ACTUALITÉ - Archives Mai 2006

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Les titres de l'actualité du 26 Mai, 2006

LE PS S'OUVRE DANS LA DOULEUR AUX MINORITÉS (France)

La direction socialiste a examiné, hier, les circonscriptions réservées aux candidats issus de l'immigration. Par Nicolas Barotte

24/05/2006 - AU PS, on ne parle plus de «minorités visibles» mais de «diversité et renouvellement». Après avoir réservé la moitié des circonscriptions à des femmes aux prochaines élections législatives, le bureau national du PS a examiné hier le cas des candidats issus de l'immigration. «Il s'agit pour nous de mettre nos actes en accord avec nos engagements. Nous voulons montrer que nous sommes sincères dans le combat contre les discriminations, que ce n'est pas une posture», a déclaré le premier secrétaire, François Hollande.

Critiques fabiusiennes
Au terme des dernières réunions de la commission électorale, hier toute la journée, le PS a décidé de «geler» 42 circonscriptions dans 36 départements (hors Bretagne, qui n'a pas été examinée) : dans celles-ci, il n'y aura pas, pour l'instant, de vote des militants pour désigner le candidat aux élections législatives, comme le prévoient les statuts du PS. Il reviendra à la direction du parti de choisir le candidat, au nom du volontarisme. Une vingtaine de ces circonscriptions étaient détenues par la gauche entre 1997 et 2002.

Les prétendants, des personnalités éventuellement «parachutées», ne sont pas encore officiellement connus. Les partisans de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn ont demandé hier soir, en bureau national, que les adhérents soient néanmoins consultés in fine. La liste complète des candidats socialistes aux législatives sera dévoilée le 1er juillet.

Sur ces 42 circonscriptions, rien n'indique combien seront finalement accordées à des candidats issus de l'immigration. Six ou sept seront en effet laissées aux partenaires du PS : les Verts et les radicaux. Huit d'entre elles sont gelées parce qu'aucun candidat, quel qu'il soit, ne s'était encore déclaré localement. Dans neuf circonscriptions, qui étaient réservées pour la parité, aucune femme ne s'est présentée.

Les fabiusiens ont aussi accusé la direction de geler huit circonscriptions pour «convenance personnelle». Ils pensent notamment à la 21e de Paris, où le député sortant, Michel Charzat, comptait laisser sa place à Sophia Chikirou, une jeune femme issue de l'immigration... Durant le bureau national, Laurence Rossignol a mis en garde contre des «réservations punitives». Le député de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone, bras droit de Laurent Fabius, s'est inquiété de manoeuvres visant à «desservir tel ou tel candidat».

Au sein de la direction, on reconnaît dans ces propos la propension des fabiusiens à se présenter en victimes. Mais le secrétaire national aux élections, Bruno Le Roux, préfère mettre en avant des situations locales, qui justifieraient, par souci d'apaisement, de suspendre les discussions d'investiture.

Des contacts engagés avec Basile Boli
Les candidats potentiels issus de la «diversité» sont déjà sur la ligne de départ. Des contacts ont été engagés avec le footballeur Basile Boli pour qu'il soit candidat à Auxerre. Il est question que l'ancien président de SOS-Racisme, Malek Boutih, puisse être candidat en Charente. La secrétaire nationale adjointe aux sports, Safia Otokoré, pourrait se présenter dans les Yvelines. Elle est pourtant militante à Auxerre. Pour Fayçal Douhane, membre du conseil national et proche de Fabius, le critère pour sélectionner les candidats issus de l'immigration doit rester «l'expérience de terrain».

Mais la diversité ne se limite pas aux candidats imposés dans des circonscriptions réservées. Ainsi le député du Nord, Jean Le Garrec, a annoncé hier qu'il souhaitait être en 2007 le suppléant de Marie Simati, une jeune femme de 38 ans d'origine comorienne. «Je me suis toujours beaucoup occupé d'immigration. François Mitterrand m'avait chargé, en 1978, de contribuer à cette partie de son projet, rappelle l'ancien ministre Je crois que le problème de la représentation de la diversité est une clé fondamentale en politique.»
© Le Figaro

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LA RECONSTITUTION DU MEURTRE DE CHAÏB ZEHAF (France)

La reconstitution du meurtre de Chaïb Zehaf à Oullins montre "un crime sans mobile", selon l'avocat de la famille

24/05/2006 - La reconstitution du meurtre de Chaïb Zehaf, 42 ans, organisée mardi soir, a permis de révéler que le crime, commis le 4 mars à la sortie d'un bar à Oullins (Rhône) par un homme ivre de 38 ans, était "le plus sauvage qu'il soit" et sans "aucun mobile", a estimé mercredi Me François Saint-Pierre, l'un des avocats de la famille.

"Le meurtrier présumé a confirmé, tout comme ses deux acolytes, qu'aucune altercation n'avait éclaté dans le bar avant le crime. En sortant, il est à 15 mètres de Chaïb Zehaf. Il se sent menacé et tire comme un fou. L'un des coups, le "coup de grâce", a été porté à bout portant", selon Me Saint-Pierre. "Qu'est-ce qui a poussé le meurtrier présumé à tirer? La question de la différence de l'autre, du racisme se pose forcément", a-t-il ajouté.

Après cette reconstitution, survenue deux mois après les faits, les médecins légistes et les experts en balistique vont rendre un nouveau rapport au juge d'instruction chargé de l'affaire. Une expertise psychiatrique du meurtrier présumé est également attendue.
Après l'audition de plusieurs témoins de la scène, le procureur de la République de Lyon, Xavier Richaud, n'avait pas retenu la circonstance aggravante de crime raciste à l'encontre du meurtrier présumé, mis en examen puis écroué pour homicide volontaire.
Mais quelques jours après, un témoin avait déclaré à la presse avoir entendu le meurtrier présumé proférer des injures racistes avant d'abattre Chaïb Zehaf de trois balles. La police avait procédé à une nouvelle audition.

Lors d'une perquisition chez le meurtrier présumé, la police avait retrouvé deux baïonnettes, leurs fourreaux métalliques et un étui marqué de la croix gammée.
© Le Nouvel Observateur

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'L'IMMIGRATION CHOISIE' CIBLE DES ENFANTS SCOLARISÉS (France)

24/05/2005 - Les autorités françaises menacent d'expulser des élèves étrangers clandestins à la fin de l'année scolaire, mais des parents, des professeurs et des militants de gauche se mobilisent et dénoncent une "chasse à l'enfant" qui pourrait concerner des milliers de jeunes. Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, dont la politique de l'immigration est soutenue par près des 3/4 des Français, selon les sondages, a accordé à ces jeunes et leurs proches - dont le nombre n'est pas officiellement évalué - un sursis jusqu'au 30 juin.

25.000 expulsions
Mais après cette date, les préfectures exécuteront les nombreux arrêtés de reconduite à la frontière édictés ces derniers mois. "La France va devenir un étrange pays: des milliers d'enfants vont devoir entrer dans la clandestinité (...). Les vacances pour les uns, la traque et la peur pour les autres", écrit le quotidien Libération (gauche). L'objectif assigné par M. Sarkozy, qui vient de faire voter une loi défendant une immigration "choisie", c'est 25.000 expulsions en 2006, contre environ 20.000 en 2005 et 15.000 en 2004. La France compte entre 200.000 et 400.000 clandestins, selon les estimations.

5 ans de prison
"Au moins 10.000 jeunes" scolarisés sont menacés, affirme le Réseau Education sans frontières (RESF), engagé pour la régularisation de ces jeunes et de leurs familles. Dans une pétition lancée fin avril, RESF a appelé à combattre "la chasse à l'enfant", invitant à "parrainer, protéger et même héberger" ces jeunes clandestins scolarisés et les leurs, quitte à enfreindre la loi, et être passible de jusqu'à 5 ans de prison et 30.000 euros d'amende.

Jeunes cachés
Le texte a déjà recueilli plus de 27.000 signatures, dont celles de personnalités politiques et culturelles comme l'ex-ministre Jack Lang, l'altermondialiste José Bové, le sociologue Edgar Morin, le chanteur Mano Solo, ou le comédien Michel Piccoli. "S'ils nous demandent asile, nous ne leur fermerons pas notre porte (...) Nous ne les dénoncerons pas à la police", promettent les signataires. Et autour de certains établissements scolaires, cette mobilisation s'organise. De Lyon (centre-est) à Nantes (ouest) en passant par Toulouse (sud-ouest), des professeurs et des parents mais aussi des lycéens cachent déjà des jeunes et leurs proches.

Pas d'identification
Les membres de RESF s'indignent qu'on veuille déraciner des enfants souvent bien intégrés, foulant selon eux aux pieds les principes de la République. Car pour inscrire un enfant à l'école en France, aucun papier n'est requis. La mairie socialiste de Paris a invité "l'ensemble des acteurs de la vie scolaire" à refuser d'identifier des élèves en situation
irrégulière. "Imaginer un élève menotté en rétention et embarqué dans un avion pour retourner dans un pays de misère est proprement révoltant" dit Richard Moyon, enseignant et animateur de RESF.

Filiale d'immigration
Le réseau invoque aussi la Convention internationale des droits de l'enfant, selon laquelle aucun enfant ne doit être séparé de ses parents sauf si son intérêt l'exige. Mais "si j'accepte que des gens qui ont des enfants scolarisés restent en France, je crée une filière supplémentaire" d'immigration, rétorque M. Sarkozy. Selon lui, la lutte contre les clandestins est une nécessité et l'inaction en ce domaine favorise la montée du "racisme" et de la "xénophobie".
© 7 sur 7

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UN HUISSIER INTERVIENT À L'OPAC D'ORLÉANS (France)

L'office HLM refuse d'accorder un logement en cas de regroupement familial. Par Mourad GUICHARD

24/05/2006 - Depuis plus de trois ans, l'office public de HLM d'Orléans (l'OPAC), refuse, par écrit, de donner suite à «toute de demande de logement motivée par un regroupement familial». Elle invite explicitement les demandeurs à se tourner vers les «autres bailleurs sociaux de l'agglomération». Le 19 avril, à la demande de SOS Racisme, le président du tribunal d'Orléans a ordonné «aux fins de conservation de preuves» qu'un huissier se rende à l'OPAC pour constater les faits. Ce dernier s'est présenté hier après-midi au siège de l'office, l'ordonnance du juge en main. «Ils ont tout fait pour nous interdire d'exercer ce droit», explique Samuel Thomas, responsable des questions juridiques à SOS Racisme. «Pour des gens qui n'ont soi-disant rien à se reprocher, je trouve cela étrange.»

Discrimination
Les cadres de l'office présents, «surpris par la méthode», ont défendu leur politique sociale : «un tiers de nos locataires sont d'origine étrangère», a rappelé l'un d'eux. Pour autant, les courriers expédiés aux demandeurs «d'origine étrangère» sont clairs. Leur contenu constitue, selon Gaëlle Duplantier, avocate orléanaise de l'une des victimes, «une négation du droit». «Par cette mesure arbitraire, ils ferment la porte du logement social aux potentiels bénéficiaires du regroupement familial. Donc, à des personnes étrangères, de fait.»

Une discrimination qui ne s'arrête pas là, selon Samuel Thomas : «La commission nationale informatique et libertés interdit toute mention de la validité d'un titre de séjour. Pourtant, celle-ci figure sur les fiches des demandeurs de logement.» Dans un courrier du 7 mars, Michel Ricoud, président départemental de la confédération nationale du logement, interpellait Olivier Carré, président de l'office, lui demandant de revenir sur cette disposition. En vain.

Pour Samuel Thomas, ces pratiques sont «monnaie courante» dans la plupart des offices HLM. Mais à Orléans, «le refus d'accueillir de nouveaux étrangers» est caractérisé. S'il arrive à obtenir le listing des demandeurs, ce à quoi l'office s'est pour l'instant opposé malgré la décision de justice, SOS Racisme promet de poursuivre l'OPAC en justice.
© Libération

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LES INTELLOS DU RAP (France)

Enfants du hip-hop et de Derrida. Par Elsa Vigoureux

24/05/2006 - Ils laissent à d'autres les clichés vulgaires du rap commercial : potiches dévêtues, belles bagnoles et gros flingues... Eux préfèrent jouer avec les mots pour parler politique ou philo. Enquête sur une tendance ignorée du hip-hop français : le rap « option cerveau »

Extinction des lumières, silence dans la salle. Les premières images du clip d'Abd Al Malik défilent sur grand écran. On voit des jeunes qui fument des joints, d'autres qui roulent sans casque sur leurs motos, des regroupements qui font peur dans les cages d'escalier. Clichés de cité. Sauf que la projection n'a pas lieu dans une maison de quartier, mais dans un grand amphithéâtre, au siège de France Télévisions. Pour mieux comprendre les problèmes des banlieues, le groupe d'audiovisuel public a organisé ce jour-là un séminaire avec des spécialistes, sociologues, écrivains, représentants d'associations. Et parmi eux, lui : Abd Al Malik, 30 ans (1).

Il a tout du fameux « jeune-issu-de-l'immigration-qui-vient-des-quartiers-et-fait-du-rap ». Parents congolais, enfance dans le quartier qui détient le record de France du plus grand nombre de voitures brûlées, le Neuhoff à Strasbourg. Il peut parler de ses amis morts d'overdose, pas un ni deux, plutôt une vingtaine. A partir de 11 ans, il vole, il deale, il prie pour ne pas finir au poste de police. Et bascule même dans l'extrémisme musulman, confond spiritualité et idéologie. Mais le cliché s'arrête là. Car le rappeur raconte aussi ces « Paroles » de Prévert, enfouies dans les poches de ses jeans d'adolescent, les Marcel Aymé, Théophile Gautier et Victor Hugo qui lui ont offert un ailleurs et des possibles. Aujourd'hui licencié de philosophie, il cite Jacques Derrida ou Gilles Deleuze pour la déconstruction du discours, convoque Sartre et Camus pour dire sa conception du rap : le devoir de transcender le réel sans jamais l'abuser.

Un rappeur intello ? «Plutôt un pur républicain, démocrate, laïque, noir, musulman et alsacien», qui défend «le consensus, parce que ce n'est pas un gros mot». Pas franchement ce qu'on a l'habitude d'entendre sur Skyrock, première radio du rap commercial. Abd Al Malik n'a pas le profil qui vend bien, il ne porte pas de chaînes en or qui brille, il ne roule pas en Mercedes, il n'éructe pas que la France est une « s... » (bip) qu'il faut « b... » (bip), il ne brandit pas de gun, il ne fait pas de publicité à Nicolas S. Il est sage comme son consensus. Et incarne, avec d'autres, une tendance de plus en plus forte dans le monde du hip-hop : le rap « option cerveau », le vrai si l'on s'en tient à la fonction cathartique des origines.

A peine diffusés à la radio, jamais à la télé, les rappeurs engagés font encore tache dans les médias. «On nous a fait croire qu'on était des merdes et à force on y a cru. Le stéréotype a pris le dessus», se désolait déjà le Marseillais Akhénaton en 1997 dans son album, « Métèque et Mat ». Et pourtant. Les intellos du rap ont des choses à dire. Aujourd'hui, plus que jamais, après les émeutes de novembre. Ils revendiquent leur citoyenneté, proposent un discours, fourbissent leurs arguments et ont acquis une véritable autorité intellectuelle auprès d'un public fidèle. Comme le groupe La Rumeur (2), qui a vendu 50 000 disques après avoir réalisé la plus grosse tournée du rap français en 2005 ; Rocé (3), qui vient d'écouler 20 000 exemplaires de son premier album, sans promo ni publicité. Ou encore Axiom (4), qui comptabilise 2,2 millions de visites sur son site depuis octobre, qui innove, n'édite pas de CD, mais offre un « netstreetalbum » à télécharger gratuitement.

C'est le paradoxe et la chance du rap français : le fourvoiement des uns dans les clichés du folklore commercial a favorisé la résistance, et donné plus à dire aux autres. Les membres de La Rumeur se disent «puristes». Ce ne sont pas des enragés, mais des trentenaires déterminés. Il y a Philippe, 32 ans, bac+2. Ecoué, 31 ans, maîtrise de sciences politiques. Et Hamé, 30 ans, en DEA de cinéma et sociologie des médias à la Sorbonne. Ce sont des militants qui ne veulent pas abrutir les foules, mais éveiller les consciences. Leurs sorties, parfois radicales, leur ont déjà valu plusieurs plaintes en diffamation. Mais jamais de condamnation. Devant les tribunaux, ils assument leurs propos. Et tant pis si la maison de disques se désolidarise. Ils veulent rompre avec «un rap vidé de son essence», et dénoncent «une période tiède où la première tête qui dépasse est coupée en huit, comme s'il fallait se soumettre absolument à la pensée dominante». Les rappeurs de La Rumeur veulent sortir de la caricature qui propose «soit Dieudonné, soit Finkielkraut», et imposer à travers leurs textes le drame de l'Afrique, la question de ses «souverainetés bradées pour servir les intérêts du Quai-d'Or-say». Ils insistent : «Le problème de l'Afrique est celui de la France: le 17 octobre 1961, la révolte des quartiers populaires, le Rwanda, c'est le problème de la France. Parce que nous sommes français, nous, enfants d'immigrés.»

Pour Casey (5), proche de La Rumeur, le «rap est intelligent quand il devient un média», une manière de faire du reportage, à l'inverse de «l'autre rap, avec ce fantasme du super-héros qui tue tout le monde, qui attrape toutes les meufs et qui terrorise les vieux». Jeune trentenaire, elle ne fabrique pas du rap «bonbon à la menthe pour faire peur aux mouches», mais raconte dans ses chansons sa condition de Noire, et cette précarité qui l'accompagne. Casey a grandi à une époque où le hip-hop naissait à peine en France, elle a regardé « Champs-Elysées » le samedi soir et connaît les chansons de Dalida. «Ce qui n'est pas le cas des ados aujourd'hui, qui sont nés avec le rap, et n'écoutent rien d'autre.» Elle se sent responsable devant les générations de demain, et dénonce les stations de radio qui «bamboulaïsent les jeunes, invitent des ados de 13 ans à gagner des voyages à Amsterdam, comme s'ils ne fumaient déjà pas assez de shit, comme s'ils n'avaient pas assez de casseroles au cul comme ça !»

D'où la nécessité d'échapper au «danger de ne se trouver qu'à meugler ou à chialer / A se voir en monstre ou bien en victime», chante Rocé, rappeur trentenaire du Val-de-Marne. Il a les yeux vert liquide, pas de regard de tueur, zéro gros mot dans la bouche, juste des soupirs où il couche ses rebuts de colère. Rocé est un monde à lui tout seul. Son père, juif d'origine russe, a la nationalité argentine. Il a résisté en France, puis intégré les rangs FLN, où il a rencontré sa femme, algérienne, noire et musulmane. Rocé, lui, a poussé sur le bitume de Thiais. Dès 12 ans, hip-hop pour le sport après le goûter. Et Léo Ferré ou la chanteuse Colette Magny pour le plaisir des mots. Fac de philo ensuite, et toujours le rap. A 29 ans, Rocé a bien une «tête de métèque», qui refuse de finir «en code-barres», à force d'assimilation («de la mutilation»). Il cite Nina Simone pour expliquer sa démarche : «Je fais de la musique des droits civiques.» Pas le genre à déshabiller les femmes à longueur de texte, ni à insulter le premier qui passe. Il dit : «Il n'y a pas plus conservateurs que ces rappeurs qui prônent des valeurs sexistes, consuméristes, se vautrent dans le confort victimaire, qui finalement ont absolument intégré le discours dominant.» Lui écrit avec Djohar, 24 ans, licenciée en droit français et anglo-américain, étudiante en DEA de philosophie. « Identité en crescendo », leur album manifeste, est inspiré de penseurs comme l'écrivain et militant martiniquais Frantz Fanon, l'intellectuel palestinien Edward Saïd, ou Spinoza, et clamées sur des musiques free-jazz, celles des luttes.

«Et si je brise les chaînes invisibles des identités hybrides, / La complexité sera ma résistance, mon fond de commerce. / Cela fera de moi un mauvais commercial, mais un homme libre.» Pour Djohar et Rocé, il n'y a qu'un civisme qui vaille : toujours s'interroger.
C'est le sens de ce rap-là. Pas de nihilisme, mais aller au-delà des cris. Démonter les discours creux, les mots qui font mal. Le Ministère des Affaires populaires (MAP) s'y emploie avec un accordéon guinguette et un violon oriental. Des Chtis troubadours, enfants de Roubaix, petits-enfants de l'Algérie. HK a 29 ans et une licence de mathématiques. Dias, lui, a 30 ans, pas de diplôme, plutôt une maîtrise de la vie avec l'échec de la gauche pour formation : «J'ai été un bel instrument de la mise sous tutelle d'une catégorie de la population par le PS, raconte-t-il. J'étais un petit bout d'antalgique, distribué sous forme d'emploi-jeunes.» Le MAP (6) fait des ateliers d'écriture, travaille en prison, soutient les sans-papiers, se sent plutôt proche des Motivés toulousains ou de « www.unerepubliquepointbarre ». Ils sentent le bouillon des ambitions citoyennes qui monte et ne demande qu'à prendre sens. Ils ont un projet, celui de l'alternative, et des titres qui vont avec, comme « Elle est belle la France », «royaume de la manipulation et du silence, / Ça te parle de mixité, de mélange, d'échange et de différence, / De tolérance, laïcité pour se donner bonne conscience». Ils citent Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy et Sarkozy pour dire combien la France recule : «Nous sommes dans un rapport de force entre ces élites qui sont encore en noir et blanc, et nous, jeunesse française, métisse et laïque, qui sommes passés à la couleur.»
Un jeunesse qui réclame son dû, c'est-à-dire une République à la hauteur de ses valeurs. Ça s'écrit en rap et ça s'appelle « Ma lettre au Président ». Axiom, ami berbéro-chti des MAP, l'a postée le postée le 27 novembre 2005, sous format MP3. Une première dans le hip-hop français, se permettre de rapper sur « la Marseillaise », sans outrage au drapeau, ni l'ombre d'un propos potentiellement diffamatoire envers le président. Ça donne : «J'accuse trente ans de racisme et d'ignorance, / La répression sans prévention en France. / [...] La discrimination à l'embauche, à l'emploi cela va sans dire / Provoque la fuite des cerveaux, laisse une jeunesse sans avenir. / Est-ce un hasard si votre ministre séduit l'extrême-droite...» Il a 30 ans, des études de socio dans le crâne, «une sensibilité humaniste», un peu comme s'il était de gauche, quoi. Sauf qu'il ne croit pas à l'intégration sociale, mais «à la seule qui vaille, celle par l'économie». Lecteur de Marx et de Victor Hugo à la fois, il cite Pierre Bourdieu pour référence. Le refus pour le refus le dérange ; il pense qu'il «n'y a pas l'Etat, là; le peuple, ici. Mais des nuances partout, et des propositions à faire». Axiom souhaite une VIe République, il dit que «la Ve est morte, et nous plonge dans une absence de réactivité dangereuse». Jacques Chirac lui a répondu par courrier postal le 16 décembre dernier : «Dans notre pays, tous les citoyens sont filles et fils de la République [...], tous ont leur place dans la société, à condition d'accepter les principes et d'en respecter les règles.» En tout cas, comme le dit le célèbre adage hip-hopien : quand le rap fait du bruit, c'est qu'il y a en France une petite odeur de roussi.

(1) Abd Al Malik, « Gibraltar », Atmosphériques ; www.abdalmalik.fr.
(2) La Rumeur, « Regain de tension », EMI Music ; www.larumeur-records.com.
(3) Rocé, « Identité en crescendo », Universal Music Jazz. Et le 6 juin au Nouveau Casino, à Paris.
(4) Axiom ; www.axiomfirst.com.
(5) Casey, « Ennemi de l'ordre », Anlfalsh/Dooeen Damage.
(6) MAP, « Debout là d'dans ! », Pias ; www.map-site.fr
© Le Nouvel Observateur

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'L'IMPUNITÉ' DE LA POLICE DÉNONCÉE (France)

24/05/2006 - Le rapport 2006 d'Amnesty International pointe la persistance de brutalités policières impunies en France, les mesures de lutte contre le terrorisme, jugées "liberticides", et les atteintes au droit d'asile.

L'organisation de défense des droits de l'homme assure notamment que "les mauvais traitements et les homicides racistes imputables à la police depuis dix ans ne sont pas des cas isolés".

Amnesty se base notamment sur une étude publiée en avril 2005 et portant sur les dix dernières années : sur 30 cas analysés, 18 sont des procès qui n'ont pas abouti ou ont donné lieu à des peines purement formelles.

Racisme policier
L'association précise que "le racisme des policiers et d'autres agents de l'Etat vise les personnes de confession musulmane ou issues d'une minorité ethnique".

"C'est justement parce que le travail de la police est indispensable qu'il doit s'effectuer sans bavure, sans discrimination et sans démarche raciste", s'est justifiée Geneviève Sévrin, la présidente d'Amnesty France.

L'association note que l'état d'urgence décrété lors des émeutes de novembre et datant de la guerre d'Algérie a "créé un terrain favorable pour des risques de violences policières".
© Metro

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LA LEPÉNISATION DES ESPRITS (France)

Eléments pour une grille d’analyse du racisme en France. par Sylvie Tissot et Pierre Tevanian

22/05/2006 - La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour à l’élection présidentielle en 2002, l’existence d’une profonde discrimination selon l’origine réelle ou supposée, les profanations de lieux religieux (synagogues, mosquées, cimetières) : tous ces phénomènes et bien d’autres témoignent de la persistance d’un profond racisme en France. Depuis longtemps, philosophes, historiens, sociologues, mais aussi militants anti-racistes se sont efforcés d’expliquer ce phénomène, et en 2002 une explication semble s’être s’imposée : le racisme se nourrit des effets de la crise économique - chômage, précarité, détérioration des liens sociaux et des conditions de vie dans les quartiers populaires. Une explication insuffisante, voire pernicieuse, que le concept de "lepénisation" permet de contester.

Cette explication, que semble étayer le fort taux de vote pour le candidat du Front national parmi les ouvriers, présente un intérêt certain : plutôt que de renvoyer à des processus psychologiques, voire à une nature humaine invariablement méfiante par rapport à l’étranger, elle souligne l’impact de processus sociaux et économiques. Le racisme est ainsi appréhendé comme une production sociale. Pourtant, en le ramenant à un simple comportement de protestation, ce schéma ne prend pas en compte les opinions racistes comme des phénomènes autonomes, non réductibles à l’expression d’une colère sociale. Il tend également à passer sous silence les conséquences concrètes du racisme pour les populations qui le subissent. Enfin, il repose sur un certain nombre de présupposés qu’Annie Collovald s’est récemment attachée à réfuter.

Dans ce livre important, Le « populisme du FN », un dangereux contresens, l’auteure montre, à l’aide de données électorales précises, le caractère erroné des analyses qui voient dans les classes populaires les principaux soutiens du Front national. Intégrer l’abstention et la non inscription sur les listes électorales, beaucoup plus importantes chez les classes populaires, permet de donner une plus juste mesure du pourcentage d’électeurs FN au sein de cette population. Les commerçants et professions indépendantes apparaissent alors comme les premiers soutiens du parti d’extrême droite. Dans son livre, Annie Collovald retrace la genèse de ce sens devenu commun chez les spécialistes du commentaire politique, et surtout, elle invite à s’interroger sur ses effets sociaux. Avec cette analyse, en effet, s’impose « la figure fantasmatique d’un peuple menaçant pour la stabilité de la démocratie », « délégitimant tous ceux pour qui le “peuple“ est une cause à défendre au profit de la légitimation de ceux qui pour qui le “peuple“ est un problème à résoudre » [1]. Le peuple porterait ainsi une responsabilité, compréhensible mais écrasante, dans la persistance du racisme en France.

Centrant l’explication de la crise de la démocratie et de la représentation politique sur les classes populaires, cette analyse a aussi pour effet d’exonérer les élites politiques et médiatiques de toute responsabilité. Or c’est précisément le rôle joué par la classe politique et les médias dans la montée du Front national que nous voudrions souligner, ouvrant ainsi à une autre approche du racisme. Le racisme, comme nous avons voulu l’expliquer dans notre Dictionnaire de la lepénisation des esprits [2], n’est pas, ou pas spécialement, une caractéristique de la « France d’en bas » ; il est même, à beaucoup d’égards, une production de la « France d’en haut », et le résultat de la réappropriation dans ses discours de grilles d’analyse, d’arguments, de schémas de pensée d’extrême droite. À quelle réalité renvoie ce que le ministre socialiste Robert Badinter avait, le premier, qualifié de « lepénisation des esprits » ? Quelle forme a t-elle prise et jusqu’où s’est-elle étendue ?

Cette histoire n’est pas linéaire, mais deux épisodes marquants s’en dégagent : la politisation, à partir de la fin des années 1980, de la question de l’immigration et la focalisation des débats politiques autour du « problème de l’immigration » ; la montée en force, dans la seconde moitié des années 1990, des discours sécuritaires centrés sur les jeunes des classes populaires.

Le "problème de l’immigration"
Longtemps confinée au sein de l’administration [3], la question de l’immigration a fait l’objet, à partir de la fin des années 1970, d’une politisation croissante. Investie par les associations, les médias, la classe politique, elle est devenue un des objets de clivages politiques et de débats publics. Mais, loin d’être posée de façon « neutre », cette question a été problématisée d’une certaine manière. Alors que les mouvements et les associations de gauche et d’extrême gauche engagés dans cette cause voyaient leur influence décliner, l’analyse a été recadrée à la fin des années 1980 sur les problèmes que poseraient les immigrés (et non plus ceux qu’ils subissent), que ce soit à la France, à la situation de l’emploi, aux déficits publics ou encore au niveau de délinquance [4].

Outre les médias, cette évolution doit beaucoup à un certain nombre de déclarations politiques prenant pour cible les immigrés. Si des personnalités de gauche (comme le Président François Mitterrand ou le Premier Ministre Michel Rocard [5]) ont pu participer à la désignation des immigrés comme menace, la lepénisation des esprits est d’abord le fait de la droite. Jusqu’au début des années 1990, le Parti socialiste cherche à éviter la question de l’immigration, ou alors met l’accent sur le premier volet du diptyque sur lequel va reposer la politique d’immigration en France, quels que soient les gouvernements successifs : l’« intégration » des immigrés ayant vocation à rester sur le territoire français et l’éloignement des irréguliers. Au Parti communiste, les amalgames entretenus entre drogue, délinquance et immigration sont régulièrement repris par certains maires (notamment ceux de Vitry et de Montigny-lès-Cormeilles). La direction nationale, qui initialement leur apporte son soutien, évolue toutefois, à partir de la fin des années 1980, vers d’autres positions sur la question de l’immigration, soulignant la négation des droits de l’homme et l’exploitation économique des sans papiers.

C’est donc avant tout à droite, et depuis la décision de fermer les frontières en 1974, que se développent les discours les plus répressifs à l’encontre de l’immigration, d’abord en vue d’encourager les retours d’immigrés installés en France, ensuite, devant l’échec de cette politique, pour lutter contre les arrivées régulières et irrégulières. En 1986, le ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, s’illustre en procédant à l’expulsion collective de « 101 Maliens ». Des pratiques et un discours répressifs s’imposent, toujours plus médiatisés et progressivement banalisés en dépit des protestations qui peuvent s’exprimer.

L’orientation répressive se renforce au fur et à mesure que l’échec de la politique économique libérale « dure » menée par le gouvernement Chirac en 1986 apparaît patent. La question de l’immigration va devenir, après 1988, un vrai cheval de bataille. Un angle d’attaque privilégié est ainsi trouvé pour attaquer la gestion de la gauche. Mais l’objectif consiste aussi, en multipliant les déclarations de « fermeté » à l’encontre des immigrés, à récupérer les voix du Front national, dans les années où ce parti se développe considérablement, jusqu’à conquérir plusieurs sièges à l’Assemblée nationale et dans les conseils régionaux, ainsi que quelques mairies.

Au sein du discours qui se développe ainsi, deux idées, directement issues de la rhétorique d’extrême droite, reviennent sans cesse, pour gagner un caractère d’évidence de plus en plus partagée. La thématique de la menace va d’abord s’incarner dans la dénonciation d’une « invasion ».

Invasion
« Nous sommes victimes d’une invasion apparemment pacifique mais qui, évidemment, nous menace mortellement dans notre identité et notre sécurité », Jean-Marie Le Pen « Le type de problèmes auxquels nous allons être confrontés n’est plus l’immigration, mais l’invasion », Valérie Giscard d’Estaing, UDF

« Intrusion, occupation, invasion. Les trois mots sont exacts. Pour invasion, je suis reparti consulter le dictionnaire qui donne deux définitions : action de pénétrer et de se répandre dangereusement. Et il n’est pas innocent de le comprendre. Un million de clandestins, c’est l’effectif de cent divisions, non armées certes, mais qui pèsent lourdement sur les conditions de notre existence et de notre identité nationale », Michel Poniatowski, UDF

« Ce qui était une immigration de renfort démographique devient une immigration de substitution de peuplement », Jean-Louis Debré, RPR

« Je suis maire d’une commune dans laquelle se trouvent des écoles où il y a 60 de non francophones. Je le dis calmement avec sérénité. Cela pose des problèmes aux élus locaux et cela posera dans l’avenir aux Français des problèmes considérables (...) Dans les Bouches-du-Rhône, si l’évolution actuelle se poursuit, s’il n’y a pas de diminution de la communauté étrangère, dans quelques années (probablement avant la fin du siècle), il y aura plus d’étrangers que de Français de souche », François Léotard, UDF

« Osons avancer une hypothèse : si 10% des 500 millions de jeunes Africains que l’Afrique comptera en 2025 venaient tenter leur chance en Europe chaque année, ce sont entre 30 et 50 millions de jeunes Africains qui arriveraient, soit la population d’un pays comme l’Espagne, c’est dire l’ampleur du problème que nous avons à gérer », Daniel Colin, RPR

« Les nations existent. Chacun défend son existence légitimement », Jean-Pierre Chevènement, MDC [6]

Ce vieux thème de l’extrême droite française, très prisé par Jean-Marie Le Pen, a été repris explicitement par la droite parlementaire au début des années 1980. « Il faut arrêter cette invasion », pouvait-on lire en 1983 dans un trac de Roger Chinaud et Jean-Pierre Bloch (UDF) en faveur du candidat Alain Juppé (RPR). Il est revenu en force au début des années 1990 et l’on a pu entendre le député RPR Jacques Myard prophétiser « la guerre civile » si rien n’était fait pour contenir les « hordes qui déferlent sous la pression démographique du Sud ». Ce discours fait apparaître les immigrés, non plus seulement comme des parasites ou comme un « problème » à régler, mais aussi comme des agresseurs, justifiant ainsi la violence qui leur est faite en la faisant passer pour un acte de légitime défense. Basé sur des analyses erronées (et maintes fois réfutées, notamment sur le lien entre immigration et chômage, immigration et déficits de la sécurité sociale, immigration et délinquance [7]), ce discours occulte en outre l’histoire d’une autre « migration », celle des colonisateurs français dans les pays du Maghreb et de l’Afrique noire, des violences qu’ils ont perpétrées et de la déstructuration de ces sociétés qui est aussi un des facteurs des migrations actuelles.

Ce discours sur l’invasion a été d’autant plus efficace qu’il est venu se greffer - deuxième thématique sur laquelle nous voudrions insister ici - sur une certaine conception de la nation française. L’immigration ne peut en effet être présentée comme un danger pour la France que parce que celle-ci est conçue comme une entité basée sur une « identité » homogène et immuable à travers des siècles. Cette nation, garantie par l’existence d’un socle de populations « de souche », héritière de valeurs communes, ne pourrait par conséquent se perpétuer qu’en limitant l’arrivant de corps « étrangers ». Cette conception nationaliste, construite sur un modèle « organiciste », nie l’histoire déjà longue de l’immigration en France, mais aussi les conditions sociales et économiques de l’intégration des immigrés. Cette vision se traduit surtout par une série de déclarations sur le « seuil de tolérance » et d’appels répétés à la mise en œuvre de « quotas ».

Seuil de tolérance
« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité ; sinon la France ne serait plus la France. (...) Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? (...) Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-deux-Eglises, mais Colombey les deux Mosquées ! », Charles de Gaulle

« Il y a une overdose d’immigration », Jacques Chirac, RPR

« Le seuil de tolérance est franchi », Alain Juppé, RPR

« Le seuil de tolérance est dépassé depuis les années 1970 », François Mitterrand

« L’immigration est absorbable à petites doses », Jean-Pierre Chevènement [8]

La compilation de ces citations ne vise pas, ou pas seulement, à susciter l’indignation. L’étendue du spectre politique, mais aussi des univers sociaux au sein desquelles de tels schémas de pensée sont à l’œuvre, donne à réfléchir sur le consensus qui s’est installé à propos du « problème de l’immigration ». Ces citations ne sont pas, en effet, de simples anecdotes ; elles révèlent un climat plus général qui s’est instauré dans les années 1980, et qui repose sur une série de mots, d’idées, de schémas de pensée progressivement devenus des évidences. Certes, une partie du monde associatif et politique de gauche a toujours exprimé son indignation à chaque fois que la « préférence nationale », le « bruit et de l’odeur » [9] ou l’« invasion » étaient évoqués. Mais l’absence de sanction à droite contre les déclarations les plus ouvertement racistes, ainsi que la culpabilisation à laquelle a cédé la gauche, accusée de ne pas répondre aux « peurs » supposément exprimées par les électeurs du Front national, ont eu des effets dévastateurs. Ils ont en effet rendu dicibles, légitimement dicibles voire « courageux », des discours que l’on ne pouvait autrefois entendre qu’à l’extrême droite. C’est ainsi que les thématiques et le vocabulaire du Front national se sont diffusés, légitimés finalement par la classe politique « républicaine ».

L’insécurité et les "nouvelles classes dangereuses"
La stratégie adoptée par la droite, supposée « couper l’herbe sous le pied » du Front national, s’avèrera particulièrement désastreuse. Comme l’explique Jean-Marie Le Pen lui-même, et ce en quoi il a raison, les électeurs préfèrent souvent l’original à la copie. En témoigne le score réalisé par le leader du Front national du premier tour des élections présidentielles le 21 avril 2002, qui dépasse alors le candidat socialiste Lionel Jospin.

Ce séisme dont a beaucoup parlé la classe politique n’avait en effet rien que de très prévisible au regard de l’avancée des idées réactionnaires, sécuritaires et racistes qui a marqué les années 1997-2002. Certes, la manière de parler de l’immigration a connu, durant cette période, un changement important. Sans doute en raison de la légitimité acquise par les luttes de sans-papiers et l’impossibilité de les ériger en figure de la menace, le « problème de l’immigration » a laissé la place à une autre question, celle de l’« insécurité ». À la rhétorique d’une invasion venue de l’extérieur, se sont substituées des mises en garde contre la délinquance, l’insécurité, l’incivilité, son expansion, son explosion inexorable, exponentielle, irrésistible, l’évocation de mineurs de plus en plus jeunes et de plus en plus violents, la désignation de zones de non droit et de quartiers sensibles menacés par une crise de l’autorité, des normes, des repères et de la morale. De cette situation, l’angélisme et le laxisme seraient responsables, comme on nous l’a continuellement répété à partir de 1997. Il faudrait mettre fin de toute urgence à cette culture de l’excuse et restaurer l’ordre républicain.

La généralisation de cette analyse intervient dès le début des années 1990. La politique de la ville mise en œuvre par la gauche sur les quartiers dits sensibles et axée sur la participation des habitants et la restauration du lien social fait l’objet de critiques virulentes : Gérard Larcher explique par exemple dans un rapport parlementaire que cette politique, trop sociale à son goût, occulte la responsabilité des habitants, et notamment des jeunes, dans les problèmes de ces quartiers. 1997 et le retour de la gauche au pouvoir marquent toutefois un véritable tournant. C’est le gouvernement Jospin, en effet, qui va opérer le ralliement de la gauche gouvernementale à un nouveau cadre de pensée sécuritaire.

Ce ralliement n’efface certes pas les différences entre gauche et droite ; la première restera plus attachée aux politiques de prévention et de développement social. Il n’en reste pas moins que la question de « l’insécurité » n’a pas été imposée initialement par Jaques Chirac lors de la campagne présidentielle de 2002 : la gauche se l’est imposé elle-même quelques années auparavant. En juillet 1997, en effet, le Parti socialiste remporte les élections sur la base d’un programme énonçant « trois priorités : l’emploi, la santé et l’éducation » ; quelques semaines plus tard, le premier ministre Lionel Jospin, dans son discours d’orientation générale, annonce finalement « deux priorités : l’emploi et la sécurité ». La délinquance n’arrive alors qu’au cinquième rang des « préoccupations des Français », derrière le chômage, la pauvreté, la maladie ou les accidents de la route. Et elle ne devient la première préoccupation qu’après plusieurs années d’une intense campagne médiatique et politique [10].

Il faut donc insister sur le caractère délibéré de ce tournant sécuritaire : rien, ni dans les sondages, ni dans le champ politique (après la défaite cuisante subie par la droite lors des élections provoquées par le gouvernement Juppé en 1997 et alors que le Front national connaît une crise profonde en raison de la scission entre le FN et le MNR) ne poussait la gauche à adopter une telle politique.

Cette position n’en a pas moins été clairement affichée et assumée, initialement au colloque de Villepinte en octobre 1997. À cette occasion, Lionel Jospin et son ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement évoquent le « droit à la sûreté » de la Déclaration des Droits de l’Homme, et déclarent que « la sécurité est une valeur de gauche ». Cette évolution sera légitimée par une série de rapports, de textes et d’expertises : rapport sur les mineurs délinquants des députés socialistes Christine Lazerges et Jean-Pierre Balduyck publié en avril 1998 et proposant d’instaurer un couvre-feu et de « responsabiliser » les « parents de délinquants » par la suppression des allocations familiales ; manifeste lancé en septembre 1998 par neuf intellectuels, intitulé « Républicains n’ayant plus peur ! » appelant à refonder la République en « restaurant » l’autorité et en instaurant la « tolérance zéro des petites infractions » pour les mineurs des « quartiers sensibles » ; Que sais-je ? publié en 1999 Alain Bauer et Xavier Rauffer, Violences et insécurités urbaines, dans lequel les auteurs expliquent que, « au-delà de toutes les théories d’inspiration sociologique, l’origine la plus certaine du crime, c’est le criminel lui-même ».

Plusieurs ouvrages ont déjà mis en cause la pertinence du diagnostic avancé par le gouvernement Jospin pour justifier le virage sécuritaire [11]. On voudrait souligner ici ses conséquences. Car ce tournant sécuritaire ne se limite pas à des discours ; il s’est traduit par des pratiques policières, judiciaires et par une législation [12]. La loi sur la sécurité quotidienne, votée à la quasi unanimité en 2001, crée un nouveau délit : la « fraude habituelle ». Les personnes interpellées dix fois pour fraude dans les transports en commun sont désormais passibles de six mois de prison et de 7500 euros d’amendes. La même loi autorise également les forces de police à déloger les jeunes qui se regroupent dans les halls d’immeuble, même si aucun délit n’a été commis.

Ce tournant sécuritaire entretient également la lepénisation des esprits, dans la mesure où il perpétue le processus de stigmatisation de populations vivant en France, appartenant aux classes populaires, immigrées ou issues de l’immigration, dont la présence et les comportements sont présentés comme la cause des « problèmes ». Certes, contrairement aux discours sur l’immigration des années 1980-1990, cette menace ne semble plus provenir de l’extérieur du pays. Néanmoins, et de manière encore plus pernicieuse, le discours sécuritaire souligne constamment le caractère « étranger » de ces populations, dont les origines sont présentées comme un élément crucial des problèmes sociaux.

Le rapport Bénisiti, rédigé par un député de droite en 2004, apparaît comme l’aboutissement de ce processus : consacré aux problèmes de délinquance, il pointe du doigt le bilinguisme des enfants issus de l’immigration, et appelle à stopper l’apprentissage, au sein de ces familles, de tout « patois ». La volonté exprimée par Sarkozy en novembre 2005 d’expulser les émeutiers étrangers hors de France procède d’une même grille de lecture : il entérine l’idée que les jeunes des quartiers ne sont pas à part entière des Français, et consacre un fonctionnement républicain qui loin de l’indifférence aux origines dont se prévaut la République, ne cesse de créer et d’institutionnaliser des catégories ethnicisées et essentialisées. Des « sauvageons » dont parlait le ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement aux « racailles » évoqués par son homologue du gouvernement Raffarin, on retrouve ce double processus de stigmatisation caractéristique des « nouvelles classes dangereuses » [13] : l’insistance sur la délinquance et la focalisation sur les origines étrangères.

La montée en force des grilles de lecture sécuritaires ont ainsi directement conforté l’analyse de Jean-Marie Le Pen selon laquelle les problèmes sociaux renverraient aux comportements déviants d’une population « étrangère » mal intégrée. Cette lepénisation des esprits, qui a rendu possible la présence du leader du Front national au second tour des élections présidentielles sans d’ailleurs qu’il ait besoin de faire campagne, a eu des effets redoutables pour la gauche, et pas seulement lors de cette élection en 2002. La légitimation des approches racistes et culturalistes de problèmes sociaux discrédite dans le même temps les grilles d’analyse traditionnelles de la gauche et de fait, dès la fin des années 1980, il est devenu quasiment impossible, au sein de la classe politique française, d’aborder la question de l’immigration sans partir du constat d’un « problème » posé par l’immigration à la France [14].

C’est aussi toute son identité anti-raciste et sociale à laquelle le Parti socialiste semble avoir renoncé, en se faisant le porte-parole du tout sécuritaire. En effet, tout se passe comment si les dirigeants de ce parti avaient renoncé à voir, dans les immigrés et leurs descendants, des victimes à défendre, que ce soit du chômage ou du racisme, pour les présenter, avant tout, comme des fauteurs de troubles. La lutte contre les discriminations, malgré la création de l’éphémère Groupe d’études et de lutte contre les discriminations par Martine Aubry, ne sera jamais une priorité politique alors même que plusieurs études témoignent d’une discrimination massive, à l’embauche, dans le logement ou de la part des forces de police. Enfin, avec le tournant sécuritaire, la gauche semble également avoir renoncé à un des fondements de son identité depuis le XIXème siècle : l’idée que les déviances sociales ne relèvent pas de comportements individuels à réprimer, mais qu’elles renvoient à des causes socio-économiques, sur lesquelles seule une action collective, nécessitant notamment une intervention forte de l’Etat, peut jouer.

L’après 11 septembre et le "péril islamique"
La lepénisation des esprits dont nous avons donné un rapide aperçu ici résulte d’une série de facteurs, sur lesquels il faudrait revenir plus longuement, et qui sont liés à l’évolution du champ politique (irruption du Front national, recomposition idéologique de la gauche suite aux politiques dites « de rigueur »), mais aussi au contexte économique (politiques dites de rigueur budgétaire, remise en cause des acquis sociaux et creusement des inégalités). C’est à la fois dans des contextes précis que la droite, mais aussi, dans une certaine mesure, une partie de la gauche, se sont ralliées à une vision politique et sociale dans laquelle les figures, soit du « problème » dans le meilleur des cas, soit de l’ennemi dans le pire, se sont incarnées dans l’immigré polygame puis dans le jeune de banlieue délinquant.

Depuis lors, on observe une certaine continuité. Au « sauvageon » incriminé par Jean-Pierre Chevènement fait écho la « racaille » dénoncée par Nicolas Sarkozy. Une différence de taille, pourtant, sépare les deux discours, et accrédite l’idée d’une lépénisation aggravée. Si le Ministre de l’Intérieur du gouvernement Jospin organise son propos autour d’une opposition entre la République porteuse de droit et d’égalité et les jeunes délinquants en perte de repères, Nicolas Sarkozy ne manque jamais l’occasion d’opposer aux jeunes à mater sa propre personne, seule à même de débarrasser la France de la « racaille », ou d’expulser les délinquants « hors de France ». À cet égard, ce ne sont plus seulement des relents racistes que l’on entend, mais une valorisation de la figureindividuelle du chef guerrier et viril (comme le sous-entend la figure phallique du kärcher) caractéristique du lepénisme, mais aussi de tous les mouvements fascistes.

Autre élément de différence enfin, ces figures plus ou moins fantasmées autour desquelles s’est organisé le débat public (au détriment du chômeur ou de l’ouvrier par exemple) n’ont cessé d’évoluer, pour intégrer progressivement la question de l’islam. En témoigne la focalisation sur les figures du « jeune arabo-musulman », de l’islamiste terroriste, ou de la jeune fille voilée [15].

La thèse culturaliste et à relents racistes d’un « choc des civilisations » fait ici sentir son influence, renforcée après le 11 septembre et la campagne bushienne contre l’Irak. Théorisée initialement par Samuel Huntington, cette thèse s’incarne aujourd’hui dans une doxa largement reprise en France et opposant une religion par essence dangereuse, obscurantiste, l’islam, et un Occident porteur des valeurs de laïcité, de liberté et d’égalité. Cette focalisation récente sur les populations maghrébines, d’origine maghrébine ou plus largement associées au « monde musulman » nous incite aujourd’hui à nous interroger, au-delà de l’influence de l’extrême droite française (ou en combinaison avec celle-ci), sur le rôle de l’idéologie coloniale (c’est-à-dire d’une idéologie qui a irrigué l’ensemble de la société et de la classe politique française) dans la persistance du racisme aujourd’hui [16].

Cet article est paru dans la revue La Pensée, numéro de mai 2006.

Sylvie Tissot et Pierre Tevanian

[1] Annie Collovald, Le « populisme du FN », un dangereux contresens, Broissieux, Le Croquant, 2004, p 18. Sur la haine du peuple que manifeste l’incrimination de « l’individu démocratique » tout puissant, voir aussi Jacques Rancière, La haine de la démocratie, Paris, La Fabrique, 2005.

[2] Pierre Tevanian et Sylvie Tissot, Dictionnaire de la lepénisation des esprits, Paris, Esprit frappeur, 2002

[3] Sur le traitement de l’immigration dans la période 1945-1975, voir Alexis Spire, Étrangers à la carte. L’administration de l’immigration en France, Paris, Grasset, 2005

[4] Pour une analyse de cette évolution dans la presse, voir Simone Bonnafous, L’immigration prise aux mots, Paris, Kimé, 1991

[5] Le premier ayant déclaré en 1989 que le seuil de tolérance était atteint, tandis que le second estime, en 1990, que la France ne peut accueillir « toute la misère du monde ».

[6] J.-M. Le Pen, Présent, 30-31/09/1991 et 02/10/1991 cité dans M. Souchard, S. Wahnich et alii, Le Pen, les mots, Paris, Le Monde éditions, 1998 ; V. Giscard d’Estaing, Le Figaro Magazine, 21/09/ 1991 ; M. Poniatowski, cité dans l’Evénement du Jeudi, 31/10/1991 ; J.L.D Debré, Le Figaro, 97/11/1996 ; F. Léotard, France Inter, 03/10/1983, cité par M. Chemillier-Gendreau dans L’injustifiable, Bayard-Edition, 1998 ; D. Colin, Assemblée nationale, 17/12/1996, Journal Officiel, p. 8449 ; J.P. Chevènement, Le Monde, 26/02/1997.

[7] Voir sur ces points les articles « Avantages sociaux », « Chômage », « Délinquance », « Misère du monde », du Dictionnaire de la lepénisation des esprits, op.cit.

[8] Ch. De Gaulle, cité par A. Peyrefitte dans C’était de Gaulle, De Fallois, 1994 ; J. Chirac, 22/02/1991 et 21/06/1991 ; A. Juppé, La voix des Français, février 1991 ; F. Mitterrand, Antenne 2, 10/12/1989 ; J. P. Chevènement, Le Monde, 26/02/1997

[9] Jacques Chirac déclare en 1991 : « Comment voulez-vous que le travailleur français qui vit avec sa femme et qui gagne, ensemble, environ 15 000à francs et qui voit, sur le palier d’à côté, entassés, un homme, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, qui gagnent 50 000 francs par mois de prestations sociales sans naturellement travailler, si vous ajoutez à cela le bruit et l’odeur, eh bien, le travailleur français il devient fou ! Et ce n’est pas être raciste que de dire cela ».

[10] Sur la genèse de ce nouvel ordre sécuritaire, Pierre Tevanian, Le ministère de la peur. Réflexions sur le nouvel ordre sécuritaire, Paris, Esprit frappeur, 2003.

[11] Laurent Mucchielli, Violences et insécurité : fantasmes et réalités dans le débat français, Paris, La Découverte, 2002 ; Laurent Bonelli et Gilles Sainati (dir.), La machine à punir : pratiques et discours sécuritaires, Paris, Esprit frappeur, 2004. Voir aussi, de Pierre Tevanian, sur LMSI, La construction des classes dangereuses

[12] Voir la chronologie de ces lois sur le site LMSI

[13] Voir sur ce thème Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Violences urbaines, violences sociales. Genèse des nouvelles classes dangereuses, Paris, Fayard, 2003.

[14] Pour une autre approche de la question de l’immigration, centrée sur la question des droits fondamentaux et notamment de la liberté de circulation, voir le travail réalisé par le GISTI, notamment dans sa revue Plein droit.

[15] Sur ces figures voir Nacira Guenif-Souilamas et Eric Massé, Les féministes et le garçon arabe, La Tour-d’Aigues, Editions de l’Aube, 2004. Voir aussi,surlaconstructionmédiatiquedu« problèmedu foulard » et sur la représentation diabolisée de la fille voilée,Pierre Tevanian, Le voile médiatique. Un faux débat : « l’affaire du foulard islamique », Paris, Raisons d’agir, 2005.

[16] Saïd Bouamama et Pierre Tevanian, « Un racisme post-colonial ? », in Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, Cultures postcoloniales, Paris, Editions Autrement, à paraître en 2006.
© Collectif Les mots sont importants

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BULLES ET CRAYONS CONTRE LES PRÉJUGÉS (France)

22/05/2006 - Brèves de comptoir politiques. C'était pendant la révolte des banlieues. Le 15 et le 16 novembre 2005, le ministre délégué à l'emploi, Gérard Larcher, et le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, affirmaient que la polygamie constituait "certainement l'une des causes" des violences urbaines. Tout comme Hélène Carrère d'Encausse, de l'Académie française : "Tout le monde s'étonne : pourquoi les enfants africains sont-ils dans la rue et pas à l'école ? C'est clair : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames."

Dans la même veine, il y a le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy. Il se prononçait sur le même sujet, le 10 novembre 2005, sur France 2 : "Il y a plus de problèmes pour un enfant d'un immigré d'Afrique noire ou d'Afrique du Nord que pour un fils de Suédois, de Danois ou de Hongrois. Parce que la culture, parce que la polygamie, parce que les origines sociales font qu'il a plus de difficultés."

Il y a encore Christian Vanneste, député UMP du Nord, qui déclarait que l'homosexualité était "inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel, ce serait dangereux pour l'humanité". Sans oublier Georges Frêche, président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, qui a traité les harkis de Montpellier de "sous-hommes". Et d'autres encore...

Brèves de bistrot parisien. Accoudé au comptoir d'un bar, les mots qu'il prononce sentent l'anis. Dans une discussion de PMU, un homme "bien de chez nous" s'insurge : "Mais évidemment qu'Astérix et Obélix sont pédés !" Oh ? Et que dire de Tintin, du Capitaine Haddock, de Blake et Mortimer, de Spirou, de Fantasio ? "Tous des pédés !", assure le "bon Français". Ah bon ! Dans le fond, en y réfléchissant bien, il n'a pas tort. Tous les personnages de bande dessinée sont "pédés". C'est bien connu, comme tous les Noirs sont des polygames, les instituteurs des pédophiles et ne parlons pas des juifs... Quoique, pour Titeuf, avec sa crête jaune fluo sur la tête, il y a un sérieux doute. Dans une sagesse insoupçonnée, le tenancier réplique : "Des comme ça qui rentrent dans mon bistro, je les sers pas !"

Seule cette dernière saynète est racontée dans la bande dessinée, Rire contre le racisme. Les autres auraient certainement mérité quelques bulles. Bien évidemment, tous ces personnages (réels ou imaginaires), ne peuvent pas être taxés de racisme. Et pourtant, il y a de l'amalgame, du préjugé, de la stigmatisation dans les propos. C'est ce discours ambiant, qu'il soit tenu sous la crasse d'un hall d'immeuble, dans le salon de la maison de campagne familial ou près d'un couvert argenté d'un ministère, que veut croquer cet ouvrage.

Cette BD est un recueil de scènes décrivant, avec plus ou moins de justesse, le racisme de la vie quotidienne française, brossé au crayon par de grands caricaturistes et animé sous la plume d'humoristes célèbres. Il y a, entre autres, Pétillon, Plantu, Cabu, Jul, Sattouf, Binet, Willem, Geluck... Il y a aussi Elie Sémoun et son personnage de "Toufik" qui veut entrer en boîte de nuit, Pierre Palmade, Alex Métayer, Chevalier et Laspalès (en grande forme), ou Michel Boujenah. Ils évoquent, dans leur univers, la xénophobie qui frappe banalement toutes les couches sociales, toutes les couleurs, tous les âges.

Le résultat est inégal. Certaines histoires sont drôlement pertinentes, quelques-unes ont une intrigue connue et attendue. Mais la BD est tout de même réussie. Pourtant, il y a, à la lecture, un certain malaise. On rit du racisme. On se marre de la souffrance des autres. On se bidonne de l'indifférence, des raccourcis. L'abject fait donc sourire.

Bref, qu'en est-il d'Astérix, d'Obélix et du Français "bien de chez nous" ? La chute est à découvrir dans la BD. Mais lorsqu'on dit "un Français bien de chez nous", n'est-ce pas un préjugé ?

RIRE CONTRE LE RACISME, label Jungle. Casterman, 64 pages, 12,95 €.

Mustapha Kessous
© Le Monde

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LE PROJET DE LOI, C’EST DE L’EUGÉNISME SOCIAL (France)

22/05/2006 - La sociologue et intellectuelle engagée Nacira Guénif-Souilamas assimile le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l’immigration, voté mardi dernier à l’Assemblée nationale, à de « l’eugénisme social ». Pour elle, le but caché de cette loi, en plus de trier les « bons » immigrés, affiché celui-là, est de limiter l’accès à la citoyenneté des étrangers.

Comment analysez-vous cette énième loi sur l’immigration qui vient d’être votée par l’Assemblée nationale française avec ce concept d’immigration « choisie » et « non subie » ?
C’est une histoire récurrente. Cette loi s’inscrit dans un récit d’immigration intimement lié au récit national. L’immigration a traversé une longue partie du XXe siècle. Il n’y a rien de nouveau dans le traitement de l’immigration. Cela tourne à l’obsession. Le terme « immigration choisie » traduit une longue tradition française à l’euphémisation. La France a toujours choisi ses immigrés. Et ceux dont elle ne veut pas - les clandestins, les illégaux, les sans-papiers - elle les criminalise. C’est un projet contre l’immigration.

Depuis la Libération, il y a eu une loi sur l’immigration presque tous les 10 mois. Toutes vont dans un sens de plus en plus restrictif. Qu’en est-il de celle-là ?
Le choix est de limiter au maximum l’immigration. Cela confine à l’eugénisme social. L’idée est de sélectionner sur le plan social, ethnique, racial « les meilleurs » immigrés. Pourtant, toutes les projections laissent entendre que la France a plus besoin de main-d’œuvre non qualifiée que de cadres hautement qualifiés. Les politiques se disent que plus les immigrés sont éduqués, plus ils ont un haut niveau d’études, plus ils peuvent mieux s’adapter aux valeurs françaises. L’histoire des migrants a démontré le contraire. Cette loi, paradoxalement, va à l’encontre des objectifs affichés.

Qui est donc l’immigré, ce barbare qui ne respecte pas les valeurs républicaines ?
Cette loi cache d’autres objectifs. L’immigré est un citoyen potentiel. Et ses enfants seront français. L’immigré est considéré comme sous-humain, sans savoir-faire, sans dignité. Ce n’est pas un discours spécifique à la droite même s’il est plus clair chez de Villiers et Le Pen. C’est la notion du garçon arabe « non civilisé » et « non civilisable ». Or, il faut qu’il soit domestiqué ! La société aussi veut des immigrés domestiqués, qui savent se tenir à leur place. Le racisme devient vertueux.

La colonisation est toujours d’actualité. A « l’aspect positif » des élus de l’UMP, n’y a-t-il pas aussi risque d’instrumentalisation de l’autre côté de la Méditerranée ?
L’aspect positif de la colonisation, cette cause gagne les esprits et la quotidienneté en France. Les immigrés sont considérés comme ayant de la chance de vivre en France. L’instrumentalisation existe, à différents niveaux, en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Dans le passé, le discours du FLN était que ceux qui n’avaient pas lutté contre la France n’avaient pas les mêmes droits que les autres Algériens. Cela participe au musellement de la démocratie en Algérie. Cette instrumentalisation est indigne. Les perdants sont encore les Algériens et les Algériennes.

Y a-t-il une différence de statut entre les femmes et les hommes chez les nouveaux immigrés ?
Les Algériennes qui viennent en France aujourd’hui ont un niveau d’études plus élevé que celles qui sont venues par le passé. Les nouvelles immigrées tombent dans le piège de la précarité et de la flexibilité. Pour la plupart, elles travaillent dans les service aux personnes. Elles peuvent être dans une situation d’illégalité. Elles sont des travailleuses pauvres. Leur salaire sert d’appoint quand elles vivent en couple, mais il peut être aussi l’unique source de revenu pour les célibataires.

Rémi Yacine
© El Watan

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SUSPENSION DE GEORGES FRÊCHE (France)

Suspension de Georges Frêche de ses délégations au PS: une décision exceptionnelle mais attendue

20/05/2006 - La commission nationale des conflits du PS a sanctionné Georges Frêche, président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, pour ses propos contre les harkis tenus en février, en décidant vendredi de le suspendre pour deux ans à compter du 28 février 2006 de ses délégations internes au parti.

"C'est une décision exceptionnelle pour un élu de cette envergure", commentait-on samedi au siège du parti. "Mais c'est une décision attendue, qui tombe sous le sens", observait Samuel Thomas, vice-président de SOS Racisme. "Un parti politique qui s'évertue à faire des questions de l'antiracisme un des fondements de son identité ne peut accepter que soit maintenu dans ses fonctions un dirigeant qui multiplie les déclarations scandaleuses, la plus choquante d'entre elles étant celle sur les harkis."

Le 11 février, Georges Frêche avait apostrophé publiquement Abdelkader Chebaïki, président de la section héraultaise de l'Association pour la justice, l'information et la réparation des harkis, alors que ce dernier revenait d'une manifestation d'élus UMP et FN à Palavas-les-Flots (Hérault): "Les harkis ont vocation à être cocus jusqu'à la fin des temps (...) Vous n'avez rien du tout, vous êtes des sous-hommes, vous n'avez aucun honneur."

"Cette prise de position raciste et publique d'un élu est grave de conséquences", a estimé samedi Samuel Thomas. "En plus d'humilier une communauté, elle banalise les discours extrémistes".

Me Ferran, avocat de Georges Frêche et présent vendredi à ses côtés lors de son audition par la commission, a expliqué samedi que son client avait "pris acte" de la décision. "Il n'y a pas grand-chose à dire", a-t-il ajouté. "J'observe juste que cette décision ne change rien dans le quotidien de Georges Frêche, ce dernier étant déjà suspendu du bureau national. Ses deux mandats actuels -président de Montpellier Agglomération et du conseil régional Languedoc-Roussillon- lui demandent beaucoup de travail."

Georges Frêche, 67 ans, gardera sa célèbre liberté de parole. "Je me prononcerai cet automne sur le candidat socialiste qui me semble être le meilleur pour lélection présidentielle", a-t-il déclaré début mai à Montpellier lors d'une conférence de presse.

En marge de cette sanction politique, il a été mis en examen le 24 mars pour "injures envers une ou des personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une race ou une religion".
© La Tribune France

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LE MRAP : PUNIR 'TOUTE CONTESTATION DE GÉNOCIDE OFFICIELLEMENT RECONNU' (France)

20/05/2006 - Le Mrap soutient la proposition de loi PS visant à réprimer la négation du génocide arménien de 1915, et demande en outre "que cet article soit étendu à toute contestation de génocide officiellement reconnu", dans un communiqué publié jeudi 18 mai 2006.

Le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) "soutient la proposition de loi du groupe socialiste" et "va au-delà" : il souhaite "que cet article soit étendu à toute contestation de génocide officiellement reconnu comme tel par les instances internationales".

"Cela concerne le génocide arménien de 1915 mais également le génocide des tutsis au Rwanda d’avril à juillet 1994 reconnu comme tel par la jurisprudence du Tribunal pénal international pour le Rwanda sur la base des articles 2 et 6.1 du statut de ce tribunal institué par le Conseil de sécurité des Nations-Unies", selon son communiqué.

Le MRAP "ne peut que demander que la France suive l’exemple du Parlement de Belgique concernant l’extension de la répression du révisionnisme et du négationnisme aux autres génocides que celui perpétrés contre les Juifs par les nazis", écrit-il.
© Nouvelles d'Arménie en Ligne

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OLIVIER ROY: 'LA SOCIÉTÉ MULTICULTURELLE NE VEUT RIEN DIRE' (France)

Olivier Roy est politologue. Directeur de recherche au CNRS, auteur de nombreux ouvrages dont le dernier est « La Laïcité face à l'islam » (éditions Stock), il est l'un des spécialistes incontestés de l'islam en France. Entretien avec un observateur averti sur le thème de la présence musulmane en France.

19/05/2006 - Saphirnews.com: Dans les débats actuels autour de l'islam et des musulmans de France, on constate une confusion constante entre l'islam en tant que religion et l'Islam en tant que civilisations, comment l'expliquez vous ?
Olivier Roy: C'est une confusion très profondément ancrée dans les esprits. Au début, cela s'explique puisque les musulmans étaient des étrangers avec leur langue, leur culture. Mais ce que nous voyons aujourd'hui c'est la déconnexion entre religion et culture. En particulier, les nouvelles générations veulent être des musulmans en Occident, occidentaux, occidentalisés… Alors que pour l'opinion publique européenne, l'islam reste une religion étrangère identifiée à une culture étrangère. On le voit dans le fait que les gens utilisent de manière indifférenciée culture et religion. Par exemple, les Anglais parlent de multiculturalisme en permanence. Mais il n'en est rien. Le jeune musulman qui rentre au parti travailliste, pour se faire élire député du coin, n'agit pas comme un pakistanais. Il agit comme un citoyen britannique de confession musulmane. Autre exemple, on veut remplacer le clash des civilisations par le dialogue des civilisations. Mais le problème n'est pas le mot clash mais le mot civilisation. Aujourd'hui, est ce qu'on peut dire qu'il y a deux civilisations différentes ? On a des religions différentes, et ces religions différentes s'expriment dans une même civilisation. Elles ne sont pas extérieures.

Parler d'une société pluriculturelle cela ne veut rien dire ?
Olivier Roy: Ça ne veut rien dire. Il y a deux problèmes en France. Un qui est général, c'est la malédiction de cette immigration ouvrière avec le chômage, les jeunes de banlieue et le racisme qui s'ensuit. Et le deuxième problème, c'est de reconnaître une communauté musulmane en tant que communauté religieuse et non comme une communauté ethnico-culturelle.

Comment peut-on définir la culture française ?
Olivier Roy: Quand les gens parlent d'identité, il s'agit de reconstructions. Par exemple, vous entendez souvent, chez les laïcs, parler du consensus républicain. Mais dans la culture politique française, il n'y a jamais eu de consensus. La France est un pays qui joue à la guerre civile en permanence. On a eu la révolution française et les années 50, 60, 70 en France ont été des années de confrontations, entre d'une part une gauche laïque dominée par le parti communiste et d'autre part une droite plus ou moins chrétienne, proaméricaine. Les villes françaises étaient divisées: vous aviez l'équipe de foot laïque et l'équipe de foot du patronage. Maintenant, tout le monde a oublié cela! Et on vous dit qu'en France, il y avait un consensus sur les valeurs républicaines et ce consensus vient d'être cassé par les musulmans. Mais il n'y a jamais eu de consensus.

Mais on parle souvent d'identité française.
Olivier Roy: Quand on parle d'identité française, on parle toujours d'une identité reconstruite en fonction du climat social actuel. Lorsqu' on essaie de se défendre contre la mondialisation, on parle aussi de culture française. Alors moi, je veux bien le vin rouge et le camembert, mais une culture ne se ramène pas à ça. C'est quand même autre chose. La culture française s'est toujours présentée comme une culture universelle. C'est ça la grande force de la France. On a toujours voulu que tout le monde parle français. On a toujours voulu que tout le monde lise nos philosophes… On se considère toujours comme une civilisation en nous-même. Et maintenant, d'un seul coup, on se définit comme une petite culture provinciale qui essaye de se défendre contre la mondialisation. Alors que nous sommes partie prenante, et heureusement, de ce processus de mondialisation. Donc le débat actuel et un débat qui est faux, parce qu'il est fondé sur des concepts faux, sur des reconstructions, sur de l'imaginaire et pas sur la société française telle qu'elle est en train de bouger aujourd'hui.

Dans votre exposé, à la 23ème rencontre annuelle des musulmans de France, vous différenciez une laïcité juridique d'une laïcité idéologique.
Olivier Roy: La laïcité juridique, c'est la loi de 1905 telle qu'elle a été interprétée par les tribunaux. Il s'agit de la loi mais aussi de la pratique des tribunaux, c'est la jurisprudence. Vous avez un livre Le traité du droit français des religions qui est remarquable. Ce traité montre comment, dans le fond, pendant près d'un siècle, les tribunaux ont géré de manière très pragmatique, très flexible, très ouverte la question de la pratique religieuse. Donc la loi, dans sa dimension juridique, et non dans sa dimension politique, est pour moi un instrument qui fonctionne. Par contre, le problème, c'est la laïcité idéologique. Lorsqu'on dit par exemple que la laïcité est le fait que le religieux doit rester dans le privée, on n'est plus dans la définition juridique de la laïcité mais dans la définition idéologique. Il en est de même de ceux qui disent que l'islam doit se réformer. Ce qui est totalement absurde puisque si on est un laïc, on ne touche pas au théologique. Intimer l'ordre à une religion de se reformer, c'est refuser la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Une laïcité qui se respecte ne se pose pas la question du dogme. Et les tribunaux l'ont toujours rappelée.

Et la loi sur les insignes religieux dans tout ça ?
Olivier Roy: Et bien justement, si on a fait une loi en 2004 sur les insignes religieux, c'est parce qu'on ne pouvait pas interdire le voile à partir de la loi de 1905. Le conseil d'Etat a été très clair là-dessus. On ne peut pas interdire de manière absolue le voile dans les écoles sur la base de la loi de 1905. Donc la loi de 2004 est politique et elle est en rupture avec la tradition de la loi de laïcité de 1905.

Elle rentre dans une laïcité idéologique. Et vous dites aussi que le paradoxe de la laïcité idéologique sort du cadre de la laïcité juridique.
Olivier Roy: Parce qu'elle intervient dans le religieux. Alors je vous donne encore quelques exemples, qui ne concernent pas seulement les musulmans mais aussi les juifs: après la loi de 2004, on a vu brusquement des annulations de contrats avec des fournisseurs alimentaires dans des centres de loisirs ou de vacances, ou encore de cantines d'écoles, sous prétexte que la viande était Hallal ou Casher. Dans ces cas d'annulation, on n'est plus dans la laïcité juridique. Celle-ci interdit à la mairie de choisir explicitement de la viande Hallal ou Casher. Mais si un fournisseur de produit, qui répond à un appel d'offre et qui est le mieux disant dans le rapport qualité prix et qui répond aux conditions d'hygiènes, et bien que sa viande soit Hallal ou Casher, on n'a pas à le savoir. Or on a eu plusieurs cas d'écoles qui ont cassé des contrats sous prétexte que le fournisseur avait de la viande Hallal ou Casher. Et là je dis que c'est la laïcité idéologique. C'est comme le cas des laïcs qui voudraient interdire le voile à l'université par exemple, ils voudraient étendre la loi à tout l'espace publique. Ça c'est de l'idéologie.

Peut-on parler d'échec de l'intégration citoyenne ?
Olivier Roy: On a un peu tendance aujourd'hui à passer un peu du tout au rien, du noir au blanc très rapidement. Alors vous avez de grands moments d'exaltation, comme avec la coupe du monde où tout marche bien. Et puis vous avez de grands moments de déprimes comme avec les émeutes de banlieue en novembre dernier. C'est la catastrophe, l'intégration ne marche pas. Or, on est une société diversifiée. Parce que lorsqu'on dit tantôt l'intégration marche très bien, tantôt elle marche très mal, c'est qu'on voit les musulmans comme une population homogène. Or ils ne le sont absolument pas, on est dans un monde très diversifié. Vous avez des jeunes de banlieue, dont une grande partie sont d'origine musulmane, leur problème ce n'est pas l'islam, mais le chômage, le racisme etc… Et puis vous avez les classes moyennes qui sont en train de monter et que personne ne voit. Sauf à l'échelle locale où les maires commencent à voir, par exemple, qu'il y a un chirurgien à l'hôpital qui est musulman, qu'il y a aussi quatre profs au collège qui sont musulmans, et un gros commerçant…Ils s'aperçoivent qu'il y a des acteurs variés, avec des stratégies d'intégration différentes. Certains veulent rentrer dans la vie politique, d'autres veulent être reconnus comme citoyens etc… Donc les choses bougent. Mais ce qui gâche tout c'est les débats à la télévision. Tous les débats français sont structurés par ces débats idéologiques à la télévision.

Propos recueillis par Nicolas Mom
© SaphirNews

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AMENDE REQUISE CONTRE L`ORÉAL POUR DISCRIMINATION (France)

19/05/2006 - Le parquet requiert une "amende de principe" contre Garnier, société du groupe L'Oréal, et contre un de ses cadres, jugés à Paris pour "discrimination raciale à l'embauche". Le substitut du procureur Jean-Michel Aldebert a aussi demandé des peines identiques, sans préciser le montant des amendes, contre la société de travail intérimaire Adecco, contre Districom, partenaire de communication de L'Oréal, et contre des employés de ces deux sociétés. "Tout n'est pas blanc, tout n'est pas noir (...) Mais il faut rappeler que la discrimination à l'embauche est inacceptable", a dit le représentant de l'accusation.

La défense devait plaider la relaxe et le jugement être mis en délibéré dans la nuit de jeudi 18 à vendredi 19 mai. La peine maximale encourue est de trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. La société Garnier est soupçonnée d'avoir demandé d'exclure les candidates arabes, noires ou asiatiques d'emplois d'animatrices en grandes surfaces. "Ça me paraît impossible. On a fait de la diversité quelque chose de vraiment très important à Garnier et L'Oréal. Ça aurait été contre-productif de donner cet ordre-là", a dit Laurent Dubois, ex-directeur général de Garnier pour la France, devant le tribunal. Ce procès, une "première" concernant un grand groupe, a été suscité par SOS-Racisme, qui espère obtenir "un jugement exemplaire", a dit son président, Dominique Sopo, en marge du procès.

Nom de code: "BBR" ou "BYB"
L'accusation estime disposer d'une preuve matérielle accablante avec une mention sur un fax daté du 12 juillet 2000, envoyé par la société de communication Districom à des agences d'intérim. Ce fax précisait les exigences requises pour les animatrices commerciales demandées par L'Oréal afin de promouvoir la ligne de produits "Fructis Style" en magasin: un âge de 18 à 22 ans, une taille de vêtements de 38 à 42 et le type "BBR". Cette mention, qui signifie "bleu-blanc-rouge", nom de la fête annuelle du Front national, est un code bien connu des agences d'intérim pour exclure les candidats de couleur, selon le parquet. A la barre, Thérèse Coulange, ex-employée de Districom et auteur du fax, a assuré qu'il s'agissait simplement de demander des personnes "s'exprimant correctement en français".

L'Oréal et Garnier nient lui avoir demandé quoi que ce soit mais un témoin, une ex-employée de Districom, a affirmé à l'audience que le groupe refusait les gens de couleur. Une enquête de l'inspection du travail a montré que les candidats de couleur avaient été quasiment exclus par Adecco de l'équipe finale d'animatrices commerciales, où ils étaient finalement moins de 4%. Un rapport remis en septembre 2005 par l'ex-ministre de l'Industrie Roger Fauroux soulignait que les entreprises et les organismes de recrutement utilisaient souvent des codes tels que "BBR" ou "BYB" (blond aux yeux bleus) dans leurs demandes. Il estimait qu'à CV égal, une Maghrébine recevait trois fois moins de réponses favorables que la moyenne à une demande d'entretien d'embauche et un Maghrébin cinq fois moins. (Reuters)

A la Bourse de Paris, avant 10 heures (8 heures GMT), l'action L'Oréal prenait 0,36% à 69,15 euros, dans un marché en hausse de 0,81%.
© Challenges

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LA HALDE INSISTE SUR LES DISCRIMINATIONS À L'EMPLOI DANS SON PREMIER RAPPORT (France)

Un an après sa création, la Haute autorité de lutte contre les discriminations épingle des pratiques discriminatoires trop répandues dans le monde du travail. Si ses premiers travaux sont prometteurs, la jeune Autorité manque encore de pouvoirs.

19/05/2006 - Neuf cent soixante dossiers traités, sur les 2 365 reçus fin avril : tel est le premier bilan qu'affiche la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) dans son premier rapport d'activité, remis à Jacques Chirac le 2 mai dernier. Elle a même connu une accélération de son activité ces derniers mois, passant d'une moyenne de 150 plaintes enregistrées chaque mois à 270 dossiers reçus et plus de 160 traités mensuellement. Cette structure indépendante, qui affiche pour belle ambition de faire en sorte que « toute personne sache qu'elle a une voie de recours en cas de discrimination», résume Louis Schweitzer - l'ancien PDG de Renault qui s'est vu confier la présidence de la Halde lors de sa création, le 15 mars 2005. De fait, tout individu s'estimant discriminé peut la saisir par simple courrier(1), son dossier étant ensuite traité par le service juridique de la Halde. Et pour sa première année d'activité, une tendance lourde s'impose déjà : 45% de ces 2 000 saisines concernent l'emploi, puis l'accès aux services publics (18,3%), suivi loin derrière par le logement (5,3%), à égalité avec l'Education. Et pour 40% des plaintes, le critère de discrimination évoqué est « l'origine ethnique. Viennent ensuite, pour 14%, la santé et le handicap, le sexe pour 6%, l'âge pour 5,6%, les opinions, l'activité syndicale...», énumère Louis Schweitzer. Sur cette première vague de dossiers, un tiers ont été réglés par voie amiable, les autres transmis au Parquet, ou orientés vers d'autres voies judiciaires, et un derniers tiers écarté, la Halde se déclarant incompétente sur ces cas.

Impliquer les entreprises
Et la Haute autorité entend aller plus loin dans son action. Pour mener une « action préventive», dans la lignée de certaines associations telles que SOS Racisme, l'organisme a déjà expérimenté deux tests de discrimination sur l'emploi et le logement, et va en lancer d'autres. De fait, depuis sa légalisation par la loi sur « l'Egalité des chances » du 31 mars 2006, le testing « peut servir de base à une action juridique », rappelle Louis Schweitzer. La Halde est aussi en train de nouer des partenariats, comme avec la Fédération nationale de l'immobilier (FNAIM), alors que les agences immobilières sont régulièrement épinglées pour leurs pratiques discriminatoires dans l'attribution de logements.

Les entreprises ne sont pas en reste dans le plan d'action de la Haute autorité. En décembre dernier, la Halde a écrit aux 150 plus grandes entreprises françaises, pour mesurer les effets réels de la « Charte de la diversité», signée par la plupart d'entre elles depuis son lancement en octobre 2004. « Nous leur avons demandé de nous adresser un compte-rendu de leurs actions, des propositions de bonnes pratiques pour lutter contre la discrimination, et de nous désigner un correspondant », précise Louis Schweitzer. Résultat : deux tiers des entreprises y ont répondu, la plupart ayant désigné un correspondant. En fait, la Halde veut établir une relation constante avec ces entreprises. Et estime pouvoir jouer un rôle à part entière sur le terrain judiciaire. «Dans un cas de discrimination en cours de carrière, la Halde peut donner son avis devant les prud'hommes, et accélérer la procédure », précise Louis Schweitzer. En revanche, la Halde s'affiche contre l'instauration de tout système de quotas destiné à favoriser la représentativité de minorités issues de l'immigration en entreprise. « L'instauration d'un comptage ethnique n'est pas justifié - il n'existe qu'en Grande-Bretagne dans l'Europe des 25 », souligne Louis Schweitzer. Il préfère « la mise en place de mesures objectives de recrutement, basées sur la compétitivité », qui passeraient éventuellement par le CV anonyme. La Halde a, d'ailleurs, invité, en décembre dernier, les grandes entreprises à expérimenter le CV anonyme, et attend pour en tirer des premières conclusions.

Pouvoirs de sanctions dans l'attente d'un décret
Reste qu'un an après sa création, la jeune Haute autorité est loin de disposer de pouvoirs d'action réels, à la hauteur de ses ambitions. Notamment, concernant ses pouvoirs de sanctions : théoriquement, conformément à la loi sur l'Egalité des chances, elle peut proposer une amende pour indemniser la victime de discriminations, ou en cas de refus du procureur, au moins faire passer l'auteur présumé de discriminations devant le tribunal. Seulement , le décret qui permettrait la mise en oeuvre de ce pouvoir de sanctions renforcé n'a toujours pas été publié.

Capucine COUSIN

1 - Halde, 11 rue Saint Georges 75009 Paris
© Les Echos Judiciaires

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CARICATURE DE JESUS: L'AGRIF EN CASSATION (France)

L'Agrif va se pourvoir en cassation dans l'affaire qui l'oppose à Libération au sujet d'un dessin représentant le Christ avec un préservatif.

18/05/2006 - L'Alliance Générale contre le Racisme et pour le respect de l'Identité Française et chrétienne (Agrif) a décidé jeudi 18 mai de se pourvoir en cassation contre l'arrêt de la cour d'appel de Paris la déboutant dans son action contre le quotidien Libération. L'association Agrif, proche des catholiques traditionalistes, avait poursuivi le journal pour avoir publié un dessin de Willem paru le 25 avril 2005 et représentant un Christ nu et le sexe enveloppé d'un préservatif. La 11e chambre de la cour d'appel de Paris a estimé que les juges de première instance avaient "à bon droit et par des motifs pertinents (...) décidé que le dessin litigieux ne caractérisait pas le mépris, l'invective ou l'outrage fait aux personnes en raison de leur religion".

Une caricature injurieuse
Bernard Antony, membre du Front national et président de l'Agrif, a déclaré que "cette caricature immonde du fils de Dieu, blasphématoire et injurieuse pour les Chrétiens, attentatoire à la dignité humaine pour tous les hommes, n'a pas soulevé le milliardième de l'indignation suscitée par les caricatures, ô combien anodines du prophète et chef de guerre Mahomet".
© Le Nouvel Observateur

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MONTÉE DE LA XÉNOPHOBIE EN ALLEMAGNE

L’Allemagne s’inquiète d’une montée de l’extrémisme de droite. Le dernier rapport de l’Office de protection de la Constitution relève que le nombre de délits à caractère politique, et notamment xénophobe, a nettement progressé entre 2004 et 2005. Les journaux allemands reviennent sur ce phénomène qui réveille de vieux démons dans le pays, surtout que ces derniers temps, plusieurs agressions ont défrayé la chronique...

23/05/2006 - Et notamment celle d’un député de gauche d’origine turque, il y a quelques jours, à Berlin. Une agression qu’évoque la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et le journal note que, de l’avis de certains, le racisme est un sujet difficile à aborder en général, en Allemagne en particulier, et surtout à la veille de la Coupe du monde de football. La FAZ rapporte cependant une citation du président du parti écologiste qui estime qu’il n’y va pas de l’image du pays, mais bel et bien du caractère intrinsèque de l’Allemagne.

Les chiffres parlent d’eux mêmes : si l’on considère, en données brutes, le triste classement des violences d’extrême-droite, les cinq Länder de l’est arrivent largement en tête. C’est la Frankfurter Rundschau qui le note. Cependant, le journal relativise : proportionnellement, ce sont les régions de l’ouest qui enregistrent la progression la plus forte. Enfin, se félicite le quotidien, cet aspect refoulé du quotidien allemand, le racisme, est abordé dans le débat public. Mais, outre les discussions, la Frankfurter Rundschau rappelle que le problème de la xénophobie ne pourra être véritablement combattu que lorsque les régions et populations les plus touchées auront de réelles perspectives sociales et économiques.

Détourner le regard et enjoliver, titre pour sa part la Süddeutsche Zeitung. Le ministre de l’Intérieur, Wolfgang Schäuble, l’a indiqué : la violence d’extrême-droite est particulièrement forte dans une couche de la société, les jeunes hommes entre 18 et 24 ans qui votent NPD et originaires des Länder de l’est. Il ne sert à rien de continuer à faire semblant : quand on n’a pas l’air Allemand, les risques d’être agressé sont bien plus élevés dans le Brandebourg qu’ailleurs. La SZ est donc partisane d’une politique plus honnête contre l’extrémisme de droite : elle écrit que la pommade passée depuis des années pour tenter de calmer le mal n’a fait, en fait, qu’encourager l’infection.

Sandrine Blanchard
© Le Journal Chrétien

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'DEPUIS LA RÉUNIFICATION, LE RACISME FAIT PARTIE DU QUOTIDIEN DES GENS DE COULEUR EN ALLEMAGNE'

23/05/2006 - Trois questions à Judy Gummih, membre de la direction d’Afrika Rat, organisation qui regroupe différentes associations germano-africaines de Berlin et de l’Etat de Brandebourg.

Votre organisation publie un guide pour les supporteurs « de couleur » qui viennent en Allemagne à l’occasion de la Coupe du monde. Quels sont les conseils que vous allez leur donner ?
Il ne s’agit pas d’un guide en bon et due forme mais d’un ensemble de recommandations que nous allons publier bientôt sur Internet. Notre but est de casser le silence et de faire la lumière sur le racisme que subissent tous les jours les Noirs en Allemagne. Nous déconseillons ainsi à une personne de couleur de se rendre seule à pied dans la banlieue est de Berlin et dans le Land de Brandebourg où sévissent de nombreux militants d’extrême droite. Nous appelons ces zones des « aires où ne pas aller » (no-go areas), mais nous ne donnons pas de noms de lieux spécifiques pour ne pas décourager les personnes de couleur de s’y rendre en voiture, avec des Blancs ou en groupes.

L’idée vous est-elle venue après l’agression à Pâques d’Ermyas Mulugeta, cet ingénieur allemand d'origine éthiopienne de 37 ans ?
Non, nous y avons pensé dès l’hiver dernier. Les officiels disaient que le monde entier serait bienvenu en Allemagne pour la Coupe du monde. Mais nous nous sommes dits que cet accueil ne serait peut-être pas aussi simple qu’ils le pensent. Car, depuis le début des années 1990 et la réunification, le racisme et les « aires où ne pas aller » font partie du quotidien des personnes de couleur dans ce pays.

Les autorités luttent-elles contre le racisme que vous dénoncez ?
Elles essaient mais seulement depuis l’agression d’Ermyas Mulugeta et les conférences de presse que nous avons organisées. Bref, depuis que l’opinion publique s’y intéresse. Avant, elles s’en moquaient. Mais même aujourd’hui, le gouvernement est davantage inquiet pour l’image du pays en cas d’agressions racistes durant le Mondial que pour le sort des victimes.

Propos recueillis par Alexandre Sulzer
© 20 Minutes

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CES AGRESSIONS RACISTES QUE L'ALLEMAGNE NE VEUT PAS VOIR

A la veille de la Coupe du monde, la xénophobie en ex-RDA gêne le pouvoir.
Berlin de notre correspondante Odile BENYAHIA-KOUIDER


22/05/2006 - Tétanisés à l'idée que l'on donne une mauvaise image de leur pays à trois semaines de l'ouverture de la Coupe du monde de football, les hommes politiques allemands ont longtemps minimisé les faits. Aujourd'hui, ils ne peuvent plus fermer les yeux. Beaucoup, comme le député européen vert Cem ÷zdemir, d'origine turque, ou le député SPD Sebastian Edathy, d'origine indienne, n'hésitent plus à parler publiquement de l'existence de «zones interdites» pour les étrangers.

«Ecarts de langage»
Le 9 janvier, il y a eu le cas de ce jeune Ethiopien de 12 ans, tabassé pendant deux heures à Pömmelte, en ex-Allemagne de l'Est. Deux mois plus tard, un ressortissant de la Côte-d'Ivoire a été grièvement blessé dans le centre-ville de Halle. Encore en ex-RDA. Et il y a eu la violente agression, le 16 avril à Potsdam, contre Ermyas M., un ingénieur allemand d'origine éthiopienne âgé de 37 ans, resté quinze jours dans le coma. Le 20 avril, un travailleur social originaire du Mozambique et son fils se sont fait agresser par un groupe de jeunes d'extrême droite à Magdebourg. Vendredi soir, c'est un député PDS (néocommuniste) du parlement régional de Berlin d'origine kurde, Giyasettin Sayan, qui s'est fait attaquer. C'est le sixième attentat raciste grave recensé depuis janvier en ex-RDA.

Le débat sur le racisme à l'Est a pris une nouvelle ampleur, mercredi, quand Uwe-Karsten Heye, ancien porte-parole de l'ex-chancelier social-démocrate (SPD), a déclaré : «Je ne conseillerais à personne d'aller dans une petite ou moyenne ville du Brandebourg s'il a une couleur de peau différente. Il se pourrait qu'il n'en revienne pas vivant.». Le ministre de l'Intérieur CDU, Wolfgang Schäuble, a stigmatisé ces «raccourcis». Certes, selon les chiffres de l'Office de la protection de la Constitution publiés la semaine dernière, les actes de violence de groupes d'extrême droite dans le Brandebourg restent stables. Ainsi, 105 cas ont été dénombrés en 2004. Soit autant qu'en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Sauf que ce Land de l'Ouest est sept fois plus peuplé que le Brandebourg. L'Office dénombre 4,08 actes de violence d'extrême droite pour 100 000 personnes en Brandebourg, 2,81 en Saxe-Anhalt, 2,2 en Saxe. Seule consolation, Berlin se place très en deçà du reste de l'Allemagne de l'Est avec 1,65 agression pour 100 000 habitants. Les chiffres pour 2005, qui doivent être présentés aujourd'hui, indiquent une nette augmentation des agissements néonazis. «A Berlin, nous combattons ce phénomène, insiste le sénateur de l'intérieur Ehrhart Körting.

En 2005, nous avons recensé 18 cas d'agressions racistes. Ce sont 18 cas de trop. Mais on ne peut pas affirmer qu'il y ait à Berlin un seul mètre carré où des étrangers ne puissent se rendre.» Ce n'est pas du tout l'avis du Conseil des Africains (Afrika Rat), qui a pour sa part recensé 110 actes d'agression en 2005. «Beaucoup d'Africains ont peur de déposer plainte ou sont en situation illégale», explique Moctar Kamara, porte-parole de l'organisation qui compte publier, cette semaine, un livre blanc des lieux jugés trop dangereux pour les touristes de couleur durant le Mondial. Contrairement aux juifs ou aux musulmans, la communauté noire de Berlin n'avait pas, jusqu'alors, de véritable fédération capable d'interpeller les politiciens. L'attentat raciste perpétré à Potsdam contre Ermyas M., d'origine éthiopienne, a poussé 25 associations africaines à se regrouper. «Nous avons été assommés par les faits et stupéfaits des tentatives des politiques pour les minimiser», explique Moctar. Pour le parquet fédéral, le caractère xénophobe de l'attaque ne fait pourtant aucun doute : des insultes racistes («sale nègre») ont été enregistrées sur le répondeur téléphonique de l'épouse d'Ermyas au moment où il se faisait agresser. Très en colère, la communauté noire a aussi appris avec dépit, la semaine dernière, que le parquet n'avait toujours pas admis la plainte de la famille d'Oury Jallow, un demandeur d'asile retrouvé brûlé dans sa prison de Dessau, alors que deux policiers sont soupçonnés de l'avoir roué de coups.

Passé nazi
C'est déjà dans cette ville de l'Est qu'un autre demandeur d'asile, Antonio Amadeu, avait été assassiné en 1991 par des néonazis. Après la réunification, cette poussée d'extrême droite chez les jeunes Ossies (Allemands de l'Est) avait soulevé l'indignation de leurs voisins de l'Ouest. Le racisme antinoir existait déjà du temps de l'ex-RDA, où les camarades des pays frères étaient parqués dans des cités quasi interdites. «Il n'y a pas eu de travail sur le passé nazi en ex-RDA, explique Anetta Kahane, directrice de la fondation Antonio Amadeu, qui éduque les élèves des nouveaux Länder sur le racisme. L'Holocauste était, au mieux, traité comme une question idéologique. Les citoyens est-allemands ont été exonérés de toute responsabilité, puisque tous les maux provenaient du capitalisme.» A quoi s'ajoute la frustration de laissés-pour-compte. A l'Est, le taux de chômage dépasse 20 %.
© Libération

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LE NOMBRE DE MILITANTS NÉONAZIS ALLEMANDS AUGMENTE

21/05/2006 - Le nombre des militants néonazis en Allemagne a augmenté entre 2004 et 2005, selon un rapport des services de renseignements publié dimanche par la presse. Ces chiffres paraissent alors que l'inquiétude monte à la veille de la Coupe du monde de football, qui débute le 9 juin.

Selon le journal "Bild am Sonntag" qui cite un rapport officiel, le nombre des membres de groupes néonazis est passé de 3800 à 4100. Celui des extrémistes de droite signalés comme enclins à la violence a augmenté de 10'000 à 10'400. Le document sera publié lundi.

Plusieurs agressions à caractère raciste ont eu lieu à Berlin et dans l'ex-RDA ces dernières semaines. Un député allemand de gauche et d'origine turque, Sayan Giyasettin, a été grièvement blessé vendredi soir. La police a qualifié l'incident de raciste.

Mercredi, Uwe-Karsten Heye, à la tête d'une organisation contre le racisme outre-Rhin, avait déconseillé aux supporteurs étrangers de se rendre lors de la Coupe du monde dans le Brandenbourg, Land de l'ex-Allemagne de l'Est qui entoure Berlin.

Selon l'hebdomadaire "Der Spiegel", les mouvements néonazis veulent profiter de la manifestation sportive pour propager leurs idées en organisant des rassemblements. L'un d'eux est prévu à Leipzig (est) le 21 juin, en marge du match Iran-Angola.

Les néonazis veulent y affirmer leur soutien aux déclarations antisémites du président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Pendant la Coupe du monde, la police ne sera pas en mesure d'assurer la sécurité de telles manifestations.

Une centaine de personnes ont été tuées par des radicaux d'extrême droite depuis la réunification du pays en 1990. (ATS)
© Télévision Suisse Romande

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MISE À PIEDS D'UN EMPLOYÉ DE LA STIB POUR CAUSE DE PROPOS RACISTES (Belgique)

24/05/2006 - Le comité de gestion de la STIB, réuni hier après-midi, a convenu, après avoir entendu les explications du directeur général, Alain Flausch, qu'il n'y avait pas lieu de faire procéder à un audit de son service des ressources humaines que se préparaient à demander les mandataires socialistes du conseil d'administration.

Cette demande avait été envisagée à la suite d'un article publié dans un quotidien bruxellois au sujet de propos racistes tenus par un supérieur hiérarchique du personnel affecté à la surveillance à l'égard d'un collègue travaillant sous ses ordres. Selon le plaignant, qui s'est adressé au Mouvement Contre la Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX), la personne incriminée avait eu d'autres « écarts de langage ».

Alain Flausch a affirmé que l'auteur des propos à caractère raciste avait été sanctionné d'une mise à pied de trois jours et que toute répétition de ce genre de comportement se solderait par son licenciement. Il a également indiqué que des mesures avaient été prises pour améliorer l'esprit d'écoute au sein de la société.
© RTL Infos

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ANVERS CONTRE LE RACISME (Belgique)

texte reçu de la liste de diffusion shalom archav belgique

23/05/2006 - Le Centre Communautaire Laïc Juif (CCLJ), les Amis belges de Shalom Archav, le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) et l'Union des Etudiants Juifs de Belgique (UEJB) appellent à la mobilisation pour la

GRANDE MARCHE BLANCHE & SILENCIEUSE CONTRE LE RACISME

organisée à Anvers ce vendredi 26 mai à 14h à l'appel des familles des victimes

(ni calicots, ni drapeaux, ni slogans)

Informations pratiques :
Le vendredi 26 mai aura lieu une marche silencieuse à Anvers sous le mot d'ordre « Het verdriet is van A » « Le chagrin de « A » (« A » pour Anvers. Les Anversois prononcent le « A » comme un « UW », c'est-à-dire, « VOUS » en néerlandais. Il s'agit donc d'un jeu de mot qui fait du chagrin d'Anvers votre chagrin et le chagrin de tous). Le deuxième mot d'ordre de la marche est « Stop racisme, diversiteit is realiteit ».

Cette marche a été préparée de commun accord avec les familles et les diverses communautés en mémoire à Mohamed Bouazza et des victimes de l'agression brutale et raciste de jeudi dernier : Luna Drowart, Oulemata Niangadou et Songül Koç. Cette marche se veut à la fois une protestation sereine contre toutes les formes de violence dans la société et un plaidoyer pour une ville tolérante. L'administration communale, de même que les organisations des différentes communautés, ainsi que les associations de commerçants, soutiennent cette initiative.

L'heure de départ et le parcours :
Le cortège silencieux partira le vendredi 26 mai à 14 heures du Brouwersvliet. Le parcours suivra les Quais (Kaaien) jusqu'à la rue de Namur (Namenstraat) pour se diriger ensuite via le Jan Van Gentstraat jusqu'à la place de Bolivar (Bolivarplaats). A cet endroit auront lieux les discours des familles concernées.

Les consignes :
Les familles demandent expressément de respecter le silence et la sérénité durant la marche. Elles demandent également de ne prendre ni banderoles, ni calicots, ni drapeaux...et de ne pas distribuer de tracts. Elles désirent également que les participants portent simplement un vêtement blanc en signe de solidarité. Les commerçants et associations socioculturelles qui ne peuvent pas participer à la marche, sont priés d'exprimer leur solidarité en fixant un ruban ou drapeau blanc à leur fenêtre.

Transports en commun :
Il est recommandé aux participants d'emprunter les transports en commun autant que possible pour se rendre à la manifestation. On peut atteindre le point de départ « Brouwersvliet » via les transports en commun : descendre à la gare centrale d'Anvers et prendre les lignes de pré-métro en direction de rive gauche puis descendre à l'arrêt Meir. Prendre ensuite à la « Sint-Katelijnevest » les tramways 4 ou 7 en direction « Sint-Pietersvliet ». Descendez à l'arrêt « Sint-Pietersvliet ». À partir de là, marcher un peu le long des Quais pour atteindre la « Brouwersvliet ». Pour rentrer à partir du lieu de dissolution de la marche, sur la « Bolivarplaats », dirigez-vous vers la « Lambermontplaats » d'où vous pourrez prendre le tram 8 jusqu'à la « Groenplaats ». A la « Groenplaats », des lignes de pré-métro sont accessibles en direction de la gare centrale. Vous trouverez un plan d'Anvers sur le site www.antwerpen.be

Rendez-vous du CCLJ à la Gare du Midi (Bruxelles) à 11h20 :

Le CCLJ et quelques organisations amies vous fixent rendez-vous à 11h20, Gare du Midi, devant les relations intérieures (milieu de la Gare), déjà muni de votre billet. Nous prendrons le train de 11h53. Il y aura probablement des billets à 5€ aller-retour pour les manifestants (en cours de négociation par le MRAX avec la SNCB).

Plus d'informations générales sur : http://26mei.antwerpen.be (en néerlandais uniquement).

Personne de contact : Mirjam Zomersztajn - CCLJ - 02/543 02 70 ou 0474/739 269
© IndyMédia Paris

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MANIFESTATION ANTI-RACISTE A BRUXELLES (Belgique)

Plus de mille africains prennent d’assaut le siège du Vlaams Belang

23/05/2006 - Les Africains vivant en Belgique ne sont pas contents. Et ils l’ont manifesté hier. Ils étaient en effet plus de mille deux cents manifestants, selon les derniers chiffres de la police, cinq mille selon les organisateurs à s’être donnés rendez-vous à la place Madou à Saint-Josse devant le siège du Vlaams Belang, dont l’entrée avait été barricadée par les forces de l’ordre. Les manifestants voulaient rendre hommage aux deux victimes tuées jeudi à Anvers par un jeune homme dont des membres de la famille sont des sympathisants et des membres du VB.

Ils entendaient également dénoncer la dangerosité de la politique de ce parti d’extrême droite. "Le Vlaams Belang tue" pouvait-on lire sur un calicot. Aucune demande de manifestation n’avait été sollicitée. Les participants avaient été avisés de la date et de l’heure par textos envoyés en chaînes. Un important dispositif de sécurité était assurée par les polices des zones de Bruxelles-Nord et de Bruxelles-Ixelles ainsi que fédérale. Après avoir observé une minute de silence et écouté quelques discours, les manifestants sont partis en direction de la Gare centrale ou a eu lieu la dislocation peu avant 17 heures. La manifestation était peu bruyante, quelques cris étaient scandés à la tête du cortège. A la fin de la marche, une nouvelle minute de silence a été observée. Il n’y a pas eu d’incident. De nombreux sans-papiers ont participé à la marche. Les sans-papiers sont ciblés par cette politique de l’exclusion et du racisme. Les trois victimes d’Anvers pouvaient être n’importe qui de nous. L’immigré, l’allochtone et l’autochtone ont été visés a expliqué Ali Guissé, porte-parole de l’Union de défense des sans-papiers et l’un des organisateurs de cette marche.

Le Vlaams Belang est indirectement responsable estime Diop Alioune, président de l’association sénégalaise de Bruxelles. Pour lui, l’auteur des faits est un produit du Vlaams Belang, éduqué dans un famille où on prônait la haine . Cet enfant a été robotisé, comme ces terroristes qui se font sauter, a-t-il dit. Le cordon sanitaire ne suffit plus, il faut aller au delà a réagi l’échevin bruxellois cdH Bertin Mamapaka. La députée fédérale Ecolo Marie Nagy a dit espèrer que la drame qui s’est joué jeudi dernier aura tout son poids sur la question du financement des partis d’extrême droite. Cela fait des années que notre parti dénonce la politique menée par le Vlaams Belang, qui déteint sur les autres partis et qui a un impact auprès des médias et de la société. Aujourd’hui, avec un tel drame, j’ai l’espoir que l’on va enfin se rendre compte que ce parti fondé par la haine n’est pas comme les autres partis , a-t-elle déclaré. Outre des représentants des partis traditionnels, on reconnaissait également parmi les manifestants des représentants de mouvements d’extrême gauche.

Depuis quelques temps, les africains sont la cible de crimes racistes. Le 11 mai, un jeune de 18 ans a abattu trois personnes d’origine étrangère à bout portant, dans le centre d’Anvers. Deux personnes - dont un enfant de deux ans ! - sont mortes, une autre a été grièvement blessée. Le même jour, la VRT annonçait, sur son site Internet, qu’on avait retrouvé le corps d’un jeune marocain de 21 ans, disparu après une dispute en discothèque, qualifiée de raciste par la famille. La veille, le 10 mai, le Standaard parlait de l’incendie criminel de la maison d’une famille marocaine à Heulen, en Flandre orientale. Dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 mai denier, deux étrangers ont été tabassés par une bande de skinheads à Bruges, l’un d’entre eux est toujours dans le coma.
© Nettali

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AMNESTY CRITIQUE LA BELGIQUE SUR LA GESTION DES ILLÉGAUX

23/05/2006 - Si la Belgique ne figure pas dans la liste des pays qu'Amnesty International fustige pour les graves violations des droits de l'Homme commises en 2005, elle n'en essuye pas moins quelques reproches de l'organisation. Dans le petit chapitre consacré à la Belgique de son rapport 2005, présenté ce mardi à Bruxelles, Amnesty regrette notamment une action insuffisante dans la lutte contre la violence domestique et des manquements en matière de respect des droits de l'homme dans les prisons où la nouvelle législation n'a pas été suffisamment appliquée.

L'organisation déplore également que des étrangers en séjour illégal en Belgique, y compris des mineurs, continuent à être confinés dans les zones de transit de l'aéroport pendant de longues périodes et dans des conditions allant jusqu'au traitement cruel, inhumain ou dégradant. Amnesty relève également que les agressions à caractère raciste contre des personnes appartenant à des minorités ethniques ou religieuses ont continué à avoir lieu en 2005. Il cite, à cet égard, le rapport annuel du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme qui s'était notamment alarmé de la montée du racisme et de la xénophobie dans notre pays ainsi que de la discrimination à l'emploi.

Il salue, par contre, la condamnation en Belgique de deux Rwandais pour crimes de guerre commis en 2004 au Rwanda et le mandat d'arrêt international lancé contre l'ancien Président du Tchad, Hissène Habré, pour violations des droits de l'Homme, y compris la torture, meurtres et disparitions. Amnesty distribue aussi un bon point à la Belgique pour la ratification d'instruments visant à combattre les violations des droits de l'Homme comme le Protocole optionnel de la Convention des Nations-Unies contre le trafic des êtres humains et la Convention européenne pour l'Action contre le trafic des êtres humains.
© 7 sur 7

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LE RACISME MEURTRIER DU VLAAMS BELANG (Belgique)

Par Benjamin Adler, (journaliste)

20/05/2006 - « Qui sème le racisme récolte un assassin. » La pancarte est discrète, blanche et tenue le coeur embrumé de consternation. Devant le siège du Vlaams Belang à Bruxelles dimanche dernier, une manifestante reprend la sentence prononcée par le premier ministre, Guy Verhofstadt : « Voilà à quoi peut mener l’extrême droite : cela doit être clair pour tout le monde désormais. » Comment le répugnant alien du racisme a-t-il pu grandir dans les tripes d’un adolescent de dix-huit ans décrit comme sympathique et sans histoire, au point d’en faire un tueur fou parti à la traque « aux macaques » dans les rues d’Anvers, qui a voté à 33 % en faveur du Vlaams Belang en juin 2004 ? La Belgique en deuil cherche à comprendre.

Impossible alors de ne pas suspecter un lourd héritage familial chez Hans Van Themsche, noyé dès son plus jeune âge dans les discours ultranationalistes et maculés de racisme du parti flamand d’extrême droite. Son père, Peter, est un militant de la première heure de l’ex-Vlaams Blok, crée en 1978 par des nationalistes flamands et d’anciens collabos. Sa tante Frieda est, elle, députée fédérale du parti, décrit par son président comme « islamophobe ». Frieda Van Themsche ne sourcille pas quand elle se plaît à vanter l’engagement du grand-père et du grand-oncle de Hans en 1943 au sein des Waffen SS, sur le front de l’Est. « Contre le communisme et pour la Flandre », dit-elle sans la moindre gêne.

Aujourd’hui dans la ligne de mire des partis démocratiques, qui viennent de demander au Conseil d’état de suspendre son financement par des fonds publics, le VB a toujours fondé sa stratégie électorale sur la contagion de la peur et l’incitation à la haine. En avril, un meeting avait pour nervure centrale : « Nous sommes en guerre contre la criminalité. » Dans chaque couplet, ladite criminalité avait le teint bronzé. Pire encore, quelques jours après la mort de Joe Van Holsbeeck, adolescent de dix-sept ans poignardé le mois dernier pour un lecteur MP3 à la gare centrale de Bruxelles, Paul Beliën, idéologue du parti, assimilait sur son site Internet les personnes d’origine arabe « à des fauves assoiffés de sang, qui ont appris lors de leur fête annuelle à égorger le mouton ». Et appelait les Flamands à se débarrasser d’eux. Le titre de son pamphlet xénophobe ? « Donnez-nous des armes. » Hans a pris la sienne.
© L'Humanité

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LES ÉLECTEURS DU VLAAMS BELANG SONT AUSSI RESPONSABLES (Belgique)

20/05/2006 - Les électeurs du Vlaams Belang sont aussi responsables du climat qui a entraîné les meurtres racistes d'Anvers, a affirmé vendredi soir le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, à la chaîne de télévision flamande Canvas. "On ne peut voter impunément pour le Vlaams Belang. Si on vote pour lui, on est aussi responsable de ce qu'il provoque dans la société", a souligné M. De Gucht. "Beaucoup de responsables politiques disent que les électeurs (du Belang) sont des brebis égarées". Mais ils "s'identifient à cette idéologie. Ils votent pour le Belang parce qu'ils adhèrent au discours raciste de ce parti", a-t-il ajouté. Pour le ministre, "le Vlaams Belang ne progresse pas parce que la société va de plus en plus mal", mais "parce que le racisme augmente" au sein de celle-ci.

© Le Vif

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MALAISE FACE AUX SANS-PAPIERS (Belgique)

PHILIPPE BODEUX

18/05/2006 - Ils sont éducateurs de rue et assistants sociaux dans les maisons d'accueil pour SDF ou femmes battues. Ils confient aujourd'hui leur malaise concernant l'aide aux sans-papiers. Coincés entre des situations de détresse humaine et le statut illégal persistant de personnes ancrées en région liégeoise. Désemparés face, par exemple, à Madame V. et son bébé de quelques mois. D'origine brésilienne, Madame V. a fui les coups du père - belge - de son enfant. Elle a trouvé refuge dans une maison d'accueil. Mais elle est sans-papiers. Elle a donc introduit une demande d'autorisation de séjour (article 9.3) qui sera examinée dans un délai... d'un à trois ans. Étant illégale et sans ressource, elle ne peut rester à la maison d'accueil. Que doivent faire les travailleurs sociaux ? La remettre à la rue, avec son bébé ?

S'il était isolé, le cas de Madame V. pourrait trouver une issue favorable. Le problème, c'est que le nombre de sans-papiers fréquentant les services sociaux de première ligne ne cesse d'augmenter. Aujourd'hui, au sein des partenaires du Relais social de Liège, la moitié des personnes secourues sont aujourd'hui en séjour illégal. Il n'existe pas de chiffres officiels mais on évalue leur nombre à plusieurs milliers.

« La complexité des procédures y est pour beaucoup, déclare Brigitte Collard, présidente du comité de pilotage du Relais social. En attendant, l'État ne donne aucune solution face aux situations de misère extrême que doivent gérer les travailleurs sociaux. » Des phénomènes inquiétants apparaissent comme le racisme d'usagers vis-à-vis des sans-papiers ou l'accroissement de petits trafics illégaux dans les services, seul moyen pour certain de survivre. Ou encore la tentation pour d'autres de fréquenter avec assiduité les services médicaux, histoire d'accélérer la procédure d'autorisation de séjour.

« Nous travaillons dans un contexte nébuleux, avec des moyens qui ne sont pas adaptés aux nouvelles situations de détresse humaine », explique Luc Snoek qui a animé, durant un an, un groupe de travail à ce sujet. Un rapport en est sorti, envoyé aux quatre présidents de parti et au ministre de l'Intérieur. « On ne peut pas continuer comme ça », résume Yvon Henry, coordinateur du Relais social. Parmi les recommandations, le Relais social demande la mise sur pied d'une commission permanente de régularisation...
© Le Soir en ligne

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LA DOTATION DU VLAAMS BELANG EN SURSIS? (Belgique)

La requête demandant la suppression de la dotation publique du Vlaams Belang a été envoyée au Conseil d'Etat. Ce dernier dispose de six mois pour se décider. La requête est signée PS, CDH, MR et SP.A-Spirit.

19/05/2006 - La requête signée par le PS, le CDH, le MR, le SP.A et Spirit visant à demander la suppression de la dotation publique du Vlaams Blok/Belang a été envoyée jeudi au Conseil d'Etat. Cette requête, qu'a pu lire l'agence Belga, s'appuie sur un nombre important d'indices qui, selon les requérants, démontrent que le parti d'extrême droite bafoue les droits et libertés garantis par la Convention européenne des droits de l'homme.

L'argumentation de la partie requérante tend notamment à démontrer que le Vlaams Belang n'est que la continuité du Vlaams Blok condamné pour racisme en 2004 par la cour d'appel de Gand.

Amalgame
Parmi une série d'indices, la requête retient notamment des propos tenus par les représentants du Vlaams Blok/Belang lors d'un congrès qui s'est déroulé à Anvers le 11 avril dernier, soit dans le délai de 60 jours précédant le dépôt de la requête, délai imparti par la loi sur le financement des partis. Lors de ce congrès au cours duquel les étrangers et la criminalité ont fait l'objet d'un amalgame systématique («la multicultularité entraîne la multicriminalité»), lit-on dans la requête, le député flamand Filip Dewinter a notamment lancé un appel à la légitime défense. Le député fédéral Gerolf Annemans a surenchéri, allant jusqu'à parler de «Marocains de merde».

Une série d'autres indices sont également répertoriés. Ils font référence à des faits qui se sont déroulés depuis la création du Vlaams Belang en 2004. Il s'agit notamment d'une interview de Filip Dewinter au Jewish Week dans laquelle il se déclare islamophobe, interview qu'avaient dénoncée le Mrax et Kif-Kif, deux associations.

Mais les indices qui ont été retenus par la cour d'appel de Gand pour condamner le Vlaams Blok sont également rappelés, les requérants estimant que Vlaams Blok et Vlaams Belang c'est la même chose. Selon des déclarations des figures de proue du parti d'extrême droite, Vlaams Blok et Vlaams Belang c'est un «même groupe comprenant exactement les mêmes personnes». Par ailleurs, l'ASBL Vlaamse Concentratie, qui finançait le Blok et qui a été condamnée par la cour d'appel de Gand, a continué à réceptionner le financement du Vlaams Belang comme en attestent des documents parlementaires. Le double meurtre de la semaine dernière à Anvers, qui selon certains observateurs trouverait son origine dans le discours propagé par le Vlaams Belang, n'est pas évoqué dans la requête.

Conseil d'Etat
Celle-ci a été adressée en néerlandais. Elle est dirigée contre l'ASBL Vrijheidsfonds qui perçoit la dotation du VB, et pour autant que de besoin, contre l'ASBL Vlaams Concentratie précédemment désignée aux mêmes fonctions.

Comme le prévoit la loi, elle sera examinée par l'assemblée plénière de la section administrative du Conseil d'Etat qui dispose de six mois pour prendre une décision, soit jusqu'au 18 novembre. Une copie de la requête a été adressée à Herman De Croo, président de la Chambre et co-président de la commission des dépenses électorales.

En vertu de la législation telle qu'elle a été adaptée en 2005, un tiers des parlementaires qui siègent dans la commission de contrôle des dépenses électorales peuvent demander au Conseil d'Etat la suppression, pour une période allant de trois mois à un an, de l'entièreté ou d'une partie de la dotation publique des partis dont le programme est contraire à la Convention européenne des droits de l'homme.
© La Libre Belgique

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L'ÉDITEUR DANOIS DES CARICATURES DE MAHOMET ENVISAGE L'EXIL

Flemming Rose se sent dans la peau d'un condamné en sursis comme les douze caricaturistes danois, mais il ne regrette pas son initiative. Par Alexandre Nichols

23/05/2006 - Quatre mois après la tempête soulevée dans le monde musulman par les douze caricatures de Mahomet publiées dans le Jyllands-Posten, le rédacteur culturel du quotidien danois est toujours un homme traqué. A l'instar des douze caricaturistes, menacés de mort et surveillés nuit et jour par la police, Flemming Rose se sent dans la peau d'un condamné en sursis. Pour se faire oublier et échapper aux pressions encore trop fortes qui pèsent sur lui et sa famille, il envisagerait de s'exiler, pour un temps, aux Etats-Unis.

Mis en congé par sa rédaction en février, Flemming Rose s'est rendu en Amérique pour participer à des débats sur cette affaire et écrire une série d'articles sur la société américaine. Même si l'affaire s'est apaisée, les menaces subsistent sur celui qui a invité, pendant l'été 2005, douze dessinateurs à faire des portraits du prophète, au nom de la liberté d'expression. Des amis qui craignent pour sa sécurité lui ont recommandé de s'exiler quelques mois outre-Atlantique. Mais le journaliste hésite encore. «Il ne s'agit pas uniquement de moi, mais de ma famille, de mon travail et d'un tas d'autres choses à régler.» Mercredi dernier, au terme des deux mois de silence imposé par sa direction, il n'a regretté qu'une chose : la situation difficile dans laquelle se trouvent les douze caricaturistes «obligés de se cacher», et qui connaissent «des difficultés pour travailler». «C'est ce qui me désole le plus», a-t-il confié à l'issue de la dernière série d'émissions sur cette crise, «Adam et Asmaa», diffusée par la chaîne nationale DR2 avec une présentatrice musulmane voilée, une première au Danemark, et un athée.

Dans la peur perpétuelle d'être abattu
Depuis plusieurs mois, les caricaturistes vivent dans la peur perpétuelle d'être abattus. «A chaque fois que l'on croit l'affaire terminée, de nouvelles menaces surgissent (récemment celles d'al-Qaida), et le sentiment d'angoisse vous reprend de nouveau», raconte l'un d'entre eux. «C'est dur psychologiquement. Il faut que cela cesse, que l'on retrouve une vie normale avec la famille, les amis, le travail, loin des projecteurs.»

Malgré tout, Flemming Rose ne regrette pas son initiative. «Ces dessins n'enfreignent pas l'article de loi sur le racisme ni celui sur le blasphème. Le procureur général du royaume l'a affirmé», en rejetant les plaintes d'associations musulmanes, rappelle-t-il. «Les musulmans (3% de la population) doivent être traités sur le même pied d'égalité que les autres groupes au Danemark», martèle-t-il. Ne pas les caricaturer reviendrait à «leur accorder un traitement particulier, à les marginaliser, comme s'ils ne faisaient pas partie intégrante de notre communauté.» «Les musulmans dans ce pays bénéficient de droits qui sont de loin beaucoup plus respectés dans la société danoise que dans les pays musulmans», ajoute-t-il.
© Le Figaro

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POURSUITES CONTRE UNE VIDÉO PARODIANT AUSCHWITZ (Pays-Bas)

Un étudiant avait réalisé un clip pour une rave-party fictive baptisée "Housewitz".

22/05/2006 - La justice néerlandaise a annoncé lundi 22 mai l'ouverture de poursuites à l'encontre d'un étudiant ayant utilisé des images du camp de concentration d'Auschwitz pour une vidéo sur une "rave-party" fictive. Jechien de Graaf, porte-parole du parquet de Rotterdam a en effet annoncé son intention de poursuivre celui que les médias identifient comme Dickie Thijssen pour discrimination. L'auteur de la vidéo, diffusée sur internet risque ainsi jusqu'à un an de prison et 4.500 euros d'amende. Le court-métrage consistait en une fausse publicité pour une soirée baptisée "Housewitz", contraction de la musique "House" et du nom du camp d'Auschwitz-Birkenau. On pouvait y voir des images des victimes du camp et de ses victimes détournées à l'aide de slogans ou de retouches des images. Ainsi, sur la grille d'entrée du camp, on pouvait lire "Danser rend libre" ("Tanzen macht frei") au lieu de "Travailler rend libre" ("Arbeit macht frei).

"Tanzen macht frei"
La soirée promettait également des "douches" en montrant des images des chambres à gaz ainsi que des "gangbang", en montrant des corps de déportés entassés.

Le film disait que le festival devait avoir lieu aux Pays-Bas le 4 mai, jour de commémoration nationale des victimes de guerre mais aucun événement de ce type n'était réellement organisé. Le clip avait suscité l'indignation du ministère néerlandais de la Justice, du musée Auschwitz et du ministère polonais des Affaires étrangères.
© Le Nouvel Observateur

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LE DÉPART D'AYAN HIRSI ALI DES PAYS-BAS CHOQUE LES ETATS-UNIS

19/05/2006 - L'annonce de la démission du parlement et du départ des Pays-Bas d'Ayan Hirsi Ali a provoqué la stupeur aux Etats-Unis où la députée d'origine somalienne est très connue pour ses critiques virulentes de l'islam radical et son soutien aux femmes musulmanes.
Un haut responsable de l'administration Bush et un centre d'étude conservateur de Washington ont immédiatement offert leur aide et l'hospitalité des Etats-Unis à la jeune femme qui pourrait perdre sa nationalité néerlandaise pour avoir menti au moment de présenter sa demande d'asile aux Pays-Bas.

»Est-il encore possible de condamner l'extrémisme musulman et d'habiter parmi les Néerlandais? Peut-être pas», écrit le Washington Post jeudi dans un éditorial intitulé »Intolérants Pays-Bas».

»Elle laisse derrière elle un pays où une importante minorité musulmane vit isolée de la société, en raison notamment des préjugés sociaux. Dans cet isolement, l'idéologie extrémiste islamiste s'épanouit, et rien ne s'y oppose, parce que ceux qui cherche à la combattre sont menacés. Aussi longtemps que des conditions comme celles-ci persistent en Europe, la guerre contre le terrorisme ne peut pas être gagnée», ajoute le quotidien.

Time Magazine souligne que la députée nerlandaise avait été choisie par l'hebdomadaire en 2005 dans son classement des 100 personnes les plus influentes du monde. Elle avait également bénéficié d'un très long portrait dans le New York Times magazine en avril 2005, où elle était présentée comme une »fille des Lumières».

L'affaire Hirsi Ali est »vraiment, vraiment déprimante» a pour sa part jugé l'essayiste américain Francis Fukuyama, lors d'une table ronde à Washington consacrée à l'islamisme radical en Europe.

»On a l'impression que les Pays-Bas peuvent tolérer n'importe qui, sauf quelqu'un de libéral qui critique les Musulmans. Ils peuvent tolérer tous ces gens qui disent ces inepties sur le jihadisme violent et qui veulent intimider les autres», a-t-il dit. »Mais quelqu'un de l'autre côté ne peut pas trouver de place dans la société neerlandaise, et le fait que la personne qui lui dénie la citoyenneté appartienne au même parti libéral qu'elle, est absolument fou», a ajouté l'universitaire.

Ayan Hirsi Ali a reçu une offre d'emploi de l'American Entreprise Institute, un centre de recherches conservateur, basé à Washington.

»J'ai été profondément énervé par les attaques injustes et partisanes dont vous avez fait l'objet et j'ai admiré votre courage et votre franchise en face de tout cette meute» a déclaré le président de l'AEI Christopher DeMuth dans une lettre envoyée cette semaine à Mme Hirsi Ali pour lui proposer un poste.

Côté officiel, Mme Hirsi Ali est »la bienvenue aux Etats-Unis», a déclaré jeudi à La Haye le numéro deux de la diplomatie américaine Robert Zoellick.

»Nous voyons en elle une femme courageuse, impressionnante. Elle est évidement la bienvenue aux Etats-Unis», a-t-il dit lors d'une rencontre avec la presse en ajoutant que la sécurité de l'intéressée »devait être assurée» aux Etats-Unis.

Ayaan Hirsi Ali, 36 ans, qui vit sous haute protection policière depuis l'assassinat de son ami le cinéaste Theo van Gogh en novembre 2004, a annoncé mardi qu'elle démissionnait de son mandat parlementaire du parti libéral VVD et qu'elle quittait les Pays-Bas pour les Etats-Unis.

La ministre de l'Immigration Rita Verdonk avait annoncé qu'elle serait privée de sa nationalité néerlandaise pour avoir menti sur son nom et son âge lors de sa demande d'asile. Elle a depuis indiqué qu'une solution alternative serait peut-être possible.
© Tageblatt

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HIRSI ALI: LA MINISTRE À L'IMMIGRATION FUSTIGÉE (Pays-Bas)

Est reproché à MmeVerdonk son empressement à retirer la nationalité à la députée

18/05/2006 - La ministre à l'Immigration Rita Verdonk, pilier du gouvernement Balkenende, abîme l'image de tolérance des Pays-Bas en contraignant à l'exil une députée d'origine somalienne qui a menti pour obtenir l'asile, ont critiqué mercredi les politiques et les commentateurs de tout bord.

Le Premier ministre chrétien-démocrate (CDA) Jan Peter Balkenende s'est dit «surpris» par la précipitation avec laquelle avait agi sa ministre, peu après que la députée eut annoncé qu'elle quittait la politique et les Pays-Bas pour les Etats-Unis, alors que MmeVerdonk voulait lui retirer la nationalité néerlandaise.

Une enquête sur les mensonges de la réfugiée somalienne -qui avait notamment donné un faux nom et une mauvaise date de naissance lors de sa demande d'asile en 1992- a été ordonnée vendredi dernier. Lundi soir, Rita Verdonk informait le Parlement qu'en vertu de ces mensonges, Ayaan Hirsi Ali n'avait jamais été néerlandaise. «Je savais que Verdonk s'en occupait, mais c'est quand même allé très vite», a réagi le Premier ministre.

«Honte»
Gerrit Zalm, ministre des Finances et également membre du parti libéral (VVD), comme les deux principales protagonistes de l'affaire, n'a pas caché son amertume. «J'espère qu'une éventuelle nouvelle demande de naturalisation (de Hirsi Ali) sera traitée dans les mêmes délais», a-t-il ironisé. «J'ai honte pour les Pays-Bas qui mettent à la porte une personne aussi exceptionnelle», a déclaré, de son côté, la commissaire européenne à la Concurrence, la Néerlandaise Neelie Kroes.

Dans les médias néerlandais, les commentateurs se déchaînaient contre MmeVerdonk, surnommée «Rita de fer» en raison d'une fermeté excessive en matière d'immigration. «Verdonk a fait des Pays-Bas la risée du monde occidental», soulignait «Het Parool», le quotidien d'Amsterdam, dans un éditorial titré «Honte».
© La Libre Belgique

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UN QUIZ POUR ÉMIGRER (Pays-Bas)

18/05/2006 - Sourire aux lèvres, Hassan sort du consulat des Pays-Bas. Il a le sentiment que le moment où il obtiendra son visa de trois mois - qu'il demande depuis un an - approche. Peut-être que, dans quelques mois, il pourra rejoindre sa petite amie, d'origine marocaine mais qui a la nationalité néerlandaise depuis deux ans. Là-bas, une fois qu'il aura son titre de séjour, il espère aussi « améliorer sa situation financière ». Hassan est optimiste parce qu'il pense avoir réussi le test, imposé depuis le 15 mars à certains étrangers qui souhaitent séjourner durablement aux Pays-Bas. C'est « l'examen d'intégration civique ».

Il concerne les étrangers (hors Union Européenne, Etats-Unis, Suisse, Australie, Japon…), qui désirent fonder une famille avec une personne résidant aux Pays-Bas ou effectuer un regroupement familial, ou encore ceux qui veulent exercer une activité religieuse. Pendant une quinzaine de minutes, Hassan a subi une épreuve de langue, répété, résumé ce qu'une voix électronique prononçait dans un ordinateur. Mais pour lui, le néerlandais n'est pas vraiment un problème puisqu'il a passé deux ans aux Pays-Bas pour des études de linguistique. Deuxième étape du test : les « fameuses » trente questions, sur l'histoire des Pays-Bas, le travail, la Constitution, les mœurs néerlandais etc... En voici quelques unes, dans le désordre : « Comment s'appelle le prince héritier ? », « Est-ce que les femmes peuvent choisir leur partenaire en Hollande ? », « Quel pays compte le plus d'habitants : la Hollande ou le Maroc ? », « L'homosexualité est-elle autorisée en Hollande ? », « Combien d'années a duré la guerre entre la Hollande et l'Espagne au XVIIème siècle ? », « La violence contre les femmes est-elle punie par la loi en Hollande ? », « Quel secteur embauche le plus en Hollande : la sécurité ou le bâtiment ? ». Hassan pense avoir répondu juste partout. Si les résultats sont positifs, il pourra entamer les démarches traditionnelles pour l'obtention du visa longue durée.

Test à 350 euros
Lors du test, il n'a pas eu à visionner les photos qui ont fait polémique aussi bien en Europe que dans les pays musulmans. Sur l'une, on voit une femme qui fait bronzette les seins à l'air ! Sur l'autre, deux homosexuels sont en train de s'embrasser. « Le livret qui contenait ces photos n'est pas présenté au Maroc ni dans les autres pays musulmans », explique Bud Rellum, consul des Pays-Bas à Rabat. « C'est une version censurée ! », lance-t-il. Les questions, notamment sur les droits des femmes ou sur l'homosexualité, visent cependant les pays musulmans, n'est-ce pas ? Pas de commentaire du consul. Ce test, voulu par la ministre néerlandaise à l'Intégration et l'Immigration, Rita Verdonk, à la réputation de « dame de fer », fait l'objet de toutes les précautions de la part du gouvernement néerlandais. Des protestations se sont faites entendre aux Pays-Bas, surtout quand la télévision publique néerlandaise a fait passer ces tests, pour une émission, à des groupes de résidents aux Pays-Bas (des Néerlandais de souche, des restaurateurs chinois, des Surinamiens et des Turcs établis depuis quelques années, etc.) : aucun groupe ne les avait alors réussis. Pour Hassan, ce test n'est pas vraiment difficile. « Il faut juste être alphabète, ce qui élimine la moitié des Marocains, et surtout pouvoir acheter aux Pays-Bas le livret de préparation qui coûte 65 euros et se le faire envoyer au Maroc ! ». Ce n'est pas tout : passer le test coûte 350 euros. « Et si tu le rates, tu dois payer de nouveau pour le repasser ! », explique-t-il, sur un ton critique. En 2000, quand il est parti étudier en Hollande, obtenir un visa était « bien plus facile ».

Aujourd'hui, avec cet examen d'intégration, les Pays-Bas sélectionnent les immigrants. « C'est étrange comme manière de procéder. Pour favoriser l'intégration, ce n'est pas un test qu'il faut mais plutôt un travail en amont. Il faudrait que les Pays-Bas donnent des cours de néerlandais au Maroc, par exemple », estime Hassan. Pour Mohamed, également en attente du sésame pour la Hollande, « les autorités néerlandaises auraient dû demander leur avis à des ONG marocaines pour préparer ce test au lieu de l'imposer. Cette politique ne tient pas la route ! Il y a des millions d'immigrants dans chaque pays européen et tant d'autres qui veulent y vivre. Il faut leur tendre la main plutôt que tout faire pour les dissuader de venir ». Lui pense à l'immigration clandestine, si jamais son visa lui est refusé. « Je me débrouillerai à entrer en Europe. Je trouverai un moyen ».

Immigration sélective
A quelques mètres de Moustapha, Brahim, un jeune né aux Pays-Bas il y a une vingtaine d'année attend son nouveau passeport. Il est juste de passage dans son pays d'origine et a une vision radicalement différente. « La mise en place des tests n'est pas si mal. Depuis l'assassinat par un Marocain du réalisateur Théo van Gogh, on nous regarde différemment. Les Marocains en souffre beaucoup. Ça ne peut pas durer ! », assure-t-il. « Et puis, il faut reconnaître que des Marocains en Hollande ne parlent même pas Néerlandais. On ne peut pas accepter ça ! ». A la sortie du consulat, Leïla, une jeune femme de 25 ans, est bien au-dessus de tous ces débats. Elle vient d'obtenir le précieux visa. Comme elle l'avait demandé en janvier, elle n'a pas eu à passer les tests. Heureusement, d'ailleurs, puisqu'elle ne parle pas du tout néerlandais. « Je l'apprendrai là-bas », lance-t-elle. Elle va retrouver son mari, un Indien qui vient d'obtenir la nationalité hollandaise, qu'elle a rencontré sur internet. « Elle a vraiment de la chance d'émigrer, sans avoir à passer ce test », estime une amie de Leïla, envieuse. « Vous pensez que c'est plus facile de partir en France ? », demande-t-elle à une Française de passage. « Vous croyez que si je trouve un Français et me marie avec lui, je pourrai avoir un visa facilement ? ». Et la Française de répondre : « Vous savez, en France aussi une nouvelle loi sur l'immigration est à l'étude. On parle d'immigration choisie. Ça va être de plus en plus compliqué de venir ».

Caroline Taix
© Yabiladi

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RADIO MARYJA, RADIO CROISADE (Pologne)

C'est la version moderne du sabre et du goupillon : une fresque de la Vierge Marie rehaussée d'un satellite de transmission orne murs et vitraux des studios de Radio Maryja. C'est ainsi que Tadeusz Rydzyk, le "Père directeur" de la radio, mène sa croisade médiatique, religieuse et politique. Une croisade très controversée que le père rédemptoriste a entreprise, dit-il, "pour sauver la Pologne, une grande nation, une nation avec une seule langue, une seule culture, une seule religion".
Par Christophe Châtelot, envoyé spécial


24/05/2006 - Entre deux messes et trois cantiques sur les ondes de Radio Maryja ou les écrans de la chaîne Trwam ("Je perdure"), ou bien dans les colonnes du journal Nasz Dziennik ("Notre quotidien"), les ennemis sont clairement désignés. "Le Père Rydzyk s'érige en rempart contre les juifs, les francs-maçons, les libéraux en tous genres, les proeuropéens et les homosexuels, les socialistes, les étrangers en général, les médias qui ne lui appartiennent pas...", énumère Marcin Kowalski, journaliste au quotidien Gazeta Wyborcza.

A Torun, siège de la radio et ancienne place forte des chevaliers teutoniques à 200 kilomètres de Varsovie, Ewelina, la soixantaine alerte, justifie son "combat par le complot dont le pays et la radio sont victimes." Sous couvert d'anonymat - "parce qu'on ne donne pas son nom à un journaliste étranger" - cette institutrice retraitée explique que "Radio Maryja est le seul média qui dit la vérité". Les trous dans le curriculum vitae du Père Rydzyk, né le 3 mai 1945 dans une famille modeste, ne l'émeuvent pas. Radio Maryja résonne comme parole d'évangile aux oreilles d'un noyau dur de 300 000 fidèles, principalement des femmes âgées, surnommées les "bérets de mohair" en référence à leur couvre-chef désuet.

Dans la librairie de la station, devant les étagères garnies de livres vouant l'Union européenne au même destin funeste que les cités bibliques de Sodome et Gomorrhe, Ewelina ne tarit pas d'éloges sur le "Père directeur" : "Il ne veut et ne fait que le bien." Et encore : "Il fait des miracles !" Pour preuve, elle désigne la croix dressée dehors célébrant le jour où, jure-t-elle, "les prières du Père Rydzyk ont arrêté un incendie aux portes de la radio". Les prières, les auditeurs sont invités à les réciter à longueur d'antenne. C'est aussi ce que la réceptionniste de la station nous prie de faire dans la chapelle attenante en attendant un improbable rendez-vous avec le maître des lieux. "Les prières ont sauvé la radio de la faillite", chuchote Ewelina en nous glissant dans la poche une poignée de médailles "miraculeuses" bénies par le "saint homme".

La survie de Radio Maryja relève d'une alchimie financière dont personne, encore, n'est parvenu à percer le mystère. "La station appartient à ses auditeurs", a répliqué le Père Rydzyk. Regroupés au sein de la "Famille de Radio Maryja", les auditeurs seraient généreux avec Tadeusz Rydzyk. L'ecclésiastique se double d'un sens certain des affaires - parfois troubles. A ceux qui l'auraient oublié, il diffuse à longueur d'antenne le numéro de compte de sa fondation, Catholic Lux Veritatis, précédé d'un message détourné où Jean Paul II "remercie Dieu tous les jours qu'une telle radio existe en Pologne."

Pourtant, des juges - peu acharnés - se demandent toujours où sont passés les millions de dollars collectés en 1997 par le Père pour sauver les chantiers navals de Gdansk. On s'interroge sur le montant des sommes, déductibles d'impôts, versées chaque année par des sociétés et des particuliers. Et pourquoi, au départ, la radio émettait depuis la Russie sur une longueur d'ondes utilisée par l'armée ? Tout aussi troubles sont les liens entretenus avec Jan Kobylanski, sulfureux homme d'affaires polonais émigré après la seconde guerre mondiale en Uruguay et interdit d'entrée sur le territoire américain pour sa collaboration avec les nazis. "Personne ne sait d'où vient l'argent, personne ne contrôle les comptes", résume Rafal Maszkowski, de l'Association contre l'antisémitisme et la xénophobie.

Une chose est sûre, la fondation du Père Rydzyk sait comment financer des projets aussi coûteux que son "école supérieure de culture sociale et médiatique" à Torun. Un établissement débordant de marbres étincelants et richement doté en caméras et studios d'enregistrement. "Lors de son homélie inaugurant l'année scolaire, le Père directeur a expliqué aux 300 étudiants que Dieu est propriétaire de toutes les banques. Même celles tenues par les juifs. Il nous a demandé de prier pour que Dieu nous entende et nous aide financièrement", explique un pensionnaire de l'école. Rencontré dans un des bars animés de Torun, ville de 30 000 étudiants, loin de la réalité bigote de Radio Maryja, le jeune homme se justifie : "Je viens d'une famille de paysans modestes et dans cette école les frais d'inscription sont moins chers qu'ailleurs." L'examen d'entrée y est aussi plus facile. "Comme l'Opus Dei forme ses cadres, le Père Rydzyk forme "ses" journalistes, pour "ses" rédactions, promouvant "ses" idées. D'ailleurs, ils trouveraient difficilement du travail autre part", ironise Marcin Kowalski.

Embarrassée par cette radio qui revendique entre 2 et 4 millions d'auditeurs, essentiellement dans les campagnes, la curie de Torun adresse une fin de non-recevoir aux curieux. "Radio Maryja est indépendante." Réponse ambigüe vis-à-vis d'un média dirigé par un prêtre, qui se présente comme "seule radio catholique" du pays, et dérape régulièrement sur des thèmes antisémites.

Mais le Père Rydzyk a su jouer des rapports de force au sein de l'Eglise. En premier lieu parce que l'ordre des rédemptoristes auquel il appartient relève du Vatican, et non de la conférence épiscopale polonaise. Depuis sa création en 1991, "Radio Maryja a retransmis toutes les messes, tous les pèlerinages de Jean Paul II, qui, en retour, lui a rendu hommage. Il reconnaissait les mérites de la mission évangélique de la radio, de l'aide psychologique qu'elle apporte aux plus démunis et il n'a jamais rien dit de l'engagement politique de la radio", rappelle le Père Kazimierz Sowa, ancien directeur de Radio Plus, une station catholique très tolérante. "Le Père Rydzyk avait usurpé un rôle de messager du pape en Pologne, du coup, les évêques polonais n'ont pas su comment gérer Radio Maryja", ajoute-t-il.

On ne défie pas l'autorité - ou les silences - du pape, a fortiori lorsque celui-ci est un Polonais de la stature de Karol Wojtyla. Longtemps, les avertissements adressés au Père Rydzyk par Mgr Glemp, primat de Pologne, sont restés sans effet. D'autant que la conférence épiscopale est divisée entre ceux qui partagent les opinions politiques du rédemptoriste et la tendance libérale, minoritaire, qui juge Radio Maryja plus néfaste que bénéfique à l'Eglise.

La mort de Jean Paul II, le 2 avril 2005, a, semble-t-il, changé la donne. "En décembre 2005, rapporte le Père Sowa, les évêques polonais ont appelé le pape à la rescousse sur le cas Radio Maryja." Benoît XVI, qui occupe le siège de Saint Pierre, entend les évêques et réagit quand, le 27 mars 2006, Radio Maryja dérape à nouveau. Stanislaw Michalkiewicz, un de ses commentateurs, clame que "les juifs humilient la Pologne dans l'arène internationale en lui demandant de l'argent" pour les biens laissés après la seconde guerre mondiale. Il parle de "racket". Quelques jours plus tard, l'épiscopat polonais, soutenu par le Vatican, place la radio sous tutelle. Pour Radio Maryja, la nationalité allemande du pape, né Joseph Ratzinger, explique cette tutelle dont l'efficacité est pourtant loin d'être acquise.

Le Père Rydzyk compte en effet de fervents supporters au sommet de l'Etat depuis les élections générales de l'automne 2005. "Plus que les affaires et la religion, sa vraie passion est la politique", rappelle Rafal Maszkowski, qui scrute le phénomène Rydzyk depuis une dizaine d'années. C'est aussi ce que le Vatican reproche au Père rédemptoriste. Pourtant, dans un pays où 95 % des 38 millions d'habitants se disent catholiques, on n'aime guère que l'Eglise se mêle de politique.

Le Père Rydzyk n'en a pas moins rangé toutes ses forces médiatiques derrière les conservateurs de Droit et Justice (PiS) lors des élections de 2005. Il appelle à "noyer les libéraux" de la Plate-forme civique (PO), que tous les sondages donnaient alors vainqueurs. Pari gagné. Lech Kaczynski remporte la présidence. Le PiS, la formation de son frère jumeau Jaroslaw, enlève les législatives. Radio Maryja et la télévision Trwam deviennent les chouchous du pouvoir.

"PiS et Radio Maryja chassent en partie sur les mêmes terres conservatrices et rurales", analyse Rafal Maszkowski. Il est devenu de plus en plus difficile de museler le Père Rydzyk. Et Benoît XVI pourrait bien ne pas bénéficier de la même bienveillance que son prédécesseur, lors de sa visite en Pologne du 25 au 28 mai.
© Le Monde

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FRATTINI ANNONCE L`ADOPTION EN EUROPE DE LOIS RÉPRIMANT LE RACISME

24/05/2006 - L'Europe envisage d'adopter une loi réprimant tout comportement ou attitude raciste ou ayant des mobiles ou des motivations ségrégationnistes, a annoncé lundi le vice-président de la Commission européenne chargé de la justice, de la liberté et de la sécurité, Franco Frattini.

S'exprimant au cours d'une conférence au siège de l'Association mondiale de l'appel islamique (AMAI) à Tripoli, M. Frattini a indiqué que l'Europe est plus que jamais engagée dans un processus d'intégration des communautés étrangères résidant sur son sol grâce à l'adoption de politiques plus volontaristes de proximité auprès des ces communautés.

Le fait de mettre l'accent sur les aspects sécuritaires en matière d'immigration clandestine peut être lourd de conséquences, a dit ce diplômé en droit et ancien ministre des Affaires étrangères d'Italie, soulignant l'urgence pour toutes les partis de conjuguer les efforts en vue de sauver ces candidats à l'émigration du péril qu'ils affrontent en mer.

A ce propos, il a salué les efforts de la Libye visant à traiter ce phénomène dans le cadre de la concertation entre l'Union européenne et l'Union africaine, précisant qu'une conférence relative à ce sujet est en gestation entre ces deux entités en vue d'en examiner les différents aspects.

Abordant le dialogue des cultures, Franco Frattini a rejeté l'idée de l'existence d'un choc de civilisations (occidentale et islamique), affirmant que ceux qui soutiennent cette thèse oublient l'interaction historique entre ces deux mondes depuis la nuit des temps et donnent foi aux clichés réducteurs véhiculés par les extrémistes des deux camps.

Ceux de l'Occident assimilent l'islam au terrorisme et ceux du monde musulman réduisent l'Occident en une civilisation de déchéance des moeurs et de consommation, a-t-il déploré.

M. Frantini, qui est aussi directeur de l'Observatoire méditerranéen à Rome, a plaidé pour l'établissement d'un véritable partenariat entre l'Occident et le monde musulman par la coopération, notant que le dialogue seul peut conduire à s'entendre sur des valeurs communes au-delà des différences religieuses.

Des valeurs comme le respect de la vie, de la liberté, de l'égalité et le refus de la violence sont les dénominateurs communs constituant la base d'une bonne entente, a-t-il ajouté.

Pour le responsable européen, la nécessité de ce partenariat et de cette interaction entre le monde Occidental et monde musulman est dictée par les défis auxquels font face les deux civilisations, notamment la mondialisation, la protection de l'environnement, la lutte contre la pauvreté et la perte des valeurs, «des défis qu'aucune des deux ne peut vaincre à elle seule», a-t-il conclu.

© AngolaPress

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UN CLIMAT PROPICE AU PASSAGE À L'ACTE (Europe)

22/05/2006 - Le double meurtre raciste d'Anvers survenu le 11 mai est caractéristique d'un climat politique et idéologique en Europe qui favorise le passage à l'acte, estime le rapporteur spécial des Nations unies sur le racisme, la xénophobie et l'intolérance, Doudou Diène. "Quelqu'un a estimé que le climat idéologique lui permettait de prendre une arme et de sortir dans la rue pour assassiner", a affirmé M. Diène lors d'un séminaire sur le racisme, la xénophobie et les médias, organisé à Vienne par la Commission européenne.

Le responsable sénégalais a rapproché le double meurtre d'Anvers (une nourrice malienne et la petite Luna dont elle avait la charge ont été abattues par un jeune "skinhead" lié à l'extrême droite) des réactions "à chaud" à l'assassinat un mois plus tôt de Joe Van Holsbeeck, un jeune Belge tué à la gare centrale de Bruxelles pour son lecteur MP3. "Une partie de la presse et du monde politique belges ont impliqué une communauté", a rappelé M. Diène. Après le meurtre de Joe Van Holsbeeck, les soupçons s'étaient d'abord portés sur des membres de la communauté maghrébine. L'enquête avait finalement impliqué deux jeunes originaires de Pologne.

"Il y a une montée du passage à l'acte individuel, mais aussi du passage à l'acte politique", a expliqué le rapporteur spécial, en dénonçant "une banalisation du racisme et de la xénophobie, qui vient de leur instrumentalisation politique". "Lentement, les plate-formes des partis d'extrême droite imprègnent les programmes électoraux des partis démocratiques. C'est une ligne rouge qui est en train d'être franchie", a dit le responsable, en relevant la multiplication des législations qui "criminalisent" les immigrants et les demandeurs d'asile.
© RTL Infos

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TOUS DIFFÉRENTS - TOUS ÉGAUX : LA CAMPAGNE DU CONSEIL DE L’EUROPE DÉMARRE LE 2 JUIN 2006

22/05/2006 - La campagne tous différents - tous égaux, lancée par le Conseil de l’Europe à l’intention de la jeunesse, se déroulera de juin 2006 à septembre 2007. Elle vise à promouvoir la diversité vécue et l’égalité de traitement, les droits de l’Homme et la participation des jeunes à la vie sociale et politique. Elle sera soutenue en Suisse par la Confédération, des responsables du travail éducatif en milieu ouvert et des associations de jeunesse. Des projets locaux et régionaux devraient permettre au maximum de jeunes de mettre en pratique le message.

Le 2 juin, deux événements - le festival contre le racisme Imagine, à Bâle, et le projet Kick Racism aux championnats européens de footbag, à Lausanne - marqueront le lancement en Suisse de la campagne tous différents - tous égaux. Les personnes ayant un projet qu’elles souhaiteraient réaliser dans le cadre de cette campagne sont invitées à le faire savoir à l’équipe chargée de la coordination. Les responsables souhaitent que s’organisent à tous les niveaux (local, cantonal et national) un grand nombre d’activités, dont ils assureront la coordination et la promotion de façon à donner à l’ensemble un caractère coloré, provocateur et diversifié. Les jeunes devront chercher ensemble des solutions constructives pour prévenir les discriminations. Ils sont appelés à participer à la construction d’une société diversifiée, dans laquelle les droits de l’Homme seront une réalité pour tous, qu’ils soient Suisses ou étrangers, jeunes ou vieux, en bonne santé ou atteints d’un handicap, hommes ou femmes, musulmans ou chrétiens, hétérosexuels ou homosexuels.

Sous la responsabilité de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), de nombreux organes fédéraux soutiendront les activités du point de vue du contenu et, en partie, du financement. Le suivi opérationnel de la campagne sera assuré par l’association INFOKLICK.CH - Promotion des enfants et des jeunes en Suisse et par le Conseil suisse des activités de jeunesse (CSAJ).

L’expérience a montré que vivre la diversité ne va pas de soi. Les règles du jeu doivent sans cesse être renégociées, un processus qui ne saurait se passer d’une volonté politique claire et d’actes concrets. L’intégration relativement réussie des personnes migrantes en est la preuve. Les statistiques de l’aide sociale qui viennent d’être publiées, ainsi que les résultats de la dernière étude PISA, donnent toutefois un tableau préoccupant des difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes, surtout ceux d’origine étrangère. Pourtant, ils ont tout autant que les Suisses le droit de participer à la société, mais leurs possibilités concrètes de le faire se sont amenuisées ces derniers années : formation insuffisante, chômage et pauvreté les touchent davantage. L’intégration exige la participation active de tous, y compris des jeunes migrants et migrantes eux-mêmes. Mais elle présuppose aussi que la société se montre plus ouverte et que les facteurs de discrimination soient réduits. Le monde politique et la société civile, comme les employeurs et les représentants des salariés, doivent s’engager ensemble pour garantir la diversité et les droits de l’Homme, ainsi que pour lutter contre la discrimination.

Site de la campagne du Conseil de l’Europe :
http://alldifferent-allequal.info/
© Confédération suisse

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UNE SINGULIÈRE PRÉSIDENCE RUSSE

Moscou assume pour la première fois la présidence du Conseil de l'Europe. Celui-ci a pour vocation principale de promouvoir les droits de l'homme. Or, la Russie est toujours très loin de donner l'exemple dans ce domaine...
Par Philippe Paquet


19/05/2006 - La Russie prend, ce vendredi, la présidence tournante du Conseil de l'Europe qu'elle assumera pendant six mois à Strasbourg. C'est une première pour ce pays qui adhéra il y a dix ans à la plus ancienne organisation politique du continent européen. Et, tout comme son adhésion suscita une vive opposition en raison de la guerre en Tchétchénie, sa présidence provoque un profond malaise en raison des violations des droits de l'homme qui persistent en Russie et dans le Caucase en particulier.

C'est que le Conseil de l'Europe a précisément été créé pour «défendre les droits de l'homme» et «assurer la primauté du droit». Depuis 1989 et l'effondrement du bloc soviétique, cette mission a été précisée pour faire du Conseil «un point d'ancrage politique et le gardien des droits de l'homme pour les démocraties post-communistes de l'Europe». Concrètement, l'institution veille notamment à l'application des arrêts de la Cour européenne des droits de l'homme.

Or, la Russie est le pays membre du Conseil contre lequel la Cour reçoit le plus grand nombre de plaintes: quelque 9 340 l'an dernier, un score qui la classait devant la Turquie. Qui plus est, si l'on reconnaît que Moscou paie plus rapidement qu'Ankara les indemnités qui lui sont réclamées par voie judiciaire, le Kremlin peine souvent à obéir aux décisions de la Cour ou aux injonctions du Conseil. Le 11 mai encore, le Conseil a ainsi réclamé pour la quatrième fois, en s'appuyant sur un arrêt en ce sens de la Cour européenne de juillet 2004, la libération de deux nationalistes moldaves arrêtés en 1992 par des hommes portant l'uniforme de la 14 éme Armée russe déployée dans la région séparatiste de Transnistrie.

Plus généralement, c'est le bilan désastreux de Moscou en matière de droits de l'homme qui fait problème. En adhérant au Conseil, la Russie a décrété un moratoire sur l'application de la peine de mort, mais ne l'a pour autant supprimée de son code pénal et ses dirigeants ont donné à entendre que cette éventualité demeurait lointaine. La mainmise du pouvoir sur les médias est un autre sujet de préoccupation, tout comme la volonté de contrôler plus étroitement le travail des organisations non gouvernementales. Le soutien décisif que le Kremlin procure à la dictature biélorusse n'améliore pas non plus son image la Belarus de Loukachenko est le seul Etat européen à ne pas faire partie du Conseil, bien qu'elle soit candidate.

Un rapport accablant
Comme pour mieux souligner le paradoxe que soulève la présidence russe, la Commission contre le racisme du Conseil de l'Europe a publié mardi dernier un rapport accablant sur les méthodes de la police russe et de ses supplétifs cosaques. Les agressions fréquentes contre des étudiants étrangers suffisaient déjà à rappeler que le racisme est solidement enraciné en Russie, tout comme l'intolérance envers les minorités, qu'il s'agisse des homosexuels ou des... rappeurs.

Ce rapport stigmatise, toutefois, l'attitude discriminatoire des forces de l'ordre qui, non seulement multiplient les contrôles à l'encontre des individus «qui n'ont pas l'air russe», et en priorité les Tchétchènes et autres ressortissants du Caucase, mais refusent d'enregistrer leurs plaintes quand ceux-ci sont victimes d'exactions, ou fabriquent de fausses preuves quand ils sont soupçonnés de délits...
© La Libre Belgique

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UNE MOTION CONTRE LE RACISME ET L’ANTISÉMITISME (Afrique)

22/05/2006 - La 30e session ordinaire du comité exécutif de l’Association des comités nationaux olympiques d’Afrique (ACNOA), a adopté à Alger à l’unanimité une motion contre le racisme et l’antisémitisme.

Cette motion, votée sur proposition de Mustapha Berraf, président du comité olympique algérien, exhorte les fédérations internationales, les comités nationaux olympiques, les organismes d’Etat et les associations continentales et mondiales «à prendre des dispositions légales et réglementaires afin d’éradiquer dans le monde ces fléaux qui se classent parmi les plus exécrables et les plus indignes de l’humanité», souligne le communiqué de l’ACNOA.

L’instance africaine demande à ce que les actes de racisme et d’antisémitisme «soient définitivement proscrits du sport mondial et que chacun des membres du mouvement olympique œuvre pour faire disparaître définitivement ces comportements irresponsables». L’ACNOA s’attache à faire du sport «le moyen le plus sûr pour véhiculer auprès des jeunes d’Afrique et d’ailleurs le progrès, la modernité et l’esprit de fraternité qui doivent animer les peuples de demain».

L’association des comités nationaux olympiques d’Afrique rappelle dans ce cadre les principes fondamentaux de l’olympisme, à savoir que «chaque individu doit avoir la possibilité de faire du sport sans discrimination d’aucune sorte et dans l’esprit olympique, (…) et que toute forme de discrimination est incompatible avec l’appartenance au mouvement olympique».
© La Nouvelle République

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DE L’HUILE SUR LE FEU (Canada)

Bashar Elsolh, président du Forum musulman canadien.

24/05/2006 - Attaquer le mécanisme de l'accommodement raisonnable, un des rares outils qui permettent aux groupes minoritaires de se prévaloir de leurs droits et libertés dans le respect des normes et des valeurs de la société, c'est ouvrir les portes aux dénis de droits, à l'intolérance et à la discrimination

Il semblerait, à la lecture des éditoriaux récents de certains médias, que l’expression religieuse «inquiète fortement la population québécoise». Elle l'inquièterait d’autant plus qu’elle semble, selon les mêmes éditorialistes, échapper au débat publique, menacer «la nature de notre société» et exprimer des «valeurs archaïques» en totale contradiction avec les valeurs de «notre culture». Erigé en «obstacle à l’intégration», le principe fondamental de la liberté d’expression religieuse «doit être relativisé», nous dit-on, parce qu’il aurait perdu de «sa pertinence». Il faudrait donc tracer «une limite» et que celle-ci soit «la plus ferme possible».

Nous nous sommes faits, au Forum musulman canadien, une obligation d’accueillir toujours favorablement le dialogue et le débat. Mais nous craignons cette fois que ce débat sur la place des symboles religieux dans l’espace public n’ait pour effet, avec la tournure que l’on semble le faire vouloir prendre sous la plume de certains journalistes, que de promouvoir au contraire l’exclusion sociale et l’exacerbation de la xénophobie et des préjugés, notamment islamophobes. Que l’on cherche non pas à répondre à quelque inquiétude populaire que ce soit, mais plutôt d’influer sur l’opinion publique.

Qu’il me soit donc permis de rappeler les éléments suivants :

1. La liberté d’expression religieuse est compatible avec l’intégration :
Au Québec comme ailleurs au Canada, l’intégration est un objectif autant, sinon plus cher pour les groupes minoritaires, notamment ethno- religieux, qu'il l'est pour le groupe majoritaire et les institutions de l'État. En tant que processus civique et politique, cette intégration est réalisable dans la mesure où la majorité comme les minorités travaillent ensemble pour construire les compromis qui permettront aux uns comme aux autres de se sentir chez eux au Québec, libres et égaux en droits et en devoirs.

C’est dire combien nous avons trouvé déplacée et hors de propos l’injonction à l’intégration qui se présentait, dans certains écrits, comme une voie à sens unique. Ainsi, le Québécois minoritaire devenait rapidement un étranger qui devrait, en guise de reconnaissance, se délester de ses spécificités culturelles et surtout religieuses pour adopter, sans questionnement aucun, les seules valeurs dites québécoises, celles d'une majorité qui aurait déjà que trop accommodé des gens venus d'ailleurs.

Cela renverrait une partie de plus en plus importante de la population québécoise dans une altérité radicale. Des Québécois(e)s seraient considérés comme des citoyens et des citoyennes de deuxième ordre. Des citoyens qui seraient chez eux sans l'être réellement, et qui n'auraient que le devoir de se conformer à une culture dite majoritaire, présentée comme réalité sacralisée et immuable. Des citoyens qui ont formellement tous les droits dont jouissent les autres citoyens du Québec, y compris celui qui garantit leur liberté d’ expression religieuse, mais pour qui ses droits seraient inapplicables. La différence qui dérangerait la susceptibilité dite majoritaire, de ceux qui seraient eux réellement chez eux, ne serait pas autorisée.

Comme argument dans un débat entre citoyens et citoyennes, on aurait pu s'attendre à mieux. Certains diraient même qu’il s’agit là d’un appel à ce que l’on pouvait appeler la «tyrannie de la majorité», argument qui va à l'encontre de l'intégration que l'on prétend chérir et promouvoir, et à la longue tradition d’ouverture des Québécois.

2. L’accommodement raisonnable est nécessaire pour l’intégration :
Au Québec comme ailleurs au Canada, les chartes des droits de la personne, les lois et les règlements invitent les citoyens et les citoyennes, membres à dépasser le rapport revendicatif à la citoyenneté pour aller vers une attitude civique permettant de tisser des liens forts et durables entre toutes les composantes de la société. Cette attitude constitue en effet le meilleur garant pour le respect de la diversité et de la différence, ainsi que pour la promotion de la paix, de la solidarité et de la cohésion sociales. Appeler à soustraire les injonctions des lois canadiennes et Québécoises et les clauses de la Charte des droits et libertés au pouvoir des juges pour les soumettre à une prétendue caution majoritaire aura comme effet de les neutraliser comme principes de justice. Elles seraient alors transformées en vecteur de domination.

Devait-on alors relativiser les droits fondamentaux, comme la liberté de religion, pour la simple raison qu'ils mettent un frein à l'homogénéisation que souhaitent certains ? C'est pourquoi nous considérons qu'attaquer le mécanisme de l'accommodement raisonnable, un des rares outils qui permettent aux groupes minoritaires de se prévaloir de leurs droits et libertés dans le respect des normes et des valeurs de la société, c'est ouvrir les portes aux dénis de droits, à l'intolérance et à la discrimination contre toute communauté à caractère ethno-culturel ou religieux.

3. Stigmatiser une communauté est discriminatoire...
Dans le cas de la communauté musulmane, il est important de souligner le fait que la question des pratiques religieuses en est une de choix libre. Vouloir stigmatiser ces pratiques en prétendant qu'elles proviennent de groupes marginaux, intégristes ou extrémistes, conduirait à la généralisation non-fondée et alimenterait la discrimination sociale contre les Québécois(es) de confession musulmane.

Stigmatiser la communauté musulmane est un acte de racisme incitant à la haine et à la discrimination. Tel acte nous retourne dans une époque où des campagnes racistes furent menées contre les Québécois (es) de foi juive ou d’origine africaine. Cette attitude ne peut que jeter de l’huile sur le feu du racisme contre toute communauté.

Promouvoir et entretenir un climat social ainsi chargé de préjugés et des perceptions déformées contre une communauté ne peut d'aucune manière promouvoir son intégration.
© CyberPresse

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SIGNE D'ESPOIR: LES AUTOCHTONES LÈVENT LEURS BARRICADES À CALEDONIA (Canada)

Les manifestants autochtones ont levé leur blocus routier dans la municipalité de Caledonia, mardi, un signe encourageant pour ceux qui cherchent à mettre un terme au différend territorial, qui avait tourné au vinaigre, la veille.. PAR GREGORY BONNELL ET JENNIFER GRAHAM

23/05/2006 - Les manifestants autochtones ont levé leur blocus routier dans la municipalité de Caledonia, mardi, un signe encourageant pour ceux qui cherchent à mettre un terme au différend territorial, qui avait tourné au vinaigre, la veille.

Le geste vise à apaiser la tension entre les autochtones et les autres résidants, qui en sont venus aux coups lundi soir malgré une forte présence policière.

Disant retirer les barricades pour démontrer leur bonne volonté, la porte-parole autochtone Hazel Hill a déclaré mardi qu'on verrait ce qui se passerait. Mais le retrait des barricades ne signifie pas pour autant la fin de l'occupation - qui dure depuis trois mois - du terrain de 40 hectares que les membres de la communauté des Six Nations considèrent comme leur.

Le principal élément du barrage routier, un morceau de pylône, a été enlevé de la route, mais il bloque maintenant l'entrée du chantier de construction domiciliaire controversé.

Mme Hill a justifié cette mesure par la nécessité d'assurer la sécurité de sa communauté "à cause de la colère et du racisme qui se sont manifestés hier (dimanche)".

Après la levée du blocus, des équipes de construction ont entrepris de nettoyer les débris et de réparer les dommages causés à la route. Quelques autochtones ont ensuite tenu une brève cérémonie avant de retourner sur le chantier de construction.

La route a été rouverte à la circulation vers 15h30.

Lundi, les protestataires avaient levé le barrage initial, pour le réinstaller quelques heures plus tard après une série d'altercations violentes entre les autochtones et les autres résidants.

L'ex-premier ministre ontarien David Peterson, qui négocie au nom de la province, a exprimé l'espoir que les derniers développements aideront les parties à trouver une solution pacifique à l'occupation, qui a débuté le 28 février.

Les manifestants autochtones ont commencé à bloquer la route le mois dernier, quand la police a tenté de les évincer du chantier.

Les manifestants des Six nations disent que le projet domiciliaire est bâti sur des terres qui leur ont été volées il y a plus de 200 ans. Les autochtones reconnaissent qu'ils ont accepté de louer la propriété en 1835, mais contestent l'argument voulant qu'ils l'aient ensuite vendue à la Couronne.

A Ottawa, le premier ministre ontarien Dalton McGuinty a déclaré que sa province et Ottawa partagent la responsabilité d'aider la communauté à résoudre le conflit.

Par ailleurs, quelque 4000 abonnés de la région étaient toujours privés d'électricité, mardi, à la suite d'actes de vandalisme commis contre un poste de distribution, la veille.
© Branchez-vous

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L'IRAN DÉMENT PÉNALISER LES MINORITÉS AVEC LE CODE VESTIMENTAIRE

par Parinoosh Arami

22/05/2006 - TEHERAN. Des députés iraniens ont réfuté dimanche la thèse selon laquelle le nouveau code vestimentaire adopté cette semaine par les Majlis aurait un caractère discriminatoire pour les minorités religieuses. Vendredi, le journal canadien National Post écrivait que le projet de loi obligerait les juifs, chrétiens et adeptes d'autres confessions minoritaires, comme les zoroastriens, à porter des vêtements de couleur permettant de les distinguer des musulmans. Selon l'exemplaire du texte de loi que Reuters s'est procuré, le document ne fait aucunement référence à une quelconque discrimination. Et les journalistes de l'agence qui ont suivi à la radio nationale les débats au parlement iranien n'ont pas relevé de propos allant dans ce sens. Pour le député Mohsen Yahyavi, un vétéran de l'assemblée, l'information donnée par la presse canadienne est "totalement fausse". "Le texte a pour objectif d'inciter les créateurs de mode à concevoir des vêtements qui soient plus compatibles avec l'islam. Mais le port d'autres vêtements ne sera aucunement prohibé", a-t-il assuré à Reuters. Un député représentant la petite minorité juive d'Iran, Moris Motamed, est lui-aussi formel. "Il n'y a pas un seul mot dans ce texte parlant de coupe ou de couleur particulières réservées aux groupes religieux minoritaires", dit-il.

"NOS ENNEMIS CHERCHENT À FOMENTER DES TENSIONS"
"Nos ennemis cherchent, avec ce genre de nouvelles, à fomenter des tensions parmi les minorités religieuses et à exploiter la situation à leur avantage". Le texte adopté par les Majlis intervient deux ans après une invite du Guide suprême de la révolution islamique pour la création d'un costume national iranien. Dans son appel, l'ayatollah Ali Khamenei invitait ses compatriotes à ne pas se laisser influencer par les revues de mode occidentales. Le texte de loi, voté dans ses grandes lignes, doit encore recevoir l'onction du Conseil des gardiens, une instance chargée de contrôler la constitutionnalité des lois. La République islamique s'est dotée depuis 1979 d'un code vestimentaire islamique très strict au terme duquel les femmes doivent être voilées de la tête au pied lorsqu'elles sortent de chez elles. Leur chevelure doit être soigneusement dissimulée aux regards, de même que leurs formes. Le régime a crée une police et une milice, les "bassidji", chargées de vérifier que ces règles sont appliquées dans les faits. Les minorités religieuses sont tolérées, grosso modo, en Iran qui garantit théoriquement la liberté de prière. Toutefois, certains postes dans les forces armées et le service de santé sont interdits aux non-musulmans. Le récentes déclarations du président Mahmoud Ahmadinejad contestant la réalité de la Shoah ont semé le trouble au sein des quelque 25.000 juifs qui vivent toujours en Iran.
© Le Nouvel Observateur

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'L’IMMIGRATION CHOISIE' FUSTIGÉE PAR LA SOCIÉTÉ CIVILE (Mali)

“L’immigration choisie” fustigée par la société civile, la presse, et les partis politiques maliens

20/05/2006 - Le ministre français de l’Intérieur Nicolas Sarkozy a défendu au Mali avec détermination sa vision d’une immigration “choisie”, fermement dénoncée par des associations, la presse et des partis maliens, et a plaidé pour “un partenariat rénové” entre l’Afrique et la France. Le ministre français, auteur d’un projet de loi adopté mercredi par l’Assemblée nationale qui durcit les conditions d’entrée et de séjour en France, est arrivé mercredi soir à Bamako pour vingt-quatre heures.

“Je suis venu pour expliquer, pour lever les malentendus”, a assuré M. Sarkozy, qui a été reçu par le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga puis par le président de la République Amadou Toumani Touré.

L’immigration “est un sujet hautement sensible pour un peuple migrateur comme le nôtre. Toutefois, le gouvernement du Mali ne fait pas l’amalgame en recevant le ministre d’Etat” français, a affirmé M. Maïga à M. Sarkozy.

“Si nous ne faisions rien, c’est la xénophobie et le racisme qui monteraient. Ce sont les extrêmes qui prendraient le dessus”, lui a répliqué M. Sarkozy.

Selon lui, il faut “comprendre que le premier ennemi du Malien en France en situation régulière, c’est celui qui est en situation irrégulière car il crée les conditions de l’amalgame”.

“J’ai pris des engagements qui seront tenus : modernisation de l’état civil, augmentation des crédits pour le co-développement, facilités pour les visas de ceux qui veulent rejoindre leurs familles, étudier ou travailler”, a-t-il dit.

Sa loi pour une immigration du travail “choisie” plutôt qu’une immigration familiale “subie”, est mal perçue dans ce pays pauvre (classé 174ème sur 177 pays, selon le PNUD), dont environ 90.000 ressortissants sont immigrés en France. La moitié y vit légalement, l’autre est composée de clandestins, selon le ministère de l’Intérieur français.

Vingt et un députés de la région de Kayes (nord-ouest du Mali), avaient demandé l’annulation de la visite de M. Sarkozy, qualifiée de “pure provocation”.

La veille de l’arrivée du ministre, une partie de la presse malienne fustigeait l’auteur de la loi sur l’immigration “choisie”, avec le quotidien privé Info-Matin qui titrait “Un raciste dans nos murs”.

Mercredi, une manifestation a été organisée dans les rues de la capitale, aux cris de “Sarkozy, raciste !”, “Régularisez les sans-papiers !”.

Devant le faible nombre de manifestants, estimé à quelques centaines par l’AFP, le quotidien L’Essor (pro-gouvernemental), titrait jeudi sur “La marche qui ne mobilise pas”.

Trois autres manifestations organisées jeudi à Bamako et Kayes n’ont mobilisé que quelques centaines de personnes. L’une d’entre elles, un sit-in organisé devant l’hôtel du ministre, a été vigoureusement dispersée par la police, a-t-on constaté.

“Beaucoup de polémiques sont organisées mais prennent assez peu. Sinon, je ne pense pas que le président Amadou Toumani Touré me recevrait à déjeuner”, a dit M. Sarkozy.

Au cours d’une rencontre jeudi après-midi avec des représentants de la jeunesse et de la société civile maliennes, le ministre a mis de côté la question de l’immigration pour plaider en faveur d’”un partenariat rénové” avec l’Afrique.

“L’Afrique en marche peut être, j’en suis convaincu, l’un des acteurs clés du XXIe siècle et une chance pour l’Europe et la France. C’est ensemble que nous pourrons relever ce défi, dans le cadre d’un partenariat rénové”, a affirmé M. Sarkozy dans un hôtel de Bamako.

Selon lui, “il nous faut conjointement chasser les vieux démons du paternalisme, de l’assistanat et du clientélisme. Je souhaite que nos relations avec l’Afrique soient l’une des orientations prioritaires de notre politique étrangère prise dans son ensemble”, a ajouté le président du parti majoritaire français UMP.
© L'Opinion

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LES DROITS HUMAINS MENACÉS PAR LA 'GUERRE CONTRE LE TERRORISME' (Monde)

23/05/2006 - La guerre contre le terrorisme porte trop souvent atteinte aux droits fondamentaux des individus, indique Amnesty International. Dans son rapport annuel, l'ONG dénonce les dérives des Etats concernés mais relève également "des raisons d'espérer".

La sécurité dans le monde ne peut être assurée en portant des coups au principe fondamental du respect des droits humains, clame Amnesty International (AI) dans son bilan pour l'année 2005. L'organisation dénonce des mesures "abusives" de la part des Etats-Unis et de ses alliés européens dans la "guerre contre le terrorisme".

Les disparitions, les transferts secrets de prisonniers vers des lieux de détentions clandestins ainsi que les actes de torture perpétrés sont condamnés par l'ONG. Celle-ci constate que, par l'usage de telles méthodes, les attaques terroristes à l'échelle planétaire n'ont pas diminué, bien au contraire.

AI reproche aux pays "puissants et privilégiés" d'accaparer l'attention de la communauté internationale avec des préoccupations sécuritaires, au détriment des problèmes posés par la violation des droits humains dans le monde, comme c'est le cas en Tchétchénie, en Colombie, en Afghanistan, en Iran, en Ouzbékistan ou encore en Corée du Nord.

Mais, selon l'ONG, les atteintes aux droits humains dans le combat contre le terrorisme ne sont pas uniquement le fait des Etats-Unis et et ses alliés européens. Elle cite de sévères politiques de répression instaurées en Ouzbékistan, en Chine, en Malaisie, à Singapour et au Kenya, sous couvert de la lutte anti-terroriste.

Si le nombre des conflits armés a diminué en 2005, le degré de souffrance engendré n'a pas faibli, note l'organisation, qui ajoute que la majorité des victimes en Irak, dans le conflit israélo-palestinien et au Darfour notamment, étaient des civils. Des situations d'enlisement débouchant sur des "conflits oubliés" ont eu lieu en Afghanistan, au Népal, en Ouganda et dans d'autres régions du globe, rappelle AI.

L'ONG met aussi en exergue la radicalisation des discriminations et des violences à l'encontre d'individus, en raison de leur identité culturelle, religieuse ou sociale. Elle évoque le problème des populations kurdes, persécutées en Syrie et en Iran mais aussi, dans les pays occidentaux, la montée du racisme envers les musulmans, souvent associés au terrorisme.
© 24 Heures CH

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PROJET DE DÉCLARATION POUR LES DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES (Monde)

LES ORATEURS DEMANDENT DEVANT L’INSTANCE PERMANENTE L’ADOPTION RAPIDE DU PROJET DE DÉCLARATION POUR LES DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES

22/05/2006 - Les représentants des peuples les plus pauvres au monde ont demandé aujourd’hui que le projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones soit adopté le plus rapidement possible. Il s’agit d’assurer la survie de quelque 370 millions de personnes dans le monde, ont-ils affirmé. L’Instance permanente sur les questions autochtones poursuivait les travaux de sa cinquième session en mettant l’accent sur la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Justice, démocratie, respect, égalité, bonne gouvernance, tolérance, autodétermination: ce texte n’omet aucun des grands thèmes qui ont occupé nos débats depuis plus de 10 ans, a estimé le représentant du Grand Conseil des Cris. Soutenu par l’ensemble des intervenants autochtones, il a estimé que de l’adoption rapide du projet de texte dépendait à très court terme l’amélioration des conditions de vie, voire la survie, de millions de personnes. Cet instrument servirait à renforcer de manière drastique les principes essentiels qui nous sont refusés depuis toujours, a-t-il ajouté.

Le projet de déclaration pour les droits des peuples autochtones, en cours d’élaboration depuis 2002, vise à protéger ces peuples à titre individuel ou collectif contre l'ethnocide ou le génocide culturel. Ce texte, juridiquement non contraignant, prévoit des mesures, visant notamment à empêcher et à réparer tout acte ayant pour but ou pour effet de priver les peuples autochtones de leur intégrité en tant que peuples distincts ou de leurs valeurs culturelles ou identité ethnique. Cet instrument contient aussi des dispositions sur le droit à l’autodétermination, l’autonomie gouvernementale et les droits fonciers et territoriaux. Il aborde la question relative au contrôle des ressources, aux droits culturels et aux droits collectifs.

Pour le Rapporteur spécial chargé d’examiner la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des peuples autochtones, Rodolfo Stavenhagen, certaines avancées significatives, notamment en matière de restitution des terres et de développement économique ont eu lieu. Toutefois, a-t-il noté, les discriminations persistent et la reconnaissance des identités autochtones est au point mort. Des accords existent, en Afrique du Sud, au Kenya et en Nouvelle-Zélande mais, à l’instar des arsenaux juridiques, ces accords ne sont pas appliqués avec la rigueur qu’ils exigent. De nouvelles relations entre gouvernements et représentants des communautés locales doivent être établies pour accélérer ces processus.

Les délégations de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et des États-Unis, ont exprimé conjointement d’importantes réserves. Elles ont rappelé, par la voix du représentant de l’Australie, que la définition des « droits » des autochtones était toujours discutée au sein de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et la Convention sur la diversité biologique. Le caractère « très vague » de certaines recommandations touchant notamment à l’accès égal aux ressources financières, humaines et matérielles pose problème. Ces pays s’opposent en outre à la possibilité qui serait donnée aux organisations autochtones de sanctionner par l’exercice d’un droit de veto des décisions gouvernementales.

L’Instance a par ailleurs commencé à entendre des organisations sur la question des enfants, de la jeunesse et des femmes autochtones. Les orateurs, à l’instar de la représentante du Caucus de l’Asie, ont déploré la militarisation de la vie des populations autochtones et l’emploi de violences, y compris sexuelles. L’Instance doit mettre au point des mécanismes d’application et de suivi, sous forme de rapports, pour la mise en œuvre des recommandations. Il faut également promouvoir l’égalité entre les sexes, et renforcer le rôle des femmes autochtones dans les différents processus de décision, ont unanimement souligné les intervenants.

Ces questions feront l’objet de développements ultérieurs lors de la séance plénière qui se tiendra demain, mardi 23 mai, à partir de 15 heures.

PRIORITÉS ET THÈMES ACTUELS
Droits de l’homme, l’accent étant mis sur un dialogue avec le Rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme sur la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des peuples autochtones

Déclarations liminaires
M. RODOLFO STAVENHAGEN, Rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme chargé d’examiner la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des peuples autochtones, a fait part des résultats de ses travaux depuis mai 2005. Il a noté qu’au cours de l’année écoulée, des progrès normatifs importants avaient été accomplis mais que de nombreuses violations des droits individuels et collectifs persistaient. Pour le Rapporteur, la mise en œuvre des normes ne se fait pas de façon adéquate et, de plus, les pays les plus défaillants en la matière jouissent d’une impunité scandaleuse. Cette impunité s’appuie essentiellement sur le fait que la législation autochtone est souvent incompatible avec l’application d’autres lois, ce qui a pour effet de perpétuer en l’état une situation de quasi non droit. La composition des législatures des pays ne laisse que peu de place à la représentation, partout minoritaire, des communautés autochtones. Les ministères en charge du développement et de la protection des libertés fondamentales et services de base ne prennent pas suffisamment en compte les droits autochtones simplement parce que les autochtones n’y sont pas représentés, a regretté M. Stavenhagen. C’est pourquoi il convient de mettre sur pied des mécanismes de consultations efficaces visant à définir les besoins spécifiques des communautés traditionnelles.

Évoquant ses différentes visites sur le terrain, notamment en Afrique et en Amérique latine, M. Stavenhagen s’est félicité de certaines avancées significatives, en matière notamment de restitution des terres et de développement économique. Toutefois, a-t-il noté, les discriminations persistent et la reconnaissance des identités autochtones est au point mort. Des accords existent, en Afrique du Sud, au Kenya et en Nouvelle-Zélande mais, à l’instar des arsenaux juridiques, ces accords ne sont pas appliqués avec la rigueur qu’ils exigent. De nouvelles relations entre gouvernements et représentants des communautés locales doivent être établies pour accélérer ces processus. Il en va du développement de populations entières et du bien-être des femmes et des enfants qui sont particulièrement vulnérables. La pauvreté a un impact terrible sur l’habitat et l’environnement, a encore dit l’intervenant. La pollution des eaux florales médicinales menace dans certains pays comme le Guatemala jusqu’à la survie même de peuples entiers. Une action globale d’urgence doit être engagée, qui prenne en compte les savoirs ancestraux et la sagesse des communautés.

M. JULIAN BERGER, du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, a indiqué que s’agissant des questions les plus importantes -racisme, droits à éducation et à la santé, violence contre les femmes et protection de l’environnement- l’ensemble des organes rattachés au Bureau œuvraient quotidiennement et de concert. Des progrès ont été accomplis en ce qui concerne le renforcement des capacités autochtones, le système des bourses et la coordination par le biais d’antennes régionales du Bureau nouvellement installées, a indiqué M. Berger. L’intervenant a par ailleurs insisté sur la nécessité impérieuse de lutter par tous les moyens contre la militarisation des terres autochtones. La situation déjà intenable de nombreuses populations concernées ne saurait subir un fléau supplémentaire susceptible d’entraver non seulement leur développement mais aussi leur sécurité. Il convient encore d’accorder une attention particulière au sort des personnes vivant en situation d’isolement extrême, volontaire ou forcé.

Pour l’intervenant, la deuxième Décennie internationale des peuples autochtones aura tout à gagner de l’établissement récent du nouveau Conseil des droits de l’homme. Répondant à la préoccupation de nombreuses délégations, il a jugé qu’en vue de faire adopter rapidement le projet de déclaration des droits des peuples autochtones, l’Instance devrait s’attacher à lui faire parvenir ses propres recommandations le plus tôt possible. C’est au niveau de ses mécanismes de suivi des recommandations que l’Instance doit améliorer son fonctionnement.

Dialogue avec les représentants de gouvernements et d’organisations non gouvernementales
De nombreux participants, au nom des principaux caucus de pays d’Amérique du Nord, d’Amérique latine et d’Asie, ont ensuite plaidé avec vigueur pour une adoption, par l’Assemblée générale et avant la fin de l’année 2006, du projet de déclaration. Tous ont loué le caractère profondément humaniste du texte. Celui-ci prône le respect mutuel entre peuples autochtones et États, il a pour visée de renforcer les droits de l’homme dans leur acception la plus large et universelle. Le projet de déclaration ainsi adopté constituerait un pas en avant décisif dans la mise en œuvre de mesures concrètes en faveur du développement, de la paix et de la sécurité, ainsi que de la reconnaissance fondamentale de l’intégrité de tous les territoires traditionnels du monde, ont encore estimé les intervenants.

M. ASHLEY ISERHOFF, représentant du Grand Conseil des Cris, a déclaré que, de l’adoption rapide du projet de texte dépendait, à très court terme, l’amélioration des conditions de vie, voire la survie, de millions de personnes. Cet instrument servirait à renforcer de manière drastique les principes essentiels qui nous sont refusés depuis toujours. Justice, démocratie, respect, égalité, bonne gouvernance, tolérance, autodétermination: ce texte n’omet aucun des grands thèmes qui ont occupé nos débats depuis plus de 10 ans. L’intervenant, soutenu par les autres participants, a jugé que l’adoption de ce texte ne pouvait pas s’embarrasser de délais supplémentaires. Cela aurait pour effet d’en saper la portée, a-t-il précisé. Il a poursuivi en disant qu’une majorité écrasante de représentants d’organisations autochtones l’avait approuvé. À l’exception des États-Unis, de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie –trois pays régulièrement épinglés pour leurs graves manquements à la cause des droits et des libertés autochtones– c’est un consensus sans faille qui nous unit, a encore lancé M. Iserhoff.

Celui-ci a été rejoint par le reste des intervenants qui, à l’image d’ALBERTO SALDAMANDO, Porte-parole de trois organisations nord-américaines, a demandé instamment que l’adoption du texte fasse partie de l’agenda du nouveau Conseil des droits de l’homme. De même, ont répété de nombreux orateurs, il est urgent de redéfinir les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en y incluant la question des peuples autochtones. Des mesures nouvelles doivent être trouvées en vue de faire du développement durable à l’horizon 2015 une cause davantage axée sur les droits fondamentaux de tous les peuples du monde.

De son côté, la représentante du Gouvernement finlandais, Mme MIRJA KURKINEN, a insisté sur le fait que le Conseil des droits de l’homme offrait également de nouvelles perspectives au niveau national. S’agissant des mécanismes de coordination à cette échelle, elle a par exemple souhaité que, dans un souci d’efficacité, les recommandations du Rapporteur spécial soient transmises directement par les gouvernements aux instances parlementaires des pays.

D’autres représentants de gouvernement ont fait part des initiatives prises dans leur pays. S’agissant du projet de déclaration, M. GUSTAVO TORRES (Mexique) a déclaré que son Gouvernement avait, en septembre 2005, tenu un séminaire avec des représentants autochtones sur les sujets les plus controversés du texte, tels que l’autodétermination, la question de la restitution des terres ou encore les droits collectifs et individuels. Mme CONNIE TARACENA SECAIRA (Guatemala) a, quant à elle, indiqué que son pays avait créé la DEMI (Defensora de la Mujer Indígena) en 1999. Son objectif principal, a-t-elle précisé, est d’appuyer les actions de promotion et de défense des droits des femmes autochtones en accordant toute l’attention requise aux problèmes sociaux, juridiques et psychologiques de ces femmes victimes de violence et de discrimination.

M. MICHAEL DODSON (Australie), s’exprimant au nom de la Nouvelle-Zélande et des États-Unis, a pris note des récentes initiatives prises par l’Instance permanente visant à préciser et à promouvoir un principe ou un « droit » de consentement libre, préalable et en connaissance de cause concernant les peuples autochtones. Les trois pays sont d’avis que des discussions sur ce type de principe ou de « droit » étaient loin d’être complètes. L’atelier international sur le consentement libre, préalable et en connaissance de cause qui avait été parrainé par le Forum permanent en 2005 avait fait ressortir qu’il existait de grandes divergences d’opinions tant sur le contenu que sur les applications de ce principe entre États et peuples autochtones. Il était donc prématuré de définir les conclusions de l’atelier comme représentant « un accord commun sur le consentement libre, préalable et en connaissance de cause ».

Le processus de consentement pourrait inclure l’option de ne pas donner son consentement. Quelques-uns des aspects de la recommandation étaient également vagues du point de leur signification, ou seraient impossibles à réaliser dans la plupart des situations. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis se sont donc résolument prononcés sur le fait qu’il ne saurait y avoir de droit absolu de consentement libre, préalable et éclairé qui serait applicable uniquement aux peuples autochtones quelles que soient les circonstances. Ces pays s’opposent à la possibilité qui serait donnée aux peuples autochtones d’exercer un droit de veto contre des mesures gouvernementales.

Aucune population autochtone ou non autochtone de tel ou tel pays ne saurait jouir d’un droit absolu au consentement préalable, libre et éclairé sans tenir compte des circonstances propres à chaque cas, a encore dit le représentant. Pour l’Australie, les États-Unis et la Nouvelle–Zélande, les critères qui feraient de ce texte une déclaration morale et politique forte ne sont pas réunis. C’est pourquoi, nous estimons prématuré de demander au Conseil des droits de l’homme d’appuyer ce projet. Celui-ci doit être modifié en vue de refléter un consensus authentique.

Les peuples autochtones méritent plus que de la rhétorique vide fournie par une déclaration qui ne pourrait être appliquée.
© ONU

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Les titres de l'actualité du 19 Mai, 2006

LE DÉPUTÉ UMP CHRISTIAN VANNESTE PERSISTE ET RÉCIDIVE DANS L’INJURE HOMOPHOBE (France)

17/05/2006 - Après avoir été condamné en première instance par le Tribunal de Lille pour des propos tenus dans la Voix du Nord et Nord Eclair, Christian Vanneste persiste et récidive dans les injures homophobes. Dans l’émission de Jean-Marc Morandini sur Europe 1 le 10 mai 2006, Christian Vanneste répète que le comportement homosexuel est inférieur moralement au comportement hétérosexuel, et estime qu’il existe « un lobby terroriste sur le plan intellectuel » qui fait « régner la terreur ».

Il va même jusqu’à affirmer, sans craindre le ridicule, que sa condamnation par le tribunal serait « un attentat contre la démocratie » car il estime que ses déclarations relèvent de la simple liberté d’opinions. SOS homophobie, Act Up-Paris et le SNEG rappellent que M. Vanneste n’a pas été condamné pour ses opinions, mais pour injure publique envers un groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle, ce qui constitue un délit.

Nos trois associations estiment qu’il est tout à fait possible de débattre sur des questions d’actualité (mariage des couples de même sexe ou homoparentalité par exemple) et de prendre position sur ces sujets sans injurier des personnes en raison de leur orientation sexuelle et sans inciter à la haine. Quant à la liberté d’opinion, M. Vanneste oublie qu’aujourd’hui ce sont les homosexuels qui se font injurier, tabasser, tuer, en raisons des propos homophobes tenus au nom de la soi-disant liberté d’opinion qu’il prétend défendre.

L’injure, l’appel à la haine et à la discrimination en raison de l’orientation sexuelle ne sont pas une opinion, ce sont des délits. Nos associations condamnent une nouvelle fois les propos de Christian Vanneste et appellent le Président de l’UMP à en tirer les conséquences en l’excluant de son parti comme il en avait pris l’engagement le 26 janvier 2005.

Contacts presse :
SOS homophobie : sos@sos-homophobie.org / 06.28.32.02.50
SNEG : sneg@sneg.org / 06.09.07.69.22
Act Up-Paris : emchateau@wanadoo.fr / 06.82.28.27.33
© Samizdat

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LA JUSTICE CHERCHE ENCORE SES MARQUES (France)

Peines sévères, guide d'aide aux magistrats... Les tribunaux sont de plus en plus sensibilisés.
par Didier ARNAUD


17/05/2006 - C'est un dimanche d'avril à Orléans, dans le Loiret. Kevin et David s'embrassent devant l'arrêt de bus. Deux types leur tombent dessus. Agression, insultes. Le 12 mai, le tribunal correctionnel les condamne chacun à six mois de prison ferme. A l'audience, l'un d'eux avoue sa «haine» des homos. Marseille, autre agression, il y a deux ans. Sur un lieu de drague, sept personnes mettent une raclée à David Gros. La violence est inouïe, les auteurs lourdement condamnés. Prison ferme pour tous, dont un an pour l'un des agresseurs. La justice devient-elle plus sévère pour les homophobes ?

«C'est difficile d'avoir une vision précise de la question», répond Côme Jacquemin du Syndicat de la magistrature. Il n'existe pas de statistiques officielles. La chancellerie a distribué un guide aidant les magistrats à connaître les dispositions nouvelles. Au procès des agresseurs de David Gros, SOS homophobie remarque le travail «pédagogique» effectué par les magistrats pour faire comprendre à l'un des auteurs le caractère homophobe de son acte. A Orléans, le représentant du Groupe d'action gai et lesbien (GAGL) note avoir été «bien reçu» et écouté par la justice et la police. En revanche, à Montpellier, Hussein Bourgi, président du Collectif contre l'homophobie, trouve que certains juges n'ont pas encore fait leur «évolution». Il cite ce représentant du parquet, qui, à propos d'une agression sur un lieu de drague, a parlé des «risques» qu'avaient pris les victimes. Caroline Mécary, avocate, dit que certains juges ont «grandi dans l'ambiance» de l'homosexualité assimilée à un délit, et dépénalisée en 1982.

Témoins
Pour améliorer la défense des victimes, le Réseau d'assistance aux victimes d'agressions et de discriminations (Ravad) a été créé en 2005 par une cinquantaine d'associations pour renforcer l'efficacité de la défense, obtenir une égalité de traitement devant les tribunaux. Le Ravad souligne : «Nombreuses sont les victimes qui n'osent pas saisir les tribunaux.» Ici et là, les avocats qui traitent ce type de dossiers signalent leur augmentation. Hussein Bourgi a deux fois plus de dossiers que l'an passé. L'avocat Jean-Bernard Geoffroy, président du Ravad, note cependant qu'il est impossible de savoir s'il y a réellement «recrudescence» des actes homophobes. «On n'a pas suffisamment de recul pour analyser le fait que plus de victimes se signalent, dit Geoffroy. Est-ce que le dispositif législatif a libéré les victimes ?»

D'autres soucis prévalent, comme l'établissement de la preuve. Geoffroy raconte l'histoire de ce couple homo en passe de signer le compromis de vente d'un pavillon. Ils renoncent finalement quand la propriétaire leur dit qu'elle va raconter «à tout le voisinage» qui ils sont. En matière prud'homale, dire que le licenciement trouve sa cause dans la révélation de l'homosexualité est difficile à établir. Enfin, les témoins manquent aussi cruellement. Parfois, ils se révèlent. Hussein Bourgi détaille l'histoire de cet employé d'une grande surface licencié par un patron indélicat. Silencieux pour ne pas blesser leur collègue, des salariés ont témoigné en sa faveur lorsqu'il a reçu sa lettre.

Plaintes sans suite
Mais c'est finalement le quotidien de l'homophobie que tous s'attachent à combattre, comme ces insupportables voisinages, qui commencent par des insultes «préalables à plus grave», comme le dit Hussein Bourgi. Dans le sud de la France, un couple se fait régulièrement insulter par le voisin, petit caïd local. Plaintes sans suite. Le voisin récidive, son chien fait ses besoins devant la porte. Les policiers ne sont intervenus que lorsque l'indélicat a allumé le feu sous le paillasson.
© Libération

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'LE CASSAGE DE PÉDÉS RESTE UNE ACTIVITÉ PRISÉE' (France)

Une agression physique tous les trois jours : le constat de SOS homophobie.
par Charlotte ROTMAN


17/05/2006 - Cela débute par des remarques désagréables, puis viennent les insultes. Et les coups. L'an dernier, 131 personnes ont appelé l'association Sos homophobie pour se plaindre d'une agression physique. Soit une tous les trois jours. Cela représente 10 % des 1 212 appels ou courriers adressés à la ligne d'écoute. Depuis 2000, les témoignages d'agression physique recueillis par l'association ont été multipliés par six. «Le fil est mieux connu, davantage de témoignages affluent. Les gens refusent de plus en plus ce qui leur arrive», a analysé Flannan Obé, le président de l'association, en présentant hier son rapport annuel, à la veille de la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie.

Ces violences interviennent à 49 % dans les lieux publics. Sylvie : enlacée avec sa copine, dans le métro de Lyon, elle se fait traiter de «gouinasse» par cinq jeunes femmes qui la frappent, ainsi que sa petite amie. Paul : il a été agressé dans un bois par huit jeunes, dont certains armés de bâtons. Les agresseurs disent qu'ils veulent faire «la police antipédé». Eric : il a été frappé sur la place principale d'un village de Gironde par deux garçons et une fille. «Le cassage de pédés reste une "activité" prisée par certains jeunes», note le rapport.

Ces violences s'exercent aussi dans d'autres lieux. Le voisinage : Pascal, qui vit en Seine-Saint-Denis, raconte le harcèlement dont il a été victime avec son ami (insultes, pneus crevés...). Certains pensent à déménager. Les lieux de travail ne sont pas épargnés : Frédéric, employé dans une boulangerie du Val-de-Marne, se fait régulièrement chercher par un collègue : «Pédale, je vais te choper avec mes potes.» Les familles ne sont pas forcément des havres de paix. Sonia s'est fait tabasser par le frère de sa petite amie. «Malgré les progrès réalisés en matière de loi, de visibilité et de tolérance, l'homophobie et les clichés ont la vie dure», souligne l'association. Suite aux dernières agressions particulièrement violentes, comme à Orléans (lire ci-contre), une cellule de crise a été mise en place.
© Libération

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'IL S'AGIT DE CALMER UNE OPINION PUBLIQUE QUI A PEUR' (France)

Catherine Wihtol de Wenden, du CNRS, analyse le projet de loi Sarkozy sur l'immigration, voté aujourd'hui à l'Assemblée
par Catherine COROLLER


17/05/2006 - C'est cet après-midi que les députés voteront pour ou contre le projet de loi Sarkozy sur l'immigration et l'intégration. Un scrutin sans surprise, l'Assemblée ayant déjà approuvé chacun des articles et étant appelée à se prononcer aujourd'hui sur l'ensemble du texte. Catherine Wihtol de Wenden, chercheuse au CNRS et auteure de l'ouvrage Faut-il ouvrir les frontières ?, analyse ce projet de loi critiqué par la gauche et par les chrétiens.

Comment caractériseriez-vous le projet de loi Sarkozy sur l'immigration ?
Je le trouve marqué par une certaine contradiction : un côté noir et un côté blanc. Son objectif principal est à dimension sécuritaire. Il s'agit de calmer une opinion publique qui a peur. Nicolas Sarkozy affirme qu'il s'agit de la mise en place d'une véritable politique d'immigration. J'ai surtout le sentiment qu'il essaie d'épouser les pseudos attentes de l'opinion publique. L'essentiel du texte répond à un affichage de dureté : rétrécissement des conditions du regroupement familial, allongement des délais de régularisation dans le cadre du mariage, durcissement de l'asile avec la liste des pays dits sûrs. D'un autre côté, ce texte vise aussi à entrouvrir les frontières, et je trouve ça bien, même si ça va concerner peu de monde.

Nicolas Sarkozy affirme que sa politique d'immigration «choisie», en opposition à une immigration «subie», permettra de lutter contre la «xénophobie» et le «racisme». Qu'en pensez-vous ?
Je ne crois pas que ce projet puisse avoir une telle incidence. En Italie, et notamment dans le Nord, où a été mise en place une politique d'immigration avec des quotas et où il y a pourtant de grosses pénuries de main-d'oeuvre, on voit aussi une montée du racisme. Cela étant, ce phénomène est général et ne concerne pas seulement les immigrés. J'observe un durcissement très fort du climat social. Si on regarde la presse d'il y a trente ans, il y avait une solidarité beaucoup plus grande à l'égard des sans-papiers. C'est peut-être moins le racisme qui me frappe aujourd'hui que la peur. Le 11 septembre a joué un peu, la question de l'islam en général, le terrorisme, les violences urbaines, l'affaire Fofana... Est-ce que le projet de loi Sarkozy va calmer cette peur ? Est-ce qu'il peut répondre à deux objectifs contradictoires : récupérer des voix à droite et donner en même temps l'image d'une France accueillante avec cette immigration choisie ? Je ne sais pas s'il peut être gagnant sur les deux tableaux.

Comment expliquer que les Français se déclarent à la fois plus volontiers racistes et se mobilisent dès que l'administration veut expulser tel enfant ou tel collègue étranger ?
Ce ne sont pas nécessairement les mêmes personnes. Mais parfois on assiste à des phénomènes du type : «Je suis raciste en général mais mon voisin est un cas particulier.» C'est un comportement que l'on a vu notamment dans la France de Vichy.

Etes-vous contre le concept d'immigration «choisie» ?
On ne peut pas rester avec un système d'immigration de travail fermé comme c'est le cas aujourd'hui. C'est aberrant de maintenir la fermeture des frontières alors que tous les pays sont pris dans une compétition mondiale et que l'on manque de main-d'oeuvre et de compétence dans certains secteurs. C'est le côté positif de l'immigration choisie. Plus on ouvre les frontières, même s'il ne s'agit que d'entrouvrir, mieux c'est, car cela crée de la fluidité. Une immigration qui circule s'installe moins de façon obligée. Ceux qui se sédentarisent sont les sans-papiers.

Faire venir des cerveaux de l'étranger, n'est-ce pas pomper la matière grise du tiers-monde ?
C'est vrai, mais en même temps beaucoup de ces pays n'ont pas la capacité d'employer leurs élites. Or, chez les habitants des pays pauvres, il y a aussi une vraie volonté de se réaliser.
© Libération

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'L'ESCLAVAGE A NOURRI LE RACISME QUI PERDURE ENCORE' (France)

Louis-Georges Tin est le porte-parole du tout jeune Conseil représentatif des associations noires (CRAN) qui milite pour une implication et une présence politique plus forte des noirs de France. Au moment où des commémorations nationales sont célébrées, depuis le 10 mai, rappelant le drame et l'horreur de ce que fut l'esclavage et la traîte négrière, nous avons souhaité nous entretenir avec lui sur l'importance et l'enjeu de ce devoir de mémoire, longtemps occulté.
Propos recueillis par Fouad Bahri


16/05/2006 - Saphirnews.com : Quelle place, exactement, l'histoire de l'esclavage occupe-t-elle dans l'identité des noirs de France ?
Louis-Georges Tin : Une place très, très importante. C'est un traumatisme majeur qui a laissé des traces durables dans la mémoire des noirs de France, et malheureusement, des traces moins durables dans la mémoire nationale... Il y a même une amnésie collective que cherchent à confirmer, par exemple, les 40 députés UMP emmenés par M. Vanneste, de sinistre mémoire, qui demandent aujourd'hui que la loi Taubira soit en gros démantelée.

Estimez-vous que la loi Taubira est allée assez loin dans la reconnaissance de l'esclavage ?
LG T : La loi Taubira est une très bonne loi. Mais au moment même où elle a été votée, elle a été amputée d'un certain nombre de dispositions qui devaient la rendre plus efficace comme les mesures destinées à favoriser la recherche sur l'esclavage, la connaissance de l'histoire, la constitution de musées, etc. Justement, ces députés qui déjà considéraient que la colonisation était une chose « positive » (loi du 23 février), essaient aujourd'hui de dire que la reconnaissance de l'esclavage est une chose négative, ce qui de leur part est cohérent, mais tout à fait odieux. Cette campagne organisée juste avant le 10 mai est en outre une provocation et une entreprise d'amnésie active, de révisionnisme collectif que ces 40 députés mettent en œuvre avec l'assentiment du président de l'UMP, qui n'a pas du tout condamné ces agissements. On est en droit de s'interroger : est-ce que ces députés sont isolés ou bien expriment-ils et mettent-ils en œuvre la doctrine de l'UMP ?

Doit-il y avoir une réparation matérielle ?
LG T : On peut toujours en discuter. Le minimum est une réparation symbolique. C'est d'ailleurs ce que prévoyait aussi la loi Taubira, mais cela a été supprimé. La reconnaissance et la réparation symbolique, cela veut dire quoi ! Qu'il y ait des recherches, des laboratoires, des musées, qu'il y ait un travail qui soit fait. Cela prend du temps, demande de l'argent mais c'est une démarche très importante, et qui n'est pas du tout mise en œuvre. Ainsi, malgré la polémique qui a éclaté à propos de Napoléon, qui sait en France que Napoléon a rétabli l'esclavage dès son arrivée au pouvoir ? Peu de gens, alors que ce n'est quand même pas un « point de détail », comme disait l'autre ! On mesure, à cela, la méconnaissance collective de l'histoire nationale, méconnaissance des crimes contre l'humanité.

On observe depuis quelques années une montée de la xénophobie et du racisme et une effervescence anti-immigrés. Voyez-vous un lien et une continuité entre l'esclavage et les discriminations raciales ?
LG T : Ce n'est ni tout à fait la même chose, ni tout à fait sans rapport. Marc Ferro, le célèbre historien, me disait récemment : « Avant la décolonisation, les balayeurs dans les rues étaient majoritairement noirs et arabes. Après la décolonisation, les balayeurs de rue sont toujours majoritairement noirs et arabes. » Cela ne veut pas dire qu'avant et après la décolonisation, rien n'a changé. Mais on voit bien que beaucoup de problèmes demeurent cependant. Il est évident que l'esclavage a nourri le racisme qui perdure encore, de manière latente. Beaucoup de gens voudraient croire que les problèmes ont été réglés en 1848. Non, le problème n'est pas réglé pour une raison simple. La liberté politique n'est rien sans la liberté économique et sociale. Je veux dire par là que les esclaves ont été libres mais sans les moyens pratiques de cette liberté théorique. Aux Etats-Unis par exemple, il a été question de donner aux esclaves libérés une mule et un âcre. La formule est restée et elle n'a pas été souvent appliquée, loin de là, mais on a compris que quelqu'un qui se retrouve libre, mais sans rien, du jour au lendemain, pour manger et pour vivre, n'est pas vraiment libre. Or, c'est ce qui s'est passé aux Antilles. Les esclaves se sont trouvés libres mais sans le sou. On a pas voulu du tout leur donner de compensation, et ils ont dû, la rage au ventre, retourner dans les champs qu'ils croyaient avoir abandonnés pour toujours.

En revanche, ceux qui ont obtenu des réparations, ce ne sont pas les esclaves, ce sont les maîtres. Les colons qui, pendant des siècles, ont réduit des hommes en esclavage ont été dédommagés par l'Etat français de leur « perte économique ». Les bourreaux ont été traités comme des victimes. Par contre, les esclaves qui se retrouvaient libres, sans rien, sans possessions, eux, n'ont jamais reçu de compensations. Alors quand on nous dit que la question des réparations ne se pose pas, je réponds que l'Etat français l'a pourtant fort bien posée en 1848 ; simplement, il s'est « trompé » dans l'attribution des réparations.

L'histoire de l'esclavage est-elle bien ou mal enseignée ? Est-elle bien transmise d'une génération de noirs à une autre ?
LG T : Dans les familles, l'histoire est transmise de manière orale. Elle n'est pas enseignée véritablement. La maison n'est pas l'école. Mais il y a une présence constante dans les discours de cette histoire, qui a laissé des traces profondes. Pour ce qui est de la transmission par l'école, j'ai une anecdote révélatrice. Un ami à moi est professeur d'histoire dans un grand lycée parisien, le lycée Condorcet, où l'on forme, les futurs historiens de la France, avec des élèves qui préparent le concours de l'école normale supérieure. Le programme de cette année là était la Révolution française, et il avait proposé comme sujet de dissertation : « la question des libertés ». Eh bien, croyez-le ou non, sur quarante copies, aucune n'a abordé l'abolition de l'esclavage pendant la Révolution, et encore moins son rétablissement par Napoléon. Ce qui paraît incroyable, c'est qu'on lui ait rendu des copies relatives à la liberté de culte, de la presse, d'association. Mais aucun élève n'a évoqué la liberté tout court, la liberté d'être, d'exister, de ne pas être en cage, de ne pas être dans les fers. Alors ces élèves sont-ils racistes ? Non, pas plus que la moyenne. Par contre, ils se sont basés sur des ouvrages qui ne mentionnaient pas tout de cette histoire. Voila comment cette ignorance se transmet de générations en générations. Or, nous sommes en train de parler d'étudiants sérieux, spécialistes… Alors, imaginez monsieur et madame tout le monde.

Cette dénonciation de l'esclavage par la France, n'est-elle pas commode alors qu'un autre esclavage, moderne celui là, persiste toujours, l'exploitation du travail par exemple ?
LG T : La condamnation de l'esclavage est une nécessité historique, une nécessité morale. Maintenant, l'esclavage moderne est aussi une réalité. Il faut cependant faire attention aux mots. Toute exploitation n'est pas nécessairement de l'esclavage. L'exploitation et l'esclavage ce n'est pas exactement la même chose. Il faut être rigoureux. Mais bien sûr, il y a des exploitations post-coloniales qui existent, qui sont extrêmement brutales par l'exigence de rentabilité constante. C'est vrai et il faut en parler. Et il y a aussi l'esclavage moderne, qui existe toujours, dans plusieurs pays du monde. Quoi qu'il en soit, ce combat que nous menons pour la reconnaissance de l'esclavage peut et doit aboutir à une reconnaissance globale de phénomènes, qui ne relèvent pas toujours de l'esclavage stricto sensu, mais qui y ressemblent, et qui posent en somme la question toujours pendante de l'exploitation de l'homme par l'homme.

Quels sont les objectifs de votre mouvement ?
LG T : Il s'agit pour nous de constituer un trait d'union entre des populations parfois désespérées, ou exaspérées, et des gouvernants ignorants, pour ne pas dire méprisants. Les questions que nous posons portent sur l'histoire passée, qu'il faut enseigner, sur le présent des discriminations, dont nous faisons le diagnostic, et sur les solutions futures, que nous entendons proposer aux partis politiques, notamment dans le cadre de la campagne des présidentielles. En tout cela, nous entendons favoriser une démocratie élargie, car les mots fétiches comme « universalisme » ou « républicains », ne doivent plus servir à justifier l'ordre établi, les inégalités sociales et le conservatisme. A ceux qui nous expliquent qu'il est urgent de ne rien faire, nous répondons que nous sommes résolus à agir, que les Noirs de France entendent prendre leur part au destin national. La politique en France ne se fera pas sans nous, ou du moins plus sans nous...
© SaphirNews

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VERS UN NOUVEAU REPORT DU PROCÈS GOLLNISCH (France)

Le procès du numéro 2 du FN, pour ses propos controversés sur les chambres à gaz, pourrait être reporté en raison d'une procédure parallèle

16/05/2006 - Bruno Gollnisch pourrait bénéficier d'un nouveau report de son procès devant le tribunal correctionnel de Lyon. Le numéro 2 du Front National (FN), poursuivi pour des propos controversés sur les chambres à gaz, pourrait en effet bénéficier d'un sursis supplémentaire avant de répondre de ses dires devant la justice. Son procès avait été reporté une première fois et devait se dérouler le 23 mai prochain.

"Ce n'est qu'une potentialité pour le moment, car c'est au tribunal de décider du report ou non, mais c'est dans l'air du temps et il y a de grandes chances", a indiqué le procureur de la République de Lyon, Xavier Richaud. Ce report éventuel du procès permettrait d'attendre l'examen d'un appel introduit par la parquet de Lyon contre une ordonnance de non-lieu rendu dans le cadre d'une instruction parallèle sur les même faits, ouverte à la suite d'une plainte avec constitution de partie civile du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap).

"Débat" houleux
Le procès de Bruno Gollnisch a déjà été reporté début septembre 2005, puis fin novembre, afin de permettre au Parlement européen de se prononcer sur la levée de l'immunité parlementaire de l'élu frontiste, décision qui a finalement été votée le 13 décembre.
Le 11 octobre 2004, lors d'une conférence de presse à Lyon, Bruno Gollnisch avait assuré "ne pas remettre en cause les déportations" ni "les millions de morts" des camps nazis, avant d'ajouter toutefois : "quant à savoir la façon dont les gens sont morts, le débat doit avoir lieu". Interrogé plus spécifiquement sur les chambres à gaz, il avait répondu: "je ne nie pas les chambres à gaz homicides. Mais je ne suis pas spécialiste de cette question et je pense qu'il faut laisser les historiens en discuter. Et cette discussion devrait être libre".
© Le Nouvel Observateur

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DIALOGUER PLUTÔT QUE DIABOLISER L'ISLAM POLITIQUE (France)

Les responsables de la Ligue des droits de l'homme dénoncent l'appel «contre un nouvel obscurantisme» lancé dans «Libération» le 28 avril. Par Jean-Pierre Dubois président de la Ligue des droits de l'homme, Henri Leclerc et Michel Tubiana présidents d'honneur de la Ligue des droits de l'homme.

15/05/2006 - Caroline Fourest, Corinne Lepage et Pierre Cassen lancent un appel «contre un nouvel obscurantisme» (Libération du 28 avril); ils s'élèvent contre le racisme et appellent à lutter contre l'islam politique réactionnaire. Ne boudons pas notre plaisir de voir ces trois personnalités reprendre à leur compte l'analyse sociale des causes du racisme et le rejet des amalgames entre musulmans et terrorisme ou Islam et intégrisme. Cela change des discours que l'on peut lire dans Respublica s'en prenant aux musulmans qui «réquisitionnent les rues voisines [de Barbès] pour se prosterner en direction de la Mecque», et «à l'attitude irresponsable de la police face à cette réquisition de l'espace public ainsi qu'au regard des troubles provoqués pour la circulation automobile». Sans compter les diatribes contre le «juif converti Lustiger» attendues par des religieuses qui «toutes arborent des hijabs aux couleurs ternes», ou l'intolérance à l'encontre des lieux de culte lorsque, du fait de l'implantation d'une mosquée, «l'école aura à subir une servitude de vue qui est susceptible d'enfreindre la liberté pédagogique». Ou encore l'appel à exiler des citoyens français parce qu'ils sont membres de l'Union des organisations islamiques de France!

Arrêtons là le rappel du passé! Si ce n'est que, présent à l'esprit de tous ceux qui ont toujours plaidé pour une réponse universelle au racisme et à l'antisémitisme, il est à craindre qu'il restreigne la confiance accordée aux nouveaux convertis. Rappelons quelques évidences. Le racisme et l'antisémitisme trouvent à s'exprimer et à grandir sur le terreau de l'exclusion dont sont victimes des catégories entières de population, enfermées dans des ghettos territoriaux et sociaux, assignés à résidence par leurs origines, discriminées quotidiennement. Les représentations coloniales sont encore pleinement à l'oeuvre dans une France qui refuse de regarder son histoire en face, même si la situation n'est en rien une continuation de la lutte anticoloniale ou si les populations issues de cette histoire ne sont pas une nouvelle catégorie politique. Nous avons besoin d'une école qui cesse de reproduire les mécanismes de ségrégation sociale qui pèse sur cette institution. Il faut reconnaître concrètement à tous une égalité des droits (et non des chances) sans recourir à un quelconque «espoir religieux» ou à une prétendue discrimination positive qui n'est, dans l'esprit de son auteur, que la forme contemporaine de la charité individuelle. Et encore restreinte aux seuls Français, tant monsieur Sarkozy flatte la xénophobie ambiante.

Nous n'avons pas besoin de changer la loi de 1905, pas plus que nous n'avions besoin d'une loi antivoile, pour faire vivre la laïcité, atteinte dans ses fondements par les discriminations, y compris religieuses, qui frappent des millions d'individus. Sacraliser les religions en créant un délit pénal de blasphème est intolérable si nous voulons préserver la liberté d'expression, laquelle n'autorise pas, en revanche, à insulter les fidèles d'une foi. Les projets et discours gouvernementaux et de la majorité en matière d'immigration sentent le racisme et la xénophobie et il serait utile que les signataires de cette pétition s'expriment, sur ce sujet, s'ils veulent être crédibles. Tout cela, et quelques autres choses, nous le savons et nous le disons depuis longtemps. Voici que tout serait conditionné à la lutte contre l'islam politique. Selon nos pétitionnaires, rien ne serait possible si nous ne nous opposions pas à la montée des Frères musulmans dans le monde arabe ou en Europe, qualifiée de nouveau totalitarisme, aux «barbus» et aux «filles voilées». On sourit d'abord face à la confusion qui conduit à faire de tout «barbu» et de toute «fille voilée» les suppôts d'un islam politique et réactionnaire.

A peine, les auteurs de cet appel s'échappaient-ils de ces amalgames qu'ils y retombent aussitôt. Trois erreurs doivent être évitées si nous voulons apporter des réponses efficaces. La première est de tout mêler dans le concept fourre-tout d'islam politique, fût-il réactionnaire. Le régime iranien, les talibans, les Frères musulmans, le gouvernement turc, etc. ne peuvent se résumer en un mouvement tentaculaire animé par les mêmes intérêts ni par les mêmes projets. Il s'en suit une profonde méconnaissance qui favorise les jugements lapidaires et l'impuissance. La seconde erreur est d'utiliser la situation de certains pays arabes pour apprécier la situation en France et en Europe. Comparer la victoire du Hamas, résultat de la politique israélienne et, dans une moindre mesure, des échecs de l'Autorité palestinienne, ou la victoire virtuelle des Frères musulmans en Egypte et ce que nous connaissons ici, c'est travestir la réalité et assimiler, par essence, les citoyens européens de confession musulmane à ces mouvements. Monsieur de Villiers use de la même logique pour rejeter l'islam en tant que religion.

Si, comme l'écrivent les pétitionnaires, il ne faut pas «laisser ces êtres et ces quartiers être mis sous tutelle par des groupes religieux parce que l'Etat se désengage du social», convenons que la réponse est d'abord dans la fin des discriminations et de l'exclusion sociale, sauf à confondre les ferments et les effets. Il n'en est pas autrement à l'extérieur de nos frontières. Soumis à des gouvernements corrompus, victimes du double discours permanent des pays occidentaux, lassés de la pauvreté et de l'arbitraire, les peuples des pays arabes se voient proposer une alternative religieuse qui n'est que le rideau derrière lequel se cache notre incapacité collective à offrir une alternative politique. Dès lors, trois sortes de réactions se dessinent. Les Etats-Unis, soucieux de maintenir leur puissance, ont engagé un dialogue avec ces mouvements en cherchant à tisser les mêmes rapports qu'ils entretiennent avec le régime de l'Arabie Saoudite. C'est la transposition en termes de paix armée du choc des civilisations: faites ce que vous souhaitez si vous respectez nos intérêts. C'est l'assurance de conflits permanents parsemés d'instants de répit.

On peut croire aussi qu'en s'en prenant avant tout à l'obscurantisme on résoudra le problème, ce qui ne sera évidemment pas le cas, les injustices continuant à produire leurs effets destructeurs. Reste une troisième hypothèse qui inclut à la fois le dialogue et le respect de la liberté de conscience, de l'égalité et de la démocratie. Sauf à décréter que tout islam politique est proscrit, ce que nous n'avons pas fait en Europe avec les mouvements chrétiens, nous aurons, bien sûr, à dialoguer. D'abord en cessant de diaboliser l'islam, ici ou ailleurs, et en lui reconnaissant la place qu'il occupe, comme d'autres religions, dans la vie des peuples y compris au sein de nos sociétés sécularisées. En fondant, ensuite, ce dialogue sur les droits de l'homme et la démocratie ce qui implique, bien entendu, que ces concepts cessent d'être travestis quotidiennement dans nos banlieues comme ailleurs. Ce qui implique aussi d'admettre que chaque peuple peut créer sa propre voie pour y accéder, sans pour autant que nous concédions quoi que ce soit sur les principes essentiels. C'est à ce prix que nous pourrons lutter contre le racisme et l'antisémitisme et réduire l'instrumentalisation du fait religieux, c'est aussi à ce prix que nous pourrons aider tous ceux et toutes celles qui, notamment dans les pays arabes, tentent de faire prévaloir les droits de l'homme et la liberté de conscience.
© Libération

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VÉRITABLE PAIN BÉNI POUR LE PEN (France)

15/05/2006 - L'affaire Clearstream qui discrédite les dirigeants politiques français profite à l'extrême droite. Notamment au Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen, toujours prompt à dénoncer les dérives du pouvoir, relèvent plusieurs responsables politiques et des experts. «L'impact est complètement désastreux. On est dans une conjoncture de fin de règne qui peut être le prélude d'une explosion politique», estime le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l'extrême droite.

Pour lui, le contexte français rappelle celui de l'Italie juste avant le déclenchement de «Mani Pulite», l'offensive judiciaire contre la corruption qui avait abouti à faire disparaître deux piliers de la vie politique, le parti démocrate-chrétien et le parti socialiste. Le président Jacques Chirac et son premier ministre Dominique de Villepin sont en première ligne de ce scandale politique dans lequel le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, rival de M. Villepin, s'estime victime d'une vaste manipulation portant sur des fausses listes de comptes occultes à l'étranger destinés à percevoir des pots-de-vin.

«La gauche, en particulier Ségolène Royal (qui caracole en tête à gauche dans les sondages, ndlr), encaisse des voix, mais c'est Le Pen qui fait carton plein», souligne de son côté l'avocat et politologue Nicolas Baverez, auteur du best-seller «La France qui tombe».

«Quant à Nicolas Sarkozy, qui apparaît comme la victime, il en bénéficie, en apparence, à court terme. Mais dans une affaire de ce genre, il n'y a pas de vainqueur dans l'opinion», ajoute-t-il. «Le Pen encaisse le gros lot sur le thème tous pourris», résume-t-il. L'affaire Clearstream «profitera à l'abstention et à l'extrême droite», a prédit jeudi le député-maire socialiste d'Evry Manuel Valls, qui a évoqué la «fin de règne effrayante» de Jacques Chirac.

«C'est très mauvais. Les gens ne font pas de détails. Cela accrédite l'idée du grand panier de crabes. Les bons résultats obtenus par le gouvernement, tout le monde s'en moque», a commenté le sarkozyste Thierry Mariani.

«Il faut que cela soit fini dans dix jours», faute de quoi l'affaire Clearstream risque effectivement d'influencer les élections de 2007, a ajouté le député UMP (au pouvoir), qui affrontera un ex-candidat du Front national aux prochaines législatives. M. Sarkozy a annoncé samedi qu'il restait au gouvernement, affirmant n'avoir «nullement l'intention de créer les conditions d'une crise politique qui ne profiterait qu'à la gauche et aux extrêmes». Les derniers sondages place M. Le Pen, 77 ans, à 14% d'intention de vote en cas d'élection présidentielle. Il ne doute pas que les événements actuels l'aideront à améliorer son score et à réitérer sa performance lors de la présidentielle de 2002. Il s'était alors hissé, à la surprise générale au second tour avec 16,8 % des voix, éliminant le candidat de la gauche Lionel Jospin. M. Le Pen s'en est pourtant tenu ces dernières semaines à une ligne plutôt sobre sur l'affaire Clearstream.
© Le Journal du Jura

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LES MOTS QUI BRÛLENT (France)

par Robert Solé

13/05/2006 - Esclavage, traite négrière, génocide... Ces mots terribles, qui semblaient appartenir à d'autres temps, n'en finissent pas de traverser l'actualité. Pour la première fois, le 10 mai, la France métropolitaine a commémoré l'abolition de l'esclavage, qualifié de crime contre l'humanité. Après avoir solennellement reconnu le génocide des Arméniens de 1915, le Parlement est saisi d'une proposition de loi pour punir la contestation publique de ces massacres, de même qu'est punie la négation de la Shoah. Parallèlement, la France est accusée de complicité de génocide au Rwanda, tandis que le président Bouteflika lui attribue un "génocide de l'identité, de l'histoire, de la langue et des traditions" algériennes durant la colonisation.

"Dans Le Monde du 9 mai, remarque un lecteur de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), Bernard Sauvaire, vous annoncez une "catastrophe sanitaire" en Palestine. Pourquoi ne pas employer le terme de "génocide" ? Il y a bien un accord objectif des Etats-Unis et des pays européens avec Israël qui va aboutir à ce résultat. Il est vrai que "la lutte contre le terrorisme" justifie des tas d'horreurs, que l'on fait mine de ne pas voir. Génocide ? Surtout pas. Il s'agit seulement d'une "catastrophe", c'est-à-dire imprévisible, comme le tsunami..."

Quoi qu'on pense du conflit israélo-palestinien, je crois que "catastrophe sanitaire" s'appliquait parfaitement aux risques encourus par la suspension des aides financières aux populations de Cisjordanie et de Gaza. Beaucoup mieux d'ailleurs que l'expression "catastrophe humanitaire", employée à tout bout de champ et qui ressemble à une faute de français...

Le terme "génocide", issu du mot grec genos (race, peuple) et du suffixe latin -cide (de caedere, tuer), n'a vu le jour qu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Il faut entendre par là, selon la convention internationale du 9 décembre 1948, tout acte "commis avec l'intention de détruire, totalement ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux". La définition est un peu floue, car elle ne précise pas ce qu'est "l'intention", et en tout cas incomplète puisqu'elle ne parle pas de la volonté de détruire des groupes politiques ou sociaux.

La tendance aujourd'hui est d'appliquer le terme aux situations les plus diverses. Les Tchétchènes accusent les Russes de "génocide", et c'est aussi de "génocide" que seraient victimes les "adeptes de la maison du Prophète", selon le chef du principal parti chiite en Irak (Le Monde du 10 avril).

Le glissement du vocabulaire n'a plus de limites. A propos du sida au Kenya, la responsable d'une institution caritative déclarait dans Le Monde du 25 octobre 2005 : "On assiste à un crime qui prend parfois les allures d'un génocide." Le terme finit par être employé de manière grotesque : il était question récemment, au sujet des phoques du Canada, de "génocide animalier" (Le Monde du 24 mars).

Le mot "esclavage", lui, s'est banalisé depuis bien longtemps, perdant sa réalité historique. On est "esclave" de tout et de n'importe quoi : de ses pulsions, de ses amours, de la cigarette... Mais la signification originelle est revenue en force ces derniers mois.

"Ce 10 mai, on s'est souvenu de l'esclavage passé, remarque Raymond Beltran, de Carcassonne (Aude). Le langage juridique moderne le qualifie de crime contre l'humanité. Nous nous souviendrons pour le condamner. Mais commémorer ne dispense pas de porter un regard lucide sur le présent. L'esclavage persiste encore dans sa forme archaïque en Afrique et dans la péninsule Arabique. (...) Il y a des domestiques et des prostituées réduites en esclavage par des réseaux les amenant d'Afrique et de l'Est vers chez nous, dans une traite moderne. L'esclavage "supprimé" ne peut pas être poursuivi aujourd'hui comme un crime puisqu'il n'existe pas ! Il ne peut être réprimé qu'à travers les délits qui l'accompagnent."

Pour Françoise Brunat (Paris), qui s'exprime dans le même sens, "le premier devoir de mémoire, c'est de veiller à ce que les choses ne se reproduisent plus. Il s'agit en toute occasion de dénoncer le racisme". Pour cela, on peut compter sur les lecteurs du Monde. A preuve, les réactions suscitées par une information de quelques lignes, dans le numéro du 9 mai, qui commençait ainsi : "Un jeune Parisien de race noire et son ami flamand à la coiffure rasta ont été attaqués, dimanche 7 mai à Bruges, par un groupe de skinheads."

Karine Batalla (Paris) écrit : "J'ai d'abord cru que je lisais la rubrique "Il y a 50 ans dans Le Monde" ! Faut-il vous rappeler qu'il n'existe pas plus de race noire que de race blanche ou de race flamande ? La science a établi depuis longtemps que tous les humains sont capables de se reproduire entre eux, contrairement disons à un saint-bernard avec un chihuahua, et que donc il n'existe qu'une seule race humaine. La seule chose que cet infortuné Parisien possède de noir, on suppose, c'est la couleur de sa peau."

Appliquée à l'espèce humaine, l'idée de race est une idée raciste, nous confirme Véronique De Rudder, sociologue au CNRS : "La race n'est ni un concept analytique ni un concept descriptif. C'est une catégorie de classement historique, politique, économique et social. (...) La reprise d'une telle catégorie de classement (mais aussi d'asservissement et de meurtre) dans un article, aussi bref soit-il - et peut-être justement parce que, par sa brièveté même, il semble "inoffensif" -, est d'une extrême gravité."

Nos lectrices ont raison, bien sûr, mais comment aurait-il fallu rédiger la phrase contestée ? "Un jeune Noir de Paris" ? "Un jeune Parisien à la peau noire" ? "Un jeune Parisien originaire d'Afrique noire" ? Ce n'est pas toujours évident...

Dans Le Monde du 4 mai, Jacques Bouvier, d'Ernée (Mayenne), a été choqué par une page de publicité de Microsoft. On y voyait une douzaine de personnes, en bleu de travail, tailleur ou costume-cravate, censées représenter une entreprise dynamique. "Publicité négrophobe", affirme notre lecteur. Pourquoi ? Parce qu'il a repéré, parmi les figurants, "quelques traits asiates, indiens, sémites, mais aucun présentant des traits de populations négroïdes". "Sans doute, m'écrit-il, n'ai-je pas scruté avec une loupe l'ensemble des personnages mis en scène (...), mais il est étonnant que personne n'ait relevé cette discrimination."

J'avoue que cette page ne m'avait pas frappé. Et je vois mal les services du Monde, armés d'une loupe, refuser une publicité sous prétexte que n'y figure aucun Noir...

ROBERT SOLÉ
© Le Monde

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FORMATION DES POLICIERS: LE MINISTÈRE DE L'INTÉRIEUR NE TIENT PAS SES PROMESSES (France)

12/05/2006 - La promotion de gardiens de la paix qui a débuté sa formation en février dernier promettait d'être exceptionnelle. L'ensemble des policiers devait recevoir deux heures de formation spécifique à la lutte contre l'homophobie (lire Quotidien du 2 novembre 2005).

Quelques mois plus tard, l'association Flag!, qui réunit des policiers homosexuels, constate qu'il n'en est rien. «On nous a menés en bateau, dénonce Alain Parmentier, président du Flag!. La lutte contre l'homophobie est noyée dans les instructions sur la déontologie, alors qu'il y a des cours spécifiques contre le racisme par exemple. On nous a laissé faire des annonces en espérant qu'on lâcherait l'affaire ensuite. Ce n'est pas notre genre.»

Contacté par Têtu, le directeur adjoint de la Direction de la formation de la police nationale, Bertrand Michelin, confirme que le module spécifique ne sera pas mis en place. «L'homophobie est intégrée à toutes les discriminations lors des cours sur la loi. On rappelle aussi le code de déontologie», affirme-t-il. Ce code, dont l'article 7 ordonne le «respect absolu des personnes», ne fait pourtant pas référence à l'orientation sexuelle, alors que le règlement général d'emploi des policiers vient de l'inclure. «Une fiche technique rappelant les nouvelles lois contre l'homophobie a été éditée pour les formateurs, reprend Bertrand Michelin. Mais si on insiste trop sur telle ou telle discrimination, les policiers vont imaginer que c'est la seule possible!

Le module sur l'homophobie, on laisse donc les écoles de police libres de l'instaurer, ou non, dans le cadre de séquences libres, comme cela a été expérimenté à Reims avec une association locale» (lire Quotidien du 20 février). On peut supposer que sans contrainte nationale, bien peu d'écoles s'engageront à mettre en place ce module... Furieux, Alain Parmentier, du Flag!, ajoute que tous les commissariats de France ont affiché un panneau sur la Journée contre le tabac du 31 mai… mais rien sur la Journée contre l'homophobie du 17 mai. Ce jour-là, il distribuera donc, avec ses collègues, des tracts de sensibilisation à l'homophobie devant la cantine de la Préfecture de police de Paris, rue Massillon.

par Paul Parant
© Têtu

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NOIRS: TOUTES LES NUANCES D'UNE COULEUR (France)

En écho à la Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage, un documentaire s'intéresse à ses conséquences actuelles. Prélude à la semaine de la diversité, le film d'A. Ngatcha interroge «l'identité noire». Sur France3 à 23h25. Par Karin Tshidimba

12/05/2006 - Combien de publications, de films, de publicités et de reportages accréditant, des siècles durant, les «différences raciales»? Au Noir, «souriant, bon enfant, ayant le rythme dans la peau», répondait invariablement l'Asiatique, «mystérieux et travailleur, cultivant un grand sens du commerce». Un profil très différent, en somme, de celui de l'Arabe, «grand guerrier» volontiers «fanatique et dangereux».

De fausses différences
Dans le documentaire «Paris Couleurs», l'historien Pascal Blanchard rappelait, à notre bon souvenir, ces stéréotypes banalisés par des années d'études pseudo-scientifiques, longtemps serinés par des expositions aux visées faussement universelles.

En cette semaine de commémoration de l'abolition de l'esclavage, France3 a été bien inspiré de le reproposer, d'autant que ce même Pascal Blanchard est l'un des nombreux intervenants invités à s'exprimer dans le film Noirs *** d'Arnaud Ngatcha et Jérôme Sesquin. Un documentaire richement documenté s'ouvrant sur le formidable conteur qu'est Joseph Ndiaye, conservateur de la maison des Esclaves sur l'île de Gorée (Sénégal). Où s'est forgée une grande partie des fondements de la «question noire». Car, comme le rappellent les auteurs, la profonde méconnaissance de l'histoire de l'esclavage et de la décolonisation forme le ciment du malentendu actuel vécu, notamment, dans l'Hexagone.

Combien d'identités construites sur ces principes infondés? Combien de rencontres biaisées par ces idées fausses? «Quel lien peut-il y avoir entre un Antillais descendant d'esclave et un descendant de tirailleur sénégalais qui se retrouvent aujourd'hui autour de revendications semblables?», interroge Arnaud Ngatcha.

Puisqu'il n'y a pas d'histoire commune à tous les Noirs, il importe que leurs histoires soient enseignées afin que peu à peu des mémoires plurielles puissent émerger et forger une meilleure connaissance de l'Autre dans sa diversité. C'est de cette façon que procède Arnaud Ngatcha, multipliant les rencontres et les opinions: le poète Aimé Césaire, la députée Christiane Taubira, l'écrivain Gaston Kelman, le chanteur Disiz la Peste, etc.

«Noirs», le pluriel s'impose bien si l'on ne veut pas reproduire le caractère foncièrement réducteur de la «question (dite) noire». Aujourd'hui, on voit certains jeunes «d'origine immigrée» sombrer eux-mêmes dans la caricature et se raccrocher aux «modèles» déposés par une société consumériste, avide de clichés. Ainsi se dessinent quatre grands destins: sans- papiers en difficulté; «jeunes sauvageons» adoptant la posture de rebelles urbains; rois du petit commerce (cf. la filière asiatique) ou princes de la rue, régnant sur la musique, la danse ou le sport. De nouvelles aires de jeu qui font dire au rappeur Disiz la Peste -né de mère française et de père sénégalais- que sa Victoire de la musique 2006 semble «normale» à toute une partie du public qui pense que «comme il est noir», il chante et danse «forcément bien».

Le racisme se dissimule aussi sous ses «versants angéliques» comme les définit l'écrivain Gaston Kelman...

Une définition... par défaut
En ressort une vision contrastée de la «condition noire et de l'intégration de cette minorité ethnique en France». Une minorité qui s'est jusqu'ici surtout mobilisée face à une «absence de reconnaissance», lorsqu'il fallut, en mai 1998, défiler dans les rues de Paris pour que la mémoire de l'esclavage «douloureuse et houleuse» soit légalement reconnue.

Une minorité qui a aussi trop souvent vu son sentiment d'«appartenance commune» forgé... par les discriminations, à l'embauche ou au logement, deux problématiques plus qu'actuelles en France. La première Journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage, ce mercredi 10 mai en France, le «Thalassa» de vendredi dernier et ce film contribueront sans doute à ce que le savoir progresse et les préjugés tombent...
© La Libre Belgique

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CHRISTIAN VANNESTE RÉCIDIVE (France)

L’Inter-LGBT demande des explications à Nicolas Sarkozy

12/05/2006 - Mercredi 10 mai 2006, sur Europe 1, le député Christian Vanneste s’est de nouveau exprimé avec violence contre les homosexuels, en parlant de « comportements désordonnés » et en qualifiant l’homosexualité de « trouble ». Il s’en est également pris aux mouvements associatifs, qualifiés de « terroriste » et accusés de commettre des « attentats contre la démocratie ». Une nouvelle fois, cet irréductible homophobe, déjà condamné par la justice, a fait l’étalage de tout son mépris pour des millions de nos concitoyens : ces propos contribuent à relativiser la gravité de récents crimes homophobes, ils encouragent même de telles violences. À une semaine de la journée mondiale contre l’homophobie, le ton est ainsi donné.

Le cas de Christian Vanneste est aujourd’hui d’une tout autre dimension que celle d’un « voyou » récidiviste, propre à alimenter la chronique judiciaire. « L’affaire Vanneste » devient un problème politique majeur entre le mouvement associatif lesbien, gai, bi et trans et le principal parti de la majorité. Si Christian Vanneste est régulièrement invité à s’exprimer dans les médias, ce n’est en effet pas tant pour les opinions qu’il représente - heureusement minoritaires - que pour son statut de député de la majorité, membre de l’UMP. En s’accommodant de la présence dans ses rangs d’un tel agitateur haineux, Nicolas Sarkozy accepte qu’au nom du parti qu’il préside, des millions de nos concitoyens soient régulièrement injuriés sur les ondes. Le président de l’UMP serait-il indifférent aux dégâts que peuvent provoquer de tels propos chez les auditeurs les plus jeunes ?

L’Interassociative lesbienne, gaie, bi et trans n’en est pas à sa première demande de rencontre avec le président de l’UMP. En ce premier semestre 2006, d’autres épisodes sont venus dégrader les relations entre l’UMP et le monde associatif LGBT : attaques mensongères de la candidate UMP à la Mairie de Paris contre les subventions reçues par les associations, pétition de parlementaires contre l’homoparentalité, etc. Pour l’Inter-LGBT, il y a urgence à clarification. L’Inter-LGBT demande donc, une fois encore, de rencontrer dans les meilleurs délais Nicolas Sarkozy, afin qu’il précise enfin la position officielle de l’UMP sur toutes ces questions, et qu’il indique la façon dont il entend la rendre publique.
© Inter LGBT

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LES HISTORIENS DANS L'ATTENTE DE L'OUVERTURE DES ARCHIVES NAZIES (Allemagne)

15/05/2006 - Les 11 pays chargés de veiller sur les archives de Bad Arolsen (centre), qui retracent les destins tragiques de 17,5 millions de victimes du nazisme, devraient décider mardi, lors d'une réunion près de Luxembourg, de les ouvrir enfin à la recherche historique. Après que Berlin eut levé le mois dernier ses objections en la matière, les 11 Etats concernés -- Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Grèce, Etats-Unis, Pologne, Israël et les trois pays du Benelux -- devraient ainsi mettre fin à une semi-confidentialité de plus de 60 ans pour ces 47 millions de documents.

Entreposées sur 27 km de linéaire, dans des bâtiments quelconques d'une petite localité tranquille du centre de l'Allemagne, ces données n'étaient jusqu'ici consultables que dans un but »humanitaire», c'est-à-dire de manière individuelle et nominative, sur requête d'une ancienne victime ou de ses ayants-droit.

Les registres des camps de concentration ou autres mandats d'arrêt établis par la Gestapo avaient en effet été rassemblés et classés après guerre dans un but très pratique: retrouver les civils déportés ou soumis au travail obligatoire par le régime hitlérien, retracer leurs parcours et, éventuellement, apporter aux anciennes victimes une preuve de leur internement, afin d'ouvrir la voie à leur indemnisation.

Encore aujourd'hui, plus de 300 salariés permanents continuent à traiter chaque année des dizaines de milliers de demandes individuelles, en provenance d'une soixantaine de pays. Un travail très complexe, vu l'immensité de la base de données: 849 façons différentes d'écrire le patronyme juif +Abrahamovicz+ ont ainsi été recensées.

Nominatifs, ces documents issus de la scrupuleuse rigueur administrative de l'Etat national-socialiste sont par conséquent sensibles. Certains mentionnent en effet l'homosexualité supposée de la victime ou bien précisent: »criminel professionnel». D'autres encore rapportent qu'une femme a été arrêtée par la Gestapo parce que, mère d'un enfant métis, elle avait refusé de se faire stériliser ou bien qu'un homme soumis au travail forcé était »schizophrène».

Ces précisions expliquent les réticences de certains Etats -- notamment de l'Allemagne, jusqu'à une date récente -- pour autoriser leur ouverture aux historiens.

»L'un des enjeux de la réunion de mardi sera de déterminer selon quelles modalités les chercheurs pourront accéder aux documents», explique Maria Raabe, l'une des porte-parole du Service international de recherches (ITS), l'organisme chargé de gérer le fonds, sous la tutelle du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). »Devront-ils par exemple s'engager par écrit à ne pas retranscrire dans leurs travaux les noms des personnes concernées? C'est l'une des solutions envisagées, mais en tous les cas, c'est aux 11 Etats d'en décider», ajoute-t-elle.

Reste que, pour une large partie de la communauté scientifique, l'accès à Bad Arolsen ne revêt de toute façon pas un intérêt majeur.

»Du point de vue de la recherche, il n'y a rien de fondamentalement nouveau à attendre de ces documents», estime ainsi le Pr Wolfgang Benz, directeur du Centre de recherche sur l'antisémitisme à la Technische Universität de Berlin et auteur de nombreux ouvrages sur l'Holocauste et le Troisième Reich.

»Pour ma part, je m'attends à n'y découvrir que de microscopiques détails que j'ignorais encore», ajoute-t-il. »Les chercheurs américains, qui ont longtemps réclamé à cor et à cri leur ouverture, l'ont souvent fait pour des motifs démagogiques, en accusant l'Allemagne de vouloir dissimuler son passé».

»C'est oublier que ces documents contiennent des données potentiellement très délicates pour les personnes concernées», relève-t-il.
© Tageblatt

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COUPE DU MONDE DE FOOTBALL 2006 : CARTON ROSE À L’ALLEMAGNE

L’installation de nouvelles maisons closes en Allemagne, pendant la Coupe du monde de football, suscite de plus en plus de réactions indignées. A quelques semaines du début des compétitions, l’“affaire” commence à faire grand bruit... Avec, en filigrane, une vieille question : football et sexe font-il vraiment bon ménage ?

15/05/2006 - “On ne sait pas qui gagnera de la Coupe, mais les perdants seront clairement les milliers de femmes et d’enfants victimes de trafic et vendus à l’industrie du sexe, légale en Allemagne, afin de satisfaire l’afflux de demande des supporters”, a déclaré, le 1er mai, le président de la sous-commission des Droits de l’Homme à la Chambre des Représentants américaine, Chris Smith, qui a demandé aussi, en passant, à la chancelière allemande, Angela Merkel, en voyage aux Etats-Unis, de revenir sur la légalisation de la prostitution dans son pays et de lutter contre l’exploitation des femmes durant le Mondial.

“La chancelière Merkel a abdiqué sa responsabilité de leader du combat pour la liberté et les Droits de l’Homme en ignorant l’esclavage sexuel de milliers de femmes pour le profit des souteneurs et trafiquants et le plaisir des hommes amateurs de football”, a accusé, de son côté, Donna Hughes, spécialiste de la prostitution à l’Université de Rhode Island, en Afrique du Sud.

Le Conseil de l’Europe avait demandé le mois dernier au président de la Fédération internationale de football (FIFA), Joseph Blatter, de condamner sans ambages la mise en place de réseaux de prostitution forcée à l’occasion du Mondial. En réponse, ce dernier a publié, le 13 avril, à Zurich, un communiqué dans lequel il affirme que “la question de la prostitution et du commerce des femmes n’est pas du ressort d’une fédération sportive internationale”.

Dans une tribune au quotidien Le Monde du 20 avril, Didier Bariani, président honoraire du Paris football club et vice-président de l’UDF, s’insurge lui aussi: “Incapables d’endiguer une violence qui les dépasse et de contrôler un racisme qu’elles déplorent, les fédérations se constituent souteneurs de surcroît”. Et d’ajouter : “Il ne manquerait plus que la FIFA compte sur Artémis pour réguler la violence dans et aux abords des stades !” Pourquoi toute cette indignation ? De quoi s’agit-il au juste ?

“Un temps pour vous faire des petites amies”
Artémis est le nom d’une maison close de 3 000 m2, “le plus grand bordel d’Europe” selon ses promoteurs. “Inauguré” en septembre dernier, situé à trois stations de métro du Stade olympique de Berlin, ce club très privé ne paie pas de mine. Flanqué d’un magasin de pneus de voitures, coincé entre la station de métro Westkreuz et le périphérique qui entoure Berlin, l’établissement compte cependant assez de chambres et de “performance boxes” (cabines de prestations) pour accueillir 650 clients à la fois. Ces “performance boxes” sont des petites cabines équipées de distributeurs de préservatifs, boissons, bonbons et snacks.

Cet Eros Center a ouvert ses portes quelques mois avant le démarrage de la Coupe du Monde de Football, qui se déroulera dans une douzaine de villes allemande du 9 juin au 9 juillet.

Les promoteurs avisés de ce temple du sexe ont pensé à tout pour attirer la clientèle : de grandes affiches sont placardées un peu partout, à Berlin et dans les autres grandes villes allemandes, pour faire la promotion de leur projet. On y voit une femme en très petite tenue entourée de ballons de football et de drapeaux, avec ce slogan: “Un temps pour vous faire des petites amies”, paraphrasant ainsi - et détournant cyniquement - le slogan officiel du Mondial: “Un temps pour vous faire des amis”.

Pour assurer un bon démarrage de leur “affaire”, les propriétaires d’Artémis veulent profiter de cette manifestation planétaire, qui devrait attirer plus de 100.000 visiteurs, dont quelque.... 40.000 prostituées, pour la plupart des jeunes filles ramenées de l’Europe de l’Est par wagons entiers. L’“affaire” promet d’être juteuse. Et pour cause, les prostituées qui veulent profiter des “équipements” mis à leur disposition dans Artémis (lits, saunas, centres de remise en forme, tables de danse, piscine...) doivent s’acquitter d’une somme de 60 euros par entrée. Libre à elles ensuite de les utiliser comme elles le désirent. On imagine les sommes colossales qui pourraient être amassées ainsi.

Le manager d’Artemis, Haki Simsek, vient d’entamer une “campagne de promotion”: ses clients peuvent s’offrir pour 55 euros deux repas dans la journée – deux fois rien –, utiliser le sauna, les bains, les salles de fitness et le bar de nuit du “club de bien-être”. On ne sert pas d’alcool chez Artemis: “Ça rend les hommes agressifs et les femmes hystériques”, dit Haki Simsek, qui sait de quoi il parle. D’après le propriétaire d’Artémis, le système de location temporaire moyennant un ticket d’entrée devrait permettre aux prostituées d’“exercer à leur compte”. Car le client qui veut s’offrir les services d’une prostituée devrait régler l’affaire directement avec elle. Eh oui ! En Allemagne, le sexe est un business comme un autre. C’est aussi un secteur en pleine expansion, après que l’Etat allemand, à l’instar de ceux des Pays-Bas et de l’Australie, eut promulgué une loi le 1er janvier 2002 reconnaissant officiellement la prostitution et assimilant les prostituées à des travailleuses indépendantes ou salariées, qui ont un contrat de travail. La loi “pour l’amélioration du statut légal et social des prostituées”, adoptée par le Bundestag sous le gouvernement Schröder, a ouvert à celles-ci, entre autres, l’accès aux assurances sociales, aux caisses de maladie et le droit à la retraite. Entre autres aspects positifs, cette loi a contribué à la “décriminalisation” des prostituées et permis de rompre leur exclusion sociale, en légalisant notamment la distinction entre la “prostitution forcée” – en allemand “Zwangsprostitution” – et le commerce légal des prostituées qui “proposent leurs services de leur plein gré”. Depuis lors, il existe en Allemagne un syndicat des prostituées, la “Fédération des métiers des services sexuels”, créée par des tenanciers de maisons closes et des prostituées indépendantes.

“Mais comment faire la différence entre des prostituées travailleuses volontaires et les jeunes filles prostituées de force par des systèmes mafieux, entre l’économie du sexe et la traite des blanches”, s’indignent cependant les associations de lutte contre l’exploitation sexuelle. Celles-ci, qui accusent le gouvernement allemand de soutenir ce marché honteux en autorisant la construction de bordels en dehors des endroits réservés, comptent profiter du Mondial de football pour lancer une campagne de sensibilisation contre la prostitution forcée auprès des touristes et faire remonter le problème dans l’agenda politique européenne.

“Près de chaque stade, dans des zones clôturées de la taille d’un terrain de football, on a construit des cabanes du sexe ressemblant à des WC, appelées cabines de prestation, capotes, douches et parking étant à la disposition des acheteurs avec un souci particulier de protéger leur anonymat”, dénoncent, dans une pétition lancé sur Internet, un groupement d’associations féministes européennes, rassemblant notamment la “Marche mondiale des femmes”, le “Collectif des droits des femmes” et la “Coalition contre le trafic des femmes”, qui appelle également les pays ayant ratifié les conventions et protocoles contre la prostitution et la traite des blanches “à demander la fermeture de ces bordels ou se retirer de la compétition”.

“On dit que [la prostitution] est l’un des plus vieux métiers du monde. Le droit de cuissage existe aussi depuis la nuit des temps. Faut-il pour autant laisser faire ? En tant que femme, je subis personnellement cette violence. En acceptant de mettre en place des lieux dédiés à la prostitution, on autorise la vente de la femme dans un endroit vers lequel les yeux du monde entier vont se tourner ”, s’insurge Catherine Eudeline, de l’association française “Femmes solidaires”, l’une des initiatrices de la pétition. Qui ajoute : “Qu’un gouvernement accepte cette exploitation, c’est une insulte pour toutes les femmes du monde. Que des citoyens, politiques et même des sportifs tolèrent cette pratique, c’est inadmissible”.

L’organisation non gouvernementale de lutte contre la prostitution Solwodi (acronyme anglais de “Solidarité avec les femmes en détresse”) a lancé, pour sa part, une ligne téléphonique d’urgence pour aider les professionnelles du sexe pendant la Coupe du Monde de Football. Solwodi, qui s’est donné pour but de venir en aide et de réinsérer les femmes victimes de l’esclavage sexuel, a été créée en 1985 au Kenya par une religieuse catholique allemande, Lea Ackermann, mais elle se veut une organisation “non confessionnelle”.

L’accueil de Solwodi sera opérationnel 24 heures sur 24 jusqu’au 31 juillet, et accessible depuis l’Allemagne grâce au numéro gratuit 0800.11.17.77. Une vingtaine de femmes se relaieront durant cette période pour répondre aux prostituées en russe, polonais, roumain, ukrainien, espagnol, français, anglais et allemand. Solwodi n’a pas prévu de téléopératrice parlant arabe. Les prostituées arabes – parions qu’il y en aura aussi une flopée – devraient donc être capables d’appeler au secours dans d’autres langues.

La ligne téléphonique permanente de Solwodi doit permettre d’abord aux victimes du trafic des prostituées, et leur demande d’appeler la ligne d’urgence, s’ils remarquent quoi que ce soit qui puisse laisser croire qu’une femme se prostitue contre son gré. “C’est une tentative, explique Nivedita Prasad, porte-parole de l’association. Nous ne rejetons pas les clients des prostituées, mais la prostitution forcée.”

“Carton rouge contre la prostitution forcée”
Au bar qui jouxte l’Olympiastadion de Berlin, on attend déjà les dizaines de milliers de spectateurs, des hommes pour l’essentiel, qui vont affluer dans la capitale allemande pendant la Coupe du Monde. Les terrasses ont été agrandies, la bière va couler à flots, et les prostituées aussi vont faire leurs profits. Berlin est une ville à part en Allemagne. Elle n’a pas de quartier ‘‘rotlicht’’ (lampe rouge), où sont concentrées les prostituées dans les autres villes. Ici la prostitution est libre, sur la voie publique. Sauf à proximité des églises et des écoles.

Petites ou grandes, il existe des centaines de maisons closes à Berlin. Mais la Coupe du Monde va augmenter le flux des prostituées “contraintes”. La frontière avec la Pologne est considérée comme une passoire. Le trafic des femmes va donc connaître au cours des semaines à venir un regain d’intensité partout en Allemagne.

C’est ce qui a amené le maire de Berlin, qui est connu pour ses positions très libérales, à éditer en 100.000 exemplaires un tract en anglais édictant dix règles de bonne conduite à usage des supporters souhaitant passer un bon moment avec une prostituée : 1. Soyez poli et respectueux ; 2. Assurez-vous que votre corps est propre ; 3. Ne buvez pas trop… Des injonctions mi-moralisatrices mi-hygiénistes qui sont considérées comme insultantes par la plupart des féministes.

Pour sa part, le Conseil allemand des femmes, qui regroupe une cinquantaine d’associations féminines, a lancé, depuis le début mars, une campagne intitulée “Carton rouge contre la prostitution forcée”, pour mettre fin au “commerce d’esclaves” de ces femmes qui ont été attirées le plus souvent en Allemagne par des promesses de petits boulots pendant la Coupe du monde.

Les associations de femmes des Églises catholique et protestante participent à cette campagne, soutenue officiellement par le Parlement européen. Elles veulent “réagir tout de suite contre le trafic des femmes attirées ici par des promesses de travail, et qui se retrouvent ensuite sans aucun moyen de retour, contraintes de se prostituer, souligne Suzanne Wundling, de la Fédération des femmes catholiques, à Würzburg. “Consacrer son énergie à lutter contre la “prostitution forcée” ne signifie en aucune façon approuver la prostitution légale, souligne-t-elle. La frontière entre les deux est indéfinissable.” Mais s’attaquer à la légalisation est aujourd’hui selon elle “hors de portée”. Alors qu’en ce qui concerne les jeunes femmes attirées par la Coupe du Monde c’est “possible et urgent”. En Allemagne, les groupes de pression de la “prostitution établie” ont bonne conscience. À tel point que l’association de prostituées “Dona Carmen” de Francfort a invité le Onze suédois à venir visiter “sans engagement” un des établissements du quartier Rotlicht pour recueillir “en direct” une information sur la prostitution allemande. La Suède est le seul pays participant à cette joute sportive à avoir officiellement protesté contre la transformation du Mondial en une sorte de lupanar universel. Pays le plus en pointe en matière d’abolitionnisme, la Suède considère la prostitution comme une violence faite aux femmes: l’activité y est interdite et le client pénalisé. Le Médiateur de Suède pour l’égalité des sexes, Claes Borgsröm, a même émis le souhait que l’équipe nationale de son pays renonce à participer à ce Mondial: “C’est une très bonne occasion de faire quelque chose d’efficace contre l’esclavage moderne (...) Nous ne pouvons accepter une telle situation et pour cette raison nous ne voulons tout simplement pas participer”. Il y a peu de chance qu’il soit entendu.

Football, prostitution et crime organisé
Comment l’idée a pu germer d’associer le football, qui est censé promouvoir les standards internationaux du sport que sont l’égalité, le respect mutuel et la non-discrimination, à la prostitution, qui est la négation même de la personne ? Norman Jakob, avocat du groupe d’investisseurs d’Artémis, n’y va pas par quatre chemins. L’explication, selon lui, est que “le foot et le sexe vont étonnamment bien ensemble” (journal Dagens Nyheter, du 11 novembre 2005).

Mais est-ce que le foot et le crime organisé font aussi bon ménage? Parce qu’en effet, ce que l’on ne dit pas, c’est que le crime organisé contrôle la prostitution et organise le trafic des êtres humains. Ainsi, certains réseaux criminels russes dirigent toute la chaîne du recrutement jusqu’à la mise sur le marché des prostituées à l’étranger. Les réseaux ukrainiens ont la mainmise sur une grande part des maisons closes à la frontière germano-polonaise.

Le marché de la prostitution permet la réalisation de profits gigantesques. Le seul acheminement de 300.000 femmes d’Europe de l’Est prostituées en Europe occidentale aurait généré un gain d’environ 1,5 milliard de dollars US au profit des filières mafieuses. Ces sommes sont blanchies et réinvesties, et contribuent au développement d’autres trafics, celui de la drogue, des armes, d’organes etc. Cette réalité, qui n’est pas rose du tout, doit donner aussi à réfléchir… Et à frémir.

Ryadh Fékih
© Réalités Online

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UNE NOUVELLE MÉDIATHÈQUE EN LIGNE (Allemagne)

12/05/2006 - Une nouvelle médiathèque en ligne vient de voir le jour en Allemagne sur les thèmes de la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et l'extrémisme.

Elle rassemble une imposante collection d'ouvrages, de films et de CD-ROM sur le sujet, constituée dans le cadre du programme gouvernemental "La jeunesse pour la tolérance et la démocratie - contre l'extrémisme de droite, la xénophobie et l'antisémitisme", lancé en 2001.

Le centre d'Information et de documentation pour la lutte anti-raciste (IDA) a réuni à cette fin des documents issus de congrès, d'ateliers, de projets thé'âtraux, mais aussi des informations fournies par des réseaux locaux et des conseillers aux victimes, ou recueillies lors de plans d'action locaux pour les jeunes des quartiers sensibles ou d'initiatives pour l'emploi.

Ils sont consultables à l'adresse www.idaev.de/projektarchiv.htm. Le programme "La jeunesse pour la tolérance et la démocratie", qui s'achèvera à la fin de l'année, a déjà permis de soutenir plus de 4000 projets pour un montant de près de 192 millions d'euros.
© TV5 Infos

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AUTRICHE - LES MUSULMANS OTAGES DU DISCOURS SUR L'INTÉGRATION

En affirmant que 45 % des musulmans vivant en Autriche refusent de s'intégrer, la ministre conservatrice de l'Intérieur, Liese Prokop, lance le débat sur l'immigration à quelques mois des élections législatives de novembre. La presse autrichienne craint la manipulation et la "récupération politique" d'un thème devenu central en Europe depuis les émeutes de novembre 2005 en France

16/05/2006 - A six mois d'importantes élections législatives, l'Autriche est de nouveau aux prises avec ses démons sur l'immigration. Cette fois, la charge n'est pas venue du leader d'extrême droite, Jörg Haider, mais de la ministre de l'Intérieur, Liese Prokop. Sur la base d'un rapport commandé par son ministère dans le cadre des nouvelles lois sur le droit d'asile, l'élue du Parti conservateur (ÖVP) a ainsi déclaré dimanche 14 mai que "45 % des musulmans autrichiens" ne seraient "pas intéressés par l'intégration", selon Die Presse.

Et, en dépit du fait que ce rapport ne sera pas publié avant la fin du mois de mai, la ministre s'est permis d'aller encore plus loin en affirmant que "20 % des musulmans rencontrent des difficultés d'intégration en raison de leurs convictions religieuses et 25 % en raison de leur environnement culturel". Le rapport résulte d'un sondage réalisé par téléphone auprès de 500 personnes déclarées d'origine musulmane. La ministre ne s'est pas donné la peine de préciser la méthode suivie, les questions posées ou la manière dont l'échantillon a été constitué, ce qui laisse planer plus que le doute sur la validité d'un tel travail.

"Que faut-il comprendre ? Que les musulmans interrogés refusent de manger un morceau de porc ? Qu'ils portent un foulard ? Qu'ils veulent marier leurs filles de force ou qu'ils souhaitent continuer à prier en direction de La Mecque et ne pas se convertir au christianisme ?" interroge Der Standard. A moins que "'ne pas vouloir s'intégrer' veuille dire 'vouloir créer une cellule islamiste puis quitter l'Autriche'. C'est cet horizon de possibilités funestes qu'a ouvert Liese Prokop en interprétant hâtivement ce rapport", poursuit le quotidien, qui dénonce "une dramatisation dangereuse du thème ultrasensible de l'immigration".

"Le fait que l'étude a été réalisée par l'académie de sécurité [dépendante du ministère de l'Intérieur] révèle combien le comportement des autorités vis-à-vis des musulmans est tendancieux et cherche à faire de ces derniers, dès le départ, un danger pour la sécurité du pays", note Kurier. Dans ces conditions, renchérit Die Presse, "pourquoi avoir décidé de rendre publics ces résultats (inquiétants) aujourd'hui ?" Pour le quotidien, la réponse est "aussi banale que cynique : l'Autriche est en pleine campagne électorale" et les propos de la ministre ont été tenus "intentionnellement, en toute connaissance de cause".

"En livrant une interprétation immédiate de cette étude, dont la qualité scientifique reste à prouver, la ministre de l'Intérieur veut couvrir simultanément deux fronts", argumente le journal. Liese Prokop est accusée de vouloir chasser sur les terres de ses opposants. "A droite, elle veut barrer la route au FPÖ (droite populiste) et empêcher le BZÖ (extrême droite) de s'imposer sur le thème des étrangers", souligne Die Presse. Mais, en même temps, la ministre s'efforce de plaire aux différentes franges de la gauche, et notamment du Parti social-démocrate (SPÖ). Liese Prokop prône ainsi, auprès des plus radicaux, le durcissement du droit d'asile tout en jouant la carte du dialogue auprès des "modérés".

Cette position ambiguë se retrouve d'ailleurs dans son discours. Bien qu'elle soit personnellement favorable à un rapprochement interculturel et à l'augmentation du fonds pour l'intégration, la ministre de l'Intérieur a pris soin de rappeler : "Celui ou celle qui ne veut pas s'intégrer n'a rien à faire chez nous." "Nous ne forçons personne à venir en Autriche", a-t-elle ajouté, citée par Der Standard.

Avec ces propos, sévèrement critiqués par la communauté musulmane et par les Verts, Liese Prokop poursuit un objectif clair : faire bouger les lignes sur le thème de l'immigration. "Depuis les émeutes de l'automne dernier en France, tous les partis sont engagés dans une sorte de compétition au niveau de leurs propositions et des concepts qu'ils avancent", relève Die Presse. Mais, pour le quotidien, la solution est ailleurs : "L'intégration ne se décide pas à la mosquée, mais sur le marché de l'emploi, à l'école et dans la vie de tous les jours."

Aymeric Janier
© Le Courrier international

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HANS VAN THEMSCHE EN PRISON À BRUGES (Belgique)

La chambre du conseil prolonge son mandat d'arrêt. Des réactions et des initiatives en sens divers montrent combien ses crimes ont bouleversé les esprits. Par J.-C.M. (avec Belga)

17/05/2006 - La journée de mardi a connu une série de suites à l'équipée sauvage menée, jeudi 11 mai, par Hans Van Themsche, qui, à Anvers, a blessé grièvement une femme d'origine turque avant de tuer une jeune Malienne et la fillette de deux ans dont elle avait la charge.

1 Chambre du conseil
La chambre du conseil d'Anvers a prolongé d'un mois le mandat d'arrêt du jeune homme, inculpé d'assassinat et de tentative d'assassinat.

Blessé par un policier, Hans Van Themsche n'était pas présent. Il était représenté par son avocat, Me Bart Herman. Celui-ci a déclaré que les motivations de son client ne sont pas claires. «Il n'est certainement pas un néonazi qui visite régulièrement des sites extrémistes. Il jouait peut-être très volontiers à des jeux vidéo mais ce sera à l'enquête de déterminer s'il s'agissait d'un facteur déterminant», a-t-il précisé.

Selon Me Herman, Van Themsche prend peu à peu conscience des atrocités qu'il a commises.

Plusieurs victimes se sont constituées partie civile. Me Vic Van Aelst défendra les intérêts de Songul Koç, grièvement blessée. Mes Kris Luyckx et Andy Matthijs défendront les proches d'Oulemata Niangadou, tuée avec Luna, dont les obsèques ont lieu ce mercredi matin.

2 Transfert
Peu avant midi, mardi, Hans Van Themsche, qui était soigné à l'hôpital du Stuyvenberg, a été transféré, sous escorte policière, vers la prison de Bruges, qui est équipée d'un centre médical où il pourra recevoir des soins.

3 Armurerie
Par ailleurs, des inconnus, qui se revendiquent du «ministère de l'amour» (une organisation inconnue) ont bouclé avec des chaînes les portes de l'armurerie anversoise Lang, où Hans Van Themsche a acheté son arme.

Un texte collé sur la porte de l'armurerie indiquait que celle-ci avait été fermée «sur ordre de la population, en raison d'une infraction grave à la loi mentale sur les armes». Et le texte de suggérer que l'armurier suive des cours de recyclage en technique de la communication et change de profession. L'armurier, Benoît Lang, a retiré lui-même les chaînes. Il ne déposera pas plainte. «Depuis la fusillade, certaines personnes pointent du doigt mon père et moi-même. Mais nous n'avons jamais voulu ce qui s'est passé», a-t-il commenté.

4 VRT
De son côté, la rédaction de la VRT a reçu une lettre de menaces contenant une balle. La lettre fait référence aux crimes racistes commis à Anvers. Le correspondant anonyme félicite l'auteur et dit que la prochaine victime sera le gérant de Remmery, Rik Van Nieuwenhuyze, ancien patron d'une entreprise qui avait reçu de nombreuses lettres anonymes de menaces exigeant qu'il licencie une travailleuse marocaine portant le voile. La lettre est signée, comme les autres, du sigle NVV (Nieuw Vrij Vlaanderen, Nouvelle Flandre libre). La VRT a transmis la lettre au parquet de Bruxelles.

5 Jeux vidéo
On l'a écrit. Hans Van Themsche nourrissait une passion pour les jeux vidéo violents. La «Belgian Luxembourg interactive software association» (Blisa) a regretté mardi «l'amalgame» qui, selon elle, est fait entre la violence de certains jeux vidéo et le double meurtre.

Selon l'organisation, seuls 5 pc des jeux vidéo sont réservés aux plus de 18 ans. «Le système de catégorisation de ces jeux a d'ailleurs fait l'objet d'explications détaillées auprès des autorités», explique l'association.

Blisa rappelle également qu'une étude du professeur Gust de Meyer (KUL) a démontré les conséquences positives de la pratique de jeux électroniques sur les facultés cognitives des individus ainsi que sur la coordination motrice. Selon une autre étude, leur usage engendrait une sorte de «panique morale» dans certaines franges conservatrices de la société, comme ce fut le cas pour la télévision ou le rock'n roll à leur époque.

6 Plainte
La Ligue (flamande) des droits de l'homme va déposer plainte contre les sites Internet américains «Stormfront» et «Blood and Honour». Selon elle, ces sites diffusent des messages racistes et appellent à la violence et la discrimination. Sur certains forums, des internautes ont soutenu les crimes d'Anvers. D'autres ont déploré le fait qu'une fillette blanche avait été tuée. Enfin, certains ont regretté que ce n'étaient pas des juifs qui avaient été victimes du jeune tireur.

7 Lettre
Enfin, comme l'annonçait «De Morgen», mardi, le Centre Simon Wiesenthal a demandé au gouvernement de mener une enquête approfondie sur les liens entre les assassinats racistes commis à Anvers et le Vlaams Belang. Le ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael l'a transmise au parquet d'Anvers. M. Dewael a assuré le Centre que «la loi belge rend punissables toutes les formes de racisme».
© La Libre Belgique

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LA LIGUE DES DROITS DE L'HOMME PORTE PLAINTE CONTRE SITES RACISTES (Belgique)

16/05/2006 - La Ligue (flamande) des droits de l'Homme va déposer une plainte, ce mercredi, au parquet d'Anvers contre les sites internet américains "Stormfront" et "Blood and Honour".

Selon la Ligue, les deux sites diffusent des messages racistes et appellent à la violence et à la discrimination. Le contenu de ces deux sites est clairement explicite: "supprémaciste" et raciste. La Ligue estime que ces sites vont à l'encontre de la législation sur le racisme puisqu'ils sont accessibles en Belgique.

Sur certaines forums d'extrême-droite, des internautes ont soutenu les crimes du meurtrier d'Anvers. D'autres ont déploré le fait qu'une fillette blanche avait été tuée. Enfin, certains ont regretté que ce n'étaient pas des juifs qui avaient été victimes du jeune tireur.
© 7 sur 7

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LE VLAAMS BELANG, 'UN CHEVAL DE TROIE' (Belgique)

Ultra-populiste, le Belang est avant tout un parti caméléon

16/05/2006 - Les crocs se sont élimés, avec le temps et les risques accrus de procès. Mais la mâchoire, elle, est toujours aussi robuste. Et carnassière. Si le Vlaams Belang a appris à mieux choisir ses mots, le fond de sa pensée n'a pas changé.

«Ce parti est et reste un vrai caméléon, une sorte de cheval de Troie», explique Manuel Abramovicz, auteur du Guide des résistance s, paru chez Labor. «Filip Dewinter est capable de réunir les patrons du port d'Anvers dans un salon cossu et de leur tenir un discours ultralibéral, tout en continuant à aller se recueillir le 1er mai sur la tombe de l'abbé Daens, à Alost, en tenant des propos ultrasocialistes!»

Bref, le Vlaams Belang, né en novembre 2004 sur les cendres du Vlaams Blok condamné pour racisme, est «un parti opportuniste, qui a appris à adapter son discours lorsqu'il s'adresse à ses différentes franges d'électeurs, car tous ne sont pas ultra-racistes ou ultra-poujadistes. Il sait se métamorphoser en fonction du public auquel il s'adresse et camoufler des pans de son programme», y compris son sexisme.

Il y a peu encore, un de ses ténors accordait une interview à Jewish week, mettant en garde les juifs contre les dangers de l'islam! Une façon culottée de faire flèche de tout bois pour grappiller ces soutiens qui feront la différence dans les sondages.

«Mais peu de juifs qui soutiennent le Vlaams Belang savent encore que ce parti est issu du VMO, qui était profondément antisémite», note Manuel Abramovicz. «De façon générale, on ne gratte plus assez ses discours, on ne répète plus assez qui il est vraiment, qu'il n'aime que le pouvoir et est prêt à tout pour y arriver. Un jeune qui est né en 1988 et va aller voter pour la première fois cette année, si on ne lui redit pas qui est le Belang, ne l'apprendra sans doute pas à temps pour le dissuader de le soutenir.»

«Sait-on encore assez, par exemple, qu'un des responsables de son service d'ordre est également membre du Voorpost, qui a toujours soutenu le négationnisme? Sait-on encore assez ses liens avec Were Di, ce cercle de réflexion dont les dirigeants ont toujours revendiqué leur héritage national-socialiste? Ou que son fondateur, Karel Dillen, n'a jamais renié son passé et est resté l'ami d'une éminence fasciste et négationniste?»

Que faire alors, l'interdire? «Mais sur quelle base? En quoi bafoue-t-il la démocratie? Le risque serait grand, pour la Belgique, de se faire condamner à Strasbourg. Le priver de dotation serait sans doute déjà efficace. Car ce parti est en campagne permanente et dépense plus que les autres pour sa propagande...»
© La Dernière Heure

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PEU DE MANIFESTANTS À BRUXELLES (Belgique)

Une centaine de personnes ont répondu à l'appel lancé par le front anti-fasciste à manifester lundi à 19 heures devant le palais de justice de Bruxelles. Les manifestants ont rendu hommage aux victimes tuées par pur racisme, jeudi dernier à Anvers. Des roses ont été déposées sur les marches du palais de justice.

15/05/2006 - Des représentants des partis du PS, du CDH et d'Ecolo ainsi que du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX) et le Centre d'action laïc (CAL) ont pris successivement la parole pour condamner ce drame.

Le MR n'aurait pas répondu à l'invitation, selon les organisateurs, qui n'ont pas caché leur déception quant au nombre peu élevé de manifestants présents lundi. Je m'attendais au moins à voir 10.000 personnes ici. On se sent presque inutile. La communauté marocaine a du mal à se mobiliser. Ils sont peut-être figés, ayant vécu au Maroc 30 ans sous une chape de plomb. Les Belges sont aussi absents, a regretté le chanteur Mustapha Largo.

Soutenir l'annulation de la dotation publique
Les représentants politiques francophones ont appelé leurs homologues néerlandophones à soutenir le projet visant à supprimer la dotation politique du Vlaams Belang. Auteur d'une telle proposition, le président du MRAX Radouane Bouhlal a déclaré qu'il ne fallait pas baisser la pression.

La députée fédérale socialiste Karine Lalieux a, quant à elle, salué le courage des partis du sp.a et de Spirit pour leur soutien à l'annulation de la dotation publique du Vlaams Belang et a appelé les autres partis néerlandophones à les rejoindre. Elle a également demandé une application plus stricte de la loi Moureau contre le racisme et déclaré qu'il ne fallait plus avoir peur de mettre des mots exacts sur les actes.

La présidente du CDH, Joëlle Milquet, a pour sa part déclaré qu'il fallait ouvrir le dialogue avec les partenaires du Nord afin de trouver des stratégies collectives pour lutter contre le racisme. A force de ne rien dire, on cautionne par le silence des discours tacitement racistes, qui prennent les étrangers pour responsables de tous les maux, a-t-elle dit.

Le député régional Ecolo José Dubié a exprimé sa déception en rapport aux discours politiques tenus au Nord du pays, à l'exception de celui du Premier ministre Guy Verhofstadt. Il a ajouté qu'il espérait que le VLD soutiendra l'annulation de la dotation publique du Vlaamns Belang.
© Le Soir en ligne

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BATAILLE DE GEMBLOUX COMMÉMORÉE (Belgique)

La victoire terrestre française de 1940 a été commémorée dimanche. Aux côtés de 750 croix chrétiennes, la nécropole militaire de Chastre comprend 340 stèles musulmanes. En souvenir du rôle joué par les tirailleurs marocains.

15/05/2006 - La première bataille de chars. Le premier coup d'arrêt au Blitzkrieg entamé avec l'invasion de la Pologne. La seule victoire terrestre française de mai 1940.

Trois caractéristique de la trop méconnue bataille de Gembloux! L'affrontement a été solennellement commémoré ce dimanche avec un passage remarqué par la nécropole française de Chastre, là même où s'est déroulée la plus grande partie des combats, durant lesquels de très nombreux Français, mais également plusieurs Marocains, algériens, Tunisiens, Sénégalais, ont exposé leurs vies.

«Quand le racisme gagne du terrain, il est important de rappeler que des hommes de nationalités et de religions différentes sont venus se battre pour notre liberté», a déclaré la ministre communautaire Fadila Laanan, qui n'en était pas à sa première venue. «C'est la quatrième fois que je suis là. Et ça fait chaud au coeur de voir toujours plus de monde, dont des jeunes et des personnes plus âgées qu'on ne peut que respecter».

Au milieu des 1 084 pierres tombales chastroises, tant les hymnes nationaux que les divers discours n'avaient qu'un seul objectif: remettre en mémoire l'altruisme de soldats venus d'ailleurs. Et cela à une époque où l'actualité tend à illustrer que certains l'ont oublié...

D'où, notamment, cette intervention d'André Flahaut: «Le moindre geste que nous devons à ces combattants, c'est de tous oeuvrer, toutes origines et âges confondus, pour vaincre l'antisémitisme, le racisme, les intégrismes, les égoïsmes, les terrorismes, l'indifférence à l'autre et les replis sur soi», a expliqué le ministre de la Défense et des victimes de guerre... «Les démons ne sont pas morts... Chacun sait, peut et doit intervenir».
© La Libre Belgique

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LA GANGRÈNE DE L'EXTRÉMISME FLAMAND (Belgique)

Après le double meurtre raciste d'Anvers, la presse belge dénonce l'influence de l'extrême droite flamande et la passivité des citoyens. En effet, les manifestations antiracistes du week-end ont rassemblé beaucoup moins de monde que par le passé pour des affaires comparables.

15/05/2006 - "Après la stupeur, la réaction. Comme le boxeur qui se remet lentement d'un KO, la Belgique, et la Flandre en particulier, ont cherché tout au long du week-end à tirer les leçons du drame d'Anvers", constate Le Soir. Le jeudi 11 mai 2006, Hans Van Themsche, un skinhead de 18 ans proche du Vlaams Belang, parti flamand xénophobe et indépendantiste, a assassiné une baby-sitter malienne et l'enfant qu'elle gardait. Le jeune Anversois avait l'intention assumée de "tuer des étrangers".

Pour le sociologue belge Benoît Scheuer, interviewé par La Libre Belgique, il est vraisemblable que le discours du Vlaams Belang a poussé Hans Van Themsche à faire feu. "Les partis 'ethnistes' développent une sorte de marketing de la peur et de la haine. Ils font l'apologie de la pureté identitaire, au prix si besoin d'une falsification, d'une réécriture de l'Histoire. Ils excellent à créer deux blocs antagonistes avec d'un côté 'eux', et, de l'autre, 'nous'. Pour le Vlaams Belang, eux, ce sont les francophones, les étrangers et les partis flamands démocratiques qui, acceptant de négocier avec l'ennemi francophone, sont des traîtres à la nation flamande. Et nous, ce sont les Flamands purs, victimes d'une forme d'envahissement. La victimisation est un instrument de propagande pour des partis ou des dirigeants de ce type."

Le Soir ne dit pas autre chose quand il écrit : "N'en déplaise au père du jeune homme qui dit ne pas comprendre le geste de son fils, l'adolescent a de toute évidence baigné dans un climat familial malsain, nourri aux thèses racistes de l'extrême droite flamande". Et, même si le quotidien de Bruxelles reconnaît qu'un tribunal ne retiendrait pas la thèse de la responsabilité du Vlaams Belang dans "la tuerie d'Anvers", il estime que "le monde politique pense cette fois tenir l'événement qui pourrait inciter le Conseil d'Etat à priver le parti extrémiste de sa dotation publique". Ce mardi, une requête en ce sens sera introduite par plusieurs partis, note le journal, qui ajoute que "la décision devrait tomber en novembre. Soit après les élections communales."

Dans les sondages, le Vlaams Belang se porte bien, recueillant jusqu'à 25 % des intentions de vote en Flandre. Ce que déplore De Morgen, rappelant que le même Vlaams Belang est une copie conforme du Vlaams Blok, qui a été interdit après avoir été condamné pour racisme. Pour l'éditorialiste du quotidien flamand, "si le contexte n'était pas aussi atroce et triste, on aurait pu rire de Philip Dewinter lors du congrès du Vlaams Belang" qui s'est tenu, curieuse coïncidence, le dimanche 14 mai. Dewinter, patron du parti d'extrême droite, a ainsi déclaré que son "parti ne peut pas se laisser passer pour un forum de l'extrémisme, du racisme ou de la violence". "Pense-t-il vraiment qu'on va le croire ?" s'insurge l'éditorialiste.

Dans le même journal, Noël Slangen, l'ex-conseiller en communication du Premier ministre Guy Verhofstadt, partage cet avis. "Le Vlaams Belang appelle aujourd'hui à ne pas 'exploiter politiquement' l'événement. Comment écouter un tel parti, qui vit de l'exploitation de la peur et de la jalousie, dire quelque chose de ce genre ?" Pour Slangen, "le retrait du financement public de ce parti est un minimum, mais ce n'est pas la décision la plus saine. Il ne devrait pas non plus être possible qu'à l'avenir un parti condamné pour racisme puisse renaître sous un nouveau nom et sous la même forme. L'objectif est qu'un parti condamné puisse aussi disparaître. La Flandre a été trop tolérante envers l'intolérance."

La Libre Belgique va encore plus loin, ne limitant pas ses critiques à la Flandre. "Seule une très petite minorité de citoyens auront approuvé ce meurtre. Il faut cependant avoir la lucidité de sortir du 'politiquement correct' et oser se demander combien d'autres, en leur for intérieur, auront trouvé des excuses au jeune Hans, qui aurait prétendu, face aux enquêteurs, avoir été victime du harcèlement de condisciples allochtones."

Et La Libre d'enfoncer le clou : "S'il y avait hier un millier de manifestants, surtout francophones, dans les rues de Bruxelles et si on annonce une marche importante à Anvers même, les deux meurtres n'ont manifestement pas entraîné jusqu'ici une réaction aussi large et spontanée que celle, récente, suscitée par la mort du jeune étudiant de la gare centrale." Fin avril, au moins 80 000 personnes manifestaient pour protester contre la mort du jeune homme, tué pour avoir refusé de donner son baladeur à ses agresseurs.

A l'époque, on avait pensé que ceux-ci étaient d'origine maghrébine – ils sont en fait Polonais – et le Vlaams Belang avait réclamé "des armes et le droit à l'autodéfense".

Bénédicte Vaes, dans Le Soir, note que "lors de la 'marche blanche', il y a dix ans [au moment de l'affaire Dutroux], les Belges se sont dits orphelins d'un Etat protecteur. A Anvers, le 26 mai, une autre marche silencieuse formulera une autre demande, celle d'une société qui protège tous les siens contre la haine. Le monde politique peut-il apporter une réponse claire ? C'est mal parti. En politique, les principes se camouflent parfois sous la tactique qu'impose la force de l'adversaire."

L'éditorialiste en déduit que "la seule réponse politique imparable dépend de chacun : c'est le vote qu'on fera le 8 octobre. Chaque bulletin lâché à l'extrême droite développera ce cancer de la haine dont les métastases tuent. Accuser l'Etat de tous les maux, c'est un peu facile. La politique peut soigner un corps social malade. Mais la prévention dépend de chacun de nous. Dans une société qui a la phobie de chaque microbe, on n'a pas toujours intégré que le racisme est le pire des risques. Il provoque guerres, épurations, génocides. Mais, au travail, entre copains, on le banalise. Hans a été renvoyé de l'internat pour une seule cigarette. Mais aucun de ses professeurs, aucun de ses camarades ne s'est jamais offusqué de ses propos au racisme prononcé."

Eric Glover et Mehmet Koskal
© Le Courrier international

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'NON' AU VLAAMS BELANG (Belgique)

"Le Vlaams Belang tue" c'est l'un des slogans que l'on pouvait lire sur les Calicots des manifestants qui se sont rassemblés dimanche à Bruxelles. Ils sont venus dénoncer l'extrême droite et le racisme sous toutes ses formes...

15/05/2006 - Si les motivations qui ont poussé Hans Van Themsche à tuer deux personnes et blesser une troisième ne sont pas très claires, pour les manifestants venus devant le siège du parti extrémiste flamand à Bruxelles tout était très limpide ce dimanche : ils voulaient dénoncer l’extrême droite et le racisme. Et ils étaient nombreux : cinq mille selon les organisateurs, mille deux cents selon la police. Heurtés par le drame de jeudi dernier à Anvers, ils étaient réunis autour d’un même objectif et d’un même slogan : «non à l’extrême droite, non aux actes racistes et non aux crimes ».

Alors beaucoup se posent la même question: comment lutter contre l'extrême droite et ses thèses racistes? Il y a quatre mois, le Mrax (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénpphobie) et Kif Kif (son pendant flamand) avaient déposé un dossier qui démontre à l’encontre du Vlaams Belang l'incitation systématique à la haine et à la discrimination. Un dossier qui devait servir aux parlementaires à introduire une plainte auprès du Conseil d’Etat.

ce mardi, une requête devrait enfin être déposée par les membres PS, SP.A-Spirit, MR et CDH devant le Conseil d'Etat. La décision a été prise la semaine dernière, juste avant les meurtres d’Anvers de Hans Van Themsche. Une requête qui pourrait entraîner la suppression, conformément à la loi de 1999, pour une période allant de trois mois à un an de l'entièreté ou d'une partie de la dotation publique octroyée au Vlaams Belang.

Des mois d’attente donc car les francophones voulaient le soutien du SP.A qui hésitait. Les raisons ? Les élections d’octobre. En effet, le Conseil d’Etat dispose d’un délai de six mois pour prendre une décision. Un arrêt tombant avant les élections risquait fort de doper le Vlaams Belang. Avec une requête déposée en mai, la décision du Conseil d’Etat tomberait en novembre soit après les élections.

Pour le politologue de l'ULG, Jérôme Jamin, les partis démocratiques ne peuvent pourtant se limiter à ce type de recours pour lutter contre l'extrême droite car la question qui se pose c'est de savoir «quel est la légitimité et l'autorité d'une institution qui va supprimer la dotation d'un parti, voire peut-être à l'avenir, interdire un parti politique?». Le danger étant que «l'électeur considère ce genre d'interdiction, ce genre de suppression de dotation, comme une instrumentalisation des outils, dans le cadre du combat politique. C'est-à-dire, on utilise la loi non pas pour lutter contre le racisme, mais pour faire taire un ennemi politique». A cinq mois des élections communales, l'enjeu, est de taille.
© Pure FM

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BELGIQUE: MANIFESTATION À BRUXELLES CONTRE UN PARTI D'EXTRÊME DROITE FLAMAND

Une manifestation s'est déroulée dimanche à Bruxelles devant le siège d'un parti d'extrême droite flamand, accusé d'être indirectement responsable d'un double meurtre raciste jeudi à Anvers (nord), a rapporté l'agence de presse Belga.

15/05/2006 - Les manifestants, 5.000 selon les organisateurs, 1.200 selon la police, ont dénoncé la dangerosité des thèses développées par ce parti nationaliste d'extrême-droite néerlandophone, le Vlaams Belang, principalement implanté à Anvers. »Le Vlaams Belang tue», pouvait-on lire sur une banderole.

La manifestation n'a pas été annoncée à l'avance. Les participants ont été avisés de la date et de l'heure par des SMS envoyés en chaîne sur les téléphones portables. De nombreux étrangers sans-papiers, notamment africains, ont participé à la marche.

»Les sans-papiers sont ciblés par cette politique de l'exclusion et du racisme. Les trois victimes d'Anvers pouvaient être n'importe qui d'entre nous», a expliqué Ali Guissé, porte-parole de l'Union de défense des sans-papiers et l'un des organisateurs de cette marche, cité par Belga.

»Le Vlaams Belang est indirectement responsable», a estimé Diop Alioune, président de l'association sénégalaise de Bruxelles.

Une députée écologiste, Marie Nagy, a elle aussi dénoncé »la politique menée par le Vlaams Belang, qui déteint sur les autres partis et qui a un impact auprès des médias et de la société».

De son côté, le président du Vlaams Belang, Franck Vanhecke, a estimé que »personne n'a le droit de nous faire moralement porter le chapeau de ces événements», selon Belga.

»La terrible tuerie d'un fou isolé sert d'alibi pour poursuivre le Vlaams Belang et supprimer son financement public», a-t-il ajouté lors du congrès du parti ce dimanche à Malines (nord).

Plusieurs partis politiques et des médias, tant francophones que flamands, reprochent au Vlaams Belang (ex-Vlaams Blok) sa rhétorique xénophobe et raciste, alors que plusieurs crimes et agressions racistes ont eu lieu en Flandre en une semaine.

L'idée d'exclure le Vlaams Belang du financement public des partis politiques a été avancée.

Jeudi, un Anversois de 18 ans, Hans Van Themsche, a froidement abattu à la carabine une jeune femme africaine et une fillette de 2 ans, après avoir grièvement blessé une femme turque.

Il baignait dans un milieu familial d'extrême droite: sa tante est une parlementaire du Vlaams Belang et son grand-père avait combattu aux côtés des nazis sur le front de l'Est lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Mercredi le corps d'un jeune Marocain a été retrouvé dans l'Escaut, le fleuve qui baigne Anvers. Il avait disparu après une dispute devant une discothèque. Une bagarre que sa famille qualifie de raciste.

Enfin le week-end dernier à Bruges (ouest), cinq skinheads ont tabassé un Français d'origine africaine, qui se trouve depuis dans le coma.

La ville d'Anvers est le bastion du Vlaams Belang, qui y réalise depuis des années un score de près de 30% aux élections.

Une nouvelle manifestation antiraciste y est annoncée pour le 26 mai.
© Tageblatt

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DE NOMBREUSES INTERROGATIONS APRÈS LES MEURTRES RACISTES D'ANVERS (Belgique)

14/05/2006 - Les meurtres d'Anvers et la responsabilité du Vlaams Belang dans les faits étaient au centre des débats télévisés dominicaux tant du côté francophone que flamand. Lors de l'émission "De zevenden dag" à la VRT, le président du VLD, Bart Somers, le conseiller communal anversois CD&V, Ergun Top, et le parlementaire bruxellois Spirit, Fouad Ahidar, ont montré le Vlaams Belang du doigt. Pour eux, ce parti porte une responsabilité dans les événements même s'il n'est pas directement impliqué. Le VB est "un élément du cocktail" qui a mené à ce geste, a dit Ergun Top.

Le président du Vlaams Belang, Frank Vanhecke, était présent sur le plateau de la VRT, une situation critiquée sur les chaînes francophones où Fouad Ahidar a regretté qu'on invite les représentants du VB "comme si c'étaient des gens tout à fait respectables". Fouad Ahidar a stigmatisé l'attitude des autres partis flamands qui refusent de soutenir la requête à transmettre au Conseil d'Etat pour priver le Vlaams Belang de sa dotation publique. Il a été jusqu'à plaidé pour une interdiction du parti.

Sur le plateau de RTL-TVi, il a également été question de cette requête. Si tous les partis francophones se rallient à cette procédure, ils sont par contre beaucoup plus prudents quand il s'agit d'interdire les partis d'extrême droite. "Qu'est-ce qu'un parti d'extrême droite?", s'est interrogé le ministre PS de l'Intégration sociale, Christian Dupont. Et d'ajouter qu'il faut veiller à ne pas porter atteinte à la démocratie. Melchior Wathelet, chef de groupe cdH à la Chambre, s'est contenté de dire que "ce qu'il faut interdire, c'est le racisme". Daniel Bacquelaine, chef de groupe MR à la Chambre, est d'avis que l'important est de convaincre politiquement.
Lors des émissions, il a aussi été question du projet de loi sur les armes dont le gouvernement veut maintenant accélérer l'examen. A ce propos, le sénateur Ecolo Josy Dubié a rappelé qu'il avait, à la demande du gouvernement de l'époque, déposé une proposition de loi en 2002 tout à fait semblable au projet actuel mais que le PS et le MR avaient refusé de le soutenir, relayant les arguments du lobby des armes et des chasseurs.

Aujourd'hui, les choses ont changé, le projet est soutenu par les quatre partis de la majorité, a répliqué M. Bacquelaine. Celui-ci et Melchior Wathelet ont ajouté qu'il ne fallait pas se contenter de règlementer le commerce des armes mais aussi veiller à lutter contre le marché noir.
© RTL Infos

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MEURTRES RACISTES AU COEUR D’ANVERS (Belgique)

Dans ce fief de l’extrême droite, un skinhead tue une femme d’origine malienne et l’enfant qu’elle gardait, et blesse une femme d’origine turque.

13/05/2006 - « L’horreur », « le choc », « la lâcheté ». Les qualificatifs manquaient hier à la presse et aux responsables politiques et associatifs belges pour réagir après le double meurtre raciste qui a touché Anvers. Jeudi, en centre ville un homme de dix-huit ans a fait feu sur une femme de 46 ans d’origine turque, la blessant gravement. Poursuivant à pas tranquilles sa sanglante expédition, il a ensuite abattu une jeune fille au pair d’origine malienne ainsi que la fillette de deux ans de sa famille d’accueil qu’elle gardait. Appréhendé par un policier qui a dû le blesser au ventre pour lui faire lâcher son arme, le jeune homme se trouvait hier à l’hôpital.

Même s’il n’a pu être interrogé par les enquêteurs, le mobile raciste ne fait guère de doute. Les témoins disent que le jeune avait le look d’un skinhead, et des documents trouvés sur lui accréditent sa sympathie pour l’extrême droite. Il est aussi le neveu de la députée Frieda Van Themshe, membre du Vlams Belang (VB), et le fils d’un militant de ce parti. Héritier du Vlams Blok, le VB est un mouvement d’extrême droite très dur, volontiers raciste et anti-immigrés. Il est très implanté à Anvers où un tiers des électeurs lui accordent régulièrement leurs suffrages. Frida Van Themshe a tenté de nier le lien entre le discours du VB et le geste criminel de son neveu.

Le président du Vlams Belang lui-même, Filip Dewinter, a « condamné de la manière la plus forte » le double crime. La plupart des responsables politiques du pays ont cependant pointé le poids de l’idéologie dans le drame. Le premier ministre, Guy Verhofstadt, a estimé que « nul ne peut désormais ignorer ce à quoi l’extrême droite peut mener ». Il a dénoncé dans les meurtres « une forme de racisme extrême ». Verhofstadt a souhaité que les communautés réagissent avec calme. « Nous devons éviter que notre société soit aspirée dans une spirale de violence », a déclaré le premier ministre.

Sur le terrain, la tension était néanmoins palpable, d’après la presse belge. Des riverains auraient refusé de s’exprimer de peur de représailles de la part de skinheads, selon la Libre Belgique. Une association radicale de musulmans d’Anvers, la Ligue arabe européenne, a dit étudier des « actions ». Elle a affirmé que le double meurtre de jeudi est le résultat d’une « campagne plus que vraisemblablement orchestrée » et dénoncé « le caractère raciste » de toute la société belge. Une manifestation citoyenne est organisée ce dimanche midi.

Paul Falzon
© L'Humanité

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'UN CLIMAT DE HAINE DANS LA SOCIÉTÉ BELGE'

13/05/2006 - Le Vlaams Belang a une "responsabilité écrasante" dans la création d'un sentiment de haine envers les autres communautés, a déclaré hier le président du VLD, Bart Somers. Il s'exprimait sur le plateau de la télévision publique flamande qui avait invité les présidents des quatre principaux partis du nord du pays pour une émission consacrée aux crimes racistes d'Anvers.
"Si, année après année, on stigmatise les étrangers et Les désignant comme des boucs émissaires, on crée un climat de haine dans la société, mettant face à face un 'eux' contre 'nous' et on ranime le racisme", a commenté M. Somers.

Johan Vande Lanotte, président du sp.a, a estimé que l'extrême droite sème les racines de la haine mais qu'elle n'était pas responsable des cas individuels de violence extrême. Jo Vandeurzen, président du CD&V, est d'accord avec ce raisonnement.

Le président du Vlaams Belang, Frank Vanhecke, a dit que son parti réclamait les peines les plus lourdes pour les crimes racistes d'Anvers et que son parti n'approuve pas les violences raciales.
© RTL Infos

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LA BELGIQUE SOUS LE CHOC APRÈS LE DOUBLE MEURTRE RACISTE D'ANVERS

13/05/2006 - Les plus hauts responsables belges, du roi Albert II au Premier ministre Guy Verhofstadt, et l'ensemble de la presse belge étaient choqués vendredi, au lendemain du double meurtre raciste commis dans le centre d'Anvers par un jeune skinhead proche de l'extrême droite.

Le Palais royal a fait savoir que le souverain belge allait faire parvenir un message de condoléance aux familles des victimes. Le Premier ministre belge, le libéral flamand Guy Verhofstadt, s'est dit »choqué par ces crimes horribles et lâches qui sont une forme de racisme extrême».

»Nul ne peut désormais ignorer ce à quoi l'extrême droite peut mener», a ajouté le chef du gouvernement belge, en lançant un appel pour que le pays ne soit pas entraîné dans une »spirale de violence».

Jusqu'à présent, les appels au calme semblent avoir été entendus. Aucune violence n'a été relevée à Anvers, la deuxième ville du pays où vivent de nombreuses communautés: populations juives orthodoxes, immigrés d'origines turque ou marocaine, »belges de souche».

Anvers est également le bastion du parti nationaliste Vlaams Blok. La formation d'extrême droite y réalise depuis des années un score de plus de 30% aux élections.

Vendredi midi, quelque 300 personnes ont défilé en silence dans les rues de la métropole portuaire pour »protester contre la violence aveugle». En tête du cortège figuraient des proches de la jeune fille au pair africaine abattue jeudi, selon l'agence Belga.

Au lendemain de ce raid, qu'un témoin a comparé au massacre du lycée de Columbine, aux Etats-Unis, le profil du tueur et sa manière d'agir apparaissent plus clairs.

Selon le quotidien flamand De Morgen, l'agresseur, Hans Van Themsche, un Anversois de 18 ans, a laissé dans sa chambre une lettre indiquant clairement qu'il avait l'intention de tuer le plus d'étrangers possible.

»S'il n'avait pas été arrêté par un agent de police, qui a fait feu sur lui, le bain de sang aurait été encore plus grand», a expliqué un enquêteur.

»Ses yeux crachaient le feu, comme s'il voulait détruire tous ceux qui se trouveraient sur son chemin», a expliqué un témoin de la tuerie.

Hans Van Themsche, qui n'était pas connu de la justice belge, s'était rasé les cheveux en début de semaine, selon ses proches.

Jeudi matin, il a acheté sans difficulté une carabine 9 mm, a dénoncé le bourgmestre (maire) socialiste d'Anvers, Patrick Janssens.

Vêtu d'une longue veste noire dans laquelle des insignes et des tracts d'extrême droite ont été retrouvés, il a entamé son raid meurtrier à la mi-journée dans le centre historique de la métropole flamande.

C'est d'abord une femme turque de 46 ans, qui lisait un livre sur un banc, qui a été visée. Blessée au ventre, la jeune femme serait hors de danger, selon le parquet d'Anvers.

Ensuite, le jeune skin, qui baignait dans un milieu d'extrême droite --son grand-père avait combattu aux côtés des nazis sur le front de l'Est et sa tante est une parlementaire du parti nationaliste Vlaams Belang--, s'en est pris à une jeune fille au pair d'origine malienne, Mata N'Doyie.

La jeune fille et la petite Luna, 2 ans, la fille de sa famille d'accueil, des restaurateurs anversois, dont elle a la garde, sont abattues quelques rues plus loin. Elles sont décédées sur place.

Ce drame interveient alors que la ville d'Anvers est déjà secouée par une autre affaire. Le corps sans vie d'un jeune Marocain a été retrouvé mercredi dans l'Escaut. Il avait disparu après une dispute devant une discothèque. Une bagarre que sa famille qualifie de raciste.

A Bruges, le week-end dernier, cinq skinheads ont tabassé un français d'origine africaine.

Vendredi, la presse flamande dénonçait le racisme latent qui s'est infiltré dans la société belge, en partie sous l'influence du Vlaams Belang.
© Tageblatt

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LA DESCENTE AUX ENFERS DE 'SAINTE AYAAN' (Pays-Bas)

La député d'origine somalienne renonce à son siège de députée aux Pays-Bas.
La Haye, de notre correspondante Sabine CESSOU


17/05/2006 - Menteuse ou victime ? Visiblement émue, la députée néerlandaise d'origine somalienne a renoncé hier devant la presse à son mandat au Parlement. En quelques jours, la trajectoire flamboyante d'Ayaan Hirsi Ali, 36 ans, a tourné à la chute vertigineuse. Arrivée en 1992 aux Pays-Bas en tant que simple réfugiée, elle s'est forgée en moins de dix ans une destinée d'héroïne internationale, critique de l'islam. Attaquée de toutes parts, menacée de mort par les islamistes, contrainte à déménager par des voisins apeurés qui ont eu recours à la justice, accusée de mensonges et sommée de renoncer à sa nationalité néerlandaise, elle a jeté l'éponge, hier, secouée mais toujours prête à défendre sa «liberté».

Controverses
Sainte Ayaan, un documentaire critique produit par NPS, la télévision nationale, diffusé le 11 mai, s'est ajouté à une longue série de controverses autour d'un personnage éminemment contesté. Accusée par cette émission d'avoir menti sur son nom, sa date de naissance, son statut réel ainsi que sur son mariage forcé, elle s'est défendue hier, grave et tendue. «J'ai dit à de nombreuses reprises que je ne suis pas fière d'avoir menti lorsque j'ai demandé l'asile aux Pays-Bas. J'ai eu tort de le faire. Je l'ai fait parce que je sentais que je n'avais pas le choix.» Alors que dans Sainte Ayaan, son frère, sa mère et son ex-mari affirment qu'elle s'est mariée de son plein gré avec un Somalien installé au Canada, elle a maintenu le contraire. «J'avais peur d'être renvoyée à ma famille si je déclarais simplement fuir un mariage forcé.»

Dès l'automne 2005, a-t-elle révélé, elle a informé son parti de son intention de quitter un pays épris de consensus, où son langage direct a souvent choqué. Sans confirmer son embauche par American Enterprise Institute (AEI), un think tank conservateur basé à Washington, elle dit avoir «opté pour une plate-forme internationale» afin de «contribuer au débat sur l'émancipation des femmes musulmanes et la relation complexe entre l'islam et l'Occident».

Sanction
L'affaire Hirsi Ali a pris les proportions d'une véritable crise politique aux Pays-Bas. Jan Peter Balkenende, le Premier ministre, a lui-même volé à la rescousse d'une femme décrite par ses camarades du parti libéral VVD comme un «animal blessé». Surpris par la rapidité avec laquelle Rita Verdonk, la ministre de l'Intégration, a remis le 15 mai en question la citoyenneté d'Ayaan Hirsi Ali, sa collègue de parti, le chef du gouvernement a affirmé qu'il «ne l'abandonnerait pas». Un débat urgent au Parlement s'est tenu hier soir, à la demande de Femke Halsema, la présidente du parti écologiste Groenlinks. Derniers adeptes du multiculturalisme tant décrié par Ayaan Hirsi Ali, les Verts demandent à Rita Verdonk de revenir sur sa «sanction très dure». Du coup, la ministre de l'Intégration, qui brigue la présidence du VVD et le poste de Premier ministre en 2007, s'est retrouvée sur la défensive. Rita Verdonk a rappelé son «immense respect» pour Ayaan Hirsi Ali, avec laquelle elle a eu des contacts étroits après le meurtre du cinéaste Theo Van Gogh, le 2 novembre 2004, par un jeune islamiste néerlandais.

Elle n'en a pas moins révélé qu'une enquête avait déjà été menée en 2002 par les services de l'immigration sur le trajet exact d'Ayaan Hirsi Ali avant son arrivée aux Pays-Bas. Alors qu'elle prétendait arriver de Somalie, elle venait en fait du Kenya, où elle avait déjà le statut de réfugiée. L'enquête n'avait pas abouti à cause de la prescription prévue par la loi : douze ans s'étaient écoulés depuis ses premiers mensonges.

«Disproportionnée»
La tourmente passée, Ayaan Hirsi Ali pourrait bien ressortir grandie d'une sanction qu'elle n'est pas la seule à trouver «disproportionnée». Sans attendre que Rita Verdonk lui demande de rendre son passeport néerlandais, elle aurait l'intention d'accélérer son départ pour les Etats-Unis. «Je vais quitter les Pays-Bas triste mais soulagée, a-t-elle annoncé hier. Je vais faire mes valises et avancer.»
© Libération

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'LE COMMISSAIRE DOIT ÊTRE CRITIQUE SI NÉCESSAIRE, MAIS TOUJOURS CONSTRUCTIF' (Europe)

Elu le 5 octobre 2005 Commissaire aux Droits de l'Homme, Thomas Hammarberg explique sa vision de sa mission et expose les priorités de son mandat. Du 5 au 7 mai, il s'est rendu en Azerbaïdjan afin d’assister à la conférence internationale des Ombudsmans (médiateurs nationaux). Propos recueillis par Neil Madden.

15/05/2006 - Quelle est, selon vous, la principale fonction du Commissaire aux Droits de l’Homme ?
Encourager tous les gouvernements européens à appliquer les normes fixées d’un commun accord en matière de droits de l’homme. L’application est le maître mot et suppose d’instaurer un dialogue sur la base de faits recueillis par les médiateurs nationaux, des organisations non gouvernementales, d’autres organes internationaux ou régionaux et, en particulier, la Cour et les comités conventionnels au sein du Conseil de l'Europe. Le Commissaire doit être critique, si nécessaire, mais toujours constructif.

Quelles priorités d’action avez-vous définies en prenant vos nouvelles fonctions ?
L’une d’entre elles est la lutte contre le terrorisme qui doit être menée énergiquement mais par des moyens qui respectent les droits de l’homme. Torturer des êtres humains ou faciliter la torture ne pourra jamais être toléré. Je privilégierai aussi les actions contre la discrimination. La minorité rom est toujours opprimée dans plusieurs pays. L’amélioration de la situation des personnes handicapées est une autre priorité. Il faut aussi mettre un terme à la discrimination fondée sur le sexe. En outre, je tiens à soutenir la campagne du Conseil de l'Europe contre les châtiments corporels infligés aux enfants. Toutes ces questions soulignent l’importance des mécanismes nationaux et locaux, dont l’institution de médiateurs réellement indépendants, permettant d’administrer une justice véritable.

Comment allez-vous aborder votre mission ?
J’entends être un observateur critique et vigilant mais en m’abstenant d’établir un classement entre les pays. En principe, tous les pays devraient faire l’objet d’un suivi ; il est important aussi de traiter les gouvernements avec impartialité et d’éviter la « politisation ». Les critiques doivent être faites dans un but constructif.

Lors de la conférence de presse que vous avez tenue pour annoncer que vous aviez été investi de la fonction de commissaire aux droits de l’homme, vous avez rendu hommage à votre prédécesseur, M. Alvaro Gil-Robles qui, selon vous, a donné « sens et contenu » au mandat de commissaire. Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par là ?
Alvaro Gil-Robles a réussi à sauvegarder son indépendance et a prouvé l’utilité de son institution qui complète les activités de la Cour et d’autres organes du Conseil. Il s’est rendu lui-même dans la majorité des Etats membres et a rédigé des rapports qui ont suscité des discussions sérieuses et constructives aboutissant à des améliorations. C’est véritablement un héritage impressionnant !

Quelle appréciation portez-vous sur la situation actuelle en matière de respect des droits de l’homme dans l’ensemble des Etats membres du Conseil de l'Europe ? Que reste-t-il à faire ?
Sur la durée, la situation en matière de droits de l’homme s’est considérablement améliorée dans la plupart des pays européens. Toutefois, il reste des problèmes dans tous les Etats européens et il ne convient pas de relâcher la vigilance ; de nouveaux problèmes surgissent et, parmi les anciens, certains ne sont toujours pas réglés. Comme je viens de le dire, je suis préoccupé par les méthodes employées dans la lutte contre le terrorisme, même si les pays européens n’ont pas porté atteinte aux normes de manière aussi grave que l’a fait le Gouvernement américain. Je suis, en outre, inquiet des tendances à la xénophobie, à l’antisémitisme et à l’islamophobie en Europe. Il faut les surveiller de très près.

S’agissant des droits de l’homme dans les Etats membres du Conseil de l'Europe, quelle différence votre action peut-elle faire ou, autrement dit, quelle influence peut-elle avoir sur leur respect ?
Les changements véritables doivent venir de l’intérieur. Toutefois, si le commissaire agit avec intégrité et compétence, il peut, de l’extérieur, faire office de voix de la conscience, sur la base des normes que chaque gouvernement s’est engagé à respecter. Sa coopération avec les institutions de médiateurs et les organisations non gouvernementales locales peut créer un dynamisme constructif en vue de changements positifs.

Vous avez cerné les problèmes soulevés par la montée de la xénophobie. Mais, dans la plupart des cas, ces problèmes sont engendrés par l’évolution de la société dans son ensemble, malgré les lois nationales visant à restreindre la discrimination et les actes de violence contre les minorités. Par conséquent, il semble que ce soit plutôt une question d’attitude sociale qu’une question de manque de protection juridique des droits de l’homme, à proprement parler. Qu’en pensez-vous ?
En effet, les lois ne sont pas suffisantes même si elles peuvent aussi contribuer à changer les comportements. Il est incontestablement nécessaire d’adopter une approche stratégique en matière de réforme des droits de l’homme. Nous avons besoin de lois adaptées et d’un appareil judiciaire impartial et non corrompu ; nous avons besoin d’un système de suivi mettant en jeu les médiateurs, les ONG et les médias ; nous avons besoin d’une éducation aux droits de l’homme ; ainsi que d’un climat politique et de procédures permettant de traiter constamment et sérieusement les problèmes relatifs aux droits de l’homme. Je suis, en la matière, un adepte convaincu des plans nationaux intégrés pour les droits de l’homme, à mettre en œuvre à travers un vaste processus de consultation.

Vous êtes particulièrement soucieux des droits de l’enfant. Y a-t-il une motivation particulière derrière cette préoccupation ?
Curieusement, les enfants ont été pendant longtemps exclus des droits de l’homme. Bien que les enfants soient plus petits et plus vulnérables, on les laisse se faire maltraiter alors que l’on interdit d’infliger les mêmes mauvais traitements aux adultes. C’est inadmissible. En outre, la protection des droits de l’enfant, ainsi que le respect de son avis, est indéniablement un investissement pour construire une société meilleure à l’avenir.

En matière de droits de l’homme, il y a en Europe de nombreux acteurs régionaux et internationaux ; y a-t-il un risque de concurrence et de chevauchement d’activités ?
Oui ; une bonne coordination est nécessaire entre le Conseil de l'Europe, l’Union européenne, l’OSCE et les Nations Unies. Cela dit, je suis optimiste sur l’instauration de bonnes relations de travail. En outre, au sein même du Conseil de l'Europe, nous devons échanger des informations et répartir les tâches judicieusement. Une telle coopération n’est évidemment pas une menace pour l’indépendance et l’intégrité du Commissaire – bien au contraire.

Peut-on dire que la plus belle réussite de votre mission serait que l’institution du Commissaire aux Droits de l’Homme disparaisse, autrement dit, qu’il ne soit plus nécessaire ? Peut-on imaginer que cela se produise un jour ?
C’est le rêve de tous ceux qui œuvrent à la sauvegarde des droits l’homme mais, malheureusement, il ne deviendra pas réalité de notre vivant.

Source : http://www.coe.int/T/Commissioner/

Prédécesseur de M. Thomas Hammarberg : M. Alvaro Gil-Robles, premier Commissaire aux Droits de l'Homme du Conseil de l'Europe. Il a occupé cette fonction de 1999 à 2006.
© Médiation

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LE DÉCLENCHEMENT D'UN DÉTECTEUR DE MÉTAL A ENTRAÎNÉ LA FOUILLE D'ABDOU DIOUF (Canada)

Gilles Toupin et Nicolas Bérubé, La Presse, Ottawa

16/05/2006 - C'est après avoir fait sonner un détecteur de métal à l'aéroport Pearson de Toronto que le secrétaire général de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), Abdou Diouf, et sa garde rapprochée, se sont vu imposer une fouille par des agents de sécurité.

C'est que qu'a soutenu hier l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA), pendant qu'aux Communes, les trois partis de l'opposition déploraient énergiquement l'incident survenu mercredi dernier, et le refus du gouvernement Harper de présenter des excuses officielles à l'ancien président sénégalais.

Selon la porte-parole de l'ACSTA, Irène Marcheterre, M. Diouf a fait déclencher le détecteur de métal avant d'embarquer pour son vol de correspondance. «On lui a demandé de subir une fouille sommaire, et il a refusé. Mais ce n'est pas parce qu'il est VIP qu'il ne doit pas se conformer aux règlements.»

Ce faisant, les agents n'ont pas enfreint la loi puisque les seules personnes exemptes de fouilles douanières sont le premier ministre, la gouverneure générale, le juge en chef de la Cour suprême et les chefs d'État étrangers en exercice.

Aux Communes, le député libéral Denis Coderre a affirmé que M. Diouf a non seulement subi une fouille corporelle, mais qu'il a aussi été la cible de menaces de la part d'une responsable à la sécurité de l'aéroport.

«Le secrétaire général Diouf, malgré son passeport diplomatique, a déclaré en Chambre M. Coderre, a été menacé par une des responsables de la sécurité à l'aéroport de Toronto, et je cite: qu'on le renverrait par avion s'il ne se soumettait pas à la fouille corporelle et que même s'il s'appelait Jacques Chirac, il subirait le même sort.»

L'ancien ministre libéral de la Francophonie a dit aux journalistes à la sortie des Communes qu'il tenait cette information «de sources diplomatiques». «C'est honteux!» a-t-il lancé avant de tenter de déposer une motion afin que le Canada présente des excuses formelles à M. Diouf et au Sénégal. La motion, qui nécessitait le consentement unanime de la Chambre, n'a pu être déposée puisque le Parti conservateur a refusé son consentement.

Au Sénégal, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO) a qualifié d'acte de «racisme primaire» la fouille dont a été l'objet l'ancien président sénégalais. Pour l'ONG, Abdou Diouf a été «traité comme un vulgaire immigré à l'aéroport de Toronto». La RADDHO a invité «les autorités de Toronto à faire preuve d'humilité en présentant leurs excuses».

Cette controverse a ajouté hier à l'inconfort du gouvernement Harper, qui ne s'en est tenu jusqu'à présent qu'à exprimer ses «regrets» à M. Diouf, venu au Canada pour participer à Saint-Boniface à la Conférence ministérielle de la francophonie sur la prévention des conflits et la sécurité humaine.

Par ailleurs, La Presse a appris de source sûre que l'incident diplomatique qui s'est produit à l'arrivée de M. Diouf à l'aéroport de Toronto a commencé avec le refus d'un garde du corps du secrétaire général de subir une fouille corporelle. Par la suite, lorsque les douaniers ont voulu obliger M. Diouf à passer à la fouille, ce dernier était tellement bouleversé que ses gardes du corps ont formé un bouclier humain autour de sa personne.

Aux Affaires étrangères, un porte-parole a déclaré à La Presse qu'une équipe du protocole était présente à Toronto pour accueillir M. Diouf mais il a affirmé n'avoir aucun autre détail à fournir.

Interpellé aux Communes par une opposition qui ne comprend toujours pas pourquoi le gouvernement s'obstine à ne pas présenter de véritables excuses à Abdou Diouf et au Sénégal, le premier ministre Stephen Harper a tenté en vain, hier, de persuader la Chambre que l'incident était clos.

«J'ai dit évidemment que cet incident est regrettable et j'ai demandé une révision des faits et aussi de la procédure pour éviter qu'une telle situation se répète. Mais, comme je viens de le dire, M. Diouf a été très satisfait de sa visite et surtout du travail de la ministre de la Coopération internationale et ministre de la Francophonie et des langues officielles (Josée Verner). »

«Je trouve regrettable que l'orgueil aveugle complètement ce premier ministre, a aussitôt répondu Denis Coderre. Tout ce qu'il a à faire, c'est de s'excuser. Ce serait décent de le faire.»

Le principal reproche formulé hier par le PLC, le Bloc québécois et le NPD à la ministre Josée Verner a été celui de ne pas s'être déplacée à Toronto, comme le veut le protocole, pour accueillir «le plus important officier de la francophonie». Denis Coderre a notamment qualifié Mme Verner d'«incompétente» puisque cette dernière, a-t-il dit, «pensait que l'accueil des dignitaires se faisait par téléphone».

La ministre Verner a déclaré la semaine dernière qu'elle avait téléphoné à M. Diouf immédiatement à son arrivée au pays. «Il y a des gens qui ne sont peut-être pas assez compétents pour faire leur travail, a ajouté M. Coderre, alors un bon remaniement ministériel...»

Les libéraux entendent porter l'affaire devant le comité des affaires étrangères de la Chambre des communes, où l'opposition est majoritaire. Un rapport et des recommandations seront ensuite soumis à la Chambre pour être débattus et adoptés.
© CyberPresse

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ÉTATS-UNIS : LA FILLE DE DICK CHENEY S'OPPOSE À BUSH SUR LE MARIAGE HOMOSEXUEL

15/05/2006 - Mary Cheney, fille du vice-président américain, a affirmé dimanche que l'interdiction du mariage homosexuel demandée par le président George W. Bush revenait à "inscrire le principe de la discrimination dans la Constitution" américaine.

Mary Cheney est elle-même lesbienne et avait pris une part active au sein du parti républicain à la campagne pour la réélection de George W. Bush et de son père en 2004. Ce parti avait fait d'un amendement constitutionnel pour interdire le mariage homosexuel, l'un des éléments de sa plateforme électorale.

"Je pense que ce que l'amendement sur le mariage homosexuel représente, c'est inscrire le principe de la discrimination dans la Constitution", a affirmé Mary Cheney lors d'un entretien avec la chaîne de télévision Fox, en ajoutant "c'est une mauvaise loi".

"Le président Bush a apparemment une opinion tranchée à ce sujet et c'est de toute évidence un sujet sur lequel je ne suis pas d'accord avec lui", a-t-elle dit, rappelant qu'elle abordait cette question dans le livre qu'elle vient de publier intitulé "A mon tour".

"J'espère que personne ne cherche à amender la Constitution dans le cadre d'une stratégie politique et que les gens n'essaient pas d'amender la Constitution pour atteindre leurs objectifs politiques", a également souligné Mary Cheney.

Elle a indiqué qu'elle avait été "très près" de quitter son poste au sein du comité de campagne de George W. Bush et de Richard Cheney sur cette question mais a également condamné les déclarations publiques à l'époque de leurs adversaires démocrates John Kerry et John Edwards, qui avaient fait état lors de débats politiques télévisés de l'homosexualité de Mary Cheney.
© E-llico

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UN DÉMOCRATE DE L'ALABAMA NIE L'EXISTENCE DE L'HOLOCAUSTE (Etats-Unis)

12/05/2006 - Le Parti démocrate de l'Alabama réfléchit à la conduite à tenir vis-à-vis de la candidature d'un de ses membres au poste de ministre de la Justice de l'Etat. Larry Darby nie en effet l'existence de l'Holocauste et se propose de "réveiller la conscience raciale des blancs".

Dans un entretien accordé à l'Associated Press (AP) vendredi, Larry Darby affirme que seuls 140.000 Juifs sont morts en Europe lors de la Deuxième guerre mondiale, et que la plupart ont succombé au typhus.

Selon lui, le chiffre de six millions de victimes donné par les historiens est une invention de l'"industrie de l'Holocauste".

Larry Darby s'était présenté au poste de ministre de la Justice ("attorney general") d'Alabama en 2002 sous la bannière du Parti libertaire mais n'avait pas été élu. Il n'a révélé que récemment ses positions sur l'Holocauste.

Dans l'entretien à l'AP, il déclare notamment qu'"il est temps d'arrêter de rabaisser l'homme blanc. Nous souffrons de discrimination depuis trop longtemps".

Le chef des démocrates d'Alabama, Joe Turnham, a indiqué que son parti avait ouvert une enquête interne sur des propos similaires tenus par Larry Darby dans un entretien à une chaîne de télévision.

Si sa marche de manoeuvre semble assez réduite à l'heure actuelle, le Parti démocrate pourrait toutefois refuser de certifier les résultats du vote s'il était élu.

Selon un récent sondage, Darby obtient 12% des intentions de vote pour le scrutin du 6 juin. Sans budget de campagne, il n'a jusqu'ici fait que quelques discours.
© La Tribune France

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LES PALESTINIENS MARIÉS À DES ISRAÉLIENS NE POURRONT PLUS RÉSIDER EN ISRAËL

17/05/2006 - En tant que juriste, Mourad Al-Sana avait confiance en la justice de son pays. Mais, dimanche 14 mai, les espoirs de cet Arabe israélien d'origine bédouine se sont évanouis. La Haute Cour de justice israélienne a rejeté la pétition d'associations de défense des droits de l'homme demandant l'annulation d'une disposition à la loi sur la citoyenneté qui rend extrêmement difficile la possibilité pour le conjoint palestinien d'un citoyen israélien de résider en Israël.

La famille Al-Sana vit dans une ville du Néguev depuis trois ans. Abir, la femme de Mourad, est originaire de Bethléem, en Cisjordanie. A ce titre, elle est considérée comme ressortissante d'un "pays ennemi" et, depuis un amendement d'urgence voté en 2002, n'a quasiment aucune chance d'obtenir un droit de résidence permanente en Israël et, a fortiori, la nationalité israélienne.

Régulièrement, elle demande un permis de "résidente temporaire", et, malgré la nationalité israélienne de son mari et de leurs enfants, elle ne peut espérer une mesure de regroupement familial. Son seul document officiel est une interdiction d'expulsion. Son âge, 30 ans, la met à l'abri d'un renvoi vers les territoires occupés, car le texte prévoit que les femmes palestiniennes de plus de 25 ans et les hommes de plus de 35 ans ne sont pas systématiquement expulsés.

Comme les Al-Sana, quelque 5 000 couples mixtes connaissent les aléas de cette précarité institutionnelle. Faute de papiers, Abir ne bénéficie pas du système de santé israélien et n'a aucune chance d'exercer son métier de professeur. L'option de vivre en Cisjordanie, recommandée par nombre d'hommes politiques israéliens à leurs concitoyens arabes, choque Mourad : "Je suis israélien ; ici, c'est mon pays, pourquoi devrais-je le quitter à cause d'un texte raciste ?" D'autant que cette solution ne peut s'appliquer aux rares couples mixtes juif israélien-palestinien. Pour des "raisons de sécurité", les juifs n'ont pas le droit de vivre dans les villes palestiniennes. C'est ce que la justice a affirmé à Jasmin Avissar, une juive mariée à un homme de Ramallah, Oussama Zatar. Lui ne peut entrer en Israël, et ils sont donc officiellement condamnés à se rencontrer aux check-points. D'autres ont fait le choix de vivre illégalement en Israël.

Les juges de la Cour suprême n'ont pas tenu compte des drames personnels engendrés par ce texte. "Les bienfaits et la sécurité que la loi sur la citoyenneté procure aux habitants d'Israël surpassent les dommages occasionnés aux quelques citoyens israéliens mariés à des Palestiniens", ont-ils estimé. Mais, au-delà des considérations sécuritaires, ce texte, en filigrane, entend aussi préserver un autre principe : "le maintien d'une majorité juive" dans le pays. Car, selon le quotidien Haaretz, parmi les dizaines de milliers d'Arabes qui ont obtenu la nationalité israélienne dans le cadre du regroupement familial depuis 1967, seuls 26 ont été interrogés pour des liens supposés avec le terrorisme. "Si les intentions de ce texte étaient uniquement sécuritaires, ajoute Mourad, il suffirait que les autorités contrôlent la personnalité des candidats à l'entrée en Israël. Or il s'agit avant tout d'une discrimination à l'égard de la communauté arabe du pays."

Les députés arabes israéliens et une partie de la gauche ont déploré la décision de la Haute Cour de cautionner "une loi ancrée dans le racisme", selon les termes d'un député juif du Meretz (gauche). Le ministre de la justice, Haïm Ramon, a annoncé un nouveau "toilettage" des règles d'immigration en Israël, promettant des critères équivalents pour tous. Il a néanmoins précisé qu'"un Etat souverain a le droit d'empêcher les citoyens d'un Etat ennemi d'obtenir un statut sur son territoire".

Mourad espère seulement que, lors du renouvellement annuel de l'amendement de 2002 et lors des discussions sur une hypothétique nouvelle loi, le gouvernement et les députés "retrouvent leur bon sens".

Stéphanie Le Bars
© Le Monde

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L'HOMOPHOBIE BANNIE DE 7 À 77 ANS (Monde)

17/05/2006 - Stop à l'homo-discrimination ! Aujourd'hui, c'est la journée mondiale de lutte contre l'homophobie. À l'école et au tribunal, informer pour prévenir puis pour sanctionner. Une enquête de Test-Achats révèleque 70% des homosexuels ont vécu une forme de rejet.

Sale pédé ! » Des injures comme celle-là, Jean-François en a entendu beaucoup dans la cour de l'école quand ses copains ont appris qu'il était homosexuel. « Je n'existais plus », explique-t-il.

Les insultes et parfois les violences contre les homos commencent tôt, dès l'enfance. Marie Arena (PS), la ministre de l'Education, a donc décidé de fournir aux écoles les outils pédagogiques qui permettront d'apporter aux jeunes des « connaissances objectives » sur les orientations sexuelles, et ainsi de favoriser le respect de la différence dès le plus jeune âge. Un enjeu essentiel : les ados discriminés sont en souffrance plus que les autres, parfois jusqu'au suicide.

De son côté, Laurette Onkelinx (PS), ministre de la Justice, s'apprête à signer une circulaire qui fera entrer les actes homophobes dans la sphère du droit, au même titre que le racisme ou la violence conjugale. Le cas échéant, la mention « homophobie » apparaîtra dans les dossiers comme mobile d'un délit. La mesure entrera en vigueur dans quelques mois, le temps d'adapter les systèmes informatiques à cette nouvelle réalité pénale et, surtout, d'assurer la sensibilisation des policiers et la formation des magistrats.

Ces deux mesures sont rendues publiques à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre l'homo-discrimination, qui se tient ce 17 mai.
© Le Soir en ligne

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POURQUOI UNE JOURNÉE MONDIALE CONTRE L'HOMOPHOBIE ?

L'intégralité du débat avec Daniel Borrillo, maître de conférences en droit privé à l'université Paris-X-Nanterre, mercredi 18 mai, à 11 h . Chat modéré par Claire Ané et Guillaume Pélissier-Combescure

16/05/2006 - Fabrice : Y a-t-il vraiment quelque chose de commun entre la persécution des homosexuels iraniens, qui risquent la peine de mort, et disons, un employé français qui subit des plaisanteries pesantes mais pas vraiment assassines ? Quelle est la cohérence du concept même d'homophobie ?
Daniel Borrillo : Il n'y a pas de commune mesure concernant la gravité de l'acte de violence, mais il y a une unité dans la logique sous-jacente. L'homophobie est une forme d'exclusion qui peut aller de la peine de mort, comme c'est le cas aujourd'hui encore dans certains pays – l'Afghanistan, l'Iran, l'Arabie saoudite ou le Pakistan –, jusqu'aux boutades et plaisanteries habituelles dans les cours de récréation. Bien évidemment, la gravité n'est pas la même, mais il y a pour moi un continuum dans l'homophobie qui répond à cette même logique d'infériorisation, d'exclusion, de stigmatisation, et parfois d'anéantissement de l'autre.

Sharklady : Bonjour, la loi française définit-elle l'homophobie ?
Daniel Borrillo : Le terme homophobie n'apparaît pas dans la loi française. Celle-ci parle de discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, d'injures, d'incitation à la haine ou de diffamation fondées sur l'orientation sexuelle.

On peut donner une définition de l'homophobie : pour moi, c'est un système à partir duquel une société organise un traitement spécifique selon l'orientation sexuelle des individus. L'homophobie octroie à l'hétérosexualité le monopole de la normalité et fomente, encourage le dédain envers celles et ceux qui s'écartent du modèle de référence.

Luc : Quelles sont les principales formes d'homophobie en France ?
Daniel Borrillo : Trois grandes formes d'homophobie : une homophobie religieuse, qui provient de trois grandes formes de monothéisme, l'islam, le judaïsme et le catholicisme ; une homophobie clinique, qui consiste à considérer l'homosexualité comme un problème de développement psychique de l'enfant ; et une homophobie libérale, qui consiste à tolérer les homosexuels, mais exclusivement dans l'espace privé. C'est la tolérance de l'homosexualité dans le placard...

Eminem : L'homophobie est-elle plus présente dans certains milieux sociaux, dans certaines zones géographiques (ville / banlieue / campagne par exemple) ?
Daniel Borrillo : Oui, les études menées sur la géographie de l'homophobie montrent que plus le niveau d'éducation est élevé chez l'individu, moins il a de comportements homophobes. De même, l'homophobie apparaît plutôt comme un phénomène rural, il y en a moins dans les grandes villes qu'à la campagne. La variable âge est aussi à tenir en compte : plus la personne est jeune, moins elle est homophobe. Et enfin, la variable sexe : les femmes sont moins homophobes que les hommes.

Mais s'il y a aussi une relation entre le niveau d'éducation, le milieu professionnel et la fréquence de l'homophobie, il ne faut pas non plus généraliser : l'homophobie est répartie dans toutes les classes, même si elle se manifeste de façon différente. L'homophobie existe en milieu populaire, mais aussi dans les milieux plus élevés, ce dont témoignent par exemple les discours psychanalytiques ou anthropologiques que l'on a entendus pour s'opposer au pacs.

Amdg : Quels sont les arguments scientifiques pour ne pas considérer l'homosexualité comme un "problème de développement psychique" ?
Daniel Borrillo : Depuis l'année 1973, l'Association psychiatrique américaine a rayé de la liste des maladies mentales l'homosexualité, et l'Organisation mondiale de la santé a fait de même il y a aujourd'hui quinze ans. Donc aujourd'hui, les grandes institutions scientifiques sont d'accord pour considérer que l'homosexualité n'est pas un problème ni individuel ni social.

C'était une demande sociale de révision du présupposé scientifique selon lequel l'homosexualité pouvait être considérée comme une maladie. En fait, cette considération était plutôt d'ordre idéologique que scientifique. Ne trouvant aucune base pour justifier une telle hiérarchisation entre homosexualité et hétérosexualité, les instances scientifiques internationales ont cessé de considérer l'homosexualité comme un problème.

La première fois que l'on a utilisé le mot "homophobie", ce fut en 1971, dans un article signé par le professeur Smith dans une revue scientifique de psychologie, dans lequel il essaie de donner une explication, un profil de la personnalité homophobe. Ce qui est aujourd'hui considéré comme problématique par la science, ce n'est pas la personnalité homosexuelle, mais la personnalité et le comportement homophobes.

Macaron : Quelle est la situation dans les autres pays européens ?
Daniel Borrillo : Très variée. Pour intégrer le Conseil de l'Europe, les Etats doivent s'engager à dépénaliser l'homosexualité. En ce qui concerne l'Union européenne, les pays doivent non seulement s'engager à dépénaliser l'homosexualité, mais également à protéger les homosexuels contre les discriminations, en particulier les discriminations à l'emploi et au travail. Au niveau du droit de la famille, la situation est variée : certains pays reconnaissent le mariage, comme les Pays-Bas, la Belgique et prochainement l'Espagne. D'autres pays reconnaissent l'union civile, comme la France, le Royaume-Uni, la Suède, le Danemark. D'autres encore reconnaissent le concubinage, comme la Hongrie ou le Portugal. Et certains pays ne reconnaissent pas du tout l'union homosexuelle, comme l'Autriche, l'Italie ou la Pologne.

Chauve_velours : Qu'attendre de l'Europe au niveau de la lutte contre l'homophobie? Et ce, que le texte de Constitution soit approuvé ou rejeté ?
Philippe : On peut lire que la nouvelle Constitution européenne lutte contre les discriminations. Est-ce une véritable avancée contre l'homophobie?

Daniel Borrillo : Oui, les avancées concernant la lutte contre les discrimination envers les homosexuels et contre l'homophobie ont très souvent été promues par l'Union européenne. La France a actualisé son dispositif de lutte contre les discriminations grâce à une directive de l'an 2000. La Constitution européenne, de mon point de vue, consolide la lutte contre les discriminations et contre l'homophobie.

Pierre : De quelle façon l'homophobie se manifeste-t-elle ? Pourriez-vous nous donner des précisions chiffrées ?
Daniel Borrillo : Par exemple, dans les études canadiennes concernant le suicide des adolescents homosexuels et des adolescents hétérosexuels, le taux de suicide des premiers est 5 à 7 fois plus élevé que celui des seconds. Aujourd'hui en France, nous n'avons pas d'étude officielle, sociologique, épidémiologique, mais les informations provenant d'associations telles que SOS-Homophobie, Amnesty International ou Sida Info Services montrent qu'il y a régulièrement des agressions homophobes au sein de la famille, à l'école, au travail, dans les quartiers, etc. Je renvoie aux rapports que j'ai cités pour les chiffres.

Il y a eu une augmentation des appels au niveau des associations, qui sont passés du simple au double à partir de la promulgation de la loi qui sanctionne les propos homophobes, c'est-à-dire que la loi a permis de rendre visible l'agression homophobe.

Yo : Selon vous, être opposé au mariage entre personnes de même sexe constitue-t-il un comportement homophobe ?
Daniel Borrillo : Ça dépend de la définition que l'on donne de l'homophobie. Si l'homophobie est un système de hiérarchisation des sexualités au sein duquel l'hétérosexualité est la condition pour bénéficier de l'égalité des droits, le fait de ne pas avoir droit au mariage peut être considéré comme une forme d'hétérosexisme ou d'homophobie.

Arthur : Que pensez-vous des artistes qui tiennent des propos homophobes dans leurs chansons? Doit-on les laisser s'exprimer sur ce sujet ?
Daniel Borrillo : Si le système de sanction n'est pas accompagné d'une politique de prévention, je crains que la lutte contre l'homophobie ne soit pas efficace. Aujourd'hui, on peut sanctionner quelqu'un en France qui tient des propos homophobes dans une chanson. On peut le faire, mais je pense qu'il est plus efficace de faire de la pédagogie, d'ouvrir le débat, d'aller dans les écoles, de faire des formations de sensibilisation, que de mettre des gens en prison. Répression sans prévention, je ne suis pas d'accord.

Fredo : Y a-t-il des pays où l'homophobie est interdite, c'est-à-dire punie par la loi ?
Daniel Borrillo : Oui. Il y a des pays, comme la France, où les actes matériels de discrimination et les discours d'incitation à la discrimination sont prohibés par la loi. Le code pénal prévoit des circonstances aggravantes dans les cas de meurtres, tortures, violences, menaces, agressions sexuelles, extorsions, vols, etc., si le mobile du crime est homophobe. De même, le code du travail sanctionne les discriminations et le harcèlement moral envers les homosexuels. La loi française pénalise aussi les discours homophobes.

Ce dispositif de pénalisation existe aussi en Grande-Bretagne, en Suède, en Belgique, aux Pays-Bas et aux Etats-Unis et au Canada, à des degrés différents. Beaucoup de pays occidentaux pénalisent l'homophobie.

DJ : Quelles devraient être les mesures de prévention de l'homophobie ?
Daniel Borrillo : La pédagogie. Par exemple dans les cours d'éducation sexuelle à l'école, on devrait présenter l'homosexualité comme une forme de sexualité aussi légitime que l'hétérosexualité. Par exemple dans les manuels scolaires, on devrait aborder l'homosexualité des personnages historiques ou littéraires naturellement, comme on le fait pour les personnages hétérosexuels.

Il faudrait qu'il y ait aussi une formation contre l'homophobie au sein des syndicats, à l'école de la magistrature, dans la formation des policiers. Bref, pour toutes les personnes qui ont des contacts réguliers avec le public.

Fleur bleue : Que pensez-vous de la création de cette Journée contre l'homophobie ? Existe-t-elle ailleurs dans le monde ?
Daniel Borrillo : La première journée de lutte contre l'homophobie a eu lieu à Montréal le 1er juin 2003. C'est la fondation Emergence qui l'a proposée, et le gouvernement du Québec l'a officialisée. Depuis, plusieurs pays ont commencé à célébrer cette journée de lutte contre l'homophobie et en France, elle s'est tenue pour la première fois hier. J'ai appris que le Parlement belge vient de voter, le 17 mai, une loi consacrant la Journée internationale de lutte contre l'homophobie.

Amarillo : Que penser du travail de pédagogie dans l'éducation lorsque l'on voit l'éducation nationale qui reste fermée à ce débat sur la lutte contre l'homophobie, très présente dans les écoles, de peur de heurter la sensibilité des parents d'élèves ? A ma grande surprise, certaines écoles privées sont bien plus ouvertes que certaines écoles publiques...
Daniel Borrillo : L'ancien ministre Jack Lang avait mis en place un projet de sensibilisation contre l'homophobie à l'école, mais le changement de gouvernement n'a pas permis de développer le programme. Depuis, effectivement, il n'y a eu aucune politique publique mise en place par la droite. Si l'homosexualité est considérée aujourd'hui comme un comportement normal, on ne peut pas accepter un discours qui considère qu'il serait choquant de la présenter de la sorte dans l'espace de l'école.

Je pense qu'on peut faire un parallèle entre l'homophobie et le racisme. On n'accepterait pas aujourd'hui un discours qui prétendrait qu'il y a une hiérarchie des races. De même, la République n'accepte pas un discours de hiérarchisation des sexualités.

Antenor : Bonjour, je reviens de trois ans en Côte d'Ivoire... Comment pensez-vous que l'on puisse lutter contre l'homophobie dans ces pays-là, alors qu'il reste tant d'autres choses à faire (lutte contre le sida, stabilisation des pays, développement économique...) ?
Daniel Borrillo : La lutte contre l'homophobie peut être un révélateur du niveau de développement démocratique d'un Etat. Aujourd'hui, les Etats qui mettent en place une politique d'égalité et de lutte contre les discriminations sont souvent les plus développés économiquement et démocratiquement.

Vous avez évoqué la question du sida. Vous savez que là où les homosexuels étaient acceptés par la population, on a pu lutter plus efficacement contre le sida. En revanche, dans les Etats où l'homosexualité était punie ou simplement ostracisée, la lutte contre le sida a été beaucoup plus difficile.

Il ne faut pas voir les choses de manière exclusive. Je pense que lutter contre l'homophobie, c'est lutter pour l'égalité, c'est lutter contre l'irrationnalité, pour l'intégration de tous et le respect des différences.

Arthur : Un individu homophobe est-il dans la plupart des cas raciste ?
Daniel Borrillo : Effectivement, encore une fois les études américaines montrent que souvent racisme et homophobie vont ensemble. De même que, très souvent, misogynie et homophobie font bon ménage.

Michel : L'homophobie n'est-elle qu'une forme spécifique de racisme ?
Daniel Borrillo : Oui, on peut dire que c'est une forme d'exclusion, comme le racisme. Et également une forme de sexisme. Parce que l'homophobie est la gardienne de la différence des genres : masculin, féminin.

Azerty : A ma connaissance, l'asile n'est pas accordé par la France aux homosexuels qui subissent des persécutions dans leur pays d'origine. Qu'en pensez-vous ?
Daniel Borrillo : La situation du droit d'asile est très complexe. Quelques homosexuels ont pu obtenir le droit d'asile en France, mais je crains que la nouvelle notion de "pays sûrs" mise en place par Dominique de Villepin ne permettra pas à beaucoup d'homosexuels victimes de violences homophobes de demander l'asile politique en France.

Piet : Selon vous, l'homophobie doit-elle être le combat prioritaire du mouvement LGBT (lesbien, gay , bi et transsexuel) ? L'homoparentalité, par exemple, ne devrait-elle pas passer avant ?
Daniel Borrillo : On ne peut pas dicter à un mouvement ce qu'il doit faire. Personnellement, je suis pour les combats positifs, et non les combats négatifs. Aujourd'hui, lutter pour l'égalité, le droit au mariage, l'homoparentalité me semble plus efficace que simplement faire un contrôle ou une police de l'opinion.

A l'occasion du mariage de Bègles, le Parti socialiste avait critiqué Noël Mamère sur la forme, il s'est engagé à présenter une proposition de loi pour le droit au mariage et à l'homoparentalité, mais à ma connaissance, cette proposition n'a jamais été déposée. Il me semble aujourd'hui intéressant de savoir ce que le Parti socialiste pense sur cette question, d'autant plus que l'Espagne donnera sous peu le droit au mariage et à l'homoparentalité à tous les citoyens du royaume.

Pierre-olivier : Etes-vous favorable à une politique de "discrimination positive" concernant les homosexuels ?
Daniel Borrillo : Non, je n'y suis pas favorable, je suis favorable à une politique d'application du droit commun, du droit universel. C'est-à-dire une égalité au niveau de l'individu homosexuel, du couple de même sexe et de la famille homoparentale. Pas de discrimination positive, simplement faire entrer l'homosexualité dans le droit commun.

Freddy75 : L'homophobie théorisée de l'Eglise catholique vous semble-t-elle un socle pour l'homophobie en général ? L'Eglise catholique romaine dans sa "ratio", son règlement intérieur des séminaires, écarte les hommes ayant des tendances homosexuelles (même sans être pratiquant)... Cela relève-t-il de la loi sur la lutte contre l'homophobie ?
Daniel Borrillo : Je pense que l'Eglise catholique a historiquement contribué à l'exclusion et à l'infériorisation, non seulement des homosexuels, mais aussi des femmes et d'autres minorités religieuses ou philosophiques. Le catéchisme de l'Eglise catholique considère l'homosexualité comme un comportement désordonné. Le pape Benoît XVI, quand il était le responsable de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a condamné l'homosexualité à plusieurs reprises. Jean Paul II a même parlé de comportement diabolique.

Effectivement, tout cela pourrait être considéré comme injurieux, et si un juge français veut appliquer la loi, je pense que certains dignitaires de l'Eglise pourraient être condamnés. Mais il n'existe encore aucune jurisprudence.

Amdg : Merci de vous prononcer aussi sur le judaïsme et l'islam à propos de l'homophobie.
Daniel Borrillo : J'ai dit que les trois religions monothéistes, aussi bien l'islam que le judaïsme ou la chrétienté, condamnent l'homosexualité avec la même vigueur et dans les mêmes termes. La différence réside simplement dans le contexte politique dans lequel ces religions évoluent. Aujourd'hui, évidemment, dans les pays où l'islam est religion officielle, l'homophobie est aussi dangereuse et virulente que lorsque l'Europe était gouvernée par la papauté.

Pour aller plus loin, noamment concernant les données chiffrées, vous pouvez vous reporter au livre de Daniel Borrillo, L'Homophobie, PUF, coll. "Que sais-je ?", Paris, 2000.
© Le Monde

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Les titres de l'actualité du 12 Mai, 2006

INCITATION À LA HAINE : LE PEN COUPABLE (France)

La Cour de cassation rejette le pourvoi du président du Front national et confirme sa condamnation dans une affaire d'incitation à la haine raciale

11/05/2006 - La chambre criminelle de la Cour de cassation a jugé irrecevable, jeudi 11 mai, le pourvoi formé par le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, contre un arrêt de la cour d'appel de Paris lui infligeant 10.000 euros d'amende pour des propos tenus dans la presse. Il devra également verser 5.000 euros de dommages et intérêts à la Ligue des droits de l'Homme qui avait engagé la procédure contre lui.

Racisme anti-musulman
"Le jour où nous aurons en France, non plus cinq millions mais 25 millions de musulmans, ce sont eux qui commanderont. Et les Français raseront les murs, descendront des trottoirs en baissant les yeux. Quand ils ne le font pas, on leur dit: 'qu'est-ce que tu as à me regarder comme ça? Tu cherches la bagarre?' Et vous n'avez plus qu'à filer, sinon vous prenez une trempe", avait déclaré le président du parti d'extrême droite dans un entretien au quotidien Le Monde daté du 19 avril 2003.

Condamné en première instance
En première instance, en avril 2004, le tribunal correctionnel de Paris l'avait condamné à 10.000 euros d'amende. Condamnation confirmée le 24 février 2005 par la cour d'appel. Jean-Marie Le Pen s'était pourvu en cassation.

Devant la cour d'appel, Jean-Marie Le Pen avait affirmé que ses propos tenus dans Le Monde reflétaient "une opinion politique (...) jugée par le tribunal en vertu de textes dont (il) a souvent contesté le bien-fondé".
© Le Nouvel Observateur

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DERRIÈRE LE MIROIR DU POPULISME (France)

Dans «les Dessaisis», Gérard Desportes sonde cette France rurale qui a porté Le Pen au second tour en 2002.
par Christophe FORCARI
«Les Dessaisis. Voyage en France». Gérard Desportes. 343 pages. Grasset. 18,90 euros


11/05/2006 - A quoi bon passer des journées dans les arbres ? Question incongrue pour une position inhabituelle. Mais si c'était pour mieux constater que rien ne bouge ? Que les saisons succèdent aux saisons. Au même moment de l'année, les palombes migrent et passent au-dessus des terres gersoises où, depuis des décennies, les chasseurs les guettent, dissimulés dans la cime des arbres. Un coin de France, comme tant d'autres, où les agapes suivent naturellement les heures passées à l'affût, où, au fil des godets, des «canons», les langues se délient pour faire de l'immigré la cause de tous les maux, vouer aux gémonies des politiciens «tous pourris» et pester contre un monde qui s'en va. Bref, la France du 21 avril 2002, celle des électeurs du Front national, telle que certains observateurs se l'imaginent sans trop d'efforts. Celle des bavardages de comptoir qui, une fois couchés sur le papier, rassurent à bon compte sur cette France d'en bas, décidément sourde aux sirènes joyeuses de la modernité annoncée.

Dans les Dessaisis, Gérard Desportes ne tombe pas dans cette caricature. Pour mieux explorer cette France qui a porté Le Pen au second tour de la présidentielle, l'auteur, ancien journaliste à Libération, décide de s'immerger dans ce petit monde des chasseurs de palombes, des fils d'immigrés italiens, petits entrepreneurs. La facilité aurait alors consisté à coucher sur le papier des bribes de conservations, quelques phrases définitives et d'une simplicité réductrice qui, au final, ne permettent pas de comprendre ce qui s'est joué dans cette France rurale.

Gérard Desportes, lui, note, observe, questionne l'histoire, la grande et la locale, et les histoires qui ont façonné ces hommes pour un résultat qui n'est pas un essai analytique solidement appuyé sur une masse de références, ni un roman ­ toute ressemblance avec des gens existants n'y est absolument pas fortuite ­ mais bien un récit politique. Une autre manière d'interroger et de regarder ces Français qui trinquent de concert, conservent le goût du partage et des joies simples, pratiquent encore la fraternité des campagnes et ce rituel de fins de banquets, baptisé «la jactance gallique» par Marat, ce plaisir des débats à bâtons rompus destinés à ressouder les amitiés autant qu'à la confrontation. Quand certains se soucient du sort des oiseaux, personne ne se préoccupe de la survie du mode de vie de ces hommes. Qu'importe qu'ils se nourrissent aux senteurs d'humus et se réveillent dans la fraîcheur renouvelée de la rosée. Pour les thuriféraires de l'Europe «open space», libérale et marchande, ils ne sont que les derniers vestiges, des preuves cromagnonesques, imbéciles, connes ou analphabètes selon les éditorialistes, tous journaux confondus, d'une résistance bravache et inutile au culte triomphant de l'utilitarisme et de la marchandisation. Une espèce vouée à la disparition par décret céleste mais qui se rebiffe, un 21 avril 2002 et un 29 mai 2005.

Evacués d'un monde qu'ils rêvent encore égalitaire et, osons le mot, conforme à un idéal républicain parfois ressassé, exalté dans ses moments les plus glorieux et occulté dans ses pages sombres, où le verre de rouge s'échange sans rien demander, où tous se retrouvent autour du casse-dalle et où le tableau de chasse se divise à parts égales entre bons et mauvais fusils, ils résistent. Plus que d'autres, ils sont dessaisis au sens marxiste du terme, exhumé par Gérard Desportes. «L'aliénation, c'est la pratique du dessaisissement, écrivait le vieux barbu en 1843 dans la Question juive.

De même que l'homme, en tant qu'il est sous l'emprise de la religion, ne sait concrétiser son être qu'en en faisant un être fantastique et étranger, de même il ne peut sous l'influence du besoin égoïste s'affirmer pratiquement et produire des objets pratiques qu'en soumettant ses produits ainsi que son activité à la domination d'une entité étrangère et en leur attribuant la signification d'une entité étrangère, l'argent.» Tout est dit. Parce que les valeurs du monde des chasseurs de Masseube ne sacrifient pas au veau d'or, à l'indice Nikkei ou au CAC 40, leur présence est d'une «inquiétante étrangeté» dans une époque qui se refuse à comprendre la rustre simplicité des choses et des êtres. Parce qu'à ne pas entendre leur plaisir à passer des journées entières dans les arbres, on laisse place au risque de voir une autre mauvaise blague se répéter, celle du 21 avril 2002.
© Libération

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'LA MÉMOIRE DE L’ESCLAVAGE CONCERNE TOUS LES FRANÇAIS'

10/05/2006 - Lilian Thuram, champion du monde de foot 1998 et d’Europe 2000, défenseur de la Juventus Turin, nous explique ce que représente à ses yeux cette journée.

Quelle signification revêt à vos yeux cette première commémoration de l’esclavage, de la traite et de l’abolition ?
Lilian Thuram. Cette com- mémoration va contribuer à l’ouverture d’une réflexion sur ce que fut vraiment l’esclavage, sur la place qu’il a occupée dans l’histoire de France et dans l’inconscient des hommes. C’est, je crois, très important. Nous sommes tous et toutes faits d’histoire, de mémoire, notre inconscient est est imprégné.

Trop longtemps, cette question de l’esclavage est restée un sujet tabou. L’abolition définitive est intervenue en 1848, nous sommes en 2006, et ce qui a prévalu jusqu’à présent, c’est le refus d’appréhender cette réalité historique, le refus d’expliquer simplement que durant une longue période, des personnes ont usé de leur autorité pour mettre en place ce système esclavagiste dans le but de faire du profit.

Pour justifier la déportation d’Africains vers un autre continent, ces mêmes individus ont forgé toute une idéologie fondée sur la prétendue « infériorité » des Noirs, qui n’étaient pas considérés comme des êtres humains. Pendant ces quatre cents ans, et plus tard avec la colonisation, la dignité humaine a été bafouée des deux côtés. La dignité d’hommes qui réduisent d’autres hommes en esclavage ne peut pas sortir indemne d’une telle entreprise. Aujourd’hui, ce geste de reconnaissance peut restituer cette dignité bafouée.

Cette commémoration est donc très importante pour les Français noirs, mais pas seulement. Elle est fondamentale pour toute la population, car il s’agit d’une page à part entière de l’histoire de France. Il y a actuellement tout un débat sur la place des Noirs dans la société française qui ne devrait même pas avoir lieu d’être...

Pourquoi ce débat sur la place des Français noirs survient-il aujourd’hui, à votre avis ?
Lilian Thuram. Il y a malheureusement cette histoire lourde. La mémoire, l’identité noire sont enfermées dans cette période de l’esclavagisme, que l’on résume le plus souvent à cette formule : « les Noirs ont été esclaves ». Cette équation est pourtant aussi aberrante que l’équation « Blanc » égale esclavagiste. On a malheureusement trop souvent tendance à penser que cette période ne regarde que les Noirs. Pourtant, si cette histoire a été occultée à ce point, c’est qu’il existe un sentiment de culpabilité. Or on n’est pas coupable de ce qui s’est produit dans le passé. Mais on le devient si l’on n’ouvre pas une réflexion intelligente sur ce passé. Refuser cette réflexion, c’est, en quelque sorte, cautionner ce passé. Pour ces raisons, cette date de commémoration est fondamentale. Elle ne doit pas se résumer à une date figée. Il faut qu’elle suscite un débat, qu’elle encourage une éducation, qu’elle contribue à faire reculer l’idéologie qui sous-tend le racisme.

Pourquoi, à votre avis, ces débats sur les mémoires de l’esclavage et de la colonisation ont-ils pris tant de place dans le débat public ces dernières années ?
Lilian Thuram. Je crois que le développement de toutes ces discussions est une bonne chose. Cela prouve que la société française est sur le bon chemin, qu’elle est sur le point d’accoucher de quelque chose de nouveau. Les non-dits, dans une famille, sont le signe d’un malaise. Lorsque l’on commence à parler, la discussion s’enclenche. Et si elle est intelligente, alors un apaisement est possible. Il ne faut pas avoir une vision immédiate des choses, mais s’interroger sur ce qui peut naître, à long terme, de ces discussions. Des remises en cause sont nécessaires pour permettre un consensus autour de cette mémoire.

L’histoire de ce pays est devenue compliquée. L’existence d’un système esclavagiste a influencé toute une conscience collective. Or il existe aujourd’hui des Français issus de cette histoire. Je suis moi-même antillais, issu de cette histoire de l’esclavage et de la colonisation, et je suis français. Nous sommes français avec des histoires différentes. Cela ne créerait pas de problèmes si nous avions, collectivement, une lecture honnête et détachée de cette histoire. Mais une telle lecture a trop longtemps manqué, et les souffrances se sont accumulées. Il faut cesser d’appréhender cette histoire du point de vue de tel ou tel groupe de population, pour l’aborder en tant qu’êtres humains, d’un point de vue universel. C’est la condition d’une réflexion sereine. C’est pour cela que cette commémoration ne doit pas concerner les seuls Noirs.

Croyez-vous possible l’émergence d’une mémoire nationale prenant pleinement en compte ces mémoires jusque-là reléguées ?
Lilian Thuram. Je crois à l’intelligence des gens. Ce n’est pas un hasard si nous pouvons, aujourd’hui, aborder ces sujets. La société a évolué. Ceux qui ont voulu inscrire le « rôle positif » de la colonisation dans la loi appartiennent à une génération qui croit encore que de telles aberrations peuvent passer. Or elles ne passent plus, et les protestations ne se sont pas limitées aux personnes issues de cette histoire de la colonisation, loin de là.

La question doit être posée simplement : est-ce que l’émergence de cette mémoire qui embrasse tous les Français peut conduire à un apaisement, à un meilleur vivre-ensemble, à des évolutions positives pour toute la société ? J’en suis convaincu.

Les souffrances liées à la mémoire font écho à des souffrances bien contemporaines, liées aux discriminations, sujet à propos duquel vous vous êtes exprimé de manière très forte à l’automne dernier. Est-ce que la reconnaissance de cette mémoire de l’esclavage peut, à votre avis, avoir des répercussions positives en la matière ?
Lilian Thuram. La mémoire est d’autant plus blessée que l’égalité, dans le vécu quotidien, n’est pas réelle. Avec la reconnaissance de cette mémoire, l’image de l’autre change. Le mouvement auquel nous assistons est positif parce que les choses bougent. Le passé, l’histoire forgent nos identités, nos imaginaires. Ouvrir les yeux sur ce passé nous permettra de voir l’autre en tant qu’être humain. Mais tout accouchement est difficile, et ceux qui sont dépositaires de l’autorité ont la responsabilité fondamentale de veiller à la sérénité de débats qui doivent conduire à la reconnaissance de chacun. C’est pour cela que je me suis permis, en novembre dernier, de dire ce que j’ai dit. M. Sarkozy représente une autorité. Or le discours de ce représentant de l’État français est un discours de séparation, de division, de stigmatisation d’une partie de la population. C’est un discours que je crois dangereux pour l’unité du pays. La France a besoin d’une discussion positive et constructive, d’apaisement, et non pas d’un discours de confrontation, qui encourage la violence et l’intolérance.

Pourquoi êtes-vous si critique sur la notion de « communautés » ?
Lilian Thuram. On a l’impression qu’il faudrait gérer la France comme les États-Unis. Or ce modèle américain n’est pas bon. Un tel modèle implique que les gens restent, finalement, dans une confrontation avec l’autre. Si l’on rêve d’un pays meilleur, on ne peut pas aspirer à une telle société. Un pays meilleur est un pays où chacun trouve sa place, se reconnaît français, avec ses différences. Cela implique toute une éducation. C’est à l’école que les esprits se forment. Et peu importe d’où émane cette revendication de connaître, d’inscrire dans les programmes scolaires cette histoire de l’esclavage et de la colonisation. Ce sont des questions universelles. Elles concernent tous les Français. Si nous voulons que nos enfants deviennent des hommes meilleurs, nous leur devons cet enseignement, pour éviter que les horreurs du passé ne se reproduisent.

Entretien réalisé par Rosa Moussaoui
© L'Humanité

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BORDEAUX RETROUVE SA MÉMOIRE (France)

Le port négrier finit par ouvrir une page douloureuse de son histoire.
par Sophie LEMAIRE


11/05/2006 - Des roses blanches jetées dans la Garonne, là où partit le premier navire bordelais armé pour la traite des esclaves. Le geste voulait symboliser la mémoire enfin retrouvée de Bordeaux, ancien port négrier, qui a tant de mal à assumer son héritage. Sous les ors des salons de la mairie de Bordeaux, le maire Hugues Martin a reçu hier le rapport commandé, en juillet 2005, à un «comité de réflexion et de propositions sur la traite des Noirs à Bordeaux».

Présidé par l'écrivain Denis Tillinac, ce comité a rassemblé des historiens, des représentants des communautés religieuses et du monde associatif. Il a pu travailler dans un climat apaisé, et c'est déjà une prouesse. Car les points de vue sont restés très éloignés dès lors qu'il s'est agi de faire des propositions de mesures concrètes destinées à pérenniser la mémoire de l'esclavage.

Denis Tillinac s'est contenté hier de reprendre quelques pistes déjà connues, comme le développement des échanges universitaires et scientifiques, ou la proposition faite par la très active association DiversCités de créer un lieu pérenne de mémoire sur le modèle nantais. Il s'est en revanche opposé fermement à l'idée de préciser systématiquement la qualité de «négriers» sur les plaques de rues aux noms des grands bourgeois bordelais impliqués dans la traite des esclaves. «Il ne faut pas stigmatiser», a expliqué Denis Tillinac. «Il ne s'agit pas de diaboliser, mais d'expliquer», a répliqué le président de DiversCités, Karfa Diallo, membre du comité mais plutôt déçu par un rapport «pas assez travaillé». «Nous avons gagné le combat de la reconnaissance mais celui de la mémoire débute maintenant», a-t-il estimé, rendant cependant hommage à la volonté municipale d'ouvrir enfin cette page de l'Histoire.

Le maire a d'ailleurs annoncé quelques mesures, comme le renforcement de la place accordée à l'esclavage au musée d'Aquitaine. «Notre présence exprime une indignation morale unanime, a-t-il affirmé. Elle se veut, dans l'ordre symbolique qui n'est pas insignifiant, un acte de réparation.» Sans être insignifiant, ce symbole reste pour certains encore insuffisant.
© Libération

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UNE HISTOIRE COLLECTIVE À FAIRE (France)

La commémoration de la fin de l'esclavage est indispensable à la cohésion de la société.
par Jean-Claude TCHICAYA, porte-parole du collectif Devoirs de mémoires et maire adjoint à Bagneux


10/05/2006 - Ce n'est qu'en janvier dernier que le président de la République a décidé de suivre les préconisations de la loi Taubira. Il a proposé, enfin, pour la France entière, des commémorations de recueillement pour les victimes de la traite négrière.

Or, depuis des années, dans les départements et territoires d'outre-mer, il existe des jours fériés de commémoration, ce qui nous surprend quant au principe de la République une et indivisible...

Nous sommes en dehors de toute posture victimaire ou doloriste, et nous n'exigeons pas la repentance mais l'indispensable vérité historique. Nous refusons tout manichéisme ou anachronisme : il n'existe pas de coupables héréditaires ni de victimes héréditaires. Nous sommes pour que chaque mémoire ait une place dans l'histoire nationale, pour un récit collectif commun.

La République française et ses citoyens vont pouvoir pour la première fois, de façon institutionnalisée, en 200... 6, honorer la mémoire de ces êtres humains déportés et réduits en esclavage. Pendant plus de quatre siècles, les esclaves ont connu la déportation, la négation de leur humanité, la déstructuration des familles, la hiérarchie des couleurs, les coups de fouet, les viols, les humiliations quotidiennes, la vente, comme s'ils étaient des marchandises, l'animalisation marquée au fer rouge, le broyage identitaire, le viol de l'imaginaire, le racisme d'Etat. Tout cela codifié par le Code noir, mis en place par Louis XIV et Colbert, venu asseoir juridiquement l'innommable.

Des «grands» de notre nation, philosophes, politiques, écrivains, religieux ont participé activement à l'ignominie, pendant que d'autres dénonçaient et combattaient comme Toussaint-Louverture, Delgrès, Olympe de Gouges, Condorcet...

Tout au long des siècles, les esclaves n'ont jamais accepté le triste sort auquel on voulait les assigner. Les résistants esclaves, célèbres ou mis dans l'anonymat, ont honoré et contribué à rendre effectif, par leurs combats, la devise «Liberté, Egalité, Fraternité». Il est temps de les sortir de l'ombre et de les faire entrer au panthéon des grands hommes et femmes de la République, et d'ouvrir le cercle fermé du siècle des Lumières, qui a ignoré la lumière des torches de ces combattants pour la liberté.

Malgré les effets néfastes du silence institutionnel, nos différents gouvernements ont attendu 2001 pour déclarer la traite des noirs crime contre l'humanité. Et cela, grâce aux combats menés par nombre d'associations et collectifs, dont le Comité pour la marche du 23 mai 1998, fer de lance du combat pour la reconnaissance de la mémoire des esclaves, et des députés dont Mme Taubira et M. Césaire.

Ce n'est pas une histoire de Noirs pour les Noirs, ou des Noirs contre les Blancs, mais l'histoire de tous. Ce doit être une histoire partagée. En tourner toutes les pages, même tristes, sombres et peu glorieuses, c'est mettre la vérité historique à la disposition de tous. Que chacun se l'approprie, afin de pouvoir trouver sa place dans notre nation et reconnaître celle d'autrui, afin de construire au présent, avec les autres, notre société.

Il faut que l'histoire s'impose, que les faits parlent, non pour susciter complainte des uns et autoflagellation des autres, mais pour combler les trous de mémoire de tous. Sinon, l'irrationnel et une histoire tronquée, taboue, fantasmée, viennent brouiller les pistes et entraver les constructions et reconnaissances identitaires. Un regard digne doit permettre à tous de s'ouvrir à la complexité de l'histoire des hommes.

Il s'agit en somme de répondre aux questions implicites : «Qui sont ces Noirs de France ? Comment sont-ils arrivés là ? Comment leur histoire a-t-elle croisé l'histoire de France et des autres Français pour ne faire aujourd'hui qu'une seule histoire ?» L'histoire de la traite des Noirs fait s'évanouir les fantasmes exotiques et romantiques...

Les ravages de l'histoire non dite ou mal dite doivent laisser place, et cela par l'intermédiaire de politiques responsables et visionnaires, à un énoncé explicatif des faits, un énoncé qui permette l'analyse juste des effets et conséquences de cette période en terme de stéréotypes, de préjugés, de stigmates racistes, subis et parfois intériorisés et coproduits. Des sentiments ont ainsi été générés, souvent non avoués, non conscients, complexe d'infériorité des uns et complexe de supériorité des autres, avec pour corollaire le paternalisme et l'infantilisation. Autant de postures insidieuses qui s'avèrent racistes et discriminantes.

Des doutes sont ainsi apparus et réapparaissent régulièrement, de façon plus ou moins explicite, sur les capacités humaines et intellectuelles des Noirs. Et voilà balayée, dans le non-dit d'un a priori archaïque, la revendication d'un droit à une juste place dans tous les champs ­ économiques, politiques, scientifiques, médiatiques, etc. ­ de notre société !

Malgré de réels progrès, beaucoup reste à faire. Le 10 mai doit ainsi être le point d'orgue d'une «question noire» qui vient dire à notre identité nationale qu'elle est multicolore ! Regrettons que les 10 mai à venir ne soient pas fériés : quatre siècles et demi de souffrances et de résistances auraient mérité que le pays s'arrête et se recueille. Nous devons faire sortir de l'anonymat ces noms, ces visages, ces récits de vie, de solidarités, de créations linguistiques pour résister, comme le créole, d'inventions scientifiques et culturelles pour exister, pour renaître, survivre et vivre.

Plus que la date, c'est le contenu de ce jour qui importe. Il ne doit pas s'agir d'organiser des commémorations de fin de journée, mais au contraire de donner une place digne à toutes celles et tous ceux qui ont participé à notre liberté actuelle. Un être humain maltraité, privé de sa liberté et bafoué dans son intégrité par un autre être humain, c'est l'humanité entière qui est remise en cause. Nous sommes tous, en tant qu'êtres humains, dépositaires de ce morceau d'histoire de l'inhumanité.

C'est pour nous tous l'occasion de nous réunir autour de valeurs démocratiques, au-delà de toute autre appartenance. C'est aussi une façon de dire non aux communautarismes rabougris qui veulent constituer des groupes d'exclusion, exclusifs et excluants.

Le but de cette commémoration du 10 mai n'est pas la contemplation passive de l'histoire : une fois l'histoire collective reconnue et assumée, chacun doit pouvoir réaliser librement son histoire individuelle au présent, en harmonie avec les autres, dans ce pays qui est le nôtre, à tous.

Toute la communauté nationale est convoquée à cette journée. La citoyenneté, la dignité et la responsabilité de chacun n'ont pas de couleur. Cette conscience d'un passé, qui a conditionné le présent, doit nous permettre de mieux comprendre et déconstruire les préjugés qui nous séparent parfois et doit nous rendre plus forts, plus unis, pour bâtir notre avenir, ensemble, en France.
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DISCRIMINATION: PREMIER BILAN ACCABLANT (France)

La Haute Autorité de lutte contre les discriminations a enregistré plusieurs centaines de cas flagrants, particulièrement dans les entreprises. Par Henrik Lindell

11/05/2006 - La discrimination en France existe. Elle est particulièrement fréquente dans le monde du travail. C’est la conclusion du premier rapport annuel (1) de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde). Cette organisation administrative indépendante voulue par Jacques Chirac est née en avril 2005. Depuis, ses membres n’ont pas chômé. Ils ont enregistré 2 365 saisines (2). Un tiers des plaintes a été considéré infondé, un deuxième tiers a été orienté vers d’autres instances, le reste étant soit résolu à l’amiable, soit transmis au parquet. Plus de 800 réclamations ont trouvé une issue dans un délai moyen d’instruction de trois mois environ. Au total, quelque 1 500 cas de discriminations ont été jugés fondés. Un chiffre que l’on peut comparer aux quarante condamnations pénales par an en France...

La Halde est compétente pour toute forme de discrimination : origine, âge, sexe, orientation sexuelle, religion, etc. Au vu des statistiques fournies par l’organisation, l’origine est le critère discriminant le plus fré- quent. Il concerne 40 % des cas. La santé et le handicap sont cités dans 14 % des cas. Non sans surprise, les discriminations en raison du sexe ne sont évoquées que dans 6 % des saisines. Seules 34 % des requêtes concernent les femmes. Quant aux convictions religieuses, seuls 2 % des plaignants y font référence, tout comme la question de l’orientation sexuelle. En revanche, l’activité syndicale serait en cause dans près de 5 % des cas.

’entreprise occupe une place à part dans les domaines où les discriminations s’exercent : 45 % des plaignants s’estiment victimes d’une discrimination dans leur travail ou lors de la recherche d’un emploi. Viennent, loin derrière, l’accès aux services publics (18 %), l’obtention d’un logement (5 %) et l’éducation (5 %). Plusieurs membres de la Halde connaissent bien le monde des entreprises, comme Nicole Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT, et Louis Schweitzer, ex-PDG de Renault. Pour sensibiliser le monde des affaires aux problèmes de discrimination, ce dernier a introduit un système de « testing » qui serait particulièrement dissuasif. Il vise à valider, par des envois de faux CV par exemple, la version d’un plaignant. Louis Schweitzer a aussi fait établir une liste de 164 grandes entreprises que la Halde a contactées. Elles ont été invitées à répondre à des questions relatives à leur pratique en matière de discrimination. Cent deux d’entre elles ont répondu et le rapport mentionne leur nom. « Cette pratique anglo-saxonne a son efficacité car les grandes entreprises sont extrêmement sensibles à leur image », dit malicieusement l’ex-PDG de Renault (3).

Le rapport est également ponctué de cas concrets. Où l’on découvre la discrimination ethnique à l’embauche, le harcèlement, les problèmes inhérents à la séropositivité ou en raison de l’âge. Une triste lecture qui est le reflet de la France telle qu’elle est.
Il reste cependant un problème. Ce rapport, qui établit la prépondérance de la discrimination du fait de l’origine, a pourtant du mal à correctement cerner ce problème particulier. La France est effectivement raciste. Pas plus que les autres pays européens, mais pas moins non plus. Or, chacun sait que ce n’est pas contre les Belges, les Bretons ou les Basques que ce racisme s’exerce. Mais contre... contre qui en fait ? Mystère. En France, on n’a pas le droit de faire un « comptage ethnique », comme on dit. Donc, il ne faut pas mentionner d’où viennent précisément ces Karim, Keïta, Fatou, Yasmina, discriminés du fait de leur origine. Pour la Halde, ce « comptage ethnique » ne serait pas utile pour lutter contre ces sé-grégations. Et si on se disait franchement une fois pour toutes que les Africains, les Maghrébins et tous ceux qui y sont assimilés (alors qu’ils sont souvent français) souffrent particulièrement de discriminations en France ?

1. site internet
2. Pour saisir la Halde, il suffit d’adresser une lettre au 11, rue Saint-Georges, 75009 Paris.
3.Interview dans Le Monde du 4 mai.

À quoi sert la Halde?
Nouvellement instituée, la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité a pour mission d'informer le public, d’accompagner les victimes et de promouvoir les bonnes pratiques. La Halde dispose de pouvoirs d'investigation pour instruire les dossiers. à cet effet, elle émet des avis et recommandations auprès du gouvernement, du Parlement et des autorités publiques afin d’améliorer les textes de loi et de faire progresser le principe d’égalité.
© Témoignage chrétien

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CULTE MUSULMAN : LES RAISONS D'UNE CRISE (France)

par Xavier Ternisien

10/05/2006 - A quoi sert le Conseil français du culte musulman (CFCM) ? La question mérite d'être posée au moment où cette institution, dont les membres ont été renouvelés en juin 2005, est durablement bloquée. Sur tous les dossiers urgents qui concernent le culte musulman (aumôneries, construction de mosquées, carrés musulmans, viande halal, fondation pour les oeuvres de l'islam, organisation du pèlerinage), aucun progrès n'a été enregistré. Trois aumôniers généraux ont bien été nommés pour les prisons, les armées et les hôpitaux, mais ce choix n'a pas été confirmé par le conseil d'administration.

Pire encore, le CFCM a été silencieux sur les événements qui ont affecté les musulmans au cours des derniers mois. Après la mort de Chaïb Zehaf, un père de famille d'origine algérienne assassiné le 4 mars à Oullins (Rhône), c'est le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) Rhône-Alpes qui a appelé à une manifestation "contre le racisme et pour la vérité". Les instances régionales et nationales du CFCM étaient aux abonnés absents.

Ultime humiliation : dans l'affaire des caricatures danoises, le CFCM a été incapable de saisir la justice, à la suite d'une erreur de procédure que n'aurait pas commise un avocat débutant... Toutes les énergies de l'instance représentative du culte musulman sont dépensées dans la gestion de ses querelles intestines.

Pour comprendre les blocages actuels, il faut revenir à la genèse de cette institution. C'est Jean-Pierre Chevènement, ministre de l'intérieur, qui a lancé l'initiative d'une consultation sur l'islam de France, en octobre 1999. Dès l'origine, le choix a été fait de prendre en compte toutes les sensibilités religieuses, y compris celles considérées comme "fondamentalistes". C'est ainsi que l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et le Tabligh ont été invités, comme les autres, "à la table de la République", pour reprendre une formule de M. Chevènement. L'Istichara ("la consultation") comptait donc sept fédérations, cinq grandes mosquées et six personnalités qualifiées (la plupart proches du soufisme).

En réalité, il faudrait distinguer trois blocs, motivés par des logiques sensiblement différentes. Il y a d'abord un bloc idéologique, préoccupé par la défense d'un islam orthodoxe (principalement structuré autour de l'UOIF) ; puis le bloc des fédérations nationales, motivé par la défense des intérêts liés aux Etats d'origine (Algérie, Maroc, Turquie) ; et enfin le groupe des modernistes (parmi lesquels le médiatique Soheib Bencheikh). Ce dernier ensemble souffre d'un déficit d'organisation et d'une très faible représentativité. Les grands absents sont les musulmans de la deuxième génération, dont beaucoup se reconnaissent dans Tariq Ramadan.

Jean-Pierre Chevènement souhaitait que le conseil représentatif soit constitué de "structures plutôt souples, point trop différentes peut-être de celles de la Fédération protestante". Ce n'est pas cette voie qui a été finalement suivie par les partenaires musulmans. L'accord-cadre, adopté en mai 2001, mettait en place un système de représentation calqué peu ou prou sur une logique consistoriale, à la manière de l'organisation du culte juif. La gestion du culte est confiée à des responsables laïques (des notables), gestionnaires de lieux de culte et employeurs du clergé (imams et oulémas).

La structure est pyramidale, fondée sur un système d'élections à partir des mosquées. Les représentants des lieux de culte élisent des conseils régionaux et le conseil d'administration du CFCM selon un scrutin de liste à la proportionnelle. La logique est transparente et démocratique.

Devenu ministre de l'intérieur en mai 2002, Nicolas Sarkozy va infléchir cette dynamique, dans un souci d'efficacité. Il va s'appuyer principalement sur la "bande des quatre" : les quatre grandes fédérations que sont l'UOIF, la Mosquée de Paris, liée à Alger, la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), marocaine, et le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF), lié à Ankara. Les présidents des fédérations émettent-ils des réticences ? Le ministère prend contact directement avec les ambassades. Cette logique va trouver son aboutissement dans l'accord dit "de Nainville-les-Roches", par lequel les grandes fédérations se répartissent les postes-clés au bureau du CFCM, avant même que les élections aient eu lieu. L'Elysée a imposé que Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, soit le président de la future instance. Son rôle n'est pas de représenter les musulmans, mais de rassurer les Français non musulmans en leur présentant le visage d'un islam modéré.

LES LIMITES D'UN COMPROMIS
Lors des deux élections successives - en avril 2003 et en juin 2005 -, les logiques nationales fonctionnent à plein. Les consulats usent de pressions pour obliger leurs ressortissants à voter pour des listes à forte coloration nationale. C'est donc très logiquement la FNMF qui arrive en tête, les mosquées de France étant majoritairement fréquentées par les Marocains, moins nombreux mais plus religieux que les Algériens. La FNMF n'en demeure pas moins une coquille vide, un rassemblement hétéroclite de mosquées indépendantes, certaines modérées, d'autres fondamentalistes, voire salafistes, n'ayant en commun que l'origine marocaine de leurs dirigeants. Mais le Maroc est content et Dalil Boubakeur a sauvé sa place de président.

Cette logique aberrante, bâtie sur un compromis et non sur une majorité, est en train de montrer ses limites. La baudruche FNMF a éclaté. Son président, Mohamed Bechari, est lâché par Rabat et contesté par une majorité d'élus FNMF au conseil d'administration du CFCM. Toute sa stratégie consiste désormais à empêcher la tenue du conseil d'administration, dans lequel il se sait minoritaire. Il a reçu l'appui inattendu de Dalil Boubakeur et de l'UOIF. Le premier cherche à affaiblir les Marocains en les divisant. L'UOIF entretient une rancoeur tenace contre Abdellah Boussouf, rival de M. Bechari à la FNMF. La politique s'en mêle aussi. Dalil Boubakeur, inconditionnel de Jacques Chirac, ne manque pas une occasion de savonner la planche au ministre de l'intérieur.

L'avenir du CFCM est provisoirement suspendu aux décisions d'un administrateur provisoire, nommé à la tête de la FNMF. On est très loin de "l'islam à la française" prêché par les ministres de l'intérieur successifs. L'organisation du culte musulman en France rappelle étrangement la politique de certains Etats occidentaux dans le monde arabe : soutenir la démocratie, à condition que le résultat des urnes corresponde à leurs voeux.

Xavier Ternisien
© Le Monde

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MONSTER MET EN AVANT LES RECRUTEURS 'PRO DIVERSITÉ' (France)

par CLAIRE HEITZ

10/05/2006 - Le service emploi Monster.fr a ouvert un site dédié à la lutte contre la discrimination à l'embauche, http://diversité.monster.fr. Il se traduit d'abord par la mise en avant des recruteurs qui ont des démarches en ce sens. Le site leur propose d'apposer le logo « Pro-diversité » à leurs offres d'emploi. Cette mention marque le fait qu'ils s'engagent à respecter la législation anti-discrimination, à justifier leur refus d'embauche aux candidats et accueillir une enquête semestrielle diligentée par le ministère délégué à la promotion à l'égalité des chance pour valider que leurs actions sont en cohérence avec leur discours.

Parallèlement Monster a mis en place des alertes pour que ses conseillers soient prévenus et suppriment toute offre d'emploi comportant des mentions discriminatoires (critères d'origine, de sexe, de moeurs, de situation familiale, etc), en le signalant au recruteur concerné. Il applique les principes édictés par la charte Net-Emploi initiée par l'Anpe.

Il affirme enfin qu'il dénoncera à la Halde (haute autorité pour la lutte contre les discriminations et pour l'égalité) toute entreprise n'ayant pas modifié ses pratiques après deux avertissements. « Il en va de notre responsabilité pénale », explique Patrick Pedersen, directeur des opérations Europe du Sud, faisant référence aux dispositifs législatifs récents qui prévoient des sanctions pour discrimination à l'embauche.

Cette initiative s'inscrit dans la droite ligne de la collaboration de Monster avec le Ministère délégué à la promotion à l'égalité des chance pour la mise au point de son portail de la diversité et de l'emploi (www.diversite-emploi.com) Monster a apporté sa plateforme technologique et son audience à cette opération. Elle s'inscrit aussi dans la lignée de son partenariat avec l'Adapt (Association pour la réinsertion sociale et professionnelle des personnes handicapées) destinée à favoriser l'embauche des handicapés, via Monster Handicap.

Ces démarches ont le mérite d'informer les entreprises sur le problème de la discrimination. Certaines déplorent toutefois qu'elles puissent conduire à l'excès inverse et favoriser un autre type de différentiation, la discrimination positive. Elles sont enfin limitées puisqu'elles concernent essentiellement « les candidats qui rencontrent des difficultés à trouver un emploi, du fait de leur nom, de leur adresse ou de leurs origines", selon les propos du ministre Azouz Begag, délégué à la promotion de l'égalité des chances. Ce qui exclut le problème de la discrimination anti-seniors, pourtant très prégnant sur le marché du travail. Monster affirme toutefois qu'il projette de s'atteler au traitement de cette question.

D'autres acteurs du recrutement en ligne travaillent sur ce sujet notamment les 16 membres de l'APPEI (association des professionnels pour la promotion de l'emploi sur Internet), dont certains sont aussi signataires de la Charte Net-Emploi. Ils ont d'ailleurs déplorés de ne pas être associés à la création du portail diversité et emploi du Ministère.
Globalement, on peut regretter que des chantiers relevant de l'intérêt collectif ne soient pas menés de façon collégiale avec la majorité des acteurs concernés.
© Le Monde Informatique

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'SI ON OCCULTE L’HISTOIRE, ELLE RESURGIT AVEC UNE VIOLENCE INOUÏE' (France)

10/05/2006 - Députée PRG de Guyane, Christiane Taubira est à l’origine de la loi qui désigne l’esclavage et la traite comme des crimes contre l’humanité.

La loi qui porte votre nom reconnaît la traite négrière et l’esclavage com-me un crime contre l’humanité. Elle a été votée le 10 mai 2001. Pour la première fois, cette année, une commémoration officielle aura lieu. Cette loi a été un combat difficile...
Christiane Taubira. J’ai déposé le texte en juin 1998. La première lecture à l’Assemblée nationale a eu lieu le 19 février 1999. Les difficultés ont commencé au Sénat qui a presque démoli le texte. Mais les députés l’ont rétabli assez rapidement pour la deuxième lecture. Le calendrier n’a donc rien d’exceptionnel. En revanche, j’ai dû affronter des questions extrêmement douloureuses. J’ai découvert cette histoire, adolescente, toute seule. Cela faisait vingt ans que je la parcourais. Je pensais avoir fait la paix avec elle. Mais, pour être à la hauteur du texte, de l’enjeu, je m’y suis replongée à corps perdu en lisant pratiquement tout ce qui avait été écrit de sérieux sur le sujet. Et pendant plusieurs mois, j’ai été complètement lacérée, concassée à l’intérieur. Mais je me disais : ce n’est pas ton histoire à toi toute seule donc il faut mener cela à bien.

Le traumatisme de l’esclavage ne s’est pas atténué avec les générations. Les très jeunes montrent au contraire une extrême sensibilité. Comment l’expliquez-vous ?
Christiane Taubira. Ce sont les dégâts du silence. Les générations portent une charge de moins en moins lourde lorsque la transmission se fait. Si on occulte l’histoire, elle resurgit avec une violence inouïe. Un système qui organise la capture d’hommes, leur entrave, leur commerce, est monstrueux. Et non seulement remontent des phrases de mépris, des choses intériorisées qui vous déchirent, mais tout d’un coup vous avez les clefs, vous comprenez que l’explication est dans l’histoire et le déni de l’histoire. La génération d’aujourd’hui est celle qui est confrontée à cette sortie de l’histoire, elle le vit intensément, douloureusement.

Quels sont les premiers effets de la loi ?
Christiane Taubira. J’ai entendu de la part de personnes de tous âges des paroles du genre : « J’ai retrouvé ma dignité, lorsque je vais dans les administrations, je suis maintenant sûre de moi. » Ou même : « Je peux prendre des initiatives, j’ai des projets. » Alors que beaucoup étaient persuadés que la République française ne reconnaîtrait jamais le crime contre l’humanité, leur scepticisme est tombé. Et le débat sur la réparation s’est apaisé parce que cet acte a été vécu comme une réparation symbolique essentielle. Pour ma part, j’ai toujours refusé toute idée d’indemnité financière. Il n’y a pas un prix pour la souffrance de mes ancêtres, simplement j’exige des politiques publiques de réparation parce qu’on a installé des injustices qui se reproduisent, on a construit des mécanismes d’inégalité, exclu des populations entières. Aujourd’hui, une parole officielle et solennelle dit : vous venez de cette histoire, elle est reconnue, assumée et on va essayer d’en tirer les conséquences. Mais cela n’est pas encore gagné concrètement.

Que reste-t-il donc à faire ?
Christiane Taubira. L’essentiel, c’est les programmes scolaires. Il faut que cette histoire soit enseignée, non pas pour dire que les Blancs, les Français, les Anglais étaient monstrueux. Mais pour expliquer que pendant quatre siècles et demi, la prospérité de sociétés entières s’est organisée sur le commerce d’êtres humains. Parce que la traite européenne a eu lieu au moment de la montée du capitalisme, et si elle a été systématisée c’est que celui-ci avait besoin de régularité dans les débouchés, les marchés, les approvisionnements. Quand vous avez quinze ou seize ans, que vous ne comprenez pas le programme scolaire - la Mésopotamie, Vercingétorix... - personne ne vous explique que ce ne sont pas vos repères. Et un jour, vous tombez sur un bouquin qui vous dit d’où vous venez. Je me souviens de ce que j’ai ressenti quand, complètement par hasard, je suis tombée sur cette histoire. Je ne veux cette expérience pour aucun gamin au monde, quels que soient sa couleur, sa culture, son pays. Les intellectuels qui contestent la nécessité de cet enseignement ne réalisent pas qu’ils font courir un danger colossal à la société française. Le monde est interconnecté, ce qu’on n’apprendra pas en France, on l’apprendra sur des sites Internet créés par n’importe qui.

Où en est ce nouveau combat ?
Christiane Taubira. Il est difficile. Une refonte des programmes a eu lieu en 2003, or cette loi qui date de 2001 n’a pas été prise en considération. Le décret d’application du Conseil d’État a été tardif. La mise en place du comité pour la mémoire de l’esclavage a pris presque trois ans. Mais, à partir de cette année, la commémoration va s’inscrire dans le calendrier officiel. Ce 10 mai, de très nombreuses initiatives sont annoncées. Certaines villes m’invitent tout en précisant qu’elles n’ont pas participé à la traite négrière... Je vais y aller pour leur dire : vous n’étiez pas un port négrier, mais en France où la traite a duré deux siècles et demi, toute l’économie a forcément été impliquée, jusque dans les territoires les plus profonds. Les chantiers navals, le textile, le petit artisanat de la pacotille embarquée sur les bateaux y étaient directement liés. C’est une bataille pédagogique et politique au sens le plus noble du terme. La cohésion nationale, la perception de l’identité nationale, les chances d’inclusion de catégories de la population sont liées à cet enseignement. Lorsque cette histoire entrera dans les programmes scolaires, beaucoup de tensions tomberont. De nombreux enseignants prennent déjà des initiatives très intéressantes. Il faut créer les conditions d’un échange d’expérience, d’un partage.

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem
© L'Humanité

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A PARIS, LA CÉRÉMONIE N'ABOLIT PAS LA DISCRIMINATION (France)

Inquiets du projet de loi sur l'immigration, certains Noirs s'indignent du double discours politique
par Gilles WALLON


10/05/2006 - Le message semble être passé. Par la télé ou par les amis, ces Noirs de France, interrogés dans les rues de Paris, ont tous «entendu parler» de la journée de commémoration d'aujourd'hui. Mais ils l'apprécient à des degrés divers. Il y a ceux pour qui l'instauration d'une date officielle est un «soulagement». Ceux qui la vivent comme la réparation d'un «oubli» trop long. Il y a surtout ceux qui, malgré leur satisfaction, demeurent sceptiques. Face à des discriminations «en recrudescence», face à une intégration «qui stagne», que peut bien valoir cette reconnaissance officielle, accordée de surcroît par un gouvernement «hypocrite» ?

Satisfaction polie
«Les Noirs que nous sommes, on a une histoire. On sait que la discrimination raciale existe, c'est bien que cette journée puisse le rappeler.» Quand on lui parle de la première journée de commémoration officielle, Lamy, 20 ans, résident du Xe arrondissement, fait preuve d'une satisfaction polie. Le jeune homme n'ira pas manifester pour autant : «Je serai content, symboliquement. Mais au quotidien, je ne me sens pas victime de discriminations ou quoi que ce soit. Parce que je suis jeune, je suis intégré.» Nadia, juriste de 30 ans, n'est «pas convaincue» : «Rien de spécial n'a été organisé, la date ne veut rien dire.» Marianne, elle, commence plutôt par se réjouir: «La traite négrière a été occultée depuis trop longtemps. Chirac fait un pas en avant, enfin !» Mais son sourire ne dure pas. «Dommage que Sarkozy n'en fasse pas autant.»

A l'heure où son projet de loi sur l'immigration choisie est débattu à l'Assemblée, le ministre de l'Intérieur surgit souvent dans la conversation, comme le symbole d'un double discours gouvernemental. «D'un côté, il y a la reconnaissance de la souffrance des Noirs, de l'autre, il y a Sarkozy, constate Mathieu, Angolais, en France depuis 1979. Notre statut de Noir n'évolue pas.» «La politique d'immigration zéro existe déjà depuis longtemps. Je ne sais pas ce qui lui prend, à Sarkozy, avec cette nouvelle loi», déclare Claudy, 47 ans, en recherche d'emploi. Il veut créer un problème noir, alors qu'il n'y en a pas.» Depuis quelques années, cette Caribéenne d'origine pense être victime d'un racisme «au quotidien», pour l'embauche comme pour la recherche d'un logement. Une situation nouvelle pour cette Française : «Ce n'était pas comme ça pendant mon enfance.» Dans ce contexte, elle n'est pas sûre que cette journée de commémoration, «qui existait déjà avec un jour férié dans les territoires d'outre-Mer», soit très pertinente. «En France, on ne donne toujours pas la chance aux Noirs de devenir docteurs ou avocats.» Franck, 28 ans, pense la même chose : «J'ai bac + 5 en communication et je ne suis qu'assistant commercial, c'est à cause de ma couleur de peau, j'en suis sûr. Alors quand j'entends dire : "La France, aimez-la ou quittez-la"...» Le duo Chirac-Sarkozy est encore au centre du discours de Makha, manutentionnaire de 30 ans : «C'est bientôt les élections, alors, après ce qu'ils ont fait aux Noirs, ils veulent leur donner quelque chose, équilibrer la balance.»

«Plus discret.»
Il y a aussi le terme de «commémoration», qui gêne parfois. «Il faut reconnaître ses erreurs, mais l'esclavagisme en France n'est pas terminé pour autant», lâche Mathieu avec un sourire amer. «L'esclavage persiste, il est simplement plus discret qu'autrefois», pense une jeune femme qui attend son bus. Cette reconnaissance officielle, elle ne s'en soucie pas vraiment. «C'est bien, mais qu'est-ce que ça va changer ? Le mal est déjà fait.»

© Libération

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JACQUES CHIRAC INVITE À COMBATTRE TOUTES LES FORMES D'ESCLAVAGE (France)

par Elizabeth Pineau

10/05/2006 - Le président Jacques Chirac a salué le souvenir des victimes de la traite négrière et de ceux qui permirent son abolition, invitant les Français à regarder leur passé "en face" et à lutter contre "toutes les formes modernes de l'esclavage".

"Regarder tout notre passé en face, c'est une des clés de notre cohésion nationale", a déclaré le chef de l'Etat dans les jardins du Luxembourg, à l'occasion de la première journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage.

"Nous devons regarder ce passé sans concession, mais aussi sans rougir. Car la République est née avec le combat contre l'esclavage", a dit le président, pour qui cette journée du souvenir, première du genre, n'est pas un aboutissement mais "un début".

"Face à l'infamie de l'esclavage, la France a été au rendez-vous", a dit le président. "Ce combat, elle continuera à le mener, pour la mémoire et contre toutes les formes modernes de l'esclavage. C'est sa vocation, c'est sa grandeur".

Au-delà de l'hommage rendu "à ces millions de victimes anonymes" de l'"infamie" esclavagiste, Jacques Chirac a salué la diversité française, "ferment d'unité" qui "fait notre force et dont nous pouvons être fiers". Il a dénoncé les discriminations et le racisme, qui sont "la négation de tout ce que nous sommes" et "font perdre la foi républicaine à ceux qui en sont victimes".

"Pour vaincre les préjugés, il faut lutter contre l'ignorance et l'oubli", a-t-il ajouté dans son message prononcé sur une estrade installée en plein air, après que l'acteur Jacques Martial eut interprété avec fougue une oeuvre du poète martiniquais Aimé Césaire.

"LES PULSIONS DE VIE SONT LES PLUS FORTES"
Le président de la République était entouré du Premier ministre Dominique de Villepin, du ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, du ministre de l'Outre-mer François Baroin et des présidents des deux assemblées.

De nombreux élus et personnalités de l'outre-mer étaient également présents. Parmi eux, les sportifs Lilian Thuram et Marie-José Perec, et Joseph N'Diaye, conservateur de la Maison des esclaves de l'île de Gorée, au Sénégal.

L'esclavage en France et dans ses colonies a été définitivement aboli le 27 avril 1848.

La date du 10 mai choisie pour "la journée commémorative en métropole du souvenir de l'esclavage et de son abolition" rappelle l'adoption par le parlement français, en 2001, de la loi Taubira" reconnaissant la traite et l'esclavage comme un crime contre l'Humanité.

"Il était essentiel d'être là, de se souvenir des millions de victimes mais aussi des millions de femmes, d'hommes, qui se sont révoltés, qui ont rusé, qui ont inventé, qui ont créé, qui ont montré que l'ont pouvait survivre à cela", a dit à Reuters Christiane Taubira.

"Les pulsions de vie sont les plus fortes et nous sommes là, avec tous ces héritages-là", a ajouté la députée de Guyane.

S'il a jugé Jacques Chirac "plutôt digne et sincère dans ses motivations", l'humoriste Dieudonné a trouvé pour sa part la cérémonie "chiche, digne d'une finale d'un tournoi de pétanque".

Parmi les anonymes, une dame chapeautée ayant "du sang d'esclaves mais aussi normand" dans les veines a jugé "important d'être là". "On pensait qu'on nous avait oubliés. Cette journée nous fait très plaisir, c'est une petite reconnaissance".

Une stèle commémorative, pour lequel un concours est ouvert, sera érigée dans le carré du parc du Luxembourg où Jacques Chirac a inauguré mercredi l'exposition "La Forêt des Mânes", oeuvre de l'artiste guadeloupéenne Léa de Saint-Julien composée de grandes photographies disposées sous des arcades de bambous.

Des manifestations sont prévues toute la journée dans toute la France, où des textes sur l'esclavage seront lus dans les écoles.

A Paris, un hommage sera rendu au Panthéon à des personnalités anti-esclavagistes : Toussaint Louverture, le commandant Delgrès et le député de Martinique et de Guadeloupe Victor Schoelcher, initiateur du décret d'abolition.

Des cérémonies sont aussi prévues en région, notamment à Bordeaux et Nantes, hauts lieux de la traite négrière occidentale, qui dura du XVIe jusqu'au milieu du XIXe siècle.
© Le Monde

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10 MAI : LE CRAN REGRETTE 'LA DIVISION PARTOUT' (France)

Alors que la commémoration, pour la 1e fois en France, de l'abolition de l'esclavage, doit avoir lieu mercredi, le Cran critique son organisation.

09/05/2006 - Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) déplore qu'à l'occasion de la commémoration, pour la première fois en France, de l'abolition de l'esclavage, il n'y ait pas, mercredi 10 mai, d'"événement fédérateur et d'envergure", et que règne "partout" la "division". Le président de la République, indique un texte du Cran, "ayant affirmé, le 30 janvier, que la France allait désormais se souvenir des esclaves et commémorer l'abolition de l'esclavage, aurait pu veiller à ce que la date retenue, le 10 mai, donne lieu à des célébrations historiques (....). Il n'en est rien". Pour le Cran, le 10 mai, "devait réunir dans une même mémoire 'les descendants d'esclaves' et tous les autres Français". "On pouvait imaginer que des cérémonies pourraient donner à la nation l'occasion de regarder enfin son histoire en face pour mieux construire l'avenir ensemble".

"Division partout"
Dans le texte, le Cran revient sur la "grande manifestation culturelle" place de la Bastille à Paris, en collaboration avec la Ligue des droits de l'homme, la Ligue de l'enseignement, SOS Racisme et Trace TV, qu'il avait voulu organiser.

"Il s'agissait d'une grande action culturelle et pédagogique pour fêter l'abolition et pour informer le grand public". Le projet, ajoute le Conseil, ayant reçu des avis très favorables du Comité pour la mémoire de l'esclavage et de Christiane Taubira, avait été présenté à l'Elysée, à Matignon et au ministère de la Culture, puis "validé par Matignon le 25 avril et finalement refusé par le premier ministre le 29 avril". "Dans ces conditions, conclut le texte contresigné par le président du Cran Patrick Lozès et par son porte-parole Louis-Georges Tin, tout a conduit au scénario que nous voulions éviter pour les cérémonies du 10 mai: les associations d'un côté, les officiels de l'autre, la division partout". "On peut se réjouir de quelques initiatives (...) mais on peut aussi regretter qu'il n'y ait pas eu d'événement fédérateur et d'envergure".
© Le Nouvel Observateur

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MÉMORIAL LYONNAIS DES MASSACRES 8 MAI 45 DE SÉTIF (France)

Intervention de Sabiha AHMINE au Tata Sénégalais à Chasselay, où elle a déposé une gerbe de fleur à la mémoire des victimes du massacre colonialiste de Sétif en Algérie
Par Dr Sabiha AHMINE


09/05/2006 - Nous sommes rassemblé ici, en ce haut lieu symbolique de notre mémoire commune, qui est le Tata Sénégalais, pour donner sens à cette cérémonie de commémoration républicaine du 61ème anniversaire de la victoire des Alliés contre la barbarie nazie, contre ses ghettos de la mort, son apartheid raciste. Donner du sens pour ne pas oublier, pour ne pas exclure et pour rendre hommage à tous ces soldats d’Afrique et d’Outre-mer, à leur famille qui se sont battus comme des lions pour défendre la France est en lui même la défense de nos valeurs républicaines, universalistes. En effet, c’est avec dignité et respect que cette commémoration citoyenne et républicaine de la victoire des alliés sur la barbarie Nazie, prend une nouvelle demande de reconnaissance et un hommage citoyen à la mémoire de tous ces étrangers morts pour la France, sans oublier leurs familles, qui ont été des fois les victimes des massacres coloniaux, à Sétif, au Sénégal ou à Madagascar.... Une demande de reconnaissance, fondée sur une démarche préventive et dynamique de paix, qui vise avant tout à construire une mémoire républicaine partagée en toute Humanité.

Avec la participation des membres du Conseil des Résidents Etrangers Lyonnais (CREL) avec l’ensemble des associations africaines, maghrébines, comme celles de défense des Droits de l’Homme, nous sommes rassembler ici pour donner une dimension éthique à l’action citoyenne en respectant l’autre dans sa différence, dans sa couleur, son origine, dans sa croyance, dans son orientation sexuelle, dans ses apports ou dans sa mémoire, et cela en pleine égalité et reconnaissance citoyenne et Républicaine. En effet, la barbarie avec ses corollaires l’apartheid et le colonialisme, sont des situations, des systèmes archaïques du passé, ce sont des mots antisociaux à bannir définitivement de notre dictionnaire. Il est temps de les remplacer par nos valeurs républicaines, universalistes d’égalité, de liberté, solidarité et fraternité. C’est pourquoi, pour la 4e année consécutive, la Ville de Lyon à travers la délégation des Droits des Citoyens, rend un hommage particulier, et sans discrimination, à tous ces soldats d’Afrique et d’Outres-mer, qui se sont battus pour défendre la France et dont l’apport est souvent oublié, dénaturé, méprisé voir humilié.

Renforcer ainsi notre mémoire commune, va contribuer à éclairer nos institutions, épauler notre demande de reconnaissance et libérer notre jeunesse d’un passé, d’un fardeau indigeste, celui des tentatives obscures de certaines manipulations qui visent à diviser les citoyens, par la négation de l’autres, dans son passé ou dans son présent. Désormais, avec la société civile, nous voulons que la célébration de la victoire des alliés contre le nazisme, soit aussi une occasion pour rendre un hommage citoyen à la mémoire de tous ces étrangers morts pour la France, sans oublier les victimes des massacres coloniaux.... En effet, l’apport de ces soldats issus des ex-colonies est souvent oublié, dénaturé, voire humilié. Les nazis ont même voulu nuire à la réputation de ces soldats courageux, en créant de toutes pièces, des mensonges les accusant à tort d’exactions. L’oubli planifié, programmé, organisé et entretenu a causé ensuite leur deuxième mort, celle de nos mémoires.

Si la date du 8 mai nous rappelle les sacrifices que nos anciens ont consenti sur la voie de la Paix, pour que nous puissions vivre dans la concorde et pour dire aujourd’hui « plus jamais ça ». Avec la capitulation des nazis, cette date reste un très grand moment d’émotion, de joie, cette date nous rappelle surtout les massacres coloniaux de Sétif, Guelma en Algérie, et combien d’autres ailleurs : au Sénégal, Madagascar.... Par devoir républicain, universaliste et humaniste, il est vital aujourd’hui de n’exclure personne, et de ne laisser aucun être humain à la marge. C’est par la négation de la mémoire que commencent toutes les autres formes de discriminations barbares. C’est pourquoi il est important de réhabiliter la mémoire du 8 mai 1945 dans son ensemble : à Sétif comme à Lyon. Sans distinction de peau, de couleurs, de lieux, de nationalités ou de croyances. Aujourd’hui, si nous demandons reconnaissance pour tous ces combattants de la liberté qui ont libéré la France, et à qui on a refusé la liberté ensuite, c’est pour affranchir notre jeunesse et l’ensemble de la société d’un passé colonial indigeste.

Cette reconnaissance est salutaire pour les 600 000 soldats étrangers (Africains, Spahis, Goumier, Tabors marocains, des Zouaves algériens, Tunisien, soldats des territoires français de l’Inde, d’Indochine, des territoires français du Pacifique, des soldats Malgaches et d‘Afrique noire), qui ont été directement engagés, pour la liberté, sur tous les fronts (en France, les Balkans, l’Italie). Ils ont donné le meilleur des sacrifices pour la Nation : près de 57 000 d’entre eux tués, plus de 14 000 portés disparus et 80 000 morts de maladies ou décimés par la rigueur du climat d’hiver. Aujourd’hui, cette reconnaissance peut nous aider à libérer notre mémoire citoyenne, qui est toujours otage d’un passé désuet que certains veulent entretenir, à l’exemple de l’article 4 de la loi du 23 février 2005, comme une nouvelle forme de racisme.

C’est pourquoi, il est urgent d’en finir avec cette schizophrénie ambiante, pour construire la citoyenneté, la concorde entre les deux rives de la méditerranée comme dans nos quartiers. Nous avons besoin d’intensifier les liens entre tous les républicains, démocrates et progressistes pour faire avancer cette reconnaissance, sur la base de nos valeurs d’égalité, de solidarité et de liberté. Des valeurs dont les sacrifices de nos anciens nous ont permis des avancées fondamentales dans les domaines des droits, des acquis sociaux ou dans la construction d’une citoyenneté commune pour tous. C’est dans ce sens qu’il faut présenter notre initiative courageuse d’ériger au cœur de la ville de Lyon le Mémorial du Génocide Arménien : Car « en reconnaissant les erreurs et les crimes du passé, on ne s’abaisse pas, mais on se grandit. »

C’est pourquoi, et il faut toujours le rappeler, que c’est à la demande de notre société civile, dont fait parti le collectif Reconnaissance, que nous avons décidé que le Mémorial du Génocide Arménien puisse être aussi le Mémorial de la défense des Droits de l’Homme, du Souvenir, mais aussi de la prévention de tous les génocides, le souvenir de tous les crimes contre l’Humanité. C’est cela notre démarche. Et c’est aussi notre conviction...Car nous voulons aussi un Mémorial Lyonnais pour commémorer les massacres de Sétif. Je viens de participer avec une délégation lyonnaise à un important voyage de coopération à Sétif en Algérie. L’ensemble des participants des deux rives de la méditerrané sont convaincus d’une chose : pour mieux réussir la coopération aujourd’hui, il faut permettre le meilleur à notre jeunesse, sans mépris des « étrangers », sans repli égoïste et absurde, et sans négationnisme.

Ainsi, seule une prise en compte républicaine de toute cette mémoire est capable de contrer le discours démagogique, nihiliste, que sèment tous les charlatans de la guerre des cultures. Un discours qui sème la haine, les divisions et empêche notre jeunesse de s’approprier l’espace public.

Dr Sabiha AHMINE, Adjointe au Maire de Lyon Chargée des droits des citoyens, Conseillère Régionale, Président du CREL et du CHRD
© Sétif Info

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L’UOIF ET SES FONDAMENTAUX (France)

Le congrès de l’Union des organisations islamiques de France, qui a ressemblé 100 000 personnes ce week-end au Bourget, s’est achevé hier

09/05/206 - Port du voile, discrimination, mauvaise image de l’islam... Les sujets abordés ce week-end par le congrès de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) - l’une des principales fédérations de mosquées en France au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM) - ont fait une large place aux difficultés des musulmans à vivre leur religion au quotidien.

« Les embûches sont multiples », a considéré en ouverture des débats, vendredi, Lhaj Thami Breze, président de l’UOIF, en évoquant un environnement législatif « pas adapté » à la deuxième religion de France. Ainsi, la loi de mars 2004 sur les signes ostensibles à l’école serait interprétée « abusivement » par nombre de chefs d’établissement qui n’auraient pour seul dessein que d’« aggraver la souffrance des filles musulmanes, leur interdire toute tenue vestimentaire qui leur déplairait », a-t-il lancé, sans nuance. Quant à l’islamophobie, elle est jugée « préoccupante », propos « aberrants » de Philippe de Villiers à l’appui. « Ce qui nous inquiète, a déclaré Lhaj Thami Breze, c’est la facilité avec laquelle les médias les reprennent. Personne ne l’oserait avec d’autres religions. »

Si plusieurs intervenants ont appelé à la construction de davantage de mosquées dans les villes de province, il n’est « pas question » de poser les musulmans « en victimes », a affirmé le président de l’UOIF, qui les a invités à « adapter leur pratique au maximum, avec plus de responsabilisation et moins de victimisation, pour éviter les zones de confrontation et de friction avec la société ».

« L’objectif, c’est la réussite, et nous devons être de bons citoyens et des citoyens actifs », a poursuivi Hassan Iquioussen, président d’honneur des Jeunes musulmans de France (JMF), applaudi par une assistance très sage, où une majorité des femmes portaient le foulard. Car l’UOIF, situé dans la mouvance des Frères musulmans, demeure le chantre d’un islam traditionnel. En témoigne l’intervention d’Hani Ramadan, frère aîné de Tariq Ramadan et directeur du Centre islamique de Genève, et petit fils du fondateur des Frères musulmans, qui n’a pas craint d’affirmer que, pour les femmes, « se couvrir » était « une obligation qui venait de la révélation divine ». Le même avait fait scandale en 2002 en défendant l’application de la charia et la lapidation des femmes adultères.

Cyrille Poy
© L'Humanité

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LE FN CONSERVE UN NET AVANTAGE SUR LE MPF (France)

Le Front national demeure largement au-dessus du Mouvement pour la France dans les enquêtes d'opinion, malgré l'arrivée de «frontistes» dans la formation de Philippe de Villiers. Par Olivier Pognon

08/05/2006 - LES RALLIEMENTS seraient-ils trompeurs ? Bien qu'il ait vu venir à lui un certain nombre de déçus du lepénisme, Philippe de Villiers ne paraît pas à même pour le moment de rivaliser avec Jean-Marie Le Pen sur le plan électoral.

Les sondages indiquent que le FN et son président conservent leur électorat et leur audience. Ils ont même nettement tendance à améliorer leur position à cet égard. Selon le baromètre TNS-Sofres pour le Figaro Magazine paru samedi, Jean-Marie Le Pen est une des trois personnalités politiques (avec Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy) à voir sa cote de popularité progresser depuis deux mois. La proportion des personnes déclarant lui faire confiance est passée de 14% en mars à 18% en mai. Quant aux intentions de vote à l'élection présidentielle, elles se situent actuellement entre 10% et 14% pour Jean-Marie Le Pen, alors qu'elles sont de 4% environ pour Philippe de Villiers. Marine Le Pen ne manque pas de souligner qu'un an avant l'élection présidentielle de 2002, les intentions de vote pour son père tournaient autour des 8%.

Pourtant, depuis quelques mois, Philippe de Villiers a réussi à attirer au MPF un certain nombre de personnalités du Front national : Jacques Bompard, le maire d'Orange, la seule personnalité du FN à avoir réussi à se faire élire au scrutin majoritaire, qui préside désormais la fédération MPF du Vaucluse ; Gérard Freulet, ancienne locomotive électorale du FN en Alsace, passé au MNR, et qui a récemment rejoint le MPF pour organiser la fédération du Haut-Rhin ; Damien Bariller, ancien directeur de cabinet de Bruno Mégret, arrivé au MPF tout dernièrement. Sans compter Guillaume Peltier, ancien responsable du FNJ (Front national de la jeunesse), qui a rejoint Philippe de Villiers en 2001 et est devenu son bras droit comme secrétaire général.

Villiers veut représenter «le patriotisme populaire»
Alors que le MPF engrangeait ainsi les adhésions, Philippe de Villiers radicalisait son discours. Depuis le référendum européen, qui l'a vu jouer un rôle central dans la promotion du non de droite, le président du MPF, conseillé par son nouveau secrétaire général, n'a eu de cesse de développer des positions de plus en plus voisines de celles que défend traditionnellement le FN. Reprenant à son compte, lors de la crise des cités de novembre dernier, le slogan «la France aimez-la ou quittez-la», se déclarant le héraut du «patriotisme populaire», ne ratant pas une occasion de pourfendre «l'islamisation progressive de la société française», se voulant le candidat de la «rupture» face au «dépôt de bilan du consortium UMPS». Bref, le MPF et son président se sont attachés à séduire l'électorat du Front national et ne s'en cachent pas.

Mais cela ne paraît donc pas avoir entamé le moins du monde l'audience du FN et de son président. Un autre sondage Ifop effectué les 6 et 7 avril est d'ailleurs encourageant pour Jean-Marie Le Pen : près de 48% des personnes interrogées considèrent que «c'est Jean-Marie Le Pen qui représente le mieux l'extrême droite» (appellation que récuse il est vrai le FN comme le MPF), 24% estimant que c'est Philippe de Villiers. Et plus d'un tiers des Français (35%) pensent que l'extrême droite «enrichit le débat politique» et «est proche de leurs préoccupations».

Bref, si les secousses qu'a connues récemment la France (émeutes dans les banlieues à l'automne 2005, crise du CPE en mars dernier, forfaits des casseurs qui ont accompagné les manifestations, crimes «barbares», affaire Clearstream, etc.) profitent certes à la droite de la droite, c'est surtout au FN et à son président qu'elles paraissent le plus bénéficier.

Les facteurs qui pourraient les affaiblir n'ont, semble-t-il, pas de véritable impact. On cite souvent l'âge de Jean-Marie Le Pen (78 ans), censé être un handicap pour sa candidature. On remarque les tensions provoquées depuis quatre ans dans le mouvement par la montée en puissance de Marine Le Pen et la situation de concurrence objective où elle se trouve avec Bruno Gollnisch. On souligne les critiques que suscite au sein du mouvement le mode de direction de Jean-Marie Le Pen, critiques qui ont justement provoqué le départ de quelques cadres chez Philippe de Villiers. On note aussi que les prises de position de Marine Le Pen, cherchant à amender la doctrine du mouvement afin de le «dédiaboliser», outre qu'elles heurtent une bonne partie des cadres du FN, risquent de désorienter l'électorat. Ne s'est-elle pas dite récemment «très émue par la discrimination à l'embauche qui touche les Français issus de l'immigration et qu'il faut appeler des Français» ?

Or, tout cela ne paraît pas troubler le moins du monde l'électorat du FN. C'est déjà l'âge de Jean-Marie Le Pen qui avait poussé Bruno Mégret à organiser sa scission, dans l'espoir de précipiter à son profit une succession qui tardait. Comme c'est la perspective de cette succession qui provoque les actuelles tensions internes au sein du mouvement, et la volonté de Philippe de Villiers d'investir un espace politique qu'il estime bientôt en déshérence.

«Sur le terrain des attitudes anti-système, Le Pen a de l'avance»
L'électorat du FN reste pour le moment fidèle à Le Pen. Pour Pascal Perrineau, directeur du Cevipof (centre de recherche politique de Sciences po), «sur le terrain des attitudes anti-système, Le Pen a quelques longueurs d'avance. Sa carrière passée, son style provocateur, son extériorité par rapport aux systèmes d'alliance, son hostilité à la «culture de gouvernement» le rendent davantage crédible sur ce créneau que Philippe de Villiers», lequel «incarnant un profil beaucoup plus classique d'élites caractéristiques de la Ve République, ne campe pas de la même manière que Le Pen au coeur de la protestation politique». Aussi, estime le professeur à l'IEP, «les citoyens les plus attirés par les logiques de diabolisation et les plus inquiets devant les risques de dissolution identitaire restent très séduits par le discours lepéniste».

Bref, tout se passe comme si pour cet électorat, autant que ce que dit Le Pen, compte la façon dont il le dit. Et comme si sa longue antériorité lui conférait une légitimité que les autres n'ont pas.
© Le Figaro

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LES DISCRIMINATIONS AU COEUR DU CONGRÈS DE L'UOIF (France)

La rencontre annuelle de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui s'est tenue au Parc des expositions du Bourget (Seine-Saint-Denis), du vendredi 5 au lundi 8 mai, était empreinte, cette année, d'une tonalité politique, à un an de l'élection présidentielle.

08/05/2006 - Cette manifestation, qui est le plus grand rassemblement de musulmans français, a accueilli deux députés UMP, Christine Boutin et Eric Raoult. La politique était présente dès les abords du parc : les partisans de Rachid Nekkaz, président du "club des élus Allez France" et candidat de 34 ans à l'élection présidentielle, distribuaient des tracts devant des affiches portant ce slogan : "Tu es victime de discrimination ? Inscris-toi ou t'es mort !"

Le thème des discriminations est un sujet porteur, puisqu'il revenait régulièrement dans la bouche des personnalités présentes. A commencer par l'humoriste Dieudonné, qui s'est livré, samedi 6, à un tour des stands de l'espace commercial.

Une quinzaine de personnes l'entouraient en permanence, principalement des adolescents, qui prenaient des photographies à l'aide de leurs téléphones portables. "J'ai beaucoup d'amis parmi les musulmans, déclarait-il pour justifier sa présence. Je suis contre toute forme de discrimination. Il faut arrêter de stigmatiser les musulmans."

L'humoriste était notamment accompagné par un imam des Ulis (Essonne), Abdelhakim Sefrioui, qui fait partie de son équipe de campagne. "On s'est rencontré sur la question de la Palestine", expliquait celui-ci. Les critiques violentes contre les religions, dont Dieudonné émaille ses sketches, ne semblent pas le choquer. "C'est seulement de la dérision, estime M. Sefriaoui. Quand il se moquait de Jean Paul II, personne n'était choqué. Tout le monde lui est tombé dessus quand il a caricaturé un colon sioniste !"

Pour sa part, El Hadji Babou Biteye, président de l'association Etudiants musulmans de France (EMF), liée à l'UOIF, affirme qu'il ne votera pas Dieudonné : "Il faut éviter de tomber dans la passion. Les jeunes musulmans ont dépassé l'étape d'un vote communautaire en faveur d'une personnalité qui prétend les représenter. Leurs préoccupations sont celles de toute la société française."

AUCUN ÉLU SOCIALISTE
Le député Eric Raoult a pris la parole devant les invités à la réception organisée par l'équipe dirigeante de l'UOIF. "Je suis fier d'être membre d'un parti dont le fondateur a dit non à la guerre en Irak !", a-t-il lancé sous les applaudissements. Le Conseil français du culte musulman, Napoléon en a rêvé, Sarkozy l'a fait ! Nos élus ne disent pas non aux mosquées, mais ils aident les musulmans à trouver des solutions."

Puis est venu le tour de Christine Boutin, qui a eu le privilège de s'exprimer à la tribune, devant un auditoire de plusieurs centaines de personnes.

Elle a commencé par afficher ses opinions religieuses : "Je suis une responsable politique qui croit en Dieu comme vous. Je n'ai pas voté la loi sur le voile. (Applaudissements.) Le débat sur le voile recouvrait un autre débat, qui consistait à stigmatiser la religion musulmane, ce qui est inacceptable. Mais la loi a été votée, elle s'impose à tous."

Aucun élu socialiste n'a participé à la rencontre de l'UOIF. Ahmed El Mcherfi, adjoint au maire UMP de Reims (Marne) et ancien responsable local de l'association Jeunes musulmans de France (JMF), s'en est pris à la tribune à Fadela Amara, présidente de Ni putes ni soumises, "qui prétend représenter les quartiers, alors qu'elle n'y met jamais les pieds".

Pour l'instant, les voix des musulmans ne paraissent acquises à aucun camp. " Si l'on me demandait aujourd'hui pour qui je vais voter, je ne saurais pas répondre", avance Farid Abdelkrim, ancien président de JMF. Son actuel président, Abdelwaheb Bakli, considère que "les musulmans voteront utile. Avant, ils avaient tendance à voter systématiquement à gauche. Aujourd'hui, je serais plus nuancé".

L'UOIF donnera-t-elle des consignes de vote ? Son vice-président, Fouad Alaoui, répond que "c'est prématuré". "Je peux affirmer une seule chose : notre congrès de 2007 se tiendra avant la présidentielle." Puis il conclut par l'une de ses formules favorites : "Le temps joue pour nous."

Xavier Ternisien
© Le Monde

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A PERPIGNAN, LES GITANS SONT TOUJOURS SUR LEURS GARDES (France)

Par Pascale Sauvage

08/05/2006 - Les Gitans ont abandonné leur quartier une fois. Le temps de mettre à l'abri leurs femmes et leurs enfants. «Mais nous ne partirons pas une deuxième fois», avertit François Baptiste, figure de la place du Puig à Perpignan. Près d'un an après les émeutes qui ont mis la ville à sac, ils voudraient croire que leur fief, le quartier Saint-Jacques, est redevenu comme avant. Un quartier où, pendant des décennies, Gitans et Arabes ont vécu ensemble, dans un dédale de ruelles escarpées aux façades décrépites. Etre «de Saint-Jacques» comptait alors plus, vis-à-vis de l'extérieur, qu'être gitan ou arabe. «C'est cette complicité qui est perdue, pour toujours. J'avais des amies maghrébines, je ne leur parle plus. Je n'aurais jamais pensé qu'elles puissent participer à ça», poursuit Senta, la soeur de François Baptiste, qui oeuvre à la scolarisation, si difficile, des petits Gitans.

«Ça», c'est ce que les hommes appellent ouvertement «la guerre». Plusieurs jours durant, à la suite du meurtre d'un Maghrébin par un petit groupe de Gitans, le quartier Saint-Jacques a été pris d'assaut par des centaines de jeunes d'origine maghrébine, de Perpignan et d'ailleurs, à coups de pierres et de cris de vengeance. Apeurés dans un premier temps, les Gitans ont réagi, mal réagi, se livrant eux aussi à des dégradations dans la ville.

Aujourd'hui, la peur est encore là. Et les événements continuent d'être commentés quotidiennement par des Gitans qui se sentent, une fois encore, victimes de l'incompréhension des «Payos», les non-Gitans, les étrangers, les autres. Certes, certains des leurs ont tué. Mais pourquoi n'a-t-on pas dit plus fort qu'il s'agissait avant tout d'une rixe entre dealers ? Et que si les Gitans ont frappé, c'est que l'un d'entre eux, aussi peu recommandable soit-il, venait d'avoir la joue découpée au couteau, presque détachée du reste du visage. «Son frère a vu rouge, c'est le mot exact. Mais en aucun cas les Gitans n'ont prémédité le meurtre d'un Arabe et n'ont imaginé se lancer dans un affrontement entre communautés», déplorent les plus loquaces de la place du Puig, quartier général d'une population qui refuse qu'on parle d'elle comme d'une communauté.

Le résultat est là, palpable : un mur invisible sépare la rue Llucia, enfilade de petits commerces arabes, des rues adjacentes habitées par les familles gitanes. Quand les habitants se croisent, ils évitent de se regarder.

Distantes d'une centaine de mètres seulement, la place du Puig, où une ancienne caserne abrite exclusivement des Gitans, et la place Cassanyes, siège du marché arabe, symbolisent le face- à-face, désormais installé dans les esprits, entre deux populations qui avouent aujourd'hui «ne pas s'aimer».

«Ce sont les Maghrébins arrivés en France après les années 60 qui ont changé l'atmosphère du quartier», affirme Djamel, qui tient l'épicerie-snack de la place du Puig, un des rares endroits où se côtoient encore Gitans et Arabes. Et pour cause. Djamel, 50 ans, est fils d'une Gitane et d'un Arabe. Il tient de son père son prénom, son physique typé et son ardeur au travail. De sa mère, Carmen, tout le reste. «A mon père, elle lui a fait manger du cochon et parler gitan.» Un de ses vieux clients maghrébins se mêle de la conversation : «Les Gitans et nous, c'est la même race. Ce sont des Egyptiens. Egyptiens, Arabes, c'est pareil», veut-il croire, visiblement désolé de cette cohabitation devenue hostile.

Une croyance fondée sur l'histoire mystérieuse de ce peuple errant, venu des confins de l'Inde et arrivé en Espagne au XVe siècle, via une région de Grèce qu'on appelait alors Petite Egypte. Les «Egiptanos» sont devenus les «Gitanos» catalans, Gitans du côté français des Pyrénées où ils se sont sédentarisés juste après la Révolution. D'abord dans les faubourgs de Perpignan, où se tenait le marché aux bestiaux, puis, vers 1820, au coeur de la ville, au pied de l'église Saint-Jacques.

«Nous sommes français depuis longtemps», insistent les Gitans, conscients que leur langage et leur mode de vie font parfois perdre de vue cette réalité au reste de la population perpignanaise. Hormis quelques travailleurs sociaux, infirmières ou policiers, rares sont les Perpignanais qui s'aventurent régulièrement dans le dédale des ruelles gitanes. Où des voitures restent stationnées plusieurs heures au milieu de la chaussée ; où les poubelles semblent ne pas exister ; où des piscines gonflables, l'été, chauffent au soleil. «C'est difficile de vivre à côté d'eux», soupire un couple d'avocats qui savait pourtant où il mettait les pieds en achetant une maison ancienne dans le secteur sauvegardé. Guitares nocturnes, disputes stridentes, ordures balancées par la fenêtre, enfants dépenaillés nourris au Coca-cola... «En même temps, ils ont l'air tellement heureux de vivre qu'on n'a pas envie de leur faire des histoires», admet l'avocate, partagée entre ras-le-bol et bienveillance envers ces voisins encombrants.

Les Gitans agacent. De tout temps, leur imprévoyance et leur incapacité culturelle à se soumettre aux contraintes économiques du commun des Français les ont marginalisés. «Tu donnes une bouteille d'eau à un Gitan qui doit traverser le désert, une heure après il a bu toute la bouteille et l'a jetée au vent, sans se soucier de la suite», résume Dominique, la femme de Djamel. Le maître mot des Gitans, celui qui les guide et les rassure, c'est «Yababé !». A la fois «Prends la vie comme elle vient, tout va bien, laisse aller, il n'y a rien de grave.»

Cette façon de vivre explique que, les jours où tombent le RMI, les allocations de parent isolé ou les allocations familiales, les plantureuses Gitanes qui pleurent misère auprès des services sociaux partent faire leurs courses en taxi dans les centres commerciaux de la ville, dépensant très vite l'essentiel de leurs subsides.

«Tu ne gaspilles même pas !» se lancent à la figure les enfants quand ils se disputent, habitués à obtenir ce qu'ils veulent de leurs parents dès qu'il s'agit de manger et de s'amuser. Les occupations traditionnelles des Gitans d'antan – entretien des chevaux, tonte des bêtes sur les marchés, tannage des peaux – ayant disparu, ils n'ont vu aucun inconvénient à profiter de l'Etat providence, tout en résistant à toutes les politiques d'intégration et d'assimilation mises en oeuvre par la République jusqu'à ces dernières années.

«On aurait dû leur proposer des formations dans leurs cordes au lieu de distribuer des aides sans contrepartie», constate Dominique qui, en plus d'aider son mari place du Puig, assiste l'adjoint au maire de Perpignan chargé des relations avec les Gitans, Henri Carbonell. Lequel reconnaît la dérive «clientéliste» de la municipalité envers les Gitans ces dernières décennies, quand les élus ne se posaient pas encore de questions sur les effets pervers de telles pratiques.

Les émeutes de l'année dernière ont révélé les limites du système dans un quartier qui, historiquement, a toujours été celui des «exclus». Juifs, Gitans et aujourd'hui, une population d'origine maghrébine qui elle aussi souffre du chômage et de la discrimination comme partout en France. Et qui trouve qu'«on en fait beaucoup pour les Gitans».

Avec le recul et à la lumière de l'embrasement des banlieues de l'hiver, la flambée de violence perpignanaise est ressentie comme un passage à l'acte des «Arabes», en quête de reconnaissance économique et sociale. A la différence qu'ici, cette revendication, attisée par des considérations politico-religieuses, a émergé contre les Gitans avant de se retourner contre les «Français de souche», incarnés par les artères commerçantes du centre ville.

Cette particularité n'a pas échappé au Front national, qui a tenté un rapprochement avec les Gitans, réputés acquis au sénateur-maire UMP Jean-Paul Alduy. Les Gitans votent, et ils le font en fonction de critères assez simples. Ils n'ignorent pas le sort réservé à leurs cousins tsiganes par les nazis, «mais ce qui compte, ce n'est pas ce qui s'est passé il y a 50 ans, mais qui va nous protéger maintenant», affirme «Nounours», fils de «Cow-boy» – le surnom est une tradition gitane.

Car les Gitans ont tout simplement peur de ne plus être chez eux dans une cité où ils vivent depuis plus de deux cents ans, à Saint-Jacques mais aussi au Haut-Verney, en périphérie de la ville. Et aujourd'hui, ils se demandent tout haut comment «un quartier français – le leur – a pu être pris en otage par des gens venus d'un autre pays». Les tee-shirts aux couleurs de l'Algérie portés par certains émeutiers les ont affolés, tous comme les véhicules venus d'autres départements (Hérault, Bouches-du-Rhône) «pendant la guerre» ont marqué les esprits.

Sur leurs gardes, les Gitans de Perpignan avouent se préparer au pire, à revivre ces nuits de terreur pendant lesquelles les enfants hurlaient et les femmes pleuraient. Nounours, adulé par le quartier pour avoir fait face physiquement aux menaces, redoute qu'un incident mal interprété, une simple cavalcade dans la rue, ne mette le feu aux poudres. Déterminés à se défendre, les Gitans ont acheté à prix d'or des armes à leurs cousins manouches... Avec les quelques amis et voisins arabes qu'il a gardés après les événements, Nounours a fondé une association, les Temps forts de Saint-Jacques : une douzaine de têtes sensées doublées de bras musclés capables de désamorcer les contentieux de rue, fréquents dans un quartier où la drogue circule à ciel ouvert. Lui comme son ami Hassan Malek, commerçant rue Llucia, espèrent que la mairie sera convaincue de l'efficacité de ce système et finira par rétribuer ces «médiateurs» autodésignés, reconnus et respectés dans leurs quartiers respectifs, à la différence du personnel municipal, assez impuissant quand surgit la violence. «Tant qu'on est là, au café ou dans nos boutiques, il ne se passe rien. Mais si un jour, une heure, aucun de nous n'est là pour tenir les gens d'en bas («en bas», c'est là où circule la drogue), tout peut recommencer», redoute Hassan.

Cette association, tout comme le film tourné par des jeunes du quartier, en majorité d'origine maghrébine, sur le «ghetto» de Saint-Jacques, sont des lueurs d'espoir sur la capacité à y rétablir une coexistence pacifique. «Habiter Saint-Jacques, c'est mal vu, pour les Gitans comme pour nous», résument Brahim, Mohammed et Benjamin, qui ont présenté leur film, intitulé Pas de cerise, plein de ghettos au festival de Mantes-la-Jolie au mois d'avril. «En fait ni les Gitans ni les Arabes ne sont un problème. Le seul vrai problème du quartier, ce sont les petits drogués. S'il était réglé, le reste serait facile», conclut Hassan. Nounours, en pur gitan, emploie d'autres mots. «La mort, elle nous attend tous, mais tant qu'on peut vivre, c'est mieux.» Et les Gitans de Perpignan ne peuvent vivre nulle part ailleurs. Tous ceux qui avaient fui au plus fort des émeutes de mai 2005 sont revenus.
© Le Figaro

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LES INDIGÈNES EN MARCHE (France)

08/05/2006 - Ce 8 mai 2006 à partir de 14h, Place de la République, à Paris, aura lieue la marche des Indigènes de la République, luttant ainsi contre « le racisme et l'ensemble des discriminations ethniques, culturelles et religieuses dons sont victimes les populations issus de l'immigration postcoloniale ».

Les Indigènes
Crée le 17 janvier 2005 lors de l'appel public des « indigènes de la république », des milliers de personnes se sont, semble t il, rassemblées autour de ce terme et de ces idées passant ainsi, « du rôle d'accusés, constamment suspects de « délinquance », d'« islamisme », d'« antisémitisme », de « sexisme », de « communautarisme » et autres monstruosités liées à nos prétendus atavismes culturels, au rôle d'accusateurs. Nous avons dévoilé l'hypocrisie républicaine qui parle d'égalité et d'universalisme alors qu'elle reproduit la ségrégation et le racisme. Nous avons dévoilé l'hypocrisie d'un certain « anti-racisme » qui, à l'instar des appendices du PS, SOS-Racisme et Ni Putes Ni Soumises, se contente de regretter la permanence de représentations racistes sans contester le système qui les produit et les discriminations sociales, culturelles et politiques qu'elles impliquent. »

Depuis novembre 2005 et « grâce surtout à la révolte des quartiers populaires, les questions soulevées dans l'Appel sont aujourd'hui au coeur du débat politique. »

Rencontre annuelle
C'est donc le 8 mai de chaque année, que les Indigènes de la République ont lancé leur marche contestataire. Cette date est doublement représentative. D'une part elle est celle de l'armistice signée avec l'Allemagne nazi en 1945, mais elle est surtout pour les Indigènes de la République le souvenir d'un tragique massacre en Algérie. Le 8 mai 1945, au même moment où la France signe l'armistice avec l'Allemagne nazi, les populations du Constantinois, à Sétif et Guelma, en Algérie, se révoltent et manifestent pour leur indépendance. L'une des répressions les plus sanglantes de l'histoire coloniale française se déroule alors. Aujourd'hui, les débats continuent sur le nombre de victimes, allant de 1 500 à 45 000 morts. C'est ainsi que les Indigènes de la République veulent commémorer ce massacre et dénoncer la politique post coloniale de la France.

Cette année, la lutte s'accentue autour de la nouvelle loi sur « les conditions d'entrée et de séjour des étrangers qui transforme les sans papiers en esclaves de patrons sans scrupules », ce 8 mai symbolisera donc un hommage à « Toussaint Louverture, héros de la lutte contre l'esclavage. »

Sadri Khiari signataire de l'appel des Indigènes de la république et auteur d'un ouvrage intitulé « Pour une politique de la racaille » déclarait à saphirnews.com : « [...] je reste inquiet pour l'avenir car l'offensive raciste et colonial de la droite est telle que résister y sera difficile. Le rapport de force est trop défavorable. »
© SaphirNews

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ESCLAVAGE : LES PORTS SE SOUVIENNENT (France)

Nantes, Bordeaux, La Rochelle, Le Havre face à la première commémoration de l'abolition.

05/05/2006 - Aujourd'hui, dans les ports français qui bâtirent une partie de leur fortune sur la traite des esclaves, vivent des Noirs. A l'échelle nationale, ces communautés ont fini par obtenir du président de la République qu'on « honore le souvenir des esclaves et commémore l'abolition de l'esclavage » le 10 mai, pour la première fois cette année. Elles font aussi pression depuis plus ou moins longtemps et avec plus ou moins d'intensité sur les maires pour que les villes les plus directement concernées se penchent officiellement sur cette grosse tache qui marque leur histoire. Logique. Certains Antillais y sont particulièrement attentifs en tant que descendants d'esclaves. Toujours logique. « Certains Africains, eux, ne savent pas très bien s'ils ne sont pas descendants de négriers », précise Denis Tillinac. En effet, quand les navires européens arrivaient sur les côtes d'Afrique pour échanger leurs marchandises « de traite », étoffes, fusils anglais, alcools, métaux, quincaillerie, contre la cargaison humaine qu'ils iraient vendre aux Antilles ou à la Réunion avant de revenir en France chargés de sucre ou autres denrées tropicales, ils troquaient avec des « fournisseurs » locaux.

Le quatuor de la traite
Si l'écrivain et éditeur Tillinac est savant sur ce thème, c'est parce qu'il doit remettre le 10 mai au maire de Bordeaux le rapport de la commission qui travaille sous sa présidence depuis plusieurs mois. Tillinac n'est pas bordelais, mais il a d'autres références. Il a été étudiant dans cette ville où il se faisait même traiter de « négrier » par un copain sénégalais, preuve que la mémoire n'a jamais été totalement enfouie. Et puis il aime l'Afrique, c'est bien connu, et il aime Chirac « qui était député de son village, ami de son père ». Alors quand Hugues Martin, le successeur d'Alain Juppé à la mairie, a eu besoin d'une personnalité pour diriger cette commission, il a accepté.

Si l'on s'en tient aux quatre villes qui formèrent, d'après l'historien Eric Saugera, le « quatuor majeur de la traite française », c'est Nantes, premier port négrier et de loin, qui, logiquement, commença la première à fouiller son passé sous la pression d'une association dirigée par un Martiniquais, Octave Cestor, aujourd'hui adjoint au maire à l'occasion du passage de la ville à gauche en 1989. Point fort symbolique : une exposition, « Les Anneaux de la mémoire », qui fut visitée par 400.000 personnes en 1994. La réaction fut plus tardive à Bordeaux, où pourtant la proportion de population noire est, dit-on, particulièrement importante aujourd'hui à cause notamment des relations privilégiées de la ville avec l'Afrique pendant toute la période coloniale. Coup de semonce : les 3,7 % raflés au premier tour des dernières municipales par la liste de Karfa Diallo, Français originaire du Sénégal et activiste en chef de cette revendication mémorielle dans la ville. A La Rochelle, où la proportion de Noirs dans la population semble très inférieure, c'est l'ancien maire Michel Crépeau, radical de gauche, qui a pris assez tôt, dit-on aujourd'hui, l'initiative de mettre en lumière cet aspect du passé de la ville dans le musée du Nouveau Monde, un des plus visités. Au Havre, où la pression commence seulement à monter, la mairie, dirigée par Antoine Rufenacht (UMP), a préféré pour le moment s'intéresser à l'histoire de l'immigration qui va bientôt donner lieu à l'ouverture d'un musée à Paris.

« Malaise mémoriel »
Le bon équilibre n'est évidemment pas facile à trouver pour les maires entre une minorité « mal dans sa peau » et une majorité de la population qui, deux cents ans après, « au mieux s'en fout, au pire risque d'être agacée », comme le résume Tillinac avant d'ajouter, pour insister sur le nombre d'années et de générations qui nous séparent des évènements : « si on me disait qu'un de mes ancêtres a été un grand gangster au XVIIIe siècle cela m'amuserait plutôt ».

Pour autant Tillinac ne nie pas du tout la nécessité de cette psychanalyse du passé. Il évoque, en particulier pour les Antillais, « une vraie difficulté de vivre » qui mérite qu'on fasse quelque chose. A Nantes, Octave Cestor lui fait écho en disant que sa motivation c'est d'« aider ses compatriotes à se libérer mentalement de cette oppression ». Au Havre, Marc Migraine, conseilleur municipal UDF, arrive à la même intuition par d'autres voies. Lui organise le 11 mai - la date est un hasard - une conférence-débat sur le thème «Etre noir et français » qu'il a eu envie de monter après la crise des banlieues. Il a le sentiment que le « public est le même, que les sujets se rejoignent et qu'une insuffisante réflexion sur l'histoire suscite les rancoeurs ».

Si on est d'accord sur l'intérêt de faire quelque chose, reste à savoir quoi. S'agit-il d'informer sur un passé occulté ou de manifester une « repentance ». A force de repentances, la France vit dans un vrai « malaise mémoriel », estime Tillinac. Oui, mais si on s'en tient à la connaissance, que ne sait-on pas et qu'il faudrait encore fouiller ? L'existence et le principe du « commerce triangulaire », beaucoup de Français en ont entendu parler à l'école. Pour ce qui concerne Bordeaux, Tillinac, dont la commission a, entre autres, passé en revue l'état des connaissances existantes, conteste l'idée qu'on ne saurait pas. A l'appui de sa thèse, on peut renvoyer au livre d'Eric Saugera qui fait référence. On y trouve, en annexe, la liste, exhaustive semble-t-il, de toutes les expéditions négrières bordelaises avec le nom du bateau, celui des armateurs et celui du capitaine ! Qui veut savoir peut savoir. Il n'en est sans doute pas de même dans des ports où l'armement pour la traite a été moins notoire. Au Havre, Marc Migraine estime que ce n'est pas une évidence. Elle ne l'est sans doute pas non plus à Honfleur, Saint-Malo ou dans d'autres ports français où l'on a, à un moment ou un autre, armé à la traite.

Que découvre-t-on en se plongeant ou en se replongeant dans les livres sur le sujet ? Le caractère non seulement officiel mais officiellement encouragé de cette activité pendant des décennies. Après une première période où on a tenté d'exploiter les possessions françaises aux Antilles avec des « engagés » français sous contrat de trois ans, le développement des grandes cultures et notamment de celle de la canne à sucre ont rendu « indispensable » l'apport massif d'une main-d'oeuvre servile (là où la canne ne s'est pas développée, par exemple dans l'archipel des Saintes, il n'y a pratiquement pas eu d'esclaves). L'Etat édicte en 1685 l'épouvantable « Code noir » qui fonde juridiquement la traite et l'esclavage dans les colonies. De plus, il encourage par des primes - âprement discutées - les armateurs à approvisionner les colons. Il mettra même un temps certain à réprimer sérieusement l'activité des négriers quand elle aura cessé d'être officielle. Il faudra attendre 1848 pour que l'esclavage soit définitivement et officiellement aboli partout.

Au titre des curiosités, on conseillera aussi dans le livre de Saugera la lecture du chapitre sur les Noirs en Guyenne. S'ils étaient destinés avant tout aux colonies, certains Noirs ou mulâtres arrivèrent quand même à Bordeaux : domestiques que des capitaines avaient acquis pour leur propre usage ou que des colons ramenaient à l'occasion de leur séjour en France, esclaves envoyés en « formation », cuisiniers par exemple, ou encore enfants destinés à amuser les dames quand il ne s'agissait pas des descendants des colons ou des capitaines. Bien que relativement peu nombreux, ces Noirs gênaient manifestement. Ils gênaient d'abord sur le plan juridique puisque, depuis un édit de 1315, tout esclave entrant sur le territoire français devenait libre ! Le Code noir ne s'appliquait que dans les colonies. Mais la gêne allait plus loin, engendrant tout un dispositif de police heureusement peu respecté qui, pendant un temps, obligeait le colon arrivant à Bordeaux à « déposer » son esclave dans une prison spéciale.

On touche là à un des aspects importants du débat sur l'esclavage et la colonisation. « C'est l'esclavage qui a fait basculer l'image du Noir dans celle du nègre, estime Tillinac. Un complexe de supériorité à leur égard est né du fait qu'ils étaient taillables et corvéables à merci. » Autrement dit, « l'esclavage a nourri le racisme », comme le disait le président de la République en recevant le 30 janvier le Comité pour la mémoire de l'esclavage, et cet effet n'est sans doute pas complètement effacé dans les têtes des Blancs deux siècles après.

Si une grande thérapie de groupe semble donc nécessaire, reste à savoir sur quels objets concrets elle peut s'appuyer. Regardez au musée de la Marine la célèbre vue du port de Bordeaux par Joseph Vernet, à qui Louis XV avait commandé de peindre « tous les ports de France ». Elle fourmille de détails passionnants pour les historiens de la marine. Mais aucun ne se rapporte évidemment à la traite, alors qu'en 1758, date du séjour de Vernet, elle est tout au plus mise en sommeil par la guerre de Sept Ans avec les Anglais. La ville était certainement pleine de complices, mais le « crime contre l'humanité » - qualification de l'esclavage par la France depuis la loi de 2001 - ne s'accomplissait pas là. C'était à des milliers de kilomètres de là qu'on anéantissait des individus au profit d'armateurs français.

Plaques, monuments, mémorial
Alors que faire ? A Nantes, on va aménager quelques salles sur le sujet dans le musée du Château des Ducs de Bretagne ; à La Rochelle, on peut voir quelques peintures, gravures, fers de pieds et autres fouets au musée du Nouveau Monde (une programmation spéciale avec conférences et films y est prévue le 10 mai) ; à Bordeaux, le musée d'Aquitaine propose également quelques rares pièces. Tout cela offre un support minimum, notamment pour les scolaires, cible évidente de ce genre d'actions. A Bordeaux toujours, Karfo Diallo et son association « Diverscité » ont astucieusement relevé le défi en imaginant un circuit touristique un peu particulier. Il passe notamment par le grand théâtre dont une partie du plafond du XVIIIe siècle représente des esclaves noirs, le fort du Hâ destiné à emprisonner ces fameux Noirs indésirables et, surtout, une quantité de rues portant des noms qui furent des noms de négriers. Faut-il inscrire « négrier » sur toutes ces plaques ? Denis Tillinac balaie l'idée de stigmatiser ainsi des familles dont les descendants ne sont pas responsables de leurs ancêtres et qui comportent certainement des gens très bien. Ainsi André-Daniel Laffon de Ladébat, fils de négrier, est-il connu pour son discours du 25 août 1888 « sur la nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies ». On s'est également rendu compte à la Rochelle qu'une rue que l'on croyait porter le nom d'un armateur négrier rendait en réalité hommage à l'un de ses descendants qui avait eu un rôle positif pour la ville.

Reste évidemment l'idée des plaques, monuments et autre mémorial. A la Rochelle, le 10 mai, l'actuel maire Maxime Bono va inaugurer une plaque devant le musée du Nouveau Monde. A Nantes, un considérable mémorial va être aménagé sur le quai de la Fosse, là où s'amarraient les bateaux, devant les maisons des armateurs. Les crédits sont votés et l'artiste choisi. A Bordeaux, la question est posée.

Mais si au fond la meilleure idée restait celle qui est déjà appliquée à Nantes ? Chaque année, depuis 1986, on jette des fleurs dans la Loire parce que, explique Octave Cestor avec beaucoup de poésie, « elle est le seul témoin, cette eau qui relie les continents et qui fut le tombeau de milliers d'Africains ». Mais il faudrait peut-être qu'il y ait plus de monde. De toutes les couleurs.

JEAN-CLAUDE HAZERA

Livres
« Bordeaux, port négrier », par Eric Saugera, Ed. Karthala.
« Les traites négrières. Essai d'histoire globale », par Olivier Pétré-Grenouillaud, Gallimard.

Sites Internet
Nantes: www.lesanneauxdelamemoire.com

Bordeaux: www.diverscites.org

La Rochelle: http://perso.wanadoo.fr/musees- la-rochelle/n-monde
© Les Echos

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LA STIB TOLÈRE-T-ELLE LE RACISME ? (Belgique)

Un climat délétère, sur fond de propos racistes, règne dans les rangs du personnel de la société de transport public.
Par FRANCIS DUBOIS


12/05/2006 - Nous sommes en 2004. Un membre du personnel de la Stib, d'origine marocaine, s'offusque des trois pages de blagues racistes qui circulent sur l'intranet de la société et stigmatisent la communauté musulmane. Il est carrément outré quand il surprend son chef de réseau en train de faire des photocopies du texte nauséabond. Le supérieur lui répond : « C'est sympa. Je vais les donner à ma femme qui pourra les faire circuler sur son lieu de travail ».

L'employé s'adresse à sa hiérarchie et contacte le Centre pour l'égalité des chances, qui adresse un courrier au directeur du service concerné et au directeur général Alain Flausch. Le caractère punissable par la loi de la diffusion de textes racistes y est rappelé. Bientôt, l'employé d'origine marocaine trouvera dans son casier un texte accompagné d'un tract explicite du Vlaams Blok : « Et vas (sic) te plaindre maintenant, fils de pute et porc ». L'affaire serait restée sans suite.

En janvier 2006, le chef de réseau amateur de photocopies s'adresse violemment à notre homme et à un collègue, d'origine maghrébine lui aussi : « C'est toujours la même chose avec vous, vous vous sentez toujours victimes et agressés. » Qui ça, vous ? « Vous les étrangers. » Il aurait ajouté : « Je ne suis qu'un raciste et tout le monde le sait. » Devant des témoins.

Une mise à pied de trois jours
Après plusieurs mails envoyés à sa hiérarchie mais laissés sans réponse, l'employé se voit adresser un « rapport de constatation » où il lui est reproché d'avoir discuté les ordres de son supérieur. Il est prié de se justifier. Le silence radio perdure jusqu'au jour où, deux mois après les faits, l'employé est enfin entendu. Le chef de réseau sera finalement sanctionné d'une mise à pied de trois jours.

Le personnel et plusieurs délégués syndicaux ne se satisfont pas de cette mesure, estimant que la hiérarchie est coupable d'avoir voulu étouffer l'affaire et d'avoir fait sauter un simple fusible pour désarmorcer la crise.

Une réunion qui s'est tenue mercredi 10 mai entre les personnes concernées n'a pas permis de dissiper le malaise. Le dossier a été transmis au Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (Mrax).

Syndicats et direction doivent se rencontrer ce vendredi pour débattre des 39 points de revendication brandis par le personnel lors de la grève spontanée du 10 avril. Le point 21 réclame que les propos « inconvenants » soient sanctionnés. Il serait considéré comme réglé par la direction... Le délégué du syndicat libéral CGSLB, Youssef Archich, prévient par ailleurs qu'une information sera adressée au personnel sur la plainte déposée auprès du Mrax, sur la requête faite aux permanents syndicaux d'examiner le dépôt d'un préavis de grève, sur le lancement d'une pétition et sur la volonté d'interpeller le politique.

Saisi de l'affaire, le président du Mrax Radouane Bouhlal tient pour sa part à rappeler deux choses aux responsables de la Stib : « Un : les faits de racisme ne doivent pas, par leur banalisation, devenir un mode de gestion du personnel. Deux : les populations d'origine étrangère forment une grande partie de leur clientèle et, à défaut de vouloir résoudre les faits allégués de racisme pour des raisons éthiques, il serait temps qu'ils s'en soucient pour des raisons commerciales... »
© Le Soir en ligne

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CRIMES RACISTES À ANVERS (Belgique)

12/5/2006 - Un homme de 18 ans, qui aurait des sympathies d’extrême droite, a mené jeudi matin un raid meurtrier dans les rues d’Anvers. Il a tué une femme africaine et un enfant dont elle avait la garde après avoir fait feu sur une femme turque qui a été grièvement blessée, a-t-on appris au parquet d’Anvers. L’homme a été appréhendé par la police qui a fait feu sur lui.

L’homme a tout d’abord tiré sur la femme turque dans la Kleine Goddaard avec une arme de gros calibre. La victime a été hospitalisée mais ses jours ne sont pas en danger. Il a ensuite poursuivi son « raid meurtrier à travers la ville », a ajouté le parquet. Dans la Zwartzusstraat, il a fait feu sur une femme africaine qui était avec une fillette blanche dont elle avait la garde. Les deux victimes sont mortes sur place.

Un policier, qui était par hasard dans les environs, a entendu plusieurs personnes parler d’un homme armé qui se déplaçait dans les environs. Le policier a localisé le tireur. Il lui a demandé à trois reprises de déposer son arme sur le sol. L’homme a refusé et a fait un mouvement suspect. Le policier a fait feu, le blessant au ventre. Le tireur a été hospitalisé sous bonne garde. Ses jours ne sont pas en danger. Dès que son état le permettra, il sera entendu par le juge d’instruction.

Cet homme, né en février 1988, n’était pas connu de la justice. »L’auteur avait des marques distinctives des skinheads. Il était porteur de signes faisant référence à l’extrême droite », a expliqué la porte-parole du parquet d’Anvers, Dominique Reyniers, sans vouloir détailler ces signes. Un témoin, contacté par Belga après avoir été entendu par la police, a expliqué que le tireur s’était faufilé entre lui et un ami avant de faire feu sur les deux victimes décédées.

Il a précisé qu’il n’y avait aucune raison apparente pour que l’homme fasse feu. Il l’a décrit comme un homme habillé de noir, avec de grosses bottines. Il avait des cheveux longs sur le sommet du crâne et rasés sur les côtés. Il a expliqué qu’après avoir fait feu, le tireur s’est tourné en direction de lui et de son ami et qu’ils ont sauté derrière le coin de la rue car ils pensaient que le tireur dirigeait son arme vers eux. Le policier est alors intervenu, a précisé ce témoin.
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aujourd’hui :
L’auteur des coups de feu mortels est le neveu de la députée d’extrême droite Frieda Van Themse, a-t-elle elle-même fait savoir jeudi soir. Selon elle, ces faits n’auraient rien à voir avec le Vlaams Belang. Gerolf Annemans a pour sa part estimé que les autres partis allaient profiter de cet évènement pour diaboliser le Vlaams Belang.

On a par ailleurs appris qu’une manifestation se tiendra dimanche à 12h sur la Grote Markt à Anvers. Elle est organisée à l’initiative de citoyens engagés dans l’association "Antwerpen aan ’t woord", qui regroupe également des acteurs sociaux, politiques et administratifs.
© Collectif Bellaciao

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LE RESPONSABLE DU RAID MEURTRIER TOUJOURS HOSPITALISÉ À ANVERS (Belgique)

12/5/2006 - Le jeune homme qui a tué deux personnes hier dans les rues d'Anvers est le neveu de la députée d'extrême droite Frieda Van Themse. Selon elle, ces faits n'auraient rien à voir avec le Vlaams Belang.

L'auteur des coups de feu meurtriers est âgé de 18 ans. L'homme a tout d'abord tiré sur une femme turque dans la Kleine Goddaard avec une arme de gros calibre. La dame âgée de 46 ans a été grièvement blessée mais ses jours fort heureusement ne sont pas menacés. Le forcené a ensuite poursuivi son raid à travers la ville. Il a fait feu sur une femme africaine qui était avec une fillette blanche âgée de deux ans dont elle avait la garde.

Les deux victimes sont mortes sur place. La police est intervenue. Elle a fait feu sur l'homme qui a été touché au ventre. Il a été hospitalisé sous bonne garde. Dès que son état le permettra, il sera entendu par le juge d'instruction. Le parquet d'Anvers hésite à parler de crimes racistes "L'auteur n'a pas encore été entendu. Il est donc prématuré de s'exprimer sur le mobiles du tueur", a expliqué Dominique Reyniers du parquet d'Anvers.

Cet homme, né en février 1988, n'était pas connu de la justice. "L'auteur avait des marques distinctives des skinheads. Il était porteur de signes faisant référence à l'extrême droite", a expliqué la porte-parole du parquet d'Anvers, Dominique Reyniers.
Un témoin a expliqué que le tireur s'était faufilé entre lui et un ami avant de faire feu sur les deux victimes décédées. Il a précisé qu'il n'y avait aucune raison apparente pour que l'homme fasse feu. Il l'a décrit comme un homme habillé de noir, avec de grosses bottines. Il avait des cheveux longs sur le sommet du crâne et rasés sur les côtés.

Les réactions se sont multipliées depuis hier. Le bourgmestre d'Anvers Patrick Janssens (sp.a) s'est dit profondément ému par cette violence aveugle et a lancé un appel au calme. "Il ne peut en aucun cas y avoir d'appels à la violence. Les familles des victimes méritent notre respect. Ces crimes ne doivent pas être le prétexte à d'autres incidents", a-t-il souligné.

Guy Verhofstadt s'est exprimé au nom du gouvernement. "Ces crimes horribles et lâches sont une forme de racisme extrême. Nul ne peut désormais ignorer ce à quoi l'extrême droite peut mener", a indiqué, le Premier ministre dans un communiqué. Il a lancé un appel à toutes les communautés de Belgique pour qu'elles réagissent avec précaution à ces crimes lâches. "Notre société ne peut tolérer de tels actes racistes et qui visent de surcroît, avec une lâcheté indescriptible, des enfants. Ces crimes doivent être condamnés et sanctionnés de manière exemplaire", déclare, Joëlle Milquet.

La Ligue arabe européenne (LAE), un mouvement radical a indiqué qu'elle étudiait d'éventuelles actions et initiatives après la "boucherie raciste".

Le Roi fera parvenir un message aux familles des trois victimes de l'agression raciste de la Zwartzusterstraat à Anvers, annoncé le Palais. qui précise que la position du souverain quant au racisme et à la violence est bien connue. Albert II l'a encore exprimée avec force dans son discours aux autorités du pays au mois de janvier.
© RTL Infos

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AUSCHWITZ : HOMMAGE AUX 25.000 JUIFS ET TZIGANES (Belgique)

08/05/2006 - Alors qu’on célèbre ce 8 mai 2006, le 61e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, un nouveau musée consacré aux déportés belges d'Auschwitz a été inauguré dimanche. Le pavillon a été entièrement rénové pour accueillir une exposition retraçant le parcours des 25.000 Juifs et Tziganes raflés en Belgique et déportés ensuite vers Auschwitz.

Auschwitz 1, bloc 20, deuxième étage. Le pavillon dit de la Belgique. Dans cette allée, toutes les nations qui ont souffert du nazisme ont reçu après guerre quelques dizaines de mètres carrés de bâtiment pour honorer leurs victimes juives et tziganes. Longtemps laissé en l'état et puis aménagé par des oeuvres du peintre et sculpteur belge Serge Creuze, le pavillon belge est à présent tout blanc, tout lumineux, avec une muséographie moderne.

26 portraits plus grands que nature mettent chacun un visage sur les 26 convois ferroviaires composés pour l'essentiel de 25.000 personnes regroupées à Bruxelles, raflées à Anvers, entre 1942 et 1944. Dans une autre salle, d'autres panneaux: la méthode nazie en 13 étapes, 13 ordonnances prises pendant l'occupation pour stigmatiser, isoler, identifier, étoiler et finalement capturer la moitié ou presque des 56.000 juifs recensés à l'époque.

On a donc rafraîchi au propre et au figuré la mémoire pour, a assuré Guy Verhofstadt, s'opposer au racisme, au fanatisme et il le dit au nationalisme.
© RTBF

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FOOTBALL ŒCUMÉNIQUE: PASTEURS CONTRE IMAMS AVEC DES ARBITRES JUIFS (Allemagne)

08/05/2006 - Pasteurs protestants contre imams musulmans, le tout dirigé par des arbitres juifs: dans ce genre de match hautement symbolique, le score final importe peu. Que ce soit 10 à 1 ou 0 à 0, à vrai dire, ils ont tous gagné.

Samedi à Berlin, huit imams et huit pasteurs, sous la houlette de trois arbitres juifs, ont disputé une partie de football œcuménique, à un peu plus d'un mois de l'ouverture de la Coupe du monde de football en Allemagne (9 juin-9 juillet) et avec comme mot d'ordre "Kickoff2006 - Coup d'envoi pour la croyance".

Et bien évidemment, l'important n'était pas de gagner, mais de participer, l'arbitre arrêtant même d'enregistrer les buts alors que l'équipe protestante menait 12 à 1 après 60 minutes de jeu.

Même la météo était de la partie, et c'est sous un soleil resplendissant, au son d'une cornemuse et des applaudissements, que les deux équipes ont joué, dans une ambiance très bon enfant.

"Nous sommes venus spontanément, sans préparation, comme ça, pour jouer. Ce genre de match nous permet d'apprendre à nous connaître et d'éviter les clichés qui fâchent", a dit Rad Wan Awad, imam de l'arrondissement de Neukölln.

Ce sont le Conseil œcuménique des églises et l'Eglise protestante de Berlin et du Brandebourg qui ont organisé ce match amical. Il a conclu de manière symbolique un débat organisé de samedi matin par l'ambassade britannique sur le thème "Football, intégration et racisme".

L'idée vient d'un membre de la communauté anglicane de Berlin, Christopher Jage-Bowler. Un match identique, entre pasteurs et imams, s'était déjà tenu à Lester, en Grande-Bretagne, en janvier dernier, cette fois remporté par l'équipe des imams, sur le score de 6 à 1.

"L'important, c'est que nous soyons tous réunis, membres des communautés musulmane, juive et protestante. En tant que musulmans, nous pensons que c'est important de respecter toutes les religions. C'est aussi ce que nous faisons dans le cadre de notre association", a expliqué Mohamad Ajami, de l'association Inssan, qui favorise l'action interculturelle. Pour le rendez-vous de l'an prochain, déjà conclu, Mohamad Ajami espère que les équipes de football seront mixtes.

"Nos adversaires sont devenus nos amis", a conclu le pasteur de la paroisse ouest-berlinoise de Wilmersdorf, Roland Herpich, essoufflé par les 90 minutes de jeu.
© La Croix

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BERLIN IMPOSE DES TESTS DE LANGUE AUX CANDIDATS À LA NATURALISATION (Allemagne)

06/05/2006 - Toute personne souhaitant obtenir la citoyenneté allemande devra désormais passer des tests destinés à mesurer ses connaissances sur les valeurs du pays et sur sa langue. Ainsi en ont décidé à l'unanimité, vendredi 5 mai, les ministres de l'intérieur des seize régions (Länder) d'Allemagne, compétents en la matière dans cet Etat fédéral.

Troubles dans des écoles composées en majorité d'élèves d'origine étrangère, crimes d'"honneur", incapacité de certains à parler l'allemand en dépit de longues années passées dans le pays, etc. : une série d'événements récents ou de constats ont incité la classe politique à s'emparer du sujet, parfois avec des accents de xénophobie à peine déguisée. Les Länder de la Hesse et du Bade-Wurtemberg, dirigés par la droite, ont pris les devants en introduisant, en début d'année, des tests - très pointus ou réservés aux ressortissants d'Etats musulmans - pour vérifier l'attachement des candidats à la citoyenneté aux "valeurs" allemandes.


UN DÉLAI RACCOURCI
Afin d'éviter, selon l'expression d'un député chrétien-démocrate, "un tourisme de la naturalisation" vers les Länder où la procédure serait la plus facile, les ministres régionaux de l'intérieur ont décidé d'agir de manière concertée. Les candidats à la naturalisation devront à l'avenir suivre des cours d'instruction civique, qu'ils financeront eux-mêmes et qui feront l'objet d'un examen final. Un engagement de loyauté à l'égard de l'Etat sera aussi demandé et un test de langue rendu obligatoire.

Pour récompenser les plus motivés, les candidats "bien intégrés" pourront obtenir la nationalité allemande au bout de six ans, contre huit ans actuellement. Une tentative pour combler le manque de main-d'oeuvre qualifiée qu'un programme de cartes de séjour spéciales, mis sur pied en 2001 à destination d'informaticiens non- européens, n'a pas réussi à résoudre.

L'accord de vendredi, qui devrait être avalisé par les gouvernements régionaux, est critiqué par la communauté turque, d'où proviennent de nombreux candidats au passeport allemand. Selon eux, ces tests risquent de ralentir le processus de naturalisation, déjà en perte de vitesse. En 2004, le total d'étrangers naturalisés représentait 127 000 personnes, soit un tiers de moins qu'en 2000.

Antoine Jacob
© Le Monde

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SALUT NAZI DEVANT LE CONGRÈS DE L'EXTRÊME DROITE À VIENNE (Autriche)

07/05/2006 - Un député a prononcé le salut nazi "Heil" à la fin d'une intervention devant le congrès du parti d'extrême droite FPÖ du Land de Vienne. Le chef du parti, Heinz-Christian Strache, interrogé par la presse, a ensuite justifié cet acte.

Le député Walter Sucher, membre de la Confédération estudiantine d'extrême droite Olympia, a salué les députés présents au congrès à l'issue de son intervention, en déclarant: "Je souhaite terminer mon allocution avec un salut qui est vraiment notre vieux salut (...). Je vous salue tous avec un fort 'Heil' pour l'avenir".

Les délégués ont applaudi après l'intervention de M. Sucher, qui a porté sur la défense de l'ethnie (Volkstum) allemande. Pendant la période nazie, le salut "Heil Hitler" était obligatoire, et parfois il était abrégé en "Heil".

M. Strache, chef du parti au niveau national et à Vienne, a ensuite pris la défense du délégué devant la presse autrichienne. A la question de savoir si M. Sucher avait fait allusion au nazisme, M. Strache a répondu non.

Il a aussi affirmé que ce salut était "de coutume dans l'ouest de l'Autriche", et n'avait rien à voir avec le salut nazi. Walter Sucher "a employé un salut qui est de coutume au Tyrol et au Vorarlberg", a-t-il dit. Il a ajouté que M. Sucher avait "utilisé ce salut en ce sens et pas autrement".
© SwissInfo

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DIX MILLE JEUNES AUTRICHIENS DÉPOSENT DES ROSES BLANCHES

Dix mille jeunes Autrichiens déposent des roses blanches devant les anciennes demeures des victimes du nazisme
Associated Press, VIENNE


05/05/2006 - Quelque 10.000 jeunes Autrichiens ont déposé vendredi à Vienne des roses blanches devant les anciens domiciles de victimes de l'Holocauste.

Les adolescents, essentiellement des lycéens, s'étaient rassemblés devant la cathédrale Saint-Stéphane avant de se disperser dans la capitale avec leurs bouquets de roses portant les noms de victimes de l'Holocauste. Des rescapés et des enseignants ont participé à la commémoration, en cette journée nationale du souvenir des victimes de violence, du racisme et du régime nazi, qui coïncidait avec le 61e anniversaire de la libération du camp de concentration de Mauthausen en Autriche.

La veille, quelque 80.000 roses blanches avaient été déposées pour créer un mémorial pour les victimes de l'Holocauste sur le parvis de Saint-Stéphane. Les noms des victimes avaient été projetés sur un écran blanc.

Le projet, baptisé "lettre aux étoiles", est né en 2003. Depuis, quelque 25.000 écoliers autrichiens ont participé à des recherches sur l'histoire des victimes ou rescapés autrichiens de l'Holocauste.

En Autriche, quelque 80.000 personnes, juifs, homosexuels ou tziganes, ont péri dans des camps de concentration.
© CyberPresse

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GRANDE-BRETAGNE: L'EXTRÊME DROITE A LE VENT EN POUPE

Par David Stringer, Canadian Press

05/05/2006 - Comme le reste de l'Europe mais avec retard, le Royaume-Uni semble devoir connaître à son tour une progression de l'extrême droite. Les élections municipales anglaises de jeudi ont en effet vu le British National Party (BNP) doubler le nombre de ses élus aux conseils municipaux. Ils n'étaient que 26 et seront désormais une cinquantaine sur un total, il est vrai, de 22.000 pour toute l'Angleterre.

Ce bond en avant, modeste en chiffres absolus, semble toutefois significatif. Dans les quartiers les plus pauvres d'Angleterre -le reste du Royaume-Uni n'étant pas appelé aux urnes-, le BNP a en effet enregistré des gains sans précédent.

Cette progression illustre le mécontentement de la classe ouvrière blanche qui se plaint de "ne plus être chez soi", et ne peut vivre dans d'autres quartiers devenus inabordables pour elle.

Dans son manifeste électoral l'an dernier, le BNP estimait que les "Britanniques de souche" devaient se voir accorder la priorité concernant les places dans les écoles, ainsi que pour le logement. Il veut aussi que l'Etat accorde une aide au retour pour les immigrés désireux de rentrer chez eux.

Les attentats de l'été dernier à Londres, commis par des Britanniques d'origine pakistanaise et qui avaient fait 52 morts dans les transports en commun, ont aussi clairement contribué à la progression de la droite extrême.

La ministre du Travail, Margaret Hodge, estime que les formations politiques classiques doivent rejeter "les valeurs exécrables du parti néo-nazi tout en écoutant très attentivement les préoccupations des gens". Mme Hodge est élue travailliste dans une circonscription londonienne où le BNP a raflé 11 sièges pour devenir la principale formation locale d'opposition.

Patrick Dunleavy, professeur à la London School of Economic, rappelle que "jusqu'à un quart des Britanniques disent ne pas exclure de voter pour le BNP. C'est le signe que la mainmise des deux grands partis (travailliste et conservateur) sur la politique britannique s'affaiblit."

Pendant longtemps, l'extrême droite britannique a été incarnée par des groupuscules néo-nazis. Ce ne semble plus être le cas aujourd'hui.

"Nous sommes une île déjà surpeuplée et les gens ont de vraies peurs concernant la rareté de ressources telles que l'énergie et l'eau. Ils conviennent que la Grande-Bretagne est réservée uniquement à la communauté blanche de souche", explique dans la banlieue londonienne de Becontree, Marie Hughes, une artiste septuagénaire qui n'a rien d'une nostalgique du fascisme. Selon elle, "un autre problème est la menace de la communauté islamique."

Le chef du BNP, Nick Griffin, est poursuivi pour incitation à la haine raciale après avoir eu des propos qualifiant l'islam de "foi malfaisante et méchante".
© La Presse Canadienne

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UN GREC CONDAMNÉ À LA PERPÉTUITÉ POUR AVOIR TUÉ UN SUPPORTEUR ALBANAIS

09/05/2006 - Une cour d'assises de Patras (sud-ouest) a condamné mardi à la prison à perpétuité un Grec qui avait tué à coups de couteau un Albanais qui fêtait la victoire de son pays contre la Grèce en match de qualifications au Mondial-2006 de football, le 4 septembre 2004 à Tirana.

La cour n'a accordé aucune circonstance atténuante à l'accusé, Panayotis Kladis, 22 ans, qui avait tué Gramous Paluci, 20 ans, dans le village de Tsilivi, sur l'île ionienne de Zante, a-t-on appris de source judiciaire.

Il a été condamné à la prison à perpétuité plus une peine de 15 ans de prison pour port d'arme, a ajouté la même source. En Grèce, les personnes condamnées à la prison à perpétuité purgent rarement plus de 25 ans de détention.

Il avait également blessé avec son couteau deux autres Albanais de 22 et 32 ans, qui fêtaient la victoire de l'Albanie contre la Grèce (2-1).

Le condamné a tout au long de son procès, qui a duré une semaine, affirmé qu'il était saoul au moment des faits et qu'il s'était défendu contre un groupe d'Albanais qui l'attaquait.

Pendant le procès des militants de groupes de gauche ont manifesté devant le tribunal pour réclamer la condamnation de l'auteur d'un geste qu'ils considèrent raciste.

La victoire à Tirana de l'Albanie contre l'équipe championne d'Europe avait provoqué de nombreux incidents entre supporteurs grecs et albanais à Athènes, au Pirée, à Salonique (nord) et à Corfou en mer Ionienne, faisant plusieurs blessés.

Les représentants de la communauté albanaise en Grèce avaient par la suite dénoncé un "pogrom" anti-albanais et organisé avec les partis de gauche des manifestations anti-racistes à Salonique et à Athènes.

La Grèce compte près d'un million d'immigrés, dont la grande majorité sont des Albanais, arrivés au début des années 1990, souvent victimes d'une forte xénophobie.
© Télévision Suisse Romande

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LA POLOGNE VIRE AU BRUN

08/05/2006 - Entendez-vous le silence assourdissant qui a accueilli l’entrée au gouvernement polonais dirigé par Kazimierz Marcinkiewicz des populistes anti-libéraux de Samoobrona (Autodéfense) et de l’extrême droite ultra-catholique et antisémite de la Ligue des familles polonaises, dont les chefs sont même promus au rang de «vice-premier ministre»? Andrzej Lepper, le leader d'Autodéfense, hérite du portefeuille de l'agriculture alors que Roman Giertych pourra façonner les têtes polonaises à l'éducation... Où sont les protestations indignées de nos politiques et intellectuels européens de tous bords qui avaient conspué l’entrée au gouvernement autrichien du FPÖ de Jorg Haider en 2000 ? Stefan Meller, un universitaire sans parti, qui a démissionné de son poste de ministre des affaires étrangères pour protester contre cette alliance, doit se sentir bien seul. C’est déjà un silence de même qualité qui avait été réservé à l'annonce, le 2 février dernier, du «soutien sans participation» accordé au gouvernement conservateur de Droit et justice. Seuls les médias semblent s'émouvoir de ce qui se passe dans la patrie des «plombiers polonais»…

Ce virage vers la droite extrême d’un grand Etat membre de l’Union de près de 40 millions d’habitants est pourtant préoccupant pour les «valeurs européennes» (démocratie, justice, tolérance, antiracisme, etc), qui sont la marque de fabrique de la construction européenne et que nous prétendons exporter vers le reste du monde. Mais, à bien y regarder, ce silence gêné peut se comprendre : depuis 2000, une bonne partie de l’Union semble gagnée par cette idéologie brune, mélange détonnant de xénophobie et d’antilibéralisme : la France bien sûr, où l’extrême droite, comme le rappelle mon confrère Gilles Delafon du Journal du dimanche, a réalisé un score, au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, de 19,2%, soit à peu prés le chiffre obtenu par Samoobrona et la Ligue des Familles. Au Danemark, en Italie (où Berlusconi associé à la Ligue du Nord et à l’extrême droite n’a perdu que de très peu), en Belgique (où le Vlaams Belang va sans doute devenir le premier parti de Flandre), en Norvège (hors Union, mais proche de nous), et même en Grande-Bretagne, des partis fascistes ou néo-fascistes consolident élection après élection, leur implantation.

Et là où l’on peut s’inquiéter, c’est lorsque l’on voit une partie de la gauche de la gauche (notamment en France) jouer avec les mêmes thèmes souverainistes et antilibéraux (voir mon post sur le social-souverainisme), comme on a pu le constater à l’occasion du référendum sur le projet de Constitution européenne (toujours ce fameux «plombier polonais»). Il n’y a que les démocraties récentes (Espagne, Portugal, Grèce) ainsi que l’Allemagne qui semblent immunisées contre ce virus brun qui gagne les esprits mais aussi les élections. Preuve s’il en est que la démocratie, comme la paix, est un acquis qu’il faut défendre pied à pied.
© Europeus

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EN RUSSIE, LE RACISME EMPOISONNE LA VIE DES ÉTRANGERS À LA PEAU SOMBRE

Henry Meyer, Moscou

05/05/2006 - -Rentrer avant 21h, ne jamais utiliser les transports publics, éviter de sortir en public avec sa femme, russe et blanche... la vie de Gabriel Anicet Kotchofa, originaire du Bénin, est ternie par un fléau de plus en plus inquiétant en Russie: un racisme omniprésent et parfois meurtrier.

Cet universitaire africain évite de se montrer avec son épouse lorsqu'ils vont faire les courses «pour ne pas que l'on sache que l'on est ensemble» et s'éviter ainsi les remarques injurieuses. Il peut toutefois presque s'estimer heureux, car contrairement à de nombreux noirs, asiatiques ou migrants du Caucase à la peau sombre, ces «minorités visibles», il n'a pas été tué, blessé ni même attaqué. «J'ai beaucoup de chance. Je n'ai jamais été agressé car je sais où aller, quand y aller et quel comportement adopter», explique-t-il.

Les attaques racistes sont en forte hausse en Russie. Rien qu'en 2005, on a dénombré 382 agressions et 31 meurtres, selon le centre pour les droits de l'homme Sova, basé à Moscou. Depuis le début de l'année, 14 personnes ont déjà été tuées dans le pays à cause de leur couleur de peau. Dans son dernier rapport publié jeudi, Amnesty International a dénoncé un fléau «omniprésent», et le «peu d'empressement» des autorités à lutter contre lui. «Le bilan de la Russie en matière de racisme est incompatible avec la place de ce pays sur la scène internationale», note Iran Khan, secrétaire générale de l'organisation de défense des droits humains.

Ce fléau frappe tout particulièrement les étudiants des pays en développement attirés en Russie par un coût des études relativement faible ou venus là parce qu'ils ne peuvent obtenir de visa pour étudier en Occident.

Quelques mois après être arrivé à Moscou en provenance du Gabon en 1999 pour ses études, Juldas Okie Etoumbia a été choqué par l'agression d'un étudiant guinéen, tabassé à mort, dans leur dortoir. La victime avait refusé d'ouvrir la porte à une femme de ménage un matin très tôt, et celle-ci était revenue avec plusieurs hommes armés qui l'ont frappé à coups de marteau.

Mais Juldas, 28 ans, qui espère embrasser une carrière de diplomate, était déterminé à poursuivre ses études. «Il y a des moments où je me dis que je n'aurais jamais dû venir dans ce pays. Mais vous prenez conscience que vous êtes venu pour une noble cause, pour faire des études, et vous êtes obligé d'aller jusqu'au bout.»

Même s'il reconnaît n'avoir jamais été attaqué, il ne compte plus les insultes. Une fois, dans le métro de Moscou, il a effleuré par accident la main d'un autre voyageur, qui a ostensiblement sorti un mouchoir pour l'essuyer.

À l'époque soviétique, lorsque le Kremlin cherchait à diffuser le communisme dans le monde, les autorités prêchaient la tolérance raciale et offraient de généreuses bourses, qui ont permis à des dizaines de milliers de jeunes du Tiers-Monde de venir étudier en Russie.

Gabriel Kotchofa est arrivé pendant cette période, en 1981. Il souligne qu'alors, les étrangers à la peau sombre pouvaient sortir sans danger, de nuit comme de jour, en toute sécurité. Aujourd'hui professeur à l'Institut Goubkine du pétrole et du gaz, il déplore l'émergence d'hommes politiques nationalistes qui répandent des opinions ouvertement xénophobes. Il estime que la prolifération des attaques racistes fait le jeu de certaines «forces».

Certains observateurs accusent le Kremlin d'encourager le nationalisme pour pouvoir se présenter comme un rempart contre l'extrême droite dans l'optique des prochaines élections législatives (2007) et présidentielle (2008). «Nos dirigeants politiques ont intérêt à ce que cette question reste au premier plan en vue de la campagne électorale», explique Alexander Brod, chef du Bureau des droits de l'homme à Moscou.

Le président russe Vladimir Poutine a reconnu que la xénophobie était un problème et l'organisation de jeunesse pro-Kremlin «Nachi» a apporté son soutien à une campagne contre le racisme. Mais les poursuites sont rares, de nombreux crimes de ce type étant considérés comme des actes de hooliganisme seulement passibles de courtes peines.

Dans une récente affaire, sept adolescents ont par exemple été condamnés à des peines allant de un an et demi à cinq ans et demi de prison pour avoir tué une fillette tadjike de 9 ans à Saint-Pétersbourg.
© CyberPresse

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LE CONSEIL SUISSE DE LA PRESSE DÉFEND LA LIBERTÉ DE LA SATIRE

09/05/2006 - La liberté de la satire et de la caricature ne doit pas être limitée par des interdits religieux, estime le Conseil suisse de la presse. L'instance rejette une plainte contre "Le Temps" au sujet d'une caricature de Jean-Paul II.

Le dessin montrait la dépouille du pape sous un crucifix. A ses côtés, une foule de fidèles, certains munis de caméras, se recueillent. Quant à Jésus sur sa croix, il s'adresse aux fidèles en ces termes: "ça vous dérange pas que j'existe?".

Dans une plainte au Conseil suisse de la presse, un lecteur s'est indigné de ce dessin "qui insulte les Chrétiens et les gens cultivés". Il se demandait si "les dessinateurs échappaient à la déontologie requise dans la profession". Le plaignant estimait aussi que si la caricature avait attaqué des juifs ou des musulmans "une plainte pénale pour racisme aurait été déposée".

Pour l'instance de contrôle de la presse, la plainte est manifestement infondée. Le lecteur n'a notamment pas motivé dans quelle mesure l'illustration a violé l'interdiction de discrimination.

Et de rappeler que la liberté de satire et de caricature vaut aussi pour les thèmes religieux. Elle n'a pas à prendre en compte la sensibilité particulière des milieux les plus orthodoxes, explique le Conseil de la presse. Tant qu'elle respecte le principe de proportionnalité, l'esprit démocratique, l'interdiction de discrimination, la vérité et la dignité humaine, cette liberté n'est pas limitée.
© Edicom

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HUIT MOIS DE PRISON POUR LE PROFANATEUR DE L'ÉGLISE DE PEUSEUX (Suisse)

09-05-2006 - Le Tribunal correctionnel du district de Boudry (NE) a condamné à une peine de 8 mois de prison avec sursis un adepte de la symbolique raciste néo-nazie. Une église et un centre africain près de Neuchâtel en avaient notamment fait les frais.

Le Tribunal correctionnel avait à juger des faits survenus entre octobre et novembre 2004 à l'église catholique de Peseux (NE), ainsi que dans les locaux de l'Association des amis de l'Afrique (AAA). L'accusé avait notamment placé devant l'autel de l'église vingt-deux bougies disposées en forme de croix gammée.

En outre, les locaux de l'AAA avaient été couverts de graffitis à l'enseigne de "White Power" ou "Sale nègre", accompagnés de croix gammées et du sigle "SS". Le prévenu jugé à Boudry avait commis ces méfaits en compagnie d'un cousin mineur, lequel a été condamné par l'Autorité tutélaire de Neuchâtel.

Lors de l'énoncé du verdict, le président du tribunal a estimé que le doute devait profiter à l'accusé sur la prévention de discrimination raciale. Mais il ne s'est pas déclaré convaincu pour autant que les actes incriminés relevaient de la pure idiotie et non de l'intention de propager l'idéologie nazie.

Le tribunal a retenu surtout à charge de l'accusé onze vols, quatre tentatives de vols, ainsi qu'un délit manqué d'incendie intentionnel d'un échafaudage entourant une construction. Le verdict reconnaît des circonstances atténuantes au prévenu, qui traversait une passe difficile au moment des faits.

En effet, les débats d'audience ont révélé un jeune adulte de 19 ans déboussolé, livré aux aléas d'un caractère impulsif, en raison d'une hyperactivité traitée à la ritaline. L'accusé n'a pas pu fournir d'explication sur les motifs de son comportement à l'église catholique ou au centre africain.

Les débats d'audience ont montré en outre qu'il n'appartenait pas à la mouvance néo-nazie, dont il connaît mal au demeurant l'idéologie et les intentions. Finalement, le tribunal a donné acte au prévenu de son changement radical de comportement depuis son arrestation pour les faits incriminés.

La durée du sursis accordé à l'accusé a été fixée à trois ans. Le tribunal a suivi l'avis du Ministère public quant à l'octroi d'un sursis assurant au prévenu une chance d'éviter la prison et de ne pas gâcher sa vie dès le départ. L'accusé devra néanmoins se soumettre à un patronage et faire l'objet d'un suivi psychologique.
© Edicom

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INTOLÉRANCE ET MONTÉE DU RACISME EN EUROPE

« Penseurs musulmans, manifestez-vous »

08/05/2006 - Par ces temps de disette en matière de pensée islamique critique et progressiste, la conférence tenue par le philosophe et islamologue algérien, Mustapha Chérif, invité par l’Observatoire de la Méditerranée, est venue répondre à un besoin pressant du public italien d’en savoir plus sur l’aptitude des musulmans à s’ouvrir aux autres.

L’auteur de L’Islam, tolérant ou intolérant ?, publié en mars dernier par la maison d’édition française Odile Jacob, « la même qui a publié le livre de Samuel Huntington Choc de civilisations », nous rappelle l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, sur un ton entendu. On comprend son souci de s’attarder, si malicieusement, sur ce qui pourrait sembler un détail, tant le débat nourri par les prêcheurs de la « guerre des religions et guerre des cultures » dévoie depuis des années les Européens sincèrement désireux de s’informer sur les questions relatives à l’Islam. Car dans le meilleur des cas, ils se trouvent face à un Tarik Ramadan qui leur tient un discours si ambigu qu’ils s’en détournent sans hésitation.

Dans le pire des cas, ils se jettent corps et âme dans les analyses tordues où suinte la haine anti-musulmane et anti-arabe de l’écrivaine italienne Oriana Fallaci. L’Observatoire de la Méditerranée une fondation voulue par l’ancien ministre des Affaires étrangères italien et actuel vice-président de la Commission européenne, Franco Frattini, a décidé cette année de consacrer la deuxième édition de son cycle de conférences au thème brûlant du rôle de la critique interne à l’Islam et des hommes porteurs de message innovateur, dans le rapprochement entre monde musulman et Occident, donnant ainsi la parole aux « nouveaux penseurs de l’Islam ». Le choix de l’Institut italien pour l’Afrique et l’Orient (Isiao), pour abriter la conférence « L’Islam, l’Occident et les défis communs », ne pouvait être plus opportun, car ce centre universitaire abrite des milliers d’ouvrages précieux et uniques de la culture africaine et arabe, aujourd’hui patrimoine italien, et dont certains sont en cours de restauration.

RESPONSABILITÉ PARTAGÉE
Invité à en consulter certains, gardés dans de véritables coffres-forts, lors de sa visite romaine, Mustapha Chérif n’a pu réprimer son émerveillement et son émotion en feuilletant, notamment des copies du Coran transcrites à la main dans la belle calligraphie kufi, et qui datent du VIIIe siècle. Dans la salle de conférences, ornée de tableaux de peintres orientalistes, un silence religieux a régné durant l’intervention de l’ancien ambassadeur d’Algérie au Caire, qui a choisi de baser son discours sur l’interrogation : « Pourquoi l’Islam est-il visé par la thèse du choc des civilisations ? » L’introduction, animée par l’ancien ambassadeur d’Italie à Téhéran, Riccardo Sessa, directeur général du département chargé des relations avec les pays de la Méditerranée et du Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères. « Un véritable tsunami a été créé autour d’un problème qui n’existe pas. (...)

Les grandes civilisations ne s’affrontent pas entre elles, elles se respectent et tentent de se comprendre », a expliqué le représentant de la diplomatie italienne. Pour sa part, l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, en fin pédagogue, et pour mieux convaincre son auditoire, n’a pas manqué d’avertir son public : « Il ne s’agit pas d’un Islam d’élite ni d’un Islam d’hier. » Insistant sur le fait que la responsabilité est partagée, dans cette cacophonie et incompréhension qui règnent désormais dans les rapports entre musulmans et Occidentaux, M. Chérif a désigné les « usurpateurs, ceux qui exploitent à des fins politiques la religion, ceux qui prônent des pratiques archaïques dans certains pays arabes et musulmans » comme étant les coupables des « amalgames et simplifications ». Se référant à son livre L’Islam, tolérant ou intolérant ?, qui sortira en septembre prochain en Italie, le conférencier algérien affirme que de nos jours, « penser est remis en cause. Encore plus penser autrement ».

Rappelant que les « relations humaines et sociales en Islam se fondent sur le binôme piété/équité. Aucune supériorité n’est admise, ni celle de la puissance, ni celle de la race, ni celle du nombre », M. Chérif dénonce aussi bien « ceux qui accusent sans cesse l’Occident de tous les maux sans pratiquer l’autocritique » et ceux qui « stigmatisent les musulmans, pratiquent l’amalgame et cherchent un bouc émissaire à leurs propres impasses, en exploitant les dérives des nouvelles monstruosités que sont l’extrémisme politico-religieux et le terrorisme des faibles ». En conclusion de la rencontre de l’Observatoire de la Méditerranée, son secrétaire général, le Tunisien Mohamed Aziza a lancé en direction de son invité algérien : « On ne pouvait mieux inaugurer ce cycle des conférences. Vous avez été l’homme juste, à la place juste. » L’ambassadeur de Tunisie en Italie, Habib Mansour, présent lors du débat, a spontanément pris la parole, lui aussi, pour souligner, « la pertinence du discours de Mustapha Chérif », qui, selon le diplomate, « éclaire la voie du dialogue et éloigne la confusion, surtout pour concilier entre le droit à l’existence dans le respect mutuel et la convivialité. Encore davantage pour une modernité assumée et non source de dépersonnalisation ».

Nacéra Benali
© El Watan

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CAMEROUN: LES DISCRIMINATIONS CONTRE LES FEMMES PERSISTENT

Marguerite Estelle Etoa

09/05/2006 - Dans un rapport publié la semaine dernière, le Minproff fait l'état des lieux de toutes les formes de ségrégations au Cameroun.

En dépit des clauses constitutionnelles reconnaissant les droits fondamentaux aux femmes, celles-ci connaissent des niveaux élevés de discrimination au Cameroun. C'est pourquoi le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille a tenu jeudi dernier à Mbalmayo un atelier sur le rapport de la convention sur l'élimination de toutes les formes de discriminations à l'égard des femmes.

Le fait que le droit coutumier soit encore largement en place porte atteinte aux droits fondamentaux des femmes notamment en matière de mariage et de succession. L'âge légal de mariage chez les femmes (15 ans) n'est pas le même chez les garçons (18 ans). Ce qui constitue une discrimination au regard du sexe, et favorise les mariages précoces, pratique encore fort courante au Cameroun. Autres attitudes négatives à l'égard de la femme l'assimilation de certaines professions au sexe féminin (institutrices, infirmières, secrétaires ). Ou encore les préjugés relatifs aux rapports conjugaux (exécution des taches domestiques, accès limité aux moyens de contraception .

Selon la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (Convention CEDAW), la discrimination contre les femmes est définie comme " toute distinction, exclusion ou restriction fondée sur le sexe qui a pour effet ou pour but de compromettre ou de détruire la reconnaissance, la jouissance ou l'exercice par les femmes [...] des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans les domaines politique, économique, social, culturel ou dans tout autre domaine ". Le Cameroun a ratifié le 23 août 1994 la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discriminations à l'égard des femmes. S'engageant ainsi à veiller à la promotion et la protection des droits fondamentaux de la femme d'une part, confirmant son engagement à respecter et appliquer sans réserves les dispositions de cet instrument, d'autre part. Le système de discrimination qui conforte les femmes dans une position subalterne commence progressivement à régresser. Par exempl e, la politique gouvernementale impose désormais un quota de 40% de bourses à attribuer aux filles. L'amélioration de la santé de la femme (élaboration du plan de lutte contre le sida. Et la répartition bien qu'inégale des femmes à certains postes de responsabilité (quatre ministres, deux secrétaires d'Etat )

Toute discrimination ne mène pas à la violence, cependant parce qu'elle est souvent cachée, banalisée, intégrée dans les normes et les pratiques du fonctionnement social, les discriminations envers les femmes sont un terreau propice à des manifestations de violence. Et aujourd'hui encore, elles génèrent des rapports de force et de domination. Le département ministériel en charge des questions de femmes (Minproff) a élaboré une stratégie de promotion féminine qui prévoit l'amélioration du statut socio-juridique de la femme ; l'amélioration des conditions de vie des femmes et la promotion de l'égalité et de l'équité entre les sexes dans tous les secteurs de la vie nationale. Par ce premier rapport périodique, le Cameroun entend s'acquitter de son obligation envers la Convention.
© All Africa

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UN MONTRÉALAIS ACCUSÉ DE PROPAGANDE HAINEUSE (Canada)

Il serait à l'origine d'un site Web faisant l'apologie de l'auteur de l'attentat d'Oklahoma City
Touzin, Caroline


06/05/2006 - Voici une affaire judiciaire rare. Un Montréalais de 29 ans, Jean-Sébastien Presseault, est accusé de propagande haineuse en vertu de l'article 319 du Code criminel. Il serait le créateur et l'animateur d'un site Internet raciste qui voue un culte au terroriste américain Timothy McVeigh, responsable de l'attentat d'Oklahoma City en 1995. " Ton combat contre ce système de merde (...) ne fait que commencer ", peut-on lire sur la page d'accueil.

L'article 319 du Code criminel est une disposition rarement utilisée. Le cas le plus connu est sans doute celui du professeur d'histoire de l'Ouest canadien James Keegstra, qui enseignait à ses élèves que l'Holocauste n'avait jamais eu lieu.

L'avocat de la défense, Gilles Fontaine, ne conteste pas que son client ait créé et animé le site Internet " à une certaine période ". Son client pourrait cependant arriver à une " admission du caractère haineux du contenu ", a-t-il évoqué en conférence préparatoire, lundi.

La Presse a visité ce site, toujours en ligne. Il est actuellement hébergé sur un serveur américain. En plus de l'hommage à l'auteur de l'attentat d'Oklahoma City, on peut y voir des caricatures agressives à l'égard des Juifs et des Noirs. Par exemple, un membre du Ku Klux Klan se sert de deux Noirs accrochés à des arbres comme hamac.

Tatouages et jeux racistes
Une section montre des photos de tatouages, comme Born to Hate (Né pour haïr) écrit sur un ventre ou encore une croix gammée sur un bras. Une autre section permet de jouer à des versions nazies de jeux vidéo connus comme les Super Mario Bros dans lesquels le personnage est un mini Hitler.

Me Fontaine compte plaider la question de la juridiction territoriale en prouvant que le site est hébergé aux Etats-Unis. De son côté, la procureure de la Couronne, Me Nadine Haviernick, compte sur deux experts. Le premier pour prouver le caractère haineux du site et le second, un spécialiste en informatique, pour expliquer comment le site a été créé et animé de Montréal.

Le procès de M. Presseault se tiendra du 12 au 16 juin devant un juge de la Cour du Québec au palais de justice de Montréal.

Enquête en 2003
Son arrestation remonte au 10 décembre 2003. La police s'est mise à le surveiller en juin 2003, alors qu'il emménageait rue Vimont. Elle a installé des caméras en face et à l'arrière de chez lui.

L'accusé était alors bénéficiaire de l'aide sociale, selon des documents judiciaires. La surveillance s'est prolongée jusqu'en décembre. Deux perquisitions ont été faites, l'une à son domicile et l'autre dans les bureaux de Bell Sympatico.

L'homme a été relâché sur remise d'une caution et d'une promesse de comparaître assortie de conditions. La cour lui a interdit d'assister ou de participer à une rencontre regroupant des gens prônant la suprématie blanche, notamment le Ku Klux Klan, le National Alliance et le World Church of the Creator. Il ne peut pas, non plus, agir comme webmestre d'un site Internet prônant la haine raciale.

Entre 1994 et 2004, seulement 35 accusations ont été portées au Canada en vertu de l'article 319 du Code criminel, selon le Centre canadien de la statistique juridique, qui compile des données en cette matière provenant de huit provinces et des territoires. Dans cinq cas, un verdict de culpabilité a été rendu. Quant aux autres accusations, elles ont été retirées ou les dossiers des accusés sont toujours devant les tribunaux.

Une loi dangereuse?
Julius Grey, avocat et spécialiste des droits de la personne, remet en question cette disposition du Code criminel. " Je ne suis pas à l'aise qu'on traîne des gens devant un tribunal criminel pour leurs opinions. Est-ce que des opinions véhémentes antisionistes constituent de la haine? La communauté juive dira oui, mais d'autres communautés, non. Cela doit être traité en droit administratif ou civil ", dit-il, sans vouloir se prononcer sur le cas de M. Presseault.

Trois causes
Voici trois causes importantes depuis la création de l'article 319 du Code criminel

2005: R. c. Krymowski
La Cour suprême annule les acquittements et ordonne de nouveaux procès contre six personnes, dont Krystopher Krymowski, qui ont participé à une manifestation devant un motel de Scarborough abritant des réfugiés roms en août 1997. Sur leurs pancartes figuraient des slogans comme " Klaxonnez si vous haïssez les Tsiganes " et " Le Canada n'est pas une poubelle ". En 1999, ils ont été acquittés par un juge de première instance de Toronto, qui invoquait la confusion, sur le plan juridique, entre les termes " tsiganes " et " roms ".

2001: R. c. Harding
La Cour d'appel de l'Ontario confirme la culpabilité de Mark Harding. L'homme a diffusé des tracts et un message téléphonique disant que les musulmans étaient des gens dangereux, susceptibles de commettre des actes de violence, de terrorisme et de cruauté, qu'ils constituent une menace pour d'autres religions et que l'objectif des musulmans canadiens est de s'emparer du pays. Le juge a décidé que l'" ignorance volontaire " de l'accusé peut constituer le fondement d'une condamnation.

1990: R. c. Keegstra
La Cour suprême maintient la condamnation de James Keegstra, un enseignant d'une école secondaire de l'Alberta qui a fait des déclarations antisémites à ses élèves. Il avait été démis de ses fonctions en 1982. La Cour suprême a souligné que la loi actuelle ne pouvait s'appliquer qu'à des insultes extrêmes.

Entre le 27 janvier 2003 et le 10 décembre 2003, à Montréal, par la communication de déclarations autrement que dans une conversation privée, a fomenté volontairement la haine contre des groupes identifiables soit les gens de race noire et les gens d'origine juive, commettant ainsi l'acte criminel prévu à l'article 319 (2) du Code criminel.
© ICARE

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LE MALAISE CROISSANT DES COPTES (Egypte)

Les attaques de trois églises à Alexandrie, en avril, ont renforcé la tension entre chrétiens et musulmans. Les coptes sont victimes au quotidien de discriminations. Un extrémisme anti-musulman prend racine chez eux en représailles.

08/05/2006 - Le vendredi 14 avril, trois églises coptes ont été attaquées à Alexandrie. Une personne a été tuée à l'arme blanche et une vingtaine d'autres blessées. Le lendemain, à l'occasion des funérailles, le cortège s'est transformé en manifestation de protestation qui a vite dégénéré en affrontement. Les heurts avec des musulmans ont provoqué un mort chez ces derniers. La communauté copte d'Egypte est excédée par la position officielle qui attribue les violences aux actes isolés d'un déséquilibré. Cette version qui tend à nier toute dimension anti-chrétienne est mal perçue par les coptes qui y voient le déni de l'agression dont ils sont victimes.

Les chrétiens coptes-orthodoxes représenteraient entre 6 et 10 pc de la population égyptienne, selon les sources. Ils ont de plus en plus de mal à trouver leur place au sein de la nation égyptienne, subissant toutes sortes de discriminations dans un pays où la religion est inscrite sur la carte d'identité. Pas de doyen de faculté copte, peu de députés (6 dont 4 désignés par le président), encore moins de ministres, et jusqu'il y a peu, pas de professeur d'arabe chrétien, la langue arabe étant trop liée à l'islam. La charia est devenue en outre sous le président Anouar Sadate la source officielle de la Constitution.

L'omniprésence de l'islam est étouffante pour les chrétiens. «Pourquoi suis-je obligé d'écouter le Coran dans les bus, les restaurants? Qu'est-ce que les musulmans diraient si je leur passais des enregistrements de la Bible?», se lamente Safouat, un jeune copte. Les jeunes chrétiens sont obligés, dès 5 ans, d'apprendre par coeur des sourates du Coran qui sont reprises dans les manuels d'arabe.

Le malaise s'accentue face au déni total de la discrimination. La plupart des musulmans affirment que les Egyptiens sont tous égaux et que les heurts interconfessionnels sont, au plus, des querelles de voisinage. Cette attitude est courante en Egypte où le fait même de parler de «minorité copte» est perçu comme une atteinte à l'unité nationale, comme en témoigne l'emprisonnement en juin 2000 de Saad Eddine Ibrahim, directeur du centre Ibn Khaldoun, poursuivi pour avoir publié un rapport sur ce thème.

Un extrémisme attisé
Les coptes ont dès lors développé une paranoïa et un extrémisme anti-musulman très virulent. Beaucoup d'histoires circulent sur des conversions forcées et des enlèvements de jeunes filles. En novembre 2004, une affaire de ce type avait mis les coptes en émoi. La femme d'un prêtre avait disparu et l'on pensait, côté chrétien, qu'elle avait été enlevée et convertie de force à l'islam. Il semble pourtant qu'elle ait voulu se marier avec son patron et se convertir de son plein gré. A la suite d'une médiation avec les autorités ecclésiastiques, elle avait finalement renoncé à sa conversion. Des manifestations ont éclaté lorsque la nouvelle a commencé à circuler et la protestation a pris un tour violent.

Une pièce de théâtre, montée par des jeunes et jouée dans l'enceinte de la cathédrale du Caire en décembre 2004, illustre bien le ressentiment copte. Elle mettait en scène un jeune homme musulman séduisant de jeunes chrétiennes à l'Université du Caire. La mise en scène était pour le moins explicite: chaque fois que le musulman était au centre de l'action, une lumière rouge était projetée sur lui donnant une allure satanique au personnage. A la fin, le musulman épousait l'innocente jeune fille et la répudiait une fois le mariage consommé. Des incidents ayant coûté la vie à trois personnes en octobre 2005 à Alexandrie, ont été déclenchés précisément par une pièce de théâtre jouée dans une église et diffusée sur DVD. Par ailleurs, une émission hebdomadaire sur la chaîne satellitaire copte Al-Hayat, animée par Zakaria Boutros, un prêtre vivant aux Etats-Unis, attise les inimitiés. Il critique et dénonce l'islam, textes et citations à l'appui, tendant à montrer que cette religion est en soi néfaste.

Le président Moubarak s'est exprimé après les événements d'Alexandrie pour rassurer les coptes. «Personne ne peut porter atteinte à l'union entre les musulmans et les chrétiens» a-t-il assuré, promettant de punir «les coupables avec la force de la loi et avec fermeté».
© La Libre Belgique

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TRAITES NÉGRIÈRES, ESCLAVAGE : LES FAITS HISTORIQUES

C'est une histoire très ancienne, mais qui n'a jamais été si actuelle. Un phénomène né pendant l'Antiquité, et dont on ne prit réellement conscience qu'au XVIIIe siècle.

05/05/2006 - "L'esclavage est l'établissement d'un droit fondé sur la force, lequel droit rend un homme tellement propre à un autre homme qu'il est le maître absolu de sa vie, de ses biens et de sa liberté", écrivait le chevalier de Jaucourt dans l'Encyclopédie, en 1755. Un état de mort sociale, de dépossession de soi que Victor Schoelcher, architecte de l'abolition en France, qualifia de "crime de lèse-humanité".

Mais c'est aussi un phénomène historique et culturel complexe, qui englobe des aires géographiques immenses et, pour les traites modernes, plus de mille ans d'histoire. Qui bouleversa plus particulièrement le continent africain et fit le lit du racisme, véhiculant l'image d'un Noir inférieur, proche de l'animalité et donc, à ce titre, susceptible d'être acheté, vendu, échangé. Une marchandise humaine.

A l'heure où prospère la "concurrence des mémoires", et tandis que l'historien Olivier Pétré-Grenouilleau, auteur du remarquable Les Traites négrières, est assigné en justice, stigmatisé d'une infamante accusation de révisionnisme, le sujet est de plus en plus explosif : aussi apparaît-il essentiel de faire le point sur l'état des connaissances historiques.

Traites africaines et traites orientales. L'Afrique a connu des trafics d'esclaves dès la plus haute Antiquité, mais c'est au VIIe siècle de notre ère, avec l'apparition d'un empire musulman et sa spectaculaire expansion, qu'est né le cadre du système économique qu'on appellera la traite. En terre d'islam, la loi interdisait de réduire en esclavage les hommes libres : en revanche, on pouvait se procurer des captifs en dehors de l'empire. Ainsi sont nées les premières routes d'un commerce à grande échelle d'êtres humains.

Le monde musulman ne s'approvisionna pas uniquement en Afrique. Il y eut également des captifs venus du Caucase, d'Europe de l'Est ou d'Asie centrale. Mais les Africains furent de loin les plus nombreux, et cette tendance ne fit que s'accentuer au fil du temps. Avec la traite se mit en place une justification idéologique de l'esclavage des Noirs, fondée sur des stéréotypes racistes, et des justifications religieuses, comme celle de la malédiction de Cham. Les Noirs étaient censés descendre de ce fils de Noé maudit par son père : ils étaient donc condamnés à la servitude.

Les routes empruntées par ce trafic sont assez bien connues. On sait également qu'il atteint son apogée au XIXe siècle. Pour ce qui est de son ampleur, les estimations chiffrées restent fragiles : l'historien américain Ralph Austen avance le chiffre de 17 millions de personnes, du VIIe au XIXe siècle. Mais il reconnaît que ce chiffre est relativement imprécis, estimant sa marge d'erreur à plus ou moins 25 %.

Ces traites restent mal connues, tributaires de représentations parcellaires (on a longtemps minimisé le rôle économique des esclaves) et d'une sombre légende forgée au XIXe siècle par les Européens, dans le but de légitimer leur propre colonisation.

Il en est de même pour ce qu'on appelle les "traites intérieures", sur lesquelles les informations sont très lacunaires. En la matière, les recherches sont peu nombreuses. Il est cependant établi qu'il y eut également un commerce à l'échelle de l'Afrique subsaharienne : l'historien Patrick Manning affirme que ces traites intérieures auraient fait 14 millions de victimes, capturées suite à des guerres entre Etats ou à des razzias.

Ainsi, quand commencèrent les "traites atlantiques", un système était déjà en place. Comme le rappelait l'historien Fernand Braudel (1902-1985), "la traite négrière n'a pas été une invention diabolique de l'Europe".

Les traites occidentales. La naissance de la traite atlantique a souvent été interprétée comme une profonde rupture en Occident, voyant renaître un esclavage qui avait disparu depuis la fin de l'Antiquité. En réalité, le phénomène avait constamment reculé durant le Moyen Age, mais il subsistait en Méditerranée un commerce dont les victimes les plus nombreuses étaient des juifs, des slaves et surtout, à partir du XVe siècle, des Africains. Le trafic changea d'échelle et de destination au XVIe siècle, avec la colonisation des Amériques. La violence des conquérants hispaniques et le choc microbien dépeuplèrent vite le continent, créant une pénurie de main-d'oeuvre. D'autant plus que les Européens entreprirent de lancer sur place des cultures de production, en particulier celle de la canne à sucre.

Les Portugais, lancés dès le début du XVe siècle à la découverte des côtes africaines, en produisirent à Sao Tomé, au large de l'Afrique, avant de s'implanter au Brésil, inaugurant bientôt la première grande route de la traite.

Les circuit de la déportation se mirent vite en place. Les esclaves étaient acheminés par des négriers africains jusqu'aux côtes (on estime que 2 % seulement des prisonniers qui traversèrent l'Atlantique avaient été capturés par des Occidentaux). Commençait alors la longue traversée des esclaves, mortelle pour de nombreux captifs.

Le sort des survivants n'était pas plus enviable : la plupart d'entre eux étaient dirigés vers des plantations tenues par des colons qui devaient rembourser au plus vite leur "investissement". La moitié d'entre eux décédaient dans les trois années suivant leur arrivée. Cette effrayante mortalité et le déséquilibre des sexes expliquent que la demande ne se tarissait jamais : il fallait sans cesse de nouveaux esclaves pour que le système colonial fonctionne.

Les données chiffrées concernant cette traite sont assez fiables : elles ont fait l'objet de nombreuses études quantitatives. Un consensus se dessine autour du chiffre de 11 millions d'Africains déportés, dont 9,5 millions arrivèrent en Amérique. Dominé au XVIe et au début du XVIIe siècle par les puissances ibériques, ce commerce connaît son apogée au XVIIIe, alors que la France, et surtout l'Angleterre, constituent dans les Caraïbes de prospères colonies, fondées sur l'exploitation à outrance des esclaves africains.

Le rôle de la France. Comme les Anglais, les Français entrèrent en scène plus tardivement. A partir du milieu du XVIIe siècle, ils commencèrent à peupler leurs colonies de captifs africains. Autorisée par Louis XIII en 1642, la traite prit rapidement son essor, atteignant son apogée au XVIIIe siècle.

En 1685 est édicté le Code noir, texte censé régir le quotidien des esclaves dans les colonies. Toutes les étapes de la vie y sont réglementées, de la naissance à la mort. Pour pouvoir se marier, l'esclave doit avoir l'accord de son maître ; ses enfants appartiendront au propriétaire de la mère. Le texte contient également des dispositions de police et une échelle des peines applicables, allant jusqu'à la mort pour les auteurs de voies de fait sur un Blanc ou les fuyards récidivistes.

En matière civile, l'esclave n'a pas le droit de propriété et ne peut transmettre d'héritage à ses descendants. En contrepartie, le propriétaire doit se montrer modéré dans ses punitions, nourrir ses esclaves et les vêtir correctement. Edifiant pour ce qu'il dit du discours idéologique qui accompagne la traite, ce texte ne doit pourtant pas être pris au pied de la lettre : dans la pratique, la seule loi qui régnait sur les plantations était celle de l'arbitraire des planteurs. Le Code noir ne fut jamais réellement appliqué dans son intégralité.

En métropole, les principaux bénéficiaires du trafic sont les ports de l'Atlantique. Les expéditions négrières françaises ont été répertoriées par l'historien Jean Mettas, qui a retrouvé 3 317 expéditions, partant de 17 ports, au premier rang Nantes, Le Havre, La Rochelle et Bordeaux.

Dans ces villes, le système colonial a permis à nombre de négociants d'amasser des fortunes considérables. A la fin du XVIIIe siècle, les bénéficiaires du système forment un groupe de pression influent en métropole : ils seront un frein puissant à l'heure des mouvements en faveur de l'abolition.

L'abolition inachevée. Comme le souligne l'historienne Nelly Schmidt, "les premiers abolitionnistes, ce sont les esclaves eux-mêmes". Dès le début du XVIe siècle, les révoltes étaient fréquentes, très sévèrement réprimées. On vit même s'édifier, dans les Caraïbes et en Amérique du Sud, des forteresses défendues par des esclaves rebelles, que les Européens eurent parfois le plus grand mal à maîtriser.

En Occident, les Quakers de Pennsylvanie sont les premiers, à la fin du XVIIe siècle, à s'élever contre l'esclavage. Les Encyclopédistes se prononceront eux aussi contre cette institution. Mais c'est en Angleterre que se mit réellement en place le mouvement anti-esclavagiste mondial, porté par deux figures, William Wilberforce et Thomas Clarkson, et par une propagande efficace (libelles, campagnes de boycott, pétitions...).

La révolte de Saint-Domingue (1791-1793) provoque la première abolition de l'esclavage, le 16 pluviose an II (4 février 1794). Celle-ci sera provisoire — Napoléon reviendra dessus en 1802, au prix d'une répression sanglante et de la perte de Saint-Domingue, qui devint Haïti —, et partielle : le décret ne sera jamais appliqué à la Réunion et la Martinique était occupée par les Anglais...

Mais le mouvement est enclenché, irréversible. En 1807, les Anglais interdisent la traite au large de l'Afrique. Le commerce des esclaves continue, mais il devient peu à peu clandestin, à mesure que l'abolitionnisme gagne du terrain. En 1833, Londres l'abolit. La France, de son côté, mettra fin à cette institution — cette fois définitivement — par les décrets du 27 avril 1848.

Les puissances occidentales suivent le mouvement, si bien qu'aux Etats-Unis, l'esclavage est aboli en 1865, à l'issue de la guerre de sécession. En 1888, avec son abolition au Brésil, la page se tourne sur le continent américain.

Mais le phénomène n'est pas éradiqué pour autant : les puissances européennes continueront à tolérer cette institution dans leurs colonies d'Afrique, et à abuser du travail forcé. Albert Londres le notait en 1897 : "L'esclavage en Afrique n'est aboli que dans les déclarations ministérielles de l'Europe."

Plus d'un siècle après, malgré les condamnations de l'ONU et les dénonciations des ONG, celui-ci est loin d'avoir disparu. L'abolition de l'esclavage reste un combat très actuel.

Jérôme Gautheret

À LIRE

Dans le domaine de l'esclavage et de la traite, les travaux de recherche sont très nombreux, mais les ouvrages de synthèse sont très rares. Signalons tout de même, au-delà des Traites négrières, d'Olivier Pétré-Grenouilleau (Gallimard, "Bibliothèque des histoires", 2004) :

Une histoire de l'esclavage. De l'Antiquité à nos jours, de Christian Delacampagne. Le Livre de poche, "Références", 320 p., 6,95 €.

L'abolition de l'esclavage. Cinq siècles de combats, XVIe-XXe siècle, de Nelly Schmidt. Fayard, 418 p., 23 €.

Le Livre noir du colonialisme XVIe-XXIe siècle : de l'extermination à la repentance, sous la direction de Marc Ferro. Robert Laffont, 848 p., 29 €.

La Modernité de l'esclavage, essai sur la servitude au coeur du capitalisme, d'Yves Benot.
La Découverte, 296 p., 21 €.

LA VÉRITÉ SUR L'ESCLAVAGE, numéro spécial de la revue L'Histoire (octobre 2003).
© Le Monde

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FAUT-IL ÊTRE NUE POUR ENTRER AU MUSÉE ?

L’art pourrait sembler une oasis d’ouverture dans un monde encore marqué par le sexisme. Voire.

06/05/2006 - Catherine Van Hemessen (1528 - 1585), Michaelina Wouters (1640 - 1660), Adèle Kindt (1804 - 1884), ces trois noms vous disent-ils quelque chose ? Probablement pas, car s’il s’agit de femmes artistes originaires de notre pays - l’une est anversoise, l’autre montoise, la troisième brugeoise - dont les oeuvres furent exposées et très appréciées à l’époque, elles ont insensiblement disparu des histoires de l’art, perdues dans les replis du temps.

Pourtant il y en a eu de célèbres à leur époque. Sofonisba Angussola née à Crémone (Italie) vers 1532 servit le roi et la reine d’Espagne. Van Dyck a fait son portrait. Un chroniqueur du XVIIIe siècle a recensé les noms de 23 femmes peintres actives à Bologne les deux siècles précédents. Artemisia Gentileschi (1593 - 1652) est un cas typique. Fille et soeur de peintre, peintre elle-même, elle est violée à l’âge de 18 ans par son professeur, l’associé de son père. Celui-ci a intenté un procès contre le violeur, le procès le plus célèbre de l’histoire de l’art. Artémisia a d’abord été mise au supplice, procédure courante à l’époque pour permettre de prouver son... innocence. Le violeur fut condamné à l’exil. Artémisia connut ensuite une belle carrière de peintre. On lui attribue une cinquantaine de tableaux : scènes religieuses ou mythologiques (Suzanne et les Vieillards, Judith et Holopherne) dans la lignée du Caravage. Une de ses oeuvres (Allégorie de la Peinture) qui se trouve à Londres (Kensington Palace) est sans doute son autoportrait : une femme avec un bâillon sur la bouche... Nous n’aurions rien su d’elle si elle n’eût été redécouverte, dans les années 70, grâce aux féministes américaines qui firent d’elle une figure emblématique.

Plus près de nous, que savez-vous de Marthe Donas (1885 - 1967), la première peintre abstraite belge ? Sur le conseil d’un ami peintre, elle devait soustraire son prénom lorsqu’elle exposait afin que l’on ne sache pas qu’elle était une femme. Plusieurs de ses oeuvres se trouvent aux Musées Royaux des Beaux Arts à Bruxelles.

Mais comment se fait-il que la mémoire collective ne garde plus guère de traces de toutes ces artistes ? L’histoire des femmes dans la peinture est celle de l’exclusion, du dénigrement, de l’amnésie, et de quelques succès aussi exceptionnels que singuliers. Au XVIIIe siècle, on a beaucoup débattu du « génie » et de son absence chez la femme. L’impossibilité d’identifier un Michel-Ange ou un Mozart féminins constituait un argument massue contre l’égalité des femmes. Un siècle plus tard, John Stuart Mill déclarait que « les femmes sont toutes des amateurs », à cause non pas de qualités innées mais des circonstances sociales. Et parmi ces dernières, l’éducation des filles.

Pendant des siècles, les femmes ne peuvent se servir de modèles nus, ni faire partie d’une académie. Lorsque fut fondée en France, en 1648, l’Académie royale de peinture et de sculpture, le nombre de femmes admises est fixé à quatre : « un nombre suffisant pour honorer leur talent » selon le directeur. Après la Révolution, ce sera pire. Elles n’y seront plus admises du tout et ce, jusqu’en 1890.

Si l’éducation marquait une première discrimination, les exigences matérielles se sont avérées des obstacles majeurs. Une femme artiste a besoin pour travailler d’une liberté d’esprit - ce que Virginia Woolf nommait « une chambre à soi » - mais aussi un minimum de sécurité matérielle. Or, les artistes ont longtemps dépendu de protecteurs, et il est clair qu’une femme, que les conventions et la loi assignent à des rôles subalternes ne vaut pas l’investissement de mécènes ou de marchands, le plus souvent des hommes. Au début du XIXe siècle, il était d’ailleurs mal vu pour une femme de peindre autre chose que des sujets mineurs : fleurs, petits oiseaux... En 1860, Ingres ne proposait à ses étudiantes que des miniatures, des natures mortes, des portraits d’enfants, des scènes de genre. Travail mineur, donc considéré comme sans intérêt et ne méritant pas sa place dans les livres d’histoire de l’art. Et c’est ainsi qu’ont disparu près de trois siècles d’histoire de la peinture féminine...

Et maintenant ? Lorsque, en 1985, le MOMA, le Museum of Modern Art de New York, monte une exposition qui se veut « Un survol international de la peinture et de la sculpture », sur 169 exposants, treize sont des femmes. Après qu’un critique eut déclaré que tout artiste ne participant pas à cette exposition devait se poser des questions, des tracts et des affiches apparaissent tout autour du MOMA et des femmes vêtues de noir, la tête cachée sous des masques de gorilles font scandale. Elles dénoncent la discrimination contre les femmes artistes. Leurs questions provoquent : « Les femmes doivent-elles être nues pour entrer au musée ? 5% des artistes exposés sont des femmes, mais 85% des nus sur les tableaux représentent aussi des femmes ». Les Guerilla Girls poursuivent jusqu’à ce jour leur campagne humoristique contre le sexisme dans le monde des arts.

Ce survol de la place des femmes artistes depuis deux siècles est plus qu’un série d’exemples de marginalisation. Celle-ci n’est pas imputable uniquement à l’exclusion des institutions d’enseignement ni au manque de moyens matériels : elle est surtout liée aux rapports de domination qui régissent les relations entre les sexes. Et c’est cela qui doit changer.

Suzanne Welles
© Amnesty International

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LE DÉPARTEMENT DE L’INFORMATION ORGANISE UNE RÉUNION SUR LA PRISE DE CONSCIENCE DE L’HOLOCAUSTE ET LA PRÉVENTION DES GÉNOCIDES

05/05/2006 - Le Département de l’information des Nations Unies (DPI) organise une réunion sur le thème « Prise de conscience de l’Holocauste et prévention des génocides » le 12 mai, de 10 heures à 13 heures, dans la salle du Conseil économique et social (ECOSOC) du Siège des Nations Unies à New York. Cette réunion a pour objectif de faciliter le développement par les États Membres de programmes d’études sur l’Holocauste, ainsi que de mobiliser la société civile sur les questions de mémoire et d’éducation sur le sujet.

M. Raymond Sommereyns, Directeur de la Division des services et produits destinés au public, accueillera les participants et assurera l’animation du programme, juste avant que le Représentant permanent de la Hongrie auprès des Nations Unies, M. Gabor Bródi, ne prononce la déclaration d’ouverture. La Hongrie préside cette année l’Équipe pour la coopération internationale sur l’éducation, le souvenir et la recherche sur l’Holocauste (ITF).

La liste des intervenants à cette réunion comprend des spécialistes et des enseignants éminents sur le sujet, ainsi que sur les questions de la haine, des tendances doctrinaires, du racisme et des préjugés. M. Jerry Fowler, Directeur du Comité sur la conscience du United States Holocaust Memorial Museum, évoquera « L’Holocauste et la prévention des génocides ». Mme Kathrin Meyer, Conseillère sur les questions liées à l’antisémitisme du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), abordera le thème des « Actions éducatives sur la tolérance et la non-discrimination ». Mme Helen Lööw, Directrice du Living History Forum en Suède interviendra sur les Programmes nationaux de conscience de l’Holocauste et Mme Shulamit Imber, Directrice pédagogique de l’International School of Holocaust Studies Yad Vashem en Israël, sur les « Ressources disponibles pour l’éducation sur l’Holocauste ».

Cette réunion est organisée par le programme de communication « L’Holocauste et les Nations Unies » du Département de l’information, dans le cadre de la résolution 60/7 de l’Assemblée générale. Cette résolution exhorte les États Membres à développer des programmes éducatifs qui inculqueront les leçons de l’Holocauste aux générations futures et à mettre en place un programme de communication intitulé « L'Holocauste et les Nations Unies », ainsi que des mesures qui inciteront la société civile à se mobiliser pour garder vivante la mémoire de l'Holocauste et transmettre les enseignements par l'éducation, afin d'aider à prévenir de futurs actes de génocide.

Les autres éléments principaux de ce programme de communication sont, entre autres: la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l'Holocauste le 27 janvier; la diffusion sur le site Internet des Nations Unies consacré au souvenir de l’Holocauste d’une série d’articles sur l’Holocauste et la prévention des génocides, écrits par les plus grands spécialistes sur la question; la diffusion d’un film sur l’Holocauste et la prévention des génocides, en collaboration avec le New York Tolerance Center; un partenariat avec l’ITF; et enfin, la diffusion d’informations sur le sujet aux sociétés civiles du monde entier, par le biais des Centres d’information des Nations Unies.

Les délégations des États Membres et les représentants des organisations non gouvernementales accrédités sont invités à assister à cette réunion. Veuillez prendre note que la répartition habituelle des sièges aux États Membres ne sera pas effective.

Pour plus d’informations, veuillez contacter M. Vikram Sura, Groupe des projets spéciaux, Division des produits et services destinés au public du Département de l’information (DPI), au 1(212) 963-8274 ou écrire à holocaustremembrance@un.org; vous pouvez également consulter le site consacré au programme de communication sur « L’Holocauste et les Nations Unies »: http://www.un.org/french/holocaustremembrance/.
© ONU

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Les titres de l'actualité du 5 Mai, 2006

JOURNÉE MONDIALE CONTRE L’HOMOPHOBIE : UNE CENTAINE D’ÉVÉNEMENTS À TRAVERS LA FRANCE

05/05/2006 - La seconde journée mondiale de lutte contre l’homophobie propose un éventail d’actions considérable à travers la France entière à partir de la semaine prochaine et jusqu’au 17 mai. Illico a sélectionné les manifestations les plus importantes ou les plus originales parmi la centaine d’événements prévus.

La Journée mondiale de lutte contre l’homophobie est organisée chaque année le 17 mai, car c'est le 17 mai 1990 que l'Organisation Mondiale de la Santé a supprimé l'homosexualité de la liste des maladies mentales. Le Comité IDAHO (International Day Against Homophobia) a pour but de susciter les initiatives et de favoriser les synergies dans le cadre de cette Journée et durant tout le mois de mai. Présent dans plus de cinquante pays à travers le monde, il invite les associations, les établissements commerciaux, la presse, les autorités publiques, les particuliers aussi, à proposer des actions contre l’homophobie. Voici une sélection des principales actions en France pour la Journée 2006.

Opération une minute de silence
-Mercredi 17 mai : le SNEG diffuse une affiche sur le thème " une minute de silence en mémoire des victimes de l’homophobie " auprès de 600 établissements en France. Chacun d’entre eux est invité à organiser une minute de silence à un moment de leur choix en mémoire des victimes de l’homophobie. En partenariat avec SOS homophobie, le Ravad (Réseau d’aide aux victimes d’agressions et de discriminations), Triangul’ère et à l’initiative d’IDAHO (International Day Against Homophobia).

Avignon
-Dimanche 21 mai : l'association Des Ils et des Elles organise en partenariat avec les Gays randonneurs et le soutien de la Lesbian and gay pride de Montpellier, un Forum d'associations LGBT, pour la première fois en Avignon. Il aura lieu au Cloître des Carmes, place des Carmes, de 10h30 à 18h.

Bordeaux
-Samedi 13 mai et dimanche 14 mai : l'association Wake Up ! Bordeaux organise un week-end de débats sur le thème de l’homophobie en France et en Europe.

-Samedi 13 mai à 15h à l’Athénée Municipal, place Saint Christoly : " L'homophobie et les jeunes en France ". Avec le MAG (Mouvement d’Affirmation Gay et lesbienne), SOS Homophobie et Naïma Charaï (conseillère régionale à l’initiative de la Commission régionale consultative de Lutte contre les Discriminations).

-Dimanche 14 mai : à 10h à la Machine à Lire, 8 place du Parlement : " L'homophobie institutionnelle chez nos voisins européens " propose un panorama de la lutte contre les discriminations homophobes en Europe, au travers de témoignages et d’un film. Un document audiovisuel réalisé lors de la Marche pour la Tolérance à Cracovie (marche réprimée par les autorités et les contre-manifestants) sera projeté au début de cette conférence.
Accès libre. Association Wake Up ! Domaine universitaire de Bordeaux III 33607 Pessac Cedex wake_up_bdx@yahoo.fr ou www.assowakeup.org

Cannes
-Mercredi 17 mai : l’association Rimbaud 06 (association des jeunes homos de la côte d'azur) organise un kissing en ville. Elle va relayer l’affiche et le communiqué de presse de la Fédération mOules frItes et organiser une distribution de tracts. http://rimbaud06.free.fr

Chartres
-Samedi 13 mai : l’association Arc-en-ciel CGL 28 de Chartres organise un forum contre l’homophobie en partenariat avec la FNAC de Chartres. L’écrivain Olivier Delorme et d’autres intervenants seront présents tout au long de la journée. Un cocktail de clôture aura lieu au siège de l'association. Contact : arcenciel28@wanadoo.fr

Grenoble
-A Jeu Egal, l’association Lesbienne, gay, bi et trans de Grenoble organise cette année une deuxième édition de son festival, centrée sur la Journée Mondiale contre l'homophobie. Un programme détaillé et la présentation des différents partenaires est disponible sur le site www.phobofolies.org

-Mercredi 17 mai : à 12h, au centre-ville, Kissing : manifestation de visibilité LGBT puis à 14h30, place Grenette, restitution symbolique des injures.

Lille
-Gay Kitsch Camp, SOS Homophobie, Colores latino Americanos et l'association
" Post-id' " proposent des performances, la projection de quatre films et des débats dans le cadre de la sortie du rapport officiel du rapport SOS homophobie 2006 : librairie V.O., cinéma l’Univers.

Lyon
-Mercredi 17 mai : l’association Moove organise des "parcours de vie homophobie" dans plusieurs MJC, notamment celle de Villeurbanne. C’est un jeu de rôle destiné à faire ressentir le poids de l'homophobie en proposant aux participants de vivre la vie d’un-e homo. Pour connaître le détail de ces actions, contacter Olivier en écrivant à contact@moovelyon.net.

Metz
-Lundi 15 mai (jusqu’au 15 juin) : exposition de l’association Couleurs Gaies à la Bibliothèque universitaire, campus du Saulcy, d’un montage à partir des lettres reçues par Noël Mamère, à partir du recueil " Homophobie France 2004 " réalisé par Serge Simon.

Montpellier
-Vendredi 12 mai : projection et débat " Scène d’homophobie et après ! ", à 19h00 au local de l’association AIDES à Montpellier, avec l’association ANGEL.

-Lundi 15 mai : le Collectif contre l’Homophobie organise une intervention sur ce thème dans un lycée et une projection-débat autour du documentaire " Au-delà de la Haine " d’Olivier Meyrou, salle Rabelais, à 20h.

-Mercredi 17 mai : un stand d’information est proposé place de la Comédie avec une distribution de tracts par le Collectif contre l’Homophobie. Des scènes de rue vont être jouées dans le centre ville de Montpellier avec les associations de la Lesbian and gay pride de Montpellier, ANGEL et l’Arlequin InvertiE. Une gerbe en hommage à Pierre Seel va être déposée par le Collectif contre l’Homophobie.

Nice
-Mercredi 17 mai : Le CADOS, Collectif Azuréen pour les Droits des Orientations Sexuelles, propose un stand tout l'après-midi, dès 14h, sur la Promenade-des-anglais, au niveau de l’Opéra Plage qui est partenaire de cette action. Rendez-vous ensuite dès 19h au bar "le Flag" pour le lancement du rapport annuel de SOS Homophobie, avec un apéro offert, 6 rue Eugène-Emmanuel.

Paris
-Vendredi 12 mai : forum-débat à 18h30 au siège du Parti communiste intitulé " homophobie, lesbophobie et transphobie : vivre librement sa sexualité dans les quartiers populaires. " Salle Oscar Niemeyer, 2 avenue Mathurin Moreau, Paris 19e, station Colonnel Fabien. L’accès est libre.

-Lundi 15 mai : Colloque à l’Assemblée Nationale sur le thème " de la dépénalisation à l’égalité des droits pour les personnes lesbiennes, gaies, bi et trans ", colloque organisé par le Comité IDAHO, le Collectif contre les discriminations LGBT du PCF, la commission LGBT des Verts, Gay Lib, Homosexualité Et Socialisme et la Ligue des Droits de l'Homme. Avec la participation de Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de L'homme, Maître Alice Nkom, avocate des 11 Camerounais condamnés, Alain Régnier, conseiller du Premier Ministre pour la cohésion sociale, l'égalité des chances et la lutte contre l'exclusion,. Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances, Richard Sanchez, responsable de la commission " Libertés, démocratie, luttes contre les discriminations du PCF ", Yann Wehrling, secrétaire national des Verts, Eddie Aït, secrétaire national du PRG, Alain Piriou, porte-parole de l'Inter-LGBT, Jean-Bernard Geoffroy, président du RAVAD, Camille Barré, membre de l'Inter-LGBT. A partir de 19h, 126 rue de l'Université, salle 6217, sur réservation et présentation des papiers d'identité. Pour y assister contacter bjaeger@free.fr.

-Mercredi 17 mai : le Centre Lesbien Gai Bi et Trans de Paris Ile-de-France (CGL) et SOS Homophobie proposent une réunion publique de 18h à 20h30 au 3 rue Keller Paris 11e, sur le thème de la lesbophobie. Présentation des conclusions du dépouillement de l’enquête nationale de la commission lesbophobie de SOS homophobie, suivie d’un débat sur les mesures à mettre en œuvre avec de nombreuses invitées et un open bar de clôture.

-Mercredi 17 mai : le Centre Lesbien Gai Bi et Trans de Paris Ile-de-France (CGL) et l’association GARE organisent une manifestation publique de visibilité dans la gare du Nord.entre 12h et 16 h. Interpellation des passants sur l’homophobie, présentation de panneaux illustrant l’homophobie, distribution de tracts " pédagogiques " et mise à disposition de la documentation de présentation des associations.

-Mercredi 17 mai : le Collectif HomoEdu présente le label " Isidor ". Il sera attribué par le collectif et va mettre ainsi en valeur les meilleurs livres reflétant la diversité sexuelle auprès des enfants et des jeunes, et permettant de lutter contre les préjugés homophobes. La première liste des " Isidor " sera dévoilée pour la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, à 18h à la librairie Bluebook 61 rue Quincampoix Paris 4e, en présence d’auteurs et de personnalités.

-Mercredi 17 mai : Ministère de l'Economie et des Finances, COMIN-G organise une opération d’information et de prévention contre l’homophobie de 11h30 à 14h30 aux restaurants administratifs du site de Bercy, à travers une distribution de tract et des réponses aux questions.

-Mercredi 17 mai : Homosexualité et socialisme (HES) et la fédération de Paris du Parti socialiste proposent une rencontre à 20 h sur le thème de l’homophobie (accès libre), à l’AGECA, 177 rue de Charonne, Paris 11e, sous la forme de deux tables rondes : avec la participation de Patrick Bloche, Annick Lepetit, Anne Hidalgo...

-Mercredi 17 mai : Le RAVAD, Réseau d’Assistance aux Victimes d’Agressions et de Discriminations, en raison de leur orientation sexuelle, leur identité de genre ou leur état de santé, organise une permanence de consultations juridiques gratuites au Tribunal de Grande Instance de Paris avec son réseau d’avocats, de 9h30 à 12h30, 4 boulevard du Palais Paris 1er. Escalier S, entresol à droite. Tél. : 01 44 32 47 70.

-Mercredi 17 mai : le collectif de l'union départementale de Paris CGT contre l'homophobie réalise une affiche contre l’homophobie et des affichettes au format des panneaux syndicaux avec des bandeaux " spécial 17 Mai ". La distribution de tracts de sensibilisation à la lutte contre l’homophobie aura lieu sur plusieurs sites, dont la RATP, AXA et France-Telecom…

-Mercredi 17 mai : Cérémonie inter-religieuse contre l’homophobie réunissant des croyants des trois traditions monothéistes, et ouverte à toutes les traditions spirituelles. A partir de 19h30 au Foyer de Grenelle, 17 rue de l’Avre Paris 15e. A la sortie du métro La Motte-Picquet Grenelle.

-Mercredi 17 mai : Distribution de tracts devant Bercy et le Medef par l'Autre Cercle Île de France.

Rennes
-Mercredi 17 mai : manifestation multiforme à Rennes, à partir de 14h, place de la mairie. Forum associatif, infos, débats, expos, jeux de rôles… Cette manifestation est présentée par le Centre Gay, Lesbien, Bi et Trans de Rennes avec les associations LGBT bretonnes. La Ville de Rennes, le Conseil régional de Bretagne et le Conseil général d’Ille-et-Vilaine sont partenaires officiels de cette manifestation qui est coordonnée par le CGL (06 64 98 51 09). Site web: http://cglrennes.free.fr/17mai et courriel : cglrennes@hotmail.com

Strasbourg
Mercredi 17 mai, Parlement européen, 12h30-15H00, 15h00-16h30, atelier de réflexion, afin de promouvoir la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, en présence de Louis-Georges Tin, fondateur de la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie, de M. Borell, président du Parlement européen, de Vladmir Spidla, commissaire européen aux affaires sociales, Michael Cashman, président de l'intergroupe gai et lesbien du Parlement européen, Jean-Marie Cavada, euro-député. Au terme de cette réunion, il s'agira d'aboutir à une résolution pour promouvoir la Journée mondiale de lutte contre l'homophobie aux Nations Unies.

> Des actions ont lieu aussi dans les villes suivantes : Amiens, Aubervilliers, Charleville-Mézières, Orléans, Orsay, Reims, Rouen, Toulouse, Tours, Villeneuve d’Ascq, Saintes, Sarreguemines et Yvetot.

> Le programme complet est consultable sur www.idahomophobia.org
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DISCRIMINATIONS : HALDE LÀ ! (France)

Les partenaires de l’organisme critiquent l’absence de moyens et de condamnations
par Saïd Aït-Hatrit


04/05/2006 - En un an d’exercice, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité a reçu 2 000 plaintes et en a traité 800. Des résultats encourageants, pour son président, Louis Schweitzer, mais insuffisants pour Jean-Pierre Dubois et Mouloud Aounit, patrons de la Ligue des droits de l’homme et du Mrap et membres du comité consultatif de l’organisme public. Les deux hommes regrettent l’absence de moyens et de volonté de la part des autorités.

La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) a un an. Le temps de recevoir 2 000 plaintes de la part de particuliers, pour l’essentiel, mais aussi d’associations et organisations, et d’en traiter 800, a indiqué mardi son président, Louis Schweitzer, lors de la présentation du premier rapport de l’organisme. Sans surprise, parmi les 17 critères de discrimination prohibés par la loi et qu’il revient à la Halde de traiter, celui sur l’origine a été le plus fréquemment évoqué (39,6%), loin devant le handicap (13,9) et le sexe (6,2%). L’écrasante majorité (45%) des réclamations correspond à une discrimination vécue dans la sphère de l’emploi.

La Halde est une autorité administrative qui a été créée par la loi du 30 décembre 2004 afin que toute personne victime de discrimination dispose d’un recours et ne soit pas « poussée vers la violence ou la résignation », selon Louis Schweitzer. La loi oblige toute personne à coopérer à ses investigations, sous peine de transfert du dossier au juge des référés. Elle organise des médiations et formule des recommandations, comme celles concernant « le droit de vote des artisans étrangers aux élections des chambres de métiers » ou « le statut des médecins à diplôme extracommunautaire », et qui apparaissent dans le rapport 2005. La loi sur l’égalité des chances, promulguée le 31 mars dernier, consacre une reconnaissance légale à la pratique du testing (vérification à l’improviste pour contrôler les éventuelles pratiques discriminatoires).

« Les juges vont-ils s’y mettre ? »
En 2004, un collectif d’associations, parmi lesquelles le Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés), le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ) ou encore l’Association des Paralysés de France (APF), s’est ému, notamment, de l’absence de représentativité du collège de la Halde et de son insuffisance de moyens financiers et humains. La Ligue des droits de l’homme en était. Pourtant, aujourd’hui, comme le Mrap, l’association a accepté de siéger dans le comité consultatif, constitué d’acteurs de la société civile. « Nous ne voulions pas pratiquer la politique de la chaise vide », explique Jean-Pierre Dubois, son président, qui précise avoir toujours réclamé aux gouvernants la création de cette autorité.

Comme pour expliquer son manque de visibilité, le rapport met en avant « la notoriété naissante » de la Halde. Mais avec 10 millions d’euros pour l’exercice 2005, « les moyens financiers sont toujours insuffisants » et ne permettent pas une communication conséquente », estime Jean-Pierre Dubois. En terme de résultats, « globalement, c’est difficile à dire. Ce qui a été réalisé n’a pas été mal fait. Mais c’est dérisoire par rapport aux véritables enjeux. La vraie question est : les juges vont-ils s’y mettre ? ». Mouloud Aounit est encore plus critique. Comme Jean-Pierre Dubois, le secrétaire général du Mrap indique qu’il est un « partisan de la Halde » et qu’il a « déploré » que la gauche ne l’ai pas mise sur pied en son temps. Mais après un an d’activité, « sur 2 000 demandes, seules 50 ont été envoyées sur le terrain judiciaire, se plaint-il. Ce qui est bien insuffisant car il faut casser la dynamique d’impunité. Aujourd’hui, nous avons une législation adaptée. Le problème réside dans son application et dans la volonté politique. »

Petits arrangements entre amis
Or, l’organisme favorise la médiation et son président a indiqué mardi qu’il privilégiait « la prévention au processus judiciaire ». Et la législation va dans ce sens. Comme le rappelle Jean-Pierre Dubois, la loi sur l’égalité des chances institue un système de sanctions transactionnelles qui permet à la Halde, « lorsqu’elle constate des faits constitutifs d’une discrimination » qui n’ont pas « donné lieu à la mise en mouvement de l’action publique », de proposer à l’auteur de verser une amende dont le montant ne peut excéder 3 000 euros, s’il s’agit d’une personne physique, et 15 000 s’il s’agit d’une personne morale. « Au pénal, la sanction serait de deux à trois ans et de 45 000 euros », indique le président de la LDH, qui craint que « la Halde ne devienne un outil pratique pour étouffer les affaires ».

« A partir du moment où une discrimination a lieu, je suis en désaccord avec une conciliation où le prix à payer est une amende, réaffirme Mouloud Aounit. Je suis en désaccord avec cette logique ; si une personne est prise la main dans le sac, il n’y a pas d’arrangement ». Dans sa présentation, Louis Schweitzer a comparé la lutte contre la discrimination à celle menée pour améliorer la sécurité routière, où les résultats progressent d’année en année. « A l’instar de la sécurité routière, termine le secrétaire général du Mrap, il faut que la fermeté soit au rendez-vous. Avec un objectif d’obligation de résultat. »
© Afrik.com

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'ILS ME DISENT : NOUS NE SOMMES PAS FRANÇAIS À PART ENTIÈRE' (La Réunion)

Les mots “intégration” et “racisme” Arlette Rakotonirina les connaît bien. Cela fait 20 ans que cette Malgache est installée à la Réunion. Depuis un peu plus de deux ans, elle occupe la fonction d’adulte relais au collège des Alizés, à Sainte-Clotilde. C’est-à-dire qu’elle est chargée d’aider les jeunes en difficulté en établissant le lien entre l’établissement et leurs familles. Des familles d’immigrés, pour la grande majorité.

04/05/2006 - JIR : Quels sont les problèmes que vous avez à gérer ?
Arlette Rakotonirina : Des problèmes d’absences prolongées, de comportement ou d’incivilité. Ces derniers sont très souvent liés au contexte familial. Mon travail consiste à rencontrer les parents dépassés par la situation. Ce sont pour la plupart des familles d’immigrés, venues de Mayotte, des Comores ou de Madagascar. Vous savez, ces gens ont d’énormes problèmes, à commencer par la barrière de la langue. Leurs difficultés à s’intégrer les amènent à se replier sur eux-mêmes. Avec moi, ils arrivent à parler, ils sont rassurés parce que je les comprends et parce que je suis Malgache. De fil en aiguille, certains comprennent qu’ils doivent faire des efforts et venir au collège, participer aux conseils de classes ou rencontrer les professeurs...

Que vous disent les parents en difficulté ?
Ils sont souvent désespérés. Beaucoup de Mahorais me disent qu’aux yeux des Réunionnais, ils ne sont pas français à part entière. Je leur réponds que si, au contraire, et je leur propose de s’inscrire à l’ANPE pour des remises à niveau. Certains le font. C’est pour moi une grande satisfaction. C’est pour ça que j’aime ce métier. Quand je peux aider ne serait-ce qu’une personne à s’en sortir, je le fais.

Ressentez-vous les manifestations du racisme au collège et dans la vie de tous les jours ?
Le racisme existe partout. L’année dernière, les élèves du collège s’étonnaient que la meilleure élève d’une des classes de terminale soit Malgache. Dans la rue, lorsque les enfants se chamaillent, on entend fuser les band’ceci, band’cela. Ce sont surtout les familles mahoraises et comoriennes qui en sont victimes car ce sont elles qui rencontrent le plus de difficultés à s’intégrer. Moi-même, j’ai subi et je subis toujours des manifestations de rejet. Cela se traduit par des insultes, ou des serveurs qui tardent un peu à venir prendre votre commande au restaurant... Mais honnêtement, je n’y fais plus trop attention.

Un racisme sans couleur de peau
“Le racisme existe à La Réunion, on ne peut le nier”, soutient Swamy-Pillay Canda, président de la Ligue des droits de l’Homme basée à Saint-Denis. “Un Français sur trois se dit peu ou prou raciste, c’est inquiétant, poursuit-il. “C’est vrai que dans l’île, celui-ci n’a pas de véritable couleur, même si ce sont les communautés mahoraise et malgache qui sont le plus souvent montrées du doigt”. Une réflexion partagée par M. Issa, originaire de la Grande Comores et président de l’association les Manguiers, à Saint-Denis. Il aide au quotidien des familles de la zone à s’intégrer dans l’île. “Le racisme existe à la Réunion mais on ne retrouve pas ici de manifestations de haines pouvant aller jusqu’aux violences physiques, ou pire, à des crimes comme en métropole”, nuance-t-il. “En revanche, les Mahorais, les Malgaches, les Comoriens et même les Mauriciens sont victimes d’une autre forme de racisme”, poursuit-il. “Je parle de la méfiance, parfois exacerbée, de la population locale et de l’administration à l’égard des migrants”. Selon lui, “que le Réunionnais se trouve en face d’un Comorien au chômage, sans aucune qualification, ou d’un Comorien parfaitement assimilé, occupant un poste important, il y a quelque chose dans son regard qui traduit dans les deux cas une certaine méfiance”. Et M. Issa craint justement que cette méfiance ne soit le début d’un engrenage de difficultés beaucoup plus redoutables à l’avenir.
© Clicanoo

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LA LUTTE CONTRE LE RACISME DANS LE FOOT S’ÉTOFFE (France)

La Fédération française et la LICRA lancent une campagne contre le racisme qui vient compléter les récents dispositifs de lutte

04/05/2006 - Le travail commence à payer. Après sept années de sensibilisation des pouvoirs publics et sportifs contre le racisme et la violence dans le football, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA) voit ses efforts récompensés. Samedi, avant la finale de Coupe de France entre Marseille et Paris, l’association, la Fédération française de foot (FFF) et le ministère des Sports ont lancé une campagne d’information pour sensibiliser tous les licenciés ou joueurs occasionnels à ce fléau : « Racisme, se taire, c’est accepter. »

Malgré les mille cinq cents actes de racisme recensés par la LICRA en 2004, malgré le fait qu’une ville française sur deux (1) avoue avoir rencontré ce genre de problème sur ses terrains, « nous n’avons jamais été aussi optimistes, sourit la vice-présidente de l’association, Carine Bloch. Les temps ont changé. Les engagements sont clairs, fermes et déterminés ».

Après la convention 2005, signée avec la Ligue de foot, obligeant les clubs professionnels à lutter contre le racisme, voilà le deuxième volet. Cette fois, la FFF s’engage à oeuvrer auprès de ses 2 146 752 licenciés et ses 19 073 clubs amateurs. Chaque cadre de club recevra un guide pratique. « Dirigeants, entraîneurs seront mieux armés pour savoir quoi faire immédiatement », souligne Jean-Pierre Escalette, président de la FFF. Un observatoire a été installé afin d’effectuer un recensement de ces actes sur les terrains, afin de mieux les combattre. Le maillage du territoire est effectué par un référent dans chaque district.

De son côté, l’État a promis de compléter l’arsenal législatif. Après la récente mesure sur l’interdiction administrative de stade pour les supporters violents ou racistes, ainsi que celle concernant la dissolution des associations de ce genre de supporters, Jean-François Lamour a annoncé une réforme du statut de l’arbitre. « Prévue pour fin juin, celle-ci permettra de sanctionner plus durement toute agression contre un arbitre, ce dernier étant assimilé à un agent de service public », explique le ministre des Sports.

Reste l’arrêt des matchs en cas de violence ou de racisme. « Les choses sont prêtes, estime le président de la Ligue, Frédéric Thiriez. Mais il faut en parler le moins possible. Car sinon, certains crétins vont saisir cette occasion pour tenter d’arrêter le match. » Il reste donc encore du pain sur la planche à la lutte contre le racisme. S. G.

(1) 589 communes ont répondu au sondage effectué par la LICRA.
© L'Humanité

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'CETTE LOI VA ENCOURAGER LA CLANDESTINITÉ' (France)

Martine Aubry, qui présentait hier un livre sur l’immigration, a dénoncé le discours de Sarkozy et proposé une « régularisation forte des sans-papiers ».

04/05/2006 - Et d’une pierre trois coups. En présentant à la presse le livre Immigration, comprendre, construire ! (1) qu’elle a coordonné, Martine Aubry n’a pas ménagé ses critiques contre Nicolas Sarkozy et le projet de loi relatif à l’immigration et à l’intégration présenté, hier, à l’Assemblée nationale, tout en esquissant, à grands traits, ce que serait sa politique du droit des étrangers.

D’abord la critique. « Les discours ambigus sont devenus de plus en plus clairs », a jugé la maire PS de Lille, évoquant ceux du ministre de l’Intérieur appelant à aimer la France ou à la quitter. Ces propos « simples », « à courte vue », qui partent du principe que « les étrangers n’aiment pas la France et que donc les Français ont le droit de ne pas aimer les étrangers », cette volonté de vouloir « contrôler » les entrées en fonction des « besoins » ne sont pas à la hauteur des enjeux, estime en substance Martine Aubry.

Outre ce « racisme qui naît de propos irresponsables et populistes [...] on continue à parler de l’immigration comme un problème de stock et de flux alors qu’il est avant tout question de l’histoire d’hommes et de femmes » ayant fait de lourds sacrifices pour rejoindre notre pays. Et l’ancienne ministre du Travail et de l’Emploi de rappeler l’échec des politiques de droite sur la question, qu’attesteraient, selon elle, les lois successives sur le sujet prises les gouvernements de Jacques Chirac ces dernières années. Comme avec Sangatte, où M. Sarkozy croyait « régler le problème en supprimant le lieu [...] cette loi sur l’immigration vise à nous faire croire que l’on peut décourager l’immigration » en durcissant les conditions d’accès. Or, « elle ne fera qu’encourager la clandestinité », soit tout le contraire du but pour lequel elle a été créée. Enfin, dénonçant le principe d’écrémage des élites des pays d’où viendraient ces immigrés, la maire de Lille a également jugé « impossible » de passer de 5 % à 50 % « d’immigration choisie ». « Même les pays qui ont cette logique, comme le Canada, et qui permettent le regroupement familial (ce qui ne serait pas le cas ici - NDLR) n’atteignent que 20 % », a-t-elle noté. Mais « il ne sert à rien de critiquer sans proposer », a poursuivi Martine Aubry qui fait de la reconnaissance des apports de l’immigration à la France « notre premier devoir ». Il faudra aussi « ouvrir tous les emplois aux étrangers » et mettre en place « une véritable politique d’insertion économique et sociale ».

Contre l’écrémage et les quotas, Mme Aubry a défendu le « système de cartes », tout en insistant sur un « droit à la mobilité pour que ceux qui veulent repartir, le puissent, et qu’ils puissent aussi revenir ». Pas question non plus de remettre en cause le regroupement familial : « on garde ce qui existe ». Enfin, elle s’est déclarée pour « une régularisation forte des sans-papiers, mais avec des critères pour éviter l’afflux », marquant sa différence avec la position du candidat à l’investiture socialiste pour la présidentielle de 2007, Dominique Strauss-Kahn, qui s’y est dit hier opposé sur RMC. « Il y a des débats au PS sur cette question. On ne peut pas le nier », a reconnu Jean Le Garrec, présent au côté de Mme Aubry.

(1) Immigration, comprendre, construire ! coordonné par Martine Aubry, collection « Proposer », Éditions de l’Aube, 10 euros, 274 pages.

Cyrille Poy
© L'Humanité

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DES SANS-PAPIERS DEMANDENT ASILE À L'ÉGLISE À PARIS (France)

03/05/2006 - Des dizaines de sans-papiers et de militants des droits de l'homme se sont rassemblés aux abords de l'église Saint-Hippolyte, à Paris, pour y demander symboliquement asile, apprend-on auprès de leur collectif.

"Les sans-papiers ont décidé de s'adresser à l'église en se référant à l'opposition de celle-ci à la circulaire du 21 février (sur l'interpellation des sans-papiers) et au projet de loi Sarkozy qui passe en ce moment même en première lecture à l'Assemblée nationale", a indiqué le collectif.

Les manifestants se sont regroupés à l'église Saint-Hippolyte, située avenue de Choisy, dans le XIIIe arrondissement de la capitale.

Arrivées au début de l'après-midi, 170 personnes environ avaient l'intention de passer la nuit dans un local paroissial à côté de l'église, que le prêtre de la paroisse a bien voulu leur ouvrir, a précisé à Reuters un porte-parole des sans-papiers.

"Nous demandons à l'épiscopat français, à l'instar de son homologue belge qui accueille depuis plusieurs jours des centaines de sans-papiers, d'accéder à la demande d'asile et de relayer envers le gouvernement et l'opinion publique les revendications des sans-papiers", a expliqué le collectif dans un communiqué.

"Cette demande impérieuse est dictée par la situation intenable qu'endurent au quotidien les sans-papiers, harcelés, pourchassés, raflés sans relâche sur les injonctions d'un ministre de l'Intérieur qui chasse désormais ouvertement dans les marécages de Le Pen et de Villiers en vue des élections de 2007."

Le projet de loi Sarkozy sur l'immigration, débattu depuis mardi à l'Assemblée nationale, durcit les conditions d'entrée et de séjour des étrangers en France, ainsi que les procédures du regroupement familial et de l'acquisition de la nationalité française par le mariage.

Le texte vise une "immigration choisie" qui constitue, selon le ministre de l'Intérieur, un "rempart contre le racisme".

Ses détracteurs estiment au contraire qu'il va "précariser encore plus les immigrés".

Le projet de loi suscite les inquiétudes des Eglises chrétiennes, dont les représentants ont été reçus samedi dernier par le Premier ministre, Dominique de Villepin.
© Libération

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L'ESCLAVAGE : ABOLI, MAIS VIVACE (France)

Myriam Cottias, chargée de recherche au Centre de recherche sur les pouvoirs locaux dans la Caraïbe (CRPL, CNRS / université Antilles-Guyane)

03/05/2006 - Il semble difficile pour une nation anciennement esclavagiste de se reconnaître comme telle. Pourtant la France a franchi le cap, et le 10 mai – Jacques Chirac en a voulu ainsi – sera désormais la date officielle de commémoration nationale de l'esclavage. Cependant, où en est l'esclavage aujourd'hui dans le monde ?
Myriam Cottias : L'esclavage est aujourd'hui officiellement aboli dans tous les États du monde. Mais persistent encore des formes d'exploitation que certains qualifient d'« esclavage contemporain » et qui montrent que cette pratique millénaire n'a pas disparu. Il y aurait actuellement 200 à 250 millions d'esclaves dans le monde. Par exemple, en République dominicaine, des Haïtiens sont encore aujourd'hui exploités sans papiers dans des champs de canne à sucre. En France, dans le monde diplomatique, on a constaté récemment que des enfants de pays pauvres sont parfois ramenés pour effectuer des tâches serviles. En Inde, de jeunes enfants fabriquent des tapis enchaînés à leur métier à tisser. En Europe, des réseaux mafieux de traite d'êtres humains exploitent des femmes ou même parfois des enfants originaires des pays de l'Est ou d'Afrique. Ramenés illégalement, ils sont « utilisés » à des fins de prostitution. Il y aurait ainsi 200 000 femmes en Europe qui chaque année seraient prises au piège. La servitude pour dettes, la prostitution forcée, le trafic d'êtres humains, le travail des enfants, l'exploitation de main-d'œuvre, le tourisme sexuel, les enfants-soldats… sont autant de formes d'esclavage contemporain qui trouvent notamment leur origine dans les disparités de richesse entre les pays, les guerres et le blanchiment d'argent. Commémorer des pratiques esclavagistes passées permet aussi de rappeler que des formes d'esclavage existent encore aujourd'hui.

Pourquoi avoir choisi la date du 10 mai ?
M. C. : Dans les départements d'outre-mer, il existait déjà des dates anniversaires commémorant les soulèvements des populations locales pour lutter contre l'esclavage. Mais aucune au niveau national ne commémorait son abolition. À la suite de nombreux débats, une date a fini par faire consensus : celle du 10 mai a finalement été retenue. Elle fait référence à la date de l'adoption par le Sénat en 2001 de la loi Taubira qui condamne comme crime contre l'humanité l'esclavage à l'encontre des populations noires. Populations qui, rappelons-le, ont été durement touchées lors de la traite transatlantique au xviiie siècle : près de 15 millions d'Africains ont été déportés vers le Nouveau Monde pour travailler dans les plantations. Ceci témoigne d'une prise de conscience collective et montre que beaucoup de progrès ont été faits.

Vous parlez de progrès, qu'entendez-vous par là ?
M. C. : Pendant longtemps il n'y avait rien sur l'histoire de l'esclavage dans les livres scolaires. L'idée de la Nation française développée au xixe siècle l'ignorait et était bien souvent circonscrite aux limites hexagonales. L'historien français Seignobos écrivait alors : « La France est constituée de populations mixtes mais d'origine toute blanche », résumant la pensée que l'on transmettait à l'école à la fin du xixe siècle et qui s'est perpétuée de génération en génération. La France a parfois encore du mal à se penser plurielle et colorée, comme en témoignent certaines pratiques d'exclusion ou actes de racisme.

Elle a mis longtemps à penser que les Antillais descendants d'esclaves étaient aussi Français… ce qu'ils sont pourtant depuis 1848 ! Le terme de Français ne signifie pas qu'être blanc. Le travail des historiens est justement de remettre l'histoire de l'esclavage et de la colonisation au centre du récit national.

Comment est-on arrivé à l'abolition de l'esclavage en France ?
M. C. : Elle ne s'est pas faite en un jour : il y a eu des abolitions qui ont elles-mêmes été abolies… En France, la première a été décidée par la Convention le 4 février 1794 dans toutes les colonies françaises. Mais Napoléon rétablit l'esclavage en 1802 pour reconstituer un grand domaine colonial. La deuxième abolition, scellée par un décret instituant l'abolition définitive de l'esclavage dans les colonies françaises, a eu lieu sous la Seconde République, le 27 avril 1848.

Quel est le but du réseau thématique prioritaire sur les esclavages1 dont vous êtes responsable ?
M. C. : L'objectif est d'assurer une meilleure visibilité à la recherche francophone et de développer des axes prioritaires dans une perspective multidisciplinaire et comparatiste. D'ailleurs nous organisons, du 21 au 24 juin prochains, un colloque2 à l'EHESS qui permettra de faire un bilan de tous les travaux en sciences humaines ayant été réalisés sur le sujet et de dégager des axes de recherche.

Propos recueillis par Lætitia Louis-Hommani
© CNRS

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LA HALDE DÉNONCE LES DISCRIMINATIONS À L'EMPLOI (France)

Les discriminations à l'emploi sont à l'origine de plus de la moitié des plaintes reçues par la Halde en 2005.

03/05/2006 - La Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) a reçu environ 2.000 plaintes depuis sa mise en place il y a un an, et une quarantaine ont été transmises à la justice, annonce mardi 2 mai son président, Louis Schweitzer.
"Nous avons traité près de 2.000 réclamations la première année et le rythme des réclamations augmente", a dit l'ancien P-DG de Renault, qui a remis mardi au président Jacques Chirac le premier rapport d'activité de la Halde.

"Cela ne veut pas dire qu'il y a plus de discriminations, mais que les gens savent qu'il y a un recours efficace", a-t-il expliqué, estimant "essentiel que toute personne qui s'estime victime d'une discrimination sache qu'il y a un recours et que ce recours est efficace".
Jacques Chirac a salué "le travail remarquable" réalisé par la Haute autorité, qu'il considère comme un "élément essentiel de l'égalité des chances", écrit la présidence de la République dans un communiqué.

Discriminations à l'emploi: plus de la moitié des plaintes
Pour lutter contre les discriminations à l'emploi - à l'origine de plus de la moitié des plaintes -, la Halde a écrit aux 150 plus grandes entreprises françaises pour leur proposer des mesures concrètes (techniques de recrutement, de promotion, d'information, etc.) qui devront faire l'objet d'un suivi. "Il ne suffit pas d'exprimer de bonnes intentions; il faut mettre en place, avec les partenaires sociaux, un suivi des progrès accomplis", a souligné Louis Schweitzer.

Respect de l'égalité des chances
Outre le recueil des plaintes, la Halde a aussi pour mission de procéder à des tests de discrimination et de mener des actions pédagogiques pour le respect de l'égalité des chances. "Je ne sais pas si cela permettra d'éradiquer complètement le problème (mais) le fait que ceux qui discriminent sachent qu'ils courent un risque seront des facteurs qui permettront de progresser", a dit Louis Schweitzer dans la cour de l'Elysée. "C'est comme dans la sécurité routière : quand on a décidé de s'y mettre sérieusement, on a vu la mortalité baisser". Les réclamations concernent majoritairement des discriminations liées à l'origine ou à l'âge dans une recherche d'emploi, de logement, mais aussi des réglementations jugées inégalitaires ou encore l'accès aux biens et services privés (transports, discothèques, etc.).

L'"origine" souvent évoquée
Sur les 2.000 plaintes reçues, "l'origine" est le critère de discrimination le plus fréquemment évoqué (39,6 %) suivi par la santé et le handicap (13,9 %).
6,2 % des réclamations concernent la discrimination liée au sexe, dont plus de 40 % émanent d'hommes.
Viennent ensuite les discriminations liées à l'âge (5,6 %) et à la situation de famille (4,8 %).
Plus de 45 % des réclamations correspondent à une discrimination dans l'emploi (45,3 %), le deuxième domaine de discrimination étant l'accès aux services publics (18,3 %). Le logement ne concerne que 5,3 % des plaintes, à égalité avec l'éducation.

40 plaintes transmises au procureur
Annoncée par le chef de l'Etat en octobre 2002 et opérationnelle depuis le printemps dernier, la Haute Autorité est une instance indépendante qui a pour mission de traiter toutes les formes de discrimination - racisme, sexisme, handicap, âge, intolérance religieuse, homophobie. Elle est habilitée à saisir le parquet. Pour l'instant, 40 plaintes ont été transmises au procureur de la République, a précisé Louis Schweitzer, qui dit préférer la prévention au processus judiciaire. "Le problème du traitement par la justice, c'est que c'est un traitement lent et la situation des personnes concernées implique des réponses rapides", a-t-il dit.
Ce premier rapport annuel couvre la période du 8 mars 2005 au 28 février 2006.
© Le Nouvel Observateur

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VERTICRAWL TRAQUERA LES OFFRES D’EMPLOI DISCRIMINATOIRES (France)

03-05-2006 - Verticrawl, l’éditeur du moteur de recherche d’emploi 123-emploi.com, vient d’annoncer la sortie d’un nouveau produit pour lutter contre les discriminations. Le concept est simple : un moteur de recherche parcourra les offres d’emploi de l’Internet et identifiera celles qui ne respectent pas la législation française.

Mais attention, ce nouvel outil n’aura pas vocation à jouer le rôle du gendarme du e-recrutement. Il ne scrutera les offres d’emploi d’un site que si ce dernier en fait la demande.

"Les sites emploi ainsi que les recruteurs sont confrontés à des difficultés de rédaction et de modération des offres d’emploi au regard de la législation tant sur le plan sémantique que du point de vue juridique et pénal ", nous a expliqué Jean-François Lhuisset, le fondateur de Verticrawl.

Ce nouveau produit permettra ainsi un fort gain d’efficacité en identifiant 30 à 60% des offres discriminatoires dès sa version Alpha.

Cette solution se concentrera dans un premier temps sur les premiers critères de discrimination dont la mention est formellement interdite par la loi comme l’âge, le sexe, l’origine ethnique, la langue de l’offre par rapport au lieu de travail… " Il faut savoir aujourd’hui que certains sites présentent de nombreuses offres uniquement en anglais pour des postes basés en France. Ce qui est contraire à la loi ", nous a précisé Jean-François Lhuisset.

Pour parvenir aux résultats attendus, ce nouvel outil utilisera toutes les ressources techniques offertes par le moteur de recherche sémantique Verticrawl. D’une part, il parcourra les sites français pour référencer les offres d’emploi. D’autre part, il analysera le contenu des offres et étudiera le contexte pour déterminer s’il y a ou non discrimination. Par exemple, il signalera les offres d’emploi contenant les mentions " Nous recherchons un commercial âgé de 30 ans…" mais délaissera celles contenant " une PME existant depuis 30 ans recherche…".

Cette solution pourra être fournie en location sous forme ASP ou vendue et installée sur les serveurs du client. Deux utilisations majeures sont identifiées. Un contrôle après publication pour détecter rapidement les offres illégales ou un contrôle direct lors de la saisie des offres. Dans ce dernier cas, il sera demandé au recruteur de modifier immédiatement le texte de son annonce pour qu’il soit en conformité avec la législation. Les mentions suspectes pourront même être identifiées en couleurs.

La clientèle visée est, au départ, les sites publiant des annonces d’emploi, que ce soient les job boards ou les titres de presse. Mais rien n’empêche ensuite les grandes entreprises, soucieuses du respect de la diversité au sein de leur organisation, de s’abonner à ce service pour surveiller avec soin le contenu de l’ensemble de leurs offres d’emploi publiées sur Internet.

Une première version de cet outil est en cours de finalisation chez Verticrawl. La version Alpha sera proposée aux premiers partenaires dès septembre 2006 pour aboutir à la version 1.0 en janvier 2007. Le prix et le nom de ce nouveau produit ne sont pas encore déterminés. Notons aussi que ce produit sera évolutif en fonction des pratiques rédactionnelles des offres et de l’évolution de la règlementation.

" Nous cherchons à collaborer étroitement avec les sites emploi et les autorités comme la Halde et la charte Net-Emploi pour concevoir un produit répondant au mieux à leurs besoins" ajoute Jean-François Lhuisset. Développé en interne, ce produit de modération automatique du contenu des offres d’emploi est en tout cas configuré dès sa création pour auditer un nombre très important d’offres d’emploi : il pourra valider environ 500 000 offres d’emploi par mois.
© Focus RH

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SARKOZY S'ADRESSE À 'NOS COMPATRIOTES' (France)

Selon le ministre, son texte parle à ceux qui sont «inquiets pour leur sécurité, leur emploi...»
par Catherine COROLLER


03/05/2006 - Nicolas Sarkozy a promis d'aller chercher les électeurs du Front national un par un. Il s'y est employé hier, lors de la présentation à l'Assemblée nationale de son projet de loi relatif à l'immigration et à l'intégration. Le ministre de l'Intérieur s'est adressé à ceux de «nos compatriotes» pour qui «l'immigration est une source d'inquiétude pour leur sécurité, leur emploi, leur mode de vie». «Les Français qui pensent de la sorte sont aussi respectables que les autres», a-t-il insisté. Puis, balayant d'une phrase les «avantages» de l'immigration, il a lourdement insisté sur ses conséquences négatives, évoquant, pêle-mêle, «les cités ghettos», «les squats», «les phénomènes de bandes», «les violences urbaines». «Les Français savent que les violences qui ont éclaté dans nos banlieues à l'automne dernier ne sont pas sans rapport avec l'échec de la politique d'immigration et d'intégration», a-t-il martelé.

Contrat
Nicolas Sarkozy a rappelé la philosophie de son projet de loi : limiter l'immigration «subie» et privilégier une immigration «choisie». Un troisième axe étant d'organiser l'insertion des étrangers dans la société française en leur imposant la signature d'un «contrat d'accueil et d'intégration». Car, si «les étrangers ont des droits, ils ont aussi des devoirs», a commenté le ministre, qui ne s'est évidemment pas privé de reprendre une nouvelle fois la formule chère à l'extrême droite : «Le premier de ces devoirs est d'aimer le pays qui les accueille, et de respecter ses valeurs et ses lois. Sinon, rien ne les oblige à y rester !»

Aux chrétiens qui s'étaient inquiétés de la dureté de ce texte, le ministre de l'Intérieur a réservé un coup de griffe, s'étonnant que des gens qui «me demandent d'expulser» les sans-papiers «qui occupent leurs églises refusent à la République française de faire ce qu'eux-mêmes demandent !». Le ministre de l'Intérieur s'est également fait l'écho de la polémique qui divise les socialistes sur la question de la régularisation des sans-papiers.

Ironie
Hier, Dominique Strauss-Kahn, candidat à l'investiture PS pour la présidentielle de 2007, a indiqué son opposition à une «régularisation massive» des clandestins. «J'ai été heureux d'entendre monsieur Strauss-Kahn répondre de façon responsable à Laurent Fabius qui appelait à une régularisation générale», a ironisé le ministre de l'Intérieur. Avant le débat parlementaire, le porte-parole du PS, Julien Dray, avait rappelé la position officielle de son parti : régularisation «au cas par cas» des immigrés clandestins et organisation d'une «immigration partagée» reposant sur la «contractualisation des flux migratoires avec les pays d'origine».

Le groupe PS a annoncé le dépôt d'une cinquantaine d'amendements de suppression du texte. Pour le socialiste Bernard Roman, le texte de Sarkozy est destiné à séduire «l'électorat réactionnaire». Plus tôt dans la journée, la CGT, la CFDT et l'Unsa avaient jugé les mesures contenues dans la loi «dangereuses», car elles «alimentent la montée de la xénophobie et des pratiques discriminatoires».

Imperturbable, Nicolas Sarkozy a réaffirmé sa volonté d'ouverture pour tenir compte des inquiétudes exprimées par les associations et les Eglises. Il a ainsi promis qu'«aucune remise en cause des dispositions concernant le séjour des étrangers malades» ne sera votée, comme cela avait été envisagé dans un premier temps. Alors que son mandat s'achève aujourd'hui, la défenseure des enfants, Claire Brisset, a dit son inquiétude sur «les effets dévastateurs pour les familles et les enfants» des mesures concernant le regroupement familial.
© Libération

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LANGUEDOC-ROUSSILLON : LE FN S’EN PREND AUX SUBVENTIONS LGBT (France)

03/05/2006 - Pour Alain Jamet, le président du groupe FN au Conseil Régional Languedoc-Roussillon, "les subventions versées aux associations gays et lesbiennes sont nuisibles". C’est ce qu’il a déclaré le week-end dernier sur l’antenne de France 3 Sud.

Invité de l’émission "C’est politique" sur France 3 Sud le samedi 29 avril, Alain Jamet, Président du groupe FN au Conseil régional Languedoc-Roussillon, a qualifié les subventions versées aux associations gays et lesbiennes de "nuisibles".

Interrogé par un journaliste de France 3 Sud quant au terme "nuisible" prononcé par le leader FN régional, l’échange s’oriente d’emblée sur les subventions LGBT. "Nuisibles ? Qu’est ce que cela veut dire ?", rebondit l’interviewer. Réponse d’Alain Jamet : "Quand on subventionne telle ou telle association gay et lesbienne, telle ou telle association caritative qui dépend d’un parti politique, comme le Secours Populaire …".

Pour le Collectif contre l’homophobie de Montpellier, "avec ces déclarations, on comprend mieux l’ostracisme dont furent victimes les associations gays et lesbiennes de la part de l’institution régionale présidée pendant 18 ans par Jacques Blanc, à la tête d’une alliance entre la droite et l’extrême droite".
© E-llico

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LES DROITS DES IMMIGRÉS ENFIN PRIS AU SÉRIEUX ?

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi, à Paris, à l’occasion de la journée nationale d’action contre le projet de loi de Nicolas Sarkozy.

02/05/2006 - Une fois n’est pas coutume, il serait bien venu de prendre exemple sur les États-Unis et leurs centaines de milliers de manifestants contre la loi anti-immigrés du gouvernement Bush. En ce sens, la manifestation de samedi après-midi marque peut-être un tournant dans la mobilisation pour les droits au respect et à la dignité des étrangers désireux de vivre en France. À l’initiative du collectif Uni(e) s contre l’immigration jetable, regroupant près de 500 associations, syndicats et partis de gauche, quelque 10 000 personnes ont défilé entre la place de la République et celle du Palais-Royal. Loin d’être spectaculaire, le cortège a révélé l’élargissement et l’amplification du rejet du deuxième projet de loi en trois ans du ministre de l’Intérieur sur le thème de l.

Jeu et surenchère raciste
Dans le carré de tête de la manifestation, Jean-Pierre Dubois pour la Ligue des droits de l’homme, Mouloud Aounit pour le MRAP, Jean-Claude Amara pour Droits devant, Aïda Chouk pour le Syndicat de la magistrature, Bruno Julliard pour l’UNEF, Fernanda Marrucchelli pour le PCF ou encore Alain Krivine pour la LCR. Derrière eux, toute la diversité du mouvement avec, par exemple, le Réseau éducation sans frontières qui poursuit sa lutte contre les reconduites à la frontière des jeunes sans-papiers scolarisés. Ou encore le comité de soutien aux expulsés du 35, rue Dunois, dans le 13e arrondissement de Paris, dont plusieurs sans-papiers qui n’ont pas été relogés. Une délégation de la ville d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) est également présente, rappelant son soutien aux sans-papiers de la commune. Alors que la droite dite républicaine est entrée dans le jeu de la surenchère raciste, les autocollants signés conjointement par SOS Racisme et la FIDL font écho à la récente sortie du ministre de l’Intérieur : « M. Sarkozy, la France aimez-la ou quittez-la », rétorquent ces organisations.

« Si le projet de loi est accepté, la France deviendra un pays où les étrangers se verront contester le droit de vivre en famille, de se marier, d’avoir des enfants, d’étudier, alors que ces droits fondamentaux constituent, avec le droit d’asile, ce que le gouvernement appelle « l’immigration subie » », a dénoncé le GISTI.

Une pétition au Palais de l’élysée
Pour Catherine Teulé, vice-présidente de la LDH, ce texte est « un vrai projet xénophobe qui présente l’étranger comme un poids, comme un gêneur, source de nombreux maux dans notre pays ». Les opposants au projet de loi ont prévu de se retrouver, aujourd’hui, à 18 heures, derrière l’Assemblée nationale (place du président Édouard-Herriot) ainsi que le 13 mai, de nouveau place de la République, pour une manifestation nationale qui devrait se terminer par une remise de pétitions au palais de l’Élysée.

Ludovic Tomas
© L'Humanité

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LE COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU CRAN (France)

02/05/2006 - Le CRAN, le 10 mai : Des réponses amicales à des propos qui le sont moins...

Afin de commémorer le 10 mai, le CRAN souhaitait organiser une grande manifestation culturelle, Place de la Bastille à Paris.

Ce projet avait été mis en oeuvre avec la Ligue de l'enseignement, la Ligue des Droits de l'Homme, SOS Racisme et Trace TV. Il s'agissait d'inviter des artistes engagés, et de diffuser des séquences vidéo sur l'esclavage, sur Toussaint Louverture, sur le commandant Delgrès, des entretiens avec Aimé Césaire, Maryse Condé, des jeunes et des moins jeunes d'aujourd'hui. Le tout, place de la Bastille, pour commémorer la fierté des esclaves qui se sont libérés.

Le projet avait reçu un avis très favorable du Comité pour la mémoire de l'esclavage, dirigé par Maryse Condé, et il était activement soutenu par Christiane Taubira, qui s'est battue jusqu'au bout pour qu'il puisse aboutir. Il s'agit là de personnes dont la compétence sur les questions liées à la mémoire n'est plus à démontrer.

Le CRAN et ses partenaires se sont démenés, et nous avons fini par obtenir de plusieurs institutions publiques des subventions pour un montant total de 170 000 Euros. Cela permettait de faire cette action publique pour célébrer l'abolition de l'esclavage, en faisant passer un message fort pour la jeunesse de ce pays en particulier, et pour tous nos concitoyens en général.

Malheureusement, certains ont lancé une campagne de dénigrement, diffusant même des images du carnaval de Rio, et d'autres plus ou moins obscènes, pour affirmer que tel était notre projet pour le 10 mai. Pouvait-on sérieusement croire que Madame Taubira, Madame Condé, la Ligue des droits de l'Homme et tous les autres soutenaient un « carnaval » ou une « bamboula » pour célébrer le 10 mai ?

Cette campagne de mauvaise foi, relayée par des personnes de bonne foi, mais manipulées malgré elles, a fini par payer. Les pressions exercées sur les bailleurs (certains sont même allés jusqu'à menacer d'envoyer des casseurs lors de cette manifestation culturelle!) ont été efficaces, et l'Etat, trop content d'avoir une bonne excuse pour ne rien faire le 10 mai, a finalement retiré sa subvention. Moralité, il n'y aura aucun événement d'importance nationale pour célébrer l'abolition de l'esclavage cette année. Le 10 mai a donc été instrumentalisé pour régler des comptes, et certains préfèrent priver la nation tout entière d'une grande action culturelle en mémoire de l'esclavage, pourvu que cela puisse nuire au CRAN. Mais est-ce bien le CRAN qui pâtit de tout cela ?
© Grioo

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ESCLAVES D’HIER ET D’AUJOURD’HUI (France)

02/05/2006 - A l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 10 mai prochain, Thalassa propose une émission spéciale consacrée à l’esclavage. Celui de notre histoire d’hier, mais aussi celui des histoires d’aujourd’hui, en Afrique.

Avec un document exceptionnel et bouleversant, l’histoire de Joseph et Félix, enfants-esclaves des pêcheurs du Lac Volta au Ghana.

Pour cette émission spéciale, Thalassa a rencontré l’écrivain martiniquais Aimé Césaire. Esclavage, racisme, colonisation et identité noire : le grand poète, chantre de la négritude, nous livrera ses réflexions, ses combats.

1ère partie : Le voyage de la mémoire
Aboli officiellement en 1848, en France grâce à Victor Schoelcher, l’esclavage aurait fait 15 millions de victimes, 15 millions de noirs, hommes, femmes, enfants, déportés sur trois siècles. Ce chiffre avancé par les historiens africains est certainement en-dessous d’une réalité plus terrible encore. De l’île de Gorée, l’embarquement pour l’enfer, aux florissants ports européens du commence triangulaire, retour sur quelques hauts lieux de l’esclavage.

Trois reportages illustrent ce voyage dans l’histoire :
-L’île de Gorée
-Bordeaux - Liverpool : mémoires noires
-Le code noir

2ème partie : l’esclavage moderne
Le voyage dans le présent nous confronte à une réalité paradoxale et dérangeante : aboli, l’esclavage n’a pas pour autant été éradiqué de la planète ; il se camoufle parfois sous d’autres formes d’exploitation. En ce début de XXIe siècle, des hommes, des femmes et des enfants sont encore exploités par leurs semblables, privés de liberté et de dignité.

Après notre rencontre avec Aimé Césaire, 2 reportages sont consacrés à la réalité de l’esclavage d’aujourd’hui :
-Les petits esclaves du lac Volta
-Libéria : chronique d’une violence annoncée

Retrouvez l’émission également sur Planète Thalassa, Lundi 8 mai à 20h45

Voir le dossier avec, entre autres, liens utiles et bibliographie:

http://www.thalassa.france3.fr/thalassa-emission.php?id_article=1256
© France 3

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L'ÉTRANGER, CE BOUC ÉMISSAIRE (France)

La droite assimile délinquance et crise économique aux seuls immigrants.
par Pénélope Komitès, adjointe (Verts) au maire de Paris chargée des personnes handicapées


02/05/2006 - Le recul sur le CPE ne constitue en aucun cas la fin de l'offensive contre le droit du travail et encore moins celle que mène la droite pour imposer la précarité comme mode de vie à une partie importante de la population. Avec les dispositions maintenues de la loi pour l'égalité des chances, comme avec celles sur l'immigration, le gouvernement répond aux attentes du patronat en multipliant les contrats précaires. Il défend ses projets, arguant que davantage de flexibilité pour les entreprises permettrait de créer des emplois. Le projet gouvernemental de réforme du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda) obéit à une philosophie politique identique. Persévérant dans sa volonté de désigner l'étranger comme le responsable de tous les maux, et l'immigration comme le problème.

Prompt à provoquer abus et écarts verbaux, le gouvernement s'apprête à mener une nouvelle bataille destructrice sur le statut des étrangers, en les livrant plus encore au pouvoir discrétionnaire des préfets et à l'arbitraire des maires. La droite entend réduire l'étranger à sa force de travail en niant les droits attachés à sa personne. Le gouvernement porte une lourde responsabilité dans le développement du racisme et de la xénophobie, dans la mesure où ces immigrés supportent, de plein fouet, les conséquences des discours publics assimilant la délinquance et la crise économique aux seuls étrangers. Cette responsabilité n'est pas l'apanage de Nicolas Sarkozy, c'est aussi celle de Dominique de Villepin, qui a initié le mouvement lorsqu'il était lui-même au ministère de l'Intérieur, et, plus généralement, c'est celle d'un gouvernement tout entier qui proclame la fin de «l'immigration subie» et promeut «l'immigration choisie», reprenant à son compte certaines des propositions du Front national lorsqu'il s'agit de limiter toujours plus les droits des étrangers.

Le projet de réforme du Ceseda constitue un véritable pas en avant en matière de négation des droits des étrangers, et renforce la logique de criminalisation et de suspicion permanente, déjà largement présente dans la loi dite «Sarkozy» du 26 novembre 2003, qui avait pour objectif affiché de lutter contre l'immigration irrégulière, par une prétendue maîtrise des flux migratoires, et d'en finir avec la double peine. Deux ans après, non seulement la double peine n'a pas disparu et reste une pratique courante, mais en sus, cette loi a eu pour conséquences de rendre la vie impossible à des milliers de familles, d'accentuer les discriminations en augmentant les contrôles au faciès, de renforcer la suspicion systématique à l'égard de l'étranger, qui serait par nature fraudeur, menteur et feignant, et de criminaliser les mouvements de solidarité. La traque impitoyable des sans-papiers est à l'oeuvre : les rafles violentes opérées par les CRS sont devenues monnaie courante, obligeant des familles entières à vivre dans la peur quotidienne.

Choisir les immigrés en fonction des besoins de l'économie, les renvoyer une fois le travail fait, c'est le sens de la réforme Ceseda examinée au parlement à partir du 2 mai. Elle s'attaque aux droits fondamentaux de tous et de toutes : le droit au mariage, le droit au respect de la vie familiale et privée ne concernent pas que les étrangers, mais la société tout entière. Après les mariages de complaisance, le gouvernement prétend s'attaquer à la paternité de complaisance ! Etre étranger et père ou mère d'un enfant devient suspect, tout autant que de souhaiter recevoir des soins en France lorsque l'on est étranger.

Les étudiants ne sont pas épargnés, le gouvernement officialise avec le projet de loi Ceseda la mise en oeuvre d'une sélection des meilleurs éléments et s'inscrit dans la droite ligne d'une vision purement utilitariste de l'immigration. Qu'importe que cette sélection entraîne un «pillage» des cerveaux des pays d'origine. Qu'importe les incertitudes qui demeurent sur le statut de l'étudiant étranger, une fois son diplôme en poche. L'essentiel est sauf : concilier le rayonnement intellectuel de la France et les impératifs du développement économique.

Enfin, la suppression du droit à la délivrance d'un titre de séjour, pour les étrangers présents depuis au moins dix ans en France, les condamne à l'irrégularité perpétuelle, à être une main d'oeuvre docile et corvéable pour des patrons voyous, mettant fin aux espoirs de régularisation des sans-papiers.

Ces réformes obéissent à une même logique de précarité, de contrôle social, de recul des droits, soumis aux contraintes économiques et boursières, et de concurrence entre salariés précaires. Il s'agit d'un projet politique global porteur de régression sociale, de discrimination et d'injustice, qu'il appartient à l'ensemble des citoyens et à la société civile de rejeter vigoureusement. Ensemble, nous devons refuser la logique de ces projets de lois, qui vise à légitimer la précarité et à créer des citoyens ­ travailleurs et étrangers ­ de seconde zone. Ensemble, nous devons dénoncer la remise en cause des droits fondamentaux, qui forment le socle des valeurs d'égalité, de liberté et d'accueil de notre République.
© Libération

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DELANOË REND HOMMAGE À BRAHIM BOUARRAM (France)

Le maire de Paris a déposé une gerbe de fleur à la méoire du jeune homme tué en marge du cortège du FN le 1er mai 1995

01/05/2006 - Le maire de Paris s'est rendu sur le pont du Carrousel pour un hommage à Brahim Bouarram, un jeune Marocain jeté dans la Seine en marge du cortège du Front national le 1er mai 1995. Bertrand Delanoë a déposé une gerbe de fleurs devant la plaque commémorative posée en 2003 sur les lieux de cet assassinat. Chaque année, les associations anti-racistes appellent à ce rassembler en souvenir du jeune homme le matin du 1er mai.
© Le Nouvel Observateur

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LE PEN RÊVE D’UNE 'UNION PATRIOTIQUE' POUR 2007 (France)

A l’occasion de son traditionnel rassemblement du 1er mai, le leader du Front national a officiellement lancé lundi sa campagne présidentielle et dénoncé la «crise de régime» qui fait «vaciller» la France.

01/05/2006 - Jean-Marie Le Pen a renouvelé lundi son appel à une « union patriotique » pour les élections présidentielles et législatives de 2007, lors du traditionnel défilé du 1er mai des troupes frontistes en hommage à Jeanne d'Arc, place de l'Opéra à Paris. « Je renouvelle mon appel à l'union patriotique, dont naturellement je prendrai la tête puisque je suis le mieux placé de tous les candidats qui se réclament de la droite nationale pour l'emporter », a-t-il lancé aux quelque 3.000 personnes selon la police, 12.000 selon le parti. Une affluence comparable à celle de l'année dernière.

Le chef d’extrême droite a profité de son discours pour faire montre d’ouverture. « Cette main tendue, je la tends à tous, anciens compagnons comme nouveaux concurrents ». Un clin d’œil au président du Mouvement pour la France, Philippe de Villiers, qui courtise les électeurs du FN, mais qui a décliné l’offre.

« Ceux qui la refuseront devront prendre la responsabilité de le dire devant l'histoire », a mis en garde Jean-Marie Le Pen. Autre allusion au député de Vendée, le président du FN a vilipendé les « plagiaires qui se multiplient » et les « pâles imitateurs qui ne sont plus que des duplicators, des caricators dont la seule fonction est de ramener des voix au système et de lui permettre de se perpétuer ».

«Aimez-là ou quittez-là»
Les militants de la formation extrémiste se sont félicités de la surenchère des partis de droite sur l'immigration qui, selon eux, confortent leurs thèses. «Aimez-là ou quittez-là», proclamaient des pancartes en forme de carte de France brandies tout au long du cortège pour revendiquer l'antériorité du slogan sur l'immigration récemment repris par le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, lui-même sur les pas de Philippe de Villiers. «S'il y en a que cela gêne d'être en France, qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas», avait déclaré le président de l'UMP fin avril. Un Nicolas Sarkozy qualifié de « fidèle soldat du chiraquisme depuis 30 ans » et « adepte du grand écart soutien-rupture » par Jean-Marie Le Pen.

Juché sur une estrade tricolore, le président du FN, âgé de 77 ans, a tenu à afficher son optimisme pour 2007, au fil de ses 50 minutes de discours: « Je crois en la victoire nationale aux deux tours de l'élection présidentielle, nos idées gagnent du terrain », a-t-il conclu à la lumière des trois crises de ces derniers mois - le référendum du 29 mai, les émeutes de banlieue et le contrat première embauche (CPE) -.

Le FN se prépare à des élections anticipées
«Il n'est pas impossible que la ruine du système entraîne des élections anticipées, en tout cas, nous nous y préparons», a expliqué en marge du défilé, Marine Le Pen. Pour la vice-présidente du FN, «l'ensemble de la classe politique légitime» son père, en venant sur ses positions sur «l'immigration, la mondialisation, les délocalisations et l'analyse du système politique».

Selon une enquête Ifop publiée le 21 avril, 34% des Français estiment que l'extrême-droite est «proche de leurs préoccupations». «Et encore, les sondages se fondent sur l'hypothèse d'une candidature unique au Parti socialiste et à l'UMP», note pour sa part Bruno Gollnisch. «Mais les divisions et la désagrégation du pouvoir sont tels que l'on peut envisager des candidatures multiples», faisant le jeu de Jean-Marie Le Pen, ajoute le délégué général du FN.

Clearstream : une « grosse bulle d’air »
Le chef du parti frontiste est resté prudent sur l'affaire Clearstream : il y voit une «grosse bulle d'air» susceptible de détourner l'attention. Pour lui, «le mensonge d'Etat» illustré par les mises en cause de Dominique de Villepin, voire de Jacques Chirac, dans une manipulation visant Nicolas Sarkozy, «est aujourd'hui dans notre République bananière une règle générale».

«C'est aujourd'hui l'affaire Clearstream qui, traduite en Français, se dit littéralement courant clair alors qu'il s'agit probablement d'un torrent de purin», a-t-il dit. «Les dirigeants de la majorité se prennent à la gorge, les plus hautes personnalités sont mises en cause et la République vacille. Il est temps de changer les choses avant que le pays ne se disloque et ne se décompose.»

A l’occasion de son traditionnel rassemblement du 1er mai, le leader du Front national a officiellement lancé lundi sa campagne présidentielle et dénoncé la «crise de régime» qui fait «vaciller» la France.
© Le Figaro

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LE FN EN ORDRE DE MARCHE POUR 2007 (France)

Plusieurs milliers de personnes ont commencé à défiler ce lundi à Paris pour le traditionnel rassemblement du 1er mai du Front national, aux cris de "Le Pen président". Jean-Marie Le Pen, a déposé une gerbe au pied de la statue équestre de Jeanne d'Arc, place Saint Augustin, lieu de départ du défilé.

01/05/2006 - Trois grands ballons, bleu, blanc et rouge, ouvrent le cortège. Brin de muguet à la boutonnière, Jean-Marie Le Pen, qui est accompagné de sa femme, de sa fille Marine et de sa petite-fille Marion, a pris place au premier rang avec les membres du bureau du FN derrière une large banderole sur laquelle est inscrit: "Le Pen à l'Elysée, du travail pour les Français". Dans le cortège où s'élèvent des "Le Pen président", nombre de participants brandissent des pancartes représentant la France sur lesquelles est écrit: "Aimez là ou quittez là!". Nicolas Sarkozy, qui défendra à partir de mardi devant les députés son projet de loi sur l'immigration, avait repris ce slogan de Jean-Marie Le Pen la semaine dernière. Peu après le départ du défilé place Saint Augustin, deux jeunes en embuscade ont lancé des oeufs pourris et des caillous en direction du cortège, avant de prendre la fuite.

A un an du scrutin, les dirigeants du FN jugent que Jean-Marie Le Pen a de nouveau le vent en poupe, malgré les offensives croisées de Philippe de Villiers et de Nicolas Sarkozy sur son électorat. Le leader du FN est selon les sondages à 14% d'intentions de vote, un score considéré comme excellent : un an avant l'élection présidentielle de 2002, et son score historique de 16,8%, il était encore à 10% d'intentions de vote. Une pancarte généreusement distribuée dans le cortège lundi rappellera tout de même le slogan visant les immigrés, "la France aime-la ou quitte-la", utilisé dans le passé par le FNJ, repris récemment par Philippe de Villiers et paraphrasé par Nicolas Sarkozy.

Jean-Marie Le Pen, un homme "de centre droit"
Mais il n'empêche. Jean-Marie Le Pen dont certains proches répètent qu'il est au fond un homme "de centre droit", se paye même le luxe de glisser dans ses conférences de presse qu'il est en fait un "modéré", comparé à certains nouveaux extrêmes. Après la parution du brûlot anti-islamiste de Philippe de Villiers la semaine dernière, sa fille Marine a expliqué par exemple que le FN, même s'il est persuadé "des dangers de l'immigration", refuse d'utiliser dans le débat "une notion religieuse qui n'est pas la nôtre, ni celle de nos militants".

Pourtant, si les électeurs semblent rester fidèles à Jean-Marie Le Pen, les flon-flon du 1er mai ne pourront sans doute pas faire oublier les tensions qui traversent l'appareil du Front. Il y a quelques jours, Jean-Marie Le Pen a suspendu du bureau politique Christian Baeckeroot, un farouche opposant de sa fille Marine, sanctionné pour avoir diffusé à l'ensemble des membres du comité central une note récapitulant toutes ses critiques sur la stratégie suivie par le FN de 2002. Une partie de l'appareil du Front s'oppose à la personnalité de Marine Le Pen et à sa stratégie de "dédiabolisation", en estimant qu'elle risque de conduire le parti à abandonner ses "fondamentaux" comme l'opposition à la loi Veil sur l'avortement.

Les conflits entre partisans et opposants de Marine Le Pen ont également ressurgi dans un bras de fer autour de la nomination du secrétaire départemental du Pas-de-Calais, au coeur du fief de Carl Lang, figure de l'appareil du FN. Les partisans de Marine et Jean-Marie Le Pen ont été mis en minorité au bureau politique du FN sur la nomination de leur poulain, Steeve Briois, à laquelle s'opposait Carl Lang. Au final, Steeve Briois a finalement été nommé "chargé de mission", assumant les tâches de secrétaire départemental, mais sans avoir le droit au titre officiel.
© TF1 LCI

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CLEARSTREAM: MARINE LE PEN ESPÈRE DES ÉLECTIONS ANTICIPÉES (France)

01/05/2006 - Le délitement de la majorité et l'affaire Clearstream replacent le Front national "au centre du débat" et lui laisse espérer des élections anticipées porteuses pour l'extrême droite, estime Marine Le Pen.

"Il n'est pas impossible que la ruine du système entraîne des élections anticipées, en tout cas, nous nous y préparons", a déclaré la vice-présidente du FN mardi en marge du défilé du 1er mai du parti de Jean-Marie Le Pen.

Pour Marine Le Pen, deux facteurs démontrent que le président du FN pourrait faire mieux en 2007 qu'en 2002: les sondages le plaçant en troisième position et la "légitimité" donnée à ses thèses par d'autres partis.

"Un an avant 2002, Jean-Marie Le Pen n'était qu'à 7% à 9% dans les sondages. Aujourd'hui, à un an de celle de 2007, il est crédité de 12 à 14%", souligne-t-elle.

Lors de la dernière présidentielle, le président du Front national avait créé un séisme politique en éliminant le socialiste Lionel Jospin pour accéder au second tour face à Jacques Chirac.

Marine Le Pen considère que jamais les idées du FN n'ont trouvé parallèlement autant d'écho dans le débat politique.

"L'ensemble de la classe politique vient aujourd'hui sur nos thèmes, sur l'immigration, la mondialisation, les délocalisations et l'analyse du système politique et la demande de proportionnelle", affirme-t-elle. "Donc, elle les légitime".

Marine Le Pen souligne que non seulement le président de l'UMP Nicolas Sarkozy mais aussi le socialiste Jack Lang se sont récemment prononcés pour l'introduction d'une dose de proportionnelle, autre sujet cher au FN.

"Un autre concept revient au centre des discours, la Nation, et nous avons là-aussi une antériorité", ajoute-t-elle.
© Boursier

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MANIFESTATION À PARIS CONTRE LE PROJET DE LOI SUR L'IMMIGRATION (France)

29/04/2006 - A l'appel du collectif "Uni(e)s contre une immigration jetable", 5.200 personnes ont défilé samedi après-midi à Paris, entre la place de la République et le Palais Royal, pour exprimer leur opposition au projet de loi sur l'immigration et l'intégration, selon la préfecture de police.

Les manifestants, qui ont marché dans le calme derrière une banderole appelant à la "régularisation de tous les sans papiers", entendaient dénoncer le projet de loi du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, qui sera examiné à l'Assemblée nationale à partir de mardi.

Le PCF, les Verts, la FSU, le MRAP et SOS Racisme s'étaient notamment associés à ce rassemblement parisien, qui devrait être suivi d'une manifestation nationale le 13 mai prochain.

A l'issue du défilé, une quarantaine de manifestants ont entrepris d'occuper la Sainte-Chapelle, vers 17h: ils ont été évacués par les forces de l'ordre vers 18h30, a-t-on précisé à la préfecture de la police en soulignant qu'aucune interpellation n'avait eu lieu.

Selon un communiqué, les manifestants -des militants du 9e collectif des sans papiers, d'Act Up Paris, des étudiants en lutte et des membres de la coordination des intermittents et précaires- demandaient notamment la libération des sans-papiers détenus, le retrait du projet de loi sur l'immigration, la régularisation des sans papiers, le retrait de la loi pour l'égalité des chances, le retrait du CNE (contrat nouvelles embauches) et l'abrogation de la convention UNEDIC 2006 et du protocole sur l'intermittence.

Pour le collectif "Uni(e)s contre une immigration jetable", qui dit regrouper près de 500 organisations, "avec le projet de modification du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), la France deviendra l'un des pays de pointe de l'immigration utile, c'est-à-dire un pays où les étrangers deviendront des outils de la prospérité nationale, jetables après usage".

"Laisser passer la réforme revient à accepter le retour aux valeurs archaïques de l'inégalité des êtres humains selon leur origine ou la couleur de leur peau", ajoute-t-il dans un communiqué.
© La Tribune France

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UN CRI CONTRE LE RACISME ET CONTRE L’INTÉGRISME (France)

29/04/2006 - Citoyens à la fois opposés au racisme et à l'intégrisme, nous poussons un cri. Depuis le 11 septembre 2001, le débat public semble avoir perdu tous ses repères. Tandis qu'une droite populiste et raciste surfe sur la peur de l'autre et de l'islam (en amalgamant Arabes avec musulmans, musulmans avec intégristes et intégristes avec terroristes), une certaine gauche a abdiqué tout esprit critique face à l'obscurantisme et traite d'«islamophobe» toute personne ayant l'audace de dire non à l'islam politique réactionnaire. Même lorsque cette résistance se fait au nom de l'attachement à la laïcité, à l'égalité hommes-femmes, par refus de l'incitation à la haine sexiste, homophobe ou antisémite. Il faut d'urgence sortir de ce double piège. Et redire, haut et fort, que nous voulons nous battre à la fois contre le racisme et contre l'intégrisme. Tous les racismes (antiarabe comme antijuif, comme antifemme ou antihomosexuel) et tous les intégrismes (de toutes les religions).

Pour éviter que le 11 septembre ne sonne le glas de la laïcité, il faut cesser de se taire face à l'offensive de l'islam intégriste. Elle gagne partout du terrain. En Palestine et en Egypte, les Frères musulmans (matrice de l'islam politique réactionnaire) viennent de remporter des succès électoraux comme jamais. Ailleurs, ils se placent en médiateurs, voire en tuteurs des communautés musulmanes sous prétexte de lutter contre le terrorisme. Comme en Angleterre ou en France. Après avoir invité l'UOIF à s'asseoir à la table de la République et du Conseil français du culte musulman, Nicolas Sarkozy ne propose-t-il pas de modifier la loi de 1905 ? Dans le même temps, des députés UMP, comme Eric Raoult ou Jean-Marc Roubaux, ne proposent-ils pas de réactiver le délit de blasphème à la demande d'organisations musulmanes refusant le droit à l'irrévérence et à la caricature ? Si ces deux piliers, la loi de 1905 et la liberté d'expression, tombaient ou du moins s'effritaient, avec quelles armes pourrions-nous nous défendre face à cet obscurantisme qui a bien le visage de nouveau totalitarisme ? Sur quoi pourrions-nous bâtir notre résistance face à la montée de tous les fanatismes ?

Pour éviter un second 21 avril 2002, tout en menant ce combat contre l'intégrisme, il faut aussi reprendre la lutte contre le racisme et l'extrême droite. Dire et redire que le combat contre l'obscurantisme n'est pas un combat contre l'immigration ou contre les croyants. Mais un combat républicain et laïque devant unir tous les citoyens, quelle que soit leur origine, croyants, athées ou agnostiques. Même si les médias ne veulent pas l'entendre et préfèrent souvent donner la parole aux barbus ou aux filles voilées, ce combat est remarquablement porté aujourd'hui par des citoyens de culture ou de confession musulmanes (81 % sont attachés au principe de laïcité). En particulier, ceux d'origine algérienne ou iranienne (10 % des chauffeurs de taxis parisiens sont des Iraniens réfugiés en France). Ceux-là ont fui l'islamisme et connaissent, mieux que personne, le prix à payer lorsque la religion fait la loi. Les musulmans du monde entier, comme les habitants des quartiers populaires français, sont les premières victimes de l'intégrisme. Nous refusons de laisser ces êtres et ces quartiers être mis sous tutelle par des groupes religieux parce que l'Etat se désengage du social.

De même que nous refusons de laisser croire que les émeutes de novembre dernier ou les explosions de violence sont dues à l'«islamisation» de la France. Les islamistes n'en ont pas été les inspirateurs, même s'ils ont essayé d'apparaître auprès des pouvoirs publics comme des médiateurs pouvant se substituer aux autorités de la République. Sans succès. Pour l'instant... Qu'en sera-t-il lorsque le lien social et interculturel ne sera plus qu'un champ de ruines, à cause des subventions qui n'arrivent pas aux associations citoyennes, ou qui arrivent trop aux associations confessionnelles ? La colère, la rage, la recherche du profit et de l'argent facile, sont bien à l'oeuvre dans les quartiers défavorisés. Si «islamisation» il y a, elle est due certes à la propagande des intégristes mais aussi au fait d'abandonner des citoyens et des quartiers entiers à l'exclusion, à l'inégalité et à la stigmatisation.

En cela, les discours plein de haine et de raccourcis de Jean-Marie Le Pen ou de Philippe de Villiers, ou encore celui de Nicolas Sarkozy (qui dit dans son livre préférer l'espérance religieuse à l'espérance sociale), ne peuvent que contribuer à grossir les rangs des islamistes. Nous refusons de leur laisser le combat pour l'égalité, les libertés et la laïcité. Les signataires de ce cri demandent donc à chaque formation qui postule aux prochains suffrages de s'engager clairement à combattre sans concession à la fois l'intégrisme que représente l'islam politique liberticide et le racisme.

INITIATEURS : Caroline Fourest (essayiste et rédactrice en chef de la revue ProChoix), Corinne Lepage (ancienne ministre et présidente de Cap 21), et Pierre Cassen (Les Amis de Respublica)

ASSOCIATIONS SIGNATAIRES : La Revue ProChoix, l’Union des Familles Laïques, Les Amis de Respublica, SOS Racisme, Le Mouvement Français pour le Planning Familial, Femmes contre les intégrismes, AIME (d’ailleurs ou d’ici mais ensemble), Comité Laïcité République, LEA (Laïcité Ecologie Association) PARMI LES PREMIERS SIGNATAIRES : Yvette ROUDY (Ancienne ministre), Philippe VAL (directeur de Publication de Charlie hebdo), Elisabeth BADINTER (Philosophe), Fiammetta Venner (Politologue et essayiste), Antoine Sfeir (directeur des Cahiers de l’Orient), Chahla CHAFIQ (Sociologue et écrivaine), Juliette Minces (Anthropologue), Bernard Teper (président de l'Union des Familles Laïques), René Pétillon (dessinateur), Loubna Méliane (Co-fondatrice du Mouvement Ni Putes Ni Soumises), Ingrid Renaudin (Co-fondatrice du Mouvement Ni Putes Ni Soumises), Dominique SOPO (président de SOS RACISME), Samia LABIDI (Association d’Ailleurs ou d’Ici Mais Ensemble), Ziad GOUDJIL (Histoires de Mémoire), Annie SUGIER (présidente de La Ligue du Droit International des Femmes), Linda Weil-Curiel (Commission pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles), Fatima LALEM (sociologue et militante au MFPF), Françoise KEYSER (Femmes contre les Intégrismes), Philippe Foussier (Président du Comité Laicité République), Patrick Kessel (Président d'Honneur du Comité Laïcité République), Philippe NAMIAS (président de Laïcité Ecologie Association), Bernard Frederick (rédacteur en chef de la revue FondationS), Lola Devolder (membre du comité éditorial de ProChoix), Taos Aït Si Slimane (Médiatrice scientifique à la Cité des sciences), Michèle Vianès (responsable d'associations, féministe et laïque), Nasser RAMDANE (responsable à SOS Racisme), Alain Callès (Ancien président du Mrap), Emmanuelle Le Chevallier (Membre du Conseil d'Administration du MRAP), Nadia Kurys (membre du Bureau Exécutif national et de la Présidence nationale du MRAP), Arlette ZILBERG (adjointe au maire du 20ème arrondissement de Paris, élue Verte), Hélène ZANIER (conseillère municipale Les Verts), Arezki Metref (Journaliste et écrivain), Terna HAJJI (citoyenne française), Françoise Seligmann (présidente d’honneur de la LDH), Françoise LAURANT (présidente du MFPF)…
© A.I.M.E

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LES 'ETATS GÉNÉRAUX DES POPULATIONS NOIRES' (France)

Les premiers "Etats généraux des populations noires" se tenaient samedi à la Mutualité à Paris

29/04/2006 - Un dialogue parfois houleux s'est engagé entre les participants venus à l'appel du Cran (Conseil représentatif des institutions noires) et deux personnalités politiques de l'UMP, les sarkozystes Patrick Devedjian et Roselyne Bachelot.

Ces derniers se sont fait notamment interpeller sur les dernières déclarations du ministre de l'Intérieur.

Patrick Devedjian, conseiller politique du président de l'UMP Nicolas Sarkozy, a d'abord souligné qu'il voyait dans l'existence du Cran --crée en novembre 2005 et qui fédère plusieurs centaines d'associations noires-- "l'espoir d'un très puissant instrument d'intégration et d'amélioration de la situation des Noirs" en France. "Ma crainte serait une politisation excessive", a-t-il cependant ajouté.

Roselyne Bachelot, secrétaire générale adjointe de l'UMP, a pour sa part déclaré qu'elle attendait du Cran qu'"il fasse ressurgir dans l'espace public et politique les grandes questions" de la population noire.

A une question que l'on lui posait sur les récents propos de Nicolas Sarkozy --"si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter"-, Patrick Devedjian, sous les huées de plusieurs membres de l'assistance, a répondu: "ce n'est pas une injonction, pas une invitation non plus (...) ça s'adresse à tout le monde".

Le climat s'est encore alourdi quand une jeune femme, dans l'assistance, lui a reproché d'avoir évoqué "une réserve noire" à propos de l'université quand il était maire d'Antony (Hauts-de-Seine). "Je ne suis pas venu pour me faire insulter", a rétorqué Patrick Devedjian, avant d'annoncer des poursuites en diffamation.

Fodé Sylla, ancien président de SOS Racisme et membre du Cran s'est appliqué à apaiser l'atmosphère en appelant tout le monde à la "responsabilité" et en saluant le courage des personnalités politiques venues engager le dialogue.

L'atmosphère de la réunion, largement consacrée à des débats sur l'histoire et la sociologie des populations noires, a aussi été rendue quelque peu électrique avec l'arrivée de l'humoriste controversé Dieudonné.

Arrivant en plein milieu des débats, escorté par une douzaine de compagnons grands et musclés, Dieudonné est venu ostentiblement serrer la main des organisateurs du meeting qui ne l'avaient pas invité.

Prenant brièvement la parole dans la salle --pas à la tribune--, il a déclaré que "le Cran pourrait être un instrument formidable" à condition de ne pas être "trop loin des associations" et a rappelé qu'il serait candidat à la présidentielle.
© France 2

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'UN MOUVEMENT ANTI-DIEUDONNÉ' (France)

Michel Wieviorka, sociologue, se félicite de la création du Cran
par Charlotte ROTMAN


29/04/2006 - Michel Wieviorka, sociologue au CNRS, sera présent aux états généraux du Cran en tant que membre du «conseil des amis». Il s'en explique.

«Je suis très heureux de la création du Cran, un mouvement issu de la société civile, qui pose des vraies questions en termes sociaux (sur la discrimination, le logement) et en termes culturels et historiques. Car se présenter comme noir dans l'espace public, c'est aussitôt introduire les questions de la traite négrière, de l'esclavage et de leur place dans le récit national français. Je vois le Cran comme un mouvement anti-Dieudonné. Pour eux, la mémoire doit peser sur l'histoire, mais elle ne doit pas servir à diffuser un discours de haine.

La naissance du Cran a suscité des craintes, notamment chez les "républicanistes". Je pense qu'elles se lèvent aujourd'hui. A droite comme à gauche, on disait ce mouvement communautariste. Or, ses membres en sont très éloignés. Ils ne demandent pas de droits particuliers. Que des personnes qui subissent le même racisme, et les mêmes distorsions de l'Histoire, se mobilisent ensemble, c'est sain.

Le Cran a également refusé de s'enfermer dans une logique de victimisation. Au contraire, ils ont une identité positive. Ils veulent montrer la vitalité culturelle du monde noir. On peut redouter qu'il ne s'agisse que d'une "black-bourgeoisie". Mais le Cran fédère plus de 1 000 associations, fait des efforts pour être en phase avec les attentes des gens. Enfin, ce n'est pas une machine de guerre politique au service d'on ne sait qui : le Cran va soumettre des questions à tous les candidats, qui seront amenés à prendre des engagements. L'idée républicaine pure et dure est en panne. Dans le monde politique, beaucoup s'en inquiètent, et se braquent dès qu'apparaissent des identités particulières dans l'espace public. Des mouvements comme le Cran permettent au contraire de renouveler notre conception de la République.»
© Libération

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GROSDIDIER (UMP) VEUT UNE LOI CONTRE LES RAPPEURS 'ANTI-BLANC' (France)

28/04/2006 - Le député UMP de Moselle François Grosdidier a déposé une proposition de loi, rendue publique vendredi, visant à condamner pénalement les auteurs de chansons incitant "à la discrimination, à la violence où à la haine" "anti-blanc".

Dans son texte, M. Grosdidier prévoit dans ce cas une peine "d'un an d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende ou de l'une de ces deux peines".

"L'éventuelle forme artistique ou musicale ne saurait exonérer ni atténuer la responsabilité de son auteur ou de ses auteurs", ajoute-t-il.

Dans l'exposé des motifs, M. Grosdidier regrette que "le juge ne semble pas suivre à la lettre" la loi Perben du 9 mars 2004 qui "réprime la provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence à caractère raciste ou religieux".

"Les groupes mis en cause sont systématiquement relaxés ou condamnés à des peines symboliques, des associations de protection contre le racisme restent passives face au racisme anti-blanc", poursuit le député.

La loi doit selon lui "lever deux tabous" : "celui du racisme d'une minorité envers une autre ou envers une majorité" et "celui de l'alibi de la liberté de création artistique".

Le député de Moselle avait porté plainte fin février contre le rappeur Ali Montana qui l'avait "personnellement mis en cause" dans une chanson.

A son initiative, quelque 200 élus ont demandé fin novembre au ministre de la Justice Pascal Clément de poursuivre plusieurs artistes de rap, voyant dans leurs textes des incitations à la haine et à la violence.
© Metro

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LA HALDE A ENREGISTRÉ PLUS DE 2.000 PLAINTES EN UN AN, SELON LOUIS SCHWEITZER (France)

28/04/2006 - La Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) a enregistré plus de 2.000 plaintes en un an, dont près de la moitié concernait le domaine de l'emploi, selon son président Louis Schweitzer.

"En une année, la HALDE a enregistré plus de 2.000 plaintes", explique-t-il dans "A part entière", le bimestriel de la FNATH (Association des accidentés de la vie). Le premier rapport de l'organisation doit être rendu public mardi prochain. "Il y a eu environ 2.000 plaintes, 600 appels téléphoniques, 600 dossiers traités, plus de 60 recommandations et des partenariats dans le domaine de l'immobilier, de l'intérim et du recrutement", poursuit Louis Schweitzer. Il précise que le domaine dans lequel le plus grand nombre de plaintes ont été enregistrées est celui de l'emploi. Il concentre "près de la moitié des plaintes, secteurs publics et privés confondus. Le critère de discrimination le plus souvent identifié est l'origine, avec près de 40% des réclamations".

"Le handicap et l'état de santé représentent le deuxième facteur dans les plaintes que nous avons reçues", explique le président de la HALDE. "Dans bien des cas, il s'agit d'une réaction de peur devant la maladie et le handicap (...) C'est une forme de paresse intellectuelle, de conformisme, alors même que les mesures appropriées ne seraient pas exagérément coûteuses ni complexes".
M. Schweitzer observe que le CV anonyme "permet de surmonter les risques de discrimination lors de la première phase du processus d'embauche" et que la pratique du testing est "un moyen d'obtenir des éléments de preuve". Ces deux dispositions font partie de la loi sur l'égalité des chances.

Pour autant, "ces outils ne vont pas régler le problème de la discrimination dont sont victimes les personnes handicapées", note-t-il, alors que la loi impose à l'essentiel des entreprises d'atteindre un chiffre de 6% de travailleurs handicapés. Selon lui, les textes existants "doivent trouver leur application". "Je rappelle que le seuil de 6% est un palier, pas un objectif", conclut-il.
© Le Nouvel Observateur

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PASTEURS CONTRE IMAMS EN PRÉSENCE D'ARBITRES JUIFS: UNE PREMIÈRE À BERLIN (Allemagne)

03/05/2006 - A un mois de la Coupe du monde, une équipe composée de huit pasteurs affrontera celle réunissant huit imams samedi à Berlin, en présence de trois arbitres de la communauté juive, lors d'un match de football destiné à favoriser la compréhension entre les religions, a annoncé mercredi l'Eglise protestante allemande.

Ce match amical se tiendra dans le cadre d'une conférence organisée par l'ambassade britannique sur le football, le racisme et l'intégration, et sera la première rencontre sportive de ce type en Allemagne, a précisé l'Eglise de Berlin et du Brandebourg.

Réunies sous le slogan "kickoff2006 - Coup d'envoi pour la croyance", les Eglises catholique et protestante, les autres confessions chrétiennes et organisations sportives ecclésiastiques allemandes ont déjà annoncé divers manifestations, notamment des festivals, concerts et offices religieux avec pour thème le Mondial.

A Geithain (est), l'Eglise protestante veut organiser un mini-Mondial des Eglises avec la participation de 32 équipes, comme pour la "vraie" Coupe du monde.
© Télévision Suisse Romande

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DI RUPO ENJOINT LES JEUNES À LUTTER CONTRE L'EXTRÊME DROITE (Belgique)

29/04/2006 - Le président du PS Elio Di Rupo a appelé ce samedi les jeunes socialistes à faire de la lutte contre l'extrême droite une de leurs priorités. Elio Di Rupo a discouru en ce sens lors d'un congrès consacré aux jeunes lors des élections communales. Ceux-ci doivent se revendiquer d'un "PS moderne", a-t-il dit à Charleroi.

PS moderne signifie notamment plus d'éthique lorsqu'il s'agit d'assumer sa charge, a dit le président Di Rupo. "N'acceptez jamais ni faveurs ni passe-droits", a-t-il précisé. PS moderne veut aussi dire: oeuvrer à la création de richesse, en faveur de la sauvegarde de l'environnement, pour le social et la diversité culturelle, et le choix de son mode de vie.

Enfin, Elio Di Rupo a enjoint les Jeunes à lutter contre l'extrême droite en parlant avec les gens. "Jamais dans l'histoire, l'extrême droite au pouvoir n'a amélioré les conditions de vie dans la durée, en revanche elle amène la violence", a dit le président du PS. "Ceux qui vont voter extrême droite vont perdre leurs voix. Ils doivent voter utile, pour nous, ce serait mieux, ou pour d'autres partis démocratiques", a ajouté en substance l'homme fort du PS lors de ce congrès de Charleroi.
© 7 sur 7

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LA JUSTICE, PLUS QUE DE L'HISTOIRE (Belgique)

Le négationnisme est l'une des pires formes de racisme. Elle en est aussi sa version la plus «respectable», se parant des oripeaux de la science. C'est pour cela qu'il faut continuer à le sanctionner. Par François DE SMET, Vice-président du Mrax

28/04/2006 - Les récentes polémiques liées à la reconnaissance du génocide des Arméniens ou la contestation du génocide des Tutsis soulèvent insidieusement un dangereux lièvre: le négationnisme constitue-t-il réellement une forme de racisme? Est-il légitime, finalement, de pénaliser la relativisation ou la négation d'un génocide, en ce compris la Shoah? Le prix payé à la mémoire des victimes n'est-il pas exagérément lourd au regard de l'entaille ainsi faite à la liberté d'expression?

Le négationnisme consiste dans le fait de nier, de minimiser grossièrement, mais aussi de justifier ou d'approuver les faits concernés -pour l'heure, au regard de la loi, le génocide commis par les nazis. L'esprit de la loi est de pénaliser l'intention délictuelle, haineuse et discriminatoire. Prétendre que cette loi empêcherait toute démarche scientifique objective revient à en éluder le sens ou à sous-estimer gravement les facultés d'interprétation des magistrats. Tant les termes de la loi que sa jurisprudence en attestent. Lorsque Jean-Marie Le Pen déclare que les chambres à gaz constituent un détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, il a raison d'un point de vue statistique; en comparant le nombre de victimes gazées avec les exécutions par balles et l'ensemble des pertes de guerre, vous pourrez effectivement ranger les cadavres issus des chambres à gaz parmi les détails statistiques de la Seconde Guerre mondiale. Les tribunaux qui ont poursuivi et condamné le leader du FN ne s'y sont pas trompés et l'ont condamné sur base d'une loi antinégationniste, parce que son dessein était de porter atteinte à la mémoire des victimes et de propager une idéologie de haine, non de contribuer à un débat scientifique. La jurisprudence de la loi belge de 1995 montre, de la même manière, qu'elle a permis de poursuivre des intellectuels ou des groupuscules extrémistes et non des chercheurs universitaires.

Le négationnisme est l'une des pires formes de racisme, son paroxysme intellectuel. Elle en est aussi sa version la plus «respectable», se parant des oripeaux de l'historicité et de la science. Un génocide n'est pas un massacre comme un autre, parce qu'il relève de la planification d'une politique d'extermination délibérée d'un peuple, et est donc toujours basé sur une idéologie xénophobe. Il n'y a pas de lutte contre le racisme sans rappel constant de ce à quoi il mène dans sa phase terminale: l'annihilation physique de l'autre en tant qu'autre. C'est pour cette raison que le négationnisme est une restriction légitime de la liberté d'expression: permettre, demain, qu'on puisse librement approuver ou nier l'existence des génocides des Juifs, des Tutsis et des Arméniens contribue inévitablement à légitimer, indirectement, l'idéologie qui a permis ces massacres. Les remises en cause explicites du génocide tutsi qui essaiment sur l'espace public, douze ans à peine après sa perpétration, par une falsification de l'Histoire tendant à réduire la tragédie rwandaise au rang de massacres inter-ethniques ou de «double génocide», percolent dangereusement dans les esprits les mieux avisés.

L'affaire arménienne est également inquiétante. Si beaucoup s'accordent pour reconnaître que génocide il y a eu, certains considèrent qu'il conviendrait de créer des catégories entre les génocides dont la négation pourrait être réprimée et les autres. En ouvrant une telle brèche, on ouvre de facto le débat sur la légitimité même de la loi de 1995. Certaines voix, y compris dans le monde antiraciste, se sont émues du débat arménien et posent que, puisqu'il est philosophiquement impossible de justifier une différence de traitement entre génocides reconnus - le droit, en revanche, permet de telles acrobaties - le vrai problème serait la loi elle-même, en ce compris dans sa version actuelle limitée à la Shoah, qui enfreindrait trop violemment la liberté d'expression, serait inapplicable et aviverait des troubles sociaux.

Cela revient à régler le problème par l'absurde. Cela sous-entend que la loi de 1995 aurait été votée à la légère, sans une intense réflexion sur la restriction à la liberté d'expression qu'elle induit. Sans une mise en balance scrupuleuse de l'intérêt des particuliers à user de leur liberté d'une part, et l'intérêt général de la société de se protéger, moralement et physiquement, d'autre part. Sans la conviction que le danger qui nous guette, en l'occurrence, vaut une restriction raisonnable et nuancée de nos libertés.

Dix années auraient-elles donc suffi à balayer nos scrupules? La loi n'est pas inapplicable, la jurisprudence le prouve, et a démontré à suffisance qu'elle ne s'applique pas à l'aveuglette, ni sans nuance. Et mettre en cause la loi sur le négationnisme ou son extension aux génocides des Tutsis et des Arméniens parce qu'elle dérangerait, selon ses champs d'application, telle ou telle partie de la population, c'est faire preuve d'un cynisme effarant, proche du degré zéro de l'argumentation politique, et revient à avaliser que la raison des plus forts serait toujours la meilleure! Est-ce à dire par exemple que, si la communauté arménienne de Belgique avait été plus nombreuse que la communauté turque, le débat se poserait différemment?

La brèche ainsi ouverte est inquiétante car, derrière la mise en cause de la loi de 1995, guette celle de la loi Moureaux de 1981 sur la répression des actes inspirés par le racisme. Elle aussi limite la liberté d'expression, et pour des raisons analogues: une opinion raciste n'est pas une opinion comme les autres, parce qu'elle se construit sur la haine de l'autre, avec toutes ses conséquences possibles... tout comme nier un génocide ne sera jamais comparable à la négation d'un fait de guerre ordinaire. Quels arguments pourront bien opposer ceux qui remettent en cause aujourd'hui la loi antinégationniste, face à ceux qui se seront introduits par cette porte pour demander demain, pour de bien plus sombres raisons, la suppression de la loi antiraciste?

L'argument de l'Histoire devant échapper au droit et au politique, si juste sur des questions telles que «l'apport positif de la colonisation» française, sonne dramatiquement faux sur la question du négationnisme; quand un Etat extermine un peuple, c'est plus que de l'Histoire. Le débat sur le négationnisme n'est pas un débat historique, il concerne la liberté d'expression. Quand on entend se servir de l'Histoire pour atteindre la dignité ou l'intégrité physique de personnes, la fin n'est pas la recherche scientifique mais la blessure délibérée d'autrui.

La loi de 1995 sur le négationnisme se doit de correspondre aux atteintes à la dignité constatées aujourd'hui, en intégrant les deux génocides arménien et tutsi, remis en cause dans l'espace public belge. Non pour sculpter l'Histoire. Mais pour que la loi, expression de notre conscience morale collective, reflète l'inscription dans notre mémoire des atteintes aux droits de l'homme et en protège les victimes.
© La Libre Belgique

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DEUX JOURNALISTES DANOIS INCULPÉS D'ATTEINTE À LA SÛRETÉ DE L'ETAT

A Copenhague par Anne-Françoise HIVERT

29/04/2006 - Quelles sont les limites à la liberté de la presse ? Le Danemark n'en finit plus de se poser la question. Jeudi, deux journalistes du quotidien Berlingske Tidende ont été inculpés d'atteinte à la sécurité de l'Etat pour avoir publié, en février 2004, des extraits d'un rapport secret révélant que le gouvernement n'avait pas de preuve solide de l'existence d'armes de destruction massive en Irak, contrairement aux déclarations du Premier ministre, à la veille du vote des députés approuvant l'entrée en guerre du royaume aux côtés des Etats-Unis. Le Danemark compte toujours 500 hommes en Irak. La publication des extraits du rapport a eu pour conséquence principale la démission du ministre danois de la Défense, en avril 2004. Depuis, l'agent secret à l'origine de la fuite a été condamné à quatre mois de prison ferme. Les journalistes risquent quant à eux une peine allant jusqu'à deux ans d'emprisonnement.
© Libération

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DÉFAITE ANNONCÉE POUR TONY BLAIR AUX ÉLECTIONS LOCALES (Grande Bretagne)

04/05/2006 - Jours de campagne non stop pour Tony Blair. Le Premier ministre britannique n'a pas ménagé sa peine pour haranguer l'électeur : aujourd'hui, un quart des 19 500 élus locaux d'Angleterre uniquement, doit être renouvelé. Et les pronostics sont mauvais.

Le grand gagnant pourrait bien être le British National Party (BNP), le Parti national britannique, qui allie extrême-droite et racisme.

Il faut dire qu'en 9 jours seulement, les travaillistes au pouvoir ont accumulé les bourdes : liaison extraconjugale, pots-de-vin ou encore délinquants étrangers dans la nature. Résultat, les sondages attribuent entre 3 et 6 pour cents au BNP.

Pour un des analystes de l'institut de sondage Yougov, "l'avance de l'extrême droite est toujours alarmante. Mais je ne pense pas que ce pays soit en train de basculer dans l'extrémisme. Je crois que c'est très improbable. Il faut avoir du recul. Les votes en faveur du BNP sont des votes de protestation".

Le Labour espère limiter les dégâts et ne pas faire moins qu'au précédent scrutin local : le parti était arrivé en 3e position derrière les conservateurs et les libéraux-démocrates. En attendant les résultats, médias et spécialistes spéculent sur un remaniement ministériel dès la semaine prochaine.

© Euro News

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L'EXTRÊME DROITE SÉDUIT LES BANLIEUES DE LONDRES (Grande Bretagne)

Déçus par la politique d'immigration, de nombreux électeurs sont tentés de voter pour le British National Party aux élections locales de demain. Par Stéphane Kovacs

03/05/2006 - La semaine dernière, un magnifique bouquet a été livré à la permanence du ministre de l'Emploi, Margaret Hodge, dans sa circonscription de Barking, à l'est de Londres : huit lys blancs et deux roses rouges. Un cadeau du British National Party (BNP). «Je lui devais bien cela, clame Richard Barnbrook, candidat de l'extrême droite à Barking. Je ne pourrais jamais assez la remercier pour la formidable campagne qu'elle m'a faite.»

Le ministre avait créé la stupeur, il y a quinze jours, en révélant que dans sa circonscription, une banlieue ouvrière traditionnellement acquise au Labour, «huit familles blanches sur dix» seraient tentées par un vote BNP lors des élections locales du 4 mai. «D'où les huit lys blancs et les deux roses rouges !, sourit Richard Barnbrook. Et j'ajouterai que nous avons même gagné les faveurs de deux familles de couleur sur dix».

Selon un récent sondage, 24% des Britanniques ont dans le passé envisagé ou envisagent de voter pour le BNP le 4 mai. Les trois quarts (71%) se justifient par le fait que la Grande-Bretagne «est presque devenue un pays étranger», et 67% parce qu'il faudrait «prendre des mesures plus dures contre les musulmans qui veulent détruire ce pays». Aux élections législatives de l'an dernier, le parti n'avait recueilli que 0,7% des suffrages.

Dépliants racoleurs et sourires compatissants
Pour ce scrutin local, le BNP a accrédité un nombre record de candidats : 356. Il dispose actuellement de 15 conseillers municipaux dans l'ensemble du pays, mais, selon l'observatoire antifasciste Searchlight, pourrait en compter 70 au lendemain du 4 mai.

«C'est un phénomène que nous n'avions jamais connu, insiste Margaret Hodge. Avant, quand les gens votaient BNP, ils avaient honte de le dire. Plus maintenant.» A Barking, dit-elle, les électeurs se sentent «incompris» et «abandonnés» par les grandes formations. «Le Parti travailliste n'a pas parlé à ces gens, regrette le ministre. Tout ce que nous faisons, c'est glisser des dépliants dans des boîtes aux lettres.»

La méthode BNP s'avère plus efficace. Avec son vieux costume de velours beige et ses gros godillots de montagne, Richard Barnbrook, mèche blonde et sourire carnassier, parcourt «cinq ou six miles par jour» et prend le temps de serrer des mains et d'écouter les préoccupations des électeurs.

«Oh, encore ces travaillistes !», grommelle une mère de famille en s'apprêtant à changer de trottoir. «Non, c'est le BNP, madame !», répond poliment Richard Barnbrook en montrant la cocarde tricolore épinglée à son veston. La quinquagénaire s'arrête et vide son sac : veuve, sans emploi, elle vit avec ses trois enfants et sa petite-fille dans un deux-pièces. «Et pourquoi on ne me donne pas un logement social, à moi ?, s'offusque-t-elle. Pourquoi on ne nous traite pas comme ces immigrés, qui rien qu'en claquant des doigts obtiennent tout ce qu'ils veulent ? Si vous êtes élu, j'aurais peut-être une chance d'avoir un autre appartement. Maintenant, il faut se battre pour reprendre ce qu'ils nous ont piqué.»

Même frustration chez Sandra, mère de trois adolescents : «On attend un trois-pièces, mais on est 140e sur la liste ! Et à chaque fois qu'un nouvel immigré arrive ici, il nous passe devant. Pourtant, nous, on paie des impôts...» Un peu plus loin, sur le perron de son petit pavillon de briques rouges, une jolie blonde fulmine : «L'autre jour, il y a un Nigérian qui a craché dans mon jardin ! Et voyez ces Bosniaques qui viennent d'obtenir une maison de trois étages...» Une autre famille a déployé la croix de saint George, le drapeau anglais, à ses fenêtres, «car elle se sent étrangère dans son propre pays».

A grand renfort de dépliants racoleurs et de sourires compatissants, Richard Barnbrook engrange les voix. «Vous voyez, ce n'est pas du racisme, c'est de la colère !, analyse ce professeur d'histoire de l'art de 45 ans, ancien membre du Parti travailliste. Le Labour a abandonné ses valeurs traditionnelles, ainsi que la classe ouvrière. Le gouvernement a fait des plus charitables d'entre eux des gens frustrés et aigris. Aujourd'hui, je dirais que nous sommes plus travaillistes que le Labour.»

Le manque de logements n'est pas le seul problème de Barking. Ici, 40% des habitants n'ont aucune qualification et seuls 56% ont un emploi. «Même la qualité de vie s'est détériorée, regrette Robert Bailey, un autre candidat du BNP. Avant, dans cette rue, tout le monde se connaissait, s'entraidait. Aujourd'hui, les gens me disent qu'ils ne se sentent pas en sécurité le soir...»

L'impact des attentats de juillet
Richard Barnbrook renchérit : «Toujours la même cause : l'année dernière, Margaret Hodge a fait venir 500 Noirs dans ma circonscription, affirme-t-il. En cinq ans, la part des immigrés y est passée de 5 à 33% !». Margaret Hodge le reconnaît d'ailleurs : «Ce qui effraie le plus les gens, c'est la rapidité des changements, dit-elle. Nulle part ailleurs, cela a changé si vite.»

Meilleur score du BNP, avec 16,9%, lors des élections générales de 2005, Richard Barnbrook espère récolter, cette fois-ci, 35 à 38%. Car entre-temps, il y a eu les attentats de juillet à Londres, conséquence, selon le BNP, «de la politique d'immigration laxiste et de la participation britannique à la guerre en Irak».

Au bistrot du coin, les deux Noirs qui jouent au billard n'ont aucun mouvement de recul à la vue des militants du BNP. Ils acceptent même de discuter. «C'est difficile d'avouer cela quand on est noir, mais je ne voterai plus Labour, à cause de ce flux ininterrompu d'immigrés, affirme ce Jamaïcain de 37 ans, né en Grande-Bretagne. Je ne voterai pas non plus pour le BNP, mais je comprends les gens : le gouvernement fait venir plein d'immigrants inconsidérément. La plupart ont des maladies contagieuses comme la tuberculose ou le sida, qui peuvent nous contaminer, ou en tout cas nous coûter cher en aides sociales.» A la table d'à côté, le candidat du BNP sourit : «Je n'osais pas vous dire cela, j'avais peur d'être taxé de raciste...»
© Le Figaro

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LES PAYS-BAS FACE À L’HOMOPHOBIE

28/04/2006 - Une exposition consacrée à la condition des homosexuels et des lesbiennes dans l'Allemagne nazie et les Pays-Bas occupés fait rebondir le débat sur l’homophobie dans la société hollandaise.

Intitulée "En qui puis-je encore avoir confiance", cette exposition a été inaugurée par la députée néerlandaise d'origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, scénariste du cinéaste Theo van Gogh, assassiné en novembre 2004, qui a appelé vendredi à sanctionner l'intolérance aux Pays-Bas.

"Combien d'évènements anecdotiques faudra-t-il (...) pour que l'Etat affirme qu'il y a des limites à ne pas franchir", a-t-elle demandé en évoquant "les juifs, les femmes ou les homosexuels agressés" en raison de leur sexe, de leur religion ou de leur orientation sexuelle.
"Les personnes intolérantes doivent être confrontées à la vérité (...), c'est l'Etat qui est responsable", a encore déclaré Ayaan Hirsi Ali, qui vit sous protection policière permanente car elle est menacée depuis l'été 2004.

L'exposition consacrée à la condition des homosexuels et des lesbiennes dans l'Allemagne nazie et les Pays-Bas occupés, est présentée dans l'ancien camp de transit de Westerbork, dans le nord-est du pays, non loin de la frontière allemande.

Ayaan Hirsi Ali a annoncé que son prochain film était consacré aux homosexuels dans les sociétés islamistes, mais sa venue à Westerbork a déclenché cette semaine une polémique entre spécialistes néerlandais des études homosexuelles. Certains, qui ont boycotté l'inauguration, l'ont accusé de récupération au profit de sa lutte contre l'islam. Ayaan Hirsi Ali était accompagnée d'un des Iraniens homosexuels demandeurs d'asile aux Pays-Bas.
© E-llico

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L'ÉPISCOPAT POLONAIS TENTE DE METTRE AU PAS LES INTÉGRISTES DE RADIO MARYJA

04/05/2006 - Réuni au sanctuaire de Czestochowa, l'épiscopat polonais a décidé, mardi 2 mai, de placer la station ultracatholique Radio Maryja sous tutelle, en créant un conseil chargé d'en superviser la programmation.

Au coeur de ses préoccupations figurent les dérapages antisémites de certains invités et, surtout, les accointances entre la radio privée du père rédemptoriste, Tadeusz Rydzyk, et le parti conservateur Droit et Justice (PiS), au pouvoir depuis les élections générales de l'automne 2005.

A l'avenir, Radio Maryja ne devra être liée "à aucune formation politique", a averti l'archevêque de Varsovie-Praga, Leszek Slawoj-Glodz, à la sortie de la conférence épiscopale. Sans citer nommément Tadeusz Rydzyk, la décision des évêques polonais comporte un message clair à l'attention du père rédemptoriste.

Le puissant bras radiophonique des "ultras", qui émet depuis 1991 et revendique 3 millions d'auditeurs, doit se concentrer sur sa mission évangélisatrice.

C'est un coup de semonce pour le patron de Radio Maryja qui contrôle, outre l'émetteur controversé, la chaîne de télévision Trwam, le quotidien Nasz Dziennik et un réseau associatif très actif.

La radio antieuropéenne et extrémiste du père Rydzyk est devenue le porte-voix privilégié du parti au pouvoir, après avoir servi sa campagne électorale. Le premier ministre, Kazimierz Marcinkiewicz, a été le premier chef de gouvernement à se rendre au siège de Radio Maryja à Torun.

Les ministres et députés du parti se bousculent aux micros de l'émission "Rozmowy niedokonczone" (Conversations sans fin), qui s'intercale entre les lectures de prières et de cantiques que la radio diffuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

95 % de catholiques
"Pour certains groupes sociaux, ce qui est dit sur les ondes de Radio Maryja est parole d'évangile", explique la politologue Katarzyna Czernicka. "En s'alliant au PiS, la station intégriste y a vu le moyen d'asseoir sa légitimité. Le parti des frères Kaczynski, celui de mobiliser son électorat qui correspond pour partie à l'audience de Radio Maryja - population rurale, personnes âgées, classe peu éduquée, souvent des femmes".

Auteurs d'un manifeste politique intitulé "une Pologne catholique dans une Europe chrétienne", les dirigeants de PiS surfent sur les valeurs morales que partage l'Eglise catholique polonaise : la famille, la tradition, l'opposition à l'avortement, l'homophobie, etc..

Pour Jérôme Heurtaux, spécialiste français de la Pologne, "le PiS s'appuie sur une vision religieuse et morale de la démocratie. Aux yeux de cette formation, ceux qui contestent le parti vont donc à l'encontre de préceptes religieux".

Réalimenté par l'affaire Radio Maryja, le débat autour du rôle de l'Eglise dans la vie politique ne laisse personne indifférent. Selon un sondage PBS publié en début d'année, 77 % des Polonais se prononcent contre l'intervention des évêques sur les questions politiques. Mais l'influence de l'Eglise reste néanmoins capitale dans ce pays où 95 % des citoyens se déclarent catholiques.

"Désormais, c'est la politique qui instrumentalise la religion, et se mêle des affaires de l'Eglise", ironise Adam Szostkiewicz, journaliste à Polityka. "L'Eglise évite soigneusement d'interférer trop visiblement dans la vie politique polonaise. Elle ne fait pas de commentaires sur les rebondissements qui rythment la scène politique nationale. Nous sommes loin de l'activisme du début des années 1990. L'Eglise continue à suivre la politique, mais en coulisses", conclut-il.
© Le Monde

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ANDRZEJ LEPPER, UN CHEF DE FILE POPULISTE SANS COMPLEXE (Pologne)

A 52 ans, Andrzej Lepper, le chef de file du parti populiste antilibéral Samoobrona (Autodéfense), vient de réussir un coup de maître. "Si quelqu'un croit que je vais tout faire pour devenir vice-premier ministre, il se trompe. Je vise plus haut", avait-il déclaré, samedi 22 avril. Résolument provocateur, le président de la formation extrémiste ne mâche pas ses mots. Eurosceptique, imprévisible, déroutant, réactionnaire... Les qualificatifs sont nombreux. Celui de girouette est l'un de ceux qui lui convient le mieux.

29/04/2006 - Originaire du village de Zielnowo, près de Koczalin (nord-ouest de la Pologne), cet ancien syndicaliste agricole à la trogne de maquignon buté a troqué le soleil des champs pour les lampes aux UV, sur les conseils de son consultant en communication politique, Piotr Tymochowicz. Il s'est paré d'élégants costumes sombres, a rangé ses voyantes cravates rouge et blanc aux couleurs de la Pologne. Il n'insulte plus ses adversaires politiques du haut de la tribune du parlement. En résumé, M. Lepper a lissé son image pour s'acheter une respectabilité.

JONGLEUR
S'il compte toujours sur le soutien des populations rurales, ainsi que des plus de 50-60 ans des petites villes de Pologne, M. Lepper entend ratisser large. Implanté dans les campagnes, il lorgne sur l'électorat urbain. Espérant récupérer le vote des 18 % de chômeurs, il insiste sur les questions sociales. Il n'hésite plus à s'attaquer aux affaires étrangères en demandant le retrait des troupes polonaises en Irak. Surtout, il appelle à renégocier le volet agricole européen qu'il juge défavorable aux paysans polonais.

Figure controversée de la scène politique polonaise, les médias ne l'ont pas épargné. Le cacique de Samoobrona a été la pièce centrale d'une bruyante enquête publiée par le quotidien Rzeczpospolita. L'affaire concerne sa nomination, en 2004, en tant que docteur émérite de l'Académie interrégionale de Management de Kiev (MAZP), un établissement accusé par le Congrès américain d'êtreun foyer d'antisémitisme, et soupçonné d'être financé par des réseaux iraniens et libyens.

Apparu dans les années 1990 en faisant le coup de poing contre le gouvernement réformateur, emprisonné plusieurs fois pour trouble à l'ordre public, l'ancien boxeur s'est ancré dans le paysage politique polonais.

Depuis des années Samoobrona est crédité d'au moins 10 % dans les sondages d'opinion, avec des pointes à 20 %. Ces chiffres seraient sous-estimés de 2 % à 4 % selon certains observateurs, ces enquêtes étant essentiellement menées auprès de populations citadines. Malgré les efforts de son dirigeant, le vote Samoobrona ne se clame pas haut et fort.

IMPRÉVISIBLE
Lors de la présidentielle d'octobre 2005, Andrzej Lepper s'est hissé à la 3e place, avec 15,11 % des suffrages derrière Donald Tusk (PO) et Lech Kaczynski (PiS). Imprévisible M. Lepper, retient surtout Edward Krzemien de Gazeta Wyborcza, qui ne manque pas de rappeler que le populiste s'était réclamé, début 2005, de l'aile gauche, puis du centre, et enfin, de la droite avant les élections de l'automne 2005.

"La Pologne offre l'une des scènes politiques les plus instables de l'Europe post-communiste", insiste Andrzej Stankiewicz du quotidien Rzeczpospolita. L'entrée d'Andrzej Lepper avait été qualifiée par certains medias de "scénario catastrophe". Il est devenu réalité.
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DANGER EN POLOGNE

07/05/2006 - Privés de majorité au Parlement, incapables de s'entendre avec les libéraux de la Plate-forme civique, les conservateurs polonais ont formé, vendredi 5 mai, un gouvernement avec les populistes et les nationalistes d'extrême droite. Le président Lech Kaczynski a nommé Andrzej Lepper, chef du parti paysan Samoobrona (Autodéfense), et Roman Giertych, chef de la Ligue des familles polonaises, vice-premiers ministres dans le cabinet de Kazimierz Marcinkiewicz.

Le premier, qui a eu maille à partir avec la justice dans les années 1990 pour avoir barré des routes avec des tracteurs, sera... ministre de l'agriculture. Le second, un idéologue ultranationaliste, homophobe, animateur du mouvement Jeunesse de la grande Pologne, antisémite, catholique intégriste proche de cette Radio Marya qui inquiète même le Vatican, sera ministre de l'éducation.

Les deux ne cachent pas leur hostilité à l'intégration de la Pologne dans l'Europe, même si M. Lepper vante maintenant les mérites des subventions communautaires. Leur nomination a entraîné la démission du ministre des affaires étrangères, Stefan Meller, diplomate et universitaire né en France, un des derniers survivants de Solidarité dans le gouvernement polonais.

Ce remaniement ministériel marque la fin de la période de transition postcommunisme. Les anciens communistes transformés en sociaux-démocrates et les héritiers de Solidarité ont alterné au pouvoir pendant la première décennie du retour à la démocratie. Les élections de l'automne dernier les ont laminés. Les forces qui avaient disparu pendant les quarante années de tutelle soviétique refont surface, comme si le paysage politique polonais retrouvait ses formes d'avant-guerre. Peut-être est-ce un passage obligé et provisoire, avant que le pays ne devienne vraiment une démocratie moderne où les tendances ultranationalistes et obscurantistes n'auraient aucune chance de partager les responsabilités gouvernementales.

Cette explication est une manière de se rassurer. La montée de l'extrême droite dans un des principaux Etats de la "nouvelle" Europe n'en reste pas moins inquiétante. Les Polonais sont connus, depuis les négociations d'adhésion puis leur entrée dans l'Union européenne, pour avoir défendu avec âpreté leurs intérêts. Rien de plus normal. Autre chose est d'assister à l'arrivée au pouvoir de partis et de personnalités qui, fondamentalement, ne partagent ni les objectifs ni les valeurs de l'Europe. Une situation analogue s'est produite au début des années 2000 avec l'entrée des populistes de Jörg Haider dans le gouvernement conservateur de Vienne. A l'époque, l'Autriche avait fait l'objet de "sanctions". Aujourd'hui, l'Union européenne ne dit rien. Fatiguée, elle a perdu jusqu'à sa capacité d'indignation.
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RUSSIE : LE RACISME ET LA XÉNOPHOBIE SONT OMNIPRÉSENTS

« Nous ne sommes pas considérés comme des personnes. C’est comme si nous étions autre chose que des êtres humains. » Résident d’un campement rom près de Saint-Pétersbourg
« Je ne suis pas allé voir la police car j’ai entendu dire que [...] même pour ceux qui y vont pour porter plainte [...] cela finit par se retourner contre eux [...] » Roni Kumi, du Ghana, agressé par quatre hommes dans une rue de Moscou


04/05/2006 - Les homicides, coups et actes discriminatoires à caractère raciste ne cessent de se multiplier en Russie, selon un nouveau rapport d’Amnesty International publié ce jeudi 4 mai 2006. Le gouvernement russe, qui assure la présidence du groupe des huit pays les plus industrialisés (G8) et s’apprête à diriger le Comité des ministres du Conseil de l’Europe pendant les six prochains mois, ne lutte pas suffisamment contre la xénophobie et l’intolérance. Dans son rapport Russian Federation : Violent racism out of control, Amnesty International se penche sur des cas d’agressions, à l’issue parfois fatale, contre des étudiants étrangers ; des demandeurs d’asile et des réfugiés originaires d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et du Moyen-Orient ; des membres de groupes ethniques et des migrants venant de la région du Caucase et d’Asie centrale ; ainsi que des membres de la communauté juive et des Roms. Ce rapport met en évidence le fait que les autorités marquent peu d’empressement à prévenir les attaques à caractère raciste par un maintien de l’ordre approprié, et que, dans la grande majorité des cas, elles se montrent peu efficaces lorsqu’il s’agit d’enquêter sur ces agressions et de traduire en justice les responsables présumés. « Le bilan de la Russie en matière de racisme est incompatible avec la place de ce pays sur la scène internationale et porte atteinte à son image, a souligné Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International. En sa qualité de membre du Conseil de l’Europe sur le point d’en assurer la présidence, et en tant que pays à la tête du G8, la Russie doit se conformer aux obligations qui sont les siennes aux termes du droit international relatif aux droits humains.

« Il est du devoir de chaque État de protéger les droits humains de toute personne se trouvant sur son territoire, quelle que soit la couleur de sa peau. L’État doit dénoncer et traduire en justice ceux qui bafouent ces droits. Il est temps que la Russie se préoccupe de la dégradation de la situation des droits fondamentaux sur son territoire et qu’elle se montre à la hauteur de ses obligations internationales en tant qu’acteur majeur de la scène internationale. »

Selon un centre d’informations russe, Sova, 28 homicides et 366 agressions à caractère raciste ont été dénombrés pour la seule année 2005. Ces chiffres pourraient être bien en deçà de la réalité, car un grand nombre d’infractions à caractère raciste ne sont pas signalées ou enregistrées en tant que telles. Bien souvent, la police et les autorités judiciaires préfèrent les classer dans la catégorie « houliganisme ». Les auteurs d’agressions à caractère raciste font fréquemment partie de groupes organisés qui prônent une idéologie raciste et néofasciste et font l’apologie de la violence. Selon les statistiques officielles, la Russie compte environ 150 « groupes extrémistes » rassemblant plus de 5 000 membres. Pour certaines organisations non gouvernementales (ONG), les membres de tels groupes seraient 50 000. Par ailleurs, les membres d’organisations et les personnes qui enquêtent sur le racisme et militent contre ce fléau sont exposés à des menaces réelles sur leur vie.

« Ces actes de violence ne sont que l’une des manifestations les plus visibles d’une intolérance et d’une xénophobie profondément ancrées au sein de pans entiers de la société russe, a déclaré Irene Khan. En fermant les yeux sur les crimes à caractère raciste, les autorités ont encouragé la montée d’une xénophobie et d’un néofascisme poussés à l’extrême dans le pays. »

À la suite de violentes attaques contre des civils attribuées à des groupes d’opposition armés tchétchènes, des Tchétchènes et des membres d’autres groupes ethniques du Caucase du Nord ont été victimes de persécutions. Par ailleurs, en tant que membres d’une minorité visible au sein de la société russe, ces personnes sont une des cibles privilégiées des contrôles d’identité : les policiers s’en prennent à elles en invoquant la « lutte contre le terrorisme » ou pour leur extorquer de l’argent. D’après les conclusions d’un travail d’observation mené par une organisation de défense des droits humains en 2005, les personnes n’ayant pas le type slave sont en moyenne 21 fois plus susceptibles d’être arrêtées dans le métro moscovite et de se voir demander leurs papiers d’identité que celles d’apparence slave. « Le racisme est une agression contre l’idée même de droits universels de la personne humaine, a déclaré Irene Khan. Il nie systématiquement à certaines personnes le plein exercice de leurs droits fondamentaux, en raison de la couleur de leur peau, de leur appartenance ethnique, de leur origine familiale ou nationale. En vertu du droit international relatif aux droits humains, la Russie est tenue de lutter contre la discrimination sous toutes ses formes. « Des autorités régionales ont pris des initiatives en vue de lutter contre le racisme, mais il s’agit malheureusement d’actions isolées et inadaptées. Il est temps que les autorités fédérales mettent en œuvre un véritable plan national de lutte contre le racisme, afin de donner à ce combat la place qu’il mérite, c’est à dire celle de priorité absolue. »

Le rapport "Russian Federation : Violent racism out of control" (index AI : EUR 46/016/2006) se trouve sur le site de l’organisation, à l’adresse suivante : http://web.amnesty.org/library/index/engeur460162006

Le document « Vos papiers ! ». La discrimination raciale en Fédération de Russie (EUR 46/001/2003) peut également être consulté sur le site, à l’adresse suivante : http://web.amnesty.org/library/index/fraEUR460012003
© Amnesty International

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DES FLEURS ET LE SILENCE POUR PROTESTER CONTRE LE RACISME (Russie)

03/05/2006 - Plus de 200 personnes ont observé un moment de silence samedi dans le centre de Moscou pour protester contre le racisme en Russie, commémorant la mort d’un Arménien une semaine auparavant.

Un par un, des jeunes et vieux Moscovites , ont déposé des roses rouges et des oeillets à la station de métro Pushkin où Vahan Abramyants, 17 ans, a été assassiné samedi dernier.

Abramyants a été attaqué par une bande décrit par les médias comme des skinheads. Ils se sont enfuis en laissant sur place le jeune Arménien mort avec un couteau dans la poitrine. Un adolescent a été arrêté puis relâché par la police qui n’a pas pu réunir assez de preuves contre lui.

Les attaques racistes deviennent communes en Russie, où des jeunes hommes sont de plus en plus enclins aux croyances néo-fascistes alors que le pays est pourtant fier du rôle qu’il a joué contre l’Allemagne nazie.

« Beaucoup de Russes se sentent humiliés parque l’autorité nationale et la puissance économique ont plongé à la suite de réformes défectueuses », a affirmé un physicien retraité, Yevgeny Petrov, en déposant des fleurs à l’endroit où Abramyants a été tué. « Mais c’est la pire des choses que de donner libre cours à votre humiliation et d’attaquer des personnes innocentes qui ne sont pas Slaves. »
Des étudiants africains et asiatiques sont fréquemment attaqués, ainsi que des immigrants des anciennes colonies soviétiques du Sud Caucase et de l’Asie centrale.
© Nouvelles d'Arménie en Ligne

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SUISSE : DOGU PERINÇEK RENVOYÉ DEVANT LA JUSTICE

01/05/2006 - Le juge d’instruction suisse a renvoyé le négationniste turc Dogu Perinçek devant le Tribunal de police de Lausanne pour discrimination raciale.

Le chef du Parti des Travailleurs, qui qualifie le génocide arménien de mensonge, risque désormais jusqu’à six mois de prison soit la limite de compétence de la cour dotée d’un juge unique qui devra prononcer le verdict.

L’ordonnance a été rendue par défaut, a indiqué Jacques Antenen, le juge vaudois, confirmant ainsi des informations parues dans les quotidiens vaudois "24 Heures" et zurichois "Tages Anzeiger".

Cette procédure s’explique par le fait que le leader turc n’a plus donné de ses nouvelles et s’est séparé de ses avocats dans le canton de Vaud et à Zurich.

Nationaliste de gauche, Dogu Perinçek est venu fin juillet 2005 en Suisse à l’occasion du 82e anniversaire du Traité de Lausanne. A quatre reprises à Lausanne et à Glattbrugg (ZH), il a notamment déclaré que le génocide arménien de 1915 était un "mensonge international".

A la suite de ces propos le juge Antenen l’a entendu en septembre. Le magistrat avait dit renoncer "pour l’instant" à toute inculpation pour violation de l’art. 261bis du Code pénal qui réprime notamment les propos négationnistes.

La question arménienne provoque des tensions récurrentes et fortes entre Berne et la Turquie. Si Ankara reconnaît la réalité des massacres perpétrés par l’Empire ottoman contre la minorité arménienne, elle récuse le terme de "génocide" et conteste le nombre de morts, le chiffre d’un million étant généralement avancé.

En août 2005, Ankara a reporté sine die la visite du conseiller fédéral Joseph Deiss en Turquie. La décision survenait un mois après les déclarations fracassantes émanant notamment de Dogu Perinçek et l’ouverture de procédures pénales.

En Suisse, le Conseil national a reconnu officiellement le génocide arménien et le Grand Conseil vaudois a fait le pas en 2003. A la suite de cet événement, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey n’avait pas pu visiter la Turquie comme prévu et avait dû attendre mars dernier pour s’y rendre.

La dernière répercussion de ces tensions entre la Turquie et la Suisse a touché Pilatus. La fabrique d’avions n’a pas été autorisée à soumettre une offre pour le renouvellement d’une partie de flotte militaire turque.

Il appartiendra donc à un président de tribunal vaudois, pas encore désigné, de trancher dans ce dossier sensible. La justice suisse a déjà condamné des personnes niant l’Holocauste infligé aux juifs par les nazis pendant la Deuxième guerre mondiale. Mais elle ne l’a jamais fait sur le dossier arménien. Les tribunaux bernois avaient acquitté des responsables d’associations turques niant le génocide de 1915 et le Tribunal fédéral avait classé l’affaire en 2002, sans se prononcer sur le fond.

Jacques Antenen n’avait pas inculpé Dogu Perinçek en septembre dernier parce qu’il s’était d’emblée heurté à la difficulté de prouver l’existence de motifs racistes ou d’une « idéologie antiarménienne ».

Cette question divise les spécialistes de haut niveau. « Ce point doit être clarifié par un tribunal en public », déclare le juge d’instruction. Sur le plan politique, le Conseil national et le Grand Conseil vaudois ont reconnu le génocide arménien, au risque de refroidir les relations turco-helvétiques. Jacques Antenen tient d’ailleurs à souligner une nouvelle fois que « ce n’est pas l’Etat turc, ni sa politique, qui est en cause, mais bien le justiciable Dogu Perinçek ».

Il appartiendra certainement aux juges fédéraux de se prononcer en définitive. Quel que soit le verdict du Tribunal de police, on peut s’attendre à des recours soit du plaignant, l’Association Suisse-Arménie, soit de l’accusé.
© Nouvelles d'Arménie en Ligne

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NATURALISATIONS REFUSÉES À RHEINECK: LA COMMUNE DEVRA REVOTER (Suisse)

01/05/2006 - La commune st-galloise de Rheineck devra revoter sur douze demandes de naturalisation émanant surtout de musulmans, déboutés en mars 2005. Le canton a répété que les refus sont insuffisamment motivés.

En mars 2005, l'assemblée communale de Rheineck avait rejeté douze demandes de naturalisation. Elles concernaient 27 personnes, dont 26 de religion musulmane et une de religion orthodoxe. Les citoyens avaient en revanche accordé le passeport suisse à deux personnes de confession catholique.

La motivation avancée pour refuser de naturaliser les 27 autres candidats était la même pour tous, soit "une intégration insuffisante et un manque de participation à la vie locale". "Une telle formule standardisée ne suffit pas à justifier un refus", a jugé le département de l'intérieur du canton de St-Gall.

Après le rejet de ce dernier recours de la commune, celle-ci devra inscrire la naturalisation de ces personnes à l'agenda de la prochaine assemblée communale.

Egalement saisi, le Tribunal administratif de St-Gall avait confirmé la motivation insuffisante des refus. Il avait en revanche estimé qu'il n'y avait pas eu de discrimination religieuse, et en l'occurence des musulmans, puisqu'une personne de religion chrétienne-orthodoxe n'avait pas non plus reçu la naturalisation.
© Romandie

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AGRESSION À BERTHOUD: MANIF CONTRE LA VIOLENCE ET LE RACISME (Suisse)

29/04/2006 - Quelque 500 personnes ont participé à Berthoud (BE) à une manifestation contre la violence et le racisme. Elles réagissaient à l'agression subie le 21 avril par une famille du lieu.

Les membres de cette famille suisse avaient été agressés verbalement puis physiquement par plusieurs jeunes à la sortie d'un restaurant. La mère et le fils de 32 ans ont dû être admis à l'hôpital.

Pour les victimes, les auteurs de cette attaque font partie de la mouvance locale d'extrême droite et ont agi par vengeance. Le fils de la famille avait été menacé après avoir pris la défense d'une amie agressée verbalement par ces mêmes militants. La police se refuse à tout commentaire.

Les manifestants, parmi lesquels la conseillère communale Elisabeth Zäch (PS), ont appelé à faire preuve de courage contre la violence et le racisme. Des stands d'information, ainsi que des animations théâtrales et musicales avaient été mis sur pied.

Les incidents violents entre des jeunes de l'extrême droite et des milieux alternatifs se sont multipliés ces dernières années à Berthoud. L'ex-président de la section bernoise du Parti des Suisses nationalistes (PSN, PNOS en allemand) doit comparaître devant la justice dans le cadre d'une bagarre intervenue en été 2005.
© 24 Heures en ligne

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UNE NOUVELLE BAVURE POLICIÈRE LORS DES MANIFESTATIONS DU 1ER MAI ? (Tchéquie)

Par Alain Slivinsky

03/05/2006 - L'affaire de Katerina Jacques, directrice de la section du Bureau gouvernemental en charge des droits de l'homme et de l'égalité des chances, qui a été brutalisée par la police, lors des manifestations du 1er mai à Prague, continue de faire couler beaucoup d'encre. Les réactions sont des plus diverses : de l'appel à la raison dans les agissements des forces de l'ordre, à l'appel à la démission du ministre de l'Intérieur dans les rangs de l'opposition de droite.

Katerina Jacques, photo: CTKL'intervention du policier qui a malmené Katerina Jacques est l'objet d'une enquête de l'Inspection du ministère de l'Intérieur et le policier a été suspendu jusqu'à nouvel ordre. D'après le ministre de l'Intérieur, Frantisek Bublan, l'intervention de ce policier, qui s'est soldée par des coups et blessures sur la personne de Katerina Jacques, n'était aucunement justifiée, inadéquate et inutile. La police affirme qu'elle a respecté la loi et est intervenu contre une femme qui a pertrubé une manifestation légale et calme des néonazis et qui a opposé une résistance aux forces de l'ordre. Le Parti des Verts, dont Katerina Jacques est candidate pour les prochaines législatives, demande des explications et la vice-présidente du Parti civique démocrate, principale formation de l'opposition de droite, Miroslava Nemcova, demande même la démission du ministre de l'Intérieur. Ce dernier refuse une telle position radicale : Miroslava Nemcova« Je ne peux vraiment pas répondre des actes de tous les policiers. Je n'en ai même pas le pouvoir. Je considère cette déclaration comme faisant partie de la bataille électorale. Je veux mener une enquête impartiale, car cela peut arriver à n'importe quelle force politique au pouvoir et on ne peut tirer de telles conséquences après chaque intervention des policiers. »

Le Premier ministre, Jiri Paroubek, a déclaré, quant à lui, que le policier avait été pris de folie et qu'il devrait immédiatement quitter les forces de l'odre. D'après les autorités policières, s'il s'avère que le policier est intervenu d'une manière inadéquate et a brutalisé Katerina Jacques sans raison fondée, sous les yeux en plus de ses collègues qui n'ont rien fait pour l'en empêcher, ce policier et ses collègues pourraient être suspendus et faire l'objet de sévères sanctions. Quel que soit le résultat de l'enquête en cours, cette bavure ne contribue pas à redorer le blason de la police.
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MANIFESTATIONS DU 1ER MAI SANS INCIDENT SAUF UN, MAIS MAJEUR (Tchéquie)

Par Alain Slivinsky

02/05/2006 - Les manifestations du 1er mai se sont, en général, déroulées dans le calme. Pourtant, on relève un incident de poids : Katerina Jacques, candidate des Verts aux législatives de juin et directrice générale de la section des droits de l'homme et des chances égales du Bureau du gouvernement tchèque, a été brutalisée par la police.

La directrice générale de la section des droits de l'homme et des chances égales du Bureau du gouvernement tchèque, Katerina Jacques, a été brutalisée par les forces de l'ordre, lors des manifestations du 1er mai, à Prague. Elle tenait une banderolle portant l'inscription « Les Verts contre le néonazisme » et protestait ainsi contre les tendances extrémistes, lors de la manifestation de l'extrême-droite et des anarchistes sur la place Jan Palach, à Prague. L'intervention des forces de police lui semble inadéquate :
« Ils m'ont battue devant mes enfants qui sont restées complètement choquées. En effet, je les éduque dans la confiance envers les policiers qui doivent les protéger et qu'ils doivent respecter. Ces enfants, ils ont vu comment les policiers ont battu leur maman. Et les autres policiers faisaient seulement attention à ce que personne ne prenne des photos. Aucun d'eux n'a arrêté le policier qui me battait. »

Un paradoxe dans une telle intervention des forces de l'ordre, selon le président du Parti des Verts, Martin Bursik :
« Vraiment intéressant de constater que les forces de l'ordre s'en sont prises justement à Katerina Jacques, directrice générale de la section des droits de l'homme et de l'égalité des chances, du Bureau du gouvernement tchèque. On ne peut que constater qu'elles ont réussi à brutaliser l'une des personnes les plus compétentes en la matière. »

A l'heure actuelle, le policier qui a renversé Katerina Jacques, lui a passé les menottes sans ménagement, l'a encore brutalisée dans le panier à salade et au poste de la police, a été suspendu, selon les informations du ministre de l'Intérieur, Frantisek Bublan. Mais Katerina Jacques se pose la question : je suis connue, candidate aux législatives, mais qu'en serait-il advenu d'un simple citoyen ?
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HUIT PAYS D'EUROPE DE L'EST CHERCHENT À AMÉLIORER LE SORT DES ROMS

Des représentants de huit pays d'Europe centrale et de l'est se réunissent jeudi et vendredi à Bucarest pour chercher des solutions à la discrimination et la pauvreté persistantes dont sont victimes les Roms

04/05/2006 - Organisée sous l'égide du Conseil de l'Europe et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), cette conférence s'inscrit dans le cadre de la Décennie pour l'inclusion des Roms (2005-2015), une initiative lancée en 2003 et visant à réduire le décalage socio-économique entre la minorité tzigane et la population majoritaire.

Les huit pays représentés --Bulgarie, Croatie, Hongrie, Macédoine, République tchèque, Roumanie, Serbie-Monténégro et Slovaquie-- se pencheront sur les principaux défis auxquels sont confrontés les Roms, dont l'accès très limité à l'éducation et aux services de santé, le chômage et l'absence de logements, ainsi que les relations souvent difficiles avec la police.

Comptant entre 8 et 12 millions de personnes, selon les estimations, les Roms représentent la minorité la plus nombreuse --mais aussi la plus vulnérable-- d'Europe.

»Depuis des siècles, les Roms sont victimes d'une exclusion sociale, politique, économique ou géographique qui a pris la forme d'une discrimination ouverte à motivation raciale», souligne le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) dans son dernier rapport, publié en décembre.

Issus de rapports officiels ou de constats sur le terrain, les chiffres sont accablants: dans plusieurs pays d'Europe de l'est, environ 80% des Roms vivent avec moins de 0,3 euro par jour.

Pour près de 90% des enfants de cette minorité, l'éducation s'achève à l'âge de 10 ou 11 ans, soit à l'issue des quatre classes primaires. Parmi ceux qui ont la »chance» de poursuivre leurs études, entre 55% et 85% le font dans des écoles pour handicapés mentaux.

Souvent dépourvues des papiers d'identité et des certificats de naissance requis pour bénéficier d'une assurance médicale, les communautés roms sont en outre privées d'accès aux soins de santé et dépendent, pour beaucoup, de la sécurité sociale et autres allocations d'État.

L'espérance de vie parmi cette minorité est de 10 à 15 ans inférieure à la moyenne nationale.

Malgré ce sombre tableau, le secrétaire d'Etat à l'Agence roumaine pour les Roms, Mariea Ionescu, voit quelques lueurs d'espoir.

»Au niveau de l'éducation, nous avons enregistré des progrès, qui se sont traduits par une hausse du taux de scolarisation des enfants roms», a déclaré Mme Ionescu à l'AFP.

Alors que moins d'un tiers des adultes roumains d'origine tzigane ont un emploi stable, une »bourse des emplois» destinée exclusivement aux membres de cette minorité est organisée tous les ans depuis 2001, permettant à quelque 10.000 d'entre eux de se faire embaucher, a-t-elle ajouté.

Pour ce qui est de l'accès aux soins médicaux, »beaucoup reste encore à faire». Mais déjà, la communauté tzigane compte plusieurs centaines de »médiateurs sanitaires», ces jeunes femmes chargées d'informer les Roms et de les encourager à consulter des médecins, notamment sur les moyens de contraception.

Selon plusieurs leaders de la communauté rom, les autorités devraient s'attacher avant tout à briser ce »cercle vicieux» où l'indigence empêche les enfants tziganes d'aller à l'école, ce qui les prive, à l'âge adulte, de la possibilité de trouver un emploi, perpétuant ainsi leur pauvreté.

»En fin de comptes, tout tourne autour de l'accès aux ressources économiques», résume Mme Ionescu.
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UN AFRO-EUROPÉEN N'EST PAS UN AFRICAIN

La très remuante Calixhte Beyala était présente au Salon du Livre de Genève, sur le stand de son éditeur, mais aussi en marge du Salon africain. Cette Afrique, où elle est née, mais qui ne lui appartient plus. L'un de ses nombreux combats est en effet la reconnaissance de la culture «afro-européenne». Faites une recherche sur Internet avec le nom de Calixhte Beyala. Vous y trouverez une multitude de références, et surtout, moult forums où ses propos et prises de position sont développés, critiqués, controversés.

01/05/2006 - Calixhte Beyala, née au Cameroun, vivant en France depuis une trentaine d'années, est une voix qui compte. Elle milite pour la cause des femmes, la Francophonie, les droits des 'Minorités Visibles'.

Elle fascine et irrite. Même ceux de la communauté noire de France, qui, néanmoins, finissent toujours par l'appeler 'Maman', dit-elle. On tire à boulets rouges sur elle à travers le web? «C'est la mise à mort de la mère», répond-elle. «Ils l'ont fait avec Césaire, avec Senghor, ils le font avec moi. Et je le prends finalement avec beaucoup de bonheur: c'est une forme de reconnaissance».

swissinfo: Vous venez au Salon de Genève depuis une quinzaine d'années...
Calixhte Beyala: Ce qui étonne quand on arrive ici, c'est qu'on constate que le peuple helvétique est un peuple ouvert sur l'autre, qui n'a pas à priori d'agressivité à l'encontre de l'autre. Ici, je ne suis pas sur mes gardes, je sais que le regard porté sur moi est un regard humain, et pas un regard porté d'abord sur une femme noire.

swissinfo: Votre point de vue sur la présence à Genève d'un 'Salon africain'?
C.B.: Très positif ! C'est un salon qui marche bien, il y a énormément de visiteurs, de curieux. C'est une très bonne initiative à encourager. Mais ce que je constate, c'est que la représentation africaine est fortement afro-européenne. Et c'est là l'ambigüité du Salon.

swissinfo: Il est vrai que si l'on est habitué à l'idée d'une culture 'afro-américaine', qui s'est exprimée notamment à travers le blues, la soul music, on l'est moins au concept de culture 'afro-européenne'...
C.B.: La culture des peuples n'est pas quelque chose de génétique. La culture évolue en fonction des lieux, des rencontres. Les identités se transforment. Des Noirs qui vivent en France depuis des décennies – nous en sommes parfois à la 5e ou 6e génération – on ne peut pas dire qu'ils sont des Africains.

Etre africain implique une culture, une manière de voir le monde, un particularisme que les Noirs d'Europe n'ont pas. Un Noir d'Europe ressemble davantage à un Européen – dans sa façon de concevoir le mariage, l'amour, la culture. A quel titre devrait-on rattacher des peuples à des terres parce que ces peuples ont une couleur?

swissinfo: Ainsi un Blanc d'Afrique peut-il se revendiquer africain. Pourtant le racisme anti-blanc existe en Afrique.
C.B.: On ne saurait se battre contre le racisme anti-noir sans se battre contre le racisme anti-blanc. Le racisme, c'est le racisme, quelle que soit la personne qui l'exprime. Il est évident qu'un Blanc qui est né en Afrique, qui y vit depuis des générations, y a plus de droits que Calixhte Beyala, qui vit en France avec ses enfants et qui y sera enterrée. Il partage le même destin que les Africains, et moi je partage le même destin que les Européens.

J'ai rencontré des blancs au Zimbabwe et en Afrique du Sud... Ce sont des Africains! Certains Blancs africains sont plus proches de mes parents que de moi. Aujourd'hui, les humains ressemblent davantage à leur milieu, à leur époque, qu'à leurs parents.

C'est comme ça que je vois l'avenir des peuples et ce n'est que comme ça qu'on parviendra à créer la notion de paix dans le monde. Tant que les humains considéreront que les Blancs sont en Europe, les Noirs en Afrique, les Jaunes en Asie, nous aurons toujours des frictions. La couleur ne doit pas rattacher les peuples à des terres. La terre appartient à ceux qui la travaillent et qui y sont attachés.

swissinfo: C'est cette réflexion (et la crise au Zimbabwe) qui vous ont amené à écrire 'La Plantation', où vous vous glissez dans le point de vue des Blancs? Quel accueil a-t-il eu en Afrique?
C.B.: Dans un premier temps, cela a jeté un froid, même auprès de certains Noirs de France. Ils voulaient se cacher derrière une revendication identitaire afro-centriste, pour pouvoir exister. Et ce livre venait leur dire globalement 'non, vous n'avez pas de revendication afro-centriste à développer, mais bien des revendications afro-européennes! Peu à peu, ils ont adhéré à mon point de vue.

Si je ne peux pas défendre un Blanc malmené, je ne peux pas défendre un Noir malmené non plus. Etre humaniste transcende les religions, les cultures, la couleur de la peau. Ce qui me rapproche d'un être humain, ce n'est pas la couleur, c'est la pensée, la sensibilité, des objectifs communs. Je suis plus proche de vous que de Bokassa, c'est aussi simple que ça!

swissinfo: Est-ce à travers la reconnaissance de la culture afro-européenne qu'on parviendra selon vous à trouver des solutions aux problèmes que connaissent nos sociétés – la France en particulier?
C.B.: Oui, il y a un véritable problème de reconnaissance de cette culture: on ne veut pas la nommer. Et lorsqu'on ne nomme pas quelque chose, cette chose n'existe pas. On a alors des peuples errants. Aujourd'hui, nos enfants sont presque schizophrènes. Comme on ne veut pas les rattacher à une terre, ils n'ont pas d'identité.

Il faut savoir que ces enfants-là sont aussi totalement rejetés en Afrique, car ils ont une vision du monde totalement différente de celle d'un Africain. C'est pour ça que les mouvements que j'anime, notamment le 'Club Elite', qui regroupe la plupart des intellectuels afro-français de tous les secteurs, a décidé par exemple de créer une Maison des cultures afro-françaises.

Pour que le gouvernement comprenne que les Afro-français ne doivent pas être traités comme des enfants d'immigrés, mais comme des enfants français, nés en France, avec un surplus identitaire que sont les racines africaines.

swissinfo, Bernard Léchot à Genève
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SOMMES-NOUS RACISTES? (Canada)

Ils sont davantage diplômés que le Québécois moyen, mais plus souvent chômeurs. Pourquoi?
par François Guérard


02/05/2006 - À la ferme, ils n’étaient pas des Noirs, mais des nègres. Une centaine, toute la journée le dos courbé, à cueillir carottes et laitues. Le midi, ils se rassemblaient pour manger autour d’une cabane verte. Un jour, Cupidon Lumène, petite femme ronde de 35 ans, transgresse une loi de la ferme. Elle se rend à la cafétéria, dans le bâtiment principal, pour y faire chauffer son repas. L’endroit est réservé aux employés blancs, c’est écrit sur la porte de la cabane. Lorsque Cupidon Lumène vient pour entrer, la femme du patron bondit, lui bloque le passage. «Ici, c’est pas votre place», lance-t-elle sèchement. Nous ne sommes pas dans le sud des États-Unis à l’époque de la ségrégation, mais à Sainte-Clotilde-de-Châteauguay, en Montérégie. Et nous sommes en 2001.

Au Centre maraîcher Eugène Guinois Jr, qui emploie, pendant les récoltes, des journaliers d’origine haïtienne, les toilettes du bâtiment principal n’étaient utilisées que par les employés du coin, à la peau blanche, dit Cupidon Lumène. Les 96 Noirs, eux, n’avaient droit qu’aux trois toilettes chimiques près de la cabane. Après une longue journée aux champs, ils se lavaient à l’extérieur, avec des tuyaux d’arrosage. «Nous étions traités comme des chiens, dit Cupidon Lumène avec un fort accent créole. Et pas seulement par les patrons.» Elle a vu, dans l’usine d’emballage de la ferme, une employée blanche enfoncer une poignée de carottes dans la bouche d’un collègue noir après l’avoir sommé de se taire. L’homme, humilié, a porté plainte à la direction en compagnie de Cupidon Lumène et de deux autres témoins noirs. Le lendemain, les quatre Noirs étaient congédiés, sans explication.

Cupidon Lumène et ses trois collègues se sont battus pour obtenir justice. En avril 2005, le Tribunal des droits de la personne a condamné la famille Guinois à leur verser un total de 62 500 dollars en dommages-intérêts punitifs et moraux. Le message est clair: les actes racistes ne sont pas tolérés au Québec. Mais un malaise subsiste. Cet été-là, en 2001, une centaine de Québécois d’origine haïtienne ont toléré des conditions de travail dignes de l’apartheid. Pourquoi? «C’est le seul emploi que nous avions», répond Cupidon Lumène, arrivée au Québec il y a 12 ans. Elle travaille aujourd’hui dans une usine de bas, habite un modeste cinq-pièces de Montréal-Nord avec quatre colocataires d’origine haïtienne, achète ses mangues à l’épicerie créole du coin, et a toujours l’impression d’être une étrangère dans un pays étrange.

La société québécoise est à un tournant de son histoire. Elle doit se redéfinir face aux nouveaux arrivants, qui compensent la faible natalité. Le Québec a accueilli environ 45 000 immigrants l’an dernier, soit l’équivalent d’une ville comme Rimouski. La région de Montréal, où vit près de la moitié des 7,6 millions de Québécois, est une courtepointe de Chinois, d’Haïtiens, d’Indiens, de Colombiens, d’Algériens, de Marocains, de Vietnamiens, de Québécois «de souche»... Dans le bottin téléphonique de la métropole, il y a plus de Nguyen que de Simard! Tout ce beau monde vit dans une certaine harmonie, mais il y a un problème d’intégration avec les Noirs, qu’ils aient la peau à peine chocolat ou noire comme du jais. Après 20 ans au pays, la plupart des groupes d’immigrants rattrapent le retard salarial sur l’ensemble de la population, note Statistique Canada. Pas les Noirs.

Le gouvernement du Québec reconnaît le problème. Le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles a tenu ces derniers mois une consultation publique intitulée «La pleine participation à la société québécoise des communautés noires» (voir l’encadré «Québec contre le racisme», p. xx). Des Noirs, il y en a 152 200 au Québec, selon le dernier recensement, de 2001. C’est un peu plus que la population de Trois-Rivières.

Ce nombre est sous-estimé, d’après les experts, car il en est qui ne se déclarent pas «noirs» lors des recensements. La moitié des Noirs du Québec sont d’origine haïtienne, les autres viennent surtout d’îles des Caraïbes et d’Afrique. Le constat fait par le Ministère est troublant. Au Québec, le revenu annuel moyen des Noirs n’est que de 19 541 dollars, comparativement à 27 125 pour l’ensemble de la population. C’est 28% de moins. Le taux de chômage de cette communauté est le double de celui des Québécois en général: 17%, contre 8%.

Pourtant, les Noirs devraient être légèrement avantagés sur le marché du travail. Ils sont 44% à être titulaires d’un diplôme d’études collégiales ou d’une école technique, comparativement à 37% de l’ensemble des Québécois. Leur taux de diplomation universitaire est le même que pour les autres, 14%. Et ils sont aussi bilingues (anglais et français) que la moyenne de la population.

«Le problème du chômage ne touche pas seulement les immigrants, mais aussi leurs enfants. Des Noirs qui sont nés ici et qui ont étudié dans nos écoles», dit la députée libérale Yolande James, qui a dirigé la consultation publique. Fille d’immigrants antillais, cette avocate de 27 ans est devenue, lors des partielles de septembre 2004 dans la circonscription de Nelligan, à Montréal, la première femme de couleur à être élue à l’Assemblée nationale.

Le faible emploi est peut-être dû au fait qu’il y a peu d’entrepreneurs noirs, dit le sociologue Jean Renaud, directeur du Centre d’études ethniques des universités montréalaises. «Prenez les Grecs. Dans les années 1960, ils ont investi la restauration à Montréal. Je ne parle pas seulement des restaurants grecs, mais des casse-croûte, des pizzerias. Ils ont créé une microéconomie dans laquelle un Grec fraîchement débarqué pouvait s’insérer.

Il commençait plongeur, apprenait le français, et devenait serveur. Il amassait de l’argent et achetait son propre restaurant, pour embaucher des immigrants grecs à son tour.» Les Noirs n’ont pas créé ce genre de réseau. «Les Haïtiens instruits, arrivés dans les années 1960, ont intégré la fonction publique plutôt que de se lancer en affaires», dit le sociologue. Il insiste: «Ce n’est qu’un élément de réponse à un problème complexe.»

Un autre élément est le racisme. Le sujet est délicat, difficile à étudier. Quand on interroge les gens de couleur, il semble toujours que la société soit plus raciste que lorsqu’on sonde la population en général (voir l’encadré «Le racisme, une question de perception?», p. xx).

Le racisme est la croyance que les différences sociales et culturelles proviennent de différences biologiques et héréditaires, dit la docteure en psychologie Annie Montreuil, qui se spécialise dans les questions d’immigration. «Le meilleur exemple que je puisse donner, c’est l’étude évoquée cet automne à l’émission Tout le monde en parle par le Dr Pierre Mailloux, sur le QI moyen des Noirs américains, inférieur à celui des Blancs», dit la psychologue, qui fait un postdoctorat aux Pays-Bas. «Il a expliqué le phénomène par la biologie et l’hérédité, en disant que les Africains sélectionnés comme esclaves étaient les plus forts, pas les plus intelligents. Mais il a passé sous silence l’explication sociale: la pauvreté des Noirs aux États-Unis, leur vie dans les ghettos, leur difficulté d’accès à une éducation de qualité.»

Le chroniqueur télé du journal Le Soleil de Québec, Richard Therrien, a été surpris de la réaction de certains de ses lecteurs au lendemain de la publication de sa critique des propos du «doc» Mailloux. Il a reçu un nombre anormalement élevé de courriels, une cinquantaine, de gens défendant le psychiatre. «La plupart disaient: “Des études le prouvent”, raconte le chroniqueur. D’autres ont écrit: “Ce n’est pas grave de dire que les Noirs sont moins intelligents. On dit bien que les Asiatiques sont plus intelligents que nous.”»

L’auteur Martin Forget a choisi d’aborder le sujet du racisme avec humour dans la comédie Pure laine, diffusée à Télé-Québec. À chaque émission, le personnage principal, d’origine haïtienne, explique à un autre immigrant certains traits culturels des Québécois, comme l’obsession pour la météo ou l’incapacité de prendre des décisions quant à leur avenir. Chez les Québécois, le racisme est un sentiment qui tient plus du malaise devant l’étranger que de la haine, croit l’auteur. Le malaise est plus notoire envers les Haïtiens et les Africains francophones, car ceux-ci se sont immiscés dans la bulle des Québécois. «Avant leur arrivée, les immigrants de couleur étaient tous anglophones. Il y avait nous et les anglos. Maintenant, les Québécois se retrouvent être une ethnie parmi d’autres.»

L’arrivée de nombreux étrangers est un traumatisme pour toute société, mais le Canada s’en tire admirablement bien, avance l’essayiste et chroniqueur politique canadien John Ibbitson dans son plus récent livre, The Polite Revolution: Perfecting the Canadian Dream (McClelland & Stewart). Il s’en tire mieux que la France, qui a vécu trois semaines d’émeutes dans ses banlieues en novembre 2005. Mieux aussi que le Danemark, où le Parti du peuple, d’extrême droite, a obtenu 13,3% des voix lors des dernières élections, en 2005. En échange du soutien de ce parti pour le vote du budget, le gouvernement minoritaire danois a privé de financement une centaine d’organismes œuvrant auprès des immigrants!

Les Canadiens sont des gens fondamentalement polis, qui préfèrent le compromis au conflit, écrit John Ibbitson. Ils ont de l’expérience en la matière: l’histoire du pays est une suite d’efforts pour satisfaire deux cultures, l’anglaise et la française. Satisfaire les autres cultures va donc de soi.

Mais sous le vernis du multiculturalisme canadien, la discrimination raciale est bien vivante. Cynthia Guay voit le phénomène de près. Cheveux bruns aux épaules, 30 ans, la poignée de main solide, elle dirige, au centre-ville de Montréal, une succursale d’Adecco, entreprise spécialisée dans le recrutement et le placement de personnel. Les membres des minorités ethniques représentent la moitié de sa clientèle. De tous les candidats, les Noirs sont les plus difficiles à placer, dit-elle.

De nombreuses usines de Montréal font appel à Adecco dans le but de recruter des ouvriers pour des postes temporaires. «Nous ne communiquons jamais à l’avance l’origine ethnique des gens que nous sélectionnons. Mais nous remarquons qu’une forte proportion des employés qui nous reviennent — parce qu’ils ne font pas l’affaire — sont de race noire», dit Cynthia Guay. Lorsqu’elle interroge l’employeur sur les raisons du renvoi, les réponses sont évasives. «Il dit que ça ne va pas. Que la personne s’intègre mal. Il ne parle jamais de la couleur.» La plupart du temps, l’employé raconte pour sa part qu’il n’a pas été rejeté par la direction de l’entreprise, mais par un contremaître ou des collègues. «Des choses comme ça arrivent plus souvent dans les usines de l’est de la ville, du côté francophone, où les employés sont à 95% des Québécois de souche.» Depuis longtemps, les usines de l’Ouest, la partie anglophone de l’île, ont une forte composante ethnique, note-t-elle.

Marjorie Villefranche, noble dame d’origine haïtienne dans la cinquantaine, se souvient du «bon vieux temps», dans les années 1960. À l’époque, un médecin qui arrivait de Port-au-Prince devenait résident dans un hôpital, pas chauffeur de taxi, dit-elle. Les premiers immigrants haïtiens, des spécialistes et des étudiants qui fuyaient le régime de François Duvalier, débarquaient en pleine Révolution tranquille. «C’était la naissance des ministères et l’État avait un urgent besoin d’enseignants, de médecins, d’infirmières. Les Haïtiens arrivaient déjà formés, et ils parlaient français», dit la dame, qui supervise les programmes mis en œuvre par La maison d’Haïti, ancienne école primaire du quartier Saint-Michel, à Montréal, transformée en centre d’aide à la communauté haïtienne.

La situation a changé dans les années 1980. Depuis déjà une décennie arrivaient par milliers des Haïtiens venant du monde paysan, pauvres et peu instruits. Ils trouvaient du travail, car les usines de Montréal avaient besoin de bras. Mais la récession est arrivée, accompagnée des inévitables mises à pied. «Une certaine intolérance s’est fait sentir dans les milieux ouvriers, on a commencé à parler de “voleurs de job”», raconte Marjorie Villefranche. Aujourd’hui, les grandes usines sont en Chine, pas à Montréal.

Et cette masse d’ouvriers venue d’Haïti, parlant davantage créole que français, a du mal à s’adapter à la nouvelle économie, basée sur les services. «On peut faire un lien direct entre le chômage et les difficultés d’intégration dans la société, ajoute Marjorie Villefranche. Car le contact avec les Québécois ne se fait pas dans la rue ou dans l’autobus, mais au bureau et dans les cinq à sept, après le boulot.»<

À quelques rues de La maison d’Haïti, Justine Charlemagne, 29 ans, d’origine haïtienne, superbe avec son long manteau rouge et ses cheveux en boudins, m’invite à manger des spécialités créoles dans un casse-croûte: grillot (porc mariné frit), banane pezé (banane plantain frite) et riz collé (riz gras épicé). Le quartier Saint-Michel est le Petit-Haïti de Montréal. On y trouve des épiceries des Antilles et des dizaines de salons de coiffure où les jeunes filles se font tresser pendant des heures sur des rythmes zouk, rara et compas. Le visage de Michaëlle Jean est affiché sur de nombreuses vitrines, avec l’inscription en créole «27m gouvènè jeneral peyi Kanada» (27e gouverneur général du Canada). «Nous sommes tellement fiers d’elle, dit Justine Charlemagne. Les gens commencent à se dire: “Si une immigrante haïtienne a pu se rendre à la tête du pays, nous pouvons nous aussi réaliser nos rêves.”»

Justine Charlemagne, elle, réalise les siens. Elle a été l’un des premiers mannequins noirs à Montréal. Elle a joué dans des films haïtiens. Elle dirige aujourd’hui une agence de mannequins et organise chaque année à Montréal le concours de beauté Miss Exotika, très populaire dans la communauté. Elle a aussi fondé un mensuel pour la communauté haïtienne, Le Journal Positif, qui présente régulièrement des portraits de jeunes noirs qui réussissent. «Les jeunes sont souvent découragés dès l’école secondaire, lorsqu’ils voient un grand frère ou un cousin qui a décroché un baccalauréat et qui ne trouve pas d’emploi.»

Au coin de la rue de l’école secondaire Louis-Joseph-Papineau, dans Saint-Michel, se trouve un restaurant qui vend des pointes de pizza à 99 cents et où des jeunes Noirs, surtout des garçons, viennent traîner à l’heure du souper. Ils se la jouent gangsters. Pantalons baggy, chaussures Adidas, bandeau blanc au front, chaîne en or et médaille, ils se saluent avec le poing, en se cognant les jointures, font des gestes nonchalants mais longuement étudiés en regardant les vidéos rap.

Beaucoup de jeunes Noirs adoptent la culture du gangsta rap, style de musique hip-hop qui célèbre la vie des gangsters des ghettos noirs américains. C’est une industrie de plusieurs milliards de dollars, qui a envahi l’univers des adolescents de toutes races avec ses vidéoclips, ses films et ses vêtements.

Pour la plupart des jeunes Québécois de la classe moyenne, le gangsta rap s’arrête lorsqu’ils éteignent leur iPod. Mais pour beaucoup de jeunes Noirs des quartiers pauvres, c’est un mode de vie qui place la consommation de drogue, les conquêtes sexuelles et le «bling bling» (bijoux voyants, vêtements griffés et voitures de luxe) au sommet de la pyramide des valeurs.

Certains sont même prêts à verser dans le crime pour y parvenir. Curtis Jackson, alias «50 Cent», a bien commencé sa carrière comme vendeur de crack avant de devenir une star multimillionnaire du hip-hop! Le titre de son premier album est éloquent: Get Rich or Die Tryin’ (deviens riche ou crève en essayant).

On peut trouver des raisons au chômage des jeunes Noirs dans le racisme et la pauvreté, mais on n’aura pas le portrait complet de la situation sans tenir compte du comportement de certains d’entre eux, affirme le sociologue Orlando Patterson, de l’Université Harvard. Le New York Times a publié en mars une lettre dans laquelle ce professeur afro-américain exhorte ses collègues à considérer l’aspect culturel dans leurs études sur la situation des jeunes hommes de race noire. En adoptant la culture du gangsta rap, ces jeunes se déconnectent de la société, écrit-il. Cela explique en partie, selon lui, pourquoi ils n’ont pas profité de la croissance économique des dernières années aux États-Unis, qui a créé des millions de nouveaux emplois et amélioré le sort des jeunes filles noires, des Latinos et des autres communautés ethniques.

Les jeunes filles noires s’en tirent mieux que les garçons, car elles évoquent moins la culture des ghettos, par leur habillement, leur attitude, indique Marjorie Villefranche. «Pour la population en général, elles ont l’air moins menaçantes.»

Montréal n’a pas de quartier comparable aux ghettos des grandes villes américaines. Mais les jeunes de Saint-Michel vivent dans un monde un cran plus violent que l’ensemble de la société québécoise. L’école Louis-Joseph-Papineau, bunker blanc presque dénué de fenêtres, a fait les manchettes en octobre dernier lorsque les enseignants l’ont désertée en masse pour protester contre l’insécurité quotidienne dans ses murs. Quelques jours plus tôt, un élève avait été poignardé à l’abdomen.

«Ces jeunes sont des proies faciles à recruter pour les gangs de rue», dit Shermond Absence, 22 ans, d’origine haïtienne. Il est le boss de la patrouille de rue de La maison d’Haïti: huit jeunes Noirs qui surveillent la station de métro Saint-Michel, les parcs et autres endroits où traînent les jeunes du quartier après l’école. Ils sont là pour prévenir les bagarres et éviter que les membres des gangs ne viennent rôder. «La plupart d’entre eux viennent de familles monoparentales. La mère travaille le soir, dans une des usines de vêtements du quartier. Ils n’ont rien à faire. Et ils sont facilement impressionnés par une Mercedes conduite par un Noir dans la vingtaine qui vend de la drogue.»

Même si très peu de jeunes Noirs répondent à l’appel des gangs, la plupart se font regarder avec suspicion lorsqu’ils entrent dans un magasin, déplore Shermond Absence. «Lorsqu’un Noir vole dans un dépanneur, c’est toute la communauté noire qui est blâmée, dit-il. Mais les Blancs aussi ont des gangs: les motards. Et on ne juge pas la communauté blanche par rapport aux actions des motards!»

Le commerçant serait-il aussi suspicieux si le Noir en question avait l’apparence de Gregory Charles plutôt que de «50 Cent»? «Vous avez beau être honnête, si vous êtes habillé en “yo”, vous projetez une image associée aux gangs», dit Russell Ducasse, l’élégant journaliste de TQS, d’origine haïtienne. Rasé de près, l’air classe dans son pantalon et sa chemise sport, il est le seul Noir de l’équipe du Grand Journal. Arrivé à Québec à l’âge de deux ans, il se considère comme parfaitement intégré à la société québécoise.

Ce n’est toutefois pas le cas de certains de ses cousins, nés dans le quartier Saint-Michel. «J’ai été élevé dans un environnement différent, où j’étais souvent le seul Noir», dit-il. Il estime que cela lui a permis d’assimiler rapidement les codes de ses amis québécois.

«C’est trop facile de blâmer les Blancs pour les problèmes des Noirs», dit le journaliste. S’il est victime de préjugés, le jeune Noir ne doit pas baisser les bras. «Au contraire, si des portes se ferment, il faut faire deux fois plus d’efforts.»

Car le moment est propice pour un jeune Noir qui veut trouver du travail, surtout s’il acquiert une des nombreuses formations techniques très demandées. Les secteurs de la construction, de l’agriculture, du commerce de détail et du transport sont constamment à la recherche de travailleurs. En 2005, au Québec, pas moins de 37 000 postes sont restés vacants pendant quatre mois et plus, montre une étude de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Un patron de PME qui cherche un menuisier depuis quatre mois, même s’il a des préjugés contre les minorités, ne rechignera pas à embaucher un Noir compétent. D’autant plus que Québec offre depuis l’an dernier un cadeau aux PME qui ouvrent leur porte aux gens de couleur. Le Programme d’aide à l’intégration des immigrants et des minorités visibles en emploi finance 50% du salaire, jusqu’à concurrence de 7 500 dollars.

Dans certaines entreprises, comme les banques, les gens des minorités ethniques sont même considérés comme une valeur ajoutée. En 2001, la Banque Nationale s’est donné pour mission de favoriser l’embauche de candidats ethniques, indique France Pelletier, directrice du Service équité en emploi et diversité. «Nous étions perçus comme une banque de Québécois blancs, francophones, pure laine.» Elle a formé les employés des Ressources humaines pour éviter que des détails culturels ne nuisent à leur jugement lors des entrevues d’embauche. «Ils doivent comprendre qu’un candidat qui ne les regarde pas dans les yeux ou qui ne leur serre pas la main n’est pas nécessairement impoli», dit-elle.

La Banque ne fait pas ces efforts par altruisme. C’est l’économie qui lui dicte d’agir ainsi. «Il est plus facile d’attirer les clients des communautés ethniques et les investisseurs étrangers si on a des employés de différentes origines, qui parlent plusieurs langues», dit France Pelletier.

Une des dernières pubs de la Banque montre deux conjoints étendus côte à côte dans leur première maison, discutant de la future couleur des murs. Le jeune homme est de race blanche. La fille est noire.
© L'Actualité

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LES MÉDIAS VEULENT OBTENIR DES DOCUMENTS LIÉS À DES ACCUSATIONS DE RACISME (Canada)

28/04/2006 - Les avocats de médias torontois demandent aux tribunaux de rendre publics les documents liés à des accusations de racisme déposées contre le Conseil scolaire publique anglais.

Deux adolescents noirs affirment avoir été injustement renvoyés de leur école, il y a quelques mois, après une tentative de vol.

Le Conseil scolaire public anglais de Toronto a obtenu que les documents soient gardés sous scellé, afin de protéger l'identité de présumés victimes du vol.

Les avocats du Conseil avaient également tenté d'interdire l'accès du public à la salle d'audience.

Craig Fortier, qui travaille auprès des jeunes torontois, croit que la censure n'aide pas à régler les questions de racisme qui entourent le système scolaire. Il estime qu'il est primordial que les jeunes puissent s'exprimer sur la question, de crainte que la situation n'empire.

Les médias estiment que les documents doivent être rendus publics même si certains noms sont rayés.
© Radio Canada

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ETATS-UNIS : LES DIRIGEANTS DE LA COMMUNAUTÉ AFRO-AMÉRICAINE SOUTIENNENT LE BOYCOTT CONTRE LA PRO-IMMIGRATION

30/04/2006 - Les dirigeants de la communauté des Afro-américains ont exprimé, samedi à Los Angeles, leur soutien au prochain boycott, à l'échelle nationale, de l'emploi, de l'école et de l'achat, observé par les immigrants clandestins et leurs supporters.

Lors d'une conférence de presse tenue dans une égalise à Los Angeles, les orateurs ont comparé, ont comparé le boycott, prévu pour lundi à l'occasion de la Journée international du travail, au Mouvement des droits civiques des noirs.

"Rosa Parks a dirigé un nouveau courant de l'histoire contre le racisme et pour les droits des travailleurs", a rappelé John Parker, coordinateur de la côte ouest du Centre d'action international.

Il s'est référé à la femme noire dont le refus de céder son siège à un passager blanc dans un Montgomery, bus Alabama en 1955, a déclenché le mouvement des droits civiques dirigé par Martin Luther King.

Le boycott, qui durera de minuit dimanche à minuit lundi, est destiné à souligner l'importance économique des immigrants à un moment où les législateurs américains travaillaient sur la réforme de l'immigration.

Les marches seront ponctuées par des manifestations à travers la Californie du Sud et d'autres importantes zones peuplées à travers les Etats-Unis.

Tony Muhammad, responsable chargé de la Nation d'Islam, a affirmé que le mouvement des droits des immigrants était un mouvement mondial concernant les personnes opprimés des gens de couleur, des noirs et des bruns et que le monde entier considérerait Los Angeles comme un modèle dans la poursuite de "la liberté, de la justice et de l'égalité".

L'activiste des droits des immigrants, Gloria Saucedo, a appelé à ne pas acheter, vendre, travailler ou aller à l'école en observant ce boycott et comparé la situation critique des immigrants à l'esclavage.

Parlant d'environ 12 millions d'immigrants sans papiers aux Etats-Unis, elle a indiqué que les immigrants d'aujourd'hui " partageaient la même histoire d'esclavage".

Jesse Diaz, membre de la Coalition du 25 mars qui a aidé à organiser la grandiose manifestation il y a un mois et l'événement de lundi, a prévu que le boycott marquerait une journée historique dans l'histoire du pays.

Des centaines de milliers de personnes pourraient faire l'école buissonnière et ne pas aller au travail lundi afin de participer aux rassemblements à travers Los Angeles et dans d'autres villes américaines, demandant que la citoyenneté ou au moins un chemin pour conduire à la citoyenneté soit indiqué à des millions d'immigrants clandestins.

Bien que les personnes opposées à l'immigration clandestine aient dit qu'ils n'espéraient pas que ce boycott pourraient changer de l'esprit de qui que ce soit sur ce problème controversé, on craint que les affaires ne soient perturbées lundi en raison du boycott.
© Xinghua

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UN STUDIO DE HOLLYWOOD ACCUSÉ DE DISCRIMINATION RACIALE SERA JUGÉ (Etats-Unis)

Un studio de Hollywood accusé de discrimination raciale sera jugé

29/04/2006 - Un juge fédéral américain a décidé que le géant du cinéma Universal Pictures devait répondre des accusations à son encontre dans le cadre du premier cas de discrimination raciale formulé par le gouvernement contre un studio de cinéma de Hollywood, a rapporté vendredi un média local.

La plainte, déposée en 2003 par la Commission pour l'opportunité égale dans l'emploi (Equal Employment Opportunity Commission, EEOC), concerne le renvoi d'un assistant afro- américain du metteur en scène de "2 Fast 2 Furious" d'Universal Pictures, selon le quotidien Los Angeles Times.

Universal Pictures est soupçonné d'avoir violé l'article VII de la Loi sur les droits civils (Civil Rights Act) de 1964, ce que le studio a démenti.

L'EEOC a déposé la plainte au nom de Frank Davis, 47 ans, qui avait une carrière d'au moins 12 ans dans la réalisation de cinéma avant d'être renvoyé, a indiqué le journal.

Selon la plainte, le cinéaste a été remercié au cours de la réalisation de "2 Fast 2 Furious", simplement pour ses objections au réalisateur John Singleton, qui, un noir aussi, avait choisi Frank Davis en tant que son assistant.

Un porte-parole d'Universal Pictures a cependant déclaré au Los Angeles Times que M. Davis avait été remplacé simplement pour sa performance inadéquate dans la réalisation de ce film mais non pour toute autre raison.
© Xinghua

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UN VIOL NOIRCIT LA BLANCHE AMÉRIQUE

En Caroline du Nord, deux stripteaseuses noires accusent d'agression sexuelle des étudiants blancs de la prestigieuse université Duke de Durham. Washington de notre correspondant Pascal RICHE

29/04/2006 - Depuis un mois, un fait divers ­ un viol ­ émeut la presse américaine, réussissant à conquérir, cette semaine, la couverture de Newsweek. Car les suspects sont des jeunes gens de bonne famille, étudiants blancs d'une université très prestigieuse, Duke, en Caroline du Nord. Et la victime est une stripteaseuse noire.

Race, sexe, fric, crime
Un tel cocktail est détonant, on le sait depuis l'affaire O.J. Simpson. Le décor, tout de contrastes, est également parfait : une petite ville éprouvée par la désindustrialisation et qui abrite un symbole de l'élite américaine, Duke. Ici, les droits d'inscription d'un étudiant (44 000 dollars) surpassent le revenu moyen des ménages. Enfin, nous sommes dans le Sud. L'image d'une Noire violée par ses employeurs blancs, riches et soûls, a brutalement fait resurgir maints démons du passé.

Mais a-t-elle été violée par ceux qu'elle dénonce ? Les jeunes gens démentent. Et aujourd'hui, c'est leur vérité (défendue par de riches avocats de la côte Est et par des chroniqueurs conservateurs) contre celle de la jeune femme (qui a convaincu les procureurs et a le soutien d'organisations noires). Chaque jour apporte des éléments contradictoires. Si beaucoup de commentateurs ont déjà choisi leur camp, rien ne permet encore de trancher.

Tribus indiennes
Ce que l'on sait : dans la nuit du 13 au 14 mars, deux stripteaseuses sont embauchées par des étudiants pour mettre un peu de sel lors de leur fête. Quand elles arrivent à l'adresse indiquée, une maison à Durham, elles se retrouvent devant le club de lacrosse de Duke presque au grand complet, 46 jeunes athlètes ayant beaucoup bu. Le lacrosse est un jeu viril que pratiquaient certaines tribus indiennes d'Amérique : les joueurs, casqués et protégés, se bousculent pour attraper une balle en caoutchouc dur, à l'aide de cannes terminées par des filets. A minuit, les deux femmes commencent leur prestation. Quelques minutes plus tard, un étudiant brandit un manche à balai et leur suggère de l'utiliser. Les danseuses prennent peur, s'enferment dans une salle de bains.

Que se passe-t-il pendant la demi-heure suivante ? Sur une des photos prises par un fêtard, apparemment, à 0 h 40, un étudiant semble aider l'une des femmes à monter dans une voiture. Jeudi, un chauffeur de taxi a affirmé les avoir vues partir à 0 h 50, au milieu d'un échange d'insultes. Un autre témoin, un voisin, a été glacé par ce cri : «Remercie ton papy pour ma jolie chemise de coton !»

Dans la journée du 14, l'une des danseuses s'est rendue à la police et a porté plainte. Elle affirme qu'elle a été poussée dans des toilettes et violée, avec sodomie, par trois étudiants blancs. Un examen médical a confirmé des abus sexuels. Sa collègue n'a pas directement assisté à la scène, mais elle tend à confirmer son récit. La police ordonne des tests ADN sur les 45 étudiants blancs présents (un seul était noir).

Sur les photos qu'on lui présente, la danseuse affirme reconnaître «à 100 %» deux de ses agresseurs. Pour le troisième, elle hésite. La semaine dernière, les deux étudiants qu'elle a identifiés, Reade Seligmann, 20 ans, et Collin Finnerty, 19 ans, sont arrêtés. L'avocat de Seligmann clame que son client n'a manifestement pas pu participer au viol : entre 0 heure et 0 h46, ce dernier a passé huit coups de fils sur son téléphone portable, pris un taxi, retiré de l'argent dans un distributeur de billets. L'autre accusé, Finnerty, a déjà eu un accrochage avec la justice pour avoir, cet automne, cogné un homme, à Washington, qui protestait après avoir été traité de «gay».

Les premiers résultats des tests ADN se révèlent négatifs. D'autres tests sont engagés. Les avocats des étudiants crient à l'erreur judiciaire. Ils laissent entendre que la politique interfère : le procureur, Mike Nifong, est candidat à une élection dans un quartier qui compte beaucoup de votants noirs. Ils dénoncent le fait que la police, lorsqu'elle a présenté les photos des joueurs de lacrosse à la victime, n'a pas mêlé d'autres visages à ces photos.

Passé fouillé
La crédibilité de la stripteaseuse, enfin, est attaquée. Celle-ci, âgée de 27 ans, mère célibataire de deux enfants, suit pendant la journée des études à North Carolina Central, une petite université de Durham fondée en 1910 pour des étudiants noirs. Son passé est fouillé. Jeudi, la presse révèle qu'elle a déjà, il y a dix ans, signalé à la police avoir été violée par trois hommes. L'affaire n'avait alors pas eu de suites. Cette révélation fait exulter les avocats des étudiants : elle démontre, selon eux, que la victime n'est pas sérieuse. Mais ce premier viol peut aussi confirmer la vie violente que connaît celle-ci depuis son enfance. Sa mère a confirmé ce premier traumatisme : «Elle avait mis un an à s'en remettre.» Des associations noires se mobilisent aujourd'hui en sa faveur.

Assiégée par les médias, l'université Duke, cinquième du pays dans le classement de US News & World Report, est bouleversée par l'affaire. Le directeur, Richard Brodhead, a envoyé une lettre à toute l'université, appelant à lutter contre la culture de «certains groupes d'étudiants qui abusent régulièrement de l'alcool», leur «arrogance inconsidérée», leurs «attitudes de supériorité nourries par les inégalités de [la] société». Des séminaires seront organisés pour parler aux étudiants du racisme, de l'inégalité, de l'alcool. La saison des matchs de lacrosse a été annulée.
© Libération

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