ACTUALITÉ - Archives Janvier 2006

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Les titres de l'actualité du 27 Janvier, 2006

LE DROIT COLONIAL INSPIRATEUR DE LA LÉGISLATION ANTISÉMITE DE VICHY (France)

21/01/2006 - Depuis des mois le retour sur le colonialisme croise de bien mauvaise façon la - question de l’antisémitisme. Charles Pasqua y fut à son tour conduit lors d’une interview sur France-Inter, le 6 janvier dernier. L’ancien ministre de l’Intérieur jugea la fameuse disposition législative sur l’oeuvre positive de la colonisation comme une « bêtise », pour ajouter aussitôt que l’annuler en constituerait une seconde. Puis, dans la foulée d’une charge contre ce qu’il a appelé « la repentance permanente », il s’est déclaré « contre » les propos tenus par Jacques Chirac le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv’ des 16 et 17 juillet 1942 : « La France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable. »

L’Europe, siège d’immenses massacres

C’est d’une tout autre façon que nous entendons à notre tour croiser colonialisme et antisémitisme. Avant d’aller plus loin, il paraît cependant indispensable de baliser le terrain tant les confusions sont grandes et dangereuses les concurrences de mémoires que l’on voit se déchaîner.

L’expansion territoriale des puissances européennes n’a pas commencé au XIXe siècle en Afrique mais à l’extrême fin du XVe siècle en Amérique et avec la violence que l’on sait. Faut-il ajouter que toutes les grandes civilisations dont nous admirons les vestiges et dont nous sommes les héritiers pour le meilleur s’épanouirent dans la cadre d’empires qui n’ont rien ignoré du maniement du fer et du feu. Et rien ne suggère que l’Afrique précoloniale et pré-esclavagiste constituait un havre de la félicité humaine. L’Europe elle-même fut longtemps le siège d’immenses massacres.

À cet égard, l’extermination de masse perpétrée par l’Allemagne nazie se caractérise avant tout par sa motivation exclusivement idéologique - l’antisémitisme - et par sa rationalité industrielle. De ce double point de vue, elle a plus à voir avec l’eugénisme né de la transposition du déterminisme darwinien à la société et avec le capitalisme industriel (1), évolutions endogènes propres aux sociétés occidentales développées, qu’avec l’aventure coloniale exogène.

Ces quelques remarques n’estompent ni ne hiérarchisent quoi que ce soit : quel sens y a-t-il d’ailleurs à hiérarchiser les épisodes les pires de l’histoire humaine sinon à justifier toujours et encore de nouvelles exclusions-dominations ?

Cela étant posé, l’une des dimensions du bilan du colonialisme français nous semble à chercher dans son rapport à l’idéal républicain. L’empire colonial a été contemporain de l’assise de cet idéal avec la IIIe République. A-t-il constitué un vecteur de la propagation de cet idéal ou de sa négation ?

Nous y voilà. Dans la France de Vichy, l’historien américain Robert Paxton établit sans conteste combien ce régime avait eu une politique active de collaboration avec l’Allemagne hitlérienne dans le cadre d’une « Révolution nationale » qui rejetait la République. Avec Vichy et les juifs, Michaël Marrus et Robert Paxton ont mis au jour l’ampleur de l’initiative que n’a eu de cesse de développer « l’État français » en matière d’antisémitisme. Il n’eut aucun rôle protecteur ni même amortisseur, bien au contraire. Reste que si Vichy s’est fait le complice de plus en plus actif de l’extermination, il n’a en rien pensé celle-ci. Sur les 168 lois et décrets antijuifs promulgués sous le régime de l’État français, 111 ont vu le jour avant le départ du premier convoi de Compiègne et Drancy pour Auschwitz, le 27 mars 1942.

Marrus et Paxton soulignent : « Le gouvernement Pétain n’a pas inventé la politique antijuive qu’il met en place avec tant de zèle et de passion en 1940. Chacun des éléments de ce plan était présent dans les années qui ont précédé la chute de la IIIe République. » Une accumulation impressionnante de lois et de décrets hostiles aux étrangers résidant en France eut lieu en effet de la fin des années vingt à 1939. Les juifs en étaient l’une des cibles pour autant qu’ils étaient immigrés non naturalisés. Les deux historiens conviennent d’ailleurs qu’une rupture s’est produite à la faveur du séisme de l’effondrement de juin 1940.

La loi du 3 octobre 1940 portant sur le statut des juifs a été élaborée à Vichy hors de toute demande allemande. Comme l’ont montré Dominique Gros et d’autres juristes lors du colloque consacré à « l’encadrement juridique de l’antisémitisme sous le régime de Vichy » tenu en 1994 à Dijon (2), ce statut brise avec les fondements du droit civil français issu des idéaux des Lumières. Il brise avec l’universalisme des droits individuels de la personne humaine. Mais cette rupture était-elle réellement dépourvue de tout précédent ? En vérité elle n’a fait que transposé en droit interne à la métropole des règles de droit commun dans les colonies.

L’élaboration du Code de l’indigénat

Les indigènes n’étaient pas des citoyens (3). La loi du 28 juin 1881 avait intégré au corpus législatif de la République le régime des « infractions spéciales à l’indigénat », dit « Code de l’indigénat ». Élaboré dans le cours même de la conquête de l’Algérie pour soumettre les populations, ce code définissait un ensemble d’infractions - la simple désobéissance, l’irrespect à l’égard de l’autorité ou le refus de payer l’impôt de capitation, résurgence du droit féodal, étaient du nombre - réprimées « par voie disciplinaire » à l’initiative des « administrateurs » civils. Un décret du 4 novembre 1928 relatif au « statut des métis nés de parents légalement inconnus en Indochine » prévoit en son article 2 que « la présomption que le père ou la mère » inconnu « est d’origine et de race française peut être établie par tous les moyens ». L’énoncé non limitatif de ces moyens n’exclut en rien celui mentionné dans un arrêt de la cour de Hanoï du 12 novembre 1926 et faisant jurisprudence : « Au besoin en ayant recours à une expertise médico-légale destinée à préciser les caractères ethniques du sujet » (4).

Une abondante littérature universitaire faisait la glose de ce droit fondamentalement antirépublicain et l’administration coloniale était experte dans son application. Il ne pouvait qu’être familier aux deux principaux rédacteurs du statut juif de l’automne 1940, Raphaël Alibert, le ministre de la Justice, spécialiste du droit public et constitutionnel, antisémite notoire, adepte de l’Action française et admirateur de Charles Maurras, et Marcel Peyroutin, le ministre de l’Intérieur, secrétaire général du gouvernorat d’Algérie au début des années trente puis résident général de France en Tunisie où il se distingua par la brutalité de la répression coloniale.

Dès le 30 juillet 1885, répliquant, à la Chambre des députés, à Jules Ferry qui, l’avant-veille, défendait la politique d’expansion coloniale au nom du devoir civilisateur, Georges Clemenceau avertissait : « Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas un droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence l’hypocrisie. »

(1) Georges Bensoussan, Auschwitz en héritage ? Mille et Une Nuits ; entretien dans l’Humanité du 27 janvier 2005.

(2) Les actes de ce colloque ont été publiés sous le titre : le Droit antisémite de Vichy, « Le Genre humain », Le Seuil, 1996, 612 pages.

(3) Selon les données publiées par Gérard Fritz et Jean-Claude Fritz, même ouvrage (pages 78 et 83), sur quelque 36 millions de colonisés l’accès à la citoyenneté par naturalisation aurait concerné en moyenne moins de 50 indigènes par an de 1914 à 1925.

(4) Cité par les mêmes auteurs, page 82.

Marc Blachère
© L'Humanité

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HISTOIRE D’UN INCROYABLE EMBALLEMENT (France)

RER D. S’appuyant sur la procédure judiciaire, les auteur et réalisateur, Éric Decouty et Vassili Silovic, révèlent dans un documentaire les failles qui ont conduit à l’engrenage médiatique.
L’invraisemblable affaire du RER D, Canal Plus. 22 h 20.


21/01/2006 - Le 9 juillet 2004, Marie-Léonie Leblanc déclare avoir été victime d’une agression sur la ligne D du RER et porte plainte. Le lendemain, Jacques Chirac et Dominique de Villepin condamnent publiquement ce qu’ils désignent comme un acte antisémite et provoquent un véritable acharnement médiatique et politique. Ce document apporte aujourd’hui la preuve que leurs déclarations ne reposaient sur rien d’autre que la déposition de la jeune femme. Et montre le caractère invraisemblable du récit de son agression.

Pourquoi revenir aujourd’hui sur l’emballement médiatico-politique de « l’affaire du RER D » ?

Éric Decouty. L’idée était de chercher à savoir ce qui s’était passé, pourquoi et comment cela avait pu se passer. L’élément déclencheur pour faire ce film, c’est d’avoir trouvé la procédure judiciaire de l’affaire, qui nous permettait d’avoir une base de travail, de comprendre qui a fauté. Nous disposions d’un matériau indispensable et surtout incontestable. Il est aux archives du tribunal de Pontoise, il a été classé dès le 14 juillet, rangé aux archives. Personne jusqu’ici n’avait eu l’idée ou la volonté de le consulter.

Vassili Silovic. Un autre élément déclencheur a été de trouver le financement du film : aucune grande chaîne française nationale n’en voulait. À l’exception de Canal Plus. Je ne m’attendais pas à une telle réticence sur un sujet très connu et que les gens ont encore en mémoire. Ça a déclenché chez moi une réaction presque moralisatrice : il y a eu des fautes, mais, au final, personne ne s’est jamais vraiment excusé d’avoir accusé des gens, toute une population d’antisémitisme. Et plutôt que de dire que l’histoire était fausse, beaucoup des intervenants ont dit « d’accord cette histoire était fausse mais elle était vraisemblable ». Ils ne se sont pas excusés.

Avez-vous été surpris en prenant connaissance de cette procédure judiciaire ?

Éric Decouty. Très surpris. Voir noir sur blanc que le samedi à minuit, et de surcroît le dimanche, les flics n’ont rien et que le plus haut niveau de l’État s’exprime... Je n’ai jamais vu ça. La moindre de choses aurait été un minimum de réserve. Le premier choc que nous avons eu en faisant cette enquête, c’est de découvrir qu’un politique au plus haut niveau peut dire n’importe quoi sur la base de rien. C’est gravissime. Le ministre de l’Intérieur et le président de la République se permettent de stigmatiser les populations sur la base d’éléments qu’ils disent avérés. Quand la parole politique est lancée, on pourrait espérer, nous, citoyens, qu’elle repose sur du concret, sur des choses qui ont rapport avec le réel. Or, là, il y a deux déclarations consécutives suivies d’une litanie d’autres qui sont vindicatives et qui ne reposent sur rien, sur du vent, sur quelque chose qui est du néant.

Toutes proportions gardées, cela revient à ce qu’il s’est passé quand Bush ou Blair ont dit : « Il y a des armes de destruction massive en Irak » sans en donner les preuves. Ici, un chef de l’État et un ministre de l’Intérieur ont dit : « Des Noirs et des Arabes ont agressé une jeune juive. » C’est l’une des démonstrations de ce film : quand ils s’expriment, ils n’ont strictement rien, ils n’ont même pas pris la peine de demander aux gens en charge du dossier ce qu’ils ont. C’est gravissime. On aimerait que la parole politique se fonde sur quelque chose d’avéré et non sur du vraisemblable. Quand on voit ce qui s’est passé, on comprend qu’on peut dire n’importe quoi. Et qu’en plus l’histoire est aussitôt enterrée.

Cette histoire pose aussi la question de la distance des journalistes par rapport aux institutions...

Vassili Silovic. Au fond, tous les journalistes qu’on a interrogés dans le film ont douté. Mais étant donné le sujet sensible, qui tourne autour de la question de l’antisémitisme, ils étaient dans une dynamique telle qu’ils n’ont pas osé émettre leur doute. Ils étaient dans un piège.

Éric Decouty. De mon point de vue, on ne peut pas se permettre de stigmatiser totalement les journalistes. Les gens qui étaient sur le terrain n’avaient pas d’infos. Le président de la République et le ministre de l’Intérieur ont parlé. C’est vrai que quand ce dernier, qui est le premier flic de France, dit grosso modo : « Cette histoire est vraie », on peut penser qu’il a vérifié ses infos, qu’il a des billes. Même si les journalistes de terrain ont des doutes. Ce film n’est pas une réflexion sur le journalisme. Cela dit, il faudra bien qu’à un moment ou à un autre on réfléchisse un peu à notre émancipation à l’égard des pouvoirs, de toutes les institutions. C’est notre crédibilité qui est en cause.

Les politiques n’étaient pas harcelés par les journalistes quand ils ont fait leurs déclarations. Personne ne leur avait rien demandé. Le fait qu’une plainte ait été déposée, ce n’est pas contestable, c’est avéré. Que l’AFP annonce un dépôt de plainte, à la limite, le fait est juste. Mais qu’ensuite le politique s’appuie sur ça... On aurait pu penser qu’il était allé vérifier sur quoi elle reposait. La parole du politique doit reposer sur quelque chose de tangible. D’autres ministères, dont celui de la Justice, se sont abstenus et ont remis une éventuelle intervention à plus tard. Si notre film peut servir à quelque chose, ce serait qu’aujourd’hui les politiques nous expliquent les raisons qui les ont poussés à intervenir. Dominique Strauss-Kahn, suivi par d’autres, a déclaré dans les jours qui ont suivi que des affaires de ce type il y en a vingt par semaine. C’est faux ! Les chiffres sont têtus : il n’y en a jamais eu. Alors, pourquoi ? Personne n’a voulu répondre à cette question.

Vassili Silovic. Une réserve de vingt-quatre heures aurait suffi à ce que cette affaire n’ait pas lieu. Les policiers, tout au long de l’affaire ont vraiment fait un travail très solide, ils ont lancé les bonnes pistes immédiatement. Elles ont eu du mal à démarrer en raison du week-end. C’était techniquement impossible de résoudre l’intrigue plus vite. Mais, dès le lundi, ils avaient des éléments.

Anne Roy
© L'Humanité

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DIEUDONNÉ SE DÉFEND D'ÊTRE ANTISÉMITE DANS UNE INTERVIEW AU HAARETZ (France)

L'humoriste français Dieudonné, taxé d'antisémitisme depuis des attaques au vitriol contre les juifs et Israël, s'est défendu d'être antisémite dans une interview publiée vendredi par le quotidien israélien Haaretz

21/01/2006 - "Je ne suis pas du tout antisémite. Je n'ai aucun problème avec les juifs mais je me permets de critiquer certaines formes d'intégrisme", a-t-il déclaré dans l'entretien.

"Alors, quand c’est sur l’intégrisme musulman, ça passe, ou chrétien ou des chefs d’Etats africains ou je ne sais quoi, mais par contre, dès que cela touche de près ou de loin à la politique israélienne ou à Israël, ici il existe un lobby pro-israélien hystérique", a-t-il ajouté.

Il a accusé ce "lobby" de "détester les Noirs, les Arabes et d'être raciste", ainsi que d'installer une "véritable dictature de la pensée unique" en France.

"Dans mes sketches, je fais aussi des plaisanteries sur les Noirs et les Arabes, mais pour une étrange raison, personne ne s'en offusque" a-t-il déclaré dans son entretien au quotidien.

Il a nié avoir établi un parallèle entre la traite des Noirs et la Shoah, le génocide perpétré par les nazis durant la Seconde guerre mondiale.

"Charte de la souffrance"

"Ce serait la pire des erreurs. Il ne faut pas tomber dans le piège de la +charte de la souffrance+ qui attribuerait à telle ou telle communauté plus de souffrances qu'à l'autre", a-t-il souligné.

Dieudonné, qui a annoncé fin 2005 sa candidature à l'élection présidentielle de 2007, s'est forgé l'image d'un provocateur professionnel, adepte de déclarations choc, notamment sur les religions.

Célèbre depuis les années 1990 pour ses sketches, notamment ses duos comiques avec Elie Semoun, Dieudonné, né en février 1966 à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine) affirme vouloir rendre justice aux descendants des esclaves dans un pays qui occulterait son rôle dans la traite des Noirs.

Il sera prochainement rejugé pour avoir affirmé, en novembre 2003, que les juifs sont "une secte, une escroquerie", ajoutant: "C'est une des plus graves parce que c'est la première".

L'humoriste avait récidivé en décembre 2003, apparaissant à la télévision grimé en juif religieux, exécutant le salut nazi au cri de "IsraHeil". Même s'il a été relaxé deux ans plus tard, il est devenu, aux yeux de certains, un "Le Pen de gauche".

En février dernier, il avait de nouveau déclenché une polémique en évoquant, à Alger, la "pornographie mémorielle" qui prévaudrait autour de la mémoire de la Shoah.
© Menara

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DES PROFESSEURS EXERCENT LEUR 'DROIT DE RETRAIT' À PARIS (France)

Les enseignants d'un établissement parisien accueillant des jeunes en difficulté ont annoncé lundi leur décision d'exercer leur "droit de retrait". Ils protestent contre la violence et le manque de moyens.

23/01/2006 - A en croire les professeurs, rien ne va plus à l'EREA (établissement régional d'enseignement adapté) Jean Jaurès, situé rue Clavel dans le 19e arrondissement de Paris. Cet établissement scolaire accueille 221 adolescents en difficulté. Les enseignants ont annoncé lundi, dans un communiqué, leur décision d'exercer leur "droit de retrait" pour protester contre la violence et le manque de moyens. Ils précisent avoir adressé une lettre vendredi à l'inspecteur d'académie.

"Nous ne sommes plus en mesure d'assurer la sécurité de nos élèves et craignons également pour celle des personnels", disent-ils dans leur lettre qui signale des "insultes fréquentes", "des bagarres en classes à coup de chaise", des "agressions d'enseignants ou d'élèves", des "émeutes dans la cour et la cantine" ainsi que d'autres faits : "racket, incivilités, racisme, animosité au quotidien". "Le travail en classe est devenu très difficile, voire impossible : hurlements, coups de pied dans les portes, va-et-vient, intrusions dans les classes...", ajoutent-ils.

Les enseignants protestent également contre le manque de moyens et la suppression de postes d'éducateurs. Ils signalent par ailleurs des problèmes d'hygiène et de sécurité : "ateliers de taille de pierre générant des poussières dans des locaux confinés et ateliers de carrelage et de pose de moquette utilisant des solvants dans des locaux sans ventilation".
© TF1

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LES NOUVEAUX FRANÇAIS SOUS LA LOUPE

23/01/2006 - Ce n'est pas le genre de livre dont on a envie de faire la critique. On voudrait plutôt en dresser l'inventaire juste pour en discuter. Car au fond, il est très exactement fait pour cela. Mais son caractère scientifique et la modestie de sa présentation ne font pas justice de l'importance qu'il devrait revêtir pour un grand public assommé par les médias de considérations approximatives sur les "nouveaux Français" (à la première étape, on met encore les guillemets; à la deuxième, on les enlève ; à la troisième, l'adjectif deviendra obsolète).

Français comme les autres ? (157 pages, 10 euros, Les Presses de Sciences Po) se présente comme une enquête sur les citoyens d'origine maghrébine, africaine et turque (c'est d'ailleurs le sous-titre). Ses auteurs Sylvain Brouard et Vincent Tiberj sont tous deux chercheurs au CEVIPOF, le centre de recherches politiques de Sciences Po. Leur travail repose sur la confrontation systématique de deux sondages effectués en avril dernier auprès de deux types de population française âgées de 18 ans et plus : les uns représentatifs des originaires d'Afrique et de Turquie, les autres représentatifs de la population française en général (des échantillons-témoins d'un millier de personnes à chaque fois). Avant d'en conclure que les Français d'origine immigrée constituent une population "ni tout à fait la même ni tout à fait une autre" que les autres Français, les deux enquêteurs livrent bien sûr leurs attendus dans le détail. Et, le dernier mais pas le moindre, comme le souligne leur préfacier Pascal Perrineau, ils rendent visible cette majorité silencieuse de "nouveaux Français" (expression désormais consacrée) qui disparaît généralement derrière la minorité bruyante.

Quelques points de méthode tout d'abord. Ils prennent comme référence des études établissant qu'il y avait en 1999 une population d'origine étrangère estimée à 13,5 millions de personnes, soit 23% de la population de la France métropolitaine ; parmi eux, les originaires du Maghreb ne représentent que près de 3 millions de personnes. Chiffres qui seront évidemment contestés, et pourquoi pas, mais à condition de citer des sources fiables. Et de préciser ce qu'on entend précisément par "population d'origine étrangère" car sur ce sujet plus que sur d'autres, on marche sur des oeufs : "population composée des immigrés et des personnes nées en France d'au moins un parent ou un grand-parent immigré" répondent-ils en reprenant la définition de la démographe Michèle Tribalat. De même leur définition de "musulman" est-elle strictement religieuse, et non pas sociologique, culturelle ou identitaire : ne sont musulmans que ceux qui déclarent être de religion musulmane. Les deux chercheurs ne se sont pas contentés d'interroger les immigrés naturalisés : ils ont également interrogé, ce qui tout à fait inhabituel dans ce genre d'enquête, les enfants et petits-enfants de l'immigration maghrébine, africaine et turque.

Les conclusions de l'enquête :

RELIGION

Plus ils s'inscrivent dans la société française, moins ils sont musulmans, d'autant que les trois quarts de la seconde génération sont issus de mariage mixte ; ils sont comme les autres Français ouverts au mariage mixte mais beaucoup plus hostiles quand il s'agit des filles ... Les Français musulmans (autour d'y 1,1 million de personnes) n'en entretiennent pas moins une relations plus intense avec leur religion que le reste des Français. La proportion de musulmans est maximale chez les jeunes et décroît ensuite ; c'est par les 18-24 ans que l'on assiste aujourd'hui à un phénomène de réislamisation en France. Rien à voir avec le niveau d'études. Si la religion musulmane est bien l'islam, un tiers ne s'en réclame pas. Rien n'est plus faux que l'idée d'un bloc homogène de population immigrée musulmane.

ESPRIT CITOYEN

Ils sont 23% à déclarer ne pas être inscrits sur les listes électorales contre 7% chez les autres Français, mais on peut penser que cela a évolué depuis la récente crise des banlieues et l'idée d'un vote-sanction contre Sarkozy-le-karcheriseur. A noter que l'affiliation musulmane va de pair avec le taux de non-inscription.

POLITIQUE

Ils sont enracinés à gauche, comme les Noirs américains le sont le sont avec les démocrates. 76% d'entre eux se déclarent proches d'un parti de gauche. Paradoxe : la gauche étant peu incarnée à travers un leader fort qui s'impose, Jacques Chirac jouit d'une sympathie particulière parmi eux.

INTEGRATION

On peut parler d'une intégration réussie quand on constate leur légitimisme à l'égard des institutions et du modèle hexagonal, attitude pro-Etat supérieure aux autres Français qui s'explique autant par la culture de l'assistanat que par une forme de volontarisme à l'égard du travail. Ils sont plus attachés à la réussite que l'électorat de droite. Leur culture de leur réussite prime et perdure quelle que soit leur position dans la société. Ils font la synthèse entre liberté et égalité contrairement au reste de l'électorat français qui aura tendance à les opposer. Ils se distinguent des autres par leur dynamisme plutôt que par leur attentisme.

MOEURS

Ils sont moins permissifs que les autres Français dans trois domaines: homosexualité, séparation dans les piscines et interdiction des relations sexuelles avant le mariage pour les filles. Ils sont deux fois plus homophobes, conservateurs et intolérants que les autres Français, phénomène lié à la fréquentation des mosquées.

RACISME

Un sur trois de ces nouveaux Français rejette l'immigration. Ils sont beaucoup plus antisémites que les autres Français, notamment les 18-24 ans. Le préjugé antisémite perdure indépendemment de l'âge, des diplômes ou de l'univers politique. Le niveau d'antisémitisme est lié au facteur religieux et à la relation à l'immigration. Ils sont moins antisionistes qu'on ne le croit généralement. La minorité intolérante et ouvertement antisémite (33% d'entre eux) est musulmane pratiquante.

DISCRIMINATION POSITIVE

Leur position sur la question n'est pas formée. Ils semblent préférer ce qui s'éloigne le moins de l'égalitarisme républicain, une politique générale plutôt que des mesures spécifiques propres à eux seuls.

COMMUNAUTARISME

La concentration dans l'espace (cités, ghettos ...) est l'une des conditions du phénomène. Les originaires du Maroc ou d'Afrique noire se sentent plus proches que les autres de leur pays d'origine. Dans leur majorité, ils ne sont pas dans une logique communautaire.
En conclusion, tout en voulant se garder de fabriquer un archétype équivalent au Français-béret basque-et-baguette de pain, Sylvain Brouard et Vincent Tiberj posent "la" question : "Les Français sont-ils prêts à les considérer en tant que "Français comme les autres" et à leur accorder une place socio-économique qui leur est aujourd'hui refusée"?

Mais on doute que la réponse, qui relève des mentalités, soit, dans un premier temps du moins, réductible à des chiffres et à des statistiques.

© Le Monde

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M. MARTINEZ VOIT L'AVENIR DU FN DANS L'ÉLECTORAT DE GAUCHE (France)

23/01/2006 - L'avenir du Front national (FN) serait-il dans l'électorat de gauche, et plus particulièrement celui du Parti communiste et des banlieues ? C'est, en tout cas, ce que suggère Jean-Claude Martinez, conseiller spécial à la prospective stratégique pour la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen, dans un ouvrage intitulé A tous les Français qui ont déjà voté une fois Le Pen, publié aux Lettres du monde.

"OBJECTIF POLITIQUE"

A la lecture "ethnique" et religieuse de la société proposée par le FN, M. Martinez, professeur à l'université de droit de Paris-II, substitue un décryptage économique et social. "Dans la politique et l'esprit des Français, le 29 mai et les deux semaines de novembre enflammé, une barrière psychologique, en 2005, a cédé", écrit-il. "Pour la première fois, soutient-il, les Français se sont regroupés (...) en fonction de leur niveau de vie. Les chômeurs, les mal logés, les précarisés se sont retrouvés du même côté. Qu'ils viennent du FN, de la gauche du PS ou du PC."

Dès lors, demande-t-il, "pourquoi devrions-nous toujours exclure d'emblée l'idée même de l'alliance avec des électorats à front renversé ?" N'hésitant pas à prendre les militants et les cadres du FN à rebrousse-poil, il continue : "A Aulnay, Clichy et dans les cités de Saint-Etienne (...), pourquoi imaginer qu'un langage de justice, de raison et de vraie intégration nous serait à jamais interdit parce qu'inaudible ? (...) La République pour tous, c'est aussi à nous de la proposer." "Ce n'est pas vraiment devant les banlieues que (...) nous devons aboyer, mais devant les hauts lieux. Pas devant les nègres mais les négriers", insiste-t-il.

M. Martinez invite les frontistes à s'interroger sur leur "objectif politique", leur "méthode" et "les alliances" lors d'une "convention nationale pour le changement", qui rédigerait un "manifeste du parti populaire" et se conclurait par un congrès à... Tours.

Christiane Chombeau
© Le Monde

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PROFANATION DU CIMETIÈRE JUIF D'HERRLISHEIM: DEUX NOUVELLES MISES EN EXAMEN (France)

23/01/2006 - Deux hommes ont été mis en examen et écroués dans le cadre de l'enquête sur la profanation de 127 tombes israélites du cimetière d'Herrlisheim-près-Colmar (Haut-Rhin) le 30 avril 2004, a annoncé lundi le procureur de la République de Colmar Pascal Schultz. Un premier homme avait déjà été mis en examen dans cette affaire. La profanation, commise le jour anniversaire de la mort d'Hitler, avait suscité une très grande émotion. Un agent de sécurité de 36 ans habitant à Kaysersberg et un jeune homme sans profession âgé de 27 ans domicilié à Soulzmatt ont été mis en examen pour "violation de sépultures aggravée en raison de l'appartenance à une religion et incitation à la haine raciale", a rapporté le procureur.
Tous deux ont été écroués.

Le premier avait, en outre, été mis en examen pour tentative de meurtre. En septembre 2004, un Marocain de 65 ans avait été blessé par un engin qui avait détruit son cabanon situé dans des jardins familiaux à Rouffach. L'agent de sécurité avait ensuite revendiqué cet acte auprès de deux journaux locaux au nom d'un groupe néo-nazi inconnu, "la branche armée de l'Ordensstadt".
Dans l'enquête sur la profanation du cimetière, un bûcheron de 24 ans avait déjà été mis en examen le 15 décembre 2004. Le jeune homme, qui nie toute participation à cet acte, avait été écroué puis remis en liberté sous contrôle judiciaire. Il était membre du Front national au moment des faits, selon le procureur de Colmar.

Les trois hommes auraient été confondus par des expertises graphologiques. Le procureur avait indiqué au cours de l'enquête de gendarmerie que "deux scripteurs, au moins, avaient été décelés". Une faute de grammaire allemande dans une inscription à la gloire d'Hitler sur des drapeaux plantés dans la nécropole semblait exclure déjà la piste de néo-nazis allemands.
Les trois hommes encourent trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.
© Le Nouvel Observateur

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LA BATTUE AUX 500 SIGNATURES DÉMARRE PAR L'EXTRÊME DROITE (France)

De Mégret à Le Pen en passant par Villiers ou Saint-Josse, les candidats arpentent déjà la France rurale pour se présenter en 2007.
par Guillemette ECHALIER


23/01/2006 - La chasse aux maires ruraux est ouverte. A seize mois de l'élection présidentielle, les «petits» candidats de droite, de droite extrême ou d'extrême droite se lancent déjà à la pêche aux précieux 500 parrainages d'élus indispensables pour se présenter. Le trio Villiers, Le Pen, Mégret risque de se marcher sur les pieds au fil d'une compétition à laquelle pourraient se mêler Dupont-Aignan, Boutin et Saint-Josse. Une demi-douzaine de prétendants qui lorgnent peu ou proue la même cible : les petits maires indépendants ou divers droite. «Il y a des recoupements entre nos publics», admet le président du Mouvement national républicain (MNR), Bruno Mégret, qui reconnaît qu'en 2002 «95 %» de ses parrains «étaient des maires de petites communes». «Certains essayent de réunir des signatures pour éviter que j'en bénéficie», a répété Le Pen lors de la présentation de son état-major de campagne, le 9 janvier. Il a carrément prêté à Philippe de Villiers «cette perversion avouée de vouloir assécher le terrain du FN». Le candidat du Mouvement pour la France (MPF) se défend de vouloir subtiliser des parrainages à ses adversaires : «Mon objectif n'est pas la démocratie du tapis vert. Loin de moi l'idée d'empêcher tel ou tel candidat d'avoir des signatures !», assure-t-il.

Pour acquérir le droit de concourir une cinquième fois à l'Elysée, Le Pen peut compter sur les 157 conseillers régionaux FN. Mais les municipales tombent en 2008 et certains maires vont hésiter à deux fois avant de donner publiquement leur soutien au candidat Le Pen. Le leader d'extrême droite réclame d'ailleurs en vain la fin de la publicité des 500 premières signatures au profit d'une liste qui serait confiée à neuf hauts magistrats et tenue secrète.

«Priorité absolue» pour le FN, la récolte des signatures a été confiée à Fernand Le Rachinel, conseiller régional de Basse-Normandie et eurodéputé. A partir de fin janvier, il devra rendre compte tous les quinze jours de l'état des promesses. «Nous avons entamé les démarches préliminaires : recontacter les derniers parrains», explique Bruno Gollnisch. «Nos prospecteurs reviennent optimistes de leurs tournées. Il n'y a pas de souci à se faire. Tous les maires ne sont pas des lâches !», a prétendu Le Pen au début du mois.

Terres communes.

Les démarcheurs frontistes vont sûrement croiser ceux de Mégret ou de Villiers. Candidat déclaré depuis novembre, Bruno Mégret a lancé ses prospecteurs le 14 janvier. «Nous avons déjà retenu une catégorie préciblée de maires, dans tous les départements, susceptibles d'être séduits par nos idées», explique le président du MNR. Quant aux «missi dominici» de Philippe de Villiers, les présidents des 95 fédérations du MPF, ils sillonnent les routes départementales depuis le 1er décembre. Ils comptent s'appuyer sur le bilan de «gouverneur territorial» de Vendée de Villiers : «La coopération avec le Bénin, le Vendée-Globe ou un taux de chômage à 6 %.» Les villiéristes misent aussi sur Jacques Bompard, rallié au MPF et seul maire d'une grosse commune, Orange, qui avait accordé son parrainage à Le Pen en 2002.

Réseau.

Autre souci qui pousse à prendre le départ très tôt : les formulaires officiels ne sont remplis que quelques semaines avant le premier tour. Le Front a été échaudé en 2002 par la rétractation tardive de 200 maires. A l'époque, Bruno Mégret avait bénéficié d'un coup de pouce du RPR. Mais il concède que «rien n'est joué, certains maires signent des promesses puis changent d'avis». Il faut donc viser plus haut que 500 promesses. Nicolas Dupont-Aignan, candidat déclaré depuis le 15 octobre, fait le pari de 1 000 parrainages et mise sur l'adhésion des maires qui avaient soutenu par le passé Pasqua, Séguin ou Chevènement. «Il ne faut pas croire qu'en tant que petit candidat, je ne dispose pas d'un réseau et de vraies forces militantes», affirme le député UMP de l'Essonne qui met en avant son mouvement, Debout la République. Au cours du premier semestre 2006, il compte envoyer une lettre à tous les maires. Sa collègue de l'UMP, Christine Boutin, a aussi adopté l'arme des missives. La présidente du Forum des républicains sociaux en enverra une dans les prochaines semaines aux 650 maires qui l'avaient parrainée en 2002. Elle a aussi entamé un tour de France placé sous le slogan «donner une chance à chacun».

Pêche.

Elle croisera peut-être Jean Saint-Josse. Le président de Chasse Pêche Nature Traditions (CPNT) a débuté son propre tour de l'Hexagone le 18 janvier, en commençant par la Somme et le Pas-de-Calais, deux des plus gros bastions de son parti. CPNT ne désignera son candidat que lors de son congrès, en septembre. Mais le maire de Coarraze (Pyrénées-Atlantiques) endosse le costume de VRP de son parti : «Ce sera seulement après septembre que démarrera la véritable chasse aux signatures. Mais cela ne nous empêche pas de recontacter dès maintenant le millier de maires qui avaient signé la dernière fois», concède-t-il. Pour les séduire, il va tenter de refaire jouer la carte du «candidat de la ruralité». Mais, par rapport à 2002, la tâche s'annonce plus compliquée : CPNT ne dispose plus de conseillers régionaux ni de députés européens.
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LE CHOUAN CONTRE L’ISLAM (France)

Lyon . La justice ne se précipite pas pour juger l’appel à la haine de Philippe de Villiers, malgré les plaintes de la mosquée et du MRAP.

24/01/2006 - C’était le 16 juillet dernier, en direct sur TF1, Philippe de Villiers, interviewé par Claire Chazal. Il parlait de « la guerre des banlieues » : « Nous, les leaders politiques, nous savons que la troisième guerre mondiale est déclarée. C’est une guerre qui a été déclarée et déclenchée par l’islamisme radical et nous ne pouvons continuer à assister, impuissants, à l’islamisation progressive de la société. » En conséquence, il proposait la création d’une garde nationale pour « rétablir les frontières... investir les quartiers islamistes, contrôler les mosquées ». « Il y a un permis de construire par semaine aujourd’hui pour les mosquées, moi, je crois que l’islam est le terreau de l’islamisme et l’islamisme est le terreau du terrorisme ».

Il n’y eut aucune réaction de la justice. Le parquet, qui pouvait porter plainte, n’a pas bougé. Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples l’avait décidé, immédiatement. Le recteur de la mosquée de Lyon, avant de le faire, a espéré une réaction du gouvernement et s’est adressé au CSA, accusant la journaliste de « complaisance ». La transcription du texte intégral a pris du temps : « J’ai saisi deux fois le ministre de la Justice. Il ne m’a jamais répondu, explique Kamel Kabtane, recteur de la mosquée de Lyon. Je me suis adressé au premier ministre pour lui faire remarquer qu’il s’agit d’un élu, d’un responsable d’un parti politique, qui se permet une attaque raciste d’une rare virulence. Qui a réitéré depuis. En toute impunité. Il n’y a eu aucune levée de boucliers. Aucun parti, aucune instance, n’a réagi alors que tout cela tombe sous le coup de la loi. Je n’ai jamais entendu une telle force de haine contre l’islam. Qui est attaqué en permanence. Nous sommes devant une complète banalisation. C’est insupportable et dangereux. Je ne suis ni islamiste, ni terroriste. Je n’aspire qu’à exercer ma religion en paix ».

Il faudrait obtenir la levée de l’immunité parlementaire de Philippe de Villiers. « Ce n’est pas normal, explique Gilles Devers, avocat de Kamel Kabtane. Il ne s’est pas exprimé en tant que député européen, mais comme chef de parti et candidat à la présidentielle. Pourquoi certains candidats seraient plus protégés que d’autres, simplement parce qu’ils ont un mandat ? »

Jeudi dernier, le tribunal de Bobigny, qui examinait la plainte du MRAP, a donc été amené à relier celle-ci à celle de la mosquée de Lyon, contre « une provocation à la haine à l’encontre d’une communauté religieuse », sanctionnée par la loi du 29 juillet 1881, d’une part, et contre « une provocation à la discrimination nationale, raciale et religieuse », d’autre part. À ce sujet, Mouloud Aounit, secrétaire du MRAP, s’inquiète « d’un degré d’imprégnation insupportable de la société par un racisme qui serait plus tolérable que les autres ». Le tribunal devait fixer une date de procès. Il s’est donné jusqu’au 19 mai 2006 pour choisir dans le calendrier. De quoi laisser à Philippe de Villiers le temps de continuer à alimenter sans dommage la xénophobie, le racisme et l’islamophobie ambiants. En prévision de présidentielles où ce débat serait plus rentable pour la droite que l’examen de sa politique.

Émilie Rive
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IL NE COMPTE PAS POUR UN BEUR (France)

Razzye Hammadi, 26 ans, nouveau président du Mouvement des jeunes socialistes. Ce Toulonnais préfère s'occuper de lutte contre le CPE que de discrimination positive. Par Luc Le VAILLANT

25/01/2006 - Sa mère lui dit souvent: «Je me suis battue pour que tu fasses des études. Et à la télé, on ne parle que du beur militant contre l'extrême droite ou du beur du MJS...» En bon fils, devenu chef de famille à 15 ans après le décès de son père, Razzye Hammadi demande une faveur qu'on accorde volontiers à cet aîné attentif à exaucer les voeux d'une maman longtemps saignée aux quatre veines mais très positivante dans la débine. Tutoyeur automatique, il lance: «Parle de mon 3e cycle, ça lui fera plaisir!» Le parcours méritocrate et républicain de ce néokeynésien s'est donc brillamment conclu par un mémoire d'économie intitulé : «L'harmonisation des systèmes de protection sociale en Europe». Voilà qui est fait ! 

Pour «s'extraire de sa condition», pour «échapper au déterminisme», pour glaner des diplômes mais surtout pour conquérir le poste de président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS), ce Toulonnais, fils d'un Algérien et d'une Tunisienne, a tanné le cuir de bien des vaches enragées. Son père avait monté une petite entreprise de fruits et légumes. Il y avait une quinzaine de salariés. Puis ça a périclité. Puis ça a fait faillite. Puis, la maladie, la mort. Sa mère, alors, empoigne la fatalité par le revers et affirme à ses deux fils, qui en feront leur devise: «Il est possible de changer les choses.» Pour que les déménagements cessent de s'enchaîner vers des cités de plus en plus patibulaires, elle se fait femme de ménage. Razzye, encore lycéen, travaille après les cours. Le soir au McDo, la nuit sur les marchés où parfois l'embauchent les anciens concurrents de son père. Il finit par obtenir une bourse, puis un poste de surveillant. «500 euros mensuels, c'était le bonheur.» Actuellement, permanent du MJS, il émarge à 1000 euros, «c'est déjà un privilège», et se promet de se remettre à sa thèse. Cette même année noire, l'année de ses 15 ans, le FN prend la mairie de Toulon. Razzye Hammadi se souvient de ce «sentiment de colère» qui le submergeait et dont il ne savait que faire. L'éternel délégué de classe n'a pas dévissé. L'abonné à la prise de parole a tissé serré la chaîne et la trame des études et du militantisme, dans une suractivité qui est la force de ce jeune âge quand le dégoût de tout en est l'ombre jumelle.

Hammadi arrive en charge quand le pays se soucie de discrimination positive et quand le PS peine à organiser en son sein l'égalité des chances. Coup monté? Pas vraiment. La maturation des prétendants ne peut être indexée sur les soubresauts de l'actualité. Benoît Hamon, député européen PS et grand ancien du MJS: «Cela ressemble à un effet d'aubaine, mais cela n'a rien à voir avec le contexte. Razzye a été choisi car il était le meilleur, qu'il était têtu, tenace, qu'il s'imposait naturellement.» Hammadi a fait ses classes au bureau national du MJS. Il s'est occupé d'économie et d'international. Pas d'immigration ou de politique de la ville. Surtout, il a la réputation d'être un commercial ultrapersuasif, de pouvoir «faire adhérer qui il veut en cinq minutes» (un proche). Il renchérit d'un: «La force de notre génération, c'est d'être aussi à l'aise dans les cages d'escalier que dans un débat sur le budget européen.» Et puis il a 26 ans, juste le temps d'accomplir un mandat de 2 ans avant de devoir passer chez les grands. Pour le reste, il dit souvent: «Je suis un militant socialiste, point. Je ne suis pas un socialiste rebeu.» Et, il ajoute: «Je suis contre toutes les discriminations, même quand elles sont positives.» Par chance, il est trop jeune pour avoir vécu le dilemme de certains beurs du PS, rétifs comme lui à la logique des quotas, mais soucieux d'une reconnaissance qui ne vient pas. Et il se tient à distance de Malek Boutih, l'ancien de SOS Racisme, seul deuxième génération visible au PS, qui énerve par ses propositions transgressives. Il dit: «Avec Malek, on se croise. On parle PlayStation. Ça ne va pas plus loin.» Sinon, ce laïque strict refuse de parler de religion: «Cela relève de la sphère de l'intime.» Et cet amoureux respectueux et rosissant évoque une paternité future en lançant: «Il aura les deux prénoms. Pourquoi je l'appellerais Jean?»

Le PS est un parti masculin, blanc et vieillissant, où s'affrontent pour la candidature suprême des énarques cinquantenaires venus à la chose publique via les groupes d'experts ou les cabinets ministériels. Quelques filières militantes fournissent malgré tout des cadres de 35-50 ans à l'avenir moins établi. Cela vient par le syndicalisme étudiant (FIDL, Unef-Id), l'antiracisme (SOS, Ni putes, ni soumises) et aussi ce mouvement de jeunesse officiel qu'est le MJS avec ses 6000 adhérents. Pourtant, peu d'ex-présidents du MJS ont rejoint les hautes sphères. Deux raisons: 1. Le MJS n'est plus assujetti à la direction du parti et fricote avec un courant, l'ex-NPS de Montebourg-Peillon. 2. Le renouvellement est difficile au sein du PS. Priorité aux femmes paritaires. Viendront ensuite les beurs. Quant aux jeunes, les pauvres... Razzye Hammadi s'évite les plans de carrière sur la comète. Monsieur le nouveau président joue la synthèse, marie les deux gauches, choisit «Mendès pour le fond et Mitterrand pour la stratégie», et oublie qu'il penchait plutôt pour le non des internationalistes. Le temps n'est plus aux ruminations, quand il va connaître son baptême du feu avec la mobilisation contre le CPE. Alors, quand il dit: «Jamais une société n'a aussi peu pensé à sa jeunesse», ce n'est pas à son parti qu'il songe.

Côté jeune, Razzye donne les gages technoïdes que son temps réclame et qu'il marie avec les rêves partageurs de ses convictions. Il est ravi de son Blackberry, reconnaît télécharger mais propose, afin de zapper les majors sans torpiller les droits d'auteurs, que les artistes se regroupent en «coopératives numériques de diffusion». Avide de savoir, c'est aussi un utilitariste qui, pour ses discours, glane des citations chez Camus, Pablo Neruda ou Fred Uhlman. Très marieur d'antagonismes, comme s'il lui fallait rapprocher l'Algérie secrète et silencieuse de son père et la Tunisie chaleureuse de sa mère, il fait coexister dans sa galaxie Sartre et Aron, ou les essais de Serge Halimi et d'Hervé Hamon qui se chevauchent sur sa table basse. Quand il va au ciné, il ne se polarise pas sur Spike Lee «et sa quête identitaire», il apprécie le Barry Lindon de Kubrik, le Rocco et ses frères de Visconti, et le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone. Dans lequel il ne peut s'empêcher de voir «la mise en cause des westerns à la John Wayne».

Il réside près de Paris, dans une banlieue tranquille, loin de la cité sudiste où, quand cet antiautoritaire a rejoint le PS, ses voisins passaient du «Combien ils te payent?» à «Qu'est-ce que tu peux faire pour moi ?» Il vit dans un trois pièces avec deux colocataires. Parmi lesquels son petit frère, 21 ans, qu'en protecteur comblé il présente comme un DJ reconnu, «vice-champion du monde de scratch», «mixant pour Fréquence Gay». Il est assis sur le canapé-lit. Aux murs, Einstein, une pub Banania, un tableau gag. Il est en marinière bleu roi sur un tee-shirt vert pomme, en chaussettes de tennis dans des chaussons noirs. Il garde un enrobé de bon aloi, celui des rencontreurs, des discuteurs. Il paraît pourtant qu'il a maigri. Hamon: «Je l'ai connu beaucoup plus rond. Il devait encore habiter chez sa mère.» Il arbore ces grands cernes bistre de ceux qui veillent tard, lisent beaucoup, et fument trop. Mais, promis, on n'en dira rien à sa maman.

Dates: Razzye Hammadi en 6 dates
22 février 1979
Naissance à Toulon.
1995
Mort de son père et premier engagement contre l'extrême droite.
1997
Départ en Tunisie.
1998
Retour en France et adhésion au PS.
2004
Secrétaire national du MJS.
11 décembre 2005
Elu président du MJS pour deux ans.
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LES PROPOSITIONS DE DSK SUR LE VOTE DES ÉTRANGERS FONT UN FLOP (France)

La plupart des associations jugent avec sévérité son approche.
Par Catherine COROLLER


25/01/2006 - «Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?» Cette question, c'est Ali el-Baz, coordonnateur de l'Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), qui la pose. Alors que les groupes socialiste et communiste au Sénat ont exhumé hier une proposition de loi constitutionnelle de 2000 visant à accorder aux étrangers le droit de vote aux élections municipales pour qu'elle soit débattue de nouveau, le socialiste Dominique Strauss-Kahn, lui, fait dans l'inédit.

Le 18 janvier, il a formulé la proposition suivante : «Les étrangers qui remplissent les conditions pour demander leur naturalisation, s'ils souhaitent s'engager dans l'exercice de la citoyenneté dans notre pays, pourront s'inscrire sur les listes électorales et rejoindront la communauté nationale en exerçant leur droit de vote.»

«C'est un truc abracadabrant qui ne va jamais être réalisé», commente Ali el-Baz. «Ça me semble bien du point de vue des neurones, ça oblige à réfléchir», rigole Saïd Bouziri, de la Ligue des droits de l'homme (LDH). Les deux hommes rejettent cette proposition. Comme Mouloud Aounit, du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) : «Pour les ressortissants de l'UE, il n'y a aucune condition, le fait de résider en France leur donne le droit de vote aux élections locales, c'est la citoyenneté de résidence. Et pour les extra-communautaires, on va mettre une condition, il va falloir qu'ils votent pour avoir la nationalité française ? C'est inacceptable !»

Saïd Bouziri est moins virulent : «Nous considérons que la nationalité peut être dissociée de la citoyenneté, nous sommes pour la citoyenneté de résidence. Or ce texte établit un lien très précis entre les deux, qui entretient la confusion.»

Comme Ali el-Baz, il s'interroge sur le mutisme de Strauss-Kahn quant aux conditions de naturalisation de plus en plus draconiennes. «On voit bien que DSK n'a jamais fait de demande de naturalisation, raille Ali el-Baz. Une personne qui a passé quarante ans de sa vie ici, si elle ne maîtrise pas le français, elle n'a pas droit à la nationalité ; une personne dont le conjoint étranger vit à l'étranger ne peut pas prétendre à la nationalité parce qu'il faut que sa famille soit réunie.» Par ailleurs, «qui va vérifier que les personnes remplissent les conditions de naturalisation ? La préfecture ? La mairie ?» questionne Saïd Bouziri. Pour ces associations, la question de la naturalisation et celle du droit de vote doivent être dissociées. Et les conditions d'obtention de la première, ainsi que l'exercice du second, facilitées.
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CHRISTIAN VANNESTE CONDAMNÉ (France)

Le député UMP du Nord était poursuivi pour « injure » envers les homosexuels

25/01/2006 - Le député UMP du Nord, Christian Vanneste, a été condamné à 3 000 euros d’amende mardi par le tribunal correctionnel de Lille, qui le jugeait pour « injure » envers les homosexuels. Il a également été condamné à verser à chacune des trois associations plaignantes 2 000 euros de dommages et intérêts, 1 000 euros au titre du remboursement des frais engagés, et à publier un extrait du jugement dans trois journaux. Les associations, qui s’étaient porté partie civile - le Syndicat national des entreprises gaies (SNEG), Act-Up Paris et SOS Homophobie - se sont déclarées satisfaites. « C’est ce que nous attendions, symboliquement, et nous espérons que cette condamnation aura valeur de signal en direction des homophobes », a déclaré le président de SOS Homophobie, Flannan Obé.

L’avocat de Christian Vanneste, Me Gérald Malle, a annoncé que son client ferait appel de sa condamnation, doutant que « cette loi puisse s’appliquer », avant d’ajouter qu’il porterait l’affaire, si nécessaire, jusque devant la Cour européenne des droits de l’homme.

Jean-Luc Romero, conseil- ler régional UMP, s’est rapidement réjoui de cette condamnation, appelant l’UMP à sanctionner politiquement l’élu. « Ne tirer aucune conclusion politique de cette sanction exemplaire donnerait injustement le sentiment que les élus sont au-dessus des lois et que l’homophobie est finalement tolérée, contrairement au racisme et à l’antisémitisme. Je demande à la commission d’investiture de l’UMP de ne plus lui accorder son soutien pour les prochaines élections législatives et de désigner un autre candidat si M. Vanneste était tenté de se représenter malgré sa condamnation ».

Dany Stive
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'LA DISCRIMINATION RACIALE PLUS DANGEREUSE QUE LA DISCRIMINATION POSITIVE' (France)

Didier Fassin, sociologue et anthropologue, professeur à l'EHESS, s'est exprimé mercredi soir lors de la troisième conférence sur le thème «Le modèle républicain confronté aux inégalités». Voici des extraits de son intervention. Par Gilles WALLON

26/01/2006 - «Il faut résister à la fascination des images qui ont constitué l'iconographie des événements d'octobre-novembre. A cette époque, je me suis promené, le soir dans le 93. J'ai également suivi une brigade d'intervention dans le Val-d'Oise. Et j'ai vu un calme relativement ordinaire, avec quelques incendies sporadiques et, rarement, des affrontements du type caillassage. Un capitaine m'a dit qu'il y avait quelques voitures brûlées de plus que d'ordinaire, mais rien d'exceptionnel sinon. Il faut donc s'interroger sur la production médiatique et politique des événements, et sur leurs effets en termes d'interrogation sociale, de peur, de rapport à l'autre.

Ce qui fait événement dans ce qui s'est passé, c'est que ça a séparé deux états du monde social en un avant et un après. Depuis la crise des banlieues, la société française ne se voit plus de la même manière. Au cœur de ce changement, il y a la discrimination raciale, qui a été le sujet de multiples enquêtes journalistiques, et qui fut le seul sujet de la seule intervention de Jacques Chirac. La discrimination, on en parlait déjà. En moins d'une décennie, il y avait eu des enquêtes, des rapports, des groupes d'études, des lois, des jurisprudences… On était passé d'un silence total à une reconnaissance officielle. Mais cela restait confiné. Là, cela a été rendu visible au plus grand nombre, c'est devenu un enjeu central. Il faut ajouter l'émergence d'une identité noire, la question de la colonisation… Maintenant, la confrontation du modèle républicain et des discriminations est devenue un lieu commun.

Mais un lieu commun n'est pas une vérité sociologique. Les commentaires politiques et les analyses qui ont été faites ont souvent mis en relation, comme si c'était un lien causal, la discrimination (situation économique, ségrégation résidentielle…) et les émeutes. C'est partiellement inexact. Les émeutes ne résultent pas d'une réalité déterministe : sinon, ce serait la guerre civile permanente. Là, la violence est partie de la mort de deux jeunes. Les jeunes des «quartiers» ont appris à tolérer un seuil de discrimination. Quand il est dépassé, il y a violence. Ici, c'était la mort des jeunes, a fortiori parce que leur deuil n'était pas reconnu, parce que leur mémoire était disqualifiée en les traitant de délinquants. Il y avait non-respect des règles du jeu, même si celles-ci, à la base, sont illégales.

Les politiques, les policiers, parlaient souvent de l'usage de la force comme d'une nécessité face à la perte d'autorité. Mais, c'est justement la brutalité physique et symbolique qui sape l'autorité de l'Etat. Je pense à quelque chose que j'ai entendue lors d'un procès il y a deux ans. Des policiers témoignaient, et disaient que pour les galvaniser lors d'une action en banlieue, leur chef leur avait dit : «On a perdu la guerre d'Algérie, on va pas recommencer, et cette fois pas de prisonniers.» Le rapport à la force publique constitue donc un déclenchement. Mais il faut maintenant y apporter un lecture ethnico-raciale.

La discrimination, c'est quoi ? C'est un traitement défavorable, fondé sur un critère illégitime. C'est une rupture de l'égalité de droit entre les personnes. C'est différent du racisme, même si les deux sont souvent liés. Exemple : je n'embauche pas un Noir pour ma boutique parce que sinon mes clients vont fuir. Ces discriminations ne sont pas nouvelles. Depuis longtemps, depuis le début du XXe siècle, les immigrés les ont vécues et les ont intégrées. Mais maintenant, elles concernent des Français, nés en France, des autochtones, qui donc ne comprennent pas pourquoi ils sont discriminés. Il y a une discrimination raciale, donc, mais aussi une inégalité économique et une ségrégation résidentielle.

La discrimination, on la voyait aussi à la période coloniale : il y avait déjà une contradiction de l'idéologie républicaine fondée sur l'universalisme et l'égalité. Les habitants des colonies étaient, pour citer Hanna Arendt, «des frères et des sujets». On les assimilait et on les distinguait. De même, dans les cérémonies de naturalisation, le représentant de l'Etat rappelle les valeurs de la France et le «travail» qu'il faudra pour devenir digne de la «faveur» que fait la République. Il rappelle donc que les nouveaux Français sont différents, pas égaux, suspects.

Mais la discrimination, moins on en parle, mieux ça se passe. Cette dénégation trouve aussi un écho chez les victimes, qui souvent veulent se faire oublier. Et les discriminations sont difficiles à nommer, on dit «jeunes», on dit «Maghrébins». Chirac avait même réussi dans son allocution de juillet 2004 à parler des discriminations en disant : «Trop de juifs, trop de musulmans, et même de Français, subissent ces violences». Il est difficile de mettre des mots, c'est pourquoi il nous faut clarifier notre langue et notre pensée.

Pour lutter contre les discriminations, on ignore souvent les armes déjà existantes, les dispositifs institutionnels. Il y a un renoncement à recourir au droit, qui est lié à la méconnaissance de ce droit, mais plus encore à son évitement. On ne croit pas à la force du droit, à ses effets. Et puis, il y a une tendance à ne pas vouloir tomber dans la victimisation. On ne se plaint pas, parce que le coût symbolique de s'estimer victime pour ce qu'on est paraît trop élevé. Donc, on assiste à une normalisation des pratiques de discrimination.

Je ne veux pas faire de la discrimination «la» solution. Toute solution ne peut qu'être partielle, insuffisante, avoir des effets pervers. Alors, il faut se poser la question : quelles sont nos priorités, nos objectifs, de quels types de politiques va-t-on accepter de subir les inconvénients ? A mon avis, les dangers de la discrimination raciale sont plus importants que les dangers de la discrimination positive. J'ai beaucoup travaillé en Afrique du Sud. Et j'ai toujours trouvé choquant, dans ce pays, qu'alors que l'apartheid venait d'être aboli et que le gouvernement tentait péniblement de réduire les inégalités, on s'est mis très vite à critiquer la discrimination positive.

Bien sûr, ce serait formidable de n'avoir pas besoin de la discrimination positive. Mais ce n'est pas comme ça dans la vraie vie. En ce moment, j'étudie les politiques de l'Etat et les politiques publiques dans une ville précise. Et face au «dire sans faire» de l'Etat, je préfère de beaucoup les tâtonnements des agents locaux, qui dans leurs aides au retour à l'emploi cherchent des solutions pour aider un peu plus ceux qui sont très nettement défavorisés. »

EHESS (amphithéâtre), 105 bd Raspail, 75006 Paris. Accueil à 19h45 pour début des séances à 20h. Sauf samedi à 10h.
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CHIRAC VEUT ABROGER L’ARTICLE DE LOI CONTROVERSÉ (France)

26/01/2006 - Jacques Chirac ne parle plus de réécrire l'article de loi contesté sur le "rôle positif", mais de le supprimer par décret. Le chef de l’Etat a demandé à son Premier ministre de saisir le Conseil constitutionnel sur la question, ce qui permettra d’éviter un nouveau débat au Parlement. L’alinéa controversé devrait avoir disparu dans trois semaines. Les Antillais et la gauche applaudissent.

"Concorde nationale"

Fini le temps béni des colonies ! Le très controversé article 4 de la loi du 23 février 2005, qui vantait le "rôle positif" de la présence française Outre-mer, va subir, selon toute vraisemblance, un enterrement de première classe. Jacques Chirac va donc à rebrousse-poil de sa majorité UMP. Sur la proposition de son fidèle Jean-Louis Debré, le président de la République a lancé mercredi (25 janvier) une procédure de reclassement du texte. Il va ainsi plus loin que la réécriture de l'article 4 qu'il avait souhaitée lors de ses voeux à la presse le 4 janvier dernier.

Objectif du chef de l'Etat : "retrouver les voies de la concorde nationale". Il a demandé à Dominique de Villepin de saisir le Conseil constitutionnel pour qu'il se prononce sur le caractère réglementaire du texte, en application de l'article 37 alinéa 2 de la Constitution. Ce qu'a immédiatement fait le Premier ministre. Les Sages de la rue Montpensier devraient logiquement reconnaître que l'article incriminé ne fait pas partie du domaine de la loi et qu'il a un caractère règlementaire. Ensuite, et ensuite seulement, le gouvernement pourra prendre un décret qui annulera la disposition. Le président de l’Assemblée nationale, qui "assume seul" le choix de la voie constitutionnelle, affirme que la suppression du texte devrait être effective "d'ici trois semaines". Le 9 décembre dernier, Jacques Chirac avait chargé Jean-Louis Debré d'une "mission "pluraliste pour évaluer l'action du Parlement dans les domaines de l'histoire et de la mémoire".

Réactions mitigées

Cette procédure permettra d’éviter un nouveau débat au Parlement sur ce dossier polémique. Elle permettra surtout de court-circuiter les réticences de certains élus de la majorité, qui s’étaient opposés en novembre à son abrogation. Passé pratiquement inaperçu lors du vote, l'article 4 de la loi du 23 février 2005 stipule que "les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord". Cette disposition avait suscité de nombreuses protestations, notamment de la part des Français d'outre-mer, descendants d'esclaves ou de colonisés. Une pétition demandant le retrait de cet article a recueilli en un peu plus d'un mois plus de 46.000 signatures, dont celles de plusieurs historiens de renom. Des manifestations prévues en Martinique ont conduit le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy à annuler le déplacement qu'il devait effectuer en décembre aux Antilles (Lire l'article). Le texte a aussi provoqué un tollé en Algérie, retardant la conclusion du traité d'amitié franco-algérien.

Tous les partis de gauche avaient réclamé l'abrogation de l'article de loi. "Peu importe la procédure, l'essentiel est acquis", s’est félicité le premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande. Et de regretter : "Que de temps perdu, d'énergie inutilement dépensée, de susceptibilités froissées et d'émotions inutilement provoquées !". SOS-Racisme, "soulagé", a jugé qu'un décret "n'est pas la réponse adéquate à la frustration et aux rancoeurs engendrées par cette loi". Jean-Pierre Brard, député apparenté communiste, a eu aussi une réaction mitigée. "Ce n'est pas satisfaisant parce qu'on aurait plutôt attendu une autocritique. Mais la raison l'emporte", a-t-il déclaré.

Le président du groupe UMP de l'Assemblée a salué une "décision d'apaisement et de rassemblement". Les membres de la majorité sont divisés sur le sujet. Nicolas Sarkozy était partisan d'une réécriture de l'article 4 pour "lever les malentendus".

Loïc Farge
© RTL

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LA BANLIEUE BOUILLONNE D'IDÉES CONTRE L'EXCLUSION (France)

Deux mois après les émeutes, le collectif A.C.L.E.F.E.U. cherche des solutions à la crise, avec les habitants. Un cahier de doléances sera remis aux députés. Par Stéphanie BINET

26/01/2006 - Il n'y a plus de voitures qui brûlent, plus de caméras, plus de stars à Clichy-sous-Bois pour venir lancer un appel pour l'inscription sur les listes électorales, mais les membres d'A.C.L.E.F.E.U. (Association du collectif liberté égalité fraternité ensemble et uni) n'ont pas repris leur vie «comme avant». Avant le 27 octobre, quand Zyad et Bouna, 17 et 15 ans, ont été électrocutés dans un transformateur EDF, après les six nuits d'émeutes qui suivirent à Clichy-sous-Bois, et les quinze autres dans le reste de la France. Ces éducateurs, enseignants, habitants de Clichy qui étaient dans les rues pour calmer les incendiaires et qui préfèrent parler de «révoltes sociales», estiment que si la tempête est passée, le message, lui, ne l'est pas. «Le fond de la révolte était compréhensible même si la forme était répréhensible, explique Samir Mihi, éducateur sportif, c'est à nous de mettre des mots sur nos maux pour que là-haut ils se bougent. On veut remettre en phase les politiques avec les citoyens.»

Bulle

Mardi soir, les trente membres du bureau (des animateurs, des chômeurs mais aussi une proviseure de lycée, un juge pour enfant) invitaient les associations du 93 et de la banlieue parisienne pour qu'elles recueillent ensemble les doléances des habitants des villes (lire page 3) où les violences urbaines se sont propagées en novembre. Certaines de ces associations se sont créées pendant cette période, comme à Epinay-sur-Seine. «On a l'impression que les hommes politiques vivent dans une bulle, explique Mohamed Mechmache, éducateur de rue et président du bureau. Puisqu'ils n'ont apparemment pas d'idées sur la crise qui vient de se passer, on va leur en donner.» Recueillir les plaintes des habitants, mais aussi les solutions qu'ils avancent est la deuxième action d'A.C.L.E.F.E.U. Créée dès le retour au calme début novembre, A.C.L.E.F.E.U. a tout d'abord répondu à une demande des jeunes : «Comment fait-on pour voter ?» Pour donner une résonance nationale à leur démarche, ses membres se sont associés au collectif Devoirs de mémoires de Joey Starr.

Privilèges

Fort de son succès, les inscriptions sur les listes électorales ayant augmenté dans plusieurs communes en décembre, le collectif a ensuite mis en place des rencontres avec les habitants au coeur des quartiers mais aussi dans les centres-ville pour rédiger ces cahiers de doléances qu'il veut remettre en juin à l'Assemblée nationale. «Ce terme de doléances, justifie Samir Abbas, porte-parole et enseignant dans un lycée professionnel, c'est évidemment pour rappeler 1789. Pour nous, les privilèges n'ont toujours pas été abolis dans ce pays.» Le 18 janvier, A.C.L.E.F.E.U. était aux Bosquets à Montfermeil, et le lendemain au centre-ville: «On pense que même les gens qui n'habitent pas dans nos quartiers ont aussi des solutions à proposer. Au sein d'une ville, les gens se divisent entre ceux qui vivent en zone pavillonnaire et ceux qui sont dans les HLM. Or, l'avis de tous les citoyens compte. On doit bientôt se rendre à Vannes, Bordeaux et dans le Poitou.»
© Libération

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LA RÉPUBLIQUE N’AIME PAS TOUS SES ENFANTS (France)

Pr Marie Rose Moro, Hôpital Avicenne, Bobigny

26/01/2006 - La polygamie responsable de la violence des jeunes dans les banlieues de nos villes ? Quel que soit le point de vue, statistique, sociologique, anthropologique ou psychologique, cette proposition est un non-sens. Mon expérience de pédopsychiatre au cœur de ces banlieues, depuis plus de 15 ans, m’a appris d’une part, à me méfier de ce genre de raccourci et, d’autre part, à essayer de comprendre où se situait la vraie question.

Pourquoi un tel dérapage ? Un député a sorti l’idée de son chapeau, un ministre l’a reprise dans une interview… et la rumeur, estampillée RF, s’est alors répandue dans tout l’hexagone, beaucoup se sentant libérés du « politiquement correct » et autorisés à dire ce que « chacun penserait tout bas » : l’autre est archaïque, violent, barbare, machiste, malveillant à l’égard des enfants… et polygame.

En France, la polygamie représenterait entre 5 000 et 20 000 familles, selon les estimations. Elle est donc peu fréquente. Ces familles vivent cependant dans des conditions très difficiles dans la mesure, notamment, où la seconde femme ne peut être reconnue comme telle par la loi. Pourtant, c’est pour faire grandir leurs enfants, tous leurs enfants, même ceux nés de mères différentes, que les hommes font venir leurs épouses pour assurer cette fonction. Car la polygamie n’est pas le désordre et le chaos qui est décrit, elle est un mode d’organisation sociale, affectif et économique qui a sa propre logique protectrice des enfants. Certes, certains hommes l’utilisent pour conforter leur pouvoir, certes, les conditions économiques la rendent difficile à vivre en France. Mais elle est une forme d’organisation familiale parmi d’autres et on ne peut la récuser en tant que telle, car elle peut être efficace quand elle fait partie des modalités des parents et qu’elle est acceptée par les mères. Ce qui est implicite, dans le lien supposé entre polygamie et violences, c’est que la polygamie rendrait plus difficile le développement affectif des enfants. Cette vision s’appuie sur une méconnaissance évidente de l’autre et finalement tout autant sur une méconnaissance de soi-même, car comme le disait Ricœur, le plus court chemin de soi à soi, c’est bien l’autre. A l’inverse, l’impossibilité, pour certaines familles migrantes, de se regrouper, empêchant des enfants de retrouver leurs mères, peut engendrer de la souffrance.

Qu’on soit contre la polygamie en France est parfaitement légitime. Mais cela ne doit pas pour autant conduire à ériger la polygamie en « bouc émissaire » de tous les maux. Ne vaudrait-il pas mieux, pour défendre cette cause, appuyer les associations de femmes africaines qui militent pour transformer les manières de faire dans la migration, que ce soit pour le problème de l’excision ou de la polygamie, et qui, pourtant, ont tant de mal à obtenir une aide suffisante des pouvoirs publics ? Ce sont elles qu’il faudrait soutenir pour que les manières de vivre se métissent, pour que les liens entre des organisations familiales différentes puissent se faire, pour que la vie des premières générations ne soit pas une humiliation constante au nom de principes moralisateurs et du rejet de l’autre.
Régulièrement et avec une mauvaise foi évidente, des chiffres aberrants sur ces situations sont avancés. Ils permettent à bon compte de stigmatiser les barbares, les archaïques ! A entendre ces chiffres on croit retrouver le délire paranoïaque de Jean Raspail dans le « camp des saints » sur l’invasion de l’occident par les barbares dont seule l’écoute de Mozart nous protégerait. En revanche, la discrimination, la ghettoïsation, le racisme, l’exclusion du lien social et des mécanismes actifs de décision et de représentation, l’échec scolaire massif, le chômage et tous les facteurs de précarité de ces populations migrantes semblent moins nous préoccuper. Vivre dans des conditions indécentes, privé de sa dignité, que ce soit dans une famille monogame ou polygame, semble peu nous émouvoir or, les conséquences, pour le développement affectif et cognitif des enfants, sont autrement plus graves.

Tout le système relationnel de ces enfants est affecté. Les relations intrafamiliales d’abord, avec l’extérieur ensuite, l’investissement de l’école et du savoir, l’estime de soi et de ses parents, la capacité à se projeter dans le futur sont fortement altérés. L’enfant a besoin de parents, d’une famille, la sienne, pas celle des autres érigée en norme universelle. Les enfants sont singuliers, les familles, elles, sont plurielles, il ne peut qu’en être ainsi pour que les enfants soient portés par leurs parents. Dans toutes les familles, quelles qu’elles soient, familles recomposées, familles polygames, familles monogames, tout dépend des relations que l’enfant va avoir avec son père, sa mère, mais aussi la belle-mère, ses petites mères (c'est-à-dire les co-épouses de son père), ses frères et sœurs, demi-frères et demi-sœurs… et de la représentation qu’il se fait de ce dont il a besoin, de ce qui est bon pour lui, des intentions de ses parents et des adultes autour de lui. Tous ces modes de vie, plus ou moins atypiques, ne compromettent pas nécessairement le développement psychique des enfants, loin de là. On ne peut pas dire aux parents comment ils doivent être parents, c’est antinomique avec la notion de parentalité qui n’est pas une norme sociale mais un processus psychique.

L’analyse des situations des adolescents déférés au parquet de Bobigny, lors des violences urbaines, a montré qu’ils n’avaient le plus souvent pas d’antécédents judiciaires. Pour beaucoup d’entre eux, c’était la première fois qu’ils exprimaient ainsi cette violence, que d’habitude ils retournent contre eux. D’ailleurs, cette violence s’exprimait vis-à-vis d’objets familiers, des amours déçus : des voitures de leurs proches ou de leurs voisins, des écoles où ils auraient pu apprendre la vie, la vraie, des dispensaires… c’est au cœur de ce paradoxe qu’il faut rechercher le sens de leurs actions. Pourquoi ces adolescents en sont venus aux mains plutôt qu’aux mots ? Il nous faut non seulement accepter mais plus encore soutenir les enfants et leurs familles, notamment les plus vulnérables et parmi elles les familles migrantes, pour que chacun trouve une place dans le respect des histoires de tous. Car vouloir abraser les histoires individuelles, au nom de l’intégration, ne pas vouloir reconnaître la nécessité pour les enfants de familles migrantes de se construire une identité métissée dans le respect de l’histoire de leurs familles et au-delà de l’histoire des sociétés, a un coût individuel, mais aussi collectif.

Partout, dans tous les pays, en France comme ailleurs, on dit aimer les enfants, pourtant trop souvent on les malmène au nom d’intérêts pensés par des adultes peu soucieux de l’enfance ; ceux qui travaillent avec les enfants de migrants et leurs parents le disent depuis longtemps. L’hospitalité moderne présuppose des liens entre ceux qui accueillent et ceux qui arrivent, entre des modèles portés par eux et ceux défendus par nous, elle présuppose une ouverture à la multiplicité, un regard sur les autres empreint de plus de bienveillance et de moins d’idéologie et donc plus près de la réalité de l’humain dans ses mille et une formes.

Comme d’habitude, les propos à l’emporte-pièce nous en apprennent plus sur leurs auteurs et leurs fantasmes que sur la réalité des choses. Pourtant, ils ne sont pas sans conséquences politiques comme la surenchère d’annonces publiques sur les politiques d’immigration le laisse entrevoir.
A quel prix pour les enfants ?
© Africultures

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L'ENVERS DU 'MODÈLE' (Danemark)

de notre envoyé spécial, Axel Gyldèn

26/01/2006 - Chaque vendredi, tournés vers La Mecque, ils priaient avec… la bénédiction de leur proviseur. Mais, en décembre 2005, au lycée Vestre Borgerdyd, dans le centre de Copenhague, quelques adolescents musulmans sont allés trop loin; ils se sont réunis à huis clos dans l'une des salles de cours de cet établissement public. A l'ordre du jour: la restauration du califat, les vertus de la charia et le dénigrement de la démocratie danoise. Alerté, le proviseur a expulsé le meneur, un adolescent qui se trouve être le fils d'un imam plutôt médiatique, lequel affirme que son rejeton est un écervelé. Selon Peter Kuhlman, président de l'Association danoise des proviseurs, cette regrettable affaire a au moins eu le mérite de soulever une question fondamentale: le lycée doit-il être un lieu de prière? «La religion appartient à la sphère privée, estime Kuhlman. J'ai donc demandé au ministre de légiférer dans ce sens. Mais il a refusé.» Selon lui, les chefs d'établissement doivent régler ce type de problèmes au cas par cas.

Au Danemark, petit royaume nordique de 5,3 millions d'âmes qui évoque parfois un village d'irréductibles Vikings, pas une semaine ne s'écoule sans que l'islam soit à la Une de l'actualité. C'est le symptôme d'un malaise: incapable d'intégrer sa faible population d'étrangers (3%) dans un marché du travail qui est pourtant l'un des plus dynamiques d'Europe (5% de chômeurs seulement), le pays finit par se demander si la religion de Mahomet est soluble dans la société scandinave. «Toute la question est de savoir si l'Etat providence constitue une aide ou un facteur d'exclusion pour les immigrés, remarque Torben Rugberg Rasmussen, spécialiste de l'intégration à l'université d'Odense. D'apparence généreux, notre système d'allocations exclut, de facto, les étrangers non qualifiés du marché du travail. Nous les payons à rester chez eux, de sorte qu'ils n'ont aucune chance de s'intégrer.» La preuve: plus de la moitié des étrangers non européens sont sans emploi et résident dans des ghettos. Dommage collatéral: le travail au noir - dans la restauration, par exemple - se développe. Or celui-ci contredit l'essence même du modèle scandinave, qui repose sur des impôts élevés payés solidairement par tous les actifs. Résultat: aux yeux de l'opinion publique, les Turcs, Irakiens, Libanais, Bosniaques, Pakistanais, Somaliens et Iraniens mettent en péril l'Etat providence.

«Dans les faits, le gouvernement incite les Danois à s'unir à des Danoises»

Autre pierre d'achoppement: l'égalité homme-femme. Un vaste réseau de crèches et de garderies a été créé dans les années 1960 afin de permettre aux femmes d'intégrer le marché du travail. C'est l'un des piliers du système danois. «Or de nombreuses musulmanes souhaitent ne pas travailler, tout en bénéficiant de tous les avantages sociaux», explique la ministre de l'Intégration, Rikke Hvilshøj. «Cela est contraire à l'esprit d'équité, ajoute-t-elle. Et il y a plus grave: certaines de ces mères, étrangères, n'utilisent pas du tout les crèches et veillent elles-mêmes sur leurs enfants. Résultat, lorsque ces derniers commencent l'école, leur niveau de danois - la plus difficile des langues scandinaves - est nettement inférieur à celui des autres élèves.»

C'est sur ce terreau que prospère le Parti du peuple danois (DF). Cette formation d'extrême droite est, depuis 2001, le parti charnière au Parlement. Pour légiférer, le gouvernement conservateur d'Anders Fogh Rasmussen - par ailleurs engagé militairement en Irak aux côtés des Etats-Unis - dépend de l'appoint des 22 députés extrémistes. Nationaliste, populiste, xénophobe, le DF, dont l'un des porte-parole n'a pas hésité, récemment, à qualifier l'islam de «plaie de l'Europe pour le XXIe siècle», est tenu pour l'inspirateur des réformes actuelles sur l'immigration. Un exemple: pour pouvoir se marier avec un étranger, les Danois doivent être âgés d'au moins 28 ans. «Officiellement, il s'agit de lutter contre les mariages forcés. Dans les faits, le gouvernement s'immisce dans la vie privée pour inciter les Danois à s'unir à des Danoises», déplore Elisabeth Gerner Nielsen, ex-ministre de la Culture devenue députée d'opposition. En outre, la presse est accusée d'entretenir un climat délétère. Plusieurs articles péjoratifs ou méprisants à l'égard des immigrants sont publiés chaque semaine dans les tabloïds. «L'air devient irrespirable, déplore un cadre d'entreprise argentin. Il suffit d'avoir les cheveux noirs, comme moi, pour percevoir la xénophobie ambiante.» Réputée pour sa tolérance, la social-démocratie danoise serait-elle en train de déraper? Signe des temps: un certain nombre d'étrangers envisagent en tout cas de quitter ce pays «modèle». Pour quelle destination? La Suède, pardi! A quelques encablures de Copenhague, voilà un pays scandinave où l'extrême droite est négligeable, où la presse reste digne et où, pourtant, les étrangers sont, en proportion, trois fois plus nombreux qu'au Danemark.


L'islam au Danemark:

Imams -- 90
Mosquées -- 0
Lieux de prière -- 40
Ecoles primaires privées musulmanes -- 12
Instance représentative nationale -- Non
© L'Express

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LEEDS MONTRE LA VOIE (Grande Bretagne)

par Michael Harrold

24/01/2006 - S'il y a une histoire que Steve Smith raconte avec fierté c'est bien celle-ci, celle d'un enfant qui un jour a eu le cran de se présenter devant un stade d'Elland Road plein à craquer pour expliquer à ses amis qu'il n'y a rien de pire que le racisme. Manager au centre de formation de Leeds United, Steve Smith venait de s'occuper d'un atelier sur la lutte contre le racisme avant un match du Leeds United AFC. Le message avait été, ce jour-là, parfaitement reçu par le jeune homme.

"Les vrais problèmes"

"Au cours de la matinée, il avait commencé à percevoir quels étaient les vrais problèmes dans son école", se souvient Steve Smith. "Comme il savait que ses copains allaient au stade cet après-midi-là, il s'est rendu sur la pelouse avec moi, s'est emparé du micro et s'est adressé aux jeunes présents dans les tribunes. Il leur a dit 'Je sais que des copains à moi sont ici et je sais que nous faisons les imbéciles à l'école et qu'il y a même du racisme. Mais je veux que vous sachiez que je ne l'accepte pas, que je crois en d'autres valeurs. Il faut que vous sachiez que vous avez tort'. Il a réalisé quelque chose d'énorme, de très fort."

A l'exemple de Leeds

Alors que le football européen s'apprête à se retrouver lors de la conférence contre le racisme à Barcelone, le travail de Smith à Leeds, qui évolue en deuxième division anglaise, montre la voie non seulement en Grande-Bretagne mais aussi à l'étranger. Le centre de formation de Leeds emploie 13 personnes à plein temps et une armée de bénévoles, tous convaincus du rôle unique que peut jouer le football dans l'apprentissage des jeunes et dans l'amélioration des rapports entre les différentes communautés.

Le football comme moyen

Smith garantit par ailleurs qu'en dehors du terrain, le club du Yorkshire est plus influent que jamais. "Nous travaillons avec les dix quartiers les plus déshérités de la ville, ce qui représente environ 69 écoles", explique-t-il. "Cela va d'une présentation devant tout l'établissement à des travaux en groupes basés sur le football et le pouvoir de la marque Leeds United ainsi que sur le vécu des joueurs. Nous nous servons du football comme d'un moyen pour véhiculer un message contre le racisme et soulever les problèmes."

"Un vrai partenariat"

La mission originelle de Smith était d'éradiquer le racisme d'Elland Road. Dans ce but, le club a dû s'adresser à la communauté. "Le racisme est présent dans le football seulement parce qu'il existe dans la société. Quand je me rends dans des écoles c'est pour demander leur aide. Je n'ai aucune chance de réussite s'ils ne commencent pas par évacuer le racisme des salles de classe, des terrains de jeu, des écoles, des rues, de leur quartier. C'est un partenariat qui doit se mettre en place."

Attentats du 7 juillet

L'importance que revêt un tel message dans une ville aussi multiculturelle que Leeds a été décuplée par les attentats terroristes dont Londres a été le théâtre le 7 juillet 2005. Comme la police a retrouvé la trace des kamikazes à Leeds et dans sa région, nous avons craint que la communauté musulmane locale soit la cible de représailles. La place du Leeds United au sein même de la communauté n'a jamais été aussi cruciale.

Une nouvelle voix

Smith admet qu'il aura beaucoup de mal à faire changer un raciste, mais il propose aux jeunes générations de se forger leur propre opinion et croire ainsi en l'avenir. "Grâce au travail que nous faisons, les jeunes sont sensibilisés aux raisons qui se trament derrière les tensions entre les communautés et sont ainsi amenés à réfléchir sur les origines du mal", explique-t-il.

"Une vraie différence"

"Il faut accorder du temps aux jeunes pour qu'ils réfléchissent et se forgent leur propre point de vue sur la question. Trop de gens essayent de leur imposer leur façon de penser. Quand vous laissez du temps et de l'espace à des jeunes et que vous les laissez s'exprimer en les encourageant, ils peuvent faire la différence." Comme à Leeds United finalement.
© UEFA

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LES IMMIGRÉS DEVRAIENT PARLER NÉERLANDAIS EN RUE (Pays-Bas)

Les déclarations de Rita Verdonk sont un indice supplémentaire de l'influence des idées de Pym Fortuin dans la société néerlandaise

21/01/2006 - La ministre néerlandaise en charge des Etrangers et de l'Intégration, Rita Verdonk, souhaite l'élaboration d'un code de conduite pour tous les citoyens. Dans ce code se trouveraient indiquées les valeurs et normes néerlandaises, comme le fait de parler néerlandais en rue, ainsi que la non-discrimination et l'égalité homme-femme.

La ministre a évoqué ce dossier lors d'un congrès de son parti, le VVD, formation libérale néerlandaise. Elle s'est dit intéressée par le code de Rotterdam, qui contient sept règles de conduite pour les relations quotidiennes entre citoyens. La ministre a expliqué qu'elle était favorable à l'élaboration d'un code similaire pour l'intégration et la citoyenneté qui serait valable dans toutes les communes du royaume.

La ministre va réunir des experts autour de la table pour déterminer "ce qui est important, ce qu'est l'identité néerlandaise".

Pour Laetitia Griffith, Néerlandaise née au Surinam et échevin VVD à Amsterdam, un tel code irait trop loin notamment dans l'usage du néerlandais en rue.
© La Libre Belgique

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PAYS-BAS: L'ÉTRANGER N'A PAS SON MOT À DIRE

Un projet de la ministre de l'Intégration préconise que le néerlandais soit la seule langue parlée en public.
Amsterdam de notre correspondante Sabine CESSOU


26/01/2006 - La ministre de l'Intégration, Rita Verdonk, ne veut plus entendre parler que néerlandais dans les rues des Pays-Bas. C'est l'un des grands points de son nouveau projet, qui voudrait «renforcer l'identité néerlandaise» à travers un code de bonne conduite national. Son objectif : «clarifier» ce qui est attendu des étrangers résidant aux Pays-Bas, comme le respect de l'égalité entre hommes et femmes et le principe de non-discrimination.

Rita Verdonk, 50 ans, ancienne directrice de prison et ministre la plus populaire du gouvernement de centre droit au pouvoir, a admis avoir été inspirée par un code similaire que vient d'instaurer la droite populiste à Rotterdam. La ministre a bien précisé ne pas vouloir «interdire» les langues étrangères, ni instaurer une «police linguistique». Elle entend simplement faire une «recommandation» aux immigrés.

«Rejet absolu»

Son idée n'en a pas moins provoqué un tollé. Les jeunesses de son propre parti, les libéraux du VVD, auxquelles elle a exposé son projet le 21 janvier, ont tout de suite exprimé leur «rejet absolu». Au sein du VVD, Laetitia Griffith, élue locale d'origine surinamaise, a défendu «le droit à parler la langue de son choix en public». Si les chrétiens démocrates (CDA, au pouvoir) sont plutôt favorables à ce code de conduite, leurs alliés démocrates du D66 s'interrogent. «C'est comme si j'étais contrainte de parler français avec mon mari quand nous sommes en vacances en France», a commenté la députée démocrate Ursie Lambrechts. A gauche, les Verts ont protesté le plus vivement. Femke Halsema, leur dirigeante, a demandé au gouvernement d'arrêter de «se couvrir de ridicule» en annonçant de grandes réformes aussi inutiles que difficiles à mettre en oeuvre. «Au lieu de lancer des débats sur l'interdiction de porter la burqa ou de fumer du cannabis dans les lieux publics, le gouvernement ferait mieux de s'attaquer au chômage grandissant chez les allochtones», a-t-elle affirmé.

Du côté des expatriés européens et américains, qui représentent une part substantielle (27 %) mais souvent négligée de la population étrangère des Pays-Bas, l'irritation domine. «Logiquement, le prochain pas consistera à coller des amendes aux gens qui ne parlent pas néerlandais dans la rue», redoute un consultant britannique marié à une Néerlandaise. D'autres expatriés, livrant leurs commentaires sur le site Internet Expatica.nl, ne s'estiment pas concernés par une «bataille entre le gouvernement et les Marocains».

Une vague d'actes de vandalisme, commis début janvier à Amsterdam par des jeunes de 12 à 14 ans d'origine marocaine, a fait redouter «des émeutes à la française». Les vitres cassées d'un commissariat et d'une soixantaine de voitures ont suivi la mort de deux jeunes d'origine marocaine qui, à bord d'une voiture et d'une moto volées, étaient poursuivis par la police. Une enveloppe de 5 millions d'euros a été allouée, le 18 janvier, aux quatre plus grandes villes du pays, Amsterdam, Rotterdam, La Haye et Utrecht, pour les aider à «remettre les jeunes Marocains dans le droit chemin», a indiqué Piet Hein Donner, le ministre de la Justice.

Examen de culture

Surnommée «Rita de fer», Rita Verdonk n'a pas davantage l'intention de reculer sur son nouveau projet que sur les précédents. La ministre a imposé, à partir de cette année, un examen de langue et de culture néerlandaises à tous les étrangers non naturalisés présents dans le pays depuis 1975, soit 350 000 personnes. A partir du 1er octobre, les étrangers naturalisés devront prêter ­ en néerlandais ­ un «serment de solidarité» lors d'une cérémonie, au cours de laquelle ils se verront solennellement remettre leur passeport. La ministre insiste : «Nous n'attendons pas des étrangers qu'ils fassent du patin à glace, mais qu'ils apprennent notre langue et acceptent des valeurs de base comme l'égalité entre hommes et femmes.»
© Libération

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UN LONG TRAITEMENT POUR SE DÉBARRASSER DE LA XÉNOPHOBIE (Russie)

20/01/2006 - Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti. "Je suis persuadé que si notre société ne change pas dès à présent, des bandits armés de couteaux feront irruption dans chaque maison".

C'est l'un des commentaires du Grand Rabbin de Russie, Berl Lazar, après l'agression contre des fidèles dans une synagogue de Moscou.

Mais la société peut-elle vraiment changer et comment, si tant est que cela soit possible?

L'aggravation de l'extrémisme national et de la xénophobie en Russie, ainsi que l'intensification des mouvements nationalistes dans le pays ont été reconnues par bien des experts russes - politologues, chercheurs, journalistes et personnalités publiques - comme l'un des résultats déplorables de l'année dernière - 2005. Les autorités, à commencer par le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, parlent du danger et de l'inadmissibilité des tendances xénophobes dans le pays.

En septembre dernier, au cours de son entretien télévisé avec ses concitoyens, le chef de l'Etat russe a déclaré: "Nous renforcerons le travail de nos structures de maintien de l'ordre et ferons tout pour que les skinheads et tous les éléments fascisants disparaissent à jamais de la carte politique de notre pays".

Le 20 décembre dernier, Vladimir Poutine a exigé du Service fédéral de sécurité (FSB) qu'il intensifie sa lutte contre le nationalisme et la xénophobie et dépiste énergiquement les idéologues de la haine interethnique. Quoi qu'il en soit, la question se pose de savoir si la force et l'action législative suffiront pour corriger la situation?

L'année qui vient de commencer ne fait que réaffirmer la triste tendance de l'an dernier. On apprend, par exemple, dans les médias que, rien qu'à Moscou, pendant les onze premiers jours de 2006, on a enregistré trois crimes nationalistes, dont l'incident dramatique de la synagogue à Moscou. (Le 11 janvier dernier, le Moscovite Alexandre Koptsev, 20 ans, est entré dans la synagogue de la rue Bolchaïa Bronnaïa et a poignardé huit fidèles). Les agressions contre les étrangers se sont poursuivies à Saint-Pétersbourg et à Voronej.
Selon les données du Centre d'étude de l'opinion publique (VTsIOM) de Russie, plus de 70% de la population de la Russie estiment que la "menace du fascisme" est bien réelle dans le pays. Néanmoins, les sociologues ne précisent pas de quel genre de menace il s'agit en l'occurrence.

Doit-on craindre qu'un régime fasciste ne s'instaure un jour, comme ce fut le cas en Allemagne et en Italie au XX-ième siècle? Ou bien s'agit-il de l'affirmation d'un certain nationalisme d'Etat ou de l'aggravation de la xénophobie au quotidien? D'où vient la menace la plus redoutable - des jeunes aux crânes rasés ou des députés à la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe), qui exhortent à interdire les organisations juives et à nettoyer la ville des "intrus"? Qui sont les plus dangereux, les adolescents agressant des étrangers dans les villes russes ou des philosophes dissertant sur la grande puissance disparue - des "nationalistes respectables"? Il n'y a sans doute pas de réponse unique, car chacun a sa propre crainte.

Aussi, les origines des différents types de xénophobie sont-elle tout aussi différentes.

La première et la plus banale d'entre elles, c'est sans doute l'antisémitisme vieux comme le monde. Les mythes sur "les Juifs ayant usurpé le pouvoir, sur le complot sioniste mondial" se sont avérés tenaces non seulement en Russie, mais dans le monde entier, tant à l'Est qu'à l'Ouest. Quoi qu'il en soit, le caractère banal, voire ordinaire de l'antisémitisme, ne le rend pas moins dangereux pour autant, loin de là! La plupart des Russes ne se croient sans doute même pas antisémites. Ils n'agresseront pas les gens dans les synagogues et ne profaneront pas les cimetières juifs.

Bien plus, ils seront révoltés par de tels excès. Pourtant, ils ne tarderont pas à disculper les auteurs de tels actes criminels, en disant: "Mais est-il juste que les Juifs s'enrichissent en s'appropriant des biens publics?". C'est, d'ailleurs, une sorte de résumé des propos tenus par une partie des auditeurs des radios "Echos de Moscou" et "Liberté" dans le cadre des récentes émissions consacrées à l'agression contre les croyants dans la synagogue de Moscou et au problème de la xénophobie en Russie en général. A signaler que les radios évoquées s'adressent à la partie libérale de l'intelligentsia russe.

Or, il y a aussi l'islamophobie, phénomène plutôt nouveau, tant pour la Russie que pour l'Europe et les Etats-Unis. Pourtant, l'islamophobie s'est d'ores et déjà solidement ancrée et devance même l'antisémitisme dans les sondages d'opinion. On a déjà beaucoup parlé des origines de ce phénomène, y compris de la crainte des attentats terroristes qui dégénère facilement en méfiance face à l'islam et envers les adeptes de cette religion à travers le monde. C'est aussi une sorte d'animosité à l'égard des immigrés, qui sont pour la plupart, tant en Russie qu'en Europe, originaires de pays musulmans.

On reproche aussi aux immigrés leur refus obstiné de s'assimiler, tout en signalant en même temps les difficultés auxquelles ces derniers se trouvent confrontés dans le pays d'accueil. Autrement dit, on ne connaît que trop les griefs réciproques des immigrés et des "autochtones". En Russie, l'islamophobie a une variante, la "caucasophobie" ou aversion pour les ressortissants du Caucase.

Par ailleurs, l'antipathie pour les immigrés s'exprime aussi dans la sinophobie, soit peur des Chinois et des Asiatiques en général, qu'il s'agisse des Vietnamiens, des Coréens, etc..

Parmi les explications de l'aggravation de la xénophobie en Russie, la pauvreté ne vient pas en premier lieu(car tout cela se produit sur fond de croissance des revenus de la population). Ce sont sans doute l'injustice sociale et la stratification de la société qui sont à l'origine de ce phénomène.

Telles étaient aussi les explications des actes de vandalisme dans la banlieue parisienne l'automne dernier (il est vrai qu'en France ce sont les immigrés qui s'étaient insurgés contre les "autochtones"). Cette même explication convient aussi pour comprendre les raisons qui poussent les adolescents russes à rejoindre les rangs des skinheads et les adultes ceux des xénophobes passifs. N'oublions pas non plus l'absence de politique efficace en direction des jeunes et le dés�uvrement des adolescents dans les banlieues.

Serait-il préférable qu'il ne s'agisse pas d'une recrudescence des crimes commis sur la base du nationalisme, mais tout simplement d'une augmentation du nombre des crimes tour court, soit des vols à main armée et des meurtres, perpétrés par des jeunes qui comptent dans leurs rangs de plus en plus de drogués?

Pour moi personnellement, non. Reste à savoir ce qui poussent ces jeunes à conférer un caractère nationaliste à leurs crimes? Et existe-t-il en général une telle force obscure? Et si elle existe, que représente-t-elle? Les avis des experts divergent sur ce point, de sorte qu'il est tout simplement impossible d'y donner une réponse explicite.

On ne doit pas non plus oublier un autre facteur - l'humiliation, soit la crise d'identité nationale des Russes à la suite de la perte du statut de grande puissance par la Russie, statut de l'ex-URSS. Toutefois, la mentalité impériale n'a pas disparu pour autant, et ce sentiment est très facile à exploiter.

Mais la question se pose d'elle-même: exploiter par qui?

Et là, on se retrouve en présence d'une ligne de séparation extrêmement mince entre le nationalisme naturel et respectable des gens de diverses nationalités, d'une part, et la xénophobie au quotidien, de l'autre.

La ligne de séparation est tout aussi mince entre cette xénophobie au quotidien et l'indifférence publique, d'une part, et leurs manifestations radicales, de l'autre, qu'il s'agisse des agressions contre des personnes, de la profanation de cimetières ou d'autres lieux saints. La question est de savoir sur quel terrain social telles ou telles théories intellectuelles peuvent tomber.

Et c'est, à mon avis, à redouter. Il est affreux que des adolescents se retrouvent sur le banc des accusés, alors que ceux qui les ont poussés à s'armer d'un couteau restent impunis. Il est tout aussi effrayant que les circonstances dans lesquelles ces adolescents se sont formés ne changent toujours pas, de sorte que d'autres ne manqueront pas de les imiter.

On peut durcir les lois, mais le principal est d'apprendre à les appliquer - à punir pour les incitations à l'intolérance interethnique et d'autant plus pour ses manifestations, à interdire les publications exaltant la haine et la violence.

On peut et on doit s'occuper des jeunes, de la politique sociale et des nationalités, améliorer la situation économique de la population, résoudre les problèmes des immigrés. Néanmoins, tout indique que l'on ne peut pas triompher si facilement de la xénophobie au quotidien et du nationalisme "respectable". Le salut ne sera possible que quand la société saine ne pourra tout simplement pas assimiler les idées de la violence. Or, il reste un long chemin à parcourir.
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L'ÉDUCATION EST LE MEILLEUR MOYEN DE COMBATTRE LA XÉNOPHOBIE (Russie)

20/01/2006 - L'éducation et l'interdiction de la littérature extrémiste sont le meilleur moyen de combattre la xénophobie, estiment les représentants des confessions traditionnelles de Russie.

"Car c'est par l'éducation qu'il faut commencer à combattre la xénophobie. Et chacun doit commencer par soi-même, par sa famille", a estimé Elena Tsyplakova, actrice de cinéma connue, lors d'une conférence de presse à RIA Novosti vendredi.

Selon elle, "notre choquante ignorance spirituelle est un bon terrain pour les discordes".

De l'avis d'un autre participant à cette conférence de presse, Evgueni Satanovski, vice-président du Congrès juif de Russie, "il faut que nous nous connaissions mieux les uns les autres, dès la maternité, dès l'école, il faut aussi apprendre aux enfants que notre pays n'est pas le pays d'une seule religion et d'une seule culture".

"Il faut rétablir la télévision soviétique grâce à laquelle nous apprenions ce que représentent les traditions des autres peuples de notre pays. Car si les gens l'apprennent dès l'enfance, nous aurons une génération qui rendra impossibles les événements qui se produisent aujourd'hui en Russie", a-t-il dit.

"Respecter l'interdiction de publier de la littérature extrémiste" serait, selon lui, un autre axe important dans la lutte contre la xénophobie et l'extrémisme. Avant l'incident dans la synagogue rue Bronnaïa à Moscou, il était impossible d'obtenir l'interdiction de vendre ouvertement "Mein Kampf", a-t-il expliqué.

Le vice-président du Conseil des muftis de Russie, Mansour Chakirov, a noté pour sa part que dès l'enfance les gens doivent prendre conscience du fait que, "dans notre pays pluriconfessionnel, toutes les religions sont égales en droits".
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CETTE POMME DE DISCORDE QU'EST LE WEB RUSSE

Par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti

23/01/2006 - La Douma et les militants russes des droits de l'homme sont entrés en collision dans l'évaluation du rôle social du Runet, le volet russe de la Toile mondiale.

Certains parlementaires sont enclins à voir en lui quelque chose comme la grippe aviaire. Le réseau est dangereux pour la population parce qu'il est truffé de sites extrémistes, prônant la xénophobie, l'intolérance religieuse et ethnique, estiment-ils. D'où leur conclusion: l'Internet russe a besoin d'être soumis à un contrôle, pour ne pas dire à une censure.

Les militants des droits de l'homme y sont catégoriquement opposés. Pour eux, les mesures proposées sont une atteinte des autorités au libre échange d'opinions dans l'espace cybernétique.

Les débats se sont exacerbés après l'incident tragique du 11 janvier. Ce jour là, un chômeur âgé de 20 ans avait pénétré dans une synagogue moscovite et poignardé une vingtaine de croyants, dont plusieurs ressortissants étrangers. Dans un premier temps, le jeune homme avait déclaré être influencé par des sites antisémites. Et aussi qu'il était un mordu des jeux électroniques aux contenus violents. Quelques heures avant de commettre son agression il s'était fait la main avec un jeu vidéo d'épouvante dans lequel un facteur agité du bocal trucide au pistolet et au couteau tous ceux qu'il croise.

Ces révélations du criminel ont poussé Pavel Kracheninnikov, le président du comité de la Douma (chambre basse du parlement russe) pour la législation civile et pénale, à se demander s'il ne fallait pas entrer en guerre au plus vite contre l'extrémisme sur l'Internet. Le comité qu'il préside a décidé d'affiner la législation punissant les activités extrémistes. Les amendements envisagés visent à durcir les peines encourues pour utilisation du Web à des fins de propagande de l'intolérance raciale et religieuse. Pour Pavel Kracheninnikov pour ce genre de délit cinq années d'emprisonnement pourraient être le châtiment maximum.

Le parlementaire est convaincu que les sites malfaisants ont mis le couteau dans la main de l'adolescent et poussé celui-ci à s'en prendre aux habitués de la synagogue. Pour expliquer les amendements apportés à la législation, Pavel Kracheninnikov a mis l'accent sur le lien direct de cause à effet entre l'agression et l'information xénophobe, incitatrice de l'Internet, qu'il qualifie de "corps du délit".

Le député a raison, mais partiellement seulement.

Effectivement, la première interrogation lancée sur le moteur de recherche russe Yandex fournit des milliers de références à des pages aux contenus racistes, antisémites et chauvins. Ces sites sidèrent comme filières du mal et aussi par leur savoir-faire. Ils ne font pas qu'apprendre à haïr les gens dont la couleur de la peau ou la religion est différente. Ils expliquent par le menu comment entrer en contact avec un réseau extrémiste, comment en devenir membre ou régler son fusil et, enfin, quels livres se procurer pour combattre les étrangers et les hétérodoxes non pas par instinct, mais "en toute connaissance de cause".

L'impact exercé par ces gigabits de xénophobie sur les jeunes esprits s'est accentué ces dernières années eu égard au développement galopant du Runet. Le pays grimpe en flèche au classement mondial de l'e-maturité établi annuellement par la corporation IBM en collaboration avec la revue The Economist. A la fin de 2004, on recensait déjà en Russie 17,6 millions d'internautes et ce chiffre continue de croître au grand étonnement des experts. Cette année le programme gouvernemental Russie électronique prévoit la connexion sur l'Internet de pas moins de 10.000 établissements scolaires. Les enfants handicapés ne pouvant se rendre en classe eux aussi deviendront internautes.

Seulement plus le Runet se développe et plus grand devient le risque de contagion de la démence poussant à poignarder des gens en train de prier.

Si l'on est d'accord sur ce plan avec les auteurs du projet de loi sur la "censure Internet", beaucoup de choses suscitent néanmoins des interrogations. Par exemple, qui sera chargé de classer les sites en bons et en mauvais et quels seront les critères utilisés pour ce faire? Qui plus est, la chose sera très malaisée quant on sait combien tout est étroitement imbriqué dans le Web. Par conséquent, la noble intention de Pavel Kracheninnikov et de ses partisans se heurtera à coup sûr au mur des possibilités techniques limitées.

Mais ce n'est pas là l'essentiel. Dans le langage dépourvu de tout euphémisme qui lui est propre, Lioudmila Alexeeva, présidente du groupe d'Helsinki de Moscou, a mis en garde: "L'Internet est le seul domaine de liberté qui nous reste pour les échanges d'opinion... Quand on opprime la libre expression, les révoltes commencent. Et si jamais on bâillonnait tout le monde, y compris sur l'Internet, cela déboucherait inévitablement sur une explosion".

Ella Pamfilova, du Conseil pour le concours au développement des institutions de la société civile et des droits de l'homme, est, elle aussi, opposée à la nouvelle législation, mais de manière moins catégorique. Elle aussi est convaincue que le Runet s'est partiellement transformé en dépotoir gigantesque où l'on trouve de tout, depuis la pornographie enfantine jusqu'aux appels extrémistes. Néanmoins, Ella Panfilova estime que toute interdiction dans l'espace cybernétique serait surtout une atteinte à la liberté d'expression qui aurait un effet minimum dans la lutte contre l'extrémisme.

Les militants des droits de l'homme appellent à ne pas museler le Runet et à utiliser plus activement les méthodes de dissuasion procurées aux autorités par la Loi sur la lutte contre les activités extrémistes adoptée en Russie en 2002. Le parquet et la police avaient alors été dotés d'un instrument approprié pour poursuivre les skinheads et autres xénophobes lorsqu'ils s'arment de couteaux et de barres de fer. L'ordinateur national de la police contient déjà les noms de 457 leaders et militants de groupes de jeunes extrémistes placés sous surveillance.

Le ministère de la Presse a fermé 12 journaux racistes, ce qui a assaini quelque peu le climat moral de la société.

Cette courte mais difficile expérience convainc qu'il n'est pas simple d'élaborer des mesures de lutte contre la xénophobie et l'intolérance.
© Ria Novosti

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PRÈS DE 500 SYMPATHISANTS D'EXTRÊME DROITE EN ARGOVIE (Suisse)

26/01/2006 - Les milieux d'extrême droite sont particulièrement fournis dans le canton d'Argovie. Durant la dernière décennie, environ 500 personnes ont fait au moins une apparition dans cette mouvance, selon les statistiques 2005 présentées jeudi par les autorités exécutives cantonales. Les sympathisants se situent dans une tranche d'âge moyenne de 15 à 22 ans.

Membre de l'Exécutif cantonal, Kurt Wernli a fait remarquer que des femmes ont aussi fait leur apparition dans les milieux d'extrême droite ces dernières années. A ses yeux, la montée du chômage chez les jeunes peut expliquer en partie cet attrait pour cette mouvance. Un futur incertain entraîne probablement un effet de repli sur les valeurs nationales.

La police cantonale argovienne a procédé l'an dernier à 19 dénonciations pour discrimination raciale et ouvert une enquête dans 13 cas. Les forces de l'ordre annoncent qu'elles vont intensifier la prévention et la répression contre les néonazis, mais aussi contre les extrémistes de gauche

© Edipresse

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L'EMPLOI DU MOT 'RACE' PAR LA POLICE VAUDOISE INDIGNE LA GAUCHE (Suisse)

26/01/2006 - Le parti socialiste vaudois s'indigne de l'utilisation du mot "race" par la police cantonale dans ses communiqués. Il va interpeller le gouvernement et exiger le remplacement d'un terme qui stigmatise à ses yeux les minorités.

Le parti a réagi avec virulence à la lecture de "La Liberté" et du "Courrier" qui thématisaient la mention de la race dans certains communiqués de la police. Cette notion "n'a aucune valeur scientifique", c'est une construction sociale qui "révèle le caractère xénophobe et discriminatoire" de ses utilisateurs, a dénoncé le PSV en appelant à y mettre fin.

Les socialistes jugent cette pratique "stigmatisante" et indigne d'un service de l'Etat parce qu'elle "renforce les préjugés raciaux contre une minorité". Ils vont en conséquence interpeller mardi le Conseil d'Etat et lui demander des explications, a précisé le secrétaire général du parti, Arnaud Bouverat.

Certains éléments du dossier semblent en effet encore à éclaircir. Selon les quotidiens, il s'agirait d'une politique décidée par le commandant de la police, Eric Lehmann. Interrogée par l'ATS, une porte-parole de la police a démenti tout ordre venu du sommet de la hiérarchie à ce sujet et contesté toute mauvaise intention en utilisant ce terme.

"Il n'y a aucune connotation raciste dans notre bouche" avec l'emploi de "race". "On s'en tient à la définition du dictionnaire" et le mot a été utilisé pour les Blancs comme pour les Noirs, a expliqué Claude Wyss qui juge cette affaire "ridicule".
© La Liberté

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MONTRER L'EXEMPLE (Europe)

20/01/2006 - Les arbitres ont la responsabilité du match qu'ils officient une fois le coup d'envoi sifflé, et ils ont l'autorité nécessaire pour agir si des actes racistes sont commis sur la pelouse comme dans les tribunes.

Nielsen présent

Les arbitres européens seront représentés à la seconde conférence paneuropéenne Tous contre le racisme, organisée à Barcelone le 1er février, par le Danois Kim Milton Nielsen, un des hommes en noir les plus respectés du continent. Cette conférence est organisée par l'UEFA en coopération avec le réseau FARE (Football contre le racisme en Europe) et la Fédération espagnole de football (RFEF).

Des pouvoirs renforcés

Les autorités footballistiques ont donné leur accord aux arbitres pour arrêter tout match que des conduites racistes rendent ingérables. C'est exactement ce qu'avait fait l'arbitre néerlandais René Temmink en mettant un terme à une rencontre opposant l'ADO Den Haag au PSV Eindhoven en octobre 2004 à dix minutes de la fin du temps réglementaire, au cause de chants racistes et de diatribes antisémites venant des tribunes.

Une action saluée

Loin de s'attirer les foudres du monde du football, l'acte engagé de Temmink contre l'intolérance lui a valu les louanges non seulement de ses collègues du football, mais également de politiciens néerlandais de premier rang. Un acte qui a également été salué par l'UEFA. "On doit parfois faire des choses au risque d'en agacer certains", déclarait Temmink, qui a depuis raccroché le sifflet. "Je ne pouvais pas accepter ce qui était en train de se produire, ça dépassait tout entendement."

Une limite franchie

"Les insultes venant des tribunes étaient dirigées contre les autres supporteurs, contre les joueurs, et contre moi", continuait-il. "J'ai demandé au speaker du stade deux ou trois fois de parler aux spectateurs, mais lorsque la limite était franchie, il était temps d'arrêter, c'était fini. Tout le monde a été ravi que j'adopte cette position, le ministre de l'Intérieur néerlandais a même dit que j'avais eu une bonne idée, et je pense que ça aura montré à tout le monde qu'il y a des limites à ne pas franchir."

Montrer l'exemple

"René Temmink a montré l'exemple", déclarait William Gaillard, directeur de la communication et des relations publiques. "Il a agi de façon exemplaire face à une attitude détestable."

Dans leurs attributions

"Nous considérons que les arbitres ont la responsabilité d'un match lorsqu'il commence, et qu'ils peuvent décider de mettre fin prématurément à une rencontre comme Temmink l'a fait", concluait-il. "C'est leur devoir, et la FIFA a confirmé que cela entrait même parfaitement dans leurs attributions."
© UEFA

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POLÉMIQUE AUTOUR D’UNE CHAÎNE DE TÉLÉVISION DESTINÉE AUX NOIRS (Brésil)

Le débat est vif après le lancement en novembre dernier d’une chaîne de télévision dirigée et présentée essentiellement par des Noirs. Si elle vise à promouvoir la diversité ethnique, ses détracteurs la qualifient de raciste.

20/01/2006 - Célébré depuis des décennies pour son multiculturalisme et souvent cité comme un modèle en la matière, le Brésil offre actuellement un débat révélateur. Présentée essentiellement par des Noirs, "TV da Gente" (notre télévision) qui émet depuis deux mois, s’adresse en priorité à un public afro-brésilien. Selon son créateur, le chanteur José de Paula Neto, il s’agit de représenter la diversité ethnique brésilienne largement bafouée par la plupart des médias audiovisuels nationaux. L’idée fait pourtant grand bruit dans un pays qui connaît comme presque partout sur le continent un racisme larvé.

Les médias, reflets de la discrimination courante

Bien que le Brésil soit un pays très fortement métissé, les discriminations raciales y sont courantes mais relativement taboues. Le lien entre la pauvreté et la couleur de la peau n’est plus à démontrer au Brésil, qui est par ailleurs "champion du monde" des inégalités sociales. Rapporteur spécial auprès de Commission des droits de l'homme de l’ONU sur les questions de racisme, Doudou Diene affirme clairement que "le Brésil vit dans deux monde". "Les communautés afro-brésiliennes et indigènes ne font pas partie des structures du pouvoir politique, économique, social et médiatique". La proportion des Noirs parmi les pauvres étant largement supérieure à leur proportion au sein de la population, les médias ne font pas exception à la règle.

Les télévisions brésiliennes et latino-américaines en général font l’objet d’un constat simple : la surreprésentation écrasante de la population d’origine européenne et nord-américaine au détriment des "minorités" (qui dans les faits sont souvent une majorité !). "Dans les telenovelas brésiliennes, les personnages noirs sont toujours misérables et n’ont un rôle important que lorsqu’il s’agit d’un crime" ironise Adyel Silva, présentatrice de TV da Gente. C’est cette piètre image donnée par les médias et le manque de représentativité en général qui a motivé José de Paula Neto à créer cette chaîne. En proposant un contre-exemple plus proche de la réalité ethnique brésilienne, l’objectif est de "garantir une programmation de qualité pour la partie de la population qui ne se reconnaît pas dans la télévision actuelle" selon la chaîne.

Solution du problème ou symptôme du malaise actuel ?

Ses détracteurs font cependant valoir que ce critère "racial" (d’ailleurs difficile à définir au Brésil étant donné le métissage), tend à reproduire le racisme existant, cette fois-ci envers les élites blanches. Le journal Público (Portugal) faisait par exemple valoir qu’ "une télévision ‘pour les Noirs’ n’est pas une victoire mais une défaite" pouvant créer "un ghetto audiovisuel". Le directeur de TV da Gente a pour sa part déclaré que "c’est une chaîne comme une autre, seulement avec une esthétique différente", précisant que les Noirs représentaient environ la moitié des employés.

Cette controverse n’est évidemment pas propre au Brésil (elle ressemble étrangement aux débats français), et peut être assimilée à la question des "médias communautaires" dans leur ensemble (les chaînes destinées par exemple aux homosexuels existent déjà). Quant aux États-Unis qui sont aussi confrontés aux problèmes de racisme, la solution des programmes "communautaires" a été adoptée depuis longtemps. TV da Gente va d’ailleurs diffuser en portugais des programmes de la Black Family Channel (propriété entre autres de l’ex-boxeur Evander Holyfield).

Cependant, outre le côté revendicatif de cette chaîne, il s’agit aussi d’une affaire lucrative qui vise le public afro-brésilien. De Paula Neto qui a investit 5,5 millions de dollars, compte bien rentabiliser son investissement, et prévoie d’étendre bientôt la diffusion de TV da Gente vers les pays de langue portugaise en Afrique.

Pierre Martinez
© Stop Infos

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DES PEINES PLUS LOURDES QUE PRÉVU (Canada)

20/01/2006 - La juge Nicole Duval-Hesler a été prise à partie par des membres de l'assemblée venus assister aux prononcés des sentences au procès des 13 Mohawks qui ont séquestré 67 policiers autochtones à Kanesatake en janvier 2004.

La juge a même dû suspendre momentanément l'audience, vendredi matin à Saint-Jérôme, en raison de la violence ambiante.

Les membres de la famille et des amis des Mohawks reconnus coupables d'attroupement illégal, d'émeute et de séquestration, ont violemment manifesté leur colère. La juge a été invectivée - elle a été traitée de « pute » et de « raciste » - et un homme a brisé une chaise à la sortie de la salle d'audience.

La magistrate a dû suspendre l'audience, après le prononcé de la peine de 11 des 13 individus, pour éviter que la situation dégénère davantage. C'est que les peines sont beaucoup plus sévères que celles que demandait la Couronne.

Sentence exemplaire pour Robert Gabriel

Robert Gabriel, considéré comme un des meneurs de l'émeute, et son cousin Bradley Gabriel ont écopé de 12 mois de prison. Mais les peines les plus sévères ont été attribuées à Gordon Lazore et Gary Gabriel qui ont tous deux reçu 15 mois de prison.

Ces deux dernières sentences ont été prononcées au retour de la suspension de l'audience, une fois le calme revenu.

Outre ces quatre individus, les 9 autres Mohawks ont reçu des peines variant de 3 mois de prison à l'imposition d'une amende de 500 $. Les individus reconnus coupables d'émeute et de séquestration ont reçu 3 mois de prison alors que les individus reconnus coupables d'attroupement illégal ont écopé 500 $ d'amende à être versés à des organismes caritatifs.

Les 13 Mohawks ont été jugés pour les événements entourant l'intervention policière du 12 janvier 2004 qui avait tournée au fiasco. Les policiers envoyés par James Gabriel avaient été séquestrés dans le poste de police de Kanesatake par des Mohawks en colère. Deux jours d'émeute s'en étaient suivis au cours desquels la maison du grand chef James Gabriel fut incendiée.

Les Mohawks consternés

Le grand chef de Kanesatake, Steven Bonspille, juge la sévérité des peines contre-productives pour sa communauté. « La sentence de la juge, aujourd'hui, rend ma tâche et celle du conseil de bande plus difficiles. Ça n'est pas toujours facile, mais les sentences d'aujourd'hui viennent compliquer la situation. »

« Il n'y a pas de justice pour ma communauté aujourd'hui, a-t-il ajouté. Pas de justice pour les Mohawks. »

L'avocat de la défense, Daniel Lighter, demandait des absolutions inconditionnelles pour l'ensemble des accusés alors que la Couronne penchait pour une absolution conditionnelle pour ceux accusés d'attroupement illégal et de courtes peines de prison pour ceux trouvés coupables d'avoir séquestré les policiers.

« Comment une telle sentence, qui est deux ou trois fois plus sévère que ce que la Couronne a elle-même demandé, peut aider ou améliorer la situation sur le territoire », se questionnait Me Lighter, à sa sortie du tribunal.
© Radio Canada

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'LE RACISME, NON MERCI!' - 3E ÉDITION DU CONCOURS JEUNES SCÉNARISTES (Canada)

24/01/2006 - Le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles annonce la 3e édition du Concours jeunes scénaristes
destiné à tous les élèves des 3e et 4e années du secondaire du Québec. Les jeunes sont invités à soumettre un court texte sur le thème «Le racisme, non merci!» avant le 31 mars 2006.

«L'ignorance, la peur et les préjugés alimentent le racisme. Les zones d'incompréhension ou de malentendus culturels sont souvent à l'origine des idées préconçues ou des stéréotypes qui guident notre façon de voir les autres. Trop souvent, notre réaction par rapport aux différences est de juger, de catégoriser empêchant toutes chances de nous connaître, d'apprendre et de nous enrichir mutuellement», a déclaré la ministre de l'Immigration et des Communautés culturelles, madame Lise Thériault. Pour connaître tous les
détails du concours, visitez le site :

www.quebecinterculturel.gouv.qc.ca

Le Concours jeunes scénaristes est organisé par le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles en partenariat avec le ministère de l'Education, du Loisir et du Sport (MELS), Télé-Québec, l'Institut national de l'image et du son (INIS) et le Centre de développement pour l'exercice de la citoyenneté (CDEC), responsable du secrétariat du concours.

Les prix

1re équipe : 150 $ par élève et 1 000 $ pour l'école
2e équipe : 150 $ par élève scénariste et 750 $ pour l'école
3e équipe : 150 $ par élève scénariste et 500 $ pour l'école

De plus, des professionnels de l'INIS et de Télé-Québec feront la scénarisation des trois textes gagnants ainsi que le tournage des capsules vidéo. En juin 2006, les jeunes passeront une journée à Télé-Québec où ils assisteront au tournage de leur vidéo et visiteront les studios. Ils rencontreront la scénariste, la réalisatrice ainsi que les comédiens professionnels qui incarneront les personnages de leur texte et recevront le DVD des 3 capsules vidéo gagnantes et des photos de leur passage à Télé-Québec. Les trois capsules, d'une durée de deux minutes chacune, seront diffusées sur les ondes de Télé-Québec à l'occasion de la Semaine québécoise des rencontres interculturelles 2006 et dans le site Internet (www.carrefour-education.telequebec.qc.ca).

Semaine québécoise des rencontres interculturelles

Le Concours jeunes scénaristes s'inscrit dans le cadre de la Semaine québécoise des rencontres interculturelles qui aura lieu du 1 au 8 octobre 2006. Cet événement a pour but d'encourager le dialogue interculturel afin de lutter contre diverses formes du racisme telles que les préjugés, les stéréotypes et la généralisation. La Semaine québécoise des rencontres interculturelles vise également à reconnaître la contribution des communautés culturelles à la société québécoise et à favoriser le maintien de relations
interculturelles harmonieuses entre les Québécois de toutes origines.

Source : Michèle Hudon
Ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles
(514) 873-8624, poste 20393

Renseignements : Secrétariat du Concours jeunes scénaristes
Centre de développement pour l'exercice de la citoyenneté
5411, rue Beaubien Est
Montréal, Québec H1T 1W7
Tél. : 1 866 307-4933
Concours@jeunesscenaristes.qc.ca
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'NOUS SOMMES DES FANTÔMES' (Mali)

Forum social mondial de Bamako
Les derniers ateliers ont été consacrés aux problèmes de l'immigration africaine.
par Christian LOSSON, Bamako envoyé spécial


23/01/2006 - C'est un déluge de mots, de témoignages, de colères qui irrigue le Forum social mondial. Les migrations, les émigrations, les répressions, les expulsions. Des Ceuta et des Melilla. Des destins. Des murs. Des morts. «Deux fois plus en dix ans que dans toute l'histoire du mur de Berlin», résume Marine, du réseau Migreurop, qui a dressé une carte des 650 camps d'étrangers en Europe : 25 000 migrants victimes de «machines à expulser» (1). Jusqu'à présent, rappelle un avocat nigérien, «les Forums sociaux mondiaux évoquaient le sujet sous l'angle du racisme ou de la discrimination». Occultant les enjeux économiques. «Or les plans d'ajustements structurels ont aggravé la misère», rappelle le Sénégalais Boubacar Diop.

«J'étouffe.»

Le Mali fait partie de cette trentaine de pays qui voient leur richesse par habitant baisser depuis vingt ans. La privatisation du rail supprime des postes dans les régions ; les subventions américaines au coton favorisent l'exode rural ; le chômage massif obère l'espoir des plus jeunes, même diplômés. «J'ai 27 ans, je parle quatre langues, j'étouffe», résume Alassane Coulibaly lors d'un séminaire «Migrations et néolibéralisme». «Quand la France parle d'immigration ciblée, j'ai mal, s'indigne Dabo Ibrahim, lycéen. Hier, la colonisation, dont on ose dire qu'elle a eu des effets positifs, a pris nos grands-parents. Et là, on parle de faire le tri sur nos cerveaux ? Pur néocolonialisme.»

Même formés sur le continent africain, beaucoup s'exilent. Le Botswana, épicentre du sida dans le monde (plus de 38 % de prévalence), a vu 80 % de son personnel médical fuir en Grande-Bretagne. L'Algérien Ahmed ben Amoun, professeur d'archéologie à Perpignan, a répertorié 960 médecins marocains au Québec, 1 500 dans le sud de la France. «Pourquoi 450 000 cadres supérieurs ont quitté l'Algérie en dix ans ?» Parce que, dit-il, «beaucoup ont été, comme moi, clandestins dans leur propre pays». Une pharmacienne sierra-léonaise relance : «Que fait la diaspora africaine pour éviter la multiplication des crises, l'appel des candidats au départ ?» Un Béninois s'exaspère : «Vous avez déjà vu des gouvernements d'Afrique dire "Revenez" ? Non !»

Tabou.

Diallo Kane, de l'association malienne des réfugiés de Côte-d'Ivoire, parle, lui, d'un tabou : les migrations Sud-Sud. Sous un arbre, il fait le lien entre les expulsions massives d'un grand nombre des 2,5 millions de Maliens de Côte-d'Ivoire depuis 2002, leur retour au pays sans rien et leur désir de gagner l'Europe. «Nous sommes des errants, des fantômes ; ici ou ailleurs.» Causes et responsabilités multiples appellent des alliances régionales de réseaux. Pour s'interroger : «Qu'est-ce que le codéveloppement ? Filer 3 000 euros (aide au retour du gouvernement français, ndlr) pour qu'on se casse de France, s'interroge un jeune Burkinabé. Mais c'est le prix qu'on paie pour tenter d'y aller.» Pour mettre en avant, comme l'ONG Migration et développement de Marseille, les projets d'eau, d'éducation, lancés par des Marocains pour «tenter de fixer les populations». Ou pour se réunir autour d'une évidence que cette jeune Burkinabé résume ainsi : «La première des libertés devrait être la liberté de circulation. Les capitaux valent-ils plus que les hommes ?»

(1) www.migreurop.org
© Libération

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Les titres de l'actualité du 20 Janvier, 2006

SOUS LE COSTUME-CRAVATE, LE NOUVEAU HOOLIGAN (France)

Selon les Renseignements généraux, les affrontements aux abords des stades sont de plus en plus le fait d'hommes bien «intégrés socialement». Par Christophe Cornevin

14/01/2006 - JETS DE PROJECTILES et de fumigènes, batailles rangées entre supporters, slogans racistes, vandalisme : la violence qui gangrène depuis une vingtaine d'années les stades de football a franchi un nouveau cap. Selon le dernier bilan établi par les forces de l'ordre, pas moins de 302 personnes ont été interpellées depuis le début de la saison pour des faits de délinquance survenus en marge de championnats de Ligue 1 et de Ligue 2. Ces arrestations ont davantage été effectuées à proximité des enceintes sportives, que dans les tribunes elles-mêmes.

Le fléau a pris une telle ampleur que le ministre de l'Intérieur veut désormais «prendre le taureau par les cornes». «Il y a des tribunes qui font honte, a considéré Nicolas Sarkozy lors de ses voeux à la presse. S'il y a des malades de la violence ou des malades du racisme, ils n'ont rien à faire dans les stades. Ils ont tout à faire dans les commissariats de police.» Pointant du doigt les tribunes du Paris-Saint-Germain dont il est supporter, Nicolas Sarkozy soutient qu'«il vaut mieux avoir des estrades vides que des tribunes si mal occupées».

«Chaque bande s'affronte à poings nus»

A Paris, les Renseignements généraux de la préfecture de police (RGPP) disposent d'analyses précises fournies par sa section de lutte contre le hooliganisme et la violence dans les terrains de sport. En fonction des rencontres à l'affiche, entre dix et quarante officiers spécialisés prennent le pouls des «ultras», passent au crible les tribunes et surveillent les fameuses troisièmes mi-temps afin de cerner le profil du supporter à risque.

Les hooligans parisiens sont estimés à 250. Occupant les tribunes de Boulogne et d'Auteuil du Parc des Princes, ils sont considérés par leurs pairs de province et par les hooligans européens comme une «élite». A la différence de leurs aînés des années 90, ces crânes rasés unis dans le racisme et un goût immodéré pour la bière, les nouveaux «casseurs» se présentent désormais sous un jour surprenant.

«Très intégrés socialement, ces hommes de 22 à 40 ans quittent leur costume-cravate et leur attaché-case pour revêtir des vêtements griffés Burburry's, Stone Island ou Prada, témoigne un policier. Au départ, on croyait à l'émergence d'une nouvelle mode de contrefaçons dans les tribunes...»

Plutôt que de s'engager dans des affrontements racistes, ces hooligans propres sur eux adressent des défis codés à des casseurs de province, reconnaissables aux mêmes «uniformes» griffés. «Régulièrement, ils s'invectivent sur Internet ou sur portable, explique-t-on aux RG. Des combats très réglementés sont organisés en terrain neutre à l'occasion de match. Chaque bande, dont le nombre est défini à l'avance, s'affronte à poings nus, en présence d'un soigneur.» Les bagarres sont filmées et des comptes rendus alimentent des sites sur le Net. Les policiers ont pu identifier certains «fighters» parmi lesquels figuraient un ingénieur en informatique, un avocat ou un étudiant en sciences. Après Paris, cette mode gagnerait les supporters de Nice, de Lyon et de Marseille.

Cris de singes et salut nazi

Même si les nouveaux hooligans se défendent de toute appartenance extrémiste, les forces de l'ordre parisiennes ont encore identifié et interpellé une dizaine de personnes pour avoir poussé des cris de singe ou tendu le bras façon salut nazi au Parc des Princes. Dans le même temps, treize autres hooligans ont été appréhendés pour des agressions commises aux abords du stade. Prenant à témoin les dirigeants de club, Nicolas Sarkozy a prévenu : «Je ne mettrai plus 2 000 policiers pour un match de football. Les fonctionnaires ont autre chose à faire.»
© Le Figaro

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10 CLIPS POUR UN AUTRE REGARD (France)

Les lycéns réagissent contre le racisme et l'antisémitisme

14/01/2006 - Le 16 janvier 2006, une soirée au théâtre Marigny de Paris clôture le concours “10 Clips pour un autre regard”, lancé par le Conseil national de la vie lycéenne (CNVL), en présence du ministre de l’Education nationale, et du réalisateur Régis Wargnier, président d’un jury qui a fait son choix parmi 600 scénarios initialement proposés par quelques 2000 lycéens invités à réagir contre le racisme et l’antisémitisme. Diffusés le même jour à 0h55 dans l’émission Libre court sur France 3, ces clips de trois minutes chacun seront par la suite programmés sur les autres chaînes de France Télévisions et sur La Chaîne Parlementaire.

L’audiovisuel est devenu un outil pédagogique en classe et l’idée de réaliser de petits films séduit de plus en plus élèves et enseignants. Des initiatives locales se multiplient donc en ce sens, et donnent lieu à des événements comme le festival de la vidéo scolaire ou le concours Jeunes citoyens reporters, en partenariat avec la chaîne Public Sénat et le ministère de l’Education nationale. Après la recrudescence d’actes racistes et antisémites dans les établissements scolaires (plus de 2 000 cas recensés dans le secondaire en 2004), le Conseil national de la vie lycéenne (CNVL) décide de lancer en janvier 2005 le concours de scénarios “10 clips pour un autre regard”, pour pousser l’ensemble des lycéens à réagir et à faire réagir.
Invités à soumettre un scénario qui change le regard, 2 000 lycéens de toutes les académies ont fait acte de candidature et 600 scénarios ont été présentés. Un jury national composé de lycéens, de professionnels de l’audiovisuel et de l’éducation a ensuite sélectionné dix scénarios, et les heureux élus ont été mis en relation avec de jeunes réalisateurs professionnels, puis associés à chaque étape de l’élaboration : adaptation du scénario, choix des acteurs, tournage, montage.

Sketchs aux dénouements parfois inattendus, comptines d’où l’école semble étrangement absente mais où pointent déjà les soucis de la vie adulte (racisme, discrimination, sexisme, ...), les histoires rappellent les “12 regards sur le racisme au quotidien”, réalisés dans une démarche similaire par l’association Dire et faire contre le racisme, et diffusés en 2001 au cinéma et à la télévision.
Si certains ont une impression de déjà vu, l’impact de la diffusion à la télévision, mais aussi en classe, de ce genre de court-métrage n’est pas négligeable, si l’on en juge par les réactions des élèves, notamment au collège, qui se racontent entre eux les situations les plus caustiques, comme celle de la star Faudel, qui, dans Relou (in 12 regards sur le racisme au quotidien”), se fait rabrouer par une jeune blonde qu’il draguait dans le bus. En fait, c’est une Kabyle, et elle lui répond sèchement dans sa propre langue. La honte devant les copains !

Mogniss H. Abdallah, Agence Im'media
© Altérité Média

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UN CANARD SAUVAGE (France)

Défenseur des droits de l'homme et de ceux des étrangers, le maire UMP Etienne Pinte est un élu atypique qui cultive, à gauche, des affinités politiques.
par Alain AUFFRAY


14/01/2006 - Bien sûr, il est de droite. C'est d'ailleurs marqué sur son étiquette de député-maire de Versailles : UMP. De droite, comme ses prédécesseurs André Mignot (1947-1977) et André Damien (1977-1995). Et comme son successeur, très certainement. Mais en vérité, Etienne Pinte, défenseur entêté des droits de l'homme en général et de ceux des étrangers en particulier, ressemble beaucoup à un homme de gauche. C'est à n'y rien comprendre.

Est-ce un conservateur déguisé en gauchiste ? Ou peut-être l'inverse ? Cela ressemble, en tout cas, à une anomalie. «Versailles n'a pas mérité ça. Il trompe ses électeurs et il sera, c'est certain, sanctionné aux prochaines élections», s'étrangle Henry de Lesquen, chef de l'opposition municipale. Aujourd'hui proche de Philippe de Villiers, hier de Bruno Mégret, Lesquen est aussi président du Club de l'Horloge. Elu en 1995, réélu en 2001, Pinte, lui, ne veut pas croire que les Versaillais se sentent trahis : «Il y a dans cette ville beaucoup d'altruisme, de générosité. Les gens apprécient qu'on ait des convictions. Je ne suis pas là pour protéger une réserve d'Indiens à l'ombre du château.» Si ce maire est atypique, ses électeurs ne le sont pas moins. Ils l'ont prouvé lors du scrutin de 1995, quand, à la stupéfaction générale, une «liste jeune», improvisée par une poignée de scouts, s'est imposée avec plus de 15 % comme la première force d'opposition, devant le FN et le PS. Stéphane Buffetaut, ex-villiériste devenu un loyal maire adjoint UMP à la vie économique, assure que les habitants de la ville royale sont flattés d'avoir élu un «esprit libre». «Je ne pense pas, ajoute-t-il, que nos électeurs apprécieraient un maire godillot.»

Droits de l'homme.

Fort de la conviction qu'il bénéficie, au fond, du soutien d'une majorité, Etienne Pinte ne craint pas de bousculer ses administrés et parfois de les provoquer. On l'a vu faire le mois dernier, dans le restaurant du golf de la Boulie où, comme chaque année, il offrait le repas de Noël à des anciens de sa commune, issus pour la plupart du quartier d'habitat social de Jussieu. Jussieu n'est pas Clichy-sous-Bois. Mais fin novembre, quand le feu a pris en banlieue, des jeunes y ont incendié un centre socio-éducatif. Etienne Pinte ne voulait pas passer ça sous silence. Ce qui est arrivé n'est pas une affaire de racaille mal élevée, c'est surtout le fruit d'inégalités et de discriminations insupportables, a-t-il expliqué en substance, entre fromage et dessert. Versailles ne s'y résigne pas. Et le démontre en confiant la responsabilité de services municipaux à des Versaillais d'origine étrangère.

Ces paroles en ont indisposé beaucoup. Les retraités attendaient un joyeux discours de fin de banquet sur le bonheur d'être versaillais. Au lieu de quoi M. le maire donne des leçons de discrimination positive. Ce jour-là, le député-maire a pu perdre quelques électeurs. Il est ainsi, Etienne Pinte. Droit et austère comme un pénitent de Port-Royal. La jovialité démago de l'élu local qui distribue poignées de main et compliments, ce n'est pas son truc. C'est un homme de dossiers, pas une bête de campagne.

Et les causes qu'il choisit de défendre comptent rarement parmi les priorités de la bourgeoisie versaillaise. Il y a bien eu, en 1997, l'interdiction de l'affiche du film Larry Flynt, représentant le pornocrate en croix sur le string blanc d'une femme. Ou encore, la même année, la rédaction du rapport «Osons la famille» avec Christine Boutin. Pinte compte aussi parmi les 174 députés UMP et UDF signataires, cette semaine, d'une pétition contre l'adoption par les couples homosexuels. Mais ses vrais combats sont ailleurs. Par exemple, dans le soutien aux grévistes de la faim installés en 1996 dans la cathédrale Saint-Louis. «Il est impensable que des sans-papiers soient séparés de leurs enfants», expliquait-il alors au préfet. Au cours des dix dernières années, il n'a pas cessé de dénoncer les «scandales» de la double peine et les conditions de détention dans les centres de rétention administrative. Il se décrit volontiers comme un «canard sauvage» et cultive à gauche ses affinités politiques. Il défend les intermittents avec Jack Ralite (PCF) et Noël Mamère (Verts). Et débat de l'immigration et du logement social avec le communiste refondateur Patrick Braouezec. «Un type sympa, ce Braouezec», insiste Etienne Pinte, qui préfère manifestement la compagnie du député de Seine-Saint-Denis à celle de ses voisins, les maires UMP du Chesnay ou de Vélizy.

Une taupe.

Car sa grande ambition de maire, c'est de faire progresser la mixité sociale. Parmi les communes huppées de l'Ouest parisien, Versailles est une des rares à satisfaire aux exigences de la loi qui impose le rattrapage du déficit en logements sociaux. Aux Versaillais, il explique qu'on ne peut à la fois demander du personnel pour garder les enfants ou les personnes âgées et ne pas lui donner les moyens de se loger. Faute de foncier disponible, la municipalité préempte aussi souvent que possible, y compris dans le vieux Versailles, pour s'emparer d'immeubles convoités par des promoteurs privés.

Pour Henry de Lesquen, la cause est entendue : «Pinte est une taupe de l'extrême gauche.» Comment expliquer, sinon, cette obstination à vouloir «mettre des immigrés partout» en imposant à Versailles «le principe collectiviste de la mixité forcée» ? Au conseil municipal, le président du groupe Union pour le renouveau de Versailles (URV) est le seul opposant véritable. Avec 26 % des suffrages au scrutin de 2001, il a démontré qu'il était capable de fédérer les mécontents. Quant aux quatre représentants de la «gauche plurielle», ils se sont résignés à faire de la figuration. «Nous avons des points de convergence extrêmement importants», reconnaît sans barguigner l'élu communiste Antoine Casanova, directeur de la revue la Pensée.

Dans l'espace du journal municipal qui lui est réservé, la gauche versaillaise se donne bien du mal pour faire de l'opposition. Elle a déniché, en décembre, une charmante revendication : «L'accès des visiteurs à la salle du Jeu de Paume est trop restreint. Cette situation doit cesser.» La ville doit, écrit la gauche, user de son influence auprès de l'administration du château. On connaît des opposants plus féroces.
© Libération

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THURAM : SARKOZY 'N'A TOUJOURS PAS COMPRIS' (France)

Pour le footballeur, le ministre "a mis le feu aux poudres" avec ses "paroles méprisantes" et "n'a toujours pas compris" les violences urbaines.

15/01/2006 - La joute verbale reprend entre Lilian Thuram et Nicolas Sarkozy. L'ancien champion du monde de football estime dans un entretien au Journal du dimanche du 15 janvier que le ministre de l'Intérieur "n'a toujours pas compris" les violences en banlieue fin 2005 et qu"'avec ses paroles méprisantes, humiliantes, il a mis le feu aux poudres". Au ministre qui a estimé connaître "un peu mieux ce qui se passe dans les banlieues françaises que Lilian Thuram" car "ça fait bien longtemps qu'il n'a pas été dans les banlieues", le défenseur de la Juventus, interrogé à Turin, rétorque que "M. Sarkozy ne connaît la banlieue qu'à travers les rapports de police". "Je n'oublie pas qui je suis, ni d'où je viens. Mes amis habitent encore la banlieue", ajoute le footballeur, âgé de 34 ans, qui a grandi dans la cité des Fougères à Fontainebleau, en banlieue parisienne.

Son discours a réveillé le racisme

"Un représentant de l'Etat doit avoir une analyse juste, une vraie hauteur de vue. (Nicolas Sarkozy) a poussé à la fracture sociale. Et son discours a réveillé le racisme latent chez les gens." D'une manière générale, poursuit Lilian Thuram, membre du Haut conseil à l'intégration, "j'ai l'impression que les politiques n'ont toujours pas tiré les bonnes leçons des émeutes". "Bien sûr, il faut juger ceux qui ont brûlé les voitures. Mais à tête reposée, il faudra un jour attribuer les responsabilités de chacun. Les politiques doivent aussi être jugés par l'opinion publique." "Le malaise français est un malaise social. Dans un quartier où il y a 40% de chômage chez les jeunes, il n'y a pas de futur. Dans la précarité, il n'y a pas de sécurité possible", explique le joueur, or "la banlieue, ce sont aussi des gens qui aspirent à être heureux. Mais parfois, tu te laisses emporter par la précarité". Lui-même dit avoir été tenté de voler pour se payer des chaussures et sa licence sportive quand il était plus jeune.
© Le Nouvel Observateur

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ALAIN FINKIELKRAUT : LE NÉGROPHOBE INTELLO (France)

Essimi Mévégué, rédacteur en chef du mensuel AfroBiz s'est penché non pas sur les derniers propos d'Alain Finkielkraut dans le journal Haretz, mais sur tous ceux tenus par le philosophe contre les noirs depuis quelques mois, et les liste pour vous.
Par Essimi Mévégué

Note de Grioo.com: un communiqué reçu de l'association MNH qui poursuit en justice le philosophe, avec le COFFAD, avec une audience prévue le 17 Janvier est reproduit en fin d'article.


15/01/2006 - Il y a quelque chose de surréaliste et de nauséabond concernant l’affaire Alain Finkielkraut.
Voilà un intellectuel salué pour ses écrits (Le Nouveau Désordre amoureux, Le Juif Imaginaire, Nous Autres, Modernes), professeur à l’Ecole Polytechnique, chroniqueur sur RCJ (Radio Communauté Juive) tous les dimanches et animateur/producteur de « Réplique » une émission diffusée depuis vingt ans sur France Culture, qui a déversé sa haine négrophobe et xénophobe dans un commentaire sur la crise des banlieues dans les colonnes de « Haaretz » (NDLR: lire l'article sur grioo.com, un journal de la gauche israélienne, le 18 Novembre 2005.

Cinq jours plus tard, « Le Monde » sera le seul quotidien français à réagir, sous la plume du « courageux » journaliste Sylvain Cypel qui a publié des extraits de l’interview du philosophe.
Devant la stupéfaction des uns et la consternation des autres dans le paysage médiatique français, « Finkie » est contraint de s’expliquer au micro de Jean Pierre Elkabbach sur Europe 1. Se disant victime d’un lynchage des médias, le philosophe reconnaît les propos tenus, tout en en contestant le condensé fait par « Le Monde ».

Quand Elkabbach lui demande de s’excuser d’avoir heurté les Noirs et les Arabes, il répond : « Je m’excuse auprès des personnes qui ont été blessées par ce personnage issu d’un assemblage qui n’est pas moi ».
Le réalisateur israélien Eyal Sivan, qui attaque en justice le philosophe en diffamation pour l’avoir traité d’ « antisémite juif », déclarait dans « Libération » qu’ « A chaque fois qu’il profère une horreur, Finkielkraut explique qu’il ne voulait pas dire ça. »
Pourtant devant ce discours négrophobe et xénophobe, les soutiens envers Finkie ne manquent pas. Ils émanent du monde intello (Pascal Bruckner, Elisabeth Badinter, Luc Ferry, Max Gallo, Rony Brauman, Paul Thibaud, Philippe Raynaud, Marcel Gauchet, Régis Debray, Philippe Muray, Claude Durand, Eli Barnavi, Alexandre Adler, Pierre André Taguieff), des journalistes (Jean Daniel, Claude Askolovitch, Anne Sophie Mercier, Alain-Gérard Slama, Elisabeth Lévy, Sylvain Attal, Claude Imbert, Elisabeth Schemla, Philippe Val) et des politiques (Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner, Patrick Klugman, le Front National, Philippe De Villiers).

Heureusement, d’autres l’ont vivement condamné : Daniel Lindenberg, Françoise Vergès, Jean François Kahn, Jean Luc Hees, Philippe Lefait, Arnaud Viviant, Sylvain Bourmeau, Gaston Kelman, Aude Lancelin, Guy Birenbaum, Tariq Ramadan, Dieudonné, le MRAP, SOS Racisme, Pierre Marcelle, Oumma.com, Michel Warschawski, Thierry Ardisson, Jamel Debbouze, Pascal Praud.

Mais comment Finkie a-t-il pu basculer dans une dérive négrophobe ? D’où provient sa haine des Noirs ?
Deux évènements vont être à la base de son discours injurieux vis-à-vis de cette population. Dans un premier temps, la conférence de Durban en Afrique du Sud en 2001 sur la discrimination raciale, où le philosophe affirme que cette grande réunion est à l’origine de l’émergence de l’antisémitisme venant du tiers monde ; ensuite, la sortie sur France 3 de l’humoriste Dieudonné.

Finkielkraut considère ce dernier comme le « patron de l’antisémitisme » en France et le porte-parole des revendications de la communauté Noire sur la traite négrière et la colonisation. Mais, c’est surtout le succès du spectacle de Dieudonné aux Antilles qui va déclencher sa haine des Noirs. Il en fera une affaire personnelle.
Au-delà du cas Finkielkraut, on peut signaler que le discours négrophobe émanant d’intellectuels adulés a toujours existé. Il suffit de se pencher sur les déclarations et les écrits de certains philosophes du siècle des lumières ou plus récemment avec Hélène Carrière d’Encausse, pour s’apercevoir que la négrophobie d’une certaine classe intellectuelle française a encore de beaux jours devant elle.

Voici ci-dessous, quelques déclarations de Monsieur Alain Finkielkraut que l'on peut considérer comme négrophobes et xénophobes:

Extrait de l’émission « Qui Vive » diffusée, le 6 mars 2005, sur RCJ (Radio Communauté Juive).
( …) Et en plus, Dieudonné évidemment, en a profité en Martinique mais peut-être n’aurait-il pas eu besoin de cela pour jouer deux soirs de suite à guichets fermés devant une foule surexcitée. Les victimes antillaises de l’esclavage qui vivent aujourd’hui de l’assistance de la Métropole, mais passons…

Extrait d’une émission avec Elisabeth Schemla diffusée, le 6 mars 2005 sur Radio Shalom (une radio communautaire juive).
( …) il existe des gens dont on nous parle tout le temps comme Edouard Glissant, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant. Ces idéologues de la Créolité.( …) J’ai peur néanmoins que la créolité puisse aussi servir à entretenir, outre la haine de la France coloniale, la haine d’Israël, Etat juif si vous voulez, c'est-à-dire Etat non créole, non métissé.
(…) Nous, juif sommes des «négriers reconvertis dans les banques », et il faut croire que cette idée a beaucoup de succès aux Antilles. Quant à la France, c’est un Etat colonial, nonobstant les aides aux Antilles, et en oubliant aussi que le fait que le mouvement abolitionniste n’a eu lieu qu’en Occident. C’est une spécificité française et occidentale (…) Il n’y a pas eu d’abolitionnisme en Afrique (…) Il faut surtout ne pas se laisser intimider par ce discours qui est mensonger de part en part, et qui a, tirons-en toutes les conséquences aujourd’hui, une double cible : juive et française.

Le 25 Mars 2005 un texte négrophobe et xénophobe intitulé « les ratonnades anti-blanc », émanant du mouvement sioniste Hachomer Hatzaïr et Radio Shalom est diffusé sur internet. On trouve parmi les signataires Alain Finkielkraut, Jacques Julliard, Bernard Kouchner, Pierre-André Taguieff, Elie Chouraqui et Chahdortt Djavann. Ce texte dénonce l’agression de lycéens blancs par des bandes de jeunes noirs lors des manifestations lycéennes du 8 Mars 2005. « Il s’agit d’une question d’équité. On a parlé de David (le juif), on a parlé de Kader (l’arabe) mais qui parle de Sébastien (le blanc) ? » Lors de la conférence de presse concernant cet appel, Alain Finkielkraut déclare : « (…) La francophobie se répand comme la judéophobie et ne s’en distingue pas. Il y a un ressentiment monstrueux qui s’exprime aujourd’hui en France. C’est la bataille Farrakhan (le leader noir américain de la nation de l’islam) qui nous pend au nez. Juifs et Français sont mis en cause conjointement (…) »

Le 13 Avril 2005 sur la radio RCJ, Alain Finkielkraut débat avec Patrick Karam (président du Collectif DOM) sur la polémique concernant l’assistanat des antillais.
Le philosophe déclare qu’il y a une montée de l’antisémitisme aux Antilles et que toutes les personnes qui vont voir le spectacle de Dieudonné, notamment aux Antilles et au Canada, sont des antisémites.

Extrait de l’émission « Qui Vive » diffusée, le 08 Mai 2005, sur RCJ.
Quand on s’intéresse au Code Noir (…) On apprend que ce code ne connaissait que deux statuts, celui de libre et celui d’esclave. Ces deux statuts apprend-t-on, n’étaient nullement liés à l’épiderme (…) Les mariages entre colons blancs et esclaves noirs étaient autorisés. Les enfants métissés ainsi que les esclaves affranchis étaient pleinement et totalement sujets du roi de France (…) Mais ça c’est très important, on vous dit exactement le contraire. Et d’ailleurs, la preuve que le Code Noir allait dans ce sens, c’est qu’une société ségrégationniste née aux Antilles a tout fait pour l’abolir. De cela on ne veut rien entendre.

Extrait de l’émission « Forum » diffusée, le 10 Juillet 2005, sur Radio J (une radio communautaire juive).
L’évènement le plus douloureux c’est ce retournement de la mémoire de l’antinazisme, dans l’antifascisme contre les juifs eux-mêmes. Et c’est évidemment la coïncidence, voire l’alliance entre ce phénomène et la montée d’un antisémitisme islamiste voire aussi islamo-africain qui est absolument terrible ( …) J’ai peur moi d’une farrakhanisation (au sujet du succès du spectacle de Dieudonné aux Antilles*) d’une grande partie du tiers monde. Farrakhan, c’est ce leader noir qui a expliqué en effet que les juifs riches s’étaient mis d’accord avec Hitler pour se débarrasser des juifs pauvres à travers la shoah. Et que les juifs étaient les premiers responsables de l’esclavage. Et je vois, ce discours aujourd’hui a toujours plus de succès notamment aux Antilles. C’est extraordinairement inquiétant.
*note de l’auteur

Extrait de l’émission « Qui Vive » diffusée, le 09 Octobre 2005, sur RCJ.
Ce SMS* ne dit pas que les blacks sentent mauvais. Il dit simplement, il tisse une équivalence entre le sketch de Dieudonné et des sketchs qui diraient cela ( …) Bienvenue dans la France du 21ème siècle, où la haine anti-raciste des juifs est cautionnée par la justice. Et je pense que la pseudo guerre des mémoires qui commence aujourd’hui est une machine de guerre antijuive et elle ne tourne pas à plein régime. Nous n’avons encore rien vu, non seulement Dieudonné relève la tête, non seulement il est soutenu par une multitude d’associations panafricaines, mais ce qu’il vise à travers la soi-disant négrophobie française, ce sont les juifs ou ce qu’ils appellent quelque fois les sionistes. Nous avons beaucoup plus à craindre nous juif, des indigènes que des enracinés. Jamel Debbouze tourne en ce moment un film qui s’appelle « Indigène », lequel va avoir un immense retentissement et les indigènes, en effet, veulent aujourd’hui notre peau.
*le faux SMS raciste de Marc Olivier Fogiel condamné par la justice

Extrait de l’émission « Qui Vive » concernant la crise en banlieue diffusée, le 06 Novembre 2005, sur RCJ.
(…) Ce sont des émeutes ethniques dirigées contre la France (…) Ce qui a eu lieu en France aujourd’hui, est un gigantesque Pogrom antirépublicain.

Extrait de l’émission « Qui Vive » diffusée, le 13 Novembre 2005, sur RCJ où Finkielkraut commente l’article de Libération, « Une Colère Noire ».
(…) L’antisémitisme Blanc est une horreur, une abomination, mais l’antisémitisme Noire est une colère. (…) Et sur quoi se conclue l’article d’analyse ? Sur les propos de Stéphane Pocrain, ancien porte-parole des verts, et que l’on voit dans tous les talk-shows de la télévision. C’est lui qui a le mot de la fin : « Nous qui avons joué les fayots de la république, milité pour l’intégration nous n’avons pas été entendus. Lui (concernant Dieudonné), il apporte la preuve du racisme par le scandale. Par procuration, les Noirs retrouvent une fierté. » On est doublement, triplement stupéfait. D’abord par la stupéfaction de l’antisémitisme africain ou Noir. Mais pourquoi ? Quel rapport avec quoi que ce soit ?

Extraits de l’interview dans le journal HAARETZ datant du 18 Novembre 2005.
En France, on voudrait bien réduire les émeutes à leur niveau social. Voir en elles une révolte de jeunes de banlieues contre leur situation, la discrimination dont ils souffrent et contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s’identifient à l’islam. Il y a en effet en France d’autres immigrants en situation difficile, chinois, vietnamiens, portugais, et ils ne participent pas aux émeutes. Il est donc clair qu’il s’agit d’une révolte à caractère ethnico-religieux.
(…) on nous dit que l’équipe de France est adorée par tous parce qu’elle est « black, blanc, beur », en fait aujourd’hui elle est « black, black, black », ce qui fait ricaner toute l’Europe. Si on fait une telle remarque en France on va en prison (…)
(…) On n’y enseigne aujourd’hui que l’histoire coloniale comme une histoire uniquement négative. On n’enseigne plus que le projet colonial voulait aussi éduquer, apporter la civilisation aux sauvages.
( ...) si l’on met la shoah et l’esclavage sur le même plan alors on est obligé de mentir, car ce n’était pas une shoah. Et ce n’était pas un crime contre l’humanité parce que ce n’était pas seulement un crime. C’était quelque chose d’ambivalent.
(…) mon père a été déporté de France, ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz, mon père est rentré d’Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine. Ce qu’il a fait à mes parents était beaucoup plus brutal que ce qu’il a fait aux africains. Qu’a-t-il fait aux africains ? Il n’a fait que du bien. ( …) Aujourd’hui la haine des noirs est encore plus forte que celles des arabes.
( …) s’ils ont une carte d’identité française, ils sont français et, s’ils n’en ont pas, ils ont le droit de s’en aller.

Communiqué

A la suite des propos outranciers et ouvertement discriminatoires envers la population Antillaise que M. FINKIELKRAUT a tenus dans l'émission "Qui vive" sur la station "Radio Communauté Juive (RCJ)", l'association MNH a décidé d'ester en justice.

L'audience aura lieu le mardi 17 janvier 2006 à 13h30, devant la 17ème chambre correctionnelle.

VENEZ NOMBREUX au TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE PARIS
4 Bd du Palais
75001 Paris

Métro ligne 4 - Cité
© Grioo

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LE TOUR DE COCHON DE L'EXTRÊME DROITE AUX SDF (France)

Des groupuscules multiplient les soupes «identitaires» dans plusieurs villes.
par Tonino SERAFINI


16/01/2006 - Le Bloc identitaire, un groupuscule d'extrême droite, manipule la cause des sans domicile fixe pour tenter d'accroître son audience. Les soupes au lard ou les sandwiches au jambon, servis une fois par semaine à quelques SDF, à Nice, Strasbourg, Paris ou Nantes, assurent à ce mouvement politique une couverture médiatique inespérée. Derniers exemples en date : les «soupes au cochon» distribuées à Nice par l'association Soulidarietà et à Strasbourg par Solidarité alsacienne, et qui ont suscité de vives réactions en raison du tri opéré parmi les exclus, la composition des repas servant à écarter les sans-abri de confession musulmane et juive.

«Identitaires»

Le discours de ces deux associations ne laisse planer aucun doute sur leurs accointances avec les Identitaires, Nice étant d'ailleurs l'un des bastions du Bloc. Sur son site Internet, Soulidarietà proclame que sa «soupe populaire identitaire» s'inspire «de l'initiative lancée à Paris par l'association SDF», qui a fait parler d'elle il y a deux ans en organisant une distribution de victuailles à base de porc (Libération du 12 juin 2004). Soulidarietà y affiche aussi des slogans du type «soyons solidaires de nos frères européens», «lu nouostre davant lou autre» («Les nôtres avant les autres») ainsi que des propos racistes d'une rare violence : «A l'heure où monte pour notre peuple la marée noire de la submersion démographique (...) nous assumons (...) le lancement d'une action de volontariat social et politique envers nos frères de sang les plus démunis», peut-on lire dans un texte daté du 6 décembre 2005 et annonçant son opération. Toutefois, sur le terrain, peu de sans-abri fréquentent ses marmites, selon le témoignage de bénévoles d'associations niçoises impliquées depuis longtemps dans l'aide aux SDF.

De fait, partout où elles sont organisées, ces soupes suscitent un tollé. Ces initiatives sont à chaque fois utilisées pour véhiculer un discours politique stigmatisant l'immigration étrangère. En France, mais aussi en Belgique, où les Identitaires organisent des soupes au cochon à Charleroi et à Bruxelles. «Alors que l'Etat belge dépense des sommes déraisonnables pour aider les sans-papiers, ces mêmes politiciens délaissent nos SDF à leur triste sort», affirme le site de Renaissance sociale, le groupuscule qui distribue ces repas. Presque un copier-coller du texte qui figure sur le site de Solidarité alsacienne, à Strasbourg : «L'Etat français subventionne un nombre mirobolant d'associations d'aide aux pauvres du monde entier, il oublie que la plupart des sans domicile fixe dans notre pays sont d'origine européenne.» Solidarité alsacienne annonce des initiatives semblables à Colmar et à Mulhouse.

Satellite.

Soulidarietà, Solidarité alsacienne, l'Association SDF (à Paris) ou encore Renaissance sociale : à chaque fois une association ad hoc, satellite du Bloc identitaire, est créée pour mener localement ces opérations. «Nous poussons nos militants à investir le terrain social», a confié à Libération Fabrice Robert, 33 ans, fondateur et président du Bloc identitaire (1).

La structure associative sert à ratisser large, notamment parmi les sympathisants d'extrême droite déçus par la «stratégie et la dérive électoraliste» du Front national. Les «Identitaires» investissent aussi le champ culturel. Dernier exemple en date : la croisade lancée par le député UMP François Grosdidier et 206 autres parlementaires de droite contre des groupes de rap (Libération du 17 décembre 2005). Les sept groupes épinglés par les parlementaires, dont Sniper, subissaient en fait depuis longtemps les foudres du site du Bloc.

Les Identitaires se prévalent aussi de la paternité du terme de «racaille» bien avant son apparition dans l'actualité lors de la visite controversée de Sarkozy à Argenteuil, ou des concepts de «racisme antiblanc» ou de «fracture ethnique» qui ont récemment traversé certaines polémiques. «Ce qui nous intéresse, ce n'est pas de revendiquer la paternité d'un mot ou d'un slogan. Mais de voir qu'ils pénètrent l'enceinte parlementaire, les milieux médiatiques et intellectuels», affirme sans détour Fabrice Robert.

(1) Fabrice Robert faisait partie des dirigeants d'Unité radicale, un groupuscule dissous en août 2002 après la tentative d'assassinat de Chirac ­ lors du défilé du 14 Juillet ­ par l'un de ses membres, Maxime Brunerie.
© Libération

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DEUX TENTATIVES AVORTÉES EN ALSACE (France)

Les distributions organisées par un collectif régionaliste ont été interdites samedi.
Strasbourg de notre correspondant Thomas CALINON


16/01/2006 - Il y a deux tréteaux, une planche et quelques gamelles qu'on pose dessus. Un policier s'approche : «Vous remballez ça où c'est moi qui le fais !» 17 h 30, samedi, sur une petite place du centre historique de Strasbourg, les forces de l'ordre coupent court à la distribution de «soupe au cochon» organisée par le collectif d'extrême droite Solidarité alsacienne. «Elle est où la démocratie ?» lance une adepte de la cochonnaille. «Ici», rétorque un policier en montrant la poche intérieure de son imper. Et il déplie un arrêté du préfet du Bas-Rhin interdisant la distribution.

Manifestation.

C'est la deuxième tentative en 24 heures, le rassemblement initial, prévu près de la gare, ayant été interdit dès vendredi pour risque de trouble à l'ordre public. Plusieurs partis et association avaient en effet prévu de manifester contre cette initiative, condamnée par la mairie UMP, et qui «ne saurait être regardée comme un simple geste humanitaire», dixit le préfet.

«Bon, ben c'est vraiment dommage», bougonne Chantal Spieler, membre du parti régionaliste Alsace d'abord (AA) et initiatrice de Solidarité alsacienne. On la conduit au poste pour lui notifier la décision préfectorale, contrôle d'identité pour la dizaine de militants qui l'accompagnent. Arrive son mari Robert, ex-FN et fondateur d'AA, dont il vient de quitter la présidence «pour reprendre une liberté totale d'action et de parole». Ca tombe bien, la presse est là, prévenue par les soins du couple. Robert Spieler se lance, dénonce «une infamie», «un régime totalitaire». Il tremble à l'idée que «bientôt on interdira le salami» et songe à l'expatriation : «Le jour où il y aura des lois qui interdiront la distribution de cochon en Alsace, je crois que nous serons nombreux à quitter la France et à nous réfugier dans des pays où il y a encore une certaine liberté culinaire.» Lorsqu'on lui demande si la reprise d'une action lancée ailleurs par le Bloc identitaire traduit une radicalisation de son discours, il répond «s'inspirer de ceux qui ont de bonnes idées». Et si on avance que trois associations strasbourgeoises distribuent déjà des repas non discriminatoires aux SDF, il se fait maoïste : «Que mille fleurs éclosent !»

Un peu à l'écart, un policier engagé dans une discussion courtoise avec les militants de Solidarité alsacienne peste contre «les anarchistes fouteurs de merde qui ont poursuivi leurs études et sont devenus procureurs ou avocats». Un distributeur de soupe bien mis, la cinquantaine, se gausse d'autres messieurs bien mis, mais socialistes et Verts ceux-là, venus exprimer leur indignation : «Quand on aura leur compte en banque, on sera de gauche !» «Ce n'est pas discriminatoire puisqu'on sert d'autres choses que la soupe: du vin chaud et du quatre-quarts, lance une petite dame coiffée d'une chapka. La semaine dernière, à la première distribution, il y avait 25 personnes. Si on nous avait laissé faire, il y en aurait eu 60 cette fois-ci !».

Solidarité alsacienne entend récidiver la semaine prochaine, mais les mêmes causes produisant les mêmes effets, il devrait suffire aux opposants d'annoncer une manifestation pour obtenir l'interdiction de la distribution de soupe au porc. A moins que la justice ne déjuge le préfet, Chantal Spieler ayant annoncé son intention d'attaquer les deux arrêtés, «au motif de leur caractère discriminatoire».
© Libération

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THE GUARDIAN RELAXÉ POUR AVOIR QUALIFIÉ UN PROCHE DE LE PEN DE 'NÉO-NAZI' (France)

17/01/2006 - Le tribunal de grande instance de Paris a relaxé jeudi 12 janvier le journal britannique The Guardian pour avoir qualifié le chef de cabinet de Jean-Marie Le Pen, Olivier Martinelli, de "néo-nazi", a-t-on appris lundi auprès du tribunal.

Dans un article paru le 17 octobre 2002, le journaliste du Guardian cite un député travailliste britannique qui juge "ahurissant" que lord Tebbit partage une même tribune lors d'un débat avec "un néo-nazi", en l'occurence Olivier Martinelli.

Les juges rappellent que l'expression de "néo-nazi" fait "référence à l'idéologie politique et au régime de l'Allemagne hitlérienne".

Ils estiment cependant que "si cette doctrine est considérée comme pouvant encore à présent inspirer des actions criminelles à caractère raciste", l'article ne contient "aucune imputation de faits précis" contre Olivier Martinelli.

© Jerusalem Post

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VERS UN REPORT DU PROCÈS DE PHILIPPE DE VILLIERS (France)

La Mosquée de Lyon a souhaité s'associer à la plainte du Mrap contre le président du MPF pour "provocation à la discrimination".

17/01/2006 - Le procès de Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF), prévu jeudi à Bobigny devrait être reporté. La Mosquée de Lyon a en effet souhaité s'associer à la plainte du MRAP pour "provocation à la discrimination nationale, raciale et religieuse", a-t-on appris mardi 17 janvier de sources concordantes. La Mosquée de Lyon déposera jeudi sa consignation pour citer à comparaître Philippe de Villiers, a-t-on appris auprès de Me Gilles Devers, avocat du Conseil islamique Rhône-Alpes Mosquée de Lyon. Un report devrait donc être prononcé. "Nous avons voulu nous joindre à cette initiative du Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) pour montrer que l'on ne peut impunément insulter toute une communauté en la traitant d'islamiste", a expliqué le recteur de Lyon, Kamel Kabtane. La date de l'audience qui jugera Philippe de Villiers devrait être fixée jeudi, a confirmé une source judiciaire.

Incitation à la haine

Le président du MPF est poursuivi pour ses propos tenus le 16 juillet 2005 sur TF1 sur "l'islamisation progressive de la société française". Il avait déclaré à l'antenne : "Nous savons que la troisième guerre mondiale est déclarée (...) nous ne pouvons pas continuer à assister impuissants à l'islamisation progressive de la société française", en préconisant de "créer une garde nationale" pour "rétablir les frontières", "investir les quartiers islamistes", "contrôler les mosquées". Mouloud Aounit, président du MRAP, avait dénoncé en juillet des "propos guerriers qui, au-delà de leur caractère irresponsable, représentent une véritable incitation à la haine, au racisme, à l'exclusion".
© Le Nouvel Observateur

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L’INTÉGRATION POLITIQUE NE SE QUÉMANDE PAS, ELLE SE CONQUIERT (France)

Interview d’Alain Soral, propos recueillis par Sancho

17/01/2006 - Autoproclamé « Agitateur depuis 1976 », le sociologue Alain Soral, ne laisse personne indifférent. Catalogué « réac de gauche » par Libération, le polémiste est l’icône des anti-bobos. Ancien militant du PCF et ancien banlieusard Alain Soral répond, avec son franc parlé, aux questions de Poivre Rouge sur les violences urbaines.

Ces émeutes sont elles une forme moderne de lutte de classe ?

Au risque de décevoir le goût des jeunes pour la révolution, non. Car ces émeutes n’expriment aucune vision fondée sur une conscience acquise par la praxis, le travail, la relation aux autres groupes de la société. Niveau conscience politique c’est zéro. Ces cons en sont encore à penser que le P.S. les protège et que le danger c’est Le Pen. Leurs revendications sont le plus souvent la répétition pour la galerie du catéchisme inlassablement ressassé par les médias de masse : égalité, racisme, jeunesse, chômage. En réalité, beaucoup de ces petits gars seraient très embêtés si on leur proposait demain un travail pour les prendre au mot. Un travail en rapport avec leur compétence, c’est à dire un travail de merde, de larbin, de grouillot, à moins de mille euros par mois. Et quand on a été élevé dans la culture "racaille" ça se comprend aisément. Pour conforter cette thèse un peu désenchantée, je vous ferai remarquer qu’une intégration sociale et politique ça ne se quémande pas, ça se conquiert, l’histoire même de tous les groupes dominés démontre bien que le pouvoir ne vous donne jamais rien que vous ne lui ayez arraché de haute lutte. Un groupe s’éveille, puis se structure et produit des élites solidaires. Est-ce que vous pensez que les ouvriers au XIXème siècle ont demandé gentiment au patronat de leur donner des acquis sociaux au nom de l’égalité et des droits de l’homme ? Non, ils se sont organisés, ils ont trouvé la faille, notamment la grève, pour peser dans le rapport de force. S’ils s’étaient contentés de pleurnicher et de brûler des calèches, on leur aurait envoyé l’armée.

Comment expliquer que ces jeunes, issus des franges les plus marginalisées de la population, ne s’organisent pas politiquement pour défendre leurs intérêts ?

D’abord parce qu’ils sont incultes, ensuite parce qu’ils sont très individualistes, ou néo-tribaux, suivant en cela les sirènes des médias de masse qui constituent leur seul fond de culture. Enfin parce que les rares personnes intelligentes qui parviennent, malgré tous ces handicaps, à atteindre un certain niveau de lucidité et qui essayent de s’organiser, comme du temps de la "marche des beurs", sont immédiatement récupérés et manipulés par les associations de contrôle qui quadrillent le terrain, suivant la vielle méthode coloniale. Associations type SOS Racisme, plus récemment Ni Pute Ni Soumise, qui soit les embobinent, soit les neutralisent, soit, s’ils sont trop rotors, les cooptent à condition qu’ils trahissent les leurs, comme le démontre très bien le beau parcours de Malek Boutih. Ces associations qui véhiculent un discours victimaire, les maintiennent en réalité dans le sous-développement mental, l’assistanat. Elles jouent, en accord avec les médias, ce duo pervers qui consiste à ne promouvoir que des marginaux, rappeurs, taggeurs, semi-délinquants, plutôt que ceux qui tendraient à faire penser aux Français de souche que ces gens là sont comme nous, capables de faire des études, de monter des entreprises, de réussir calmement par des voies non marginales. Conclusion, non seulement les banlieues sont très peu organisées et structurées politiquement, mais en plus, ceux qui sont censés leur donner un coup de main sur le terrain ont tout fait, depuis 25 ans, pour les maintenir dans la marge, le sous-développement. A croire qu’il y a une vraie peur du pouvoir que ces gens là s’intègrent et qu’on a tout fait, en réalité, pour qu’ils ne s’intègrent pas. Au fond, il se passe en France, sur le plan des manipulations sociales et communautaires, la même chose que ce qui s’est joué aux USA dans les années 60-70 avec la lutte pour les droits civiques : encadrement, manipulation puis quand la manipulation tend à être éventée, diabolisation.

Comment le PCF, avec son organisation structurée en parti de classe, a-t-il perdu ce contrôle dans les banlieues ?

Par l’immigration justement. Le PCF vivait de son encadrement et de sa défense historique de la classe ouvrière, anciennement majoritaire en banlieue. Le but du regroupement familial a donc été clairement, entre autres, de casser ce pouvoir en important massivement dans les banlieues, des Africains issus de la paysannerie pauvre du tiers monde et du bled, sans culture ouvrière, syndicale. Ainsi, on a cassé une organisation et une conscience de classe, comme on a cassé à la même période les forteresses ouvrières et syndicales, type Billancourt. Aujourd’hui, les gosses qui brûlent des bagnoles ne sont pas des enfants d’ouvriers qui se battent pour préserver des acquis de classe, mais des paumés violents, issus le plus souvent de familles sans pères et forcément nihilistes, puisque n’ayant aucune culture solide, aucun exemple valorisant auquel se raccrocher. Ces jeunes ne sont pas des opprimés en lutte, ce sont des névrosés sociaux.

Des névrosés sociaux ? C’est-à-dire...

Quand on naît en France de parents étrangers venu d’un pays moins développé qui a été exploité puis ennemi de la France. Quand on a vu son père bosser 30 ans pour le smic et raser les murs. Quand notre intelligentsia cosmopolite leur a appris en sus, la haine du Français de souche via les éducateurs trotsko-gauchistes. Quand on a détruit en une génération le patriarcat traditionnel dont ils sont issus pour les soumettre au néo-matriarcat marchand dont, en plus, ils ne touchent pas les dividendes ni concrets ni symboliques. On crée alors objectivement une génération d’adolescents complètement perturbés, déstructurés. Des gosses qui ne sont pas dans la misère au sens traditionnel du terme, puisqu’en banlieue chacun mange à sa faim, peut s’habiller, avoir un téléphone portable et le tout sans bosser, on le voit bien sur les images. Une situation parasitaire qui ne les empêche pas d’être dans un profond mal-être, un sentiment confus, peu verbalisé d’envie et d’impuissance que vient encore redoubler l’énergie de la jeunesse.

Ça c’est l’analyse psycho-sociologique. Mais politiquement qui sont ces jeunes ?

Ils correspondent à ce que Marx appelle le sous-prolétariat, d’autres les classes dangereuses. Bien que l’Histoire prouve qu’en fait de dangereuses, elles ne le sont jamais que pour elles-mêmes. Après tout les bagnoles qui brûlent ce sont celles de la banlieue, les leurs, pas celles du centre ville. Quant à l’avenir de ce genre d’action c’est relégation et prison. Le sous-prolétaire dont l’éloignement du travail productif solidaire ne lui permet pas d’atteindre à la conscience de classe, a vocation de jouer le rôle de "jaune" dans les troubles sociaux, c’est-à-dire d’allié objectif du pouvoir. Quand il casse devant toutes les télés du monde, que fait-il sinon se faire détester du reste de la population française, et ainsi légitimer la droitisation de la politique française, à la demande de Sarkozy. Sur le plan idéologique, ces jeunes-là sont d’ailleurs des libéraux, des « Américains », habillés en américains, rêvant comme des américains à la consommation, à la maille sur le modèle des noirs américains du ghetto, fascinés par cette idéologie de l’embrouille et du vice. Ils ne sont d’ailleurs pas la preuve de l’échec du modèle français, contrairement à ce que nous dit Sarkozy l’américain, mais du danger que représente, pour la France, l’importation sur notre sol du modèle inégalitaire et communautaire américain.

Durant la période du plein emploi, la classe ouvrière défendait des intérêts en coupant la production par des grèves. Aujourd’hui, dans certains quartiers le taux de chômage frôle les 50%. Et ceux qui trouvent du travail sont soumis aux contraintes de l’intérim ou du CDD. Comment défendre ses intérêts dans ces conditions ?

A court terme, en mettant le feu effectivement. Comme Sarkozy, après avoir eu la maladresse de les provoquer (sans doute sciemment d’ailleurs pour mener à bien son programme de "bushisation" de la France) n’a pas eu le courage de les affronter, l’Etat français leur a bien fait comprendre qu’il était près à donner un peu pour qu’ils se calment. Une attitude qui ne peut que légitimer un peu plus la posture délinquante, posture délinquante qui a long terme, justifie un peu plus le virage droitier et inégalitaire pris par le pouvoir. Piège ô combien pervers. La solution serait plutôt qu’émerge une élite légitime et mandatée de ces lieux et de ces communautés, une sorte de phénomène Dieudonné pour les banlieues. S’il émergeait cette élite politiquement intelligente et capable de peser en s’appuyant sur une base solidaire, alors la population des banlieues pourrait enfin obtenir des choses sur le long terme. Mais pour l’instant, compte tenu de la situation que j’y ai vue, il y a plutôt une petite élite incomprise et désabusée qui ne songe qu’à fuir la banlieue et à s’intégrer en ville dans une logique individuelle, laissant sans encadrement une masse à la fois colérique et inorganisée qui sert, malgré elle, le projet ultra-libéral et communautaire de messieurs Sarkozy et Finkielkraut.
© Les Ogres

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LUTTER CONTRE LA DISCRIMINATION (France)

18/01/2006 - Maurice Ambassa est le fondateur du label Unigal qui, depuis Toulouse, vise à lutter contre les discriminations.()

Comment a germé l'idée de votre label ?

Elle est issue de mon expérience personnelle : diplômé à bac + 5, je me destinais à la profession d'expert-comptable, mais j'ai constaté que j'avais du mal à obtenir un emploi dans un cabinet, et certains amis, maghrébins ou noirs, rencontraient les mêmes difficultés.

Statistiquement, les personnes appartenant aux "minorités visibles", selon l'expression consacrée, sont trois fois plus touchées par le chômage que la moyenne nationale. On est dans les mêmes proportions pour les personnes issues des quartiers dits sensibles. Ce label s'est donné pour vocation d'inciter les entreprises à mettre en place des actions pour intégrer progressivement ces personnes.

Il y a deux ans, vous avez créé l'association Intergr'Action, oeuvrant dans le même sens. Depuis, avez-vous constaté des changements ?

Pas du tout. Il y a simplement eu des événements en novembre que je qualifierais de "dommage collatéral" : ces personnes ont exprimé, de la mauvaise façon, des frustrations qui datent probablement des origines. Elles sentent, intuitivement, qu'elles sont des citoyens de seconde zone. Aujourd'hui, le fait qu'on parle de ce phénomène est une aubaine pour la République.

Ce label a donc une grande ambition...

Oui. Il s'agit tout simplement de récompenser des entreprises qui se sont déjà engagées dans cette démarche parce qu'elles se sont senties investies d'une responsabilité citoyenne et sociale, et parce qu'elles évoluent dans un environnement qui doit être stable, et ce, malgré les objections de leurs clients. Notre label se situe à l'opposé d'un outil marketing, qui reviendrait à utiliser la minorité comme alibi. Il reconnaît la volonté d'une entreprise à vouloir changer les habitudes du secteur dans lequel elle évolue.

Propos recueillis par Emmanuel Bousquet
© Metro

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IMPLANTATION DE MOSQUÉES : L'UNIVERSITÉ POUR DÉPASSIONNER LE DÉBAT (France)

18/01/2006 - Pour dépassionner le débat de l'implantation de mosquées dans les Alpes-Maritimes, débat très actuel à Nice, une étude a été menée par l'Université de Nice Sophia Antipolis. Cette réflexion s'inscrit dans le cadre des dispositifs mis en place depuis 2000 afin de lutter contre les discriminations. Financée par le FASILD (Fonds d’Action et de Soutien pour l’Intégration et la Lutte contre les Discrimination), ce rapport sera présenté le 23 janvier prochain à 14 h 30 à Nice au Centre Administratif (Préfecture), en présence des membres du groupe de travail qui a suivi la mise en œuvre de cette démarche (Préfecture, FASILD, Associations, Sonacotra). L'étude de l'UNSA sur "la question des lieux de culte musulman dans les Alpes-Maritimes", est-il précisé dans un communiqué de la Préfecture, a pour vocation de servir de "base de travail objective et dépassionnée dans le cadre du dialogue pouvant s’engager entre les collectivités territoriales et les associations cultuelles sur la mise aux normes des salles de prière et l’implantation de nouvelles structures."
© SophiaNet

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'800 EMPLOIS' POUR LES JEUNES BANLIEUSARDS (France)

Louis Gallois souhaite que le "personnels de la société ferroviaire ressemblent aux personnes qu'elle transporte"

La SNCF a promis "15% des recrutements 2006" aux jeunes issues des banlieues, soit "environ 800 postes", a indiqué mercredi 18 janvier le président de la SNCF. Louis Gallois, qui s'exprimait sur France-2, a manifesté le souhait que les "personnels de la société ferroviaire ressemblent aux personnes qu'elle transporte".
"En tant qu'entreprise publique nous avons des devoirs d'offrir du travail à ces jeunes, de leur proposer d'entrer dans cette société et de faire en sorte qu'elle soit accueillante pour eux, et en même temps de faire en sorte que les personnels de la SNCF ressemblent aux personnes qu'elle transporte", a-t-il déclaré. "Il faut que ces jeunes trouvent dans les cheminots des gens qui leur ressemblent" a ajouté Louis Gallois.

"M ou Mme Diversité"

"Pour cela, j'ai fixé l'objectif à 15% des recrutements cette année, et comme nous sommes un des plus gros recruteurs de France avec 5.200 recrutements en 2006, cela fait environ 800 postes offerts dans ce cas précis", a-t-il précisé. Louis Gallois a invité ces jeunes à "écrire" à la direction nationale de la SNCF où "un dispositif pour recueillir leur CV sera mis en place."

Quelques jours après la fin des violences urbaines, le 20 novembre, la SNCF avait indiqué vouloir faire "un effort accru" en faveur de la lutte contre les discriminations. Elle avait alors évoqué "au moins 10%" de ses recrutements dans des quartiers difficiles en 2006.
"L'objectif est de 15%, mais ce sera au moins 10%", avait alors indiqué un porte-parole. Louis Gallois avait également annoncé qu'il allait nommer un "M ou Mme Diversité" au sein de la SNCF.

160.000 CV par an

La SNCF est, comme plus de 200 entreprises, signataires de la "charte de la diversité", destinée à respecter la non-discrimination à l'embauche, la formation et l'avancement professionnel de leurs salariés. La société compte 165.000 employés. Elle reçoit chaque année 160.000 curriculum vitae et figure parmi les dix premiers recruteurs de France.
© Le Nouvel Observateur

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'AU LYCÉE, LE RACISME SE VIT AU QUOTIDIEN' (France)

Dix clips sur le racisme, écrits par des lycéens, sont diffusés cette semaine à la télévision

18/01/2006 - Lorsque le Conseil national de la vie lycéenne a lancé l'an dernier son concours de scénarios sur le racisme et l'antisémitisme, les organisateurs n'espéraient pas un tel succès.

Ayant reçu 600 projets, un jury présidé par le réalisateur français Régis Wargnier ( Indochine , Man to Man ) en a sélectionné dix qui ont pu être tournés par des professionnels.

Les lauréats ont été accueillis avant-hier soir en grande pompe au Théâtre Marigny, à Paris, par le ministre de l'Education nationale, Gilles de Robien, les délégués du CNVL et quelques personnalités, comme Gérard Klein, pour présenter leurs oeuvres cinématographiques, plutôt réussies dans l'ensemble. Metro a demandé à Régis Wargnier de commenter cette soirée.

Metro : Qu'est-ce qui vous a motivé pour parrainer ce projet de jeunes sur le thème du racisme ?

Régis Wargnier : J'ai grandi dans une France qui avait un peu perdu les pédales, notamment à cause de ses relations coloniales. Je n'en ai pas particulièrement souffert, mais ça m'a obligé à me poser des questions sur des valeurs, sur la nécessité ou non d'arrêter ces guerres, car on voulait toujours nous laisser à part. Aujourd'hui, je crois que ça a changé. Les adolescents peuvent se faire leur propre opinion sur le racisme. Mais tant que l'on ne regardera pas notre passé colonial en face, les mentalités auront du mal à évoluer.

Malgré tout, ces lycéens se montrent plutôt optimistes ?

Oui, je crois qu'il y a une conscience générale très importante, parce qu'au lycée le racisme se vit au quotidien. Et c'est parce que ça touche profondément les jeunes que nous avons reçu autant de scénarios. Ils sont vraiment actifs et je trouve que c'est très encourageant. Ils font toujours preuve d'optimisme. Quand j'étais jeune, je ne sais pas si j'aurais eu les couilles d'écrire ce qu'ils ont écrit.

En tant que réalisateur, quel regard portez-vous sur ces clips vidéo ?

J'ai vraiment été épaté par leur qualité cinématographique. Les scénarios de départ étaient très différents et, pour certains, la réalisation a été très bénéfique.

Avez-vous eu un coup de coeur ?

Front obscure (où un jeune homme repose sur l'herbe après s'être fait tabasser par une bande, ndlr), écrit par un jeune Marseillais. Parce que son scénario paraissait improbable à la réalisation et parce qu'il est particulièrement frappant.

Propos recueillis par Julie Duquenne

'Les "dix clips pour un autre regard" - de trois minutes chacun - seront retransmis dès cette semaine sur France Télévisions et en février sur La Chaîne parlementaire.
© Metro

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LES VIDEURS SAUVENT LA FACE (France)

Des onze videurs de boîtes de nuit qui comparaissaient à Lyon pour discrimination raciale à la suite d'une opération de testing menée par l'hebdo Lyon Capitale et SOS Racisme, seuls trois ont été légèrement condamnés. Par Eric Lecluyse.

18/01/2006 - La cour d'appel de Lyon a condamné ce mercredi trois videurs de discothèques de la ville à des amendes pour discrimination raciale, mais en a relaxé huit autres qui comparaissaient pour les mêmes faits. Lors de l'audience du 14 décembre, l'avocat général avait requis deux mois de prison avec sursis et 500 euros d'amende à l'encontre des onze prévenus, tous relaxés en première instance.

Succès du couple "d'aspect européen"

En mars 2000, l'hebdomadaire Lyon Capitale et l'association SOS Racisme avaient réalisé une enquête pour tester 18 boîtes de nuit lyonnaises. Sous le contrôle d'un huissier, un premier couple "d'aspect maghrébin" s'était présenté à l'entrée de chaque établissement. Dans les 11 boîtes où le couple avait été refusé, un second couple, vêtu de manière similaire mais "d'aspect européen", avait tenté sa chance quelques minutes plus tard, avec succès cette fois. Poursuivis à l'initiative de SOS Racisme, les videurs avaient expliqué que le premier couple n'avait pas insisté pour entrer, que le second avait été confondu avec des habitués ou encore que des clients étaient sortis entretemps.

Dans son arrêt, la cour d'appel relève "que la méthode utilisée dans cette opération de testing à l'initiative du magazine Lyon Capitale a failli, sur plusieurs points, aux exigences de rigueur et d'impartialité". Tout en estimant que la preuve de la discrimination raciale n'avait pas été apportée pour huit des videurs, la cour a considéré que la "mauvaise foi" des trois autres était établie. Ils ont été condamnés à 1500 euros d'amende, dont 1000 avec sursis, et 1000 euros de dommages et intérêts à SOS Racisme. "Il faut que les boîtes de nuit de la région sachent que cela nous donne la pêche. On va relancer les opérations de testing dès les prochaines semaines", a prévenu Thibault Duez, président de SOS Racisme Rhône, à la sortie de l'audience.
© L'Express

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MOINS DE VIOLENCES ANTISÉMITES (France)

974 actes ou menaces racistes et antisémites ont été comptabilisés par les forces de l'ordre en France en 2005, selon la police. Cette baisse de plus d'un tiers par rapport à 2004 s'explique par le reflux des actes antisémites.

19/01/2006 - 2004 avait été une annus horribilis pour les violences racistes, et plus particulièrement l'antisémitisme, en France. L'année 2005, avec 974 actes ou menaces répertoriés contre 1574 l'année précédente, est donc marquée par une diminution d'un tiers de ces actes, selon des chiffres de la direction générale de la police nationale (DGPN). Cette forte décrue est en particulier imputable au reflux des violences antisémites de tous ordres (504 contre 974, soit -48%) par rapport à 2004.

Les actes racistes et xénophobes autres qu'antisémites ont également fortement diminué avec 470 faits contre 600 (-21%). Quarante personnes ont été interpellées pour des actes ou propos antisémites (81 en 2004) et 55 pour les autres faits de racisme (71). "Les violences urbaines de novembre n'ont pas provoqué de poussée des actions racistes et antisémites", relève une source policière. "2004 avait été la plus mauvaise année depuis la mise en place du dispositif statistique en 1995", ajoute cette source qui rappelle toutefois que "le reflux avait été amorcé au dernier trimestre 2004".

"Fort engagement policier"

La diminution est constatée pour les menaces et insultes comme pour les actions violentes (agressions, atteintes à des lieux confessionnels ou à des cimetières notamment). Ainsi il y a eu 98 actions à caractère antisémite (contre 200) et 406 menaces (contre 774). Pour le racisme et la xénophobie d'autres natures, l'indicateur de la DGPN a comptabilisé 88 actions (contre 169) et 382 menaces (431).

Un responsable policier explique cette baisse par plusieurs facteurs: des "mesures de protection efficaces des lieux sensibles et un fort engagement des forces de l'ordre", ainsi qu'un "gros travail de prévention dans les établissements scolaires" et "une baisse de la tension" liée à l'actualité internationale (conflit israélo-palestinien et Irak notamment).

Pas d'idéologie

La région la plus concernée par les manifestations antisémites est l'Ile-de-France. Les régions Nord-Pas-de-Calais et Rhône-Alpes sont au-dessus de la moyenne pour les autres manifestations de racisme et de xénophobie. Par ailleurs, les actes racistes et antisémites commis par des extrémistes de droite poursuivent leur décrue. "On a de plus en plus de mal à imputer ces actes à une idéologie. Le phénomène est de plus en plus diffus", relève une source policière.

La tendance était à la baisse dans les années 90, avant de s'inverser depuis 1999, et d'atteindre des pics en 2002 et 2004. Cette flambée avait provoqué de vives critiques de la France aux Etats-Unis et en Israël. En novembre 2004, l'ambassadeur d'Israël à Paris Nissim Zvili avait estimé que la communauté juive de France se sentait "délaissée par la société française", "indifférente" à "la montée de l'antisémitisme. Le Comité interministériel de lutte contre le racisme et l'antisémitisme doit se réunir le 30 janvier à Matignon.
© TF1

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COLONISATION : APPEL À MANIFESTER LE 25 FÉVRIER À PARIS (France)

19/01/2006 - Une soixantaine d’organisations, partis et associations ont appelé mercredi à la tenue d’une grande manifestation le 25 février à Paris en vue de réclamer l’abrogation totale de la loi du 23 février 2005, notamment l’article 4 qui évoquant "le rôle positif" de la colonisation française. L’appel a été notamment lancé par le MRAP, le PCF, Attac et de nombreux collectifs africains, antillais et guyanais. Un défilé est prévu à partir de 15h entre la place de la République et la place Saint-Michel. D’autres, comme SOS Racisme ou le Parti socialiste, se joignent à cet appel en demandant uniquement l’abrogation de l’article 4.

Cette manifestation sera précédée le 23 février par une veillée devant l’Assemblée nationale à partir de 19h au cours de laquelle seront notamment lus des textes d’Aimé Césaire sur la colonisation.

A cette occasion, les signataires ont réclamé mercredi dans un communiqué à être reçus par le président de l’Assemblée nationale Jean-Louis Debré.

Pour le respect de Tous les citoyens de la République
Abrogation de la loi du 23 février 2005

Le 23 février 2005 une loi honteuse était promulguée. Sous couvert de "reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés", son article 4 qui consacre "le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord..." résume la philosophie globale de ce texte. C’est une véritable provocation et un déni de vérité.

Depuis des années nous assistons malgré les interpellations des citoyens et des associations, au silence assourdissant de l’Etat concernant sa responsabilité dans Tous les crimes coloniaux.

Non, la colonisation n’a pas joué un rôle positif, car elle s’est toujours fondée sur la violence, l’humiliation, la dépossession...
La supériorité d’un peuple sur un autre, le racisme étant son fondement exclusif, est en soi inacceptable.

L’éducation à la citoyenneté devrait prendre en compte les mémoires partagées et l’exigence d’une histoire commune. Aussi, la mémoire étant un enjeu collectif, le législateur ne peut définir une Histoire officielle et l’imposer à des millions de concitoyen(e)s selon une vision insultante et mensongère

Les propos du Président de la République le 4 janvier 2006 "Le texte actuel divise les Français. Il doit être réécrit", sonnent comme un aveu. C’est pourquoi, les organisations soussignées rejettent la réécriture du texte et exigent l’abrogation pure et simple de cette loi de la honte.

Manifestation Samedi 25 février 2006
pour l’abrogation de cette loi de la honte.
15 heures à Paris
Parcours prévu : République / Saint Michel(qui sera précisé le moment venu quand l’autorisation officielle sera obtenue)

Premiers Signataires : ACCOLADE, Alternative Citoyenne, Alternative Libertaire, APID, APILPD (association internationale de lutte contre la drépanocytose), APTOM (Association Poste et Télécommunication Outre Mer), Association 17 Octobre 1961 contre l’Oubli, ACCA (Association des Combattants de la Cause Anticoloniale), ARAC (Association Républicaine des anciens Combattants), ATTAC, Au Nom de la Mémoire, Bitasion Lannaj Kreol, Cedetim, CIFORDOM (Centre d’Information, formation, Recherche et Développement pour les Originaires d’Outre Mer), Collectif des Féministes pour l’égalité, Collectif Devoirs de Mémoire, Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie, Coordination Antividéosurveillance d’Ile de France, CROMVO, Droits Devant !, Eritag, FAAG (Fédération des Associations et Organisations d’Intérêts pour les Originaires des Antilles et Guyane) FADOM (Fédération des Associations d’Outre-Mer), FASTI, Fédération des Syndicats Sud d’Education, Kapesterien, IACD (Initiatives et Actions citoyennes pour la démocratie), LCR, Léo Lagrange Ile de France, Les Alternatifs, Les Oranges, L’Habysoisse, Lutte Ouvrière, MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’amitié entre les peuples), Mouvement de la Paix, MJCF (Mouvement des Jeunes Communistes), MJS (Mouvement des Jeunes Socialistes), MARS (Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale), Ni Putes ni Soumises, Panthères Roses, PCF (Parti Communiste Français), Peuple et Culture, Planète Antilles, Réseaux Citoyens de Saint Etienne, UNEF, Union Démocratique Bretonne, Union des Etudiants Communistes, Union Nationale Lycéenne, Union Syndicale Solidaires.
© Collectif Bellaciao

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COLONISÉS HIER, IMMIGRÉS AUJOURD'HUI, CITOYENS DEMAIN (France)

20/01/2006 - En janvier 2005, un appel est lancé via Internet, sous le titre volontairement provocateur : "Nous sommes les indigènes de la République". Ce n'est pas la première fois que le thème de la mémoire coloniale fait irruption dans le débat sur l'intégration des immigrés. Dans le prolongement du mouvement beur des années 1980, des enfants de Maghrébins ont exhumé des pans de l'histoire française, essentiels dans leur mémoire familiale, pour en finir avec l'amnésie coloniale et construire leur citoyenneté. Grâce à une coopération avec des universitaires, leurs associations ont obtenu la reconnaissance de la répression sanglante de la manifestation des nationalistes algériens du 17 octobre 1961 par la police parisienne du préfet Papon, ou celle de la participation des troupes coloniales à la Libération de la France.

Mais aujourd'hui, l'histoire coloniale est appelée pour expliquer le destin social des Français d'origine antillaise, ou issus de l'immigration maghrébine et africaine. Destiné à frapper les esprits, l'appel de 2005 est lancé, affirme son texte, au nom des "descendants d'esclaves et de déportés africains, filles et fils de colonisés et d'immigrés" et "militantes et militants engagé (e) s dans la lutte contre l'oppression et les discriminations produites par la République postcoloniale". Signé, selon ses initiateurs, par près de 4 000 personnes, Français issus de l'immigration, maghrébine pour l'essentiel, et des rangs de la gauche et de l'extrême gauche, ce texte a suscité une polémique intense dans le monde associatif et politique.

Il lui a été reproché de renforcer le communautarisme, de se référer abusivement au legs colonial, en affirmant que l'indigénat était encore à l'oeuvre dans la société française aujourd'hui.

"On nous a accusés d'ethniciser le débat, alors que nous avons pointé une réalité déjà ethnicisée, se défend le sociologue Saïd Bouamama, l'un des initiateurs de l'appel. L'appréhension des problèmes sociaux, la construction des politiques publiques suivent des logiques qui fonctionnent encore de la même manière qu'à l'époque coloniale. Or, tant que l'on n'aura pas fait un travail sur cette période, ces logiques perdureront." "Cette forme d'expression, soutient-il, était nécessaire pour poser le débat. Il fallait dire la réalité telle que nous la sentions, quitte à la caricaturer."

Peut-être cela explique-t-il que le mouvement né de cet appel peine à prendre son essor. Nombreux sont ceux qui, séduits au départ par ce qu'il incarnait, ont pris leurs distances. " L'idée était de créer une nouvelle culture politique de résistance face aux pratiques de ségrégation et de discrimination. Malheureusement, nous n'avons jamais pu établir de liens entre les signataires, ni avec les associations et organisations qui n'étaient pourtant pas réfractaires à nos conceptions", déplore Moustapha Gueye. Membre du Cercle Frantz Fanon, lui-même initiateur de l'appel mais démissionnaire, M. Gueye déplore que l'animation du mouvement ait été accaparée par un petit groupe au fonctionnement "sectaire". Il juge néanmoins que l'appel des "indigènes" a eu le "mérite de favoriser l'émergence d'un travail de mémoire, d'apporter une autre lecture des phénomènes discriminatoires en établissant un lien entre le passé colonial et le présent". "Le contexte n'est certes pas le même, ajoute-t-il, mais ces phénomènes puisent leurs racines dans cette période".

Pap Ndiaye, historien à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess), comme Patrick Lozès, pharmacien membre du Conseil national de l'UDF, reconnaissent eux aussi ce mérite à l'appel. Ils ont tous deux participé à la genèse du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), créé le 26 novembre 2005. "L'appel des indigènes est révélateur de l'importance que revêt aujourd'hui l'histoire pour toutes les populations qui subissent des discriminations raciales, et sont mises aux marges de la société bien que nées en France", relève Pap Ndiaye. Mais l'universitaire réfute la posture victimaire de l'appel, dangereuse à ses yeux parce qu'elle stigmatise ces populations comme étant seulement des descendants de colonisés ou d'esclaves. Il faut, selon lui, s'employer à faire émerger une identité française fondée sur ce qu'il appelle "un récit national pluraliste". Une République reconnaissant les apports, les richesses de toutes les cultures qui la composent.

En 2003, Patrick Lozès avait créé le Cercle d'action pour la promotion de la diversité en France (Capdiv), pour améliorer la place et la situation des "citoyens originaires de l'Afrique subsaharienne et d'outre-mer". Deux ans plus tard, il fonde le CRAN pour faire évoluer "un véritable préjugé collectif national" à l'encontre des "Noirs" et "dire le besoin de reconnaissance, de mémoire" de ces citoyens. Entre les deux, son approche a changé. "J'étais un intégriste de la République, jusqu'au moment où j'ai compris que mon discours était en décalage avec la réalité des gens", explique-t-il. Il a dû reconnaître qu'il existait une "question noire". "On ne peut occulter l'apartheid ethno-racial qui existe de fait, en se cachant derrière les grands principes républicains pour ne pas agir", affirme-t-il aujourd'hui. Et dans cette lutte contre les discriminations, il ne faut ni "occulter" ni "nier" la mémoire, les dénis de l'histoire ne faisant qu'"accentuer les frustrations" et "alimenter l'indécente concurrence des mémoires".

Cette quête de la mémoire a contribué à accélérer la création d'une fédération des associations noires. Mais elle a aussi rendu plus difficile l'émergence d'une conscience noire, observe Pap Ndiaye. " Les problèmes des Antillais ne peuvent pas se superposer à ceux des autres populations issues des colonies, confirme Serge Romana, président du Comité Marche du 23 mai, association qui lutte pour la reconnaissance de l'esclavage. Nous, Antillais, sommes nés dans l'esclavage. Bien sûr l'esclavage s'inscrit dans la période coloniale, dans la colonisation. Mais c'est cette fabrication dans et par l'esclavage qui génère notre situation particulière."

"Les Africains et les Antillais n'ont pas les mêmes combats", défend aussi Patrick Karam. Cet universitaire guadeloupéen a lancé en février 2003 le Collectif Dom, sur le thème de la continuité territoriale et de l'obtention de billets d'avions à tarif raisonnable avec la métropole. Mais, rapidement, tout en se positionnant sur le champ de la mémoire de l'esclavage, l'association a étendu son action contre tous les types de discriminations touchant les Français d'outre-mer. Des discriminations qui ne tiendraient pas à du racisme, mais à de la "xénophobie".

"La couleur de peau n'est qu'une des facettes", affirme Patrick Karam, tout en déplorant la persistance de "l'image véhiculant le mythe du Noir inférieur", qui mêle Français d'outre-mer et d'origine étrangère. Cela ne l'empêche pas, contre l'avis d'une partie de ses troupes, de critiquer "la thématique de guerre raciale" du CRAN.

Dans cette résurgence de la mémoire comme élément prépondérant de la quête d'identité, les réclamations historiques, contemporaines, sociales, sont donc multiples. Contradictoires parfois.

Laetitia Van Eeckhout
© Le Monde

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'L FAUT DISTINGUER TRAVAIL HISTORIQUE ET POSITIONS MILITANTES' (France)

Emmanuelle Saada, a 36 ans. Historienne et sociologue, elle travaille sur les thèmes de la colonisation, l'immigration et l'identité. Maître de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, elle enseigne aussi à la New York University. Elle publie en 2006 Les Enfants de la colonie. Les métis de l'Empire français entre sujétion et citoyenneté (La Découverte).

20/01/2006 - Pourquoi, après une longue période de refoulement de l'histoire coloniale, la société française relance-t-elle la polémique ?

Ce passé ressurgit sous la forme d'une revendication de mémoire, mais celle-ci a été précédée par un renouveau de la recherche. Depuis dix ans, de nombreuses publications ont mis en avant les aspects sociaux et culturels du fait colonial, là où dominait le récit politique et militaire de l'histoire dite "traditionnelle".

Sous la pression de l'actualité, l'histoire de l'immigration a émergé dans les années 1980 et s'est d'abord développée sans intégrer le fait colonial. A cette époque, les historiens refusaient de distinguer l'immigration postcoloniale pour ne pas tomber dans le piège de l'extrême droite qui justifiait l'exclusion des immigrés issus des anciennes colonies par le caractère irréductible de leurs différences raciale et religieuse.

Par ailleurs, l'analyse a pâti des engagements de l'histoire coloniale : on est passé de l'hagiographie du début du XXe siècle, à un récit dénonciateur au moment de la décolonisation. Puis on a fait l'histoire des grandes cultures du monde, en longue durée. C'est une avancée essentielle, mais qui a relégué le rapport colonial au statut d'épiphénomène.

Pourquoi surgit-il maintenant ?

Les enfants ou petits-enfants d'immigrés coloniaux ou postcoloniaux cherchent à se réapproprier une histoire que leurs parents ont tuée, vivant souvent leur immigration comme une trahison.

Ces silences se dissipent avec l'émergence d'une génération nouvelle qui arrive à maturité politique avec un bagage culturel important : cette génération accède à l'université avec de grandes interrogations. Elle est est en train de produire de jeunes chercheurs brillants sur ces questions. Mais cette volonté de savoir ne distingue pas toujours travail historique et positions militantes.

Considérez-vous la pétition des "indigènes de la République" comme une manifestation de cette confusion ?

Certes, ce mouvement instrumentalise l'histoire coloniale en utilisant des raccourcis contestables, par exemple en assimilant le statut des "sujets indigènes" à celui des immigrés et de leurs descendants dans la France d'aujourd'hui. Mais sans céder sur les faits historiques, il faut reconnaître que cette initiative a le mérite d'ouvrir un débat politique sur les implications actuelles du passé colonial de la France. Elle fait pendant aux pressions exercées par le lobby des nostalgiques de la colonisation qui a réussi à faire voter la loi du 23 février 2005.

Comment analysez-vous la polémique suscitée par ce texte qui entend consacrer dans les programmes scolaires "le rôle positif de la présence française outre-mer" ?

Le vote de cet article révèle la puissance des groupes militants liés à l'extrême droite qui se posent en représentants des rapatriés. Mais la polémique qui a suivi peut faire avancer le débat plus général sur les rapports entre histoire et mémoire. La mobilisation des historiens, l'intervention de Jacques Chirac, vont dans ce sens.

Comment les professionnels de l'histoire peuvent-ils participer à ce débat aux enjeux très actuels ?

Les historiens n'ont pas toujours contribué à dissiper les malentendus. Dans la période récente, s'est développée une remise en cause de la capacité de l'histoire à tenir un discours vrai. Scientifiquement très utiles, ces critiques ont aussi ouvert la voie aux prises de position militantes : si l'histoire n'est qu'un récit parmi d'autres, pourquoi ne pas plutôt mettre en avant les mémoires ? Comme de nombreux collègues, je crois que l'on doit défendre l'autonomie de l'histoire, qui est un métier, avec ses règles à la fois scientifiques et déontologiques : si elle ne produit pas de vérité absolue, elle possède des procédures d'objectivation contre les distorsions de la mémoire : critique des sources, lecture croisée des documents...

Partagez-vous la revendication de vos collègues qui militent pour l'abrogation des lois se référant à l'histoire ?

Je suis opposée à la revendication d'une telle "libération" de l'histoire par la suppression des lois Taubira et Gayssot et celle de 2005. On ne peut pas mettre sur le même plan l'esclavage, la traite des Noirs, le génocide des juifs et la souffrance des rapatriés d'Algérie. L'historien peut dire que ce n'est pas la même chose !

Que nous révèlent les recherches récentes sur le colonialisme "républicain" français ?

La réflexion sur les rapports entre la République et le colonialisme permet de remettre en cause l'existence d'un "modèle républicain" unique, idée très en vogue depuis les années 1980. Ce prétendu modèle a produit deux interprétations contradictoires : pour certains, il aurait été en contradiction avec la réalité des discriminations coloniales ; d'autres ont estimé au contraire que la "mission civilisatrice" accomplie dans les colonies fournit la preuve de la solidité du modèle.

D'ailleurs, où chercher LE modèle républicain ? Dans l'abolition de l'esclavage par la IIe République, ou dans la répression féroce des indigènes organisée par la IIIe ? Dans l'idéal d'assimilation prôné au début du XIXe siècle au nom de l'universalisme, ou dans son abandon à la fin du même siècle sous l'influence du racisme évolutionniste ?

En réalité, le mode de gouvernement des colonisés a beaucoup varié selon les lieux et les époques, et l'idée d'un "empire" n'est apparue que dans les années 1930, peu avant son effondrement.

Que reste-t-il dans la France actuelle des rapports de domination qui prévalaient dans l'Empire français ?

Institutionnellement, pas grand-chose : le statut spécifique des immigrés algériens a pratiquement disparu. Ce qui subsiste est plus diffus. D'une part, c'est la façon de penser l'appartenance nationale et donc l'altérité. Ainsi la notion d'assimilation forgée dans le rapport colonial reste-t-elle une condition de la naturalisation des étrangers.

C'est aussi un lien subjectif fait par les acteurs eux-mêmes. Les anciens colonisés savent qu'ils ont été dépossédés, constamment humiliés, et ils considèrent leur immigration comme le prolongement de cette dépossession. Leurs enfants et petits-enfants se heurtent souvent à un soupçon quant à leur pleine appartenance à la nation. Que les violences urbaines de novembre aient été interprétées comme un "problème de l'immigration" est à cet égard révélateur, comme l'a été la loi sur le foulard à l'école. Du temps des colonies déjà, on excluait les musulmans de l'espace public au nom de leur incapacité à distinguer religion et politique.

Certains descendants de colonisés dénoncent une perpétuation du rapport colonial. Ce parallèle vous semble-t-il recevable ?

Mon métier ne consiste par à juger du bon usage des mémoires. Mais sur le plan de l'histoire, la réponse est négative : les indigènes étaient soumis à un statut discriminatoire, le code de l'indigénat, inscrit dans le droit, alors qu'aujourd'hui, c'est la lutte contre la discrimination et le racisme qui est la loi. Et c'est bien ce cadre juridique qui rend possibles les revendications. Par ailleurs, ramener tout à la colonisation risque de rendre invisibles des enjeux politiques et sociaux fondamentaux, comme le problème des inégalités ou celui du maintien de l'Etat dans les banlieues.

En quoi le petit-fils d'un immigré est-il plus lourdement handicapé que celui d'un ouvrier français ?

Il me semble assez illusoire d'établir un palmarès en la matière... Mais on peut souligner que certains handicaps collectifs d'origine coloniale ont été reproduits dans l'immigration. Les grands-parents ont été spoliés et maintenus dans l'ignorance. On a fait venir les parents pour travailler dans la grande industrie et on les a logés dans des bidonvilles. Ils ont vécu dans le "temporaire qui dure" et ont eu bien du mal à construire leur histoire familiale dans une France qui leur enjoignait de s'intégrer tout en menaçant longtemps de les expulser. La différence est là : dans ce constant déni d'appartenance.

Les Asiatiques, présentés comme des modèles d'intégration, ne contredisent-ils pas l'idée d'une stigmatisation spécifique aux populations issues des ex-colonies ?

Cette contradiction apparente correspond à la réactivation de modèles coloniaux et notamment de l'échelle d'évolution raciste de la fin du XIXe siècle : au sommet se trouvaient les Européens et au plus bas les Kanaks. Entre les deux, les "barbares" algériens. Mais les Asiatiques suivaient de près les Européens : ils étaient considérés comme les héritiers d'une noble civilisation. La perception positive des Asiatiques vient aussi du fait qu'ils ont été accueillis comme de "bons" immigrés : réfugiés, anticommunistes et souvent catholiques.

La colonisation a-t-elle généré une "dette" des anciennes puissances impériales ?

S'il existe une dette, elle est intellectuelle. Nous nous devons de mieux comprendre ce qu'a été le rapport colonial et de faire connaître nos résultats à celles et ceux dont l'histoire personnelle et familiale a été marquée par la colonisation.

Propos recueillis par Philippe Bernard
© Le Monde

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AMINCIE, LE CHEVEU PLUS COURT, MARINE LE PEN FAIT PARLER D'ELLE AU FN (France)

20/01/2006 - Elle ne peut pas faire un pas au Paquebot, le nom du siège du Front national (FN), sans que des militants l'abordent, la félicitent et lui demandent son secret. Même des sympathisants du parti lui envoient par courriel des messages de félicitations pour son nouveau look. Marine Le Pen, vice-présidente du FN, a perdu 11 kg en trois mois, arbore une nouvelle coiffure, porte des mini-jupes. Un changement qui ne passe pas inaperçu.

Opération de communication visant à montrer une image plus moderne du parti ? Ou "démarche personnelle", comme l'affirme Jean-François Touzé, responsable du pôle idées-images pour la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen et proche de la vice-présidente ? "C'est vrai que je lui avais conseillé de se couper les cheveux, mais c'était un conseil d'ami. Son régime, sa nouvelle coupe, son nouveau look, c'est elle et elle seule qui l'a décidé", dit-il.

"Il n'y a aucune stratégie là-dedans", s'exclame Louis Aliot, secrétaire général du FN et ami de Marine Le Pen. "Elle en éprouvait le besoin pour elle-même", insiste-t-il. M. Aliot ne boude cependant pas l'aubaine que représente cette transformation physique : "Tout ce qui peut améliorer l'image du FN est bon à prendre, même si elle n'a pas fait cela pour ça", reconnaît-il.

La principale intéressée confirme. "J'avais envie d'être bien dans ma peau", explique Marine Le Pen, qui éclate de rire lorsque l'on suggère un "plan com". "J'ai 37 ans, mon aînée a six ans et les jumeaux cinq, je peux enfin penser un peu à moi", souligne-t-elle en ajoutant qu'elle souhaitait également aborder "en forme" la campagne de son père et en assurer "dans les meilleures conditions" son rôle de directrice stratégique. Elle ne cache pas son étonnement devant l'intérêt que les "gens portent à (son) aspect physique". "Après mes premières apparitions à la télévision, en 2002, on m'envoyait des mails pour me dire : surtout ne vous coupez pas les cheveux, d'autres pour me conseiller de les couper ! A présent on me dit bravo !", raconte-t-elle. "Il y a un phénomène d'appropriation de ma personne mais aussi de proximité que l'on ne note pas avec les autres dirigeants du parti", relève-t-elle. Elle donne pour exemple la facilité avec laquelle "même (ses) adversaires politiques (l')abordent et (l')appellent Marine".

Christian Baeckeroot, membre du bureau politique et farouche adversaire de la vice-présidente, semble, quant à lui, penser qu'"il y a là préparation d'une candidature éventuelle de Marine Le Pen à l'élection présidentielle". "Je ne dis pas que c'est certain, mais j'observe : elle change de look, prépare un livre, devient directrice stratégique de la campagne présidentielle... les choses se mettent en place", ajoute-t-il.

Christiane Chombeau
© Le Monde

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EN CORSE, L'ACCALMIE LAISSE PLACE À UN DÉBUT 2006 'EXPLOSIF' (France)

Quinze attentats ou tentatives en dix-neuf jours, dont une attaque raciste à Porto Vecchio : l'île s'alarme.
Par Dominique Costa


20/01/2006 - UNE BOUCHERIE halal de Porto Vecchio sérieusement endommagée par l'incendie consécutif à l'explosion d'une bombe. Cet attentat, survenu peu après une heure du matin dans la nuit de mardi à mercredi aurait pu passer inaperçu s'il ne s'agissait du commerce d'un Marocain, visé pour la quatrième fois depuis 2003. Et s'il n'avait été commis en Corse, île dont la communauté maghrébine a été la cible d'une flambée de violence particulièrement sensible depuis trois ans.

Cet acte qui a causé d'importants dégâts vient confirmer un début 2006 préoccupant, portant à quinze le nombre d'actions et tentatives en dix-neuf jours, alors que 2005 avait offert à l'île un calme que beaucoup rêvaient durable. L'an dernier, 126 attentats ont été perpétrés soit 10% de moins qu'en 2004. Une «incontestable accalmie» que Patrick Lalande, procureur général de Bastia, avait soulignée dans son discours de rentrée. Comme l'a précisé José Thorel, procureur de la République, lors de la rentrée solennelle du tribunal de grande instance d'Ajaccio, les cibles privilégiées sont connues : «L'institution judiciaire, les forces de police ou de gendarmerie, des services de l'Etat, des résidents corses originaires du continent, du Maghreb ou d'autres pays européens.»

Si l'accalmie de 2005 a aussi profité à la communauté maghrébine, cette dernière a tout de même été victime de 15% des attentats commis. Selon le préfet de Corse Pierre-René Lemas, vingt actions violentes contre des personnes d'origine maghrébine, dont deux ont une connotation raciste avérée, ont été recensées en 2005 contre 49 en 2004.

«L'année 2005 a connu un très net essoufflement des actes racistes», confirme Noëlle Vincensini, présidente de l'association antiraciste Ava Basta, qui ajoute pourtant que les chiffres demeurent trop élevés. «C'est la preuve que les campagnes menées en 2004 ont abouti à une prise de conscience de la population.» Elle en veut pour preuve le retour de familles d'immigrés qui avaient fui la Corse parce qu'elles avaient peur. «Le sentiment de panique des dernières années a disparu», dit-elle.

Surgie en Corse à Noël 2002, cette vague de terreur contre les Maghrébins a culminé fin 2004 avec les coups de feu tirés dans la porte de la mosquée de Sartène, qui avaient failli atteindre l'imam, puis une charge découverte le 24 décembre devant un foyer Sonacotra de la banlieue d'Ajaccio, et enfin une bouteille d'acide jetée trois jours plus tard contre un foyer ajaccien où résidait une centaine de travailleurs immigrés.

Depuis, le démantèlement de Clandestini Corsi, groupuscule bastiais composé pour l'essentiel d'hommes d'une vingtaine d'années, auteur de sept attentats visant des Maghrébins et dont seize membres présumés sont poursuivis, a semblé faire replonger l'idéologie xénophobe dans la clandestinité.

Mais comme l'avait déploré le MRAP en novembre 2005, chaque nouvel acte rappelle «la persistance de ce mal spécifique qui caractérise le racisme anti-Maghrébins en Corse».
© Le Figaro

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LES CHIFFRES DE LA POLICE INDIQUENT UN REFLUX DES ACTES XÉNOPHOBES (France)

20/01/2006 - Neuf cent soixante-quatorze actes ou menaces racistes et antisémites ont été comptabilisés par les forces de l’ordre en France en 2005, soit une baisse de plus d’un tiers par rapport à 2004 (1 574), selon des chiffres de la direction générale de la police nationale (DGPN). Cette forte décrue est aussi nette pour les violences antisémites de tous ordres (504 contre 974, soit - 48 % par rapport à 2004, année particulièrement néfaste en la matière) que pour les actes racistes et xénophobes (470 faits contre 600, soit - 21 %). Quarante personnes ont été interpellées pour des actes ou propos antisémites (81 en 2004) et 55 pour les autres faits de racisme (71). La diminution est constatée pour les menaces et insultes comme pour les actions violentes (agressions, atteintes à des lieux confessionnels ou à des cimetières notamment). Selon la police, cette baisse s’explique par des « mesures de protection efficaces des lieux sensibles et un fort engagement des forces de l’ordre », ainsi qu’un « gros travail de prévention dans les établissements scolaires » et « une baisse de la tension » au Proche-Orient.
© L'Humanité

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INDIGNATION EN ALLEMAGNE: MUSULMANS DISCRIMINÉS

«Un homme peut-il battre sa femme si celle-ci ne lui obéit pas? Comment réagissez-vous si votre fils vous annonce qu’il est homosexuel?» Voici deux questions tirées de l’examen de conscience imposées aux candidats à la naturalisation de confession musulmane, depuis le 1er janvier, dans le Land du Bade-Wurtemberg. Par Philippe Rodrik

19/01/2006 - Autre morceau choisi: «Dans un contexte de violence conjugale, la police peut intervenir et interdire à l'agresseur l'accès au foyer quelque temps. Qu'en pensez-vous? Des parents peuvent-ils imposer un conjoint à leurs enfants? Percevez-vous l'égalité de l'homme et de la femme comme un progrès? Un homme peut-il enfermer sa femme ou sa fille s'il estime qu'elles nuisent à la réputation de la famille?»

Cet interrogatoire spécifique, appliqué à des personnes en fonction de leur religion, suscite de vives réactions. Des associations représentant les trois millions de musulmans vivant outre-Rhin s'indignent. Le Conseil central des juifs, en Allemagne, qualifie lui-même la méthode de «contre-productive». Les sociodémocrates et les Verts ne l'apprécient pas davantage.

L'initiateur de cette procédure, le ministre de l'Intérieur du Bade-Wurtemberg, ne s'en émeut pas. Le chrétien-démocrate Heribert Rech, avocat, 55 ans, veuf et père de deux filles, se montre d'ailleurs très en verve. Il défend son œuvre devant le Bundestag, cet après-midi même. Entretien.

A titre personnel, les adeptes de l'Islam vous inspirent-ils une crainte particulière?

Absolument pas! Des millions de musulmans vivent en Allemagne et une immense majorité d'entre eux ne constituent aucun danger. D'autres organisent en revanche des sociétés parallèles, dissimulées. Ils s'efforcent d'y imposer les standards de leurs états ou régions d'origine. Et même lorsqu'ils ne troublent pas l'ordre public de manière visible, n'ébranlent pas directement notre sécurité intérieure, ils peuvent souvent nuire à la paix dans le monde en soutenant des mouvements extrémistes, voire terroristes.

Sans nier la sincérité de vos intentions intégratrices, comment réfuter le caractère discriminatoire de votre procédure?

Rendons d'abord à Schröder ce qui appartient à Schröder. Le gouvernement rouge-vert avait lui-même exigé, dès le 1er janvier 2000, que les candidats à la naturalisation signent de leur propre main une déclaration d'adhésion absolue aux valeurs d'un ordre libéral et démocratique.

Le profond attachement des naturalisés à l'égard de la République fédérale d'Allemagne devait dès lors être documenté. Dans mon Land, je me suis contenté d'élaborer en plus un dispositif dissuadant les paroles creuses. A force de questions pertinentes, le fonctionnaire doit pouvoir évaluer si la volonté d'engagement dans la société allemande est réelle ou non.

Mais votre catalogue de 30 questions «pertinentes» reste exclusivement destiné aux musulmans.

Nous tenons à écarter les fondamentalistes de toute confession. Sans discrimination, aucune! Mais ne nous voilons pas la face! La majeure partie des candidats à la naturalisation, en délicatesse avec les éléments fondamentaux de notre démocratie, proviennent de pays musulmans.

L’orientation des barbes

Les fonctionnaires compétents doivent décider si la nouvelle procédure s'applique en se fiant à des indices. Prêtent-ils une attention accrue à l'orientation des barbes?

A elle toute seule, la barbe ne constitue pas un indice suffisant. Les collaborateurs prennent aussi en considération les vêtements des candidats. Ceux de leurs parents. Les ruptures brutales dans les modes de vie, l'engagement dans certains groupements sont aussi examinés.

Et comment éviter les menteurs?

Certes, nous ne pourrons jamais creuser dans la cervelle des gens. Mais le pire serait de ne rien faire. A l'avenir, les fondamentalistes devraient se montrer plus prudents, de crainte d'être démasqués en tentant une naturalisation.

Votre procédure vise à écarter, entre autre, les hommes maltraitant leurs femmes et leurs filles. Mais refuseriez-vous la naturalisation à des victimes, elles aussi fort peu intégrées?

Personne ne pourrait accepter que des femmes restent soumises à des mauvais traitements, que leurs droits ne soient pas respectés. Dans une telle situation, rien ne prouve toutefois qu'elles renient elles-mêmes nos valeurs. Je leur accorderais donc la naturalisation, en les encourageant à s'informer.

«Ajoutons une cérémonie!»

Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum suisse pour un islam progressiste, ne juge pas discriminatoire la procédure de naturalisation que le Bade-Wurtemberg impose aux candidats musulmans: «Le préjugé sur les difficultés de nombreux fidèles d'adhérer à des valeurs libérales et démocratiques me paraît malheureusement fondé. L'engagement écrit de les respecter devrait être complété d'une cérémonie publique, imprégnée d'une forte dimension symbolique. Le dispositif constitue certes une douloureuse atteinte aux principes de laïcité. Il s'avère néanmoins nécessaire de prévenir les violences commises au nom de la religion dans certaines communautés musulmanes.»
© La Tribune de Genève

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PARTENARIAT CONSEIL NATIONAL DES BARREAUX/HAUTE AUTORITÉ DE LUTTE CONTRE LES DISCRIMINATIONS ET POUR L'EGALITÉ (France)

19/01/2006 - Les Présidents Michel BENICHOU pour le Conseil National et Louis SCHWEITZER pour la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l'Egalité ont signé le 12 janvier 2006 une convention de partenariat formalisant le travail déjà réalisé depuis plusieurs mois entre les deux institutions dans la promotion de la lutte contre les discriminations.

Le développement des actions de la HALDE est évidemment pour l'avocat l'émergence d'un champ d'intervention nouveau.

La HALDE, autorité administrative indépendante mise en place le 13 juin 2005, est compétente pour connaître de toutes les discriminations, directes ou indirectes, prohibées par la loi ou par un engagement international auquel la France est partie.

On peut ainsi identifer quatre modalités d'intervention de l'avocat dans l'instruction d'un dossier dont est saisi la Haute autorité :

1. L'avocat du réclamant, c'est-à-dire celui qui porte un dossier devant la HALDE et qui l'accompagne dans tous les actes de l'instruction.
2. L'avocat de la HALDE, c'est-à-dire celui qui assistera la Haute autorité dans le cas où elle décide de saisir le juge des référés d'une demande motivée aux fins d'ordonner toute mesure d'instruction nécessaire à la recherche de la preuve.
3. L'avocat médiateur choisi par la Haute autorité pour faire procéder à la résolution amiable des différends portés à sa connaissance.
4. L'avocat du mis en cause, lequel devra avoir une parfaite connaissance des procédures et des missions de la Haute autorité, notamment dans son rôle de conseil.

Dans ce cadre, la HALDE a besoin d'avocats référents pour assurer une bonne défense des dossiers sur tout le territoire, ainsi que d'un réseau de médiateurs structuré.

Ces nouvelles interventions de l'avocat dans le domaine de la lutte contre les discriminations appellent nécessairement des efforts particuliers de formation.

La matière est peu enseignée et repose, à ce jour, sur une jurisprudence peu fournie (actions exercées principalement au pénal, alors que le champ des actions civiles n'est pas exploré).

Un groupe de travail commun a ainsi été mis en place composé de représentants de chacune des institutions afin d'élaborer d'un module de formation des avocats sur les aspects processuels de la lutte contre les discriminations et pour l'égalité.

Ce module de formation des avocats, commun à la formation initiale et à la formation continue, sera prochainement diffusé dans les Centres. Il s'articulera autour de quatre points :

1. Les textes de référence en matière de lutte contre les discriminations.
2. Les aspects pratiques liés à la préparation du dossier (y compris les éléments relatifs à la preuve).
2. La présentation et le fonctionnement de la HALDE
4. La phase contentieuse comprenant également un module médiation.

Par ailleurs, la HALDE s'est engagée à offrir dès cette année des stages au sein de la Haute autorité dans le cadre de la réalisation du projet pédagogique individuel des élèves avocats.

Pour reprendre la conclusion du Président Pierre LAFONT, Président de la Commission de la Formation du Conseil National, lors de la synthèse du colloque « Etats des lieux de la discrimination » co-organisé avec la HALDE le 12 décembre dernier à la Maison de la Chimie :

« Former les avocats au droit de la discrimination, c'est favoriser l'accès des justiciables à ce droit. Il serait paradoxal que cet accès soit inégal, alors que la Haute autorité de lutte contre les discriminations est également la Haute autorité pour l'Egalité. »
Emetteur : Conseil National des Barreaux
© La Tribune

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L'EXTRÊME DROITE AU PANIER (Belgique)

La campagne « La cible, c'est toi » se poursuit. Les militants étaient samedi au match Liège BC-Charleroi. Par Eddy Lambert

15/01/2006 - Marc Goblet, président de la FGTB Liège-Huy-Waremme, est amateur de basket-ball et supporter de Pepinster dont il suit chaque match au hall du Paire. Mais samedi soir, il se trouvait sur le parquet du rival Liège BC pour donner le coup d'envoi du match au sommet face à Charleroi.

Le syndicaliste a commis cette infidélité pour la bonne cause. Il n'était pas seul, la FGTB s'était déplacée en nombre pour sa campagne contre l'extrême droite « La cible, c'est toi ». C'est son ASBL Vlaams Belang - la FGTB avait déposé le nom avant que le Vlaams Blok, condamné pour racisme, n'en change - qui l'a lancée en décembre 2004. Dans un but précis : « Aux communales de 2000 et régionales de 2004, on a vu l'extrême droite dépasser les 5 %, avec des pointes à 15 %. On ne veut pas avoir d'élu d'extrême droite dans notre province. Le sport est un bon vecteur pour faire passer le message », a rappelé Marc Goblet avant d'offrir le ballon du match.

La FGTB et Liège BC ont conclu un partenariat. Le syndicat sponsorise les équipes de jeunes du club, déboursant deux mille euros pour afficher le slogan de « La cible » sur les vareuses. Et une centaine d'affiliés étaient invités au match face à Charleroi, dont la moitié a fait le déplacement en bus du siège de la place Saint-Paul au Country Hall.

Basketteur et militant

Un jeune joueur de Liège BC, Maxime Mercenier, a servi d'intermédiaire - il était pour la première fois sélectionné sur le banc, samedi. Il est membre de l'ASBL Vlaams Belang et travaille bénévolement pour la campagne. Il a notamment couvert les festivals de musique de l'été dernier aux côtés de Delphine Dumont, animatrice de l'ASBL. Le soir du match, Delphine tenait un stand avec tous les produits dérivés de « La cible, c'est toi ».

Murielle Frenay, la permanente qui coordonne la campagne, distribuait les tickets aux affiliés à l'entrée du complexe. « C'est la première fois qu'on sort du milieu militant où l'on a l'habitude d'aller. » D'ordinaire son équipe se rend dans les écoles, les maisons de jeunes, les associations de citoyens, les formations syndicales. « Nous avons eu un très bon accueil de la part du club, du coach Giovanni Bozzi et des joueurs de l'équipe première. »

Comme par symbole, le coach liégeois a aligné un cinq de départ formé de joueurs noirs, américains la plupart. Ce soir-là, son équipe a écrasé Charleroi, à la grande joie des spectateurs aux écharpes rouges - couleur du syndicat et de Liège BC.

Pour poursuivre sa campagne jusqu'aux élections communales, la FGTB se tourne vers un autre partenaire, rouge lui aussi : le Standard. « On va travailler avec l'ASBL Utopie Pragmatique de Vincent Solheid (artiste à l'origine de l'opération « Etre rouge » associant les supporters à la réalisation d'une fresque murale sur le stade de Sclessin, NDLR), a indiqué Pierre Heldenbergh, cofondateur de l'ASBL Vlaams Belang. On va payer les carrelages d'une face du pilier. Et, si les supporters sont d'accord, on participera au financement d'un tifo contre l'extrême droite. »
© Le Soir

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SOLIDAIRES DONC CRIMINELS? 'RÉVOLTANT' (Belgique)

Le CNCD-11.11.11, la Ligue des droits de l'homme, le Mrax et «Point d'appui» lancent une pétition. «Non à la criminalisation de l'aide aux sans-papiers.» Par Annick Hovine

17/01/2006 - Apporter aide et assistance à des hommes, des femmes et des enfants sans titre de séjour valable sur le territoire belge, est-ce un délit? Pour le ministre VLD de l'Intérieur, Patrick Dewael, cela peut effectivement constituer une infraction (lire ci-dessous). Pour le secteur associatif, ces propos sont inacceptables...

Lundi, quatre associations -le CNCD-11.11.11, la Ligue des droits de l'homme, le Mrax (Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie) et «Point d'appui» (une ASBL de soutien aux sans-papiers)- ont lancé une pétition à l'adresse de Patrick Dewael. «Non à la criminalisation de l'aide aux sans-papiers!», s'indignent ces organisations non gouvernementales qui dénoncent «une intimidation révoltante» ainsi qu'un détournement inacceptable dans l'interprétation de la législation belge.

«Une injure»

«Les sans-papiers subissent souvent, dans notre pays, des conditions de vie très précaires. Venir en aide à ceux qui sont en mauvaise santé, qui ont faim et froid, est une obligation morale, humaniste», dit le texte de la pétition.

Criminaliser cet acte de solidarité en se basant sur les articles 77 et 77 bis de la loi de 1980 sur les étrangers -qui visent la traite et le trafic d'êtres humains- est contestable, argumentent les associations.

Associer l'aide légitime apportée par les citoyens et citoyennes de Belgique à de telles pratiques constitue une injure envers ces personnes solidaires des clandestins, poursuit la pétition. En outre, «s'attaquer au principe de la solidarité entre êtres humains est à nos yeux inadmissible et porteur de toutes les dérives. Menacer ouvertement des citoyens pour un pareil engagement constitue une faute démocratique que nous ne pouvons tolérer». Sans compter la tribune de récupération offerte à l'extrême droite (à Anvers, le Vlaams Belang a réagi au quart de tour...) qualifiée d' «irresponsable» à quelques mois des élections communales.

«Nous réaffirmons notre volonté de soutenir, aujourd'hui comme demain, et malgré les menaces de poursuites judiciaires, les hommes, femmes et enfants «sans-papiers» en Belgique, proclame la pétition. Nous sommes tous des criminels de la solidarité.»

Inquiétude, découragement

Pour les associations qui lancent cette pétition, le ministre Dewael peut être heureux: «Son effet d'annonce est passé, le doute a été distillé et l'intimidation voulue, réalisée.»

Stigmatiser une dynamique citoyenne en décernant un «label» de criminalité à des actes de solidarité aura pour effet (attendu) de susciter inquiétude et découragement de la part de leurs auteurs, disent les associations. «Si, de la sorte, ne fût-ce qu'une partie de ces citoyens trop zélés abdique, le couvercle pourra être remis sur une réalité que le gouvernement et son ministre de l'Intérieur s'emploient à cacher: la non-gestion des phénomènes migratoires.»

Les signataires de la pétition lancent aussi un appel à la réflexion et à l'action: «Il est plus que nécessaire de se poser les vraies questions, et de ne plus les envisager que sous un angle essentiellement sécuritaire.» Exemple: à quand la mise en place d'une réelle procédure de régularisation qui prévienne l'apparition de la clandestinité de masse dans le futur et qui offre une solution aux personnes victimes des errements des politiques passées -aujourd'hui en voie d'être réformées?

La pétition est disponible sur les sites suivants: Webwww.cncd.be, www.mrax.be, www.liguedh.be, www.pointdappui.be
© La Libre Belgique

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CONTRONS L'EXTRÊME DROITE ! (Belgique)

Les étrangers ne sont pas les seuls dans le collimateur de l'extrême droite : les plus démunis, les artistes, les personnes malades et bien d'autres peuvent trembler. Un diaporama à destination des jeunes le rappelle utilement.

17/01/2006 - Elections de juin 2004. L'extrême droite progresse encore. En Flandre, avec le Vlaams Blok, mais en Wallonie aussi avec le FN. Les responsables de la FGTB (le syndicat de tendance socialiste) de Liège ont donc décidé de lancer une grande campagne pour faire comprendre au public, et surtout aux jeunes, les dangers que représentent les partis d'extrême droite.

Cette campagne, appelée « Avec l'extrême droite, la cible c'est toi », se base notamment sur un diaporama d'une dizaine de minutes. Les diapos ne dénoncent pas seulement le racisme des partis extrémistes, mais elles montrent les avantages dont nous bénéficions en matière de soins de santé, d'éducation, de culture, d'égalité entre hommes et les femmes. Dans le même diaporama, d'autres images montrent comment ces avantages seraient mis à mal si jamais un parti d'extrême droite arrivait au pouvoir. Depuis quelques mois, ce diapo est présenté dans les écoles. Nous avons assisté à une de ces séances à laquelle participaient des élèves de cinquième secondaire de l'athénée de Waha de Liège.

« Ce diaporama veut vous donner des arguments pour contrer les discours d'extrême droite », explique Delphine Dumont, la jeune animatrice, avant de poser une première question. « A votre avis qui seraient les premières victimes si l'extrême droite arrivait au pouvoir ? » . Pas la moindre réponse... Le silence se prolonge. Delphine reprend la parole. « N'hésitez pas. Aucune réponse n'est bête », rassure-t-elle. Enfin, un garçon ose se lancer : « Les étrangers », assure-t-il. La glace est rompue, les commentaires et les suggestions s'enchaînent ; « ça nous ouvre bien les yeux », estime une des filles. « On nous montre les dangers de l'extrême droite, mais on ne le compare pas assez avec les programmes des partis démocratiques. On ne nous dit pas en quoi ces partis sont différents », fait remarquer un garçon.

« Pour rendre le diaporama plus accrocheur, on aurait peut-être pu y inclure le témoignage de victimes directes de régimes d'extrême droite », suggère une fille.

Toutes ces questions n'ont pas vraiment désarçonné Delphine. « Généralement ce sont le même type de questions qui reviennent dans la plupart des séances d'animations, constate-t-elle. Les jeunes sont souvent mal informés sur la politique et certains confondent même parfois droite et extrême droite, mais la grande majorité d'entre eux se montrent intéressés par les réflexions que suscite le diaporama. »
© Swarado

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LA LUTTE CONTRE L’EXTRÊME DROITE : LE GUIDE (Belgique)

Manuel Abramowicz, Guide des résistances à l’extrême droite : pour lutter contre ceux qui veulent supprimer nos libertés, Labor, 2005, 246 p.

17/01/2006 - Enfin, il est arrivé, il était temps. Voici l’ouvrage qui manquait à tout citoyen qui en a marre de recevoir des tracts nauséabonds dans sa boîte aux lettres, d’entendre ou de voir un acte raciste et qui se dit «mais que puis-je faire ?» Dans ce guide des résistances, il y trouvera une réponse et même plusieurs.

De la théorie...

Après un historique succinct, la première partie du guide aborde «sans langue de bois», en «21 questions directes et 21 réponses claires», tous les sujets qui permettent de mieux connaître les partis liberticides. Ces questions vont des raisons du succès de l’extrême droite au pourquoi son aile francophone est divisée, en passant sur son financement, son racisme, sa dangerosité, ses démêlés judiciaires, etc. Des définitions permettent de préciser certains points comme le cordon sanitaire, l’amnistie, le négationnisme, etc. Des biographies aussi de Léon Degrelle, Jean-Marie Le Pen, Filip Dewinter et Daniel Féret. Et également des citations : «Si fasciste veut dire : ordre, discipline, hiérarchie, famille et propreté, je suis alors volontiers un fasciste» (Karel Dillen), «nous lapiderons sans pitié les collabos de l’occupant. Je déclare ouverte l’intifada européenne dans notre territoire occupé» (Daniel Féret), «que d’autres tombent en adoration devant un certes très gentil petit Marocain de 4 ans ; moi, ça me laisse froid. Je ne suis pas candidat à la négritude honoraire» (extrait de la revue de Were Di, octobre 1990).

... et de la pratique

La seconde partie apporte «14 pistes citoyennes» concrètes pour lutter contre l’extrême droite. Après avoir présenté des livres à lire (avant qu’»ils» ne les brûlent !), des films à voir, des anciens (déportés, résistants, combattants) à rencontrer, l’auteur donne des conseils d’action dans «sa commune, son quartier et sa rue» : comment écrire un tract antifasciste, interpeller les partis politiques démocratiques (les «gros» comme les «petits»), écrire aux médias via le courrier des lecteurs, etc.

En conclusion et pour paraphraser une maxime connue, «Résistez, résistez, il en restera toujours quelque chose». Et les pages de ce guide vous faciliteront la tâche.

Manuel Abramowicz, journaliste, est engagé dans la lutte contre l’extrême droite depuis 1987, date à laquelle il participe à la revue CelsiuS. Il est aussi l’auteur de deux livres « Extrême droite et antisémitisme en Belgique : de 1945 à nos jours» (EVO, 1993) et «Les Rats noirs» (Luc Pire, 1997). Il coordonne aujourd’hui la revue RésistanceS (http://www.resistances.be).
© Les Territoires de la Mémoire

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MESSAGE D'ESPOIR POUR LES BALKANS (Roumanie)

15/01/2006 - Minorité hongroise de la région roumaine de Moldavie, les Csangos ont une histoire marquée par d’âpres luttes pour la reconnaissance de leurs droits. Alors que leurs racines culturelles et religieuses s’entrecroisent avec celles de l’Europe.
Une femme Csango (Maurizio Tani) Les Balkans changent. Douloureusement et de manière contradictoire. Malgré une classe politique héritière d’un siècle et demi de divisions, de racisme et de communisme, les anciens pays satellites de la région du Danube sont en train d’émerger d’un état de décomposition politique et sociale qui n’a que trop duré. A l’instar de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal qui ont réussi à sortir de guerres civiles meurtrières et de dictatures militaires, les PECO entendent bien emprunter la voie du progrès. Aujourd’hui de nombreux signes d’embellie laissent supposer un avenir plus démocratique et social pour ces pays de la zone balkanique.

Une minorité autrefois étouffée

La Roumanie est l’un des pays les plus intéressants de la région. Riche d’histoire, d’art et de culture, carrefour entre les civilisations slave, allemande, latine, hongroise, turque et tsigane, la Roumanie s’est engagée à ériger sa diversité humaine en véritable patrimoine national. Aux alentours des villes de Iasi et Bako, sur le territoire de la province roumaine de Moldavie vit une minorité hongroise, plus connue sous le nom de Csangos. Depuis le 19ème siècle, ce groupe ethnique est victime d’une lente et progressive assimilation au sein de la majorité roumaine comme le démontrent les chiffres des recensements officiels du gouvernement. En 1859, 37 825 des 52 811 catholiques moldaves étaient Hongrois, 23 894 pour 109 953 en 1930 et seulement 1 826 pour 240 038 en 1992. Une diminution impressionnante qui traduit 150 ans de guerre entre les autorités civiles et religieuse et ce peuple magyar de Moldavie.

Ce n’est que dans les années 50 que le régime communiste a reconnu aux Hongrois le droit d’utiliser leur propre langue, y compris dans les écoles. Jusqu’en 1989, les Csangos étaient pratiquement inconnus, malgré les plaidoyers dès 1913 en leur faveur du grand musicien Béla Bartók . Jusqu’en 2000, quiconque se proclamait Csango ou tentait de défendre les droits de cette communauté était menacé et poursuivi par les autorités. Jusqu’à la fin de la dernière décennie, ce peuple ne disposait pas des représentants suffisamment scolarisés et informés pour contrecarrer la répression gouvernementale roumaine. Ce n’est qu’au début de ce XXIème siècle, les Csangos sont sortis de leur isolement séculaire, suscitant intérêt et protection.

L’Europe veille sur les Csangos

En 2001, le Conseil de l’Europe a adressé une recommandation à Bucarest et au Vatican en vue de défendre la culture de la minorité Csango en Roumanie. Depuis, les institutions roumaines -mais non celles du Saint Siège- ont changé d’attitude envers les Csangos qui, désormais, ont le droit d’étudier en hongrois dans toutes les écoles élémentaires. Toutefois, les discriminations persistent, comme le démontre une récente dénonciation devant la Commission Nationale Roumaine contre les discriminations. L’évêché de Iasi met en avant le non respect du droit des Csangos de célébrer les services liturgiques en hongrois, une prérogative normalement sanctionnée par les canons du Concile de Vatican II.

Le chemin est désormais tracé : l’Europe danubienne doit incarner un acteur essentiel de l’Union européenne des peuples. Et la minorité hongroise des Csangos de Moldavie peut apporter beaucoup aux 25. Ce fut, en effet, dans cette partie du continent que fut écrite en 1466 la première Bible en magyar et que trouvèrent refuge les protestants persécutés de toute l’Europe. Et ce fut un Csango, l’ethnologue Lükõ Gábor qui créa l’Association pour l’amitié hongro-roumaine.
© Café Babel

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RACISME: 'LES POLITICIENS MINIMISENT' (Suisse)

Par Valentine Zubler

14/01/2006 - Au terme de sa visite, le rapporteur de l'ONU contre le racisme, Doudou Diène, juge sévèrement le pays. Il dénonce une absence de volonté politique au sommet de l'Etat. En outre, avant de rendre son rapport final, il souhaite étudier le programme politique de l'UDC.

Doudou Diène ne mâche pas ses mots. «La Suisse connaît une situation de racisme, de xénophobie et de discrimination», dénonce le rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme, au terme de sa visite de cinq jours dans le pays. Une enquête qui l'a conduit de Bellinzone à Berne, en passant par Neuchâtel et Bâle, et durant laquelle il a rencontré les conseillers fédéraux Pascal Couchepin et Christoph Blocher. De retour à Paris, l'ancien diplomate sénégalais va rédiger un rapport provisoire qu'il soumettra, en mars, à la prochaine session de la Commission des droits de l'homme.

Votre constat est sévère. Comment juger de la profondeur du racisme dans un pays?

Mes impressions pour la Suisse se fondent sur trois critères: l'importance de la question des étrangers dans les débats publics, l'existence de plateformes politiques xénophobes et les témoignages unanimes ­apportés par toutes les communautés, les victimes et les ­minorités que j'ai rencontrées durant mon séjour.

Vous n'avez pas peur de mettre de l'huile sur le feu?

Non. Mettre le doigt sur une plaie permet de soigner la plaie. La plupart des pays que j'ai visités ont reconnu l'existence de ce phénomène, ce qui est déjà un indicateur positif en soi.

Est-ce le cas de la Suisse?

Le gouvernement a accepté et facilité ma visite, ce qui est positif. Mais plus on monte dans la hiérarchie politique, plus les politiciens cherchent à dédramatiser la situation.

Jugez-vous les efforts des autorités helvétiques insuffisants?

La Suisse ne dispose pas d'une véritable législation contre le racisme, contrairement à la plupart des pays. Les voies de recours sont quasi inexistantes. En outre, un haut niveau de violences policières m'a été rapporté, notamment à Soleure. Or, l'approche purement sécuritaire de la question m'inquiète. Les Noirs sont les plus grandes victimes du racisme: j'ai visité un centre de détention à Bâle. Je n'y ai trouvé que des Africains.

Par ailleurs, les indications sur l'emploi en Suisse semblent démontrer que la marginalisation sociale et économique correspond à la carte ethnique du pays. Cependant, je constate aussi que certains cantons font des efforts. Bâle et Neuchâtel semblent mener une politique d'intégration dynamique.

Vous insistez sur la nécessité d'interdire les partis xénophobes. Rangez-vous l'UDC, dont vous avez fustigé une affiche, dans cette catégorie?

Je ne porte pas de jugement pour l'instant. J'ai rencontré le ministre Christoph Blocher et je lui ai fait part de mes inquiétudes concernant cette affiche qui montre des mains brunes en train de s'emparer de passeports suisses (ndlr: il s'agit du placard affiché par l'UDC avant les votations sur la naturalisation facilitée, refusées en septembre 2004 par le peuple) . Mais il n'y voit pas de racisme. Selon lui, cette affiche signifie simplement que la nationalité suisse ne peut pas se prendre dans un panier.

J'ai demandé à Christoph Blocher de m'envoyer un exemplaire de ce placard, et à l'UDC, une copie de son programme politique. Je les étudierai avant de remettre mon rapport final.

Berne «prend acte»

Le Département fédéral de l'intérieur «prend acte» des déclarations de Doudou Diène. Selon Jean-Marc Crevoisier, le porte-parole du DFI, le pays dispose toutefois de suffisamment de moyens pour lutter contre le racisme. «En outre, des actions sont menées au niveau cantonal. Cela dit, on peut toujours améliorer la situation, comme partout.» Par ailleurs, le porte-parole précise que «la Suisse compte 22% d'étrangers. C'est un taux élevé qu'il faut prendre en compte.»

Au cours de sa visite, Doudou Diène s'est entretenu avec les conseillers fédéraux Christoph Blocher et Pascal Couchepin. Ce dernier a expliqué au rapporteur de l'ONU que le racisme était présent en Suisse, «comme dans tous les pays où il existe un grand mélange de cultures», précise Jean-Marc Crevoisier. Rappelons que Doudou Diène souhaitait visiter la Suisse en regard, notamment, «du nombre de votations concernant les étrangers dans ce pays».
© La Tribune de Genève

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PREMIÈRE CONDAMNATION D'UN NÉO-NAZI POUR LA NÉGATION DE L'HOLOCAUSTE (Tchéquie)

C'est un jugement sans précédent : un certain Antonin Cermak, 21 ans, est le premier Tchèque a avoir été condamné à une peine de prison pour avoir mis en cause l'holocauste.

17/01/2006 - C'est un tournant pour notre pays, se réjouissent les spécialistes. Car jusqu'alors, la police avait du mal à pointer du doigt les auteurs de crimes motivés par la haine raciale et, par conséquent, de les traduire devant les tribunaux. L'année dernière, par exemple, une brochure intitulée « Auschwitz-les faits contre la fiction » et niant ouvertement l'holocauste, a circulé dans certaines écoles tchèques. Pour l'instant, son auteur demeure inconnu et introuvable.

Mais revenons au dossier Cermak. En octobre 2005, il a participé à une manifestation néo-nazie, organisée à Prague en soutien à Ernst Zündel, inculpé en Allemagne pour avoir nié le génocide juif. Lors d'un débat agité entre les extrémistes et leurs adversaires, un homme âgé a accusé les nazis d'avoir tué, pendant la Seconde Guerre mondiale, 1,7 millions d'enfants juifs. « Que ça ? », a rétorqué Antonin Cermak. Trois agents de police ont enregistré ses propos sur une bande vidéo et l'ont interpellé. Lundi dernier donc, Antonin Cermak a été condamné à 15 mois de prisons avec sursis. « S'il ne fait pas appel et si la Cour suprême confirme le verdict, on pourra désormais parler d'une certaine norme définissant ce qui n'est plus tolérable pour la justice tchèque », estime le politologue Miroslav Mares.

« La police s'est enfin rendue compte qu'elle ne pouvait plus fermer les yeux devant des centaines de cas d'extrémisme politique, » ajoute le sénateur Jaromir Stetina. Le politologue Jan Rataj, affiche, quant à lui, un optimisme modéré : « je connais les mouvements extrémistes et je pense qu'au contraire, cela les mobilisera, » s'inquiète-t-il. Effectivement, il y a bien des actes de provocations : le dernier s'est produit tout récemment à Lety, dans le sud du pays, où se trouvait un camp de concentration destiné principalement aux Roms. Le Parti national extrémiste, selon lequel il s'agissait d'un simple camp de travail allemand, où les Roms n'auraient pas souffert, vient d'y créer son propre « monument en hommage aux prisonniers » : sur une pierre ordinaire, au bord d'un bois, le parti a inscrit un seul mot : « obetem » (aux victimes). L'incident n'est pas resté sans écho sur la scène politique. Le statut et le programme du Parti national devraient être examinés par le ministère de l'Intérieur.
© Radio Prague

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LE PAPE LANCE UN APPEL CONTRE LA DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES MIGRANTS

15/01/2006 - Le pape Benoît XVI a demandé ce dimanche de combattre toute forme de discrimination, injustice et mépris à l’égard des migrants.

Le pape a fait cette déclaration après la prière de l’Angélus, à l’occasion de la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié qui cette année, à la demande du pape lui-même, avait pour thème : « Les migrations : signe des temps ».

« Ce phénomène se présente de façon très diverse : la migration peut en effet être volontaire ou forcée, légale ou clandestine, motivée par le travail ou l’étude », a précisé le pape.

« Si d’une part on affirme le respect des diversités ethniques et culturelles, les difficultés d’accueil et d’intégration persistent », a-t-il ajouté.

Le pape invite l’Eglise « à saisir le côté positif de ce signe des temps, en surmontant toute forme de discrimination, d’injustice et de mépris de la personne humaine, car tout homme est à l’image de Dieu ».

Dans son message pour la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié, Benoît XVI demande la justice en particulier pour les femmes migrantes, qui sont en augmentation, ainsi que la reconnaissance de l’égalité de leurs droits.
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LE CARDINAL ALFONSO LOPEZ TRUJILLO AFFIRME QUE LE PACS EFFRITE LA FAMILLE (Vatican)

La pilule abortive: "une guerre chimique contre la vie à naître"

15/01/2006 - Le cardinal Alfonso Lopez Trujillo a affirmé que le PACS "effrite la famille" et que la pilule abortive Ru486 est "une guerre chimique contre la vie à naître". Dans une interview publiée le 15 janvier par le quotidien italien La Repubblica, le président du Conseil pontifical pour la famille a réagi aux manifestations organisées la veille à Rome et Milan en faveur du PACS (Pacte civil de solidarité) et de la pilule abortive.

L'association de défense des droits des homosexuels 'Arcigay' a manifesté devant l’ambassade de France à Rome, place Farnèse, en faveur de l’union civile des 'couples de fait'. Le cardinal colombien en poste à Rome n’a pas manqué non plus de réagir à la manifestation de Milan qui a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes pour l’expérimentation de la pilule abortive et contre "le harcèlement de l’Eglise".

"La manifestation sur le PACS, a expliqué le haut-prélat, crée l’affrontement et la confusion". "Pour la première fois dans l’histoire de toutes les cultures, de toutes les religions, de toutes les ethnies, ce qui a toujours été valable dans toutes les conceptions de la nature, de la philosophie et de la théologie est compromis: le mariage est l’union d’un homme avec une femme", a expliqué le cardinal Lopez Trujillo.

Tout devient possible dans les unions

Pour le président du Conseil pontifical pour la famille, "si l’idée passe que nous sommes face à l’union de deux personnes - du même sexe - alors tout devient possible: l’union entre de nombreuses personnes, l’union sans tenir compte des limites d’âge, la polygamie, l’inceste". Le cardinal Lopez Trujillo a regretté que "tout cela" ait lieu "parce qu’une majorité s’affirme au parlement", prévenant que l’"on ne doit pas confondre le jeu de la majorité avec la démocratie".

"Nous sommes face à une grande confusion philosophique, juridique et théologique", a expliqué le cardinal, ajoutant que "nous ne devons pas oublier qu’une loi est bonne si elle fait du bien à la communauté et à l’homme". "Les PACS, a-t-il estimé, sont une bulle d’air, une fausse monnaie en circulation", a encore lancé le 'ministre de la famille' du Saint-Siège, regrettant que certains "veulent profiter des mêmes effets civils qu’avec le mariage" mais "ne promettent rien à la société, à l’Etat, ni entre eux-mêmes". "S’ils veulent une véritable union, qu’ils fassent au moins un mariage civil" a souhaité le cardinal Lopez Trujillo.

"Je peux assurer qu’il n’y a pas d’instincts, même erronés, qui ne peuvent être ramenés à la normalité selon la raison et la dignité humaine", a lancé le cardinal Lopez Trujillo à propos de l’homosexualité. Il a ensuite expliqué que de nombreux problèmes des couples homosexuels pouvaient être résolus "à travers des lois et des accords de droit privé".

Concernant l’expérimentation en Italie de la pilule abortive Ru486, le président du Conseil pontifical pour la famille a évoqué "le drame des pauvres femmes en difficulté qui subissent la pression des médias et de l’opinion publique, et sont poussées à l’avortement (…) au lieu d’être aidées". Le cardinal Lopez Trujillo a conclu en affirmant que "l’Eglise est la meilleure alliée des gouvernements pour le bien de l’Homme".

Un "retour à l'Inquisition"

En réaction aux propos du cardinal Lopez Trujillo, le secrétaire des Radicaux italiens, Daniele Capezzone, a fustigé "le retour à l’Inquisition, au racisme et aux pires cauchemars de l’histoire humaine". Le responsable politique a estimé que l’Eglise semblait avoir "perdu le sens de la vérité théologale de la charité" et a souhaité que, "devant cette nouvelle provocation, la politique italienne ne reste pas muette et à genoux comme d’habitude".

Le 12 janvier dernier, devant les administrateurs et conseillers de la Région du Latium, de la Province et de la Mairie de Rome, tous membres de la gauche italienne, Benoît XVI avait tenu à rappeler son opposition au PACS. "C'est une grave erreur d'assombrir la valeur et les fonctions de la famille légitime fondée sur le mariage en attribuant à d'autres formes d'union des reconnaissances juridiques abusives, dont il n'existe, en réalité, aucune exigence sociale effective", avait ainsi lancé le pape. Le lendemain, le quotidien du Saint-Siège, L'Osservatore Romano, lui emboîtait le pas en dénonçant la "provocation" de la gauche italienne et des associations homosexuelles.
© APIC

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LA TRAITE DES JEUNES AFRICAINS DU FOOT

Comme tous les deux ans, la Coupe d'Afrique des nations (CAN), qui débute vendredi 20 janvier, au Caire, va célébrer les vertus du football africain : la spontanéité de son jeu et la ferveur de ses supporteurs. L'Ivoirien de Chelsea, Didier Drogba, ou le Camerounais de Barcelone, Samuel Eto'o : ses stars mondiales seront à l'honneur.

18/01/2006 - Mais à des milliers de kilomètres de la capitale égyptienne, en bordure du périphérique parisien, l'esprit est moins à la fête. Chaque jour, sauf le dimanche, entre 11 heures et 14 heures, une cinquantaine de jeunes Africains bravent le froid de l'hiver pour s'entraîner sur un terrain synthétique. Ils sont Maliens, Sénégalais, Béninois, Guinéens, Ivoiriens, Camerounais. Ils ont entre 15 et 30 ans. Ils sont sans club, évoluent au niveau amateur en banlieue parisienne ou dans le nord de la France. Tous caressent l'espoir qu'un club professionnel les embauchera.

Au bord du terrain, un "agent" qui "travaille avec la Grèce et la Moldavie" s'intéresse à un gardien de but camerounais qui a écumé la première division portugaise et slovaque. "Ici, on est sûr de trouver son bonheur", se félicite l'intermédiaire. Un jeune Camerounais apprenti-agent explique revenir du bled avec plusieurs joueurs de 15 et 16 ans. "Ils sont sans papiers, mais ça ne pose pas de problème lorsqu'ils sont jeunes", assure-t-il.

Jean — un pseudonyme —, qui aura 18 ans en mai, passe des jours difficiles depuis qu'un agent peu scrupuleux est allé le chercher dans son Cameroun natal, en 2001. "Si je n'avais écouté que moi, j'aurais commis l'irréparable depuis longtemps", témoigne l'adolescent. Sans papiers, sans famille, il se démène dans la banlieue de Lyon. Par peur du "regard des autres" — et de "votre cher ministre de l'intérieur"—, il n'a parlé de sa situation ni aux professeurs de son lycée — où il est en terminale STT (sciences et technologies tertiaires) — ni aux dirigeants de son club de football —, où il joue en division régionale.

A 12 ans, Jean quitte son village natal pour la capitale, Yaoundé. Cours le matin, petit commerce l'après-midi, Jean tape dans le ballon quand il a un peu de temps libre. Le gamin est doué. A 14 ans, il est présélectionné en équipe nationale des moins de 17 ans. "Un jour, un agent portugais vient me voir au stade, raconte-t-il. Il me dit que j'ai des bonnes qualités et me demande si je suis partant pour une expérience européenne. J'avais vu une émission sur TV5 qui montrait comment des footballeurs camerounais galéraient en Europe, je lui ai dit : 'Si ce n'est pas sérieux, ce n'est pas la peine.' Il m'a assuré que ça l'était." Quelque temps après, une blessure à la cheville empêche l'adolescent de participer à la Coupe d'Afrique des nations des moins de 17 ans. "Ça n'allait pas dans ma tête, se souvient l'intéressé. Mon avenir était bloqué au Cameroun. J'ai décidé d'accepter la proposition de l'agent : partir en Europe, c'est le rêve de tous les jeunes footballeurs Africains !" Avant le départ, ledit agent lui réclame tout de même 600 000 francs CFA (environ 1 000 euros) "pour contribuer à l'achat du billet d'avion". Ses "tuteurs" prennent une "tontine" (prêt associatif) pour rassembler la somme. Rejoint par trois autres footballeurs de son âge, Jean embarque pour l'Europe. Dans l'avion, l'agent explique que le programme a changé : ils ne vont plus au Portugal mais à Paris "participer à un tournoi avec des Français pour vous acclimater et vous mettre en jambes". Avec ses coéquipiers venus du Cameroun, mais aussi du Mali et de Guinée, Jean remporte les premiers matches. Et puis il se blesse à nouveau la cheville. Jean l'ignore, mais l'agent va s'en débarrasser. "Le Portugais m'a dit : 'Tu vas faire un essai à l'Olympique lyonnais. Un monsieur avec le survêtement de l'OL t'attendra à la gare'." Vingt euros en poche, le jeune homme file à Lyon. Le "monsieur de l'OL" n'y paraîtra jamais...

Des témoignages de jeunes footballeurs africains trompés, abandonnés, naufragés en France, Jean-Claude Mbvoumin en a recueilli plus de 600 depuis qu'il a fondé l'association Culture foot solidaire en 2000. "Rien qu'en Ile-de-France, ils sont des milliers, en situation irrégulière, à jouer pour se payer une carte orange, explique l'ancien international camerounais. Souvent, ils n'ont qu'un kebab pour seul repas mais ils continuent à s'entraîner."

"Il faut que la FIFA (Fédération internationale de football) et l'UEFA (Union européenne de football) se saisissent des vrais sujets, exhorte M. Mbvoumin. Notre problème, ce n'est pas le racisme, c'est l'exploitation pure d'enfants par des mercenaires." Selon l'UEFA elle-même, des "agents véreux" opérant pour des clubs européens de division inférieure se livreraient à de véritables trafics d'enfants. De jeunes africains d'à peine 10 ans seraient envoyés illégalement dans des "camps d'entraînement" au sud de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal pendant des mois avant d'être revendus à des grands clubs. "Nous sommes prêts à sanctionner les agents ou les clubs qui seraient impliqués dans ces trafics, assure-t-on à l'UEFA. Mais c'est aux Etats, que nous avons alertés, de mener des enquêtes contre les canaux d'immigration clandestine."

Pour le géographe Raffaele Poli, chercheur au Centre international d'étude du sport (CIES) de l'université de Neuchâtel, en Suisse, et spécialiste des migrations internationales des footballeurs, les joueurs africains sont victimes d'un système purement spéculatif. "Le footballeur africain est une matière première qu'on va chercher dans l'espoir de la qualifier pour la revendre plus cher, explique le chercheur. Pour accroître leur valeur, poursuit-il, on fait d'abord transiter les footballeurs africains par des championnats de troisième (Roumanie, Albanie, Chypre, Malte) puis de seconde zone (Suisse, Belgique ou Pays-Bas) avant de les revendre aux grands clubs professionnels." Le géographe note par exemple que les Ghanéens sont surreprésentés en Roumanie et les Nigérians en Albanie. En 2003, les joueurs africains représentaient 20 % des 5 000 étrangers évoluant dans des clubs professionnels ou semi-professionnels européens. "Au niveau européen, les joueurs sont utilisés comme une main-d'œuvre bon marché et subalterne." Récemment, le club de l'Ajax Amsterdam a été condamné à une amende de 10 000 euros par l'inspection du travail : il payait ses joueurs africains en dessous du salaire minimum.

Jean-Claude Mbvoumin parle, lui, d'une "sorte de blanchiment des joueurs". Financier, mais aussi administratif. Pour détourner les règles de la FIFA — qui interdisent les transferts internationaux des joueurs de moins de 18 ans et prévoient des indemnités pour les clubs formateurs — les agents ou les clubs prédateurs changent le nom ou l'âge des joueurs. "Le football consacre le rêve migratoire africain", analyse Raffaele Poli.

Lors d'un stage de préparation à Abidjan, le chercheur a demandé aux 24 membres de l'équipe de Côte d'Ivoire des moins de 17 ans lesquels d'entre eux seraient disposés à partir en Europe sans être payés. Tous, sans exception, se sont portés volontaires. Vingt-trois ont précisé qu'ils seraient même prêts à payer pour tenter l'aventure. "On utilise même le mirage du football pour organiser de véritables traites", ajoute le chercheur. Le géographe a ainsi observé que des enfants à qui on promettait des carrières de footballeur en Europe se retrouvaient parfois domestiques en Côte d'Ivoire, au Cameroun ou au Maroc, victimes de réseaux plus ou moins mafieux.
La difficulté est que le sentiment de culpabilité est très fort chez les victimes des marchands de footballeurs. Les intermédiaires ont souvent honte de leur échec et les familles ont souvent sollicité cet exode. En Côte d'Ivoire, raconte Raffaele Poli, si le jeune n'a pas réussi, c'est qu'il a été paresseux et n'a pas tout mis en oeuvre pour réussir. "Mes tuteurs se sont saignés pour que je parte en étant persuadé que je reviendrais avec le triple d'argent, témoigne Jean. Si je retournais dans mon pays les mains vides, je me ferais lyncher, et ils ne croiraient pas à mon histoire."

Avec le soutien du directeur technique national (DTN) du football français, Aimé Jacquet, Culture foot solidaire essaie de sensibiliser les clubs au sort des jeunes footballeurs africains pour faciliter leur intégration dans les centres de formation. Mais pour le président de l'association, "c'est prioritairement aux familles qu'il s'agit de s'adresser. Il faut les sensibiliser pour qu'elles cessent de confier leurs gosses à des agents sans scrupule", explique Jean-Claude Mbvoumin. " Pour convaincre une famille africaine de laisser filer leur progéniture, 3 000 à 4 000 euros suffisent", estime l'ancien "Lyon indomptable ".

Depuis 2001, l'Académie culture foot de Kribi, au sud-ouest du Cameroun, offre des activités sociales et civiques à une centaine de garçons et filles âgés de 8 à 18 ans et passionnés de football. L'association projette de développer des maisons des jeunes footballeurs (MJF), des centres de ressources destinés à informer jeunes, parents et éducateurs des clubs africains des dangers de l'exil européen. Une MJF est prête à sortir de terre au Cameroun et des pays comme la Tunisie, la Côte d'Ivoire, la Guinée ou le Gabon manifestent leur intérêt pour le projet.

Jean, qui rêve, sans trop y croire, à une régularisation de sa situation, est pessimiste : "Tant que les autorités africaines laisseront sévir les pseudo-agents, les choses ne changeront pas. Mais comme ils soudoient tout le monde, elles continueront à les laisser faire leur traite."
© Le Monde

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FOOTBALL : AU STADE DE LA HAINE

18/01/2006 - Cris de singes, saluts hitlériens, jets de bananes et de cacahuètes ou encore insultes racistes. Les terrains de football européens, souvent présentés comme des havres de mixité sociale et ethnique, sont, de plus en plus, pris d’assaut par des groupuscules néo-nazis et fascistes. Dans ce contexte éminemment politisé, l’opinion publique s’interroge toujours devant l’inaction des autorités internationales du football. Qu’aucune instance fédérale d’aucun championnat européen n’ait véritablement pris des mesures concrètes et fermes sur la question du racisme dans les stades à de quoi surprendre. A l’exception de l’Angleterre, où des mesures d’interdiction des enceintes sont appliquées aux hooligans fichés, la machine judiciaire ne s’est pas encore mise en route et les consignes européennes, au niveau arbitral, sont loin d’être implacables.

Silence assourdissant

Dans ce silence assourdissant de « la famille du football » aussi bien que des institutions classiques, quelques joueurs bravent « l’omerta » en dénonçant le racisme dans les stades, comme Lilian Thuram, Marc Zoro et Thierry Henry, désigné « ambassadeur mondial contre le racisme ». A quelques mois de la Coupe du monde en Allemagne, comment l’éthique sportive, qui prône le respect du joueur adverse, de son hymne et de son drapeau, pourra-t-elle demeurer sauve face à la démultiplication de manifestations d’humiliations à travers l’Europe, pouvant faire fondre en larmes, sur le rectangle vert, des hommes aguerris aux parcours et aux expériences des plus éprouvantes ? De Marc Zoro, en passant par Marcel Desailly, Thierry Henry ou encore Pascal Chibomda, les cas de joueurs noirs outragés sont légion. Le racisme se banalise depuis une vingtaine d’années dans les stades d’Europe.

Insultes

Depuis trois ans, les incidents ont proliféré dans les stades d’Europe. La France, où pullulent de nombreux groupuscules racistes notamment à Paris, Nice et Lille, voit le phénomène s’intensifier. Novembre 2004 : Bastia s’incline 3 buts à 0 à domicile face à Saint-Etienne. Après avoir été insulté tout le long de la rencontre, Franck Matingou et Pascal Chibomda sont agressés (menaces et caillassage de voitures) sur le parking du stade de Furiani. Chibomda, natif des Abymes en Guadeloupe, très digne pendant la durée de son contrat en Corse, pliera bagage la saison suivante pour Wigam, club de Premier League anglaise. En décembre de la même année, lors du Paris Saint-Germain (PSG)/ Metz, au Parc des Princes, le Sénégalais Babacar Guèye, âgé de 18 ans, est pris à parti et insulté durant tout le match par les supporters Ultras de Boulogne.

Le stade de la capitale française fera de nouveau la Une des faits divers après que les Ultras, encore eux, aient proféré des cris de singe à chaque touche de balle d’un joueur noir de Lens et inondé la tribune de slogans nauséabonds dont un lamentable « Allez les Blancs ». Présent dans les tribunes, Patrick Vieira, le capitaine des Bleus, déclare : « Je n’aurais jamais cru entendre ce que j’ai entendu ».

Pluie de bananes

Les incidents réguliers du Parc des Princes démontrent que le racisme n’est pas encore pris au sérieux en France. Il y a dix ans dans ce même stade, une idole, George Weah, Ballon d’Or du magazine France Football et joueur du PSG était sacrifié sur l’autel du racisme par ses propres supporters. Son crime : aller au Milan AC, ou sa couleur de peau ? Dans la seconde moitié des années quatre-vingts, Joseph Antoine-Bell, ancien capitaine de l’Olympique de Marseille (OM) et des Lions Indomptables du Cameroun, lors de son retour au Vélodrome de Marseille sous les couleurs des Girondins de Bordeaux, eu la mauvaise surprise d’être accueilli par une pluie de bananes ! Vingt-cinq ans plus tard, on constate un véritable noyautage des tribunes par les groupuscules d’extrême-droite.

Joueurs noirs exposés

Patrick Mignon, responsable du laboratoire de sociologie de l’Institut national du sport professionnel (INSEP) et professeur à Sciences politiques, distingue deux sortes de racisme dans les stades. Le premier « ordinaire, très répandu, bête et stigmatisant est le fait que ces gens considèrent qu’un joueur noir, par exemple africain, va avoir des qualités mais toute une série de défauts qui tiennent à sa race. » Le second, « beaucoup plus dangereux est l’activisme nationaliste et xénophobe. » Selon le sociologue, le caractère « mercenarial » de plus en plus évident des joueurs dans la sphère mondialisée du sport, particulièrement du football, expose davantage les joueurs noirs.

« Lepénisation des esprits »

Si les raisons économiques et sociales ne peuvent être occultées, les motivations idéologiques d’ordre racial ne peuvent à leur tour être minimisées dans ce débat. Parler de « lepénisation des esprits » n’est peut-être pas adapté, même si la façon dont les autorités ont mis l’accent sur l’ordre et la sécurité s’en rapproche. Ancienne puissance coloniale, la France se distingue par un football très « coloré » à l’image de son équipe nationale. Au fil des décennies, cette dernière a pris les traits de ses flux migratoires. Après avoir absorbé des populations originaires d’Europe, sont apparus des joueurs issus d’Afrique, d’Asie et des Départements et Territoires d’Outre-mer au début des années 60.

Responsabiliser les clubs

Une Charte contre le racisme, afin de responsabiliser les clubs, a été adoptée par la Ligue de football en décembre 2004. La Charte considère que les clubs de football professionnel doivent s’inspirer, entre autres, de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, et attend d’eux qu’ils reconnaissent que le racisme porte atteinte à la dignité et à l’intégrité des personnes.
Elle souhaite également qu’ils s’érigent en véritables sentinelles de l’intégration, de la gestion socio-préventive et de la lutte contre toute forme d’intolérance (sites Internet, banderoles, slogans, tags racistes...). Les clubs doivent enfin éduquer, promouvoir la diversité et proscrire toute discrimination fondée sur la couleur, la religion et l’origine ethnique et nationale. Ainsi, la Charte encourage les clubs à recourir à la justice pour tout incident à caractère raciste. Il reste maintenant aux clubs professionnels français à mettre en pratique ces belles intentions écrites. Mais à l’aune du terrain de football et de ses enjeux économiques gigantesques, une charte de trente-six lignes peut-elle réellement imposer son ambition ?

Championnat espagnol

Le 16 septembre 2003, l’OM rencontre le Real de Madrid à Santiago Bernabeù. L’international ivoirien Didier Drogba hérite de son premier ballon, conséquence : cris de singe et jets de cacahuètes. Chaque fois qu’un joueur noir de l’OM touche le ballon... bis repetita. Les Ultras Sur du Real ont une réputation à tenir. La direction de Madrid ne semble pas préoccupée, contrairement à son rival, le FC Barcelone, qui, par la voix de son président Joan Laporta, élu à la direction du club en juin 2003, a décidé d’expulser hors du stade les Boixos Nois (Gamins fous). Ce groupe de supporters racistes et violents voyageait, jusqu’à son arrivée à la présidence du club, dans l’avion des joueurs lors des déplacements à l’extérieur. Malgré les menaces de mort et les pressions de toutes sortes, Joan Laporta a tenu bon. Le Brésilien Ronaldinho et le Camerounais Samuel Eto’o font toujours briller le Barça, qui caracole en tête de son championnat.

65 000 € d’amende

Mais si certains dirigeants font preuve de courage, ce n’est pas le cas de tous les techniciens. Présenté comme « le sage d’Hortalenza », Luis Aragonès, le sélectionneur de l’Espagne, a qualifié Thierry Henry de « negro de mierda », au cours d’un entraînement. C’était, selon lui, la meilleure façon de motiver son attaquant José Antonio Reyes. Une amende de 3 000 euros lui sera infligée par la Fédération espagnole de football (FEF) pour ses propos racistes. L’international français et attaquant d’Arsenal a été de nouveau victime d’injures racistes, quand son équipe affrontait le FC Valence en Coupe d’Europe. Les Valencians écoperont de 34 000 euros d’amende. L’Atlético Madrid, de son côté, se verra infliger une amende de 6 000 euros, après que ses supporters aient humilié le défenseur brésilien Roberto Carlos. Quelques jours après les déclarations d’Aragonès, lors des rencontres Espagne/Angleterre Espoirs, entre autres, les supporters espagnols se distingueront de manière lamentable ! La Fédération internationale de football association (FIFA) condamnera la Fédération espagnole à 65 000 € d’amende. Dérisoire lorsqu’on considère les centaines de millions d’euros qui circulent dans le milieu du football professionnel...

Image poignante

En Italie, Mussolini compte encore de nombreux adeptes. En 2003, l’international sénégalais Ferdinand Coly, alors pensionnaire du club de division 2 d’Hellas Vérone jouera 90 minutes en entendant ses propres supporters mimer des cris simiesques et le diffamer tout le long du match. L’Ivoirien Marc Zoro, 21 ans, détruit par ces attaques racistes, s’est levé, en pleurs, au cours de la rencontre de son équipe Messine contre l’Inter Milan et, avec la rage au ventre, a saisi le ballon et demandé à l’arbitre de stopper le match à la 66ème minute de jeu. En vain. L’image poignante et forte en émotion fait tout de même le tour de la planète.

Racisme dans le Calcio

La scène en question a de quoi susciter des interrogations sur le silence coupable et l’inaction des instances fédérales, européennes et mondiales quand à ce fléau. Chaque samedi le championnat d’Italie est coutumier de ce type de faits. Le racisme à visage humain dans le Calcio est le capitaine de la Lazio de Rome : Paolo Di Canio. A chacune de ses sorties l’attaquant transalpin de 39 ans effectue un salut nazi et fête chacun de ses buts de la même manière, qu’il dédicace aux supporters fascistes de son équipe. Après maints avertissements verbaux, il vient d’écoper d’un match de suspension et de 10 000 euros d’amende par sa fédération. Et dire qu’en 2001, il avait reçu de la FIFA le Prix du fair-play !

Pays de l’Est

Les pays de l’Est partagent avec l’Espagne et l’Italie les statistiques les plus élevées en terme d’agressions racistes à l’encontre de joueurs noirs. Zone géographique longtemps fermée, ces pays voient arriver de nouveaux immigrants à la couleur différente. La Slovaquie, par exemple, a été contrainte de jouer à huis clos son match de qualification en Championnat d’Europe des nations contre le Liechtenstein, compte tenu du comportement raciste de ses supporters à l’encontre des joueurs noirs de l’équipe d’Angleterre. Quant à l’ancien international français d’origine martiniquaise Franck Sylvestre, évoluant à Sturm Graz en Autriche, il a été traité de « cochon noir » par le capitaine de l’équipe de SV Mattersburg contre laquelle jouait son club.

Hooliganisme

En Allemagne et en Angleterre les manifestations de racisme existent, mais elles demeurent marginales. Elles y sont en effet sévèrement combattues. Le hooliganisme est un phénomène omniprésent dans ces deux pays ainsi qu’aux Pays-Bas. Cependant, des moyens d’identification par caméra, de lourdes amendes et de longues interdictions de stade appliquées à la lettre dissuadent les plus extrémistes. Roy Atkinson, ancien sélectionneur de l’Angleterre, s’est fait surprendre en direct, parlant de l’international français Marcel Desailly en ces termes : « putain de fainéant de nègre ». Consultant pour la télévision, il a été contraint de présenter sa démission, malgré ses excuses.

Exclusion des compétitions

Des représentants de l’Union européenne de football association (UEFA) et des parlementaires européens se sont prononcés, le 30 novembre 2005, « pour une lutte plus dure et plus efficace » contre le racisme dans les stades. Per Ravn Omdal, le vice-président de l’organisation, a menacé les clubs « laxistes » d’exclusion pure et simple des compétitions internationales. Les peines encourues iront de l’amende à la fermeture de stade jusqu’à l’exclusion des compétitions officielles s’il advenait que les incidents se répètent aux mêmes endroits. Un appel a également été lancé vers le corps arbitral, afin qu’il se montre plus sévère vis-à-vis des joueurs coupables de provocations racistes ainsi que de celles émanant du public.

Du « concret »

Le Britannique Paul Elliot, représentant des joueurs de son pays, réclame du « concret » dans la lutte contre le racisme. « En tant que joueur de couleur, j’ai souffert de ce fléau, de ces cris de singes qui m’étaient adressés devant mes propres parents venus m’encourager au stade ». L’association Football Against Racism in Europe (FARE) est en tête du combat contre le racisme en Europe. La FIFA, de son côté, a décidé de prendre des mesures, mais sont-elles à la hauteur du chantier ? Le Congrès extraordinaire contre le racisme, qui s’est tenu le 7 juillet 2001 à Buenos Aires en Argentine, semble bien loin. Mis à part de petites amendes contre les clubs, Sepp Blatter, son président, n’a pas encore marqué les esprits. Sans doute faut-il viser beaucoup plus fort là où ça fait mal, à savoir la bourse des clubs dont les supporters sont loin d’être exemplaires.
Ismaïl Mohamed Ali, le 18 janvier 2006
© RFO

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DISCOURS DE MAUD DE BOER BUQUICCHIO, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE DU CONSEIL DE L'EUROPE

Maud de Boer-Buquicchio participe à l’ouverture d’une exposition sur l’Holocauste subi par les Roms et les Sintis
La Secrétaire Générale adjointe, lors de l’ouverture de cette exposition mobile réalisée par le Centre culturel et de documentation des Roms et Sintis allemands, a indiqué que ''l’Europe a le devoir de protéger la communauté Rom et Sinti du racisme systématique, ordinaire et répété dont ses membres sont victimes dans toute l’Europe quasi quotidiennement''. Elle a également rappelé que le Conseil de l’Europe avait accueilli la première session du Forum européen des Roms et Gens du voyage en décembre dernier. Discours d'
ouverture de l’exposition consacrée à «L’Holocauste contre les Roms et les Sintis et le racisme actuel en Europe»

19/01/2006 - « J’avais autrefois une grande famille, mais les Légions noires ont tué tout le monde… ». Les paroles de l’hymne rom « Gelem, Gelem » parlent des pertes et des souffrances subies par les Roms et les Sintis pendant la seconde guerre mondiale. Des centaines de milliers d’entre eux ont été tués pendant l’Holocauste et l’Europe a le devoir de s’en souvenir et d’en parler sans détours parce que le silence a toujours été le complice des crimes et des persécutions. Je tiens à remercier M. Romani Rose et les autres personnes qui déploient tellement d’efforts pour lutter contre ce silence et garder vivant le souvenir.

L’Europe a aussi le devoir d’éduquer. Il serait difficile de trouver un exemple de préjugés plus profondément enracinés, plus répandus et plus persistants que ceux qui existent à l’encontre des Roms et des Sintis et qui continuent à aveugler tant de nos concitoyens d’Europe. Le seul moyen de les faire disparaître consiste à enseigner – enseigner ce que sont les Roms et les Sintis, enseigner la tolérance, enseigner l’acceptation et enseigner le respect.

L’Europe a aussi le devoir d’agir pour aider la communauté rom et sinti à sortir du dénuement social et économique dans lequel un si grand nombre de ses membres continuent à vivre dans les pays d’Europe. Ce n’est pas seulement dans les paroles qu’il faut faire disparaître les préjugés et les discriminations, c’est aussi dans les actes.

L’Europe a aussi le devoir de protéger la communauté rom et sinti du racisme systématique, régulier et répétitif dont ses membres continuent à être victimes dans toute l’Europe quasi quotidiennement. Parfois, cette persécution revêt la forme d’actes de violence commis par des déséquilibrés, seuls ou en groupes, ce qui est épouvantable. Très souvent, elle revêt la forme d’actes officiels, ce qui est encore pire.

Le Conseil de l'Europe a pour vocation de protéger les droits et la dignité de l’homme, aussi est-il logique que les activités consacrées aux Roms et aux Sintis et surtout menées avec eux représentent l’une de nos principales priorités, pour laquelle pratiquement tous les services du Conseil de l'Europe sont mobilisés.

Le travail du Conseil de l'Europe a pour objectif l’émancipation complète des Roms et des Sintis au sein de la société européenne. Ce n’est pas une tâche facile car il faut venir à bout d’injustices et de souffrances qui se sont accumulées non pas pendant des années mais pendant des générations.

Tout récemment, le Conseil de l'Europe a accueilli la première session plénière d’un forum réunissant de nombreux représentants des Roms, des Sintis et des Kalés, ainsi que de ceux qui se définissent eux-mêmes comme étant les Gens du voyage.

Le Conseil de l'Europe est fier du soutien qu’il apporte à ce projet lancé à l’initiative de la Présidente finlandaise, Tarja Halonen, mais nous sommes, bien entendu, ouverts à tous les autres projets, initiatives et formes de coopération. Le seul moyen d’aller de l’avant consiste à mettre l’accent sur ce qui est important, et à travailler avec et parmi les Roms et les Sintis en Europe.
© Conseil de l'Europe

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PARLEMENT EUROPÉEN: UNE CONDAMNATION FERME ET SANS NUANCES DE L'HOMOPHOBIE

19/01/2006 - Hier, mercredi 18 janvier, le Parlement a adopté une résolution pour l'égalité des personnes LGBT. Portée par les sociaux-démocrates, les Verts et quelques démocrates chrétiens (conservateurs) après un vif débat en session plénière (lire Quotidien du 17 janvier), la résolution réaffirme que «les partenaires de même sexe bénéficient du même respect, de la même dignité et de la même protection que le reste de la société». Ils condamnent fermement toute discrimination sur la base de l'orientation sexuelle et réclament à la Commission européenne de garantir la liberté de mouvement des «citoyens et de leurs familles ainsi que de leurs partenaires ayant contracté une union civile», même dans les pays où une telle union n'existe pas. Une résolution «historique et très importante», a estimé l'International lesbian and gay association (ILGA).

Les Verts européens ont salué «la condamnation ferme et sans nuances de l'homophobie» mais regrettent que les États membres homophobes (notamment la Pologne) n'aient pas été clairement désignés et blâmés. Le Parlement européen a également demandé de reconnaître les homosexuels comme victimes du régime nazi, et a appelé à un congrès pour échanger sur la lutte pour l'égalité le 17 mai prochain, date de la Journée mondiale contre l'homophobie (Idaho). Pour Michael Cashman (parti socialiste européen, britannique), l'un des auteurs de la résolution, ceci serait «une reconnaissance de facto de cette journée» par le Parlement. L'eurodéputé, porte-parole de la commission LGBT du Parlement, estime dans un entretien accordé à Têtu que le résultat du vote est «très positif, à tous les niveaux».

Mais selon lui, les efforts de la Commission européenne (pouvoir exécutif) dirigée par José Manuel Barroso restent insuffisants. «À son arrivée, affirme Michael Cashman, José Manuel Barroso nous a assuré qu'il ne fallait pas s'inquiéter, qu'il ferait en sorte que les droits LGBT soient respectés. Or il n'a rien fait pour sanctionner la Pologne ou la Lettonie. Je souhaite que de réelles sanctions soient prises, pourquoi ne pas suspendre leur appartenance à l'Union? J'appelle à maintenir une pression politique absolue sur la Commission.» La résolution, en interpellant la Commission, lui en donne désormais les moyens. Le texte a rencontré l'approbation de 468 eurodéputés, l'opposition de 149 d'entre eux et 41 abstentions. Les principaux opposants ont été la droite polonaise et italienne. Côté français, 8 députés UMP sur 17 se sont opposés à ce texte.

par Paul Parant
© Têtu

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'LE REVENU DES FEMMES NOIRES AU CANADA 2005'

Correspondante : Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux

15/01/2006 - L'ACTS Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux publie un nouveau rapport : Le revenu des femmes noires au Canada

« Le revenu des femmes noires au Canada 2005 » fait partie d'une série de rapports sur la pauvreté des femmes au Canada publiés par l'Association canadienne des travailleuses et travailleurs sociaux (ACTS - http://www.casw-acts.ca/default_f.htm ).

Ce rapport porte spécifiquement sur le niveau et la répartition des revenus des femmes noires canadiennes. On apprend dans ce rapport que, malheureusement, les femmes noires canadiennes sont au nombre des personnes les plus pauvres du pays et on y confirme que, comme l'a mentionné la présidente de l'ACTS Veronica Marsman, « Les femmes noires canadiennes subissent un double désavantage relativement à leur revenu. Étant donné la couleur de leur peau, elles appartiennent à un groupe marginalisé dont le revenu compte parmi les plus faibles du pays, et, puisqu'elles sont des femmes, elles ont un salaire inférieur à celui des hommes. »

« En outre, poursuit Mme Marsman, le faible revenu des femmes noires canadiennes ne peut être attribué uniquement à leur sexe. » L'une des raisons est le taux de chômage plus élevé enregistré chez les femmes noires canadiennes - de 63 % supérieur à celui de l'ensemble des femmes. Les autres facteurs sont le racisme au travail et l'accès limité à l'enseignement supérieur.

Le sommaire du rapport est disponible sur le site Web public de l'ACTS : http://www.casw-acts.ca/advocacy/blackwomenexsum_f.pdf

On peut se procurer le rapport sur papier à faible coût par l'entremise du bureau national.
© NetFemmes

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LES CHEFS INCITENT LEURS MEMBRES À VOTER (Canada)

Les chefs autochtones redoublent d'efforts pour inciter les membres de leur communauté à participer en grand nombre au scrutin fédéral du 23 janvier

14/01/2006 - Le taux de participation des Autochtones aux élections fédérales ne dépasse pas 40 %, en moyenne. Toutefois, cette année, l'entente de Kelowna de 5 milliards de dollars conclue avec le gouvernement libéral de Paul Martin juste avant le déclenchement de la campagne constitue un enjeu de taille.

Réserve de Norway House

Les Autochtones de la réserve crie de Norway House, au nord du Manitoba, affichent aussi un certain désintéressement par rapport à la chose politique. Pour l'expliquer, les Amérindiens évoquent un sentiment d'éloignement du pouvoir, de la méfiance envers les partis politiques et de la colère à l'égard des institutions fédérales. D'ailleurs, les autochtones des réserves ont le droit de vote que depuis les années 60.

C'est donc pour tenter d'inverser cette tendance, cette fois, que tous les candidats en lice dans la circonscription de Churchill, qui compte 53 % d'électeurs autochtones, se sont rendus dans la réserve, pour expliquer leur programme électoral. Le Manitoba est la province qui compte le plus d'autochtones.

Selon la norme, les Autochtones de l'Ouest votent principalement libéral ou néo-démocrate, mais le vote semble imprévisible dans la circonscription de Churchill.

Les partisans néo-démocrates sont divisés entre l'élue de 2004, Bev Desjarlais, maintenant indépendante, et la très jeune candidate du parti, Niki Ashton, qui veut montrer qu'elle connaît les problèmes autochtones.

« On ne peut pas continuer sans répondre au problème du logement, de la santé et des conditions du tiers-monde dans nos communautés, qui sont absolument choquantes dans un pays comme le Canada », soutient-elle. 

En plus de convaincre ses compatriotes autochtones que le fait de s'impliquer politiquement n'est pas vain, la libérale Tina Keeper, une vedette autochtone connue à Nelson House, doit traîner le boulet du scandale des commandites, même si elle est loin d'Ottawa et de Montréal.

« Nous n'avons pas signé tous ces traités pour vivre une vie de pauvreté. On ne savait pas qu'on n'en bénéficierait pas et qu'on aurait une vie de privations et de dénuement », a-t-elle affirmé, devant l'auditoire crie.

« Nous devons nous assurer que le Canada comprend que les traités signifient: partager la richesse et la vie politique de ce pays », a-t-elle ajouté.

Le parti conservateur est pour sa part représenté par le maire de Flin Flon, Nazir Ahmad.

Pouvoir autochtone

Connu dans la communauté crie, Lou Moodie fait partie de ceux qui croient au système politique et au pouvoir politique amérindien. Il incarne la nouvelle voie que veulent promouvoir les leaders autochtones actuels: soit l'intégration à la vie politique active de ce pays, tout en gardant certaines valeurs traditionnelles.

Il dit qu'« il faut aller voter si l'on croit que les choses doivent changer. On a tous des principes, mais le plus important c'est de protéger les générations futures. C'est en s'exprimant que ça peut se réaliser ».

Entente de Kelowna

Pour Lou Moodie et les autres leaders autochtones, l'avenir est dans l'entente de Kelowna signée fin novembre. En vertu de celle-ci, Ottawa versera 5 milliards de dollars d'ici 5 ans pour améliorer la vie des autochtones, métis et inuits, partout au pays.

L'entente pourrait donc apporter un baume sur la pauvreté des autochtones des milieux urbains, dont on trouve la plus grande concentration du pays à Winnipeg. Or, c'est dans le quartier de Winnipeg centre que le revenu familial moyen est le plus bas au pays.

Les chefs du Manitoba sont en effet reconnaissants envers le gouvernement libéral. Selon Ron Evans, chef de la nation crie de Norway House, « ce sont les libéraux qui cette fois ont le meilleur programme pour les Premières Nations ».

« Les néo-démocrates appuient la plupart de nos causes, mais c'est le réalisme qui doit nous guider », ajoute-t-il.

Comme le montre un panneau érigé à Winnipeg, être réaliste suggère de voter pour protéger les acquis et les engagements pris par le gouvernement libéral.

Pouvoir métis

Les Métis, qui sont 130 000 au Manitoba, soit la plus grande concentration au pays, voudraient, comme les Autochtones, mieux organiser leur force politique. Moins défavorisés que les Autochtones, ils disent cependant traîner aussi des souvenirs amers de discrimination et de promesses non tenues.

Le gouvernement libéral a accordé la reconnaissance politique aux Métis, il n'y a maintenant aucun doute sur leur allégeance. « Nous encourageons nos membres à voter libéral », déclare le président du Conseil métis canadien, Clément Chartier.

Les Métis craignent l'élection des conservateurs, comme l'exprime Jean Desrosiers, un Métis de Saint-Malo, au sud de Winnipeg: « On va reculer de 100 ans! Si les conservateurs rentrent, on va perdre tous nos droits. On existera plus vraiment, ça sera pareil comme dans le temps de J A Macdonald », lance-t-il.

Unification du vote autochtone

Des leaders autochtones croient qu'en utilisant mieux le système politique, ils pourraient soulager la misère et l'exclusion dont souffrent leurs membres, en mettant par exemple leur force électorale au service d'un parti.

Président de la Fédération des Métis du Manitoba, David Chartrand fait des scénarios sur le pouvoir politique théorique des autochtones.

« Si nous, les Métis de l'Ouest, votons en grand nombre, nous pouvons influencer le résultat dans 13 circonscriptions. Maintenant, si on prend tous les peuples autochtones, ils peuvent influencer le résultat dans 33 comptés au Canada », avance M. Chartrand.
© Radio Canada

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YAHOO LÂCHÉ PAR LA JUSTICE AMÉRICAINE

Une cour confirme l'interdiction de vente d'objets nazis en France.
par Vincent NOCE


14/01/2006 - C'est une «première» juridique dans la controverse sur la liberté d'expression qui agite le Web : une cour d'appel de Californie a admis qu'un tribunal français pouvait interdire la vente sur le Net de croix gammées ou d'insignes de SS. Elle a ainsi conclu, jeudi, le différend entre Yahoo et les associations françaises, au terme de plusieurs années de controverse fertile en rebondissements.

En 2000, le tribunal de Paris avait enjoint à ce serveur, logé en Californie, de supprimer toute vente d'objets nazis, dans les trois mois sous astreinte de 15 000 euros par jour. Tout en traînant des pieds, Yahoo a renoncé à faire appel. En 2001, le serveur a adopté un code de conduite proscrivant la mise aux enchères ou la promotion d'objets associés «à des groupes adoptant des positions raciales haineuses et violentes». Cela n'empêche pas de retrouver sur le site américain, des années plus tard, des timbres ou monnaies frappées de la croix gammée, des exemplaires de Mein Kampf ou des forums antisémites et négationnistes. Parallèlement, la société avait lancé une action en Californie, en estimant que ce jugement violait la liberté d'expression, consacrée par le premier amendement. Yahoo assurait que cette interdiction, ne pouvant se limiter à la France, affecterait inévitablement sa clientèle américaine. Il disait aussi redouter des indemnisations massives.

Dans un premier temps, le tribunal de San Jose lui a donné raison. Ce jugement est aujourd'hui contredit par la cour d'appel, qui a jugé cet argumentaire sur les effets de la décision française bien «vague». Signe de la vivacité de ce débat sur la liberté et le Net, la décision a été rendue à l'arraché, avec une majorité d'une seule voix. Au-delà des points de procédure soulevés dans cet arrêt de plus de cent pages, ce texte «représente une ouverture», a estimé Me Randol Schoenberg, qui représentait la Licra (Ligue contre le racisme et l'antisémitisme) et l'Union des étudiants juifs de France. «Pour la première fois, a ajouté Philippe Schmidt, avocat et vice-président de la Licra, les magistrats américains abordent le fond du problème, en refusant de considérer que le premier amendement s'applique automatiquement en dehors des Etats-Unis.»
© Libération

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HUGO CHAVEZ DÉMENT ÊTRE 'ANTISÉMITE' (Venezuela)

Le président vénézuélien veut mettre un terme à la polémique née à Noël.
par Annette LEVY-WILLARD


16/01/2005 - «Antilibéral, je suis, anti-impérialiste, encore plus, mais antisémite, jamais», a déclaré Hugo Chavez, vendredi, au cours de son discours annuel devant les députés vénézuéliens. «C'est un mensonge. Et je suis certain que cela fait partie d'une campagne impérialiste.» Le président du Venezuela a profité de l'occasion pour envoyer en même temps ses voeux de rétablissement au Premier ministre israélien Ariel Sharon, toujours dans le coma à Jérusalem.

Des gestes de bonne volonté pour, semble-t-il, mettre fin à la polémique internationale déclenchée par le discours de Chavez, à la veille de Noël, qui dénonçait dans un même souffle «des descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, des descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d'ici et le crucifièrent aussi à leur manière à Santa Marta en Colombie» et s'en prenait à «une minorité qui s'est approprié les richesses du monde, une minorité qui s'est approprié l'or de la planète» (Libération des 9 et 14 janvier, à partir du site du ministère de l'information vénézuélien, www.minci.gov.ve).

Des expressions qui rappelaient les accusations de peuple «déicide», fondement de l'antisémitisme au cours des âges, avait aussitôt souligné le centre pour la mémoire Simon Wiesenthal à Los Angeles. Le centre avait d'ailleurs demandé au président vénézuélien de démentir toute intention antisémite. Voilà qui est fait. En écho aux propos de Hugo Chavez à Caracas, l'ambassadeur du Venezuela en France, Roy Chaderton, a aussi affirmé, vendredi, que les propos de son Président ne contenaient «aucune référence à nos frères juifs».

Ce qui devrait rassurer, pour l'instant, les représentants de la petite communauté juive du Venezuela (15 000 juifs sur 22 millions d'habitants) qui avaient refusé de déceler des accents antisémites dans le discours de Chavez. Et éviter au Forum social mondial, qui se déroule à Caracas à partir du 24 janvier, d'être phagocyté par ce débat.

Mais cela ne suffira sans doute pas à rasséréner les intellectuels et artistes vénézuéliens qui ont signé une pétition pour exprimer leur inquiétude devant l'apparition pour la première fois depuis 2003 de manifestations d'antisémitisme dans leur pays.
© Libération

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HUGO CHÁVEZ TAXÉ D’ANTISÉMITISME À DES FINS MANIPULATRICES (Venezuela)

Un discours du président a été tronqué par un journaliste de Libération afin de le présenter comme un antisémite. Accusation démentie par plusieurs associations de juifs.

17/01/2006 - Le 24 décembre 2005, le président du Venezuela, Hugo Chávez, prononce un discours lors de sa visite dans un noyau de développement endogène, modèle bolivarien d’une économie alternative, dans l’État de Miranda. Le lundi 9 janvier, le journaliste de Libération Jean-Hébert Armengaud titrait son article « Le credo antisémite de Hugo Chávez », citant quelques passages de son discours : « Hugo Chávez, héros de la gauche radicale latino-américaine a identifié les "maîtres du monde" : "Les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ." Cette "minorité s’est emparée des richesses du monde". » Pour étayer son propos, il s’appuie également sur le communiqué du centre argentin Simon-Wiesenthal, paru le 4 janvier, qui « condamne les déclarations antisémites de Hugo Chávez et réclame des excuses publiques ».

Il convient, face à une telle accusation, de revenir aux propos incriminés. Car si l’on examine de près les citations, elles ont été reprises hors de leur contexte. Les propos de Hugo Chávez ont été déformés. Dans sa phrase traduite intégralement, Chávez dit : « Le monde dispose d’assez de richesse pour tous, donc, mais, dans les faits, des minorités, les descendants de ceux qui crucifièrent le Christ, les descendants de ceux qui jetèrent Bolivar hors d’ici et aussi le crucifière à leur manière, à Santa Marta, en Colombie. Une minorité s’est approprié les richesses du monde, une minorité s’est approprié l’or de la planète, de l’argent des minerais, etc. »

Pour l’ambassadeur de la République bolivarienne du Venezuela, Roy Chaderton-Matos, le quotidien Libération « fait acte de diffamation en présentant comme antisémite un discours » où le président Chávez « évoque la responsabilité dans la mort de Jésus des puissances impériales de ce temps-là, dans une réflexion sur les empires d’aujourd’hui qui tentent de crucifier des processus démocratiques de libération et de justice sociale ». L’interprétation fallacieuse des propos de Chávez a donc été relayée sans aucune vérification. Hugo Chávez lui-même a levé définitivement toute ambiguïté en déclarant : « Antilibéral, je suis, anti-impérialiste, je suis encore plus, mais antisémite jamais. »

De plus, l’Association des juifs vénézuéliens et le Comité des juifs américains se sont insurgés contre la position adoptée par le centre Simon-Wiesenthal de Caracas, dénonçant cette opération diffamatoire, affirmant que les propos de Chávez « ne s’adressaient pas à la communauté juive », et faisant remarquer que le centre Wiesenthal de Buenos Aires n’en était pas à sa première attaque anticháviste primaire.

Chávez affronte une nouvelle fois une opération diffamatoire. Pour Roy Chaderton-Matos, « les antichávistes vénézuéliens et internationaux ont constitué un curieux et rococo pot-pourri de personnes et d’institutions unies par la volonté de délégitimer la démocratie vénézuélienne (...). Aujourd’hui, ils tentent infructueusement de se servir du chantage de l’antisémitisme pour éloigner du président Chávez les nombreux juifs progressistes qui soutiennent le processus bolivarien ».

Ixchel Delaporte
© L'Humanité

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Les titres de l'actualité du 13 Janvier, 2006

FN : SIX MOIS FERME POUR NÉGATIONNISME (France)

L'ex-conseiller régional FN du Rhône-Alpes, Georges Theil, a été condamné mardi à 6 mois de prison ferme pour contestation de crimes contre l'humanité.

03/01/2006 - Georges Theil, ancien conseiller régional FN, a été condamné mardi 3 janvier par le tribunal correctionnel de Lyon à six mois de prison ferme et 10.000 euros d'amendes pour contestation de crimes contre l'humanité, conformément au réquisitoire du procureur. Georges Theil, 65 ans, conseiller régional de 1988 à 2004, devra également verser 4.000 euros à chacune des 11 parties civiles et faire publier la décision dans les quotidiens Libération et Le Progrès. Le 14 octobre 2004, lors d'une interview à "TV8 Mont-Blanc" enregistrée dans les couloirs du conseil régional de Rhône-Alpes, Georges Theil avait dénoncé "le fantasme" des chambres à gaz.
"Avec Georges Theil, nous sommes en présence du négationnisme intégral, du négationnisme radical", a déclaré le président Fernand Schir, en expliquant la décision du tribunal. "La peine de six mois ferme marque la gravité des faits et l'état de réitération", a-t-il ajouté.

Déjà condamné

En 2001, l'ex-conseiller régional du FN avait déjà été condamné pour des faits similaires à trois mois de prison avec sursis et 50.000 francs d'amendes par la cour d'appel de Grenoble. Le 7 octobre dernier, le tribunal de Limoges l'a également condamné à six mois de prison ferme pour un ouvrage révisionniste. Georges Theil avait fait appel de cette décision.

"Le rôle positif" pour argument

L'avocat de Georges Theil, Me Eric Delcroix, n'était pas joignable mardi pour indiquer si son client ferait appel ou pas de cette nouvelle condamnation. Dans le contexte de polémique autour de la loi mentionnant "le rôle positif" de la colonisation, Me Delcroix avait envoyé, après l'audience du 29 novembre, une note au tribunal pour demander une réouverture des débats. Il s'appuyait sur des déclarations du président de la République Jacques Chirac, selon lequel "ce n'est pas à la Loi de faire l'Histoire", ainsi que sur une pétition d'historiens pour qui "dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique". Les juges lyonnais ont rejeté cette demande, estimant qu'il ne fallait "pas faire l'amalgame entre différentes lois".
Me Alain Jakubowicz, avocat de trois parties civiles, dont une association d'anciens déportés, s'est réjoui de cette position.
"La loi Gayssot (sur le révisionnisme du génocide juif) n'est pas de même nature que celle sur la colonisation. Elle réprime l'idéologie pas l'Histoire", a-t-il déclaré. Dans un communiqué, l'association SOS Racisme, également partie civile, s'est félicitée de la "peine particulièrement lourde" infligée à Georges Theil.
© Le Nouvel Observateur

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L'ÉTAT D'URGENCE LEVÉ EN FRANCE À PARTIR DE MERCREDI

03/01/2006 -  - Le conseil des ministres a entériné par décret la levée de l'état d'urgence en France à partir de mercredi.

Il avait été imposé le 8 novembre durant la crise des banlieues et prolongé de trois mois le 18 novembre par une loi votée au Parlement.

"Il apparaît aujourd'hui que les conditions justifiant le maintien de l'état d'urgence ne sont plus réunies", précise le compte rendu du conseil des ministres.

"La situation n'est aujourd'hui pas complètement satisfaisante, comme en témoigne ce qui s'est passé le 31 décembre, mais elle semble tout de même s'être largement apaisée", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Jean-François Copé.

L'Elysée avait annoncé lundi soir que le président Jacques Chirac, en accord avec le Premier ministre Dominique de Villepin, avait "décidé de mettre fin à l'état d'urgence à compter du 4 janvier 2006".

Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, y a vu une "mesure d'apaisement (...) qui aurait pu venir plus tôt".

"La mesure vient maintenant. Elle vient un peu tard mais elle est venue, c'est une bonne chose", a-t-il dit en marge de la présentation de ses voeux à la presse, rappelant que le PS avait voté contre.

"Alors que les violences urbaines continuent, et sous peine de connaître demain de nouveaux embrasements, un changement radical de politique est plus que jamais nécessaire pour répondre à l'état d'urgence urbaine et sociale", écrit le Bureau national du PS dans un communiqué publié mardi soir.

"Il était temps !", lance dans un communiqué l'association SOS Racisme, pour qui "il y a urgence à passer des discours aux actes en matière de lutte contre la ghettoïsation et les discriminations".

"QUERELLE DE CHIFFRES"

Le 7 novembre, Dominique de Villepin avait annoncé sa décision d'autoriser les préfets à recourir au couvre-feu dans les quartiers sensibles touchés par les violences urbaines.

Il avait justifié par "le contexte particulièrement grave" sa décision d'exhumer la loi du 3 avril 1955 adoptée au début des troubles indépendantistes en Algérie et utilisée une seule fois depuis, hors métropole, en Nouvelle-Calédonie en 1984.

Les violences urbaines ont cessé à la mi-novembre.

Seules quelques dispositions marginales du texte restaient en vigueur dans une poignée de départements. Elles restreignaient notamment les ventes au détail de carburant.

Les principales mesures rendues possibles par l'état d'urgence - couvre-feu, perquisitions sans cadre judiciaire et de nuit, contrôle de la presse et limitations des réunions - ont été peu ou pas du tout utilisées.

Dominique de Villepin n'avait pas caché qu'il souhaitait maintenir la France sous le régime de l'état d'urgence pendant les fêtes de fin d'année, pour prévenir toute nouvelle flambée de violence dans les quartiers sensibles.

Le réveillon du Nouvel an a été marqué le week-end dernier par 425 incendies de véhicules mais le regain de violences que les autorités redoutaient ne s'est pas produit.

Le Parti socialiste accuse le gouvernement d'avoir minoré le bilan des incidents de la Saint-Sylvestre, soulignant que "l'état d'urgence n'a pas eu l'effet dissuasif qu'on lui prête" et que la situation reste très "tendue" dans les banlieues.

"Le sujet n'est pas tant de faire une querelle de chiffres sur le nombre de voitures brûlées", a répliqué mardi Jean-François Copé. "L'essentiel est de veiller à ce que nous soyons capables de proposer une réponse en termes d'autorité publique à ces actes qui sont inadmissibles."
© Reuters

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COLONIES: LES PÉTITIONNAIRES CROIENT EN LEUR RÔLE POSITIF (France)

Déjà plus de 44 000 signataires. Un défilé est envisagé pour la fin du mois.
par Pascal VIROT


04/01/2006 - Ca monte, ça monte. Hier, plus de 44 000 personnes avaient signé la pétition pour l'abrogation de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance du «rôle positif» de la colonisation. Un succès pour cette initiative née de l'imagination de Dominique Strauss-Kahn. A la mi-décembre, entouré des ténors de la gauche, de François Hollande à Arlette Laguiller en passant par Dominique Voynet et Alain Krivine, l'ancien ministre socialiste avait aussi lancé l'idée d'une manifestation nationale. Mi-janvier, DSK devrait proposer aux premiers signataires un défilé pour la fin du mois, ou début février.

Membre de la direction du Parti communiste, Serge Guichard n'entend pas, lui non plus, «lâcher le morceau». «On doit reprendre contact les uns avec les autres. On n'a pas râlé pour rien», veut-il croire. L'idée serait de mobiliser, outre les partis de gauche, les syndicats et des associations comme la Ligue des droits de l'homme (LDH) ou le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap). «Il doit y avoir des suites, car l'abrogation n'a pas eu lieu», reprend le Vert, Yann Wehrling.

Ancienne candidate du Parti radical de gauche à la présidentielle de 2002, Christiane Taubira se réjouit de l'implantation, en métropole comme outre-mer, de «comités de suivi» de la pétition regroupant «de plus en plus d'enseignants et personnes de la société civile». «Il faut maintenir la pression, insiste-t-elle. Et installer dans le débat public le rapport de la France et de son histoire car il ne s'agit pas de nostalgie mais du présent.» En effet, pour la députée de Guyane, «le sujet n'est pas seulement historique : la gauche va continuer à patauger si elle n'élucide pas d'où viennent les discriminations actuelles». «C'est lourd, ça risque d'être long», pronostique-t-elle.

L'affaire ne devrait pas en rester là. Avec les commissions Debré et Klarsfeld, respectivement diligentées par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, en tant que président de l'UMP, le débat devrait prochainement revenir sur le devant de la scène (lire encadré). «La question du débouché concret va se poser», prédit Serge Guichard.
© Libération

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POUR M. LE PEN, M. SARKOZY COPIE SOS-RACISME (France)

Les amis de Nicolas Sarkozy ne sont pas les seuls à ne pas apprécier l'affiche d'Act Up qui représente une photo du ministre de l'intérieur entourée du slogan "Votez Le Pen". Le président du Front national (FN) réfute lui aussi le rapprochement idéologique, entre lui-même et le président de l'UMP, suggéré par l'association de lutte contre le sida.

05/01/2006 - "A dire vrai, la lepénisation des esprits semble avoir gagné tous les hommes politiques sauf lui", s'est exclamé Jean-Marie Le Pen lors de ses voeux à la presse, lundi 3 janvier. "Au-delà des déclarations tonitruantes comme celle de "nettoyer les cités au Kärcher", le bilan de M. Sarkozy est celui d'une mise en oeuvre systématique des revendications les plus emblématiques de l'extrême gauche immigrationniste", estime-t-il. Sur les questions d'immigration, "ses propositions sont laxistes, et pour tout dire, plutôt copiées sur celle de SOS-Racisme", insiste-t-il.

Selon le président du FN, "l'institutionnalisation de l'islam de France, le financement par l'Etat de la construction des mosquées et de la formation des imams, l'appel à de nouveaux quotas d'immigrés par le biais de l'immigration choisie, la promotion du droit de vote des étrangers et le développement de la discrimination positive (...) défendus par Nicolas Sarkozy" sont autant de points qui différencient ce dernier de lui même. Et M. le Pen de rappeler que le Front national réclame "l'application stricte de la loi de 1905 sur la laïcité", demande "la suspension de l'immigration de travail", "l'arrêt de l'immigration d'assistance" et milite pour "la préférence nationale".

Une attaque en règle qui, à un peu plus d'un an de la campagne présidentielle, érige Nicolas Sarkozy en adversaire principal du président du FN.

"Un second tour Le Pen-Sarkozy serait passionnant, il y aurait de vrais débats", a commenté Marine Le Pen, vice-présidente du FN, à l'issue des voeux de son père. "Nous pourrions nous retrouver défenseurs des principes républicains face à un Nicolas Sarkozy promoteur d'un modèle anglo-saxon reposant sur le communautarisme et remettant en cause le compromis prévalant actuellement en France sur la laïcité et le droit de vote des immigrés", a-t-elle affirmé. "Que feront alors ceux qui, à gauche, sont opposés au modèle proposé par Nicolas Sarkozy ?, demande-t-elle. En 2002, la gauche a voté pour Chirac, pas sûr qu'elle soit prête à faire la même chose avec Sarkozy."

Christiane Chombeau
© Le Monde

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L'ÉGALITÉ DES CHANCES, CAUSE NATIONALE (France)

Jacques Chirac veut promouvoir la place de jeunes issus de l'immigration.
Le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l'immigration suscite la polémique.


05/01/2006 - Jacques Chirac, qui entame la dernière année pleine de son quinquennat, a affirmé mercredi sa volonté de peser sur l'échéance présidentielle de 2007, sans rien dévoiler de ses intentions. Le chef de l'Etat, qui recevait les voeux de la presse à l'Elysée, a souligné que 2006 était une année «utile» et «capitale», qui exige «l'accélération de l'action».

Le chef de l'Etat français a notamment promis une réforme de la justice et une amplification de l'action contre la délinquance et l'immigration irrégulière. Mais Jacques Chirac a aussi consacré une bonne partie de son intervention à l'égalité des chances, grande cause nationale en 2006 et sujet obligé après la crise des banlieues de novembre. «Les partis politiques doivent s'engager à faire toute leur place aux femmes et aux hommes issus de l'immigration dans les candidatures aux élections locales et nationales. Les élus, la représentation nationale, doivent être à l'image de la diversité de la France. C'est une exigence démocratique et civique qui ne peut plus attendre», a-t-il notamment déclaré.

Le rôle de la colonisation

Près de dix ans après son discours du Vel d'Hiv, où il avait reconnu la responsabilité de l'Etat français dans la déportation des juifs de France pendant l'Occupation, Jacques Chirac s'est fait à nouveau pédagogue pour appeler à une réécriture de l'article controversé de la loi française sur le rôle «positif» de la colonisation française outre-mer. «Le texte actuel divise les Français. Il doit être réécrit », a-t-il déclaré. «Après avoir consulté les principales associations, le président de l'Assemblée nationale déposera une proposition de loi en ce sens afin de parvenir à une rédaction qui rassemble et qui apaise les esprits». «Le combat contre le racisme, la lutte contre l'antisémitisme, la lutte contre les discriminations. Ces combats ont toujours été les miens», a insisté Jacques Chirac, apparemment déjà soucieux de défendre son bilan.

Le projet Sarkozy critiqué

En encourageant à la fois la lutte contre l'immigration irrégulière et la promotion de forces vives issues de l'immigration, Jacques Chirac a semblé appuyer le projet de loi sur l'immigration de son ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy qui, à peine dévoilé, suscite la polémique. Huit associations humanitaires ont dénoncé mardi le projet de loi sur l'immigration préparé par le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui durcit les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France. Ce projet de réforme du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda) «conduit à une négation radicale des droits fondamentaux de la personne», selon ces associations de défense des immigrés ou de défense des droits de l'homme.

Selon ce qui n'est encore qu'un document de travail, évoqué par ces associations et par «Le Monde», le texte durcira les conditions du regroupement familial, s'agissant des critères de ressources, de logement et de délais, et la législation sur les mariages mixtes et la filiation.

En revanche, le projet de loi encadre l'immigration «de travail», afin de favoriser la venue en France d'étudiants et de cadres de haut niveau. Un étranger présentant un contrat de travail en bonne et due forme pourra ainsi se voir accorder une carte de séjour temporaire.
© La Libre Belgique

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HUIT ASSOCIATIONS DÉNONCENT UN PROJET DE LOI 'RACISTE' (France)

Un document de travail du futur projet de loi gouvernemental a été rendu public sur Internet.

05/01/2006 - Cinq associations de défense des immigrés (Cimade, Comede, FASTI, GISTI et 9e Collectif des sans-papiers), l’association Act Up Paris, la Ligue des droits de l’homme et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ont rendu public sur Internet un document de travail, daté du 18 décembre, concernant le projet de loi sur l’immigration annoncé fin 2005 par le premier ministre, Dominique de Villepin, et le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Les huit organisations n’ont pas de mot assez forts pour dénoncer ce « projet gouvernemental pour une immigration jetable » qui « conduit à une négation radicale des droits fondamentaux de la personne ».

Dans ce projet, le gouvernement prévoit de relever les conditions du regroupement familial (ressources, logement, avis du maire sur l’« intégration républicaine » de la famille, connaissance du français) et durcit les conditions de délivrance de la carte « vie privée et familiale » pour les mineurs à la majorité. La notion de plein droit pour les malades étrangers disparaît, les critères médicaux sont restreints à des soins « urgents et vitaux ». Le texte supprime également le droit à une autorisation de séjour pour les sans-papiers présents depuis au moins dix ans en France. Une « nouvelle étape dans la guerre aux étrangers menée par le gouvernement » selon les associations, qui prédisent la « disparition du droit au séjour pour les familles, les conjoints, les enfants, de toutes celles et ceux qui construisent leur vie en France ».

Parallèlement, le projet offre une voie royale aux « cerveaux étrangers » grâce à une carte de séjour délivrée « à l’étranger susceptible de participer, du fait de ses capacités et de ses talents, de façon significative et durable au développement de l’économie française ou au rayonnement de la France dans le monde... », Pas sûr que cette dérive sarkozienne du gouvernement contribue à son rayonnement.

Dany Stive
© L'Humanité

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LA LOI SUR LE RÔLE DE LA COLONISATION DIVISE ENCORE (France)

05/01/2006 - La réécriture de l’article IV de la loi du 23 février 2005 sur le “rôle positif” de la colonisation française demandée mercredi par Jacques Chirac a été accueillie de façon mitigée en Martinique.

“Nous serons très vigilants lors de la réécriture de cette loi”, a déclaré le maire de Fort-de-France et président du parti progressiste Martiniquais, Serge Letchimy, qui est également le secrétaire du Collectif Martiniquais pour l’abrogation de ce qui a été qualifié de “loi de la honte”.

“Nous devons maintenant apporter notre contribution et non pas seulement critiquer, nous devons être présents lors des débats”, a-t-il ajouté. Pour l’autre collectif, emmené par le conseiller général et chef de file du parti indépendantiste le Palima, Francis Carole, “il y a toute une subtilité de langage dans les propos de Chirac, car il parle de réécriture et non pas d’abrogation”.

“Ce que nous voulons c’est l’abrogation de cette loi (...) Au sein de l’Assemblée Nationale, certains députés ont montré qu’ils étaient des nostalgiques de la colonisation”, a ajouté le leader de l’un des deux comités mis en place il y a un mois à l’annonce de la venue aux Antilles du ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy. Devant le tollé que sa présence annoncée avait soulevé, le président de l’UMP avait annulé son déplacement.

Le président du conseil général, le sénateur Claude Lise, a réclamé pour sa part “un vrai débat de fond” à l’Assemblée Nationale. “Il faut que les élus soient consultés pour une véritable réflexion sur l’histoire de la colonisation?”, a-t-il estimé.

Le 23 février, date du premier anniversaire de l’adoption de la loi, une manifestation est prévue dans les rues de Fort-de-France à l’appel des deux comités de défense. Elle coïncidera avec les fêtes de carnaval aux Antilles.

En métropole, les partis socialiste et communiste ont à nouveau réclamé mercredi l’abrogation de l’article de loi qui reconnaît un “rôle positif” à la colonisation française et dont le président Jacques Chirac a demandé la réécriture.

“Je reste vigilant car l’annonce de Jacques Chirac doit maintenant se traduire en actes, un acte simple : l’abrogation de l’article 4” de la loi du 23 février 2005 relatif à l’indemnisation des Français rapatriés, a déclaré l’ancien ministre socialiste Dominique Strauss-Khan. L’ancien ministre de l’Economie avait lancé une pétition, qui a recueilli selon lui 45 000 signatures.

Le Parti communiste considère pour sa part “totalement insuffisante” la “manoeuvre en recul” du président de la République. Dans un communiqué, il “exige, à nouveau, que cet article scandaleux soit purement et simplement abrogé”.

Même demande de la part de l’association SOS Racisme, qui appelle “fermement” Jacques Chirac à “traduire (sa) prise de conscience en actes”.
© L'Express

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TRAITES NÉGRIÈRES, ESCLAVAGE : LES FAITS HISTORIQUES

09/01/2006 - C'est une histoire très ancienne, mais qui n'a jamais été si actuelle. Un phénomène né pendant l'Antiquité, et dont on ne prit réellement conscience qu'au XVIIIe siècle.

"L'esclavage est l'établissement d'un droit fondé sur la force, lequel droit rend un homme tellement propre à un autre homme qu'il est le maître absolu de sa vie, de ses biens et de sa liberté", écrivait le chevalier de Jaucourt dans l'Encyclopédie, en 1755. Un état de mort sociale, de dépossession de soi que Victor Schoelcher, architecte de l'abolition en France, qualifia de "crime de lèse-humanité".

Mais c'est aussi un phénomène historique et culturel complexe, qui englobe des aires géographiques immenses et, pour les traites modernes, plus de mille ans d'histoire. Qui bouleversa plus particulièrement le continent africain et fit le lit du racisme, véhiculant l'image d'un Noir inférieur, proche de l'animalité et donc, à ce titre, susceptible d'être acheté, vendu, échangé. Une marchandise humaine.

A l'heure où prospère la "concurrence des mémoires", et tandis que l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur du remarquable Les Traites négrières, est assigné en justice, stigmatisé d'une infamante accusation de révisionnisme, le sujet est de plus en plus explosif : aussi apparaît-il essentiel de faire le point sur l'état des connaissances historiques.

Traites africaines et traites orientales. L'Afrique a connu des trafics d'esclaves dès la plus haute Antiquité, mais c'est au VIIe siècle de notre ère, avec l'apparition d'un empire musulman et sa spectaculaire expansion, qu'est né le cadre du système économique qu'on appellera la traite. En terre d'islam, la loi interdisait de réduire en esclavage les hommes libres : en revanche, on pouvait se procurer des captifs en dehors de l'empire. Ainsi sont nées les premières routes d'un commerce à grande échelle d'êtres humains.

Le monde musulman ne s'approvisionna pas uniquement en Afrique. Il y eut également des captifs venus du Caucase, d'Europe de l'Est ou d'Asie centrale. Mais les Africains furent de loin les plus nombreux, et cette tendance ne fit que s'accentuer au fil du temps. Avec la traite se mit en place une justification idéologique de l'esclavage des Noirs, fondée sur des stéréotypes racistes, et des justifications religieuses, comme celle de la malédiction de Cham. Les Noirs étaient censés descendre de ce fils de Noé maudit par son père : ils étaient donc condamnés à la servitude.

Les routes empruntées par ce trafic sont assez bien connues. On sait également qu'il atteint son apogée au XIXe siècle. Pour ce qui est de son ampleur, les estimations chiffrées restent fragiles : l'historien américain Ralph Austen avance le chiffre de 17 millions de personnes, du VIIe au XIXe siècle. Mais il reconnaît que ce chiffre est relativement imprécis, estimant sa marge d'erreur à plus ou moins 25 %.

Ces traites restent mal connues, tributaires de représentations parcellaires (on a longtemps minimisé le rôle économique des esclaves) et d'une sombre légende forgée au XIXe siècle par les Européens, dans le but de légitimer leur propre colonisation.

Il en est de même pour ce qu'on appelle les "traites intérieures", sur lesquelles les informations sont très lacunaires. En la matière, les recherches sont peu nombreuses. Il est cependant établi qu'il y eut également un commerce à l'échelle de l'Afrique subsaharienne : l'historien Patrick Manning affirme que ces traites intérieures auraient fait 14 millions de victimes, capturées suite à des guerres entre Etats ou à des razzias.

Ainsi, quand commencèrent les "traites atlantiques", un système était déjà en place. Comme le rappelait l'historien Fernand Braudel (1902-1985), "la traite négrière n'a pas été une invention diabolique de l'Europe".

Les traites occidentales. La naissance de la traite atlantique a souvent été interprétée comme une profonde rupture en Occident, voyant renaître un esclavage qui avait disparu depuis la fin de l'Antiquité. En réalité, le phénomène avait constamment reculé durant le Moyen Age, mais il subsistait en Méditerranée un commerce dont les victimes les plus nombreuses étaient des juifs, des slaves et surtout, à partir du XVe siècle, des Africains. Le trafic changea d'échelle et de destination au XVIe siècle, avec la colonisation des Amériques. La violence des conquérants hispaniques et le choc microbien dépeuplèrent vite le continent, créant une pénurie de main-d'oeuvre. D'autant plus que les Européens entreprirent de lancer sur place des cultures de production, en particulier celle de la canne à sucre.

Les Portugais, lancés dès le début du XVe siècle à la découverte des côtes africaines, en produisirent à Sao Tomé, au large de l'Afrique, avant de s'implanter au Brésil, inaugurant bientôt la première grande route de la traite.

Les circuit de la déportation se mirent vite en place. Les esclaves étaient acheminés par des négriers africains jusqu'aux côtes (on estime que 2 % seulement des prisonniers qui traversèrent l'Atlantique avaient été capturés par des Occidentaux). Commençait alors la longue traversée des esclaves, mortelle pour de nombreux captifs.

Le sort des survivants n'était pas plus enviable : la plupart d'entre eux étaient dirigés vers des plantations tenues par des colons qui devaient rembourser au plus vite leur "investissement". La moitié d'entre eux décédaient dans les trois années suivant leur arrivée. Cette effrayante mortalité et le déséquilibre des sexes expliquent que la demande ne se tarissait jamais : il fallait sans cesse de nouveaux esclaves pour que le système colonial fonctionne.

Les données chiffrées concernant cette traite sont assez fiables : elles ont fait l'objet de nombreuses études quantitatives. Un consensus se dessine autour du chiffre de 11 millions d'Africains déportés, dont 9,5 millions arrivèrent en Amérique. Dominé au XVIe et au début du XVIIe siècle par les puissances ibériques, ce commerce connaît son apogée au XVIIIe, alors que la France, et surtout l'Angleterre, constituent dans les Caraïbes de prospères colonies, fondées sur l'exploitation à outrance des esclaves africains.

Le rôle de la France. Comme les Anglais, les Français entrèrent en scène plus tardivement. A partir du milieu du XVIIe siècle, ils commencèrent à peupler leurs colonies de captifs africains. Autorisée par Louis XIII en 1642, la traite prit rapidement son essor, atteignant son apogée au XVIIIe siècle.

En 1685 est édicté le Code noir, texte censé régir le quotidien des esclaves dans les colonies. Toutes les étapes de la vie y sont réglementées, de la naissance à la mort. Pour pouvoir se marier, l'esclave doit avoir l'accord de son maître ; ses enfants appartiendront au propriétaire de la mère. Le texte contient également des dispositions de police et une échelle des peines applicables, allant jusqu'à la mort pour les auteurs de voies de fait sur un Blanc ou les fuyards récidivistes.

En matière civile, l'esclave n'a pas le droit de propriété et ne peut transmettre d'héritage à ses descendants. En contrepartie, le propriétaire doit se montrer modéré dans ses punitions, nourrir ses esclaves et les vêtir correctement. Edifiant pour ce qu'il dit du discours idéologique qui accompagne la traite, ce texte ne doit pourtant pas être pris au pied de la lettre : dans la pratique, la seule loi qui régnait sur les plantations était celle de l'arbitraire des planteurs. Le Code noir ne fut jamais réellement appliqué dans son intégralité.

En métropole, les principaux bénéficiaires du trafic sont les ports de l'Atlantique. Les expéditions négrières françaises ont été répertoriées par l'historien Jean Mettas, qui a retrouvé 3 317 expéditions, partant de 17 ports, au premier rang Nantes, Le Havre, La Rochelle et Bordeaux.

Dans ces villes, le système colonial a permis à nombre de négociants d'amasser des fortunes considérables. A la fin du XVIIIe siècle, les bénéficiaires du système forment un groupe de pression influent en métropole : ils seront un frein puissant à l'heure des mouvements en faveur de l'abolition.

L'abolition inachevée. Comme le souligne l'historienne Nelly Schmidt, "les premiers abolitionnistes, ce sont les esclaves eux-mêmes". Dès le début du XVIe siècle, les révoltes étaient fréquentes, très sévèrement réprimées. On vit même s'édifier, dans les Caraïbes et en Amérique du Sud, des forteresses défendues par des esclaves rebelles, que les Européens eurent parfois le plus grand mal à maîtriser.

En Occident, les Quakers de Pennsylvanie sont les premiers, à la fin du XVIIe siècle, à s'élever contre l'esclavage. Les Encyclopédistes se prononceront eux aussi contre cette institution. Mais c'est en Angleterre que se mit réellement en place le mouvement anti-esclavagiste mondial, porté par deux figures, William Wilberforce et Thomas Clarkson, et par une propagande efficace (libelles, campagnes de boycott, pétitions...).

La révolte de Saint-Domingue (1791-1793) provoque la première abolition de l'esclavage, le 16 pluviose an II (4 février 1794). Celle-ci sera provisoire — Napoléon reviendra dessus en 1802, au prix d'une répression sanglante et de la perte de Saint-Domingue, qui devint Haïti —, et partielle : le décret ne sera jamais appliqué à la Réunion et la Martinique était occupée par les Anglais...

Mais le mouvement est enclenché, irréversible. En 1807, les Anglais interdisent la traite au large de l'Afrique. Le commerce des esclaves continue, mais il devient peu à peu clandestin, à mesure que l'abolitionnisme gagne du terrain. En 1833, Londres l'abolit. La France, de son côté, mettra fin à cette institution — cette fois définitivement — par les décrets du 27 avril 1848.

Les puissances occidentales suivent le mouvement, si bien qu'aux Etats-Unis, l'esclavage est aboli en 1865, à l'issue de la guerre de sécession. En 1888, avec son abolition au Brésil, la page se tourne sur le continent américain.

Mais le phénomène n'est pas éradiqué pour autant : les puissances européennes continueront à tolérer cette institution dans leurs colonies d'Afrique, et à abuser du travail forcé. Albert Londres le notait en 1897 : "L'esclavage en Afrique n'est aboli que dans les déclarations ministérielles de l'Europe."

Plus d'un siècle après, malgré les condamnations de l'ONU et les dénonciations des ONG, celui-ci est loin d'avoir disparu. L'abolition de l'esclavage reste un combat très actuel.

Jérôme Gautheret

À LIRE

Dans le domaine de l'esclavage et de la traite, les travaux de recherche sont très nombreux, mais les ouvrages de synthèse sont très rares. Signalons tout de même, au-delà des Traites négrières, d'Olivier Pétré-Grenouilleau (Gallimard, "Bibliothèque des histoires", 2004) :

Une histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, de Christian Delacampagne. Le Livre de poche, "Références", 320 p., 6,95 €.

L'abolition de l'esclavage. Cinq siècles de combats, XVIe-XXe siècle, de Nelly Schmidt. Fayard, 418 p., 23 €.

Le Livre noir du colonialisme XVIe-XXIe siècle : de l'extermination à la repentance, sous la direction de Marc Ferro. Robert Laffont, 848 p., 29 €.

La Modernité de l'esclavage, essai sur la servitude au coeur du capitalisme, d'Yves Benot.
La Découverte, 296 p., 21 €.

LA VÉRITÉ SUR L'ESCLAVAGE, numéro spécial de la revue L'Histoire (octobre 2003).
© Le Monde

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DES MESURES POUR L'ÉGALITÉ DES CHANCES EN ÉCHO À LA CRISE DES BANLIEUES (France)

11/01/2006 - La vague de violences urbaines de novembre 2005 a fait ressurgir avec force le thème de l'égalité des chances, qui fait l'objet d'un projet de loi présenté, mercredi 11 janvier, au conseil des ministres. Lors d'une conférence de presse, mardi, le ministre de l'emploi, Jean-Louis Borloo, a rappelé que le "troisième pilier" de son plan de cohésion sociale, intitulé "l'égalité des chances", prévoyait nombre des mesures, aujourd'hui intégrées dans le projet de loi.

Le gouvernement ne minimise pas pour autant l'urgence d'apporter de nouvelles réponses, plus efficaces, et d'intensifier les efforts au sortir "d'une épreuve grave", selon l'expression qui figure dans l'exposé des motifs. Le ministère reconnaît notamment "des faiblesses et des insuffisances" dans la lutte contre les discriminations.

Le projet de loi, qui contient 28 articles, passe en revue tous les volets de la politique de cohésion sociale : logement, emploi, égalité des chances. Il propose une réforme de l'apprentissage ouvrant la possibilité de signer un contrat d'apprenti dès 15 ans, la mise en place d'un "contrat de responsabilité parentale" et la création d'un "service civil volontaire".

Le projet de loi prévoit aussi la création d'une "Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances", ou encore des mesures spécifiques pour lutter contre les discriminations dans le domaine audiovisuel. Six préfets "à l'égalité des chances" vont être nommés, dont trois en région parisienne.

Une quinzaine de nouvelles zones franches urbaines devraient être créées, avec un système d'exonérations de charges fiscales et sociales pour les entreprises qui souhaitent s'y installer. Le texte prévoit aussi l'élargissement des conditions d'accès au dispositif de soutien à l'emploi des jeunes en entreprise (SEJE). Celui-ci pourrait désormais profiter aux jeunes, jusqu'à 25 ans, issus de zones urbaines sensibles (ZUS), dont le taux de chômage atteignait, en 2004, 40 % pour les filles et 36 % pour les garçons, selon l'Observatoire des ZUS.

Le contrat de responsabilité parentale est l'un des points du texte qui risquent de susciter des polémiques. Le projet de loi permet au président du conseil général de demander à la justice la mise sous tutelle des prestations familiales en cas de non-respect de ce contrat.

LÉGALISATION DU "TESTING"

Depuis l'annonce de ce dispositif — dont les modalités d'application seront précisées par décret —, le gouvernement subit des pressions contraires : le monde éducatif s'inquiète de voir ce type de sanctions appliquées à des problèmes de comportements des élèves (Le Monde du 7 décembre).

A l'inverse, le gouvernement devra tempérer les ardeurs d'une partie de sa majorité, qui réclame depuis longtemps la suppression des allocations familiales pour les parents d'enfants délinquants.

Le projet de loi instaure l'apprentissage junior. "Volontaire" et "réversible", le contrat d'apprentissage repose sur un projet pédagogique en deux phases. La première, dite "apprentissage junior initial", prendra la forme d'un "parcours d'initiation aux métiers". Ce parcours, possible dès 14 ans, se déroulera sous statut scolaire, dans un lycée professionnel, ou un centre de formation d'apprentis. Une équipe pédagogique, dont un des membres exercera la fonction de tuteur, assurera avec le jeune et sa famille l'élaboration et le suivi du projet pédagogique.

L'apprenti junior conservera en outre un lien avec son établissement d'origine via un correspondant. Pendant cette année d'initiation aux enseignements généraux, s'ajouteront des enseignements technologiques et pratiques, ainsi que des stages en milieu professionnel. Le projet de loi prévoit "le versement d'une gratification". Le ministre délégué à l'emploi, Gérard Larcher, a évoqué un montant d'" environ 50 euros par semaine". A l'issue de ce parcours, une deuxième phase, dite "apprentissage junior confirmé", pourra déboucher sur la signature d'un contrat d'apprentissage à partir de 15 ans.

Le gouvernement souhaitait à travers ce projet de loi donner à la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) des pouvoirs de sanctions, en l'autorisant notamment à infliger des amendes pouvant aller jusqu'à 25 000 euros, et à accompagner celles-ci d'une obligation d'affichage et de diffusion de la décision. Il a fait marche arrière à la suite de l'avis du Conseil d'Etat — dont Le Monde a obtenu une copie —, qui a jugé "très large et imprécise" la définition, donnée par le texte initial, des manquements pouvant faire l'objet de l'action répressive de la Halde.

Dans sa version finale, le projet de loi ne donne plus à la Halde que la possibilité de recommander aux préfets de prendre, le cas échéant, des sanctions administratives à l'égard des entreprises coupables de comportements discriminatoires.

Enfin, le texte légalise le "testing", pratique développée par SOS-Racisme, afin d'établir de façon incontestable l'existence ou non d'un comportement discriminatoire.
© Le Monde

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DE PANAFIEU ATTAQUE DELANOË SUR LES SUBVENTIONS AUX ASSOCIATIONS LGBT (France)

11/01/2006 - Dans son livre "Mon Paris gagnant", la député-maire UMP du 17ème, Françoise de Panafieu attaque Delanoë sur les subventions aux associations LGBT.

Dans son livre "Mon Paris gagnant" (Editions l’Archipel), en librairie aujourd’hui, la députée-maire UMP du 17ème, Françoise de Panafieu, consacre un passage, p.103, aux subventions accordées par la ville aux associations luttant contre l’homophobie. Selon la candidate à la candidature à la mairie de Paris, la ville agirait selon une "stratégie clientéliste " où "les associations luttant contre la discrimination des homosexuels sont particulièrement gâtées."

On peut encore lire : "Aucun élu au sein du Conseil de Paris ne conteste la nécessité de lutter contre l’homophobie, mais quelle est la justification de l’aide accordée par la municipalité à près d’une centaine d’associations poursuivant ce but ? Toutes méritent-elles vraiment d’être encouragées et financièrement soutenues ? Le copinage n’explique pas tout".

Le propos de Françoise de Panafieu est déjà inexact dans la mesure où plusieurs élus de Paris ont voté contre des subventions accordées à des associations LGBT, mais surtout lles chiffres évoqués par la députée sont très loin de la réalité. Là ou Françoise de Panafieu parle d’une "centaine" d’associations, la ville n’en subventionne qu’une douzaine pour un montant annuel de 200 000 € par an, et non des 80 millions € cités dans le livre.
© E-llico

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174 DÉPUTÉS S'ENTENDENT CONTRE L'ADOPTION HOMO (France)

"L'entente parlementaire" contre l'adoption par un couple de même sexe revendique 174 députés UMP et UDF et lance un manifeste

11/01/2006 - 174 parlementaires UMP et UDF ont adhéré à "l'entente parlementaire" contre l'adoption par deux personnes du même sexe, a annoncé mercredi 11 janvier un de ses initiateurs. "L'entente parlementaire", créée en décembre, défend "le droit fondamental de l'enfant d'être accueilli et de pouvoir s'épanouir dans une famille composée d'un père et d'une mère". Elle réunit des députés et sénateurs UMP, UDF et radicaux, dont le porte-parole de l'UDF, François Sauvadet, et la députée UMP Christine Boutin (UMP) autour de Jean-Pierre Mesne (député UMP), Bernadette Dupont (sénatrice UMP), Pierre-Christophe Baguet (député UDF), à l'origine de cette initiative. Les 174 parlementaires ont signé un manifeste pour s'opposer "dans l'interêt supérieur de l'enfant" aux revendications sur "le mariage et l'adoption d'enfants par deux personnes du même sexe".

Pas de normes

A l'approche des échéances électorales, les parlementaires, "interpellés par la population", entendent "réaffirmer clairement leur position" sur ces questions, a indiqué Jean-Pierre Nesme. "L'État et le législateur n'ont pas à ériger en normes ce qui relève de la vie privée et des choix individuels", indique le manifeste. "Sous prétexte de lutter contre une discrimination, il ne serait pas acceptable d'en créer une autre entre les enfants", ajoute-t-il. "Il ne nous paraît pas conforme à l'intérêt de l'enfant de permettre son inscription dans une filiation qui ne serait pas structurée sur l'altérité sexuelle des parents", concluent les signataires.
© Le Nouvel Observateur

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LES RÉACTIONS AU PROJET DE LOI SUR L'ÉGALITÉ DES CHANCES (France)

11/01/2006 - Voici quelques réactions au projet de loi sur l'égalité des chances présenté mercredi en Conseil des ministres:

-- La secrétaire nationale du PCF Marie-George Buffet a dénoncé le projet qui, selon elle, "accentue les problèmes des cités populaires et criminalise les parents". "Je suis choquée par le contenu de ce projet" qui "ne va pas très loin par rapport à ce qu'on a vécu dans les banlieues", a-t-elle déploré lors de ses voeux à la presse.
En riposte, la patronne du PCF a appelé la gauche à faire preuve "d'audace" et à ne pas se contenter d'un projet "à l'eau tiède".

-- La CGT a exprimé sa "déception à la lecture des mesures annoncées, mal ficelées, rédigées dans l'urgence, toujours à la recherche d'un effet d'annonce". "Peut-on réellement affirmer créer les conditions pour 'l'égalité des chances' en abaissant l'âge de l'apprentissage à 14 ans. Cette mesure revient à renoncer au principe de scolarité jusqu'à 16 ans, principe auquel la CGT est attachée", poursuit le syndicat dans un communiqué. "Comment ne pas réaliser que, sous prétexte de responsabilisation, pénaliser financièrement les familles, constitue une véritable mise à l'index de celles qui connaissent déjà les plus graves difficultés au quotidien?", s'interroge la CGT. Le syndicat estime que le gouvernement "doit apporter de véritables réponses, et non pas un ensemble de mesures toujours plus discriminantes et coercitives pour ceux qui sont déjà fragilisés par le système".

-- La CFTC "se félicite du projet de loi mais reste très réservée sur certaines mesures". Dans un communiqué, le syndicat estime notamment que "l'apprentissage à 14 ans ne pourra pas résoudre tous les problèmes des jeunes en déshérence, hors du système scolaire". Elle est "convaincue que le contrat parental est bon concept" car il "implique une relation entre les parents et un service de soutien, avec du respect de part et d'autre et une responsabilité mutuelle. Autant elle est favorable à une aide aux parents lorsque les familles n'exercent pas leur autorité, autant elle émet les plus vives réserves sur la suppression des allocations familiales".

-- SOS Racisme a affirmé que la comparaison entre l'exposé des motifs et les mesures contenues dans le projet de loi "donne l'impression que la montagne a accouché d'une souris". "Car reconnaître un phénomène massif de discriminations raciale et sociale dans l'accès à l'emploi des jeunes des cités et n'y donner comme solution nouvelle qu'un accès autorisé à l'apprentissage à 14 ans ressemble à une supercherie", souligne le mouvement de lutte contre le racisme. "Pour combattre les discriminations, les mesures 'petit bras' proposées par le gouvernement ne sont pas à la hauteur des attentes des victimes", note également SOS Racisme, en remarquant que "ce projet de loi aurait pu constituer une formidable opportunité pour mettre en oeuvre des mesures significatives pour que l'Etat se donne les moyens de rendre effective l'égalité des droits".

-- "Alerte", qui regroupe 41 fédérations et associations nationales de lutte contre la pauvreté, a estimé que si le contrat de responsabilité parentale a "un objectif louable", favoriser la réussite scolaire de tous les enfants, les moyens prévus pour l'atteindre paraissent "contestables". "En effet, suspendre les allocations familiales ne ferait que renforcer les détresses des familles démunies et n'aurait aucun effet sur les familles aisées", souligne le collectif dans un communiqué, en précisant que "c'est en renforçant l'accompagnement et le soutien des familles et des jeunes en difficulté que l'on pourra résoudre leurs problèmes et leur déscolarisation ou leur échec scolaire, et non en les sanctionnant". Ce mouvement, qui compte notamment dans ses rangs Emmaus France, France Terre d'Asile, la Ligue des droits de l'homme et Médecins du monde, demande "la suppression des sanctions liées au contrat de responsabilité parentale", en affirmant que ces sanctions posent "un sérieux problème social et éthique: les parents des enfants déscolarisés sont le plus souvent des familles qui connaissent de graves difficultés financières et sociales (chômage, précarités)".
© Le Nouvel Observateur

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L’ÉGALITÉ DES CHANCES FAÇON VILLEPIN (France)

C'est la réponse du gouvernement français aux violences des banlieues qui ont secoué la France en novembre dernier. Un projet de loi "sur l'égalité des chances", adopté en conseil des ministres, et qui doit être encore être discuté par le parlement, suscite déjà la polémique.

12/01/2006 - L'idée c'est que la crise des banlieues est une conséquence des inégalités sociales. Le texte du projet reprend les annonces du Premier ministre Dominique De Villepin au lendemain de la crise en novembre.

Le texte prévoit notamment la création d’une Agence nationale pour la cohésion sociale, la nomination de six préfets à l’égalité des chances chargés de traquer les discriminations sur le terrain, la création de zones franches comprenant un système d’exonération de charges sociales et fiscales pour les entreprises qui souhaitent s’y installer. Un système assorti aussi d'engagements des entreprises à embaucher au moins 30% de jeunes, issus de ces zones sensibles. Le CV anonyme pour éviter les discriminations, et la généralisation du testing comme l'a initié SOS Racisme, pour dénoncer le racisme à l'entrée des établissements.

Mais outre son côté fourre tout, ce projet suscite aussi les critiques notamment des partis de gauche qui dénoncent l'apprentissage à 14 ans au lieu de 16, le premier recul de l'âge scolaire de toute l'histoire de la République soulignent-ils.

La création d'un contrat de responsabilité parentale, suscite également la polémique. La possibilité prévue de mise sous tutelle des allocations familiales en cas d'absentéisme scolaire, en clair , la répression économique pour gérer un problème éducatif, ne fait que fragiliser encore un peu plus les familles en difficultés, disent les associations. Au lieu de les aider à encadrer leur enfant, cette sanction ne fait que renforcer les inégalités que la loi est sensée corriger. Bref, un projet dont l'avenir dira s'il est à la mesure de la crise des banlieues.
© RTBF

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LA MAIRIE DE BORDEAUX DÉBORDÉE PAR LE RACISME (France)

Un placier musulman, lassé par les insultes de ses collègues, porte plainte.
par Laurence ESPIEU


12/01/2006 - C'est un garçon désabusé. A 35 ans, Omar Djelli était employé à la mairie de Bordeaux, au service des placiers. Il a été recruté en juillet 2005, et en octobre, deux mois avant la fin de son contrat, il présentait sa démission, excédé par des semaines d'insultes et de vexations racistes. Dans une pochette en kraft, il a rassemblé quelques-uns des documents. Cela commence par un délicat courrier : «Pour une mairie propre. Bye Bye! Des collègues heureux !» Missive anonyme reçue chez lui, au lendemain de son départ, dans une enveloppe à en-tête de la mairie. Avant, il y avait eu les collègues qui refusaient de lui serrer la main, les tranches de porc déposées sur son bureau, et une enveloppe «bon ramadan», avec des photos pornos mettant en scène des femmes voilées.

Désordre

Né en France de parents algériens, Omar est musulman pratiquant, ne l'affiche pas mais ne s'en cache pas. Il porte une barbe courte, un duffle-coat et une écharpe à carreaux. «Les trois derniers mois ont été un véritable calvaire», affirme-t-il. Le jeune homme porte plainte à trois reprises, mais ne connaît pas les identités des auteurs. Au bureau, il serre les dents : «J'ai opté pour la désinvolture, sans aucune intention belliqueuse, me référant systématiquement à ma hiérarchie pour dénoncer ces discriminations. J'ai été un bon élève. Mais je n'ai récolté que le silence de l'administration.» Alors aujourd'hui, Omar le militant formé à l'école de SOS Racisme et du MJS tracte devant la mairie et contacte les médias pour raconter son histoire. Et là, ça fait désordre.

«Cette affaire prend une tournure très malsaine», déplore Claude Bocchio, l'adjoint aux ressources humaines. Le cas d'Omar s'envenime : «Il ne faut pas jeter l'opprobre sur la totalité du personnel pour un cas isolé. Au service des placiers il y a eu des réactions blessées d'agents qui se sont sentis attaqués par ces allégations.» Drôle de façon de condamner ces actes. Une enquête interne a été diligentée, mais elle n'a débouché sur rien. Et la mairie a porté plainte contre X pour actes racistes. L'administration se retranche donc derrière la justice, lui «laissant le soin» de faire toute la lumière sur l'affaire. Quant au maire, il ne souhaite pas s'exprimer «tant que les faits ne sont pas avérés».

Précédents

Le problème, c'est que la mairie n'en est pas à sa première affaire du genre. Farid Saadi, 32 ans, d'origine kabyle, travaillant, lui, au service propreté, a aussi subi insultes et menaces. Il a tenu bon, faisant le dos rond face à un «petit chef» qui appelle à «nettoyer les Arabes au lance-flammes», à «les pendre comme des cochons» ou à «rouvrir les camps de concentration». Plus tard, il découvre des boîtes de cartouches vides dans son casier ou des affiches de Le Pen placardées sur sa voiture.

Après deux ans et demi de dépression, Farid Saadi a obtenu un procès et fait condamner son collègue en 2004. L'agent raciste a écopé de cinq ans d'emprisonnement avec sursis et de 40 000 euros d'amende. Mais de la part de son employeur, la mairie, les sanctions sont faibles : un avertissement et une promotion annulée. «La mairie de Bordeaux ne fait pas d'excès de zèle sur ces questions», reconnaît Jean-Pierre Sanguigne, le délégué CGT, qui ajoute que «ces actes ne sont pourtant pas en régression, et des propos racistes, on en entend tous les jours sur le lieu de travail». Farid Saadi affirme même qu'à l'époque on aurait tenté de faire pression sur lui, le menaçant d'une mise à pied s'il portait l'affaire en justice. «J'étais stagiaire, je craignais pour mon emploi.»

Déçu et fatigué

Aujourd'hui il a été changé de service et poursuit sa carrière normalement. Omar, de son côté, vient de s'inscrire au RMI et souhaite faire de son cas un exemple. «Mon affaire est révélatrice d'un malaise, elle est le processus inverse des discours présidentiels d'ouverture et d'intégration. Ça pose une vraie question : quand, dans un service de trente personnes, il n'y a aucun Noir ni Maghrébin, qu'est-ce qui se passe face à la différence ? On ne sait pas la gérer.» Très impliqué dans la vie associative et investi auprès des jeunes de cités, il a aujourd'hui l'impression que «la zone de non-droit, c'est l'administration et pas le quartier».

Une procédure est en cours, elle pourrait aboutir devant le tribunal administratif. Mais Omar se dit déçu et fatigué. C'est son dernier combat. Ensuite, il envisage de quitter la France et rêve de s'installer en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis.
© Libération

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COMMENT RÉÉCRIRE L'ARTICLE SUR LA COLONISATION (France)

Course de vitesse sur le sujet avec Villepin et Debré.
par Thomas LEBEGUE


13/01/2006 - Exit le «rôle positif» de la colonisation. Selon Nicolas Sarkozy, la loi du 23 février 2005 ­ dont Jacques Chirac a demandé la réécriture ­ devrait préciser que «les programmes scolaires accordent à l'histoire de la présence française dans ces territoires la place conséquente qu'elle a eue, pas plus, pas moins, sans bien sûr qualifier cette place». Lui qui avait dû annuler son voyage aux Antilles, début décembre, en raison des remous provoqués par la première mouture de cette loi aimerait aussi que la nouvelle rédaction écarte «la référence ambiguë à l'outre-mer» puisque le texte, selon lui, «ne vise pas l'outre-mer au sens de notre actuelle Constitution, mais des territoires qui ne sont plus rattachés aujourd'hui à notre pays : anciens départements français d'Algérie, Maroc, Tunisie notamment».

En conservant cette référence explicite à l'Afrique du Nord, Sarkozy tente de se concilier les faveurs des rapatriés et des harkis, deux clientèles électorales pour lesquelles ce texte avait été initialement conçu. Et en écartant celle sur l'outre-mer il entend «lever les malentendus» avec les Antilles, où il compte se rendre en mars. C'est-à-dire juste avant ou juste après Dominique de Villepin, qui a lui aussi prévu une tournée préélectorale dans les départements d'outre-mer.

Outre le fait que Sarkozy s'est assis sur la mission qu'il avait confiée sur ce sujet à l'avocat Arno Klarsfeld (dont il n'a même pas cité le nom, hier, dans sa conférence de presse), le président de l'UMP a surtout voulu couper l'herbe sous le pied de Jean-Louis Debré, officiellement mandaté par Jacques Chirac pour réécrire l'article 4. Le président de l'Assemblée nationale a en effet annoncé, mercredi, que son propre texte serait déposé «courant février». Le PS, tout en désignant hier son représentant au sein de la mission Debré, a confirmé, lui, qu'il demanderait l'abrogation pure et simple de l'article controversé. «La colonisation est, par principe, inacceptable», a déclaré Victorin Lurel. Le secrétaire national du PS à l'outre-mer n'apprécie pas du tout la réécriture proposée par Sarkozy, qui, selon lui, «ne cherche qu'à diviser et opposer les Français originaires de l'actuel outre-mer français et ceux originaires de l'ex-empire colonial». La lutte contre ce que les Antillais appellent la «loi de la honte» est donc loin d'être finie. Un collectif d'associations (Mrap, LDH, SOS Racisme, Attac...) appelle à une manifestation, le 25 février, pour son abrogation.
© Libération

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GAYLIB : 'L'ENTENTE', UN COMBAT 'DÉPASSÉ' (France)

L'association de droite qualifie l'"entente" de 174 députés UMP et UDF contre l'adoption par des couples homos de "combat d'arrière-garde dépassé".

13/01/2006 - L 'association homosexuelle libérale GayLib a dénoncé jeudi 12 janvier dans un communiqué "l'entente" entre 174 députés de l'UDF et de l'UMP pour s'opposer à l'adoption par des couples homosexuels. Pour l'association, ce combat est un combat "d'arrière-garde dépassé qui souligne qu’une minorité, de plus en plus petite, des parlementaires UDF et UMP sont en décalage avec la réalité".
Constatant qu'"un enfant doit avoir un père et une mère biologiques pour s’épanouir", l'association s'interroge: "doit-on en conclure qu’il faut interdire l’adoption puisqu’elle serait de nature à troubler la filiation ? doit on l’interdire notamment pour un célibataire alors qu’elle est inscrite dans le Code civil ? doit on stigmatiser voire interdire les familles monoparentales subies ou choisies et donc interdire le divorce ?".

Etudes

"Toutes les études scientifiques existantes sur l’homoparentalité concluent qu’ils ne vont ni mieux ni moins bien que les autres", argumente GayLib en guise de réponse, citant notamment un sondage selon lequel "66% des Français pensent que les homosexuels peuvent être des de bons parents".

"Ce texte n’engage que ses signataires et non l’UMP", affirme encore GayLib qui propose carrément de "prendre la nationalité belge", la Belgique ayant récemment autorisé l'adoption par des couples homosexuels.

"L'entente"

174 parlementaires UMP et UDF ont adhéré à "l'entente parlementaire" contre l'adoption par deux personnes du même sexe, a annoncé mercredi un de ses initiateurs. "L'entente parlementaire", créée en décembre, défend "le droit fondamental de l'enfant d'être accueilli et de pouvoir s'épanouir dans une famille composée d'un père et d'une mère". Elle réunit des députés et sénateurs UMP, UDF et radicaux, dont le porte-parole de l'UDF, François Sauvadet, et la députée UMP Christine Boutin (UMP) autour de Jean-Pierre Mesne (député UMP), Bernadette Dupont (sénatrice UMP), Pierre-Christophe Baguet (député UDF), à l'origine de cette initiative. Les 174 parlementaires ont signé un manifeste pour s'opposer "dans l'interêt supérieur de l'enfant" aux revendications sur "le mariage et l'adoption d'enfants par deux personnes du même sexe".

Pas de normes

A l'approche des échéances électorales, les parlementaires, "interpellés par la population", entendent "réaffirmer clairement leur position" sur ces questions, a indiqué Jean-Pierre Nesme. "L'État et le législateur n'ont pas à ériger en normes ce qui relève de la vie privée et des choix individuels", indique le manifeste. "Sous prétexte de lutter contre une discrimination, il ne serait pas acceptable d'en créer une autre entre les enfants", ajoute-t-il. "Il ne nous paraît pas conforme à l'intérêt de l'enfant de permettre son inscription dans une filiation qui ne serait pas structurée sur l'altérité sexuelle des parents", concluent les signataires.
© Le Nouvel Observateur

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SUBVENTIONS LGBT : ANNE HIDALGO RÉPLIQUE À FRANÇOISE DE PANAFIEU (France)

12/01/2006 - Quelques heures après la publication du livre de Françoise de Panafieu dans lequel la députée-maire UMP du 17ème attaque le maire, Bertrand Delanoë, sur les subventions accordées par la municipalité aux associations luttant contre l’homophobie, Anne Hidalgo réplique au nom de la Ville.

Alors que Françoise de Panafieu affirme que la municipalité parisienne subventionnerait "près d’une centaine d’associations (…) luttant contre la discrimination des homosexuels", la première adjointe au maire de Paris précise que "dans les faits, dix-sept associations intervenant dans ce domaine ont été subventionnées en 2005 par la Ville de Paris, pour un montant total de 247 000 euros, soit 0,2% du budget global consacré au monde associatif parisien".

"Bien entendu, ajoute Anne Hidalgo, toute subvention donne lieu à un vote au Conseil de Paris, ce que Françoise de Panafieu devrait savoir si elle y était plus assidue".

La municipalité rappelle au passage que "qu’avant 2001 - madame de Panafieu étant alors membre de l’Exécutif municipal - les associations gays et lesbiennes ont systématiquement trouvé porte close à l’Hôtel de Ville. Il était donc légitime de mettre fin à cette attitude discriminatoire et d’aider ces structures, au même titre que n’importe quelle autre association proposant une prestation utile aux habitants de notre cité".

Anne Hidalgo parle de "méconnaissance chronique des dossiers parisiens" de la part de l’élue UMP et d’un "nouveau dérapage (qui ) confirme la culture rétrograde et intolérante de la députée maire du XVIIème arrondissement"…

Le communiqué publié hier conclut "que la diversité de Paris est l’une de ses plus grandes richesses et son esprit d’ouverture, une constante de son histoire".

Le CGL de Paris qui rassemble un grand nombre d’associations parisiennes réagit lui aussi. "Les pouvoirs publics se déchargent sur les associations de leurs missions de service public, il est donc légitime que les associations reçoivent des moyens financiers pour mener à bien leurs actions" observent les responsables du Centre LGBT parisien.

Le Centre Lesbien Gai Bi et Trans de Paris dénonce aussi l’amalgame qu’entretient Françoise de Panafieu entre l’orientation sexuelle du Maire de Paris et une stratégie politique d’attribution des subventions municipales dans lequel il voit une "manœuvre électoraliste".
© E-llico

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ENVOI DE COURRIERS RACISTES (Belgique)

L'ex-conseiller communal de Manage est privé de ses droits civils pour 5 ans

05/01/2006 - Une amende de 1.500 euros et la privation des droits civils: voilà la sanction infligée à Jean-Pierre Walenne pour avoir envoyé des courriers racistes. En octobre 2003, cet habitant de Chapelle-lez-Herlaimont âgé de 60 ans a distribué quelque 800 lettres visant particulièrement les personnes touchées de près ou de loin par le fléau de la drogue. Dans cette missive, signée par le mouvement Vérité, il mentionnait que «70% des trafics de stupéfiants étaient le fruit d'immigrés clandestins». Le tout enrobé des clichés habituels vomis par les partis d'extrême droite.

Offusqué par le contenu de ce courrier, un couple de Braine-l'Alleud a décidé de déposer plainte. Et, bien vite, le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme s'est porté partie civile.À l'audience qui s'est tenue en novembre dernier, Me Ureel, conseil du Centre, a expliqué que ces lettres avaient eu une large diffusion et qu'elles incitaient à la haine des étrangers en les assimilant à des criminels. La volonté de nuire était également bien présente puisque les destinataires sont des personnes sensibilisées au problème de la drogue. Au parquet, le substitut Laurent Schretter s'était inquiété des accointances du prévenu avec les mandats publics. Issu d'une liste d'extrême droite, Jean-Louis Walenne a en effet déjà été élu à Manage comme conseiller communal.

Hier, le président a relevé que «le prévenu avait fait usage d'une statistique toute personnelle pour stigmatiser l'immigration» et, de ce fait, «mis en péril les principes fondamentaux qui régissent l'État». Hormis l'amende infligée, Jean-Pierre Walenne se voit donc privé de droits comme l'éligibilité ou l'accès à un emploi ou un office publics.
© La Dernière Heure

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LA LUCIDITÉ D'ALBERT JACQUARD

Le célèbre généticien publie une «Nouvelle petite philosophie».
Il y expose sa vision de la société plombée par la compétition, l'individualisme et l'aveuglement.
Il prône le retour à l'éducation et à la lucidité. Par Guy Duplat.


ENTRETIEN

06/01/2006 - Albert Jacquard, 80 ans, est bien connu par ses nombreux livres et ses talents de conférencier. Généticien, enseignant, il développe sa philosophie de la vie et de l'action dans ses livres de vulgarisation scientifique et dans ses essais. Il propose une pensée humaniste et laïque moderne pour faire évoluer la conscience collective.

On l'a qualifié parfois «d'abbé Pierre laïque» (« Je suis laïque, c'est vrai, mais je ne me compare pas à l'abbé Pierre qui est par ailleurs un ami»). Il participe à de nombreux combats comme le droit au logement, la justice sociale, la lutte contre le racisme... Pour lui, l'enjeu majeur est l'éducation plus que l'économie. Il dénonce les méfaits du capitalisme: la compétition acharnée, l'individualisme forcené, la pollution, le gaspillage, l'aveuglement. Albert Jacquard rejette les religions quand elles sont sources de sommeil intellectuel et prône plutôt un humanisme, la lucidité (un mot qu'il répète souvent) et le combat pour un monde plus solidaire qui retrouve le chemin du collectif.

Nous l'avons rencontré pour son dernier livre, «Nouvelle petite philosophie». Il y dialogue avec la philosophe Huguette Planès qui l'interroge sur quelques concepts comme «Humain, Rationnel et Irrationnel, Solidarité, Générosité, Autonomie». Jacquard y développe à nouveau ses idées dans une langue simple, sans références philosophiques, destinée à un grand public et en particulier aux jeunes. Il prépare pour octobre un nouveau livre: «Mon utopie».

Le monde ne se porte pas bien. Vous dénoncez l'individualisme ambiant, la compétition, le capitalisme sans contrepoids.

C'est le goût de la croissance qu'il faut dénoncer. Chirac vient de souhaiter une croissance pour la France, mais en un siècle, 3pc de croissance annuelle revient à multiplier par cent nos dépenses. C'est intenable. La croissance est une drogue et, comme elle, elle fait du bien dans les premiers instants mais tue à terme.

Dans ce processus d'abrutissement, on retrouve la télé qui endort et Internet?

Cela fait 100000 ans qu'on apprend à communiquer par des mots, mais cela ne fait qu'un demi-siècle qu'on a inventé de communiquer par des images. Tout à l'heure, dans une salle d'attente, je me suis surpris à fixer comme un con un écran où passaient des ronds et des triangles. Nos cerveaux n'ont pas été conditionnés à être submergés par ces images qui bougent. Il nous faudra peut-être 50000 ans d'apprentissage et en attendant, elle aussi est une drogue. Ces images qui nous fascinent sont des viols de la personne et les gens de la télé sont des violeurs. Quant à Internet, je dénonce l'isolement qu'il provoque. Quand des gamins surfent, ils découvrent une science surgelée et préfèrent la machine au professeur alors que ce dernier peut leur parler de choses plus profondes et les faire réfléchir. Internet est à la recherche scientifique ce que la masturbation est à l'amour.

La réponse est dans l'éducation.

Bien sûr. Ce samedi, je vais à Sarcelles, où eurent lieu les émeutes et je rencontre 250 instituteurs pendant 3h pour les faire parler. L'instituteur est à la pointe de la création humaine. J'aime répéter la phrase d'Erasme, « on ne naît pas homme, on le devient». Grâce à la rencontre, seul l'humain peut faire de l'humain. L'homme est l'objet d'une métamorphose. Il y a la nature qui lui donne ses organes mais il y a ensuite l'aventure qui le fait homme grâce à la rencontre. Les instituteurs restent des hommes de passions, ils gardent la flamme mais ils en veulent au ministère d'être enfermés dans des évaluations multiples. Tant qu'on gardera les idées de classements et de notes, cela n'ira pas. Les parents ont tort de les réclamer. Les enfants n'ont à être ni premiers, ni derniers. Ils ont à progresser selon leur rythme. Être premier, c'est stupide car on ne peut l'être que dans une seule dimension. La note, c'est l'unidimensionalité. Le goût de la compétition est scandaleux car c'est vouloir battre les autres. Cela fabrique un gagnant mais aussi beaucoup de perdants. C'est différent de l'émulation qui est la comparaison avec l'autre pour s'améliorer alors que la compétition c'est le croc-en-jambe, c'est la destruction de l'autre.

Vous estimez qu'il manque un gouvernement planétaire qui puisse représenter l'enjeu de la planète pour les générations suivantes.

A six milliards sur une petite planète, nous devrons bien nous rendre compte qu'on est solidaires. La petitesse même de notre planète nous oblige à prendre des mesures planétaires. L'OMS peut devenir l'embryon d'un ministère mondial de la santé qui soignera les malades et pas seulement ceux qui peuvent payer pour être soignés.

Etes-vous écologiste?

J'ai plus d'admiration pour José Bové que pour les dirigeants de Monsanto. La Nature n'a pas de droits, ce sont les générations qui nous suivent qui ont le droit de profiter aussi de la nature que nous connaissons.

Comment imaginer une morale sans dieux?

Je n'enlève rien à Dieu mais c'est presque blasphématoire de demander à Dieu d'intervenir, alors qu'on peut se débrouiller et qu'on fait parfois dire à Dieu des choses qui ne sont pas belles.

Un message d'optimisme quand même pour les jeunes?

Ils sont libres de forger leur avenir, sans diktats et, comme le monde est dans un très mauvais état, ils peuvent l'améliorer plus facilement, c'est leur chance.

«Nouvelle petite philosophie», par Albert Jacquard, chez Stock, 248 p., env.: 16,5€
© La Libre Belgique

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'MENSONGES', DIT LE PRÉSIDENT DU MRAX (Belgique)

Déçu, Radouane Bouhlal réfute les accusations de deux membres de l'association.

09/01/2006 - Une tempête dans un verre d'eau et un tissu de mensonges». Voilà comme Radouane Bouhlal, président du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax) qualifie la lettre ouverte envoyée aux membres et sympathisants du «mouvement» par Nouria Ouali et Souhail Chichah, chercheurs à l'ULB et également membres du Mrax. Pour mémoire, les deux chercheurs voulaient ainsi dénoncer ce qu'ils considèrent comme une attitude ambiguë envers les autorités marocaines de la part du conseil d'administration du Mrax lorsqu'il s'est agi de dénoncer le voyage d'une délégation du Vlaams Belang (VB) au Maroc le 8 décembre dernier. Le parti d'extrême-droite cherchant ainsi à délivrer un message hostile en vue de décourager l'immigration en Belgique.

Pour Radouane Bouhlal, les deux chercheurs vont bien vite en besogne. «En aucun cas, le conseil d'administration du Mrax n'a servi la soupe au Maroc. Toutes les personnes présentes peuvent en témoigner». Et d'expliquer que si effectivement un représentant de la Fondation Hassan II était là lors de la conférence de presse organisée par le Mrax pour dénoncer les intentions du VB, en aucun cas ce dernier n'a joui d'une tribune privilégiée. Déçu, le président explique aussi pourquoi il a refusé de signer une carte blanche promue par les deux chercheurs et qui attaquait le Maroc sur ses intentions d'accueillir les émissaires du VB. «Cette carte blanche n'avait pas de fondement puisque la veille - et précisément dans la «Libre» - la ministre marocaine déléguée aux Affaires étrangères, Nouzha Chekrouni faisait savoir par un démenti qu'elle refusait de discuter avec le VB».

Enfin, quant à la question sur la pertinence pour une association comme le Mrax d'interpeller directement les autorités marocaines, au lieu de se limiter à la presse et au secteur associatif, le président souligne que ce n'est pas au Mrax de juger de la légitimité des autorités marocaines, tout en soulignant que de nombreux politiques belges se rendent au Maroc sans qu'on y trouve à redire. «L'objectif du Mrax consiste avant tout à lutter contre toutes formes de racisme. Ce genre de tentative de déstabilisation ne fait rien d'autre que de saper la confiance des membres et déforcer le mouvement».
© La Libre Belgique

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37 % DES HOMMES NOIRS DE GRANDE-BRETAGNE SONT INSCRITS DANS LE FICHIER ADN DE LA POLICE

Au pays du bobby débonnaire, les contrôles au faciès sont le quotidien des citoyens noirs. Selon une étude du Guardian, fondée sur des chiffres officiels, publiée jeudi 5 janvier, 37 % des hommes noirs de Grande-Bretagne, qui représentent 2 % de la population, ont leurs empreintes ADN recensées dans le fichier national de la police. Seuls 9 % des hommes blancs et 13 % des Asiatiques y figurent.

07/01/2006 - Ce document recense les 2,7 millions de personnes "arrêtées, inculpées ou condamnées". "Ces informations sont inquiétantes. Une enquête doit être ouverte d'urgence sur la manière dont les empreintes ADN sont collectées au détriment d'un seul groupe ethnique", s'insurge le porte-parole de l'Association des officiers de police noirs. Ses collègues blancs, largement majoritaires, ont tendance à considérer tout Noir comme un délinquant en puissance qui doit être fiché en prélevant un échantillon génétique, généralement de la salive.

Dans son rapport, le policier, qui justifie par écrit le motif d'un test ADN, détermine l'origine ethnique de la personne "selon son apparence", ce qui peut prêter à toutes les interprétations. Ainsi, les métis sont systématiquement rangés dans la catégorie "Blacks". A l'évidence les Noirs sont les premières victimes d'un mal qui "peut être détecté dans des attitudes qui s'apparentent à de la discrimination liée à des préjugés, à l'ignorance, aux clichés", pour reprendre les conclusions du rapport MacPhearson de 1999 sur le "racisme institutionnalisé" de la police.

MONTÉE DE LA DÉLINQUANCE

Face à la montée de la délinquance, la Grande-Bretagne, renonçant progressivement à une tradition d'habeas corpus et de police décentralisée, a conféré à ses forces de l'ordre des pouvoirs de plus en plus étendus, appuyés par une informatique tentaculaire. Au coeur du dispositif figure la banque nationale des profils ADN, la plus grande d'Europe, créée en 1995. Elle concerne aujourd'hui 2,7 millions de personnes, soit 5,24 % de la population, contre 0,5 % aux Etats-Unis, 0,41 % en Allemagne et 0,11 % en France, selon le ministère de l'intérieur. Les profils recensés devraient atteindre 4,2 millions de personnes en 2007.

Au départ, la loi ne prévoyait de conserver que les échantillons de salives des personnes condamnées ou poursuivies. Mais, depuis mai 2001, le fichier accueille aussi les profils de personnes qui ont été acquittées ou qui n'ont pas fait l'objet de poursuites judiciaires. Devant les révélations du quotidien de centre-gauche, l'association GeneWatch qui défend la déontologie dans les recherches génétiques, réclame comme dans le cas des casiers judiciaires, de n'enregistrer que l'ADN des auteurs de délit condamnés à la prison. Sa directrice, Sue Mayer, estime qu'à l'exception des violeurs, les échantillons prélevés devraient être détruits pour garantir les droits civiques des citoyens. Un porte-parole du ministère de l'intérieur nie le délit de faciès, affirmant que seuls 113 000 dossiers sur les 2,7 millions répertoriés concernent des personnes qui n'ont pas fait l'objet de poursuites judiciaires.

Marc Roche
© Le Monde

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LES HÔPITAUX ANGLAIS VALORISENT LES MINORITÉS

En Grande-Bretagne, les hôpitaux tirent un bilan positif du programme de promotion de quelque 130.000 salariés issus des minorités ethniques.

13/01/2006 - Il y a cinq ans, quand il a été nommé directeur général du National Health Service (NHS), le service de santé britannique, sir Nigel Crisp a fait un constat édifiant : près de 10 % des 1,3 million d'employés des services hospitaliers étaient issus d'une minorité ethnique (jusqu'à 30 % du côté des médecins), mais leurs compétences étaient sous-utilisées. Pour sortir de cette impasse, le directeur général a créé, en octobre 2004, un poste de « directeur pour l'égalité et les droits de l'homme ». Avec l'objectif de gérer équitablement les progressions de carrière et de s'assurer du traitement égalitaire non seulement des employés, mais aussi des patients issus des minorités ethniques.

Nommé à ce poste, Surinder Sharma - un avocat précédemment directeur de la diversité chez Ford Europe - s'est donné pour mission de mieux former le personnel issu de ces minorités afin de multiplier leurs possibilités d'évolution au sein des services de santé. En effet, le NHS ne tirait pas suffisamment avantage des talents de ces employés et ces derniers peinaient à monter dans la hiérarchie.

Certaines professions - les médecins, par exemple, issus de tous les coins du monde et surtout des anciennes colonies britanniques - ne recensaient que peu de chefs de service et, au stade de la direction générale, le NHS ne comptait plus que sur les doigts d'une seule main le nombre de salariés issus des minorités ethniques (sur 630 directeurs généraux). Or, selon Nigel Crisp, si le personnel d'encadrement du NHS était plus représentatif de la diversité de ses employés, l'organisation et la qualité des services hospitaliers s'en ressentirait.

D'autant que des statistiques internes indiquaient que le NHS négligeait aussi certains patients. La mortalité pour maladie coronariennes est, par exemple, 50 % plus élevée au sein des populations d'Asie du Sud que chez la moyenne des Britanniques. Même constat relatif aux risques de mourir des suites d'un accouchement pour les femmes originaires du Pakistan. Aussi prioritaire que le problème des listes d'attente en chirurgie, celui de la vétusté des locaux ou encore des interminables réformes du système hospitalier, la question de l'égalité et de la diversité apparaissait essentielle au NHS. Mais la tache à accomplir pour inverser la tendance n'était pas facile.

La solution ? L'Institut pour l'innovation et l'amélioration du NHS (NHS Institute for Innovation and Improvement). Un centre qui forme des cadres volontaires issus des minorités ethniques. Son enseignement inclut deux semaines de formation à l'Insead, où les salariés du NHS se familiarisent aux techniques de gestion du secteur privé. « Les cadres issus des minorités figurent souvent au nombre des plus qualifiés, mais ils peinent à trouver des postes adéquats », explique John Batchelor, directeur de l'Institut pour l'innovation et l'amélioration du NHS. Pour résoudre ce problème, l'institut procède à des examens comparatifs de la gestion des systèmes de santé étrangers dont il serait susceptible de s'inspirer, et développe deux formations : « Breaking Through », un stage de développement personnel et « Aspiring Director », un programme d'aspiration au poste de direction dont la conception et le contenu ont été confiés aux consultants internationaux du groupe Hay.

« D'après nos analyses, avant la mise en place de ce programme, un cadre noir devait démontrer sept fois plus ses compétences pour accéder aux mêmes opportunités que ses collègues blancs », souligne Lubna Haq, directrice chez Hay, dont les propres parents sont originaires du Pakistan. Consciente d'apporter la preuve de l'existence d'un système avéré de discrimination, Lubna Haq constate, dans le même temps, que les minorités sont aussi victimes de leur propre comportement. Le plus souvent, en effet, elles attendent que leurs mérites soit reconnus plutôt que de se faire proactives et de constituer un solide réseau interne de relations susceptibles d'appuyer leur candidature à un poste. « Pour leur faire prendre conscience de tout cela, nous jouons à fond l'effet miroir », explique Lubna Haq.

Les participants au programme de préparation aux postes de direction sont ainsi invités à analyser leurs faiblesses et leurs points forts, à détailler leurs motivations ainsi qu'à décrypter l'image d'eux-mêmes qu'ils véhiculent dans leur entourage professionnel. Une fois cette première étape franchie, il reste encore à leur apprendre à mieux motiver leurs équipes, à travailler de façon collégiale et à créer des réseaux. A cet effet, les formateurs de Hay invitent des groupes d'une quinzaine de personnes à se pencher sur une étude de cas et à l'analyser devant un jury de directeurs. « Nous procédons aussi à des simulations d'entretien d'embauche. Leur analyse sans détour aide les participants à la formation à corriger des faiblesses ou des défauts qu'ils peuvent ignorer dans la mesure où certains de leurs responsables s'abstiennent de la moindre critique ou bien remarque de peur d'être accusés de racisme. Cet exercice les aide à gagner en confiance », ajoute Lubna Haq.

Enfin, reste l'ineffable. « Pour réussir dans une organisation, il faut comprendre comment les choses fonctionnent, de façon formelle et informelle », insiste la consultante. « Sortir avec ses collègues, se rendre au pub ou déjeuner en leur compagnie fait aussi partie des comportements à adopter », poursuit-elle. Il est tout aussi essentiel de savoir s'informer au plus vite des postes créés ou libérés. Ce qui n'est pas une sinécure au NHS, structure composée de 28 pôles décisionnaires et stratégiques et de plus de 482 unités (trusts), qui gèrent leurs prestations de services en toute autonomie.

Les résultats semblent déjà au rendez-vous. Une évaluation réalisée par Henley Management School a conclu que sur 400 managers à avoir suivi le programme d'aspiration au poste de direction, 89 % d'entre eux ont fait progresser leur carrière. Mais si les managers issus des minorités ethniques estiment avoir beaucoup appris, peu ont accédé à une fonction de directeur depuis.

ROSS TIEMAN ET MURIEL JASOR
© Les Echos

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UN HOMME BLESSE HUIT PERSONNES DANS UNE SYNAGOGUE À MOSCOU (Russie)

11/01/2006 - Un homme armé d'un couteau a blessé huit personnes dans une synagogue du centre de Moscou, fait savoir le procureur de la capitale russe.

Les agressions racistes se sont multipliées en Russie depuis l'effondrement de l'Union soviétique. Elles sont souvent le fait de jeunes attirés par la mouvance d'extrême droite.

L'agresseur a poignardé un gardien de la synagogue de la rue Bolchaïa Bronnaïa et s'est précipité à l'intérieur où il s'est mis à donner des coups de couteau à l'aveuglette. Des personnes ont rapporté qu'il hurlait "Heil Hitler!" et "Je vais vous tuer, je vais vous tuer!".

Le procureur de Moscou, Anatoli Zourev, a précisé que l'individu avait été arrêté et il a promis qu'il serait jugé dès que possible. Un Américain, un Israélien et un Tadjik sont au nombre des blessés.

Le grand rabbin de Russie, Berel Lazar, a estimé que cette agression illustrait la progression d'une "peste" fasciste dans le pays.

"Là où l'on propage des idées fascistes, elles finissent toujours par devenir réalité, comme le montre ce qui s'est produit aujourd'hui à Moscou", a-t-il déclaré à l'agence Interfax, qui l'a contacté par téléphone à Jérusalem, où il est en visite. Lazar a annoncé qu'il allait écourter son séjour en Israël.

Un rapport du gouvernement israélien place la Russie en troisième place, après la France et la Grande-Bretagne, pour les actes d'antisémitisme. Plus d'un million de juifs sont partis pour Israël dans les dernières années de l'Union soviétique, lorsque Mikhaïl Gorbatchev a ouvert les frontières. Il reste environ un million de juifs dans la Russie actuelle.
© la Tribune

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TOLLÉ APRÈS UNE AGRESSION DANS UNE SYNAGOGUE À MOSCOU (Russie)

13/01/2006 - Le grand rabbin de Russie, Berl Lazar, s'est élevé, jeudi 12 janvier, contre le "climat général de racisme et de xénophobie" qui prévaut dans le pays, où les agressions à caractère raciste sont de plus en plus fréquentes. La dernière s'est produite mercredi soir à Moscou, lorsqu'un jeune fanatique a poignardé huit personnes dans la synagogue Chabad Bronnaïa, au centre de la capitale, avant d'être maîtrisé et livré à la police.

Cinq des agressés étaient toujours hospitalisés vendredi matin, deux sont sérieusement blessés. "Ce qui s'est passé est un acte grave, non dû au hasard, c'est la conséquence d'un climat général en Russie", a expliqué le rabbin. "Le problème est grave et ne concerne pas que les juifs", a-t-il ajouté, dans une allusion aux fréquentes attaques des résidents africains, asiatiques et des personnes originaires du sud de la Russie ou des républiques ex-soviétiques.

Il y a quelques jours à Voronej, une ville estudiantine à 300 km au sud de Moscou, deux étudiants congolais ont été passés à tabac par une bande de jeunes au crâne rasé. Le 24 décembre, un étudiant camerounais de 28 ans, Léon Kanhem, a été tué à l'arme blanche à Saint-Pétersbourg par de jeunes extrémistes. Selon le centre moscovite de recherche Sova, vingt-sept personnes ont été victimes d'agressions mortelles à caractère raciste entre janvier et novembre 2005.

Auteur d'une étude récente sur la question, Sova dénonce l'inaction des autorités : "Les fonctionnaires et les politiciens sont plus soucieux de contrer les "Révolutions orange" (...) que la xénophobie." Les meurtres racistes sont ainsi le plus souvent considérés comme du simple "hooliganisme".

Au lendemain de l'attaque de la synagogue, qualifiée d'acte raciste, les autorités ont semblé davantage concernées. Le ministère des affaires étrangères, des représentants de l'Eglise orthodoxe et de la communauté musulmane, des députés, se sont indignés. Boris Gryzlov, le porte-parole de la Douma (la chambre basse), a réclamé un durcissement des peines encourues.

C'est pourtant de la Douma que sont venus en 2005 plusieurs appels à interdire toutes les organisations juives de Russie, soupçonnées de commercer avec le diable, tandis que des députés manient à l'envi les slogans xénophobes.

Marie Jégo
© Le Monde

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ROGOZINE REJETTE LES ACCUSATIONS D'ANTISÉMITISME À L'ENDROIT DE CERTAINS DÉPUTÉS DU GROUPE 'RODINA' (Russie)

13/01/2006 - Le coprésident du groupe de députés "Rodina" ("Patrie") à la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe), Dimitri Rogozine, a rejeté vendredi les accusations d'attiser l'antisémitisme à l'endroit de certains membres de son groupe parlementaire.

Les élus du peuple ont discuté aujourd'hui à la Douma de l'incident dramatique à la synagogue de Moscou où un homme armé avait poignardé huit personnes.

Les députés du groupe parlementaire "Russie Unie" ont notamment proposé vendredi aux groupes du Parti communiste (KPRF) et "Rodina" à la Douma d'exclure de leurs rangs tous ceux qui avaient signé en janvier 2005 une lettre adressée au Procureur général de la Fédération de Russie avec la revendication formelle "de mettre en mouvement une action en justice pour interdire dans le pays toutes les organisations juives nationalistes et religieuses, en tant qu'extrémistes". "Si le KPRF et "Rodina" condamnent effectivement l'antisémitisme, ils doivent exclure de leurs rangs tous ceux qui ont signé la lettre antisémite", a notamment déclaré Andreï Issaïev (groupe de députés "Russie Unie"), président du Comité pour le Travail et la Politique sociale de la Chambre basse du Parlement.

"Nous rejetons le plus catégoriquement les accusations qui ont été faites aujourd'hui dans les murs de la Douma", a noté devant les journalistes Dimitri Rogozine.

Selon ce dernier, les députés de "Rodina" ont plus d'une fois exhorté à des mesures tendant à prévenir des animosités nationales dans le pays. "Nous avons insisté à maintes reprises sur la nécessité d'interdire les scènes de violence à la télévision", a fait remarquer le parlementaire.

Et d'ajouter que des crimes, pareils à l'agression récente contre la synagogue de Moscou ne seraient tout simplement pas possibles si l'on faisait régulièrement de la propagande d'une famille saine et des valeurs familiales traditionnelles.

"Mais, malheureusement, nous n'avons pas réussi aujourd'hui à parler sérieusement des causes de tels crimes ni de l'élimination de celles-ci", a déploré Dimitri Rogozine.
© Ria Novosti

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ROM : LA DISCRIMINATION CONTINUE EN SLOVAQUIE

Rien ne change vraiment pour cette minorité qui représente 10 % de la population. Malgré des programmescensés améliorer la situation. Bratislava (Slovaquie), correspondance particulière, Bérangère Lepetit et Perrine Mouterde.

08/01/2006 - Daniel sort du bureau. Cet étudiant en sciences sociales travaille au sein de la commission Rom du gouvernement à Bratislava. Daniel Stanislav a vingt-cinq ans, il est Rom slovaque et ici, il vit comme n’importe quel jeune. Enfin presque. « Ma cousine est commerciale. Elle gagne d’ailleurs assez bien sa vie. Dans une boîte, il y a quelques jours, un barman a refusé de la servir. Parce qu’elle est "gypsie"... Les grands-parents de Daniel, puis ses parents, ont toujours travaillé. À l’usine, dans les champs. Et ils ont tenu à ce que leurs enfants fassent des études. « Ma famille n’a rien d’extraordinaire. J’ai juste eu la chance de ne pas avoir été placé dans une école spéciale pour enfants rom. Et mes parents ont eu assez d’argent pour que je puisse poursuivre mon cursus. »

Une histoire qui n’a rien d’ordinaire en Slovaquie. À l’est, loin de Bratislava, l’immense majorité des quelque 4 millions de Rom slovaques survivent dans des camps. Parfois sans eau ni électricité. Certains villages de Rom connaissent un taux de chômage de 100 %. Et, trop souvent, les enfants sont encore envoyés dans des classes pour handicapés mentaux. En novembre dernier, dans son rapport annuel, l’Observatoire européen du racisme et de la xénophobie a tiré la sonnette d’alarme : les Rom sont le groupe le plus vulnérable au racisme dans l’Union.

« jolie déclaration. Du vent... »

Le gouvernement slovaque, lui, vient à peine de se saisir du problème. Il y a tout juste un an, il s’est engagé dans le programme 2005-2010 pour l’intégration des Rom, commun à huit pays d’Europe centrale et orientale, qui vise à s’attaquer au décalage social et éducationnel qui sépare les communautés roms du reste de la population. À eux seuls, Bulgarie, Croatie, Macédoine, Hongrie, Roumanie, Serbie-Monténégro, République tchèque et Slovaquie abritent plus de la moitié des douze millions de Rom d’Europe. « Il y a dix ans, rien ne bougeait. Le programme est un début, même si son efficacité reste à prouver », sourit Daniel. Du côté des associations, même scepticisme. « Il faut que l’État mobilise de l’argent, des volontés. Autrement, ce programme ne sera qu’une jolie déclaration. Du vent... », constate Daniel Milo de l’Association slovaque contre le racisme.

Un an plus tard, des résultats ? Du côté du gouvernement, on reste vague : « C’est trop court. Nous avons identifié nos objectifs, établit un plan d’action. » Si le dispositif s’améliore, sur le terrain ONG et associations continuent à assurer l’essentiel du travail. Des initiatives concrètes se développent, à l’échelon local, comme la construction de logements salubres. Mais l’essentiel dépend toujours de la bonne volonté des maires.

Expulsions à répétition

Pour les Rom, le quotidien n’a pas changé. Au contraire, la situation se détériore. « Il y a quinze ans, on comptait une soixantaine de bidonvilles en Slovaquie. Aujourd’hui il y en a 600 ! dénonce Ivan Akimov, fondateur de Kesaj Tchavé, une association pour enfants des rues. Certains Rom regrettent le communisme. L’époque où ils étaient des Slovaques comme les autres. Avec un emploi, un logement. Mais l’assimilation s’est faite au prix de leur identité : aujourd’hui, beaucoup ne se sentent plus ni Rom ni Slovaques. Pour la majorité de la population, en revanche, ils restent des voleurs, des profiteurs qui doivent être mis à l’écart. » « Les expulsions se multiplient, ajoute Ivan Akimov. Les familles tziganes qui vivaient dans le centre-ville se font virer, parce qu’elles ne peuvent pas payer. On les envoie à 200 ou 300 km, dans des logements bon marché où l’on concentre les non-payeurs. »

Dans une société de plus en plus libérale, où le taux de chômage frôle les 15 %, les 30 % à l’est, les Rom sont les derniers servis. Et le fossé des inégalités se creuse. « Il faudrait que la question des Rom soit enfin considérée comme un problème social, de pauvreté. Et non plus comme une question ethnique », témoigne Zuzana Bojelova de la Fondation Milan Simecka.

C’est sous la pression de Bruxelles, avec à la clé l’entrée du pays dans l’Union européenne, que la Slovaquie a dû s’atteler à la question des Rom. Après son entrée en mai 2004, elle a mis en place des programmes d’action comme celui de la « Décennie pour l’intégration des Rom ». Mais les ONG dénoncent la complexité des démarches administratives, les fonds longs et difficiles à obtenir. « À Bruxelles, on ne s’intéresse qu’à la paperasserie, déplore Zuzana Bojelova. Sans réfléchir aux objectifs. » Faute d’argent, plusieurs associations ont même dû mettre la clé sous la porte. La Slovaquie est aujourd’hui membre à part entière de l’Union.
© L'Humanité

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VISITE DU RAPPORTEUR DE L'ONU SUR LE RACISME EN SUISSE

09/01/2006 - Le rapporteur spécial de l'ONU sur le racisme Doudou Diène a entamé au Tessin une visite de 5 jours en Suisse. A Bellinzone, il a rencontré les autorités cantonales et les communautés étrangères. Il doit ensuite se rendre à Berne, Bâle et Neuchâtel. [ats] - "J'ai choisi de visiter la Suisse" a expliqué le Sénégalais lors de sa recontre avec la presse "parce que, comme le reste de l'Europe, la Suisse est désormais confrontée au phénomène croissant de l'émigration extra-européenne".

Le rapporteur spécial sur le racisme a précisé que son attention sur la situation en Suisse en matière de discrimination raciale et de xénophobie avait été récemment attirée "par des évènements précis".

Le rapporteur a précisé qu'il a eu connaissance, par la presse, de manifestations de racisme et d'intolérance ici et là dans le pays. Il a aussi exprimé son étonnement face à une affiche de propagande qui appelait les Suisses à refuser la naturalisation facilitée: "J'y ai vu", a-t-il dit, "des mains noires et crochues se tendre avidement vers une pile de passeports suisses. Le message raciste est sans équivoque".

Avant de rencontrer la presse tessinoise, le rapporteur de l'ONU s'est entretenu avec le gouvernement tessinois et avec le délégué cantonal pour l'intégration des étrangers, Ermete Gauro. Le responsable du service de lutte contre le racisme du Département fédéral de l'intérieur (DFI), Michele Galizia, a participé à l'entretien.

"M. Diène s'est informé de la situation au Tessin en ce qui concerne la discrimination raciale, il a souhaité connaître la position du gouvernement et les solutions proposées pour remédier à d'éventuels cas de racisme et d'intolérance", a déclaré lundi Luigi Pedrazzini, chef du département tessinois de justice. Le rapporteur a aussi rencontré les communautés étrangères au Tessin dont la communauté africaine, formée de 600 personnes.

En fin d'après-midi, M. Diène a quitté le Tessin en direction de Berne, où il sera reçu par les conseillers fédéraux Pascal Couchepin et Christoph Blocher. Jusqu'à vendredi sa visite se poursuivra dans les cantons de Neuchâtel et Bâle-Ville où il rencontrera les autorités, communautés étrangères et religieuses.

Son rapport qu'il veut "objectif" sera rédigé à l'issue de la visite et présenté devant la Commission des droits de l'homme de l'ONU.
© Bluewin Info

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ACTES RACISTES DANS L'ARMÉE PEUT-ÊTRE IMPUNIS (Suisse)

Le juge d'instruction de l'armée veut classer la procédure ouverte contre quatre militaires qui avaient pratiqué le salut hitlérien et tenu des propos racistes. Cette décision – qui n'est pas définitive – a été vivement critiquée mardi par les milieux antiracistes.

10/01/2006 - En août 2005, quatre militaires de l'école de recrues de grenadiers d'Isone, au Tessin, avaient été renvoyés à la maison après avoir fait usage entre eux du salut hitlérien. Ils avaient aussi tenu des propos racistes et à forte connotation d'extrême droite. Une enquête avait alors été ouverte.

Aujourd'hui, le juge d'instruction militaire veut classer l'affaire. Martin Immenhauser, porte-parole de l'Office de l'auditeur en chef de l'armée, confirme l'information diffusée mardi sur les ondes de la radio suisse alémanique DRS.

L'armée, domaine privé?

Pour justifier l'abandon de la procédure, le juge d'instruction militaire avance l'argument suivant: les propos racistes n'ont pas été tenus en public, mais toujours devant un cercle restreint de personnes.

Selon lui, les militaires ne peuvent donc pas être punis pour discrimination raciale. Tout au plus, ils pourraient écoper d'une amende disciplinaire pour mauvais comportement.

Pour sa part, le président de la commission fédérale contre le racisme Georg Kreis estime que la suspension de la procédure pose problème. Il observe que le Tribunal fédéral a récemment rendu un verdict opposé où il donnait une définition beaucoup plus large de la sphère publique.

Après le verdict militaire, une décision politique s'impose et la société civile doit clairement condamner de tels actes, ajoute Georg Kreis. L'expiation des quatre militaires est certes indispensable, mais les effets de l'affaire sur la société sont beaucoup plus importants, selon lui.

Le professeur fribourgeois de droit pénal Marcel Niggli voit également d'un mauvais oeil un éventuel classement par la justice militaire: cela signifierait que l'armée relève du domaine privé, a-t-il déclaré sur les ondes de la radio alémanique DRS.

Décision finale attendue

La Fondation contre le racisme et l'antisémitisme (GRA) est du même avis: elle trouve pour le moins curieux que l'armée soit considérée comme privée dans ce contexte.

La décision finale de poursuivre la procédure dépend désormais du commandant de l'école de recrue, qui peut encore ordonner une enquête préliminaire. Et c'est bien ce qu'il compte faire, selon le porte-parole de l'armée Felix Endrich.
© SwissInfo

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LOURDES PEINES POUR AVOIR TABASSÉ DES ÉTRANGERS (Suisse)

11/01/2006 - Le Tribunal criminel de Lucerne a condamné deux hommes à trois et deux ans et neuf mois de prison. Les deux Suisses, aujourd'hui âgés de 22 et 24 ans, ont tabassé des étrangers après avoir bu de grandes quantités de bière en 2002 à Lucerne.

Ils ont été reconnus coupables de plusieurs lésions corporelles graves. Les deux jeunes extrémistes de droite avaient notamment donné des coups avec leurs chaussures recouvertes d'une bande de métal. Un des étrangers souffrait d'un léger handicap à la jambe, a indiqué le tribunal mercredi.

Le tribunal a libéré les agresseurs de l'accusation de discrimination raciale, car ils n'ont pas fait de commentaires verbaux durant les passages à tabac. Les deux hommes ont indiqué ne plus fréquenter les cercles d'extrême droite aujourd'hui.
© Romandie

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THOMAS FLANAGAN FAIT TOUJOURS PARTIE DU 'CERCLE INTIME' DE STEPHEN HARPER (Canada)

10/01/2006 – Le 7 janvier 2006, le Globe and Mail a confirmé les pires craintes des Autochtones du pays. Dans un article de fond sur la campagne du Parti conservateur intitulé « How Harper fashioned his lead » (comment Harper a fait son chemin), ce quotidien a montré que Stephen Harper « compte toujours sur des personnes telles que son ancien professeur de sciences politiques à l’Université de Calgary, Tom Flanagan ».

M. Flanagan fait partie du « cercle intime » qui exerce une influence sur M. Harper et qui tire les ficelles au Parti conservateur. M. Flanagan, qui est né et a grandi aux États-Unis, a consacré la plus grande partie de sa vie à plaider contre les droits des peuples autochtones du Canada et contre leurs aspirations à l’autonomie gouvernementale. Il a publié de nombreux articles ainsi qu’un ouvrage intitulé Premières Nations ? Seconds Regards, dans lesquels il soutient que les peuples autochtones devraient être assimilés.

« Tous les Autochtones devraient s’inquiéter du fait que M. Flanagan est toujours très influent au sein du Parti conservateur. Plusieurs conservateurs, dont Jim Prentice, racontent que les Autochtones n’ont pas à s’inquiéter et que M. Flanagan n’exerce plus de pouvoir au parti. Le récent article du Globe and Mail démontre que ces affirmations sont fausses. Les Autochtones doivent, au contraire, se méfier de la menace qui se cache dans l’ombre du Parti conservateur », a déclaré Hank Rowlinson, coprésident de la Commission des peuples autochtones du Parti libéral du Canada.

M. Flanagan était co-président du mouvement qui a ramené Stephen Harper sur la scène politique fédérale, pendant l’étude du leadership de Stockwell Day, en 2001. M. Flanagan a par la suite été chef de cabinet de Stephen Harper. »

Lors de la précédente campagne électorale fédérale, les dirigeants de l’Assemblée des Premières Nations, du Ralliement national des Métis et de l’Inuit Tapiriit Kanatami avaient demandé à M. Harper de prendre ses distances avec « les idées dépassées, rétrogrades et blessantes que M. Flanagan exprime dans des articles et des ouvrages tels que Premières Nations ? Seconds Regards, lesquels montrent qu’il est mal informé ». M. Harper a balayé cette question du revers de la main, la considérant comme strictement « partisane » et affirmant que s’il remportait les élections, il serait « indulgent » envers les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Depuis, M. Harper n’a jamais pris publiquement ses distances avec les positions et les écrits de son allié et mentor, Thomas Flanagan.

Or, si M. Harper n’est pas disposé à s’éloigner d’un homme qui souhaite assimiler les Autochtones, le Parti conservateur, en revanche, a pris ses distances avec l’entente marquante, dotée de 5,1 milliards de dollars, conclue entre le Premier ministre Martin, tous ses homologues des provinces et des territoires ainsi que tous les dirigeants autochtones lors de la rencontre des premiers ministres sur les questions autochtones, qui a eu lieu à Kelowna, en novembre 2005.

Le porte-parole du Parti conservateur en matière d’affaires autochtones, Jim Prentice, a déclaré que les conservateurs « n’étudieraient ces chiffres que dans un cadre budgétaire d’ensemble ». Le porte-parole officiel conservateur en matière de finances, Monte Solberg, l’a confirmé le 9 janvier, affirmant « [que les conservateurs n’allaient] pas accepter la démarche libérale. [Ils croient] que cette démarche est erronée. »

Compte tenu de ces déclarations, il est clair que le Parti conservateur ne donnerait pas suite aux engagements pris envers les peuples autochtones lors de cette rencontre.

La Commission des peuples autochtones du Parti libéral du Canada incite les autres groupes représentant des minorités à prendre conscience du fait que l’influence de Thomas Flanagan au sein du Parti conservateur met leurs droits et leurs intérêts en péril.

« Si, comme le conçoit le Parti conservateur, les gouvernements peuvent bafouer les droits constitutionnels des peuples autochtones aujourd’hui, ils pourraient également bafouer les droits constitutionnels d’autres minorités demain. Il est dans notre intérêt à tous de veiller à ce que les gouvernements reconnaissent, respectent et protègent les droits des peuples autochtones, car vous vous retrouverez peut-être un jour dans cette situation », a conclu Hank Rowlinson, coprésident de la Commission des peuples autochtones.

Voici ce que dit un proche conseiller de Stephen Harper au sujet des peuples autochtones

Les peuples autochtones sont des immigrants

« Les Européens forment, en fait, une deuxième vague d’immigrants qui ont pris possession des terres tout comme l’avaient fait avant eux les autochtones. Faire une distinction entre les droits des immigrants arrivés les premiers et ceux qui ont suivi est une forme de racisme. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

La culture autochtone est inférieure et primitive

« La civilisation européenne était en avance de plusieurs millénaires sur les cultures autochtones de l’Amérique du Nord, sur le plan de la technologie comme de l’organisation sociale. – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

La colonisation des peuples autochtones était inévitable et justifiée

« En raison de cet important écart dans le degré de civilisation, la colonisation européenne de l’Amérique du Nord était inévitable et, si nous acceptons les analyses philosophiques de John Locke et d’Emer de Vattel, justifiée. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

Les peuples autochtones sont incapables de se gouverner

« La souveraineté est une caractéristique de l’État, et les peuples autochtones du Canada n’avaient pas atteint ce niveau d’organisation politique à l’arrivée des Européens. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

« Le gouvernement autochtone croule sous les problèmes causés par sa petite taille, des programmes trop ambitieux et une dépendance envers les paiements de transfert. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

« En réalité, la question du gouvernement autochtone engendre des querelles intestines inutiles et néfastes. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

Les autochtones doivent s’assimiler

« Le Canada s’en sortirait sans doute assez bien si les autochtones arrivaient à échapper aux pathologies sociales qui les empêchent d’atteindre la prospérité et de devenir des citoyens autonomes. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

« La prospérité et l’autonomie dans une économie moderne demandent que l’on veuille s’intégrer à cette économie. Cela suppose, notamment, la volonté de se déplacer là où les emplois et les possibilités d’investissement se trouvent. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

« Les mesures actuelles […] inondent les réserves avec de l’argent, contraignent les gens à y revenir où à y rester et affaiblissent leur désir d’être partie intégrante de la société canadienne. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

Les droits des peuples autochtones et les traités devraient être laissés de côté

« Les traités veulent dire ce qu’ils disent. Leur réinterprétation […] pourrait être couteuse et dommageable pour l’économie de toutes les provinces qui ont signé des traités. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur

« Les récents efforts juridiques visant à redéfinir les droits des peuples autochtones n’ont entraîné que de l’incertitude. Des décisions récentes de la Cour suprême du Canada donnent une définition des titres ancestraux qui n’est d’aucune utilité possible dans une économie moderne. » – Thomas Flanagan, conseiller du parti conservateur
© Parti Libéral du Canada

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UN CHAUFFEUR DE TAXI JÉRÔMIEN ACCUSE DES COLLÈGUES DE RACISME À SON ÉGARD (Canada)

Par Yolande Brasset

Ça brasse à la compagnie Taxi Laurentides de Saint-Jérôme, où un des chauffeurs-propriétaires, d'ori-gine tunisienne, se dit victime de racisme de la part certains collègues. Le principal intéressé dans cette affaire, Sofien Ezzeddine, affirme avoir été séquestré et bousculé, le 4 janvier, au bureau de la compagnie. Une plainte de séquestration a d'ailleurs été déposée à la police municipale, qui a ouvert une enquête.

En juin dernier, M. Ezzeddine a acheté un permis de taxi, devenant ainsi l'un des 44 copropriétaires de la compagnie Taxi Laurentides et le premier d'origine arabe à s'installer à Saint-Jérôme. Tenu de verser chaque mois un montant de 100 $ à l'entreprise (voir autre texte), il était en retard de quelques heures, mercredi dernier. La compagnie a alors décidé de cesser de lui transmettre des appels.
Furieux de cette décision, Sofien Ezzeddine s'est présenté au bureau où une violente altercation est survenue avec le président Christian Pelletier, le vice-président Marcel St-Jean et un directeur, Michel Boisseau. Les relations seraient d'ailleurs particulièrement tendues entre M. Ezzeddine et M. St-Jean.

La dispute aurait duré plus de 45 minutes et M. Ezzeddine affirme avoir été retenu contre son gré et bousculé par Marcel St-Jean. C'est à la suite de cet incident qu'il a porté plainte contre les trois dirigeants de la compagnie de taxi.

Pas tous racistes

Sofien Ezzeddine prétend être victime de racisme parce qu'il est d'origine tunisienne. Il affirme n'avoir jamais été traité de cette façon depuis son arrivée au Québec, il y a 15 ans. «On me traite d'hostie d'importé, on veut m'obliger à partir. Certains me regardent tout croche!», de dire le principal intéressé. Il précise toutefois que ce ne sont pas tous les chauffeurs de taxi jérômiens qui font preuve de racisme à son endroit. Tout au plus une dizaine parmi sa quarantaine de collègues. Quant aux clients qu'il dessert avec son taxi, M. Ezzeddine affirme qu'il ne sent aucune animosité de leur part.
© L'Echo du Nord

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LE CENTRE WIESENTHAL ACCUSE M. CHAVEZ D'ANTISÉMITISME (Venezuela)

De nottre correspondante à Bogota, Marie Delcas

10/01/2006 - Perdue dans le flot de paroles du président vénézuélien, la petite phrase était passée inaperçue. Visitant le 24 décembre 2005 un centre social, Hugo Chavez célèbre "le Christ révolutionnaire, le Christ socialiste", avant de s'en prendre "aux descendants de ceux qui ont crucifié le Christ", devenus "une minorité qui s'est appropriée les richesses du monde".

Quinze jours plus tard, dans une lettre adressée au chef d'Etat, Shimon Samuels, directeur des relations internationales du centre Simon-Wiesenthal, et Sergio Widder, représentant pour l'Amérique latine, basé à Buenos Aires, manifestent leur indignation. "Dans vos paroles convergent deux arguments centraux de l'antisémitisme : l'accusation faite aux juifs d'avoir tué Jésus et l'association des juifs aux richesses", écrivent-ils. Le centre exige une rétractation et des excuses publiques, car "le silence ne pourrait être interprété que comme la réaffirmation d'une pensée antisémite".

Le service de presse de la présidence vénézuélienne se contente de recommander la lecture complète des propos de M. Chavez. La phrase qui inquiète le centre Wiesenthal a été coupée. "Il y a dans le monde de quoi satisfaire les besoins de tout le monde, mais (il y a) des minorités, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, les descendants de ceux-là même qui ont expulsé Bolivar (héros de l'indépendance sud-américaine) d'ici et qui l'ont crucifié à sa manière à Santa Marta en Colombie. Une minorité s'est appropriée des richesses du monde." Hugo Chavez ne craint ni les erreurs de syntaxe ni les amalgames historiques.

20 000 JUIFS

Dans un courrier qui circule sur Internet, le rabbin Arthur Waskow, du centre Shalom de Philadelphie, met en doute l'antisémitisme du président vénézuélien. "Je ne connais personne qui accuse les juifs de s'être battus contre Simon Bolivar", note-t-il. Tout en critiquant la formule "négligente et dangereuse" de M. Chavez, il se dit prêt à croire que celui-ci voulait attaquer les héritiers actuels des empires passés. "Nous n'avons pas besoin d'enrôler de nouveaux antisémites. Ils ne sont que trop nombreux sans que nous recrutions pour leur compte", conclut le rabbin.

Le 9 novembre 2005, David Bachenheimer, secrétaire général de la communauté juive, déclarait à l'un des principaux quotidiens de Caracas, El Nacional, qu'il n'y a pas d'antisémitisme au Venezuela. Il répondait ce faisant au rabbin de Sao Paulo (Brésil), Henry Sobel, qui s'était inquiété devant le président Bush, de la situation des 20 000 juifs du Venezuela.
© Le Monde

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LA COMMUNAUTÉ JUIVE DU VÉNÉZUELA DÉNONCE LA CAMPAGNE SUR 'L’ANTISÉMITISME' DE CHAVEZ

par MARC PERELMAN

13/01/2006 - Les dirigeants de la communauté juive du Venezuela et plusieurs groupes juifs importants aux Etats-Unis accusent le Centre Simon Wiesenthal d’avoir jugé de façon précipitée que le président de gauche du Venezuela, Hugo Chavez, avait tenu des propos antisémites. Des officiels de la principale organisation Juive du Venezuela étaient en train de préparer un courrier cette semaine pour le Centre, afin de protester contre la mauvaise interprétation faite des propos de Chavez et pour dire qu’ils auraient du être consultés avant d’attaquer le président du Venezuela. "Vous avez interféré avec le statut politique, la sécurité et le bien-être de notre communauté. Vous avez agi de votre propre initiative, sans nous consulter, sur des questions que vous ne connaissez pas ou ne comprenez pas," peut-on lire dans une copie de la lettre obtenue par Forward.

D’autres copies de la lettre seront envoyés aussi aux dirigeants du Congrès Mondial Juif et du Comité Juif Américain, entre autres groupes juifs. "Nous croyons que le président ne parlait pas des Juifs et que la communauté juive mondiale doit apprendre à travailler ensemble, "dit Fred Pressner, président de la Confédération des Associations Juives du Venezuela. La confédération est connue par son acronyme espagnol, CAIV. Il ajouta que c’était la troisième fois ces dernières années que le centre Wiesenthal avait publiquement critiqué Chavez sans consulter au préalable la communauté locale. La semaine dernière, le Centre Wiesenthal a écrit à Chavez, pour lui exiger des excuses au sujet de propos négatifs sur les Juifs qu’il aurait tenu au cours d’un discours prononcé la veille de Noël. Le centre a aussi demandé aux gouvernements d’Argentine, du Brésil, du Paraguay et de l’Uruguay de "geler le processus" d’adhésion du Venezuela au Mercosur, un accord commercial régional, si le Président du Venezuela ne présentait pas des excuses publiques. Dans son discours, Chavez [ l’auteur répète ici les propos précis de Chavez - NDT]

Le Comité Juif Américain ainsi que le Congrès Juif Américain ont tous deux confirmé les dires de la communauté Vénézuélienne selon lesquels les commentaires de Chavez ne visaient pas les Juifs. Les trois groupes ont dit que ses propos visaient l’oligarchie blanche qui a dominé la région depuis l’époque coloniale, et soulignent sa référence à Bolivar comme la preuve la plus évidente de ses intentions. Un officiel a souligné que la Théologie de la Libération de l’Amérique latine décrit Jésus comme un socialiste et par conséquence qualifie les élites des milieux d’affaires "d’assassins du Christ."

Sergio Widder, le représentant du Centre Wiesenthal pour l’Amérique latine, a répondu que l’allusion de Chavez aux assassins du Christ et aux richesses était pour le moins ambigu et devait être clarifiée. Il a dit que la décision de critiquer Chavez avait été prise après mure réflexion.

Le gouvernement Vénézuélien n’a pas réagi publiquement, et son ambassade à Washington a décliné tout commentaire. Cependant, de hauts officiels du gouvernement ont rencontré des diplomates israéliens à Caracas cette semaine et ont déclaré que les remarques du président ne présentaient aucun intention ou caractère antisémite, selon Livia Link, chef adjoint de l’Ambassade d’Israél. Elle a refusé d’entrer dans des détails ou de donner le point de vue de l’ambassade et a déclaré qu’il s’agissait d’une affaire interne vénézuélienne.
Des plaintes contre les méthodes un peu rudes des Juifs Américains ont déjà été formulées par des organisations juives d’autres pays, particulièrement en France. En 2003, les juifs de France se sont plaints auprès des groupes américains qui reprochaient au gouvernement français de ne pas réagir assez vigoureusement à des actes d’antisémitisme. De telles frictions illustrent la difficulté à trouver un équilibre entre l’agressivité militante des Américains et la prudence naturelle des communautés juives locales.

Pressner a déclaré que la confédération juive vénézuélienne ne cédait pas aux pressions du gouvernement. Il a donné plusieurs exemples de protestations émises par la confédération pour des remarques antisémites tenues à la radio ou à la télévision ces derniers mois. "Nous n’avons pas peur, mais nous devons être justes," a-t-il dit. Dans le cas du Venezuela, les groupes de juifs américains seraient peut-être en train de répercuter le mécontentement de l’administration Bush devant les propos anti-américains de Chavez. Mais si la politique de Chavez pourrait ne pas convenir aux principaux groupes juifs américains, plusieurs porte-parole ont mis en garde contre une accusation d’antisémitisme sans réel fondement qui risquait de se retourner contre les Juifs. "Pour nous, Chavez ne parlait pas des Juifs," a dit David Twersky, directeur de Conseil sur les Questions Juives (Council on World Jewry) du Congrès de Juifs Américains. "Je ne crois pas que nous devrions brandir le drapeau de la lutte contre l’antisémitisme lorsqu’il n’y a pas de raison pour le faire."

Le centre Wiesenthal a déjà publiquement critiqué Chavez et a demandé son exclusion du Mercosur après qu’il ait comparé le premier ministre espagnol de l’époque, Jose Maria Aznar, à Hitler et une autre fois lorsqu’il a lancé que ses opposants politiques ressemblaient au Juif Errant. Le Centre Wiesenthal n’est pas le seul groupe Juif impliqué au Venezuela. Il y a deux mois, le Rabbin Henri Sobel du Brésil, qui a longtemps été un dirigeant du Congrès Juif Mondial, a accusé, devant les médias, Chavez d’antisémitisme.

Pressner a dit que la CAIV avait envoyé des courriers à Sobel et au centre Wiesenthal en demandant d’être consultés mais n’a pas obtenu de réponse.

M. Widder du centre Wiesenthal a confirmé que le centre prenait ses propres décisions et n’avait pas consulté le CAIV. "Nous ne parlons pas au nom de la communauté Juive sur place," a-t-il dit.

Par contraste, d’autres groupes de juifs américains qui se sont récemment exprimés sur ces derniers événements ont d’abord demandé conseil du CAIV. "Ayant servi dans une communauté juive en Amérique latine qui a toujours encouragé la coopération avec les organisations juives américaines et internationales, je comprend ce besoin qu’ils ont de venir en aide à une communauté," a dit Dina Siegel Vann, directeur de l’Institut des Affaires Latino Américaines de Comité des Juifs Américains et ancien conseiller politique auprès de la direction de la communauté juive mexicaine. "Mais il faut modérer cet élan par le fait que souvent ces organisations n’ont pas une vision complète de ce qui se passe réellement sur le terrain. Et la moindre des politesses serait qu’ils se renseignent auprès de la communauté locale pour demander comment ils pourraient aider."
© Collectif Bellaciao

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FASCISME, RACISME ET FOOTBALL

PAR RICARDO ZUNIGA

11/01/2006 – LE bras droit tendu, dirigé vers un horizon de supporters enragés. La paume de la main ouverte, les doigts joints, en signe de haine parfaitement synchronisé. Le visage dur, aux sourcils froncés, marqué du sceau de la fureur.

La photographie est celle du footballeur italien Paolo Di Cano. L’image, plus parlante encore que les couleurs, est celle du racisme qui corrompt les ciments des stades européens.

Di Canio a été suspendu d’un match et puni d’une amende de 11 977 dollars pour son geste du 12 décembre lors de son remplacement dans une partie de la série A italienne contre le club de Livourne.

Ce n’était pas la première fois que l’avant levait son bras tatoué pour saluer les supporters d’extrême droite de la Lazio. A la suite de sa suspension, Di Canio a déclaré qu’il ne ferait plus le geste, mais il a assuré qu’il ferait appel de la sanction et qu’il défendra son droit à la libre expression.

« Je vais éviter certaines situations mais je ne vais pas hésiter à continuer ma bataille, je suis encore plus décidé », a déclaré le joueur, qui lors d’une interview antérieure avait déclaré que son salut était « fasciste » et non « raciste ».

Evidemment, la ligne qui sépare le fascisme du racisme est très tenue et il est difficile de marcher sans fouler les deux côtés.

Pour ceux qui ne connaissent pas le mot fasciste, un bref rappel : il est employé pour décrire le mouvement italien nationaliste et d’extrême droite fondé par Benito Mussolini.

Mussolini a été un dictateur et un assassin. Il a été aussi le principal allié d’Adolf Hitler durant la deuxième guerre mondiale. Hitler a entrepris l’une des plus atroces campagnes de nettoyage ethnique de l’histoire.

Chacun peut continuer l’histoire et compléter le tableau.

Mais revenons sur le terrain.

Les actions de Di Canio sont loin d’être un incident isolé ou nouveau. Sur les stades d’Angleterre, d’Italie et d’Espagne, entre autres, on entend toutes sortes d’insultes dirigées, pour la plupart, envers des joueurs noirs.

En Espagne il est courant de voir le camerounais Samuel Eto’o, implacable chasseur de buts de Barcelone et l’un des meilleurs buteurs du monde, accueilli avec des cris de singe sur les stades rivaux.

Eto’o habituellement répond avec des buts qui font taire les supporters frustrés et intolérants.

On a critiqué en Espagne Ronaldo, Robinho et Juan Baptista – une partie de l’armada brésilienne (et noire) du Real Madrid – pour fêté leurs buts avec la danse de la cucaracha et l’imitation d’autres animaux. Le prétexte invoqué était qu’ils dénigraient leurs adversaires. Il en ressort que cette fonction est réservée exclusivement pour le public et son comportement rétrograde.

En décembre, la fédération hongroise de football a infligé une amende au club d’Ujpest car ses supporters criaient des insultes antisémites durant un match, et elle a suspendu l’arbitre pour être resté passif.

Et en novembre, le défenseur ivoirien du club italien de Messine, Marc Zoro, a été humilié jusqu’aux larmes par les cris racistes des supporters de Milan lors d’une rencontre de la ligue italienne. Il est curieux que ce soit l’une des grandes idoles de Milan, l’avant brésilien (et noir) Adriano qui ait rappelé les fanatiques à la sagesse.

La FIFA et son président Joseph Blatter ont promis d’agir à ce sujet. Après la punition de Di Canio de la part de la ligue italienne, Blatter a demandé l’examen du dossier du joueur et a suggéré qu’il pourrait être exclu à vie du football.

Il a aussi estimé que les clubs, qui dans leur majorité soutiennent activement ou passivement leurs bandes de voyous, doivent commencer à assumer leurs responsabilités pour ces incidents.

« Nous devons commencer à enlever des points aux équipes. On peut aussi envisager une suspension ou une expulsion », a déclaré Blatter dans des déclarations récentes.

Le cas de Di Canio serait la bonne occasion pour commencer et d’établir un principe clair : le racisme, le fascisme et la haine ne seront plus tolérés du tout sur les terrains de football.

L’ironie est que ceux qui insultent les joueurs noirs, imitant les cris de singe, leur jetant des peaux de banane et insinuant que leurs mères sont des prostituées, sont les mêmes qui applaudissent, encouragent et se répandent en louanges sur n’importe quel joueur à la peau brune de leur équipe quand il perfore les filets adverses.

La couleur de la peau leur parait être alors moins importante que la sensation du but marqué.

La théorie de l’évolution fait descendre l’homme du singe. Des exemples comme Di Canio nous obligent à demander pardon à un ancêtre aussi noble.
© Granma

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LIVRE: "LA LÉGENDE DU SEXE SURDIMENSIONNÉ DES NOIRS" DE SERGE BILÉ

Le journaliste de RFO a récemment publié un livre consacré à cette légende tenace liée à la taille présumée "supérieure" du sexe des hommes noirs. Grioo.com revient sur ce livre et interroge son auteur.
Par Aïda Perichon


11/01/2006 - « La légende du sexe surdimensionné des noirs », paru aux éditions du Serpent à plume est le nouveau texte de Serge Bilé, journaliste ivoirien à RFO et auteur de l’essai à succès « Noirs dans les camps Nazis » (2005). Cet ouvrage se lit comme une suite de faits énonçant et dénonçant les stéréotypes hérités du passé même si parfois, la multiplicité et la richesse des références amenuisent la pertinence des faits et la prise d’informations.

Le livre s’organise autour de faits chronologiques et historiques voulant dans un souci de précision et de vulgarisation informer le lecteur sur l’origine de ce cliché. Dans « le sexe surdimensionné des noirs » Serge Bilé tente de lever une part d’ombre sur les préjugés visant à fixer les Noirs dans une dimension exclusivement sexuelle et invite les lecteurs à revisiter ou à redécouvrir « leurs classiques ». Pour cela, Il est lancé au lecteur une invitation aux voyages : dans le temps, dans des espaces, dans des valeurs culturelles communes.

Le premier voyage, déclencheur de ce préjugé, est le texte de la Bible, texte dans lequel Cham est accusé d’avoir commis la faute, l’irréparable devant et à son père Noé. Cette faute qui l’aurait noirci lui et qui aurait causé la perte de sa descendance, en l’enfermant dans un préjugé sexuel. De cet enfermement sexuel du noir, en découle des mœurs étranges : élaboration de statues sur lesquelles venaient se frotter des femmes, satisfaction de l’appétit sexuel des femmes, études sur la longueurs des pénis en temps de guerre……..

Ce livre est riche en informations, en coups de théâtre ou en inédits, qui permettent de dénoncer les aberrations politiques et humaines de l’homme devant son incapacité à nommer la différence, une différence qui n’est que dérangeante et dangereuse.

L’enfermement de l’image du noir dans une sphère biologique et de performance, par la taille de son sexe, est dénoncé. L’homme noir ne semble alors apparaître que pour son potentiel sexuel ou animal, illustré dans le livre par des documents iconographiques.

Alors si l’homme noir n’est que sexe et puissance génitale, toute acquisition intellectuelle de celui-ci semble être perdue, et c’est sur cette nuance que le texte est intéressant, le préjugé sexuel est le négatif du préjugé de couleur. C’est l’ouverture que nous laisse l’auteur en nous rappelant, l’existence en parallèle de ces préjugés sexuels d’une autre représentativité de l’homme noir au travers de personnages comme Pouchkine. C’est toute la difficulté d’accepter la différence de l’autre, et de se rendre compte que la différence observable n’est que croyances et représentations. Le petit regret de ce texte, vient du sentiment d’avoir été envahi par un flux d’informations qui parfois ont noyé le poisson et enfermé l’homme noir dans ce qui fait de lui un stéréotype, le voile n’est pas complètement lever…. Lisez ce texte sans être prisonnier de l’Histoire et sans vouloir fixer l’homme noir sur une étiquette. Ce qui n’empêche pas que la lecture de ce livre soit complétée par le texte de Frantz Fanon qui propose une dimension globale et identitaire de l’homme noir dans sa totalité « Peau noire, masques blancs ».

Quelques questions à Serge Bilé

C'est votre deuxième livre cette année, dans le premier vous faisiez état de la présence de "noirs dans les camps nazis" et y dénonciez une mauvaise information historique, dans celui-ci vous démonté un préjugé sexuel, alors qu'est-ce qui fait que vous écrivez sur ces problématiques ?

Ce travail est dans la continuité du précédent. Ce qui m’intéresse, c’est la face cachée du monde noir. Tout ce qui s’y rapporte a été bâti sur des préjugés, et le préjugé sexuel est bien sûr essentiel, car c’est la base même du racisme. Il fonde la relation des Blancs aux Noirs et des Noirs avec eux-mêmes. Il faut donc revenir à la source, au passé, pour comprendre les ressorts de ce racisme afin de mieux le combattre. Ce préjugé sexuel n’est ni plus ni moins que le frère jumeau du préjugé de couleur. C’est l’idée, développée, à partir surtout de l’esclavage, que les Noirs ne sont pas des hommes et qu’ils ne sont guidés que par leurs bas instincts. Tout part de la fameuse malédiction de Cham. La version officielle raconte que le fils de Noé a été maudit parce qu’il avait vu son père nu. Mais pour les premiers théologiens, Cham a, en réalité, fait pire que ça. Il a, selon eux, carrément violé et châtré son père. Ses descendants, c'est-à-dire les Noirs, ont été, du coup, considérés comme des monstres sexuels, et condamnés, non seulement à être esclaves, mais aussi à porter un pénis « ignominieusement » long. C’était écrit ! A partir de là, on a affirmé, siècle après siècle, que les Noirs avaient un sexe à la place du cerveau. Un sexe naturellement démesuré ! Ça a pourri la vie de beaucoup d’entre eux, comme Alexandre Dumas, le Chevalier de Saint-Georges, ou Pouchkine, dont l’aïeul était africain.

Lors de vos recherches de sources ou d'exploitation de vos sources, y a-t-il un fait qui vous a le plus marqué ?

J’ai été surtout surpris de découvrir la dimension asiatique de l’esclavage que je connaissais peu. Très peu de gens savent que les Chinois, par exemple, possédaient, eux aussi, au 12ème siècle, des esclaves africains que leur fournissaient les marchands arabes ou qu’ils allaient acheter sur place, à Mogadiscio notamment. Ces Chinois avaient, comme les Européens et les Arabes également, un profond mépris pour les Noirs qu’ils accusaient de bestialité sexuelle.

Vos sources que l'on retrouve à la fin de l'ouvrage sont très riches, laquelle conseilleriez-vous avant la lecture de votre texte et après la lecture de celui-ci ?

Je conseille au lecteur toutes les sources qui se rapportent à la Mauresse de Moret. C’est une histoire extraordinaire. La Mauresse est une religieuse noire qui a passé toute sa vie cloîtrée au couvent de Moret-sur-Loing à une soixantaine de kilomètres de Paris. Elle est née à la Cour de Louis XIV. Certains ont, à l’époque, affirmé qu’elle était la fille du roi qu’il a eue avec une domestique africaine. D’autres ont avancé qu’elle était l’enfant de la reine Marie-Thérèse qu’elle a eue avec un esclave dahoméen qui se prénommait Nabo. C’était un nain. Je partage plutôt cette deuxième version. Ce qui est certain, c’est que cette religieuse noire était véritaErreur ! Référence de lien hypertexte non valide.blement choyée dans ce couvent. Les membres de la famille royale venaient la voir régulièrement. Un jour, l’une de ses demi-sœurs, une fille donc du roi et de la reine, qui devait se marier, a fait retarder la cérémonie et attendre ses invités, tout simplement parce qu’elle voulait, auparavant, s’entretenir avec la Mauresse. Elle a, du coup, exigé que le carrosse fasse un détour par le couvent. C’est dire l’importance qu’avait cette religieuse. Je publie dans ce livre un portrait de cette femme réalisé à l’époque. C’est un tableau que j’ai retrouvé à la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris. Ce qui est étonnant dans toute cette histoire, c’est qu’en ce temps là, les Noirs étaient plutôt mal vus en France. Ils étaient tenus pour débauchés. Ils représentaient le diable et la fornication. Eh bien, malgré ça, les femmes de la haute bourgeoisie aimaient leur compagnie, pour ne pas dire plus.

Au vue de l'actualité politique et pédagogique, s'il y a un prochain livre, sera t-il dans la même verve que les précédents à savoir parler des préjugés, démonter les stéréotypes ....... ?

Je prépare un livre sur l’esclavage qui sera plutôt différent de ce qui a été écrit jusqu’ici mais je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant.
© Grioo

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