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Jour 4 : Vendredi 31 août
"Sur les affiches de l'ICC* on voit les sourires bêtifiants, au forum ONG on voit le rictus des mourants."
* Le Centre International de Conférence ou se tient la Conférence gouvernementale.
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***AU JOUR LE JOUR***AU JOUR LE JOUR***AU JOUR LE JOUR*** Liste des articles du jour.
Éditorial: Zoulous · Events of the day · Ouverture de la Conférence Intergouvernementale · Forum Social de Durban · Interview: Maria de Hongrie ·
Videobite: Bernice Dubois · Réfugiés d'Afrique · Une femme du Congo · Ahmed Ben Bella · Météo orageuse sur le WCAR-NGO · Météo orageuse sur Durban
· Iyad Rabi
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DERNIERE NOUVELLE : La version définitive du préambule de la Déclaration du forum des ONG est prête. Le programme d'action devrait être prêt vers 23 heures. Nous espérons disposer du document. Nous le placerons immédiatement en ligne de sorte que vous puissiez le télécharger. Soyez attentifs, nous posterons une alerte sur la liste UN-discussion@icare.to
Éditorial
Où sont les enfants Zoulous de Durban ?
"Où sont mes enfants Zoulous ?" C'est une femme sud-africaine, une blanche, qui pose la question au cours d'une réunion de la commission thématique 'Jeunesse et enfants' du forum des ONG. Elle s'explique " Je suis une travailleuse sociale. Je m'occupe des enfants Zoulous abandonnés qui traînent dans les rues de Durban. Or, on les a expulsés de la ville à l'approche de la conférence contre le racisme. Je ne peux plus faire mon travail. Que va faire la conférence pour eux ? Que vont faire la déclaration et le programme d'action pour changer ces pratiques ?" La salle applaudit chaleureusement. Son interpellation rappelle brutalement la réalité post-apartheid du pays d'accueil de la conférence. Sept ans après le début de la transition à la démocratie, 30% de la population sud-africaine en âge de travailler est au chômage, sept millions de personnes vivent dans des bidonvilles ou sont des sans-abris. Kevin Byrne, de l'association Sud Africaine 'Sauvez nos enfants' nous a justement expliqué au premier jour de la conférence que les enfants 'reflètent la société dans laquelle ils vivent'. Il me revient en mémoire une image de cette première journée. Un groupe d'enfants noirs, dépenaillés, se sont amassés à l'entrée de la Workshop Factory, un complexe commercial de luxe situé tout près du lieu où se tient la conférence. Une voiture banalisée s'arrête. Des hommes en uniformes en déboulent, interpellent les gosses, les rabattent vers la voiture, les pressent de s'y embarquer. Puis la voiture démarre en trombe, disparaît. Tout cela s'est passé très vite. La situation semblait presque irréelle. Avec le témoignage de cette travailleuse sociale, elle prend à présent pour moi tout son sens.
Mellouki CADAT
Évènements du jour.
Ouverture de la Conférence Intergouvernementale
La Conférence intergouvernementale contre le racisme s'est ouverte en présence de quelques 150 chefs d'Etat et ministres. Israël, le Canada et les Etats-Unis, sans boycotter totalement la Conférence, ont décidé d'envoyer des délégations conduites par des fonctionnaires de rang intermédiaires. Les trois Etats déclarent refuser de cautionner la tonalité anti-Israël de la réunion. Yasser Afarat, le leader palestinien, a accusé Israël, lors de son intervention, d'être un Etat raciste pratiquant la purification ethnique. De son côté, le Secrétaire Général de l ONU, Kofi Annan, a déclaré dans son allocution d'ouverture que les " souffrances endurées par les juifs du fait de l'Holocauste " expliquaient qu'il soient " sensibles aux accusations de racisme " On ne peut, selon lui, d'un autre côté, " attendre des Palestiniens qu'ils acceptent cela comme une raison pour ignorer les souffrances qu'ils endurent ". Il faut noter que les tensions au Moyen-Orient ont été la cause de l'échec des deux précédentes conférences des Nations Unies sur le racisme.
Manifestation du Forum Social de Durban (Durban Social Forum, DSF).
Le Forum Social de Durban, une coordination d'un ensemble d'organisations, a organisé une manifestation contre le racisme et la politique économique du gouvernement sud-africain. Mukuhdwa Metahuthuthuni manifeste " contre le racisme " et parce que la situation économique est " pire qu'au temps de l'apartheid ". Solidaire avec la manifestation, il n'en est pas moins critique de la " domination Zoulou ". Ils sont les seuls " à avoir le droit à la parole dans la manif". Lui est " Venda " et fait partie d'une ethnie émigrée vers Durban depuis l'extrême nord du pays. Anthony Innes est un "Vleie " et manifeste pour le "droit à la terre et au logement ". Le secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan, n'est pas venu en personne recevoir le mémorandum des manifestants comme cela était prévu. La manifestation a alors dégénéré et le remplaçant de Kofi Annan, Andrew Goledzinowski, un conseiller de Mary Robinson n'a du son salut qu'a l'intervention musclée des forces de sécurité.
Interview
Aujourd'hui la vie a commencé dans le Centre d'exposition de Durban, où les représentants des ONG ont accès, contrairement au complexe de l'ICC, le Centre International des Conventions, qui reste un fruit défendu pour la majorité des présents. Les gens se demandent où se déroulent les événements, où ils peuvent participer, se faire entendre, quelles salles sont accessibles pour quel porteur de badges, de quelle couleur, etc… Premier jour classique : tout le monde est un peu perdu. Un entretien avec Maria, Ian et Robert.
" Au Forum des ONG je me sentais beaucoup plus utile ", explique Maria de Hongrie. " Bien sûr, je peux suivre ce qui se passe à l'intérieur de l'ICC, je peux aussi observer quelques expositions présentées. Mais, aujourd'hui au moins, je n'arrive pas à me sentir à ma place ici et je commence à regretter notre Forum des ONG où nous pouvions entendre de vive voix les gens et leurs problèmes réels. "
Ian, de Grande-Bretagne, ajoute : " La différence entre les organisations qui sont présentes ici, sur les stands, et les ONG du Forum représente bien la fracture entre nous et nos gouvernements qui sont là-bas, de l'autre côté de la rue. Nous partageons les mêmes valeurs que les organisations présentes ici, comme la South African Human Rights Comission, le Youth Service for National Development ou bien les Commissions de Nations Unies pour les réfugiés, les personnes déplacées, etc… Mais nos rôles sont différents, ici comme chez nous, dans nos pays : nous, nous dénonçons l'injustice tandis qu'eux réclament des " valeurs positives. "
Vidéobites du jour :
Madame Bernice Dubois, Secrétaire Général de la Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF).
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Demo Vendredi 31 août.
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Tidbits
Réfugiés d'Afrique, réfugiés sans droits.
Jacques Ramazani de l'Union pour la Démocratie au Congo (UDC) n'a pas d'accréditation pour la conférence mais veut témoigner pour les réfugiés d'Afrique. Je le rencontre au centre BAT où des manifestations culturelles sont organisées quotidiennement pour les délégués de la conférence. Jacques est réfugié politique. Exilé en Afrique du Sud depuis plus de 4 ans il y vit avec sa famille. Il s'indigne de ne pas y être pas traité dignement. Il partage le lot des réfugiés originaires de l'Afrique. Quoique titulaire d'un statut, il n'a aucun droit social. Selon lui, la politique des réfugiés de l'Afrique du Sud est une " mascarade ". " Beaucoup des tentes de fortune misérable qui parsèment les rues de Durban sont celles des réfugiés africains ". Les raids de police nombreux. Jacques Ramazani se bat pour l'égalité des droits entre refugiés quelque soit leur appartenance nationale. L'absence de droits politiques et de droits sociaux des réfugiés en Afrique y est patente. La Conférence de Durban devrait traiter selon lui du problème douloureux des réfugiés politiques au sein de l'Afrique même.
Une femme du Congo des droits de l'Homme
Mme Carine Kabasele Bapita est présidente de "Femmes et enfants pour les droits de l'homme" (Fedho R.D. Congo), une ONG de défense des droits de l'homme. Elle nous déclare : " La République Démocratique du Congo connaît une question nationale non résolue dans ses rapports avec le Ruanda. Cette question nationale à ses racines historiques dans le colonialisme qui a partagé le gâteau africain à grand cou frontières arbitraires, tirées au cordeau à travers l'Afrique. Objectifs de l'organisation au cours de la conférence : gagner davantage le support de la communauté internationale. "
Ben Bella : " Nous voulons que l'Europe demande pardon à l'Afrique ".
Ahmed Ben Bella, premier président de l'Algérie indépendante était présent aujourd'hui sous la tente Afrique du Forum des ONG. Il a pris position sur les réparations liées à d'esclavage devant un public très nombreux où l'on reconnaissait Fodé Sylla, parlementaire européen et ancien président de SOS-Racisme. Ben Bella a notamment déclaré : " Nous ne voulons pas la charité, nous voulons des réparations". Selon lui, " demander seulement l'argent, c'est être des marchands ". Les réparations " ce n'est pas la petite charité. On ne peut pas calculer la réparation. L'équité, oui. Mais il faut la volonté de réparer ". Le Présient Ben Bella conclue : " Nous voulons que l'Europe demande pardon à l'Afrique ".
Météo orageuse sur le WCAR-NGO
Une deuxième manifestation s'est déroulée devant le Kingsmead stadium, moins nombreuse, tout aussi revendicative mais plus spectaculaire. Une centaine de femmes de condition modeste venues de tout le pays, encadrées par quelques militantes féministes, étaient venues demander des comptes au SANGOCO : Il semble que ce dernier, lors de la préparation du WCAR, n'ait pas organisé voyage, hébergement et droit d'entrée de 250 femmes au forum des ONG comme il l'avait promis. Plus grave, il n'a pas pensé entretemps à rattraper son erreur, et c'est pourquoi depuis lundi dernier, les femmes restées sur place multiplient les actions spectaculaires pour se faire entendre. La première d'entre elles a été un raid (pacifique !) sur le Forum International de la Jeunesse, avec il est vrai quelques complicités internes, comme l'avoue avec un grand rire Mapule Mithiritso, de Violence Against Women. Elle dénonce d'un ton rageur le peu de place accordé à l'antisexisme dans le forum, ce peu de place étant monopolisé par " l'élite féminine noire " qui s'arroge le droit de parler à la place des intéressées
Les femmes bloquant joyeusement l'entrée du stade, faisant succéder slogans, discours et chants, le SANGOCO a décidé au bout d'une heure de leur laisser l'entrée libre, ce dont elles profitèrent dans l'instant sous les youyous de victoire. Une demi-heure après, elles ressortaient pour rejoindre la manifestation du Durban Social Forum.
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Météo orageuse sur Durban
Le ciel était noir ce 31 août sur Durban, pas seulement à cause des caprices de la météo : Les initiatives contre le WCAR-conférence intergouvernementale ont commencé dans l'après-midi par une grande manifestation appelée par le Durban Social Forum (DSF). Cette organisation est une coalition dont font partie le SANGOCO et le Landless people's movement (Mouvement des Sans-Terre) dont les militants étaient très présents sur le Kingsmead stadium. Elle a rassemblé 30 000 personnes, selon les organisateurs, sur le thème de la lutte contre le racisme et la pauvreté, mais les manifestants ont revendiqué pêle-mêle la fin de la privatisation des services publics, l'abolition de la dette du Tiers-Monde, la redistribution des terres, les réparations pour les victimes de l'esclavage et du colonialisme, et la solidarité avec le peuple palestinien… Il est vrai que les participants du WCAR-NGO, notamment les Palestiniens et les Dalits, étaient venus nombreux marcher aux côtés des sud-africains. La tonalité politique de tous les participants étant clairement anti-globalisation. Le professeur Fatima Meer, responsable du DSF, l'a précisé dans son discours : " Les manifestations contre le WCAR seront le pôle d'expression de toutes les organisations de masse, extra-parlementaires et associatives sur des sujets tant locaux que globaux ". Le 1er septembre, une deuxième manifestation se prépare sur le même sujet, appelée par l'ANC (parti au pouvoir), les syndicats COSATU et SANCO, et les communistes du SACP.
Iyad Rabi : le combat pour l'égalité
Le combat d'Iyad RABI, Palestinien d'Israël, avocat et membre d'AHALI (Center for Community & Development) est celui de l'égalité des citoyens palestiniens en Israël. En ce sens, sa problématique est un peu différente de celle des participants venant de Palestine. Iyad considère l'état Israël comme étant le sien, et ce qu'il demande avant tout est de bénéficier dans son pays du même respect que les autres citoyens. Regardant l'histoire récente d'Israël, Iyad raconte comment la Population palestinienne, passé à quelques centaines de personnes au moment de la création de l'Etat hébreu ( le nombre actuel est remonté à un million, donc 20 % d'habitants ) s'est retrouvé dans une position de sous-citoyenneté. Israël est certes une démocratie, mais pas pour tout le monde. A cet égard, le terme "apartheid " lui semble le plus adéquat pour définir cette situation. Actuellement, la question de la terre se trouve au cœur du problème et -
surtout symboliquement - la question du retour des refugiés : les autorités israéliennes arguent que le retour n'est tout simplement pas possible, par manque de place. " D'accord, répond Iyad, mais pourquoi alors tous les gens d'origines juives ont le droit de venir sans limitations ; dès qu'ils arrivent, ils ont tous les droits, la terre inclus, des droits dont nous,
habitants de ce pays depuis des générations, ne pouvons même pas rêver. il y a de la place pour eux mais pas pour les réfugiés palestiniens ? Je ne dis pas que physiquement c'est facile, mais Israël doit prendre une responsabilité morale et reconnaître cette injustice. Après cette démarche symboliquement très importante, les détails peuvent être discutés. J'imagine que pour accueillir les juifs du monde entier, ils doivent aussi résoudre certains problèmes. Par ailleurs, il est évident que ce ne sont pas tous les réfugiés palestiniens qui vont revenir ". La question de Jérusalem n'est pas fondamentale pour Iyad : " Je suis persuadé que nous pouvons vivre ensemble dans la même grande ville, ou bien, si nécessaire, une ville partagée. " Le principal problème, selon Iyad, c'est qu'Israël considère tous les partis politiques prônant l'égalité comme extrémistes, ce qui limite leurs moyens politiques de se défendre.
C'est aussi pour cela que les Palestiniens enfermés dans les territoires continuent l'Intifada et la lutte armée : Ils ne voient pas d'autres moyens. Ne parlons pas du dialogue : les seuls juifs qu'ils connaissent sont les soldats qui viennent les opprimer. " Nous sommes peu développés ? C'est vrai, mais alors que nous payons nos impôts comme tout le monde, nous ne recevons que 1 ou 2 % du budget d'Etat, nos universités sont fermées. " Toute manifestation d'antisémitisme, chez lui, en Europe ou ailleurs, rend Iyad furieux. Mais il est persuadé que commencer chaque discours pour l'égalité avec une déclaration sur le thème : " Je n'ai rien contre les juifs " affaiblit sa position : " Je vis parmi les juifs et je ne veux pas me justifier sous prétexte que je suis palestinien. Je suis contre toutes les formes de discrimination, et tout ce que je désire, c'est vivre dans mon pays, le pays des Juifs et des Arabes, dans la paix et l'égalité. "
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