".

Quant à une éventuelle "islamisation" du mouvement, Yves Bot estime que rien ne permet de l'affirmer pour l'instant. "À l'heure actuelle, on constate que c'est un mouvement qui est dirigé essentiellement contre les institutions de la République et que ce n'est pas un mouvement qui prend une tournure communautariste", a-t-il dit.

Pour Laurent Muchielli, la seule façon de calmer les esprits est de dire aux jeunes "qu'on les entend et que l'on comprend leur colère et leur humiliation". "Cela ne veut pas dire que l'on excuse les actes délinquants de certains, mais que l'on prend au sérieux un cri de révolte et de souffrance général", estime-t-il.

L'association SOS Racisme demande pour sa part au Premier ministre Dominique de Villepin d'organiser une table ronde "dans l'optique de dépasser le simple travail policier et de dessiner des perspectives d'avenir pour les ghettos urbains".
© La Tribune

up  

LES BLOGS ÉCLOSENT AUTOUR DE «CLICHY-SUR-JUNGLE» (France)

Hommages à Bouna et Zyed, appels à la révolte ou au calme se croisent sur le Web.
par Frédérique ROUSSEL

05/11/2005 - Un véhicule flambe au milieu de la chaussée, une rangée de CRS se tient à l'arrière-plan. La photo est accompagnée d'une légende : «Une camionette brulé par ls gar de clichy ki on la rage et la haine. on peut voir les keuf au fond.» Le skyblog 93 Bouna et Zied est né le 28 octobre, le jour où les incidents ont commencé à Clichy-sous-Bois après la mort des deux adolescents. L'hommage à Zyed et Bouna sert aussi de plate-forme pour parler du «dawa» (le bazar). Une centaine de messages ont été postés, pour dire sa peine, appeler au calme ou continuer l'émeute. Sans doute parce que les mots allaient trop loin, un autre blog d'hommage a été désactivé par les modérateurs de Skyblog.

Tam-tam collectif, le blog sert aussi à célébrer une sorte d'union sacrée. «Justice sera faite on l'espère, en attendant a bondy, bobigny, la courneuve, villepinte ca devien l'dawa là-bas aussi. ces villes rejoingnent clichy, montfermeil, sevran, aulnay, vou vou attendiez a koa vou les flics et vou les politiciens ?», défie un internaute. Pour palstini1, originaire de Noisiel, «il faut que tout les département s'unisse 93 77 92 94 95 78 91 est baize la justisse». On évoque les exploits des nuits passées. Malakay 93 raconte que «meme à livry gargan on a cramé des caisses cette nuit croyez moi les schmits [la police, ndlr] ne sont pas en lieu sur...». TNT précise que «Ya Aussi SEVRAN mon gars qui soutient... Beaudottes, Rougemont, Cité Bleues... on est tous concernés».

Tous ne sont pas d'accord, d'abord sur les circonstances de la mort des deux jeunes de Clichy (parfois baptisé «Clichy-sous-Jungle»). «Faut etre con pour se réfugier dans 1 générateur électrike», fait remarquer keum du 93, qui poursuit : «kand meme ça rime a rien de cramer la voiture d innocent et kand tu fais un truc illégal faut pas s'étonner d'etre poursuivie par les flics.» Nigga pense aussi que «ça va rien arranger de foutre la merde, pour le moment la seule réussite c'est d'avoir bruler des voitures de vos voisins qui ont les memes galéres que vous...» L'internaute «93» n'a en tout cas pas l'intention de désarmer. Vendredi, au petit matin (4h34), il convie : «Vendredi soir hagra party [ndlr : «hagra» signifie mépris, humiliation] dans toute l'IDF !!! Venez nombreux !!!! Attention ! Survêt baskets exigées.»
© Libération

up  

ET MAINTENANT LA PROVINCE ET PARIS (France)

La vague de violences urbaines déborde de la banlieue parisienne. En une semaine, elle a atteint une ampleur jamais vue précédemment. Le débat politique dérape dangereusement sur le terrain communautaire.

BERNARD DELATTRE, CORRESPONDANT PERMANENT À PARIS


04/11/2005 - Où donc s'arrêtera-t-elle? La vague de violences urbaines qui déferle sur la banlieue parisienne depuis plus d'une semaine a, dans la nuit de jeudi à vendredi, débordé sur plusieurs grandes villes de province (Dijon, Rouen, Marseille, etc.) et touché, légèrement, la capitale. Rien qu'en une nuit, plus d'un demi-millier de voitures ont été brûlées, soit près de deux fois plus que la veille, et 78 personnes ont dû être placées en garde à vue.

Les déprédations prennent une étendue jamais vue précédemment. Des dizaines de bâtiments officiels ou privés ont été mis à sac. Des passagers de trains de banlieue ont été dévalisés, des bus brûlés et des agents de conduite agressés. Des CRS ont été la cible de tirs à balles réelles. L'impressionnante mobilisation des forces de l'ordre - 1300 agents déployés rien qu'en Seine-Saint-Denis jeudi soir - ne semble pas à même d'apaiser le brasier.

«Terroristes de bac à sable»

Face à cette flambée , Nicolas Sarkozy, pris en flagrant délit d'impuissance, a un peu baissé le ton. Le ministre de l'Intérieur promet toujours de châtier les émeutiers mais il se garde désormais de tout dérapage verbal qui pourrait à nouveau faire passer sa politique de fermeté pour une stratégie délibérée de la tension. Le gouvernement fait bloc, les élus locaux oublient les clivages, et l'opposition évite globalement de jeter de l'huile sur le feu - même si la démission du «pompier-pyromane» de l'Intérieur est parfois réclamée.

Au risque de donner l'impression de vouloir se dédouaner et fuir leurs responsabilités, les autorités ciblent dorénavant leurs attaques sur le profil des émeutiers, présentés à présent comme «manipulés» par la grande criminalité (lire ci-dessous). Quitte à charrier des termes lourds: l'ex-ministre UMP de la Ville Eric Raoult a ainsi fustigé les «terroristes de bac à sable». Quitte aussi à faire déraper le débat sur le terrain communautaire, dans un pays qui accueille la plus grande communauté musulmane d'Europe et qui est régulièrement sujet à des courants d'islamophobie.«Le Figaro» de vendredi mettait la crise sur le compte «d'une politique d'immigration sans contrôle». Le souverainiste Philippe de Villiers parlait de «guerre civile ethnique», conséquence de «l'islamisation de la société française». Jean-Marie Le Pen accablait «les hordes étrangères» ayant placé le pays en «situation insurrectionnelle». Et sa fille Marine réclamait l'instauration de l'état d'urgence dans les banlieues.

Une telle lecture des événements fait frémir les responsables religieux. Le chef de l'islam de France, Dalil Boubakeur, s'est rendu à la mosquée de Clichy, qui a été la cible de tirs non-identifiés de grenades lacrymogènes. De nombreux fidèles, comme certains hiérarques de l'islam français, sont choqués de n'avoir reçu la moindre marque de compassion ou de sympathie des plus hautes autorités du pays - pourtant si promptes, remarquent-ils, à se rendre au chevet de lieux de culte d'autres confessions lorsqu'ils sont profanés. Dans les cités, les imams et les «grands frères» tentent des médiations voire ramènent le calme, mais pour aussitôt être soupçonnés d'attiser le feu.

Les responsables de l'Eglise catholique tout autant sont inquiets, et prépareraient une initiative. Dans l'immédiat, ils ont décliné la suggestion du ministre Sarkozy (également en charge des Cultes) d'assister ce week-end à l'assemblée des évêques de France à Lourdes, effrayés des «interprétations possibles» d'un tel geste: une communauté contre une autre.

C'est pourtant bel et bien le visage que la France commence de plus en plus à présenter au monde aujourd'hui.
© La Libre Belgique

up  

CLICHY : SARKOZY CRITIQUÉ JUSQU'AU GOUVERNEMENT (France)

Critiqué par le ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances Azouz Begag et par la gauche, le ministre de l'Intérieur n'a reçu aucun soutien du gouvernement. Villepin a reçu les familles des victimes qui refusaient de rencontrer Sarkozy.

01/11/2005 - La méthode Sarkozy en question: en première ligne dans les violences urbaines à Clichy-sous-Bois, le ministre de l'Intérieur se retrouve bien isolé au sein du gouvernement face aux critiques acerbes de la gauche, certains de ses collègues ministres tels Azouz Begag n'hésitant pas à mettre en cause sa "sémantique guerrière".
A Matignon, c'était le silence radio jusqu'à ce que Dominique de Villepin décide de recevoir mardi soir les familles des deux victimes de Clichy. Siyakah Traoré, frère d'un des deux jeunes électrocutés dans un transformateur EDF, avait demandé à être reçu par Dominique de Villepin "en toute urgence", jugeant Nicolas Sarkozy "très incompétent".
Le ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances Azouz Begag, s'est toutefois laissé aller à déplorer mardi dans Libération une "méthode" qui consiste à "se laisser déborder par une sémantique guerrière, imprécise". En juin, le ministre de l'Intérieur avait provoqué un tollé en promettant de passer au "Karcher" la Cité de 4.000 à La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

La semaine dernière, il a employé les termes de "voyous" et de "racaille" lors d'un déplacement à Argenteuil (Val-d'Oise), autre ville de la banlieue parisienne.

"Etre associé"

"Je regrette de ne pas être associé (au ministre de l'Intérieur) quand il y a un dialogue difficile avec des jeunes. A chaque fois que mon collègue (Nicolas Sarkozy, NDLR) intervient en banlieue, même quand il s'agit d'égalité des chances, je ne suis jamais contacté. Quand on nomme un préfet musulman, quand on dit vouloir donner le droit de vote aux étrangers et qu'on envoie des CRS contre les jeunes de banlieue, il y a un décalage", déplore Azouz Begag.
Maigre réconfort, un des proches de Nicolas Sarkozy, le député-maire UMP de Montereau (Seine-et-Marne) Yves Jego est venu à sa rescousse en rappelant que l'Intérieur ne dispose pas "de la compétence" pour gérer tous les efforts du gouvernement sur les quartiers difficiles, notamment "le volet intégration". Nicolas Sarkozy devait quant à lui s'exprimer mercredi dans la presse.

Cible de la gauche

Isolé, le ministre de l'Intérieur a été pris pour cible par la gauche, qui conteste l'efficacité de son action dans les quartiers sensibles.
"Sans vouloir jeter de l'huile sur le feu", Jean-Pierre Chevènement a estimé sur France-Inter qu'il "a manqué de sang-froid et n'a pas mesuré ses propos à plusieurs reprises". L'ancien ministre de l'Intérieur de Lionel Jospin a regretté la suppression de la police de proximité: "On donne la priorité à l'interpellation musclée sur l'action au quotidien de prévention, de dissuasion et de répression".
Au PS, après Dominique Strauss-Kahn qui avait jugé dimanche que "le sarkozysme, ça ne marche pas", et Laurent Fabius qui avait fustigé lundi un "climat terrible" créé par "l'échec" de la politique du ministre de l'Intérieur, c'est le porte-parole du PS Julien Dray qui a porté l'estocade mardi.
Nicolas Sarkozy "confond la fermeté réelle avec la fermeté télévisuelle", raille-t-il dans Le Parisien. Il "s'est contenté de faire une politique de sécurité pour les beaux quartiers, mais il a oublié les cités, se contentant d'y faire des incursions régulières", accuse Julien Dray.

Menaces ou promesses

La secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet a également dénoncé mardi sur France-Inter l'attitude d'un ministre qui "profère des menaces ou des promesses".
"Force est de constater qu'au dialogue et à la présence quotidienne de la police de proximité, le gouvernement préfère une politique d'effets d'annonce", a renchéri Stéphane Gatignon, maire communiste de Sevran (Seine-Saint-Denis), commune gagnée à son tour lundi soir par les troubles.
Seul le sénateur-maire socialiste de Mulhouse (Haut-Rhin) Jean-Marie Bockel s'est distingué en refusant de "tomber dans le piège de dire: 'c'est Sarkozy qui est la cause de tout, haro sur le baudet"'. Si le ministre a "forcément sa part de responsabilité", Jean-Marie Bockel a remarqué sur RTL qu"'on aime bien, en France, (...) trouver un responsable". Et d'inviter gauche et droite à "balayer devant leur porte".
© Le Nouvel Observateur

up  

EMEUTES DE CLICHY-SOUS-BOIS : LES JEUNES ACCUSENT LA POLICE (France)

Entre provocations et répressions policières
Face aux suites insurrectionnelles du drame des deux adolescents morts électrocutés dans un transformateur EDF alors qu’ils tentaient de « fuir la police », les jeunes de Clichy-sous-bois (banlieue parisienne) accusent les forces de l’ordre de mettre de l’huile sur le feu en les provoquant sciemment et même de leur tirer dessus sans raison avec des balles en caoutchouc. Afrik a récupéré une vidéo illustrant les violences policières et a recueilli de multiples témoignages à l’occasion d’une rencontre, dimanche, entre le maire et les jeunes.
Par David Cadasse.

30/10/2005 - Dimanche, 15h mairie de Clichy-sous-Bois. Le maire a organisé une rencontre informelle avec les jeunes, tous très remontés ou dépités par l’attitude de la police la veille. La veille, la ville avait organisé une marche silencieuse en hommage aux deux adolescents, Ziad et Banou, brûlés vifs jeudi dernier dans une centrale EDF alors qu’ils étaient, ou pensaient être, poursuivis par la police. Mais si, après deux jours d’émeutes, la tension était tombée d’un cran, les jeunes accusent les forces de l’ordre de susciter et d’entretenir la haine du képi en multipliant provocations, abus d’autorité et répression gratuite.

« Toutes les forces vives à même de calmer le jeu ont fait un énorme travail. La marche s’est déroulée dans le calme, mais dans la soirée les CRS se sont mis à aiguillonner les jeunes, à les provoquer » , reconnaît un membre de la mairie qui a requis l’anonymat. Sur le parking de la mairie, plus de 150 jeunes, essentiellement d’origine africaine (Afrique noire et Afrique du Nord), sont venus écouter le maire. Ce dernier tient à rappeler que toute la casse qu’il y a eu sera à la charge de la ville, donc du contribuable. Il prône une solution entre personnes de la ville et semble mettre de côté le facteur policier. Chacun s’exprime librement.

Dans la foule, les langues se délient. De petits groupes se forment ça et là pour commenter les événements de la veille. Tous dénoncent les abus et les provocations de la police. Beaucoup ont été témoins d’exactions ou directement pris pour cible. « Ils (les policiers, ndlr) sont plus chauds, ils nous provoquent plus. Le frère d’un des enfants défunts était avec nous, comme d’habitude, en bas de son immeuble quand la police est arrivée, avec ses flash ball (fusil tirant des balles en caoutchouc, ndlr) et a commencé à nous toiser pour finir par lui dire : ‘toi rentre chez ta mère’. Il a fait trois pas vers les flics pour leur parler, un des flics lui a dit : ‘Arrête ou je t’allume’. Nous nous sommes sauvés jusqu’au dixième étage, ils ont commencé à tirer des balles à gaz dans le hall », explique, écoeuré, Jérémy.

Des mères de famille insultées alors qu’elles sortaient de la mosquée

« Ils racontent tous de la merde, spécialement les journalistes, s’emporte Youcef, en regardant l’équipe de Capa production (Le vrai journal), entourée de jeunes, prendre des images et des commentaires. Ils ont d’emblée commencé à salir la réputation des victimes alors que le procureur de Bobigny reconnaît aujourd’hui qu’ils n’étaient pas connus défavorablement des services de police. Les médias veulent tous nous faire passer pour des racailles, alors que c’est la police qui provoque les jeunes pour saisir le moindre prétexte pour frapper ou tirer. »

« Nous sortions de la mosquée, et la police nous a encerclés, flash ball aux poings. Ils nous ont pris à partie, mais ce qui nous a le plus choqué c’est quand ils ont mis en joue des mères de famille qui sortaient de la prière et qu’ils se sont mis à les insulter : « Cassez-vous bande de putes et surveillez mieux vos enfants ! », explique, Morad, plein d’une colère contenue. S’il ne semble pas du genre à prôner l’affrontement avec les forces de l’ordre, tous ne sont pas aussi tempérés.

Forces de l’ordre... ou du désordre ?

La tension est palpable. D’autant que trois voitures de police se sont postées à 50 m de la mairie. L’un des policiers a son flash ball à la main et le doigt sur la gâchette. La foule prend cela pour une énième provocation. Les esprits s’échauffent quelque peu. Deux personnes commencent à haranguer la foule pour attaquer la police : « Venez, on est plus nombreux, on y va tous et on leur pète leur mère », clame l’un d’eux. Heureusement que les partisans du calme et du dialogue sont plus nombreux. Ils arrivent à disperser la ligne de jeunes formée en face des voitures de police.

« Ils nous provoquent de trop, j’ai des amis qui se sont fait tirer dessus, comme ça, pour rien, avec des balles en plastique. Cela ne peut engendrer que la violence. Tout le monde est chaud. Maintenant si ça doit péter ça va péter. Je n’ai pas peur d’eux et de leurs armes. On va arriver à un stade où l’on va se procurer des armes. Ça va devenir comme en Amérique ici », prophétise Jonathan.

« La police m’a arrêté à 4 heures du matin. J’étais seul en voiture. Ils ont fouillé le véhicule et ont trouvé une batte de base-ball dans mon coffre. Quand ils m’ont demandé pourquoi j’avais une batte, je leur ai répondu qu’il n’était pas interdit d’en mettre une dans son coffre. Ils m’ont répondu : « Et c’est interdit si je le mettais dans ta gueule ! ». Puis ils ont commencé à me dire « On n’est pas à Beyrouth ici » et à m’insulter « espèce de petit pédé ». L’un d’entre eux voulait absolument me voir pleurer. Il est venu juste devant moi et m’a dit « Pleure ! ». Alors qu’il me répétait ses mots, une voiture de journalistes est heureusement passée. Je les ai interpellés et ils se sont arrêtés. Le policier a lâché avant qu’ils n’arrivent qu’il n’aimait pas les journalistes, mais bon il ne pouvait rien faire d’autre que de me laisser tranquille.

La police entièrement couverte par Nicolas Sarkozy

Dans le drame de Clichy-sous-Bois, deux versions s’affrontent, sur le point de savoir si la police poursuivait ou non les adolescents qui revenaient d’un match de foot : celle de la police et celle des jeunes de la ville. Le problème est qu’il y a des témoins. Un des jeunes poursuivis explique qu’il s’est caché alors que ces trois copains filaient droit vers la station EDF. Au delà du témoignage, certains ne comprennent pas non plus la version de la police. « Pourquoi certains autres jeunes ont été arrêtés s’ils ne les poursuivaient pas, puisque tout le monde avait pris la fuite ? », s’interrogent les uns. « Pourquoi les jeunes auraient-ils décidé d’escalader un mur de 3 mètres avec des barbelés ? », se demandent les autres. Autant d’interrogations que la police balaie d’un revers de la main.

Le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a, lui-même, déclaré dimanche au 20 heures de TF1, que d’après les éléments dont il disposait : « la police ne poursuivait pas les jeunes ». S’il entend « dire la vérité à tout le monde », il a tenu à rendre « hommage au travail remarquable des policiers » et à les « féliciter » pour les différentes interpellations. Un discours sécuritaire qui nourrit, pour beaucoup, un amalgame dangereux - à savoir que toutes les personnes appréhendées étaient des voyous- et qui cautionne l’impunité des forces de l’ordre.

Une vidéo accablante pour les forces de l’ordre

Nicolas Sarkozy a une fois de plus rappelé qu’il entendait maintenir une « tolérance zéro » face aux violences urbaines. Décriant la police de proximité, il prône désormais la nécessité de multiplier les interpellations. Entendu par là que les « vrais jeunes », n’auront rien à craindre de la police. En attendant, le dispositif sécuritaire, qui compte plus de 400 CRS, gendarmes et policiers, commençait à se mettre en place dimanche pour quadriller la ville.

La police soutenue par le ministre de l’Intérieur a-t-elle tous les droits ? Une vidéo, tournée depuis un téléphone portable, circule actuellement dans les quartiers. Un document, intitulé « Les nouveaux keufs [1]de Sarko », qui a été remis à Afrik et dont une partie pourra être visualisée en ligne. On y voit une voiture de police arrêtée portière ouverte. On croit deviner qu’un policier reçoit un projectile. La riposte est immédiate. On y voit clairement des policiers en civil tirer à plusieurs reprises, dont deux fois presque à bout portant, avec leurs flash ball. On les voit courir après les jeunes en criant « Revenez bande de bâtards ! »

« Certaines des balles en caoutchouc sont même signées, explique Kader. Il y a un gars qui en a récupéré une qui portait l’inscription : ’Boum, boum dans tes fesses, à bientôt, Luc’. La rupture entre les jeunes et les forces de l’ordre semble définitivement consommée. Entre le discours des politiques, qui cautionnent les agissements de la police et les médias, accusés de travestir et tronquer la réalité, la méfiance et le ras-le-bol nourrissent un sentiment de haine qui pourrait malheureusement conduire au pire.

[1] Policiers en argot urbain
© Afrik.com

up  

L'ÉTAT D'URGENCE VU D'ALGÉRIE

La France rattrapée par son passé
Pour la presse algérienne, le recours à la loi de 1955 pour reprendre le contrôle des banlieues est un triste retour en arrière, "l'exhumation d'un texte qui sent la naphtaline et les relents de l'Algérie française". Par Eric Glover

09/11/2005 - "Rattrapée par sa propre histoire, la France puise dans une législation qu'elle a mise en place dans l'urgence de la guerre de Libération pour affronter des événements qui la submergent un demi-siècle après", s'indigne le quotidien algérien Liberté. Le Quotidien d'Oran fait le même constat : "Le gouvernement français a fouillé dans ses cartons pour exhumer une loi qui sent la naphtaline et les relents de l'Algérie française."

"Face à la débandade d'un ordre républicain en déliquescence, Chirac a frappé fort. Aussi bien les imaginations que les esprits", estime l'éditorialiste du journal. "La violence urbaine, portée par des ados encagoulés, a donné lieu à une riposte qui semble disproportionnée. La loi de 1955 va donner plus de moyens à des maires dépassés – instaurer le couvre-feu dans leurs quartiers – et permettre à la police d'agir comme face à des criminels. Chirac, qui n'a pas opéré de transfert du pouvoir judiciaire vers l'armée comme lors de la guerre d'Algérie, a décidé de démontrer aux Français qu'on ne badine pas avec l'ordre républicain et la sécurité."

Le Soir d'Algérie rappelle que c'est "la loi 55-385 du 3 avril 1955, instituée par le gouvernement d'Edgar Faure en pleine guerre d'Algérie et qui avait permis à Papon, préfet de Paris, de décréter, le 5 octobre 1961, le couvre-feu à l'encontre des 'Français musulmans d'Algérie', avec les massacres d'Algériens qui s'en sont suivis". Notant que la mesure a été "approuvée par la droite et exigée depuis une semaine par l'extrême droite", le quotidien ajoute que "cette loi permet de décréter le couvre-feu dans n'importe quelle partie du territoire, d'interdire la circulation ou de la limiter, ou encore de procéder à des contrôles dans les domiciles".

Le Soir d'Algérie remarque aussi que "le ministre de l'Intérieur ou le préfet peuvent ordonner la fermeture de salles de spectacles ou interdire toutes réunions susceptibles, selon eux, 'de provoquer ou entretenir le désordre'. Les autorités sont également habilitées 'à prendre toutes les mesures pour assurer le contrôle de la presse', de tous types de médias comme de toute représentation cinématographique ou théâtrale." Et le journal de s'interroger : "Toutes les dispositions de cette loi seront-elles appliquées et dans quels départements le seront-elles ? La réponse sera donnée par Nicolas Sarkozy." Un décret précise en effet que certaines dispositions de la loi du 3 avril 1955 sont applicables dans tout ou partie de 25 départements, parmi lesquels la totalité de l'Ile-de-France.

Le Quotidien d'Oran juge que "cette loi vise à donner à Villepin, Sarkozy et ses flics toute latitude pour agir contre des bandes de jeunes qui ont bouleversé la France et porté un sérieux coup à son image. Mais cette loi, exceptionnelle dans sa formulation, ne sera appliquée que douze jours. Chirac compte ramener le calme d'ici là dans les banlieues et dissuader la jeunesse frustrée d'étendre son action à d'autres villes de France." Liberté note d'ailleurs que "sentant toute la difficulté de rétablir l'ordre en douze jours, le président français réunira au début de la semaine prochaine un nouveau Conseil des ministres où sera présenté un projet de loi permettant la prorogation de l'état d'urgence". "Toutefois, cette fois-ci le gouvernement est tenu de passer par le Parlement pour pouvoir proroger l'état d'urgence", signale le journal.

"Face à la 'racaille', le gouvernement français veut montrer qu'il est déterminé. Même en mai 1968, il n'avait pas dégainé de loi aussi répressive", reprend Le Quotidien d'Oran. "Rien ne dit que ce coup de massue de l'exécutif, accueilli diversement par la classe politique française, va régler le fond du contentieux existant entre un Etat libéral et sécuritaire et une jeunesse désœuvrée et rancunière. Comme un mauvais thérapeute, Chirac lutte contre un traumatisme en recourant à une décision traumatisante. L'adepte de la 'fracture sociale' qu'il est vient de perdre davantage que son flegme en décidant de sévir de manière spectaculaire, tout en sachant qu'on ne tire pas sur une mouche avec un bazooka."

Et c'est Liberté qui donne alors une touche très algérienne aux événements de France. "Ces jeunes des banlieues, Français faut-il le rappeler, expriment aussi dans leur colère toute la souffrance de leurs parents venus vendre leur jeunesse et leur énergie pour construire la France sans jamais recevoir en retour une quelconque reconnaissance." Pour le quotidien, "la France riche et bien-pensante, la France d'en haut, comme disent certains de ses politiciens, est rattrapée par son passé. Son passé peu glorieux de puissance d'occupation."

Et Liberté d'insister sur l'importance pour ces jeunes de "la loi du 23 février 2005, qui fait l'éloge de la destruction de leur pays d'origine par le colonialisme français". Cette loi adoptée par le Parlement français a provoqué une controverse – notamment en Algérie –, car il lui est reproché de faire l'éloge de la colonisation et de rester muette sur les sévices et les crimes dont furent victimes les populations des territoires colonisés. "Spoliés de leur mémoire, stigmatisés par leur identité, exclus parce que descendants d'anciens colonisés, craints parce que différents de peau et de culte, ces jeunes que les ministres de la République française qualifient de 'voyous' et de 'racaille' ont répondu à la violence sournoise des lois et des codes sociaux par une violence dévastatrice et spectaculaire", continue Liberté.

Et de mettre en garde : "Ce n'est pas certes quelques millions d'euros qui vont éteindre le feu et effacer des décennies d'humiliation. Pourtant les pouvoirs publics avaient reçu plusieurs signaux d'alerte. L'activisme islamiste dans ces cités dites sensibles en faisait partie. Les islamistes radicaux ne recrutent, les pays musulmans ne le savent que trop, que dans les zones de non-droit et dans le sillage de l'injustice. Mais une vision à la limite du racisme a amalgamé islam et intégrisme pour éluder les difficultés réelles de ces Français pas tout à fait comme les autres."
© Le Courrier international

up  

L'AVIS DE LA PRESSE ARABE

L'explosion de violence qui secoue la société française fait les grands titres des journaux dans le monde entier. Les quotidiens arabes, et algériens en particulier, s'interrogent sur cette France qui a produit sur son territoire un "quart-monde" menaçant la paix civile.
Par Hoda Saliby


09/11/2005 - Le quotidien Asharq Al-Awsat: "On s'attendait à entendre 'Ayawah !', le cri de guerre des émeutiers kabyles, dès la nuit tombée sur la banlieue rouge de Paris. Mêmes méthodes, mêmes effets. Les villes du neuf-trois (93, Seine-Saint-Denis) éparpillées sur les flancs droit et gauche de l'autoroute A1 sont en flammes depuis le 27 octobre. Elles ont vite donné le ton de la révolte à leurs voisines et néanmoins jumelles de la grande ceinture parisienne", écrit le quotidien algérien Liberté pour commenter les nuits d'émeutes en France.

"Si les matchs entre la République et ceux que Sarkozy a traité de 'racaille' (c'est ainsi qu'ils se nomment eux-mêmes, cela dit) se jouent en nocturne, la misère, elle, s'étale au grand jour au milieu des barres des banlieues", poursuit le journal - la misère, qui se mesure par "les 20 % de la population de Seine-Saint-Denis qui est au chômage, soit le double de la moyenne nationale", et qui fait des habitants des "banlieues en flammes" le "quart-monde français". Liberté ne cherche pas à trouver des excuses aux "incendiaires à peine sortis de leurs couches", mais essaie de décrire les conditions de vie de cette population qui offre "un corpus inégalable pour ethnologues en herbe". Et de dénoncer la politique de "la France, toutes tendances politiques confondues, qui a laissé faire pendant trente ans".

Son confrère La Tribune a pour sa part choisi de s'arrêter sur les propos du président français, Jacques Chirac, qui, à l'issue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité intérieure sur les violences dans les banlieues, "est sorti de son mutisme au onzième jour des violentes émeutes qui ont ébranlé la France". Ainsi, "Jacques Chirac a finalement affirmé à la presse, le dimanche 6 novembre, que la 'priorité' était le 'rétablissement de la sécurité et de l'ordre public' dans les banlieues". Aujourd'hui le Maroc reprend de son côté les propos du ministre de l'Intérieur français, Nicolas Sarkozy, dont "la politique et les interventions musclées sont critiquées de toutes parts, y compris par les familles des victimes, qui ont refusé sa visite".

Cependant, force est de constater que la presse du Maghreb reste globalement discrète sur les événements qui se déroulent en France. En revanche, Asharq Al-Awsat, quotidien saoudien édité à Londres, fait sa une sur le sujet et lui consacre plusieurs pages. "La France, connue pour être la vitrine européenne du métissage des cultures et de l'amitié euro-méditerranéenne, l'Etat des droits et des libertés, a échoué dans sa gestion d'un problème hérité de la période de la colonisation. Ils sont 5 millions de Français d'origine étrangère à vivre dans des conditions misérables. Il est impensable, dans un pays démocratique, qu'une si forte minorité n'ait aucun représentant au sein du Parlement, une institution supposée refléter toutes les composantes du pays, sa racaille et ses seigneurs", s'indigne l'éditorialiste du journal.

Asharq Al-Awsat reconnaît que, ces derniers jours, les comportements violents dont la responsabilité incombe à cette population d'immigrés "les montrent comme étant de la racaille et des voyous", c'est-à-dire comme les a décrit le ministre de l'Intérieur. "Oui, brûler les écoles, agresser les passants, dont certains ont été battus à mort, voilà des comportements de racaille. Hélas ! C'est ainsi que s'exprime cette frange de la population française qui n'a pas d'autre tribune pour s'exprimer et qui est exclue de la vie politique."

Sur le même ton, Al-Quds Al-Arabi, autre quotidien panarabe édité à Londres, dénonce les propos tenus par Nicolas Sarkozy à l'encontre d'une "population essentiellement d'origine maghrébine et musulmane, qui vit dans des régions pauvres et démunies, formant une ceinture de misère autour de la capitale". Traiter les jeunes issus de cette immigration de "racaille" est "irresponsable de la part d'un ministre". Le journal rappelle qu'actuellement en Europe et en France les campagnes de dénigrement à l'encontre des Arabes et des musulmans "sont permanentes et entretenues par les milieux d'extrême droite. Tout musulman est présumé terroriste jusqu'à preuve du contraire."

Mais, là encore, le quotidien ne cherche pas à trouver d'excuses aux actes de violence et appelle les "responsables de ces communautés d'immigrés à s'opposer aux fauteurs de troubles qui incitent à la violence et essaient de perturber la paix civile". Et Al-Quds Al-Arabi fait le vœu que ces événements jouent le rôle de "choc électrique pour les deux parties, le Français et l'immigré, afin qu'ils entament un vrai dialogue allant aux racines du problème".

Al-Hayat, autre quotidien arabe édité à Londres, publie pour sa part en première page une carte de la France affichant le nombre de "voitures incendiées durant la dixième nuit des troubles" dans les différentes villes de France. Le journal insiste sur "la propagation des violences, qui ne se limitent plus aux banlieues de Paris", tandis qu'Al-Quds Al-Arabi relève "les inquiétudes des autres pays européens, qui craignent l'extension de ces troubles".

Pour gérer la crise actuelle, les appels au calme se multiplient et "les gouvernants s'interrogent" pour finalement "convoquer Azouz Begag [ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances], un gentil, et Dalil Boubakeur [recteur de la mosquée de Paris], un inutile", ironise Liberté. Et le quotidien algérien de souligner, par ailleurs, le "silence assourdissant des communistes, qui ont donné son nom à la banlieue parisienne rouge. Silence mortel des footballeurs français, les blancs-blacks-beurs, qui ont fait jouir la France en 1998. Silence empoisonnant des artistes cathodiques diplomates de l'UNESCO, qui savent si bien voyager et si mal laisser leurs yeux se promener hors de leurs murs."
© Le Courrier international

up  

VU DE RUSSIE

Les défaillances des médias français

09/11/2005 - Le bihebdomadaire Novaïa Gazeta, qui publie comme toute la presse russe des réflexions et reportages sur les émeutes en France, s'interroge, à la lumière des événements, sur le fonctionnement des médias français, leur rôle, leur rapport au politiquement correct et à l'autocensure. A propos du phénomène de ghettoïsation des quartiers difficiles, le journal cite en exemple la lente dégradation du quartier des Halles, au cœur de la capitale, devenu en quelques années le "club central des banlieues", "une plaque tournante du trafic de drogue", "un lieu de rixes entre bandes", sans que, toutes ces années, la presse française s'empare sérieusement du sujet.

Au cœur de Paris, le processus de ghettoïsation était en marche, nul ne s'y est intéressé. Alors, en banlieue... "Les journalistes français étaient capables de rapporter des reportages de Kaboul ou de Bagdad, mais pas du centre de Paris", s'indigne l'auteur, témoin de ce processus car longtemps riverain du quartier. "La mission sanitaire du journalisme n'est pas remplie en France. Un reportage à Bagdad est payé vingt fois plus cher qu'une enquête dans les ghettos de la banlieue."

Par ailleurs, l'article regrette l'abus du politiquement correct. "La presse française, très politiquement correcte et pratiquant l'autocensure, n'informe pas les citoyens sur la couleur de la peau des victimes des agresseurs. Ainsi, un photographe a été battu à mort. Sa disparition n'a éveillé aucune protestation. De même pour la femme handicapée brûlée au troisième degré... Personne n'est sorti dans la rue pour protester contre cette tentative de meurtre barbare..."
© Le Courrier international

up  

VU DU ROYAUME-UNI

Adieu au modèle républicain

09/11/2005 - "Liberté ? Les musulmanes françaises n'ont pas le droit de porter le foulard à l'école. Egalité ? Les personnes de couleur ont deux fois plus de chances d'être au chômage. Fraternité ? Le gouvernement français admet que les politiques d'intégration ont échoué. Réalité. Des émeutes éclatent pour la onzième nuit d'affilée." A l'image de The Independent et de sa une à la fois amère et sentencieuse, le presse britannique interprète, le lundi 7 novembre, les émeutes urbaines comme l'échec du modèle hexagonal.

"La vérité est que, depuis au moins deux décennies, les quartiers qui entourent la plupart des villes françaises ont été l'autre face de la plaisante réputation du pays en matière de qualité de vie, analyse la chroniqueuse Mary Dejevsky dans The Independent. Ils ont été un refuge bien pratique pour tous ceux qui ne pouvaient ou ne voulaient pas rejoindre la France conventionnelle : les pauvres, assurément, mais surtout les immigrés de première, deuxième et troisième génération." "On peut penser que si les quartiers avaient été moins oubliés, leurs problèmes auraient atteint le haut de l'agenda politique plus tôt, poursuit la chroniqueuse. Si les gouvernements français successifs ont pu les négliger si honteusement, c'est en grande partie parce qu'ils sont loin des yeux et donc loin du cœur de la majorité des gens. Si ces quartiers ont été laissés livrés à eux-mêmes et si longtemps acceptés comme des zones virtuellement interdites et au-delà des lois, c'est aussi parce que les politiciens qui se sont succédé l'ont choisi. Ils ne voyaient aucun bénéfice électoral à le faire."


Ces deux France, le correspondant de The Guardian à Paris les décrit côte à côte à Aulnay-sous-Bois. Ici, dans un lotissement, "une France calme, confortable, préoccupée des bonnes choses de la vie ; à moins d'un kilomètre, une autre France, des blocs de béton et les hauts immeubles de la Cité des 3 000".

Le correspondant en France de The Daily Telegraph compare, de son côté, les émeutes actuelles avec celles qui ont secoué le Royaume-Uni dans les années 1980. "Les émeutiers britanniques noirs de cette époque et les émeutiers français noirs et d'Afrique du Nord d'aujourd'hui partagent les mêmes sentiments de désenchantement envers la société dans laquelle leurs parents ont été encouragés à s'installer, écrit Colin Randall. Les jeunes hommes de Tottenham ou de Toxteth se considéraient, souvent avec raison, victimes de la discrimination ; les enfants d'immigrés algériens et subsahariens en France voient les qualités vantées de liberté, d'égalité et de fraternité comme une illusion."

"Mais, remarque le journaliste, et c'est la principale différence entre les générations d'émeutiers, la plupart de ceux qui vivent dans les ghettos français sont des musulmans et ont grandi dans une période de radicalisation islamique. Beaucoup des jeunes qui lancent des cocktails Molotov se réfèrent à des fidèles de la mosquée à peine plus vieux qu'eux. Ces hommes sont capables d'être, à la fois, des forces du bien et de la discorde."

Pour The Times, "le gouvernement a bien du mal à proposer autre chose que la stratégie 'républicaine' que les gouvernements successifs de droite et de gauche suivent depuis des années". "La France a toujours considéré son modèle comme supérieur à l'approche anglo-saxonne de la diversité, qui a permis aux minorités ethniques de maintenir des liens solides au sein de communautés culturelles et religieuses", rappelle le quotidien, qui constate qu'"après trois décennies d'afflux massif d'immigrés, tout le monde s'accorde sur le fait que le modèle français ne marche pas, même si personne ne dit que l'approche américaine et britannique a produit de meilleurs résultats." Et paradoxalement, s'étonne The Times, "la figure qu'on associe le plus à une nouvelle approche radicale est Nicolas Sarkozy". Mais "ses propositions ont été très mal reçues".
© Le Courrier international

up  

VU DE HONGRIE

Les "compatriotes" de Sarko indésirables dans les cités

09/11/2005 - Vendredi soir, la voiture de la télévision hongroise a été saccagée en banlieue parisienne. Simple hasard ou non ? s'interroge le site d'information hongrois numéro un, Index, avec le témoignage d'un lecteur du Blanc-Mesnil à l'appui : "Quand on sort son appareil photo, on est tout de suite entouré par des gamins qui nous posent des questions – dans une forme qui n'est pas amicale du tout. Quand ils nous demandent d'où nous venons, nous préférons dire que nous sommes tchèques. Ces jours-ci, dire qu'on arrive de Hongrie, le pays d'origine du ministre de l'Intérieur, n'est pas trop bien vu."

Le site signale également l'incendie de l'atelier du peintre d'origine hongroise Victor Vasarely, dans la commune d'Annet-sur-Marne. Bien que classé à gauche, Index ne mâche pas ses mots quant aux émeutiers : "Si les chers immigrés sortent pour incendier, ils ne font qu'exprimer leur culture, n'est-ce pas ? Les Français blancs mangent du fromage et font du synthétiseur, les Français noirs et musulmans incendient. Pas tous. L'immigration a également ses réussites. Mais ceux qui réussissent s'enferment, à l'instar de leurs compatriotes blancs, et attendent l'arrivée des cocktails Molotov par la fenêtre. En revanche, ceux qui les lancent les considèrent comme des collabos."

D'où le constat que "l'intégration n'a pas réussi. Non parce qu'il n'y avait pas assez d'appartements. En Europe, des centaines de milliers de réfugiés – par exemple de Transylvanie – ont habité pendant de longues années dans des wagons sans aller mettre le feu à côté de chez eux – certes, la télé ne leur a pas inculqué, le soir, que tu n'es rien ni personne si dans ton téléphone portable il n'y a pas de caméra ni de tondeuse à gazon. Non, la raison de l'échec, c'est que, en une trop courte période de temps, trop de gens incompatibles sont arrivés en Europe… Dans le monde de rêve libéral ont surgi des foules qui bénéficient de la protection du libéralisme sans pour autant accepter ce dernier."

Même ton dans le quotidien libéral Magyar Hírlap : "L'Etat et les municipalités pourraient, certes, faire un peu plus en faveur de l'éducation. Mais, pour ce faire, ils auraient besoin de partenaires. Ce qui n'est pas facile à trouver, puisqu'on entend des musulmans dire : 'Je déteste le mot intégration, parce que ça sous-entend que les Français devraient nous intégrer et que nous, les immigrés, nous devrions nous intégrer dans la société française.' En effet, c'est justement ce qui devrait se passer. Et, aussi longtemps que cela ne se réalisera pas, l'Europe devra réglementer l'immigration de façon radicale."

Quant au premier quotidien du pays, Népszabadság, de tendance socialiste-libéral, il dénonce à la fois les forces d'extrême gauche, "pour qui les révoltes rappellent, de façon nostalgique, Mai 68" et ceux qui, "surtout à l'extrême droite, qualifient les émeutes d''intifada'". Mais, selon le journal, "ceux de la majorité ne sont pas aussi simplistes. C'est pourquoi ils sont les plus pessimistes. Car, pour eux, les racines des maux sont plus profondes que ne pensent les populistes ou les islamistes aveugles. Le vrai sujet de leur inquiétude est le modèle d'intégration français, qui, fondé sur la solidarité et la justice, a longtemps fonctionné. Mais la mondialisation, le manque de moyens et la toute-puissance du rationalisme économique ont progressivement érodé ses valeurs… L'opposition de gauche compte sur l'échec du gouvernement. Et les membres du gouvernement se montrent du doigt. Mais ils montrent surtout Nicolas Sarkozy. Avec ces émeutes de ghetto, le ministre de l'Intérieur, qui veut briguer la présidence, est arrivé à un tournant. Si ce partisan de la méthode dure s'en sort aujourd'hui, il aura gagné... en 2007 aussi. Sinon, il se pourra que son nom ne signifie plus rien en France dans deux ans."
© Le Courrier international

up  

VU D'ESPAGNE

La France, ce pays qui bouge à coups de révoltes

09/11/2005 - "Si l'ouragan Katrina a montré la marginalisation de la population noire de La Nouvelle-Orléans, ces affrontements ont mis en évidence la profonde fracture sociale française", estime El País. "Et il ne sert à rien de chercher des réseaux criminels pour expliquer le mouvement qui a débuté dans une banlieue de Paris et s'est répandu comme une traînée de poudre", assure le quotidien espagnol. "Le président Chirac ne s'est pas remis du non à la Constitution européenne et l'ambiance de fin de régime a alimenté la crise vécue ces derniers jours. Chirac a eu besoin de dix jours pour lancer son appel au rétablissement de 'l'ordre républicain'. En France, un pays qui bouge à coups de révoltes, on sait comment les choses commencent mais jamais comment elles se terminent. Une minorité rebelle hors de contrôle peut changer le cours de son histoire."
© Le Courrier international

up  

VU D'ALLEMAGNE

Le poids des mots, le choc des ghettos

09/11/2005 - Non, le modèle d'intégration français n'est pas mort, estime la Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui consacre un dossier spécial aux émeutes dans les banlieues. Mais l'ambition républicaine mériterait que les gouvernants fassent preuve d'un doigté et d'un discernement qui leur font défaut aujourd'hui :

"Le modèle d'intégration sociale qui est au cœur de la République française est-il en phase terminale ? Il y a deux ans seulement, le débat sur le foulard avait, dans une espèce d'acte rituel, renforcé les fondements de la République et réaffirmé ce qui en Allemagne est défini par le concept malheureux de Leitkultur [culture dominante] : ici, ce qui est commun ; là, ce qui sépare ; et, entre les deux, les règles impératives de la vie en commun. Et voilà que les affrontements repartent de plus belle et d'un tout autre côté que celui d'excités musulmans ou d'obscurs groupes terroristes. Ce qui doit alarmer dans cette affaire, c'est que les actes de violence spontanés, incendies de voitures et bris de vitres, qui se sont étendus à d'autres banlieues parisiennes quelques nuits après Clichy, n'ont rien de nouveau, mais reviennent périodiquement depuis quinze ans. L'Etat, qui possède en théorie le meilleur concept pour faire vivre une société pluriculturelle, ne maîtrise pas la réalité, qu'il soit gouverné par la gauche ou par la droite."

"Le problème, c'est la gestion des symboles. Et la symbolique commence par le choix des mots. Tous les troubles qui se sont produits dernièrement sont associés à une série de glissements sémantiques. L'été dernier, à la suite d'un incident tragique entre habitants de la banlieue, Sarkozy, le ministre de l'Intérieur, avait déclaré vouloir nettoyer la banlieue de la violence 'au Kärcher' et offert ainsi à cette marque d'appareils de nettoyage une place inespérée dans le vocabulaire politique. Cela fut perçu dans le pays avec plus d'amusement que de contrariété – ce sont les taches, pas les gens, qu'on enlève avec cet engin. Mais, quand le même ministre a été insulté par des jeunes alors qu'il visitait un commissariat [fin octobre], sa réaction n'a plus évoqué la saleté mais les personnes. Sarkozy a promis aux habitants du quartier de les débarrasser de ces 'voyous' et de cette 'racaille', et leurs propres enfants étaient compris dans le lot."

"Ces mots ne sont pas directement responsables des troubles actuels. Ceux-ci sont l'escalade d'une guerre des nerfs qui oppose quotidiennement de petites bandes de jeunes à la police depuis le jour où deux adolescents ont trouvé la mort dans des circonstances encore non éclaircies. On ne peut cependant séparer les mots et les événements dans l'écho qu'ils rencontrent tous deux dans les médias. La disproportion des mots de Sarkozy provoque un malaise jusque dans l'électorat conservateur. Il faut du doigté pour tenir un discours énergique en politique. L'un des prédécesseurs de Sarkozy, Jean-Pierre Chevènement, avait il y a des années employé dans des circonstances comparables le mot 'sauvageons', qui fait penser à des sauvages, mais il avait immédiatement précisé la définition exacte du terme : pousse non greffée qui produit peu de fruits. Les expressions inconsidérées de Sarkozy ont fait sortir les vandales des banlieues pour les replacer soudain où ils le voulaient – dans les médias."

"S'ils s'en prennent de préférence aux véhicules de la police et des pompiers, aux bureaux de poste et éventuellement aux écoles, ce n'est pas par une haine de l'Etat politiquement formulée. C'est plutôt le prix que la République doit payer pour son omniprésence fièrement proclamée, et parfois uniquement affirmée, dans tous les domaines de la vie. Les fauteurs de troubles ont besoin d'un gros adversaire, pas seulement de quelques unités de police, pour y projeter comme sur un écran leur frustration active. La mise en place d'une police de proximité et d'autres mesures ont depuis quelques années tellement rapproché l'Etat de la réalité des banlieues que cette surface de projection s'est considérablement réduite. En optant pour la confrontation verbale, Sarkozy lui a redonné une importance et elle se couvre de lettres de feu toutes les nuits."

"Le pays prend les choses sans panique mais avec inquiétude. Le modèle français d'intégration n'a pas échoué, il paie toutefois un lourd tribut à une ambition qui souhaite l'égalité dans tout le pays, mais crée parfois de l'inégalité dans certains quartiers. Certains ont presque été soulagés d'apprendre que, dans un quartier, ce n'étaient pas seulement les lieux institutionnels qui avaient été incendiés mais aussi un café. C'était pour eux un indice que la tempête politique allait peut-être bientôt s'apaiser et que les événements à venir pourraient être classés dans la rubrique de la délinquance ordinaire. L'Etat doit cependant agir avec plus de discernement pour cela. Est-il en mesure de le faire ? Un nombre croissant de Français en doutent."
© Le Courrier international

up  

VU DE PRAGUE (Tchéquie)

Le racisme discret de la France

09/11/2005 - "La France a toujours été fière de sa politique d'intégration des immigrés et aimait la donner en exemple aux autres", rappelle Mlada Fronta Dnes. Or, depuis quelques jours, "il n'en reste que des carcasses de voitures brûlées, des ossements de magasins et des tas de cendres. D'un côté de la barricade (aujourd'hui réelle), la fameuse politique d'intégration des gouvernements successifs, de l'autre, la réalité : une discrimination raciale cachée à l'égard des immigrés d'Afrique et d'autres coins du monde. Mais, qui plus est, à l'égard de leurs descendants. Pour beaucoup d'entre eux, la carte d'identité nationale ne suffit pas pour garantir les mêmes chances devant le travail et le logement. Le cercle vicieux où l'individu sans travail s'appauvrit et devient frustré se met vite en place. Il est chassé vers les quartiers plus pauvres qui deviennent des ghettos. La situation provoque des tensions et mène aux extrémismes. De là il n'y a qu'un pas pour mettre le feu aux voitures", estime le journal tchèque.

"Pourtant, c'est depuis des années que la France se débat dans le marasme d'une crise sociale alors que tous, les hommes politiques et les citoyens, refusent les réformes nécessaires, leur immobilisme freinant les autres pays de l'UE. Ils refusent, même si leur modèle d'Etat social, impossible à financer, menace de conduire un jour le pays à la catastrophe. Ce jour-là, ce ne seront pas seulement les enfants d'immigrés qui mettront le feu aux voitures, mais tous."

"En plus, dans la crise actuelle, les hommes politiques français ont montré un bel exemple de conduite chaotique et ont failli totalement. Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et candidat présidentiel, a taxé les émeutiers de 'racaille' et essuie l'accusation de racisme. Le Premier ministre Dominique de Villepin (qui veut aussi être président) s'est tu pendant cinq jours pour laisser son concurrent mijoter dans son jus, tandis que le chef de l'Etat tardait d'une manière inadmissible à appeler au calme. Le résultat - la lumière des flammes - nous le voyons chaque nuit."

"Ce qui est malheureusement sûr, c'est que tout pays européen ou les Etats-Unis d'Amérique peuvent demain être confrontés à la même situation. Les problèmes qui, en France, ont surgi des coulisses et l'incapacité des politiciens d'y apporter une réponse devraient nous servir de leçon. Mais il n'en sera rien. Ni en France ni ailleurs."
© Le Courrier international

up  

VU DES ÉTATS-UNIS

Comme les pillages à La Nouvelle-Orléans

09/11/2005 - "Il y a à peine deux mois, les Français regardaient avec fascination les scènes d'anarchie et de pillage à La Nouvelle-Orléans au lendemain du passage de l'ouragan Katrina", note le New York Times. "Aujourd'hui, les images en provenance des banlieues de l'Hexagone viennent rappeler à la France qu'elle aussi possède une classe pauvre."

Pour autant, la situation des classes les plus démunies dans les deux pays n'est pas comparable, poursuit le quotidien américain. "Aux Etats-Unis, le fossé entre les Blancs et les minorités – notamment les Noirs américains – est le produit d'une histoire longue de plusieurs siècles ; en France, la situation est plus récente et les inégalités moins enracinées. Ce qui laisse d'ailleurs une chance à l'Hexagone de ne pas se retrouver avec des problèmes aussi profonds que ceux des Etats-Unis", conclut le journal.

Pour le quotidien USA Today, la comparaison avec les conséquences de l'ouragan Katrina est également de mise : "L'ouragan Katrina, le 11 septembre : les chocs nationaux revêtent bien souvent des apparences totalement différentes. En France, les émeutes qui, depuis le 27 octobre, embrasent les banlieues du pays constituent un choc national. Ce genre de choc révèle des problèmes jusqu'ici occultés. En France, il vient rappeler le fait que de nombreux musulmans issus de l'immigration se sentent totalement laissés pour compte." Plus critique, le quotidien poursuit : "Les Français ont été rapides à pointer les problèmes de pauvreté, d'inégalité et d'incompétence des pouvoirs publics américains au lendemain de l'ouragan Katrina, mais ils se retrouvent avec exactement les mêmes difficultés sur leur propre territoire."

Quant au Los Angeles Times, il met davantage l'accent sur l'échec du modèle d'intégration à la française. "Le problème n'est pas l'immigration en soi, mais l'intégration des immigrants", insiste le chroniqueur Niall Ferguson dans les colonnes du quotidien de la côte Ouest, rappelant que la France est le pays d'Europe où la proportion de ressortissants nés à l'étranger est la plus forte. "Mais ce sont les Américains et non pas les Européens qui se font le plus de soucis quant aux conséquences sociales de l'immigration. Et ils ont raison de s'en soucier : les Etats-Unis doivent absolument réussir à conserver leur efficace système d'intégration culturelle et économique des immigrants. Pourtant, aujourd'hui, ce n'est pas aux Etats-Unis que brûlent les feux de la désintégration, mais bien dans la France de Nicolas Sarkozy."
© Le Courrier international

up  

VU D'IRAN

Pays musulmans, boycottez la France !

09/11/2005 - "Paris à feu et à sang", écrit l'éditorialiste du Tehran Times. Pour ce journal très proche du régime islamique, cette situation prouve que "le gouvernement français maltraite ses citoyens noirs". "Les Français d'origine africaine subissent des discriminations depuis des années. Une simple comparaison entre le niveau de vie des Français blancs et noirs montre que les Français blancs sont racistes et considèrent leurs concitoyens noirs comme des esclaves", soutient l'éditorialiste Hassan Hanizadeh, connu pour ses prises de position extrêmes. "La France se veut un modèle de démocratie dans le monde, mais, dans le même temps, elle tolère la discrimination envers sa population noire", critique-t-il. L'éditorialiste, toujours très fidèle au régime, en profite pour dénoncer "le gouvernement néocolonialiste de Jacques Chirac ainsi que les Etats-Unis et les autres pays occidentaux, qui utilisent les mêmes méthodes de discrimination à l'encontre des pays du tiers-monde".

Pour le Tehran Times, "comme la plupart de ces pauvres Français noirs sont musulmans", il est du devoir de "la république islamique d'Iran et des autres pays musulmans d'observer leurs devoirs religieux et humanitaires pour former une commission d'enquête sur les conditions de vie de ces musulmans. Si le gouvernement français rejette la proposition des pays musulmans, elle devra être boycottée par tous les Etats musulmans jusqu'à ce qu'elle change son comportement envers les musulmans français." Et l'éditorialiste de conclure que "la France est dans une situation si critique que l'extension de ces démonstrations de violence pourrait même mener à l'effondrement de la France et à sa division entre le zones musulmane et chrétienne".

Dans l'autre journal anglophone de la capitale, Iran Daily, l'éditorialiste se veut plus modéré. "Les émeutes en France ne sont pas plus qu'une agitation passagère. Il est peu probable que ces violences fassent tomber le gouvernement", estime-t-il. "Cependant, ce qui peut être une grande source d'inquiétude pour Paris et d'autres Etats européens est la prolongation des troubles. Si les émeutes ne sont pas maîtrisées d'ici quelques jours, elles seront la preuve de l'inefficacité du gouvernement." Mais Iran Daily salue le caractère démocratique de la situation. En effet, "les démocraties florissantes ont si bien informé leurs citoyens de leurs droits que même les immigrés peuvent maintenant les réclamer. Bien que ces troubles risquent d'avoir des conséquences socio-économiques déplorables, ils n'entameront pas le système démocratique."
© Le Courrier international

up  

VU DU JAPON

Echec de l'intégration et fracture sociale

09/11/2005 - "On parle de la dégradation de la situation dans les banlieues françaises depuis les années 1970, quand les immigrés se sont installés dans les cités HLM", rappelle le quotidien Asahi Shimbun. Il souligne également que le taux de chômage est particulièrement élevé dans ces populations, notamment lorsqu'elles sont d'origine algérienne ou marocaine et victimes de discrimination raciale ou religieuse en matière d'embauche.

"La pauvreté engendre la pauvreté et fait des banlieues des zones où se concentrent les Français d'origine étrangère les plus démunis, ceux que le reste de la société n'aime pas", poursuit le journal japonais. "Parallèlement, la multiplication des actes criminels a éloigné les classes moyennes de ces lieux."

"La difficulté de cohabiter avec les populations immigrées est un problème que partagent, à des degrés divers, de nombreux pays d'Europe", estime le journal tokyoïte, en expliquant aussi qu'à la différence de certains pays européens, comme la Grande-Bretagne, qui pratique le communautarisme, la France mène une politique d'intégration qui refuse la formation de communautés ethniques ou religieuses au sein de la société. Tout en observant que la politique de Londres a abouti aux attentats islamistes de juillet dernier, le quotidien estime que "c'est ce principe républicain qui a engendré l'isolement profond des populations immigrées. Les jeunes de ces quartiers éprouvent un sentiment de désespoir et ont l'impression d'être abandonnés par l'Etat."

En abordant l'aspect politique de la crise de banlieues, l'Asahi Shimbun rapporte également que les critiques adressées à Nicolas Sarkozy n'entament pas pour le moment sa popularité, qui demeure très élevée. Mais "l'extrême droite, qui était plutôt calme des derniers temps, s'apprête à relancer une campagne contre les immigrés. La France n'a pour l'instant pas trouvé la solution pour remédier à sa fracture sociale", conclut le journal.
© Le Courrier international

up  

Les titres de l'actualité du 4 Novembre, 2005

'DES GRADÉS ME LANCENT : 'RACAILLE, TU FAIS HONTE À LA FRANCE''

Par Laetitia Van Eeckhout

27/10/2005 - Le caporal-chef hocine, – qui a requis l'anonymat et dont le prénom a été changé –, 29 ans, parle de son engagement dans l'armée comme d'une "vocation" . Déjà tout jeune, il en rêvait en jouant avec ses camarades. Son père, qui était lui-même militaire, n'est pas étranger à la fascination qu'il a toujours eue pour l'armée. A l'adolescence, ces rêves d'enfant seront un temps balayés par l'envie de faire des études d'histoire. Mais après un échec au bac et une tentative de formation pour devenir moniteur de sport, l'idée de s'engager refait surface à 21 ans. D'autant que, issu d'une famille modeste, il lui faut alors se prendre en charge et gagner sa vie.

Aussi, explique-t-il, "m'engager dans l'armée, c'était un moyen de m'affirmer dans la société et vis-à-vis de ma famille. Militaire, c'est un métier noble !" Aujourd'hui, il en est toujours aussi convaincu. Il parle avec fierté de ses missions "pour rétablir la paix, participer à des actions humanitaires". Et, avec émotion, des levées de couleurs, des défilés.

De sa première affectation, Hocine ne garde pourtant pas un bon souvenir. Il entre en 1997 dans la gendarmerie sur les conseils de son père, qui lui assure que ce corps de l'armée offre des carrières intéressantes. Mais très vite c'est la déception. Hocine ne comprend pas que des militaires, de surcroît des gendarmes, puissent "tirer au flanc" , ne pas avoir "l'énergie de faire appliquer les lois équitablement" et ne pas "assumer leur rôle dans la société" . Ne partageant pas avec les collègues de son unité le sens qu'il donne à son engagement, il demande, dès le sixième mois, à être muté dans l'infanterie.

Mutation qu'il obtient quelques mois plus tard. On lui propose alors d'intégrer un régiment de tirailleurs. C'est avec enthousiasme qu'il accepte cette nouvelle affectation, où, se dit-il, il va "pouvoir vivre l'aventure, –s'– affirmer" et "marcher sur les traces de son père" . Le hasard fait d'ailleurs qu'il est affecté dans une ancienne caserne paternelle.

ANIMOSITÉ AMBIANTE

L'Arabie saoudite, le Kosovo, la Côte d'Ivoire... Ses plus belles missions, c'est avec ce régiment qu'Hocine les a faites. Mais, au jour le jour, sa vie n'est pas celle d'un militaire comme les autres. Il a beau ne jamais mettre en évidence ses origines, il n'échappe pas, au quotidien, aux petites réflexions, à l'"animosité" de ses camarades et de sa hiérarchie.

"Des gradés vous cherchent des poux dans la tête, vous lancent des préjugés, des remarques du genre "Racaille, tu fais honte à la France" ou "Tiens-toi bien, tu n'es pas dans ta cité", raconte-t-il. La banlieue, le vol, la drogue, l'islam..., ils amalgament tout."

Hocine raconte comment le racisme l'a empêché d'évoluer normalement, certains de ses supérieurs mettant, à son encontre "la barre plus haut que les autres" . Non-pratiquant mais respectant certaines traditions religieuses, il ne comprend pas que les militaires musulmans ne soient pas traités de la même façon que les autres. "Lorsque l'on demande si l'on peut avoir des rations de combat sans porc, on nous répond : "Si t'es pas content, tu changes de religion."" A ceux qui, pendant le ramadan, lui lancent : "Si tu tombes dans les pommes, tu prends du trou" , il se fait fort de ne montrer aucun instant de faiblesse.

"J'ai toujours réussi à prendre sur moi et montrer, sur la longueur, ce que je valais", assure-t-il. Il avoue néanmoins : "Dans ces moments-là, on se demande si ses parents ont fait le bon choix – en venant en France –. Même si on est français, on ne sera jamais intégré comme Français." L'amertume d'Hocine est d'autant plus forte qu'il pensait que l'armée serait "une bulle où l'on ne ressentirait pas toutes les différences du civil". "Ce qui fait le plus mal, dit-il, c'est lorsqu'on cherche à vous faire sentir une différence, alors qu'elle n'existe pas."

Cela fait maintenant huit ans qu'Hocine est engagé. Aujourd'hui, il a rejoint un régiment de transport. En dépit de ses souffrances, son attachement pour l'armée reste intact.
© Le Monde

up  

VIRÉ DE L'HYPER APRÈS S'ÊTRE RÉVOLTÉ (France)

Au Carrefour de Stains, l'employé Fawzi dénonçait le «lynchage public» de deux collègues.
par Didier ARNAUD


27/10/2005 - Pour avoir résisté, Fawzi a été licencié. Il a reçu sa lettre il y a dix jours. La direction de Carrefour n'a pas accepté que ce vendeur au rayon hi-fi de l'hypermarché de Stains (Seine-Saint-Denis) dénonce ses méthodes.

Le procédé est gratiné. Le directeur a fait réaliser par le service décoration de l'hyper des affiches de deux employés souriants, Fathia et Abdel. Grandes (1 mètre sur 1 mètre), fabriquées avec des photos d'identité prises sur les CV. Elles étaient ainsi légendées : «vol de portables» (3 000 euros) pour lui, «vol et consommation de produits sur place devant les clients» pour elle. Posées au-dessus de la tête des gens, comme un avis de recherche, devant l'entrée du personnel et des fournisseurs.

Avant d'être employé de Carrefour, Fawzi est «militant». Il appartient aussi à un parti qu'il qualifie d'«humaniste» (Parti radical de gauche). Il a milité à Amnesty International, SOS Racisme, dit en avoir gardé une «certaine intégrité». Il est conseiller municipal à Clichy (Hauts-de-Seine). Cet affichage l'a fait sortir de ses gonds. Il ne pouvait passer devant ses collègues sans détourner les yeux. Il trouve anormal que la direction réponde «à un délit par un autre délit». Il parle de «lynchage public».

Pour ces employés, l'opprobre s'est ajouté à la peine : Abdel avait déjà payé pour sa faute, il avait reçu sa lettre de licenciement ; Fathia, pas encore.

Fawzi va voir les syndicats, prévient le Parisien. Finalement, les photos sont recouvertes et remplacées par un panneau où il est écrit, entre autres : «Le crime ne paie pas.»

Le 14 octobre, Fawzi a lui aussi reçu sa lettre. Licencié, il pourra néanmoins toucher ses indemnités. La responsable du service de presse de Carrefour France explique : «Son licenciement n'a pas de rapport avec cette affaire. Si Carrefour l'a fait, c'est qu'il y avait une bonne raison. Il a détourné la vente d'un collègue pour augmenter le volume de ses ventes et toucher une prime plus importante.» Elle ajoute que l'hyper n'a «aucun commentaire à faire» sur la méthode utilisée par le directeur de Stains. Elle raconte la «recrudescence de vols» dans le magasin, les trois plaintes déposées auprès du procureur de Bobigny. Fawzi s'étonne. Il explique que Carrefour affichait récemment sa satisfaction sur la diminution des vols. Le parquet de Bobigny n'a pour l'heure pas eu connaissance des plaintes.

Le directeur de Carrefour Stains, Patrice Girard, concepteur des affiches, joint à deux reprises par Libération, se refuse à tout commentaire. Sans doute pensait-il que ces portraits passeraient comme une lettre à la poste. «Fawzi m'a secoué», explique un syndicaliste, ajoutant : «C'est lui qui a été le plus choqué par le procédé.» Etait-il isolé dans son indignation ? «Une bonne partie des employés, d'origine étrangère, est en situation précaire», explique ce même syndicaliste. Ils n'osent pas se manifester. «Ce qui m'a fait le plus mal, dit Fathia, c'est que je n'ai trouvé personne pour me représenter lors de l'entretien préalable au licenciement. Je pense que tout le monde a peur.» Pour le syndicaliste, la politique d'affichage tous azimuts n'est pas une première dans le magasin. Il y a quelques mois, déjà, c'était la photo du meilleur travailleur. «Demain, on pourrait aussi bien mettre celle de celui qui arrive en retard», sourit-il.

Pendant une réunion, la semaine dernière, le conseil municipal de Clichy a soutenu son collègue. Une quinzaine de collègues de Carrefour ont débrayé pendant l'entretien qu'il a eu avec la direction. Des élus PS, Verts et PC de Seine-Saint-Denis, dont Marie-George Buffet et Jack Ralite, lui ont manifesté leur appui. Fawzi a trois enfants. Il a reçu sa lettre de licenciement le jour de l'anniversaire de sa fille de 9 ans. Il s'est caché pour ne pas pleurer. Il dit : «Tu peux tout perdre, mais pas ton honneur.» Dans ce combat-là, il a tout à perdre. «Un employeur ne prendra pas le risque d'embaucher un perturbateur.» Fawzi a pris un avocat. Fathia aussi. Ils devraient aller aux prud'hommes.
© Libération

up  

POURQUOI LES MORTS NOIRS LAISSENT-ILS INDIFFÉRENTS ? (France)

La mort d’un enfant noir n’a pas la même valeur que celle d’un enfant blanc dans notre société. Pour Marco Diani (sociologue Cnrs) et Patrick Lozes (président de Capdiv) la population noire est victime d’une stigmatisation particulière.

26/10/2005 - Plus de 50 personnes dont de nombreux enfants ont trouvé la mort lors des incendies qui ont ravagé depuis le début de l’année des immeubles insalubres parisiens. La plupart de ces victimes étaient des enfants, et il s’agit-là des plus importantes catastrophes à Paris, depuis plusieurs années. Ce drame n’a pas suscité l’indignation populaire, ni non plus la mobilisation des élites.

Des centaines de migrants « clandestins » errent dans le désert ou se noient à la mer, une grande partie ne survivra pas à l’épreuve. Des centaines de milliers de personnes risquent de mourir de faim en Afrique. Toutes ces personnes ont une seule caractéristique commune : leur peau est noire.

La souffrance bien réelle des populations noires est certes relayée par les pages de l’actualité immédiate des journaux papier et télévisés de temps à autre, puis plus rien. Jusqu’à quand demeurerons-nous indifférents et aveugles à l’évidence ? Toutes les personnes décédées à Paris le sont parce qu’elles ne trouvaient pas à se loger décemment ailleurs. Et elles ne trouvent pas à se loger décemment ailleurs parce que Noir(e)s. Terrible équation.

Ces drames révèlent crûment la discrimination raciale quotidienne et invisible qui sévit encore en France et dont il est politiquement incorrect de se saisir d’une manière ou d’une autre. Comment se fait-il que des hommes et des femmes puissent encore aujourd’hui se voir refuser d’être logés décemment parce qu’ils sont différents ?

Quoi de plus abject que le racisme sous toutes ses formes ? Et pourtant, notre pays tolère depuis des années cette abjection ! Depuis des années, les Noirs disent leur mal-vivre et leur mal-être dans la société française sans que cela soit l’objet d’une attention soutenue ou d’une inclusion dans le débat public français.

Cette surexposition de la question noire montre au grand jour la nécessité de la recherche de solutions véritablement durables et acceptables. Evoquant les esclaves américains, Alexis de Tocqueville écrivait en 1835 : « Il y a un préjugé naturel qui porte l’homme à mépriser celui qui a été son inférieur, longtemps encore après qu’il est devenu son égal. A l’inégalité réelle que produit la fortune ou la loi, succède toujours une inégalité imaginaire qui a sa racine dans les mœurs. » Ces mots décrivent encore parfaitement la situation des Noirs en France qui demeurent, dans l’imaginaire collectif, un groupe globalement considéré comme inférieur.

La réalité de l’injustice - de plus en plus insupportable pour une part croissante de la population - explique partiellement les tensions croissantes de ces derniers mois.

Pour les populations noires, la France semble combattre les discriminations comme une corvée, sans vraiment d’empathie pour tous ceux qui souffrent et qui n’ont pas choisi le nom ou la « race », en raison desquels ils sont l’objet de traitements indignes. Ces populations ont le sentiment que la France ne les considère pas vraiment comme ses enfants.

Tout cela doit avoir une cause enfouie dans les profondeurs de la société. Une cause sur laquelle la réflexion est insuffisante et qui plonge ses racines dans l’histoire commune de la France et des populations noires, dans cette « inégalité dans les mœurs » décrite par Tocqueville. Etonnante particularité française : pays étrange et unique au monde, aux frontières duquel le nuage de Tchernobyl s’arrête et dans lequel on ne trouve ni médecin de renom, ni ténor du barreau, ni ministre de plein exercice, ni chef des armées ou encore ni chercheur noir qui puisse être cité en exemple.

Est-il pensable qu’il n’y ait encore pas un seul journaliste noir important à la radio ou à la télévision, à l’heure où Sir Trevor Mac Donald, à Londres, est à l’antenne tous les soirs depuis des années ? Pour ne pas évoquer les télévisions publiques et privées en Italie, Espagne ou aux Pays-Bas... Pour les Noirs, les seuls modèles et référents positifs appartiennent à des catégories socioprofessionnelles extrêmement typées. C’est pour cela que la « sur représentation » des Noirs dans le monde du sport et de la musique est un exemple caractéristique car elle agit, paradoxalement, comme un moyen d’exclusion des véritables milieux d’influence et de décision.

En France, les Noirs aux « grands noms » illustrent tous une manière de réussir qui se passe du système éducatif, de la construction républicaine des élites et de ses filières d’excellence. Ainsi, pour un jeune Noir, l’idée de compter sur un talent « naturel » est plus immédiate que celle d’inscrire l’histoire de son mérite et de son développement au sein d’une organisation, d’une institution ou d’un système national. Désespérant de voir que cela se passe encore en 2005...

A cela, rien d’étonnant. A-t-il été suffisamment expliqué aux opinions publiques contemporaines que le concept de race - et, subséquemment, la hiérarchie qui lui a été associée - a été inventé pour faire accepter aux opinions publiques d’antan les horreurs commises hors de France ? A-t-il été suffisamment expliqué aux jeunes générations que ces funestes concepts ont marqué durablement les esprits, et les marquent encore ?

C’est pour cela qu’aujourd’hui encore tant et tant refusent, au fond d’eux-mêmes - parfois par réflexe - un logement ou un emploi à un « Noir ». C'est donc un véritable préjugé collectif national qu’il s’agit de modifier en profondeur. Mais il y a lieu de le faire ouvertement et dans l’échange, de manière à pouvoir vraiment et durablement œuvrer au changement, car la question des Noirs en France interroge les fondements de la République et sa philosophie fondamentale de la vie en société. Elle interroge l’éthique civique aussi bien que les politiques publiques de lutte contre toutes les discriminations et pour l’égalité en France. Le racisme contre les Noirs explique tous les autres racismes, mais ce particularisme n’est pas assez pris en compte dans les politiques publiques de lutte pour l’égalité ou contre les discriminations.

La France combat depuis toujours les discriminations de façon généraliste alors que, manifestement, cette voie montre ses limites car elle ne prend pas suffisamment en compte la diversité de ces discriminations. Certes, concernant l’accès au logement, la discrimination à l’embauche, les rapports avec les services publics (justice, police, etc.), les populations noires sont confrontées aux mêmes difficultés que d’autres, notamment issues de l’immigration. Cependant, elles sont aussi victimes d’une stigmatisation particulière, liée à l’histoire, particulière elle aussi, de l’esclavage et du colonialisme.

Pourquoi évoquer aujourd’hui la « question noire » ?, disent les uns, « il n’y a pas de Noirs pour la République » enchaînent les autres... C’est en effet le nœud de la question, parce que « le Noir » dans l’inconscient collectif évoque malgré tout quelque chose. Quelque chose de tenace pour chacun d’entre nous.

Tant et si bien que la « déracialisation » de la société française, qu’il est souhaitable d’appeler de ses vœux, semble devoir passer aujourd’hui par la formulation ethno-raciale de la question des discriminations. Quand la société voit comme Noir, désigne comme Noir et discrimine parce que Noir, il devient légitime de saisir ce caractère pour lutter contre les discriminations et promouvoir la diversité ! Il n’est nullement besoin de savoir ce que c’est qu’être Noir, c’est-à-dire où cela finirait et où cela commencerait.

En d’autres termes, ce grave problème de la discrimination envers les Noirs, demeurera spécifique tant que la société la rendra spécifique ! Oui, Noirs, et pas Antillais, Ultra marins ou Africains, car la question de la place et de la situation des populations noires en France est une question française avant toute autre.

Il s’agit certes de lutter contre toutes les discriminations, mais pas de diluer la « question noire » dans un trop grand ensemble, car cette question apparaît spécifique. La formulation ethno-raciale n’a, évidemment, pas de pertinence en termes biologiques, mais elle conserve toute sa justesse comme caractère de discrimination. C’est d’ailleurs ce caractère partagé qui fonde l’expérience discriminatoire commune dont les Noirs sont l’objet, tant leur origine géographique, réelle ou supposée, ne semble pas être un point d’appui pour ceux qui les discriminent.

Cette question - fondamentale - transcende les frontières partisanes et les appartenances politiques ou philosophiques. C’est avec l’ensemble des citoyens qu’il faudra agir pour y apporter une réponse : la place et la situation des populations noires en France est en effet un « nœud » central de la cohésion nationale. Le dénouer doit permettre d’agréger, pour éviter qu’il ne finisse par désagréger.

Dans les années 1960, aux Etats-Unis, c’est le constat de l’inégalité entre les communautés ethniques, entre les Noirs et les Blancs, qui amena les « liberals » (la gauche aux Etats-Unis) à élaborer la doctrine de l’affirmative action : quarante ans plus tard, il serait tout à fait absurde de penser que cette politique est parfaite et sans tâche, mais elle a permis des avancées considérables, et impossibles autrement. La connaissance de l’histoire permet aussi de rappeler au gouvernement américain qu’il serait aussi criminel de s’en contenter, car une société dans laquelle l’affaire Rodney King coexiste avec des prisons remplies de Noirs, reste encore une société malade de ses tensions raciales.

Il y a donc lieu aujourd’hui, de penser un modèle qui, sans être le modèle américain largement fantasmé, serait en rupture avec l’actuel modèle français, injuste, inefficace et profondément inégalitaire.

En conclusion, il faudra enfin que les pouvoirs publics en France admettent qu’il s’agit de favoriser l’émergence d’un nouveau modèle d’intégration qui tiendrait compte à la fois de l’universalisme français et de la présence d’une population constituée de toute la variété des nuances mélaniques. La question de la place et de la situation des populations noires est l’affaire de tous, car elle est universelle.

Tocqueville, toujours : « La couleur de la peau, la pauvreté ou l’aisance, l’ignorance ou les lumières, ont déjà établi (...) des classifications indestructibles : des préjugés nationaux, des préjugés d’éducation et de naissance (qui) divisent et isolent ». Lutter contre la discrimination raciale qui touche les Noirs en premier c’est agir contre toutes les discriminations et promouvoir la diversité, pour tous.

Marco Diani, chercheur au CNRS, au laboratoire « Information, communication et enjeux scientifiques ». Sociologue de la politique, il est rédacteur en chef de la revue Hermès (www.lcp.cnrs.fr).
Patrick Lozes, est président du Cercle d’action pour la promotion de la diversité en France (Capdiv). Capdiv entend remédier au déficit de la réflexion publique sur la question de la diversité et promouvoir la diversité en France (www.capdiv.org).
© Observatoire des inégalités

up  

DISCRIMINATION RACIALE À LA VENTE: PEINE AGGRAVÉE EN APPEL (France)

27/10/2005 - La cour d'appel de Grenoble a aggravé jeudi la peine d'une femme qui avait refusé de vendre son terrain à un couple dont le mari était d'origine maghrébine, en la condamnant à six mois de prison avec sursis et 6.000 euros d'amende.
La cour a été au-delà des réquisitions de l'avocat général, qui lors de l'audience le 22 septembre, avait requis une atténuation de la peine prononcée en première instance.

Dans son arrêt, la cour a également condamné Sylviane Sarret à verser 12.000 euros de dommages et intérêts au couple d'acheteurs et 1.050 euros à chacune des deux associations qui s'étaient portées parties civiles, le MRAP et SOS Racisme.
Le tribunal correctionnel de Grenoble avait condamné en première instance en septembre 2004 Sylviane Sarret à quatre mois de prison avec sursis et à 2.500 euros d'amende.

La justice reprochait à Sylviane Sarret d'avoir, en juillet 2003, refusé de signer un compromis de vente, dans une agence immobilière, pour un terrain à bâtir d'une valeur de 13.000 euros. "Mais c'est un arabe" avait-elle lancé à l'agent immobilier de Voiron (Isère) à l'énoncé du prénom de l'acheteur avant de refuser la signature du compromis.
© Le Nouvel Observateur

up  

LA BONNE MÉTHODE CONTRE LES DISCRIMINATIONS (France)

A l’heure où les entreprises se veulent « diverses » et « équitables », les salariés ont de nouveaux outils pour se défendre. Notamment la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité. Par Jacqueline de Linares.

27/10/2005 - L’air de rien, avec une méthode d’une simplicité biblique, Jean-François Amadieu, professeur à Paris, contribue à un changement fondamental dans le monde du travail. Envoyant aux entreprises plusieurs CV rigoureusement identiques pour les compétences, mais dont un élément est changé à chaque fois – nom, adresse, physique, sexe, âge, signalement d’un handicap –, il met en évidence les injustices : ainsi, une femme reçoit moins de propositions d’entretiens qu’un homme, mais plus qu’un candidat âgé ou avec un nom étranger, qui lui-même reçoit davantage de convocations qu’un handicapé... Ces discriminations, tout le monde bien sûr peut en être victime, mais chacun peut aussi les produire en tant que salariés, managers ou DRH. Mais aujourd’hui les outils associatifs ou juridiques mis à la disposition des particuliers ne manquent pas pour se défendre, avec, notamment, la toute nouvelle Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), mise en place en 2005.

1. Savoir ce qui relève de la discrimination

Pas si facile d’être sûr que l’on a été « discriminé ». On peut être victime d’une grande injustice qui n’est pas nécessairement une discrimination au sens légal du terme. On peut aussi se tromper sur les causes des difficultés rencontrées. Cette directrice d’une association d’aide aux diplômés RMistes remarque : « Parmi nos demandeurs d’emploi, nous avons beaucoup de jeunes d’origine étrangère. Mal informés, leurs parents n’ayant pas fait d’études, certains pensent que le seul fait d’avoir un diplôme de fac leur donne automatiquement accès au statut de cadres. Ils pensent être victimes de discriminations, ignorant qu’un Deug d’histoire ou une licence en droit sont insuffisants pour trouver un job de cadre. » Si Florence Buscail – une salariée d’IBM à Montpellier qui a bénéficié du soutien de la CFDT – a, en avril 2005, gagné 110 000 euros devant les prud’hommes (l’affaire viendra en appel le 7 novembre) pour discrimination sexiste, c’est que l’affaire était apparemment sans ambiguïtés : 16 hommes et 5 femmes recrutés en même temps faisaient le même travail. Les hommes étaient passés cadres, pas les femmes.

2. Recourir aux conseils d’un « spécialiste »

Avant de déclencher des actions juridiques coûteuses, trouver des conseils auprès de syndicats ou d’associations. En principe, ces organisations sont de plus en plus sensibilisées à ces questions-là. Penser aussi aux associations, collectifs de chômeurs, SOS Racisme, Aides (pour les personnes atteintes du sida ou séropositives), l’Association des paralysés de France, les associations homosexuelles, etc.

3. Se faire appuyer par la Haute Autorité

La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), créée par la loi du 30 décembre 2004, composée de onze membres et présidée par Louis Schweitzer, l’ancien patron de Renault, devrait faciliter les recours et les actions. La Halde fournit des informations par téléphone (08-1000-5000). Et il est facile de la saisir : il suffit d’envoyer un courrier (11, rue Saint-Georges, 75009 Paris).
Il faut savoir qu’elle n’a pas pouvoir de sanction, mais d’enquêtes et de médiation. Elle dispose de moyens d’investigation auprès des administrations et de personnes privées. Elle peut également saisir le parquet et le juge des référés. Si la personne qui s’estime discriminée souhaite se lancer dans une action juridique, la Halde l’aide à constituer son dossier, mais elle propose d’abord une médiation. La confidentialité est assurée. « Parfois, le simple rappel de la loi par la haute autorité se révèle efficace », note-t-on à la Halde. Mi-octobre, la Halde avait reçu environ 700 courriers, dont beaucoup de plaintes de personnes s’estimant discriminées en raison de leur origine étrangère.

4. Choisir avec précision sa juridiction

C’est l’arme extrême. L’arsenal juridique contre les discriminations est important : Code pénal (article 225-1, et 2), Code du travail (L 122-45). Et les sanctions peuvent être lourdes (trois ans d’emprisonnement, 45 000 euros). Mais les conséquences ne sont pas les mêmes selon que l’on s’adresse au civil (prud’hommes, tribunal de grande instance) ou au pénal (tribunal correctionnel). Le civil, c’est lorsque le plaignant veut obtenir des dommages et intérêts. Le pénal, c’est plutôt lorsque la victime veut faire punir l’employeur ou le recruteur (amendes, peines de prison avec sursis).

Ainsi, l’association SOS Racisme intente régulièrement des poursuites (voir sur www.sos-racisme.org), parfois parallèlement à la victime, par exemple contre l’entreprise du Moulin Rouge qui refusait d’employer un Noir comme serveur en salle. De même, sept chômeurs (www.actuchomage.com) ont saisi la Halde et le tribunal de grande instance de Paris, se plaignant de discrimination à l’embauche de la part de quelque 70 entreprises, sites et cabinets de recrutement, qui indiquaient des critères d’âge dans leurs offres d’emploi. « Il s’agit de créer une prise de conscience » , dit l’un des sept plaignants, Gérard Plumier, demandeur d’emploi de 53 ans, ancien chef d’entreprise, ancien directeur de centre de formation, et auteur du livre Chômage senior : abécédaire de l’indifférence, publié aux éditions L’Harmattan.

5. Profiter de la discrimination positive

Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à afficher leurs bonnes intentions en matière d’égalité de traitement et de recrutement. Nombreux sont les employeurs qui, derrière Claude Bébéar, l’ancien patron d’Axa, signent une charte de la « diversité » sous l’égide de l’Institut Montaigne (www.institutmontaigne.org). Prenez-les au mot.
Si vous êtes une femme, intéressez-vous aux entreprises qui ont décroché le tout nouveau label « égalité hommes-femmes » – il s’agit souvent de grandes entreprises (PSA Peugeot Citroën, EADS France, Eau de Paris, etc.).
Repérez aussi les sociétés qui recourent à des modes de recrutement empêchant les discriminations, comme la méthode dite des « habiletés », à base de tests (proposée par l’ANPE et utilisée ponctuellement par des groupes comme PSA, Accor, etc.) ou celle du CV anonyme qu’Axa expérimente).
© Le Nouvel Observateur

up  

'UNE LARGE MAJORITÉ SE DESSINE EN FAVEUR DE LA DISCRIMINATION POSITIVE' (France)

Une large étude sur l’accès à l’emploi des minorités visibles vient d’être lancé sur le web. Deux acteurs privés sont à l’initiative de cette enquête. Le Centre de ressources et d’intégration pour les jeunes diplômés issus de l’immigration (AFIP) et l’agence de communication SOPI se sont associés pour connaître ce que veulent les personnes issues des minorités visibles pour parvenir à l’égalité professionnelle effective. SaphirNet.info s’est entretenu avec Jean-Christophe Despres, Pdg de Sopi. Propos recueillis par Mohammed Colin

28/10/2005 - SaphirNet.info : Vous avez initié avec l’AFIP une enquête sur ce que veulent les minorités visibles pour parvenir à l’égalité professionnelle. Nous souhaiterions tout d’abord savoir ce qui motive une agence de communication telle que la votre à mener cette étude ?

Jean-Christophe Despres : En étudiant l’influence de l’origine des individus sur leurs comportements de consommation (alimentation halal, cosmétique pour peaux noires…), nous avons constaté 2 réalités fortes :

- une large majorité des personnes interrogées n’était pas embarrassée à l’idée de parler de sa culture d’origine

- au-delà de nos interrogations sur la consommation, notre travail nous a conduit à questionner la place des français issus des anciennes colonies dans une dimension plus large.

L’association AFIP au sein de laquelle je parraine des jeunes diplômés en recherche d’emploi noirs ou arabes (en tout cas, c’est à ce titre qu’ils ne trouvent pas de poste car leurs profils sont le plus souvent remarquables) m’a fait prendre conscience que les entreprises ne pouvaient engager une véritable politique de diversité sans outils de mesure. Nous avons donc mis en commun nos expériences pour apporter aux entreprises des pistes d’action reconnues par les principaux intéressés, c'est-à-dire ceux qui ont principalement victimes de discrimination.

Quelles sont les premières conclusions que vous avez pu tirer ?

Nous en sommes en fait au milieu de cette enquête et attendons encore beaucoup de réponse sur www.france-diversite.com mais je peux d’ores et déjà dire qu’une large majorité se dessine en faveur de la discrimination positive avec de sensibles différences sur le contenu à donner à cette notion (cv anonyme, quotas…). Nous pouvons ainsi constater que si l’idée d’une opinion publique noire ou arabe relève du fantasme, la majorité des personnes interrogées réclame des actions rapides et concrètes.

Ne pouvons nous pas rapprocher les difficultés d’accéder à un emploi à celle de trouver un logement ? En effet, au-delà de la crise de logement, beaucoup de bailleurs sociaux au nom de la sacro sainte « mixité sociale » évitent de loger les gens d’origine sub-saharienne y compris dans les quartiers populaires. Et cela relève de la mission impossible pour accéder à un logement au cœur des centres urbains, y compris lorsque la personne de couleur a des revenus très élevés.

N’y a-t-il pas là un racisme larvé qui irrigue les rouages de nos institutions, et les mentalités de ceux qui participent à la décision ?

Racisme larvé est le mot car les représentations méprisantes de beaucoup de décideurs à l’égard de l’ancien empire français sont pour une large part inconscientes. Ils vous jurent la main sur le cœur, et on peut les croire d’une certaine manière, qu’ils ne sont pas racistes. Tout le monde c’est que le racisme, c’est mal…pour autant, face à la persistance des discriminations, beaucoup préfèrent jouer la politique de l’autruche et mettre cette réalité sur le compte des pesanteurs de la société voire de la fatalité. Soyons lucides, une grande majorité des décideurs ne bougera pas d’elle-même mais par et avec la pression de la société.

La discrimination à l’embauche est difficile à déceler. Le CV anonyme n’aurait il pas été une bonne solution pour multiplier les chances de décrocher un entretien à une offre d’emploi ?

Je n’aime pas beaucoup cette idée à titre personnel. D’abord parce que le nom de quelqu’un n’est pas une maladie honteuse ensuite parce que, le jour de l’entretien, le recruteur raciste qui aura recalé le cv de Karim ou Bouba, ne va pas se métamorphoser par miracle tant il faut que les préjugés négatifs soient ancrés en lui pour mettre un cv au panier sur la simple mention du nom du candidat. Cela dit, les personnes que nous avons interrogées semblent souhaiter la mise en place de cette mesure ; mon métier est de traduire ce qu’ils pensent pas de décider à leur place…

On constate que là où il y a le plus de relations interpersonnelles, notamment dans les PME/PMI il est plus difficile pour un candidat dit « d’origine maghrébine ou africaine » de trouver un emploi. Or, Les PME/PMI constituent un vivier d’emploi. Que faut il faire pour agir sur les mentalités ?

L’enseignement à l’école – il est à cet égard plutôt rassurant de voir la levée de boucliers d’un grand nombre de professeurs contre la loi du 23 février 2005 dont je ne sais s’il faut en rire ou en pleurer tellement elle révèle un abîme de stupidité – est la base de cette construction d’une identité sociale plurielle. Les médias doivent aussi jouer un rôle dans ce processus de déconstruction des stéréotypes, ce qu’ils commencent à faire de manière très contrastée. Soyons lucides, cette évolution de mentalités prendra au mieux 2 générations. A court terme, il faut donc constituer des réseaux, communautaires si nécessaire, car personne ne peut avancer sans solidarité.

Elle est encore loin la France multiculturelle ?

Elle est dans la rue dans nos écoles, en tout cas dans les grandes villes et à leur périphérie. Quant à l’assemblée nationale, aux grandes entreprises, aux médias, ça ne viendra pas tout seul. La liberté et la justice ne se sont jamais données à quiconque, il faut les conquérir.
© Saphirnet

up  

LE MALAISE DES DESCENDANTS D’ESCLAVES (France)

Par Philippe Tesseron

31/10/2005 - VENDREDI dernier, la Rédaction de Télé Réunion a organisé en avant-première une projection pour la presse de "Noires mémoires", le documentaire de Luc Laventure consacré au malaise noir dans notre société post-coloniale.
Il est indéniable que RFO, depuis sa fusion dans le groupe France Télévision, tente de faire des efforts pour nous sensibiliser sur le passé colonial de la France et parfois même sur l’histoire toute proche qui lie l’Outre-mer à la Métropole.
Dernièrement, ce fut le cas douloureux des enfants de La Creuse que la chaîne du Barachois avait décidé d’aborder, et il faut bien le reconnaître, avec un reportage sans concessions.

Je dois vous dire qu’après la projection de "Noires mémoires", je suis sorti de la salle avec un avis beaucoup moins enthousiaste, et le jugement que j’aurai de cette production serait plutôt circonspect. Non pas que le sujet fut abordé de manière tronquée, mais il y a tout de même loin de la coupe aux lèvres. Ce reportage a été remis à l’ensemble des Rédactions de RFO après diffusion sur la chaîne satellitaire France O. Toutes les Rédactions ont décidé de le diffuser le 25 octobre, sauf Télé Réunion qui a choisi de le programmer le 1er novembre. Il y a eu quelques protestations ici ou là, notamment sur les ondes radiophoniques, pour dénoncer le fait que la station du Barachois nous privait de ce reportage alors qu’en réalité, il n’en était rien.

Mais je dois dire que si ce reportage est une parfaite réussite en matière de recherche d’identité caribéenne, bon nombre de Réunionnais ne vont pas se retrouver dans cette vision de la période coloniale et esclavagiste française. Ce sujet, certes fort intéressant, n’apporte aucun éclairage sur l’esclavagisme à La Réunion. De l’aveu-même de ceux qui animent ce reportage, 80% du commerce triangulaire se sont déroulés entre l’Europe, l’Afrique et la Caraïbe.
À la suite de ce reportage, je me suis demandé à qui la faute si, lorsque que l’on parle des heures noires de la France que paradoxalement on appelait le "siècle des lumières", on efface d’un revers de main l’histoire de l’océan Indien.
Il faut se rendre à l’évidence, le politique n’est pas loin. À force de renoncements et de luttes acharnées d’une certaine classe dirigeante réunionnaise, nous récoltons ce qu’elle a semé.

La Réunion a vendu un peu de son âme

Nous verrons lors de ce reportage à quel point avec l’aide d’une diaspora engagée, les Antillais expliquent leur mal de vivre et défendent leur histoire. À trop vouloir calquer les lois de la République française, La Réunion a vendu un peu de son âme, et c’est cela que nous ressentirons dans ce reportage.
Il semblerait que les Antillais aient réussi, seuls face au monde, à redresser la tête pour dire : "plus jamais cela". Voir une députée guyanaise (Christiane Taubira) plus que jamais pugnace qui défend bec et ongle sa culture, son identité afro-caribéenne, et qui montre au reste de la planète que l’on ne gagne rien à vivre couché, nous rassure sur le rôle de l’élu. On a les élus que l’on mérite, voilà ce que je serais tenté de dire après le film. Quoi qu’il en soit, lorsqu’un Virapoullé ou un Victoria s’aplatit devant la représentation nationale pour être plus blanc que blanc, pour être plus Français que les autres, rien de plus normal qu’ils ne soient pas réellement représentatifs pour défendre la culture réunionnaise.

C’est pour cela que je vous recommande de regarder ce reportage. D’abord parce qu’il est bon et foncièrement honnête, ensuite parce qu’il nous démontrera à nous autres Réunionnais, à quel point une certaine classe politique, en léchant les bottes du pouvoir, n’a pas réussi à élever le débat sur les origines réunionnaises.
Il est évident pour moi que la vue d’une Taubira défendant son projet pour que l’État français reconnaisse comme crime contre l’humanité l’esclavage, a plus de gueule qu’un Virapoullé sautant comme un cabri sur les bancs de l’assemblée en vociférant : "Coup pa nou, coup pa nou", ou qu’un Victoria avec une tête de premier de la classe, la voix mielleuse demandant à cette même assemblée que notre département soit exactement calqué sur les départements métropolitains.
Dans “représentation nationale”, il y a "représentation", et le moins que l’on puisse dire, c’est que certains élus réunionnais ont perdu depuis bien longtemps le sens de leur devoir. Si l’on regarde la succession de ces tristes sires, il faut prendre peur. Il ne manquerait plus que David Dindar soit élu et nous verrions les rêves d’un illustre borgne se réaliser.

Un reportage tourné vers la mémoire et l’avenir

Tout ceci pour vous dire que ce que nous verrons sur nos écrans, c’est un reportage tourné vers la mémoire, mais aussi vers l’avenir du peuple antillais, et bien plus qu’aux Réunionnais, il s’adresse à nos compatriotes Métropolitains.

Il faut tout de même remercier RFO qui nous sert un très bon programme d’Histoire ou de psychanalyse afro-caribéenne, mais notre île dans cette histoire n’aura pas son compte. Pour l’anecdote, j’ai compté le nombre de fois où l’on cite le nom "Réunion". Il est prononcé 5 fois à la fin.
Surtout ne voyez pas de ma part une sorte de jalousie, car l’histoire de la Caraïbe, quoi qu’en pensent certains, est étroitement liée à la nôtre, et disons plutôt merci à ces Antillais qui par leurs bavardages nous donnent une leçon identitaire.
Je tiens quand même à préciser que la critique de cette émission se borne au seul reportage. En effet, il ne nous a pas été donné de voir le débat, mais je peux présumer qu’avec Nassimah Dindar comme défenderesse de la cause des descendants d’esclaves à La Réunion, cela risque d’être un peu court. Que voulez-vous, comme je vous l’ai dis plus haut, nous devons faire avec les élus que nous avons. Si je devais qualifier cette émission, je dirai qu’il est indispensable de la regarder, car elle nous démontre qu’il y a vraiment un mal de vivre des descendants d’esclaves.
Pour résumer, j’ai envie de mettre en exergue la phrase que Lilian Thuram cite dans le reportage et qu’il nous envoie comme un coup de pied : "Le jour où tous les Noirs et tous les Arabes seront riches et célèbres, comme Zidane et moi, il n’y aura plus de racisme". M. Dindar a encore de beaux jours !
© Témoignages

up  

LE PROCÈS SHAMIR: DEVANT LE TRIBUNAL DE NANTERRE, UN PLAIDOYER POUR L’ANTISÉMITISME (France)

Par Michel Derczansky

30/10/2005 - Le mardi 6 septembre 2005 comparaissaient, devant la 14e chambre du Tribunal de grande instance de Nanterre, la maison d’édition Al Qalam et son gérant, Abdelila Cherifi Alaoui, pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur appartenance à une religion. Al Qalam est le diffuseur en France du livre d’Israël Adam Shamir L’autre visage d’Israël.

La LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme), partie civile, était représentée par Me Marc Lévy. Les éditions Al Qalam étaient représentées par Me Éric Delcroix - ancien candidat du Front national, et défenseur habituel des négationnistes dont il partage ouvertement les thèses. Ce mélange de radicalités se traduisit dans la salle du tribunal et aux alentours, où les gardes du corps et les militants d’extrême droite côtoyaient les militants d’extrême gauche.

Sur le fond de l’affaire, les propos incriminés sont dénués d’ambiguïté. Ainsi, selon le livre, la domination des Juifs sur le monde ne serait pas qu’un rêve que les Juifs caresseraient en secret. Ce serait un objectif fondamental poursuivi intentionnellement par les Juifs. Dans les termes d’Israël Shamir: «Maintenant il semble que les Juifs (en tant que groupe distinct des non-Juifs) soient unis par une volonté commune, un objectif unique et un sentiment de puissance. L’intoxication par le pouvoir et l’unité a amené ces gens cauteleux à laisser tomber le masque, à renoncer aux faux-semblants. La nouvelle ouverture nous fournit un aperçu sans précédent de l’âme des Juifs et de leurs supporters Mammonites.»

Ainsi, les Juifs parviendraient à mettre en œuvre leur programme, à annihiler les autres systèmes de valeurs, à convertir le monde à leurs valeurs et à piller le reste de l’humanité. Voici comment Israël Shamir décrit la chose: «Dans le domaine de la pensée, la tendance brahmane des Juifs devrait être rendue visible et contestée. Le Brahmane n’est pas un ennemi mais sa tendance traditionnelle à la domination devrait être combattue par une meilleure visibilité et il devrait avoir à rendre des comptes. (...) L’emprise judéo-mammonite a éliminé les forces vives de l’Amérique et les a guidés vers le dépérissement. (...) L’appauvrissement des indigènes n’est que le revers de la médaille de l’enrichissement des communautés juives.»

Après avoir rappelé le contexte de cette affaire et lu les passages les plus significatifs du livre, le président du tribunal s’adresse à M. Cherifi Alaoui et lui demande si le livre publié par lui ne peut pas faire basculer dans un passage à l’acte des personnes qui, lisant ces propos, voudraient se libérer de cette prétendue domination juive. La réponse de l’accusé est à la fois brève et significative du sens qu’il attribue à la notion de responsabilité et de liberté: «Si je ne partage pas tout ce que pense l’auteur du livre, pour autant nous sommes je crois dans un pays libre, où toutes les idées peut être exprimées. Les propos du livre ne mettent pas en cause les Juifs mais ceux qui adhérent à la volonté de domination du monde.»

Dans sa plaidoirie, l’avocat de la défense, Me Delcroix, a recours à une stratégie utilisée notamment en matière de diffamation: «l’exception de vérité», consistant à tenter de démontrer que ce qui est dénoncé comme une diffamation est bel est bien avéré. On comprend aisément qu’en ce qui concerne l’incitation à la haine raciale, plaider l’exception de vérité c’est ouvrir une brèche béante qui ferait que le racisme soit tolérable, puisque ce qui le sous-tend serait avéré, incontestable, vérifié...

Me Éric Delcroix convoque successivement à la barre Karl Marx et l’écrivain juif Édouard Valdman, afin de nous convaincre que «la chasse à l’argent» est effectivement un «paradigme» induit du judaïsme. La citation d’Édouard Valdman est extraite de son contexte par l’avocat, qui suppose à l’écrivain des opinions contraires à celles qu’il exprime réellement. Mais sa citation de Karl Marx (La question juive) est exacte: «Quel est le fond du judaïsme? Le besoin pratique, l’utilité personnelle. Quel est le culte profane du juif? Le trafic. Quel est son dieu profane? L’argent. Eh bien, en s’émancipant du trafic et de l’argent, par conséquent du judaïsme réel et pratique, l’époque actuelle s’émanciperait elle-même (...) La conscience religieuse du juif s’évanouirait.» L’antisémitisme de Marx devient donc la référence grâce à laquelle un avocat notoirement affilié à l’extrême droite entend légitimer un discours antisémite contemporain.

En ce qui concerne l’aspiration des Juifs à dominer le monde, et la véracité des Protocoles des Sages de Sion, Me Delcroix souligne qu’Israël Shamir «s’interroge sur le sens, la valeur et la portée des célèbres Protocoles des Sages de Sion, dans lequel [sic] il voit, tout comme Soljenitsyne, un roman prophétique décrivant un siècle à l’avance ce qu’allait devenir l’Occident, à l’instar du fameux 1984 de George Orwell». Et Me Delcroix de poursuivre: «Le propos de Monsieur Shamir n’implique évidemment pas les Juifs du fait de leur religion, mais du fait qu’ils adhérent trop souvent, sous leur seule responsabilité individuelle, à des “idées” néfastes induites». Et il cite Israël Shamir: «Non, l’intérêt des Protocoles n’a pas disparu, car le plan qui y est décrit, consistant à instaurer un régime oligarchique (non nécessairement juif), est en train d’être mis en vigueur en temps réel; cela s’appelle le nouvel ordre mondial.»

Dans l’attente du verdict, prévu début novembre, on ne peut que s’interroger sur l’usage qui est ainsi fait de «l’exception de vérité», devant un tribunal français, en matière de racisme, d’antisémitisme et de provocation à la haine raciale.
© Judeoscope

up  

LE 'MALAISE NOIR' (France)

“Fracture coloniale” et discriminations raciales
Le 29 septembre 2005, l’animateur-producteur Marc-Olivier Fogiel et France Télévisions ont été condamnés pour complicité d’injure publique à l’égard d’un individu en raison de sa race, suite à la diffusion lors de l’émission On ne peut pas plaire à tout le monde sur France 3 d’un SMS qui disait : “Dieudo, ça te ferait rire si on faisait un sketch sur les odeurs des blacks ?” En décembre 2003, l’humoriste Dieudonné avait défrayé la chronique après un mauvais sketch décrié comme un “dérapage antisémite”. Le SMS incriminé, présenté comme émanant d’un téléspectateur mécontent, avait en fait été fabriqué par un collaborateur de l’émission. L’affaire continue à faire des remous, et sert de révélateur à ce que les médias appellent le “malaise noir” sur fond de “fracture coloniale”, de souffrances liées à l’héritage de la traite négrière et de discriminations raciales renouvelées. Par Mogniss H. Abdallah


L’affaire Dieudonné. “Là où la blague blesse”

31/10/2005 - Dieudonné M’bala M’bala, ne fait plus rire du tout “là où la blague blesse” (Libération, 20 février 2004). Depuis son sketch impromptu où, déguisé en colon juif, le comédien et humoriste a fait le salut “impérial” au nom d’“Israël” (ou “Isr-Heil ”?) le 1er décembre 2003 sur le plateau d’On ne peut pas plaire à tout le monde, l’émission de Marc-Olivier Fogiel sur France 3, il est devenu persona non grata à la télévision. En qualifiant de “pornographie mémorielle” la commémoration fortement médiatisée du soixantième anniversaire de la libération des camps d’extermination nazis, il fait à nouveau scandale. Le journal Le Monde du 22 février 2005, dont l’éditorial clame “Dieudonné, assez !”, considère que la sortie de route ne relève plus de quelques “dérapages antisémites” mais d’une posture marquée par “un militantisme communautariste indigne” qui “monte l’un contre l’autre les mémoires de deux crimes contre l’humanité”. “Vos propos sont dangereux”, lui lance Calixte Belaya, du collectif Egalité, dans une tribune du même journal, le rangeant parmi “les convoyeurs de haine” qui “insinuent que le Juif est la cause de leur mal-être social”. Dans un même élan oecuménique, d’autres essayistes rappellent que l’article 1 du Code noir (codifiant en 1685 l’esclavage) commande de chasser tous les juifs des îles, et s’écrient “Nous sommes tous des juifs noirs ”(Libération, 23 février 2005). Manifestement, ils cherchent à discréditer par avance le projet de l’humoriste d’un grand film sur le Code noir, soutenu par le professeur Louis Sala-Molins auteur du principal livre de référence sur le sujet.

Pour Dieudonné et ses amis, cette levée de boucliers constitue une sorte de “lynchage médiatique”. Ils mettent en cause un“lobby sioniste” dans les médias. Afin de se faire entendre, ils contre-attaquent en mettant les médias sous pression. Ils créent leur propre site internet, Ogres (Ouvertures géographique, religieuse, ethnique, sociétale), dont une des spécialités consiste à livrer le script d’émissions de radio ou de télévision dont les animateurs sont suspectés de “négrophobie”. Le site permet de se rendre compte que nombre de détracteurs de Dieudonné ont eux-mêmes recours à la surenchère victimaire et à la mise en concurrence des mémoires. Olivier Pétré-Grenouilleau, qui s’est fait connaître en comparant la déportation des Africains aux Antilles à d’autres traites, arabes ou intra-africaines, est lui carrément accusé de contestation de crime contre l’humanité. Dans un entretien au Journal du dimanche du 12 juin 2005, il avait déclaré : “C’est aussi le problème de la loi Taubira qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l’humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la Shoah. Les traites négrières ne sont pas des génocides...”. Le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais, qui voit là un mélange volontaire des deux notions : le crime contre l’humanité et le génocide, a décidé d’aller en justice. L’audience au tribunal est prévue pour le 30 novembre 2005.

Le lien entre “souffrance immémoriale de la traite et souffrance sociale au quotidien”

L’universitaire Françoise Vergès a étudié des sites internet dédiés à la quête mémorielle sur l’esclavage. “J'ai constaté, dit-elle, une énorme demande d'histoire. Et une grande frustration face à un silence perçu comme un complot. L'Europe est accusée de vouloir cacher ses responsabilités. Les gens se plaignent aussi du racisme. Ou du deux poids, deux mesures entre la Shoah qui serait reconnue et la traite qui ne le serait pas.” (Libération, 20 octobre 2005)

Conscient de l’enjeu, Libération consacre le dossier événement de son édition du 23 février 2005 au “malaise noir”. “Les dérapages antisémites de Dieudonné brouillent les revendications de nombreux Africains et Antillais qui dénoncent les discriminations et veulent instituer une mémoire de l’esclavage”, analyse le quotidien. Dieudonné est accusé de surfer sur le “mal-être” des Noirs. Le journal s’emploie donc à lui ravir la vedette en donnant la parole à d’autres acteurs, comme Marie-Georges Peria, vice-présidente du Cerfom (Centre d’étude et de recherche des Français d’outre-mer), qui explique : “Il y a une grogne qui existe depuis longtemps, mais aujourd’hui elle s’exprime. Elle était auparavant difficile à formuler, car les injustices dont elle se nourrissait relevaient du non-dit. Mais, en 1998, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, les originaires d’outre-mer ont trouvé un point focal pour commencer à exprimer ce qu’ils ressentaient. Depuis, les revendicatons s’amplifient de tous côtés”. Christiane Taubira, auteure de la proposition de loi reconnaissant la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité votée le 10 mai 2001, évoque une frustration des 40-50 ans, une exaspération chez les plus jeunes, et lie “souffrance immémoriale de la traite et souffrance sociale au quotidien... Si la société reste sourde, je ne préjuge de rien”, confie-t-elle à Libération (22 février 2005).

Ce thème d’une “souffrance confuse et diffuse” va devenir récurrent dans toute une série d’enquêtes journalistiques publiées dans la presse magazine ou diffusées à la télévision en 2005. Luc Laventure, directeur des antennes du Réseau France outre-mer a ainsi programmé les 25 et 26 octobre sur la chaîne France ô l’opération Noires mémoires, autour d’un documentaire inédit donnant lieu à une “confrontation singulière avec des souffrances timides et cachées”. L’approche se veut “dépassionnée” mais les témoignages nombreux à déplorer une fracture, que certains nomment “fracture coloniale”, demeurent poignants, sans concession. “Je me considère Noir, confie Lilian Thuram, footballeur connu pour son engagement citoyen et antiraciste. Il y a un truc trop lourd à porter. On m’a déjà dit toi, si on n’était pas aller chercher tes ancêtres en Afrique, tu serais encore un sauvage”. “A Bordeaux, il n’y a plus de bateau, il n’y a plus de traite, il reste le racisme. Le mal vient de là”, dit en écho l’écrivain Claude Ribbe.

Sortir de la victimisation en valorisant l’histoire des acteurs de la lutte pour l’émancipation

L’objectif n’est pas pour autant d’enfermer les Noirs dans la seule complainte de descendants d’esclaves. Plusieurs témoignages recueillis dans Noires Mémoires dénotent une certaine hésitation sur le fait de remuer ou non le passé. La chanteuse Bam’s se dit par exemple partagée, se demandant s’il ne faut pas plutôt “zapper” une histoire qui ne passe pas. En ce sens, elle rejoint l’écrivain Gaston Kelman, auteur du livre controversé Je suis noir et je n’aime pas le manioc, quand il affirme : “Je ne veux pas qu’on me rappelle toujours mon infériorité” (“La question noire”, in Le Monde 2, 20 août 2005).

“Sortir de la victimisation est fondamental” insiste également Aimé Césaire, dont le prochain ouvrage Nègre je suis, Nègre je resterai paraît aux éditions Albin Michel le 17 novembre. Le refus de la posture victimaire n’implique pas ici l’occultation ou la minimisation de l’humiliation subie à travers l’histoire passée ou présente. Au contraire, il s’agit de valoriser la lutte contre l’esclavage menée par les Noirs eux-mêmes. Or, les figures historiques de cette lutte ne sont pas connues en France. “Qui connaît le nom des grands chefs marrons (esclaves fugitifs, ndlr) comme Makandal (Haïti) ou Cimendef (La Réunion) ?”, s’interroge dans Libération Françoise Vergès, qui est aussi vice-présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, institué par la loi Taubira de 2001, dont le rapport rendu en avril dernier au gouvernement sort ces jours-ci aux éditions La Découverte. Les images de ces luttes, quand il y en a, viennent essentiellement d’Amérique, ou de la production anticolonialiste des années 60. On a ainsi pu voir récemment sur Arte, dans une rétrospective consacrée à... Marlon Brando, le film Queimada (1968), de Gillo Pontecorvo, qui relate avec brio la révolte des esclaves d’une île des Caraïbes contre les colons portugais puis contre la politique néocoloniale britannique.

Françoise Vergès ne manque pas de relever que dans son roman national, la France abolitionniste se donne le beau rôle. Elle épingle ainsi l’affiche des cérémonies de 1998 “Tous nés en 1848”. “Comme si la République nous avait donné naissance ce jour-là. Non ! Nous existions avant elle !” s’exclame-t-elle (“La question noire”, in Le Monde 2, 20 août 2005). Soit. Mais un autre écueil guette aussi la reconnaissance pleine et entière de la responsabilité des anciennes puissances coloniales dans la traite et l’esclavage : celui du relativisme, ou ce qui est vécu comme tel. Parmi les nombreux débats actuels sur l’esclavage et le colonialisme, on trouve ainsi plusieurs tentatives de brouiller les repères. L'évocation de“l’ambivalence de ces Noirs ardemment français” qui auraient parfois pris le parti de la colonisation pour faire reculer l’esclavage (cf. Pap N’Diaye in Histoire, “La Colonisation en procès”, octobre 2005), fait bien sûr penser à la reconnaissance du “rôle positif de la présence française outre-mer” inscrite dans la très controversée loi du 23 février 2005. D’autres initiatives récentes, comme l’appel lancé le 25 mars 2005 par l’association sioniste de gauche Hachomer Hatzaïr et Radio Shalom, tendant à stigmatiser des “ratonnades anti-blancs” n’ayant rien à envier au racisme à l’encontre des Noirs, se sont révélées bien hasardeuses. Signataire de l’appel, le philosophe Alain Finkelkraut qui dénonce le “lien sans précédent entre judéophobie et francophobie”(Le Point, 12 mai 2005), s’en était déjà pris aux “bénéficiaires” aux Antilles de “l’assistance de la métropole” qui font “le procès délirant d’une France toujours esclavagiste et toujours coloniale” (Le Monde, 26 mars 2005), avant de s’excuser. A l’heure où une colère légitime monte suite aux dizaines de morts, noirs et pauvres dans des immeubles insalubres parisiens cet été, alimenter ce genre de confusion serait souffler sur les braises.
© Altérité Média

up  

'UNE CERTAINE GAUCHE FLIRTE AVEC LES VIEUX DÉMONS DE L'ANTISÉMITISME' (France)

Propos recueillis par Didier Pourquery

02/11/2005 - Alexis Lacroix, 32 ans, journaliste aux pages "Débats" du Figaro et chroniqueur sur RCJ, consacre son premier essai Le Socialisme des imbéciles, à une analyse de l'antisémitisme de la gauche et de l'extrême gauche.

w August Bebel (1840-1913), social-démocrate bon teint, critiquait en son temps la judéophobie de la gauche en parlant du "socialisme des imbéciles". Aujourd'hui, José Bové, Dieudonné ou les pro-Palestiniens d'extrême gauche sont-ils antisémites ou antisionistes ? La nuance est importante...

ww Elle l'est, ou plutôt devrait l'être pour ceux-là mêmes qui n'entendent pas déshonorer leur engagement. On peut rendre visite à Arafat et ne pas accuser le Mossad d'être derrière les incendies de synagogues en France. On peut dénoncer les diverses injustices de l'histoire, et ne pas les attribuer systématiquement à un prétendu "lobby" juif, ou à des "maîtres du monde" imaginaires. On peut désapprouver Sharon, et ne pas le nazifier en Hitler au petit pied. La frontière est ici aussi importante que la nuance. Je ne fais, au fond, que la rappeler.

w Vous remontez aux sources idéologiques et historiques du socialisme pour y dénicher le virus antisémite. Une fois ce diagnostic posé, que devrait faire la gauche ? Faire pénitence ? Pratiquer la chasse aux apprentis sorciers de "l'innommable" ?

ww Le fait est qu'une partie de la gauche a longtemps abusé d'un magistère moral qu'un examen lucide de son passé oblige à lui refuser. Voyez la preuve que j'en apporte sur le mythique Jaurès ! Plus important que le diagnostic, s'impose donc le devoir d'inventaire. Regardez le PS, au bord de la guerre civile. Pour lui, il y a urgence de savoir s'il peut, ou non, se libérer, par-delà la judéophobie, de toutes les pulsions archaïques, voire reptiliennes. Son accession au monde de l'après-11 septembre est à ce prix.

w Toute la gauche européenne - ou française - n'est pas antisémite, tout de même ! Est-ce une tendance lourde ou un épiphénomène lié aux conflits du Proche-Orient ?

ww A qui profite, selon vous, la transposition du conflit israélo-arabe au sein de l'Hexagone ou de l'Union ? Partout, en Europe, la vieille gauche renoue avec ses vieux démons. Dans le monde germanique, ce n'est plus seulement Jorg Haider mais l'ultrasocialiste Oskar Lafontaine qui jouent de la xénophobie. Comme jadis certains socialistes marxisants, à l'époque de l'affaire Dreyfus. Et là comme ailleurs, l'autre gauche, heureusement, résiste à cette tentation. Plus profondément, je crois que les Européens finiront par découvrir Israël lorsqu'ils redécouvriront qu'eux-mêmes ne peuvent vivre sans identité, sans mémoire, sans volonté. Lorsqu'ils rompron t avec les illusions du progressisme.

' Le Socialisme des imbéciles : Quand l'antisémitisme redevient de gauche d'Alexis Lacroix, éditions de laTable ronde 152 pages, 16 euros
© Metro

up  

LE COLLECTIF DOM ASSIGNE EN JUSTICE OLIVIER PÉTRÉ-GRENOUILLEAU (France)

L'association présidée par Patrick Karam attaque l'historien français

02/11/2005 - Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais, représenté par Maître Gilbert COLLARD, a déposé plainte devant le Tribunal de Grande Instance de Paris contre Olivier PETRE-GRENOUILLEAU, professeur d’histoire a l’Université de Lorient, la première semaine de septembre 2005, pour contestation de crime contre l’humanité. La première audience de mise en état aura lieu le 30 novembre 2005.

Le Collectif actionne en justice Olivier PETRE-GRENOUILLEAU pour ses propos publiés dans « Le Journal du Dimanche » (JDD) le 12 juin 2005 : A une question sur « l’antisémitisme véhiculé par DIEUDONNÉ », Olivier PETRE-GRENOUILLEAU répond que « cela dépasse le cas DIEUDONNÉ. C’est aussi le problème de la loi TAUBIRA qui considère la traite des Noirs par les Européens comme un crime contre l’humanité, incluant de ce fait une comparaison avec la SHOAH. Les traites négrières ne sont pas des génocides... Le génocide juif et la traite négrière sont des processus différents. Il n’y a pas d’échelle de Richter des souffrances ».

Dans cette déclaration, Olivier PETRE-GRENOUILLEAU affirme le fond de sa pensée. Non seulement il regrette ouvertement l’adoption de la loi TAUBIRA, mais il rend cette même loi responsable de l’antisémitisme en France. Et pour que son message soit plus clair, il assène que les traites négrières ne sont pas des génocides en mélangeant volontairement les deux notions : le crime contre l’humanité et le génocide.

Ces propos indéfendables sont pourtant soutenus par Pap N’DIAYE, maître de conférence à l’EHESS, qui pratique pour l’occasion la désinformation et la manipulation en prétendant de manière mensongère que PETRE-GRENOUILLEAU est attaqué parce que son ouvrage rappelle qu’il existait aussi des traites africaines et arabo-musulmanes (France Culture, le 16 juin ; Le Monde 2, 20 août 2005 ; L’Express, du 22 au 28 septembre 2005). Pap N’DIAYE feint de voir des extrémistes, des excités et des partisans de DIEUDONNE derrière cette action en justice pour tromper les médias nationaux en se donnant la posture du modéré rassurant.

Pap N’DIAYE, qui est incompétent sur le sujet de l’esclavage (il est spécialiste des civilisations américaines), a instrumentalisé cette question pour se propulser sur le devant de la scène médiatique à coup de contrevérités et de distorsion des faits. C’est sans doute que pour les médias, sa couleur de peau lui donne une autorité naturelle pour parler de ces questions !

Pap N’DIAYE en a aussi profité dans un article honteux (L’Histoire, numéro spécial, octobre 2005, La colonisation en procès) pour fustiger insidieusement et habilement les Antillais et les Guyanais à travers le Guyanais Félix ÉBOUÉ « colonialiste et petit-fils d’esclave » dont la carrière « illustre toute l’ambivalence de ces Noirs ardemment français ».

Pap N’DIAYE, qui milite pour « le communautarisme mélanique », c'est-à-dire basé sur la couleur de peau quand cela l’arrange, règle ainsi ses comptes avec les domiens pour leur fidélité à la France. Il se situe ainsi dans une mouvance idéologique extrémiste dont la déclinaison ultime est énoncée par une poignée d’excités racistes basés dans la région parisienne qui considère les métis et les blancs comme des ennemis.

Le Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais prévient qu’il combattra tous les racismes et tous les racistes avec la même détermination et engagera toutes les actions utiles pour faire respecter les originaires d’Outre-Mer.
© Grioo

up  

IMMIGRATION CLANDESTINE (France)

La loi Sarkozy sur l’immigration, celle de monsieur de Villepin sur l’asile, les décisions européennes elles-mêmes avaient produit récemment leurs effets délétères : la chasse aux étrangers est ouverte. Monsieur de Villepin vient de le rappeler avec force. L’auteur est Docteur en économie industrielle, Aïn Defla.

02/11/2005 - Voici qu’il faudrait créer une « police des étrangers », étendre le fichier des certificats d’accueil au niveau national et s’arroger le droit de contrôler les mariages contractés à l’étranger entre français et étranger. Monsieur de Villepin montre ses muscles, ceux que monsieur Sarkozy lui a laissés en héritage. Comme si, ce qui se passe actuellement ne suffit pas. On arrête les enfants en classe, on menace les parents de placer leurs enfants dans les services sociaux, on utilise même les enfants comme appâts pour mieux appréhender les parents ! Les mineurs isolés, lorsqu’ils ont eu la chance de franchir les barrières des frontières en échappant à de pseudos examens médicaux destinés à prouver qu’ils sont en fait majeurs, restent en situation précaire jusqu’après les modifications législatives françaises intervenues. Ils ne peuvent plus rester en France s’ils sont entrés après 15 ans.

Quant à la double peine, cette honte stupide, soi-disant abolie, refleurit quotidiennement grâce aux nouveaux pouvoirs des préfectures de retirer dans le plus grand arbitraire les cartes de séjour. Sans même s’attarder sur le sort des quelques milliers d’anciennes victimes de la double peine qui se heurtent au refus des préfectures et des consulats d’appliquer la loi. Partir en France, légalement s’entend, relève du tour de force face à l’arbitraire des consulats. S’y soigner, même lorsque c’est en vertu des accords entre organismes de sécurité sociale, relève de la gageure en raison de l’omniscience médicale des préfectures qui n’hésitent pas à contredire les praticiens hospitaliers. Que dire de ceux et celles qui sont en situation irrégulière et qui ne bénéficient que d’une sous-prise en charge, repoussée dans le temps, si leur pronostic vital n’est pas engagé. A quelle phase du cancer ou de la tuberculose, va-t-on juger que leur vie est en danger ? Et il faudrait décréter la « partie en danger » parce que, selon des chiffres incertains, de 200 000 à 400 000 étrangers guetteraient le moment de se jeter sur le gâteau des avantages sociaux français...

Il est vrai que, pour le moment, la plupart d’entre eux ne connaissent que la précarité sous toutes ses formes : celle des logements poubelle où l’on peut mourir dans les flammes ou dépérir sous les assauts du saturnisme... Celle des travaux au noir peu payés est toujours sous la menace d’un employeur qui exploite sans vergogne ces nouveaux soutiers sous l’œil complaisant des pouvoirs publics (français). Les projets de monsieur de Villepin, qui n’hésite pas à en appeler à la jalousie des Français qui en « auraient assez » de ces illégaux, provoquent la nausée. A ce mépris humain, s’ajoute le mensonge le plus éhonté. Fermeté disent-ils ? Mais de quoi s’agit-il ? Monsieur Sarkozy avaient promis aux Français des « charters européens » : passées quelques expériences où la violence et l’incompétence juridique ont conduit à des situations calamiteuses, on s’est arrêté là. 20 000 reconduites par an et plus si l’on en croit les annonces de monsieur de Villepin. La politique de « fermeté » n’est, en réalité, qu’une politique faite d’annonces et d’impuissances mais aux conséquences désastreuses pour les sans-papiers, pour les étrangers devenus tous suspect et même pour les Français qui en subissent les ricochets.

Jamais l’on n’avait vu une politique aussi radicalement dirigée contre les étrangers être mise en application. Il y a de la haine et du mensonge dans cette volonté de traquer l’étranger. Pis, si l’on en croit la presse et les documents qui s’évadent du parti socialiste, voici que le responsable de ce parti chargé de l’immigration propose d’abolir la double nationalité, de remettre en cause le droit au regroupement familial, de recourir aux quotas et de créer des cartes de séjour « bleu, blanc, rouge » qui conféreraient des droits à géométrie variable. Sans même d’ailleurs prendre conscience que cette stigmatisation des étrangers entraîne, inévitablement, les mêmes réactions à l’égard de ceux qui bien que de nationalité française ont le malheur de « ressembler » aux étrangers... Il est plus que temps de réagir, de recréer un espace politique autour des étrangers et de manifester fermement un refus pour un tel rejet. Recourir à la force, dans une sorte de guerre permanente enviée contre les étrangers, ne résoudra rien. Bien sûr, nul ne détient de solutions miracles. Les dérèglements mondiaux, qui conduisent au départ ceux qui ne veulent pas mourir sur place, ne se résoudront pas en un seul jour. Mais, il est au moins quelques évidences que l’on doit rappeler. Il est invraisemblable de croire ou de laisser croire que les marchandises, l’argent et la culture peuvent voyager librement et que ceux et celles qui sont à l’origine de tout cela restent assignés à résidence. L’exemple des ressortissants de pays d’Afrique subsaharienne en situation irrégulière, notamment autour des enclaves de Ceuta et Melila, qui avait donné lieu à la mort de plusieurs personnes, devait provoquer un réel débat en France et en Europe sur la politique d’immigration.

La France, comme l’Europe, ne peut dessiner aucun projet sur la scène mondiale si la politique menée tend à les constituer en forteresse assiégée par des hordes barbares prêtes à les envahir. N’est-il pas grotesque pour un pays civilisé comme l’Espagne que de vouloir construire une 3e barrière pour 26 millions d’euros, autour de Ceuta et Melila qui consiste en un dense maillage de tiges d’acier destiné à freiner le passage des immigrés clandestins et donner le temps aux gardes civils d’intervenir en cas de tentative d’assaut ? On ne peut en permanence tenir le discours de l’aide à une Afrique en panne ou celui de la solidarité en général et avoir, dans la pratique, l’attitude exactement inverse. Que veut l’Europe opulente si ce n’est sauvegarder sa richesse ? L’abîme séparant les pays riches des pays pauvres est plus profond que jamais. La société de consommation, l’opulence de l’occident, le mythe de la démocratie ont opéré une fascination sans égale sur les pauvres du Tiers-Monde. Dans les pays ex-communistes, des milliers de personnes ont leurs valises déjà faites, en attendant un semblant d’espoir, pour venir à l’Europe riche. Si l’immigration était dans le passé, une épreuve initiatique qui faisait l’humanisme de l’homme, et lui permettait de passer d’un Etat de dénuement à un Etat d’enrichissement, elle est devenue actuellement une antichambre de la mort, réelle ou métaphorique.

Le préposé à l’immigration est un préposé à la mort. Chassé par le manque et la disette, jeté dans les bras de l’aventure, il immigre, n’emportant avec lui qu’un mince rayon d’espoir et un sursaut de dignité. Au-delà des objectifs de la déclaration de Barcelone, qui vise à établir une coopération plus étroite sur l’immigration tout en invitant à promouvoir le dialogue entre les cultures et les religions avec une recherche de nouvelles formes de relations entre les personnes, les peuples et les Etats de la Méditerranée, dans un climat caractérisé par la réciprocité et le respect mutuel des différences et des points de vue communs ou divergents, tout en luttant résolument contre les phénomènes racistes et xénophobes. A nous de savoir si nous voulons que notre avenir commun repose sur la haine de l’autre et l’inévitable barbarie qui s’en suivra. Ou si nous voulons construire une Méditerranée, une Méditerranée de rassemblement et de rencontre. Rencontre entre des pays industrialisés et des pays du Tiers-Monde, entre Nord et Sud ; rencontre aussi entre Occident et Orient ; rencontre entre traditions chrétiennes, musulmanes et juives. Oui, c’est justement cela qui est passionnant dans cette grande aventure : entre tous ces peuples qui, au cours de l’histoire lointaine ou récente, se sont constamment affrontés, offrir l’opportunité d’une convergence. Changer la politique d’immigration en est une des conditions.
© El Watan

up  

BELGIQUE: UN WALLON ACCUSE SON ÉPOUSE FLAMANDE DE RACISME

27/10/2005 - La querelle en Belgique entre Flamands et Wallons est entrée dans une nouvelle phase cette semaine avec l'interpellation d'une Flamande qui a traité son mari de "Wallon paresseux", rapporte un quotidien belge.

L'homme, âgé de 48 ans, a porté plainte pour racisme contre sa femme qui lui aurait lancé lors d'une dispute: "Wallon paresseux, esclave, créature inférieure", précise le quotidien De Standaard.

L'épouse, âgée de 47 ans, devait comparaître en justice dans la journée pour répondre de l'accusation de racisme, ajoute le journal.

Flamands néerlandophones et Wallons francophones ne sont pas seulement divisés par la langue, mais également d'un point de vue socio-économique, entre une Flandre prospère et une Wallonie plus pauvre.
© La Tribune

up  

NATIONALISME ET CONVERSIONS CHEZ LES POMAKS DE BULGARIE

Il existe une communauté slave musulmane en Bulgarie : les Pomaks, qui vivent dans les monts du Rhodope. Quelques figures controversées les pressent de se convertir à l’Église orthodoxe, comme le père Saraev. Celui prétend s’opposer à l’islamisation et à « l’assimilation forcée » des Pomaks par la communauté turque de Bulgarie.
Par Tanya Mangalakova


28/10/2005 - Depuis 14 ans, dans la chaîne montagneuse du Rhodope, un processus de conversion est en cours. Ils sont nombreux, appartenant à la communauté musulmane des Pomaks, à se convertir à la confession orthodoxe.

L’un des protagonistes de cette histoire est Boyan Saraev, 49 ans, prêtre au passé obscur, personnage contradictoire mais extrêmement efficace au plan médiatique. Lui-même Pomak converti au christianisme, il est né dans le village de Žaltišel, une localité située dans les monts du Rhodope. C’est plusieurs années après la chute du communisme en Bulgarie, qu’il est devenu prêtre orthodoxe.

Beaucoup le considère comme un missionnaire ayant ramené les Pomaks du Rhodope au sein de l’église orthodoxe. En 1990, Saraev a créé le « Mouvement pour le Christianisme et le Progrès Saint-Jean Predteša », oeuvrant pour la conversion des Musulmans locaux au dogme oriental de la Chrétienté.

Le père Saraev visite continuellement les villages de cette région de Bulgarie, baptisant de nombreux Musulmans, et insistant sur le fait qu’ils ne sont autres que les descendants des Bulgares contraints à se convertir à l’époque du « joug ottoman ».

Mais ils sont plusieurs aussi, à avoir de sérieux doutes sur les desseins du père orthodoxe. Certains critiquent même le cérémonial adopté, le définissant comme exhibitionniste et commercialement avantageux. Pour d’autres, Saraev abuserait de la sensibilité des Pomaks déjà soumis à diverses discriminations : leurs noms, par exemple, ont été les plus changés de tout l’État, depuis 1912 jusqu’à l’époque dite de la « réintégration bulgare du Rhodope ».

Les critiques du père Saraev soutiennent également qu’il était membre des Services Secrets durant le régime communiste et que sous la soutane, il cacherait « un pistolet et la carte du parti communiste ». Ce que Saraev ne cache pas, toutefois, c’est d’avoir été diplômé en 1985 de l’Ecole de Simeonovo, connue pour avoir formé les officiers employés du Ministère de l’Intérieur ainsi que les futurs agents des Services Secrets.

Kardžali, l’église du père Boyan Saraev

J’ai rencontré le père Saraev à l’église Uspenie Bogorodicno où il officie, dans le quartier de Gledka, à Kardžali (une ville du Rhodope oriental). On y trouve aussi un nouveau monastère dont la construction, en cours depuis 2003, est entre autre possible grâce au soutient financier de nombreuses entreprises bulgares. Celui où officie Saraev est un complexe assez riche qui attire les touristes de toute la Bulgarie.

Le nombre de conversions attribuées au père Saraev n’est pas précisé. D’après lui, le fait important est « que le processus est en cours, qu’il doit être suivi, dirigé et encouragé ». Pourquoi ? Selon le père Saraev, pour contrer un processus exactement inverse, celui promu par le Mouvement pour les Droits et Libertés (MRF, parti qui représente la communauté turque en Bulgarie, ndt)) qui « cherche à assimiler les Bulgares mahométans (c’est ainsi que le père Saraev nomme la communauté pomak) et les « turcifier », c’est à dire les faire devenir Turcs ».

Phobie de l’islamisation

« Il existe des fondations islamiques qui opèrent dans toute la chaîne du Rhodope, insiste le père Saraev. Elles soutiennent des activités illicites anti-bulgares et anti-chrétiennes et tentent une « turcification ». Tout cela est possible parce qu’en Bulgarie règne le désordre et le chaos juridique, et chacun peut faire ce qu’il veut ».

Le père Saraev enfourche simultanément deux questions chères à l’opinion publique bulgare. D’une part, il joue sur les craintes d’une confrontation à l’Islam (facilement exploitables dans un contexte d’une « guerre de la terreur »), de l’autre, sur la xénophobie à l’encontre des minorités, dans ce cas la minorité turque. L’utilisation du terme « turcification » au lieu d’ « islamisation » en est symptomatique.

« Il y a le risque que les monts du Rhodopes soient complètement islamisés et que la région devienne autonome, une condition qui ouvrirait la route au retour de la souveraineté turque sur ce territoire géographique », continu Saraev, énonçant une vision de la géopolitique complètement détournée afin de servir le message qu’il veut faire passer. « Le parti turc MFR et son leader Ahmed Dogan sont la cinquième colonne de l’État turc ».

Le père Saraev se sent en outre porteur de progrès. « Celui qui tente d’innover en se libérant de la sphère rigide de la religion islamique ne rencontre qu’opposition et hostilité, affirme-t-il. Les gens sont obligés de se soumettre à la pression de l’imam, des représentants du parti turc, et des mufti du Rhodope. Dans les villages qui semblent vouloir rompre avec la tradition islamique, se concentrent en fait les financements pour attirer les jeunes et les enfants dans les mosquées ».

L’intégration européenne ? Par la conversion !

Selon Saraev, embrasser les valeurs européennes signifie aussi embrasser les valeurs chrétiennes. Et pour cela, le processus d’intégration à l’UE devrait aller de pair avec les conversions. Saraev affirme ensuite que l’orthodoxie est « la nature des Bulgares » et que pour cela, elle devrait être adoptée par l’État comme religion officielle. L’Orthodoxie devrait être traitée différemment des autres religions et l’Etat devrait aussi intervenir financièrement auprès des écoles orthodoxes. Une dernière chose : la religion orthodoxe devrait devenir une matière scolaire obligatoire dans les écoles de l’Etat.

Et à Zlatograd, ils se sont convertis ?

Zlatograd est une ville située dans la partie méridionale de la région des monts du Rhodope. Elle compte 14 000 habitants appartenant aux communautés turque, pomak, et bulgare. Zaro Pehlivanov (55 ans, ancien enseignant d’histoire) est propriétaire d’un petit café dans le centre de Zlatograd. Il est Pomak et commence par souligner que sa famille a subi plusieurs fois, depuis 1912, le changement de son nom. « Douze fois, depuis 1912, ils ont essayé de changer notre nom. C’est une insulte vis à vis de la communauté musulmane de la Bulgarie ».

Selon Zaro, Zlatograd a une tradition de cohabitation pacifique entre les différentes communautés qui l’habitent. « Il y a seulement quatre ou cinq familles nationalistes, mais ils le sont parce qu’ils sont des perdants et du coup ils veulent profiter sur le plan politique d’un éventuel conflit religieux ».

« Mais ici en ville, continue Zaro, il y a un niveau culturel assez élevé. Plusieurs membres de la communauté musulmane sont des professionnels, parmi lesquels des juges et des procureurs ; ils ne se manipulent pas facilement. C’est différent dans d’autres plus petites villes ou dans les villages ». Zaro s’explique davantage : « Par exemple à Madan (une petite ville à 26 km, ndt), il y a 28 mahala (villages de 5 à 10 maisons, ndt) dont les habitants ont des contacts avec d’autres régions seulement le vendredi, quand ils descendent en ville pour faire des achats. Ces personnes ont un niveau d’instruction particulièrement bas et sont de fait plus faciles à manipuler. Selon moi, les conversions, surtout parmi les jeunes, sont une façon de s’opposer à leur communauté d’appartenance, une sorte d’exhibitionnisme ».

En entrant dans l’église Uspenie na Presveta Bogorodica, construite en 1834, sous la domination ottomane, le prêtre, lui aussi un Pomak qui a converti plusieurs Musulmans de la région, nous souhaite la bienvenue. Une c