ACTUALITÉ - Archives Novembre 2005

Les titres de l'actualité du 25 Novembre, 2005

Les titres de l'actualité du 18 Novembre, 2005

Les titres de l'actualité du 25 Novembre, 2005

LES STATISTIQUES ETHNIQUES, UN SUJET TABOU (France)

Longtemps jugée dangereuse, l'évaluation de la diversité trouve aujourd'hui des défenseurs.
par Charlotte ROTMAN


19/11/2005 - De funeste mémoire, dangereux, ou indispensable pour lutter contre les discriminations. La question des statistiques ethniques n'en finit pas de faire débat, en France. A la fin des années 1990, elle a violemment secoué les démographes : Michèle Tribalat appelait à briser ce «tabou» français, Hervé Le Bras l'accusait de racisme et fustigeait «le démon des origines». «Ces postures caricaturales ont contribué à figer le débat et à rendre les enquêteurs très méfiants, selon le démographe Patrick Simon. Mais, aujourd'hui, on n'en est plus là.» Le ministre délégué à l'Egalité des chances, Azouz Begag, a relancé vendredi l'idée d'un dispositif d'évaluation de la diversité. De fait, depuis quelques années, des études se penchent sur l'origine ethnique, en travaillant sur les «deuxième génération», et sur les phénomènes de discrimination raciale. «Ce n'est pas une lubie de racistes de comptoir qui veulent compter les Noirs, explique Patrick Simon. Aujourd'hui, cela éclate. Préférer l'indifférenciation, c'est jeter un voile sur l'expérience de ceux qui sont "racisés".»

L'esclavage, la colonisation, Vichy : le recensement des gens par leur origine a eu lieu dans les époques les plus sinistres. D'où la peur de voir réapparaître des «fichiers scélérats», selon l'expression d'un membre de la Ligue des droits de l'homme lors d'un colloque sur les statistiques ethniques, en 1998.

Enquête. Cette année-là, c'est le travail de Michèle Tribalat qui met le feu aux poudres. Constatant «l'incapacité de notre système statistique à rendre compte d'un certain nombre de réalités», la démographe combine le critère d'«appartenance ethnique», défini à partir de la langue maternelle, et celui des «origines ethniques», fondé sur le lieu de naissance des individus et de leurs parents. Et constate que les jeunes d'origine algérienne ont un taux de chômage de 40 %, contre 11 % pour les «Français de souche». Cette expression et ces méthodes lui valurent les cris indignés d'Hervé Le Bras, selon qui elle ouvrait la porte à des dérives xénophobes. Pour lui, les origines des Français ne devraient pas faire l'objet d'études nationales. La loi du 6 janvier 1978 indique qu'«il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques». Un avis de la Cnil de juillet a rappelé qu'il n'existait pas de «référentiel national» pour un comptage «ethnoracial».

Pourtant, ça bouge. Louis Schweitzer, ex-patron de Renault, devenu président de la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité, n'y voit pas «un critère pertinent». L'hostilité des «républicains», comme SOS Racisme, reste importante. Mais, récemment, plusieurs personnalités ont demandé la levée de cette interdiction. Roger Fauroux par exemple, ancien président du Haut Conseil à l'intégration, se dresse contre cet «aveuglement volontaire». Disposer de constats chiffrés permet une «prise de conscience des discriminations systémiques, un état des lieux des progrès à accomplir et la mesure des actions mises en oeuvre», écrit-il dans un rapport remis à Jean-Louis Borloo et intitulé «La lutte contre les discriminations ethniques dans le domaine de l'emploi».

Pénalité. Depuis quelques années, des études en ce sens sont menées. Dans un article à paraître dans la Revue française de sociologie en 2006, deux chercheuses du CNRS, s'appuyant sur l'origine nationale construite à partir du pays de naissance des parents, confirment une «pénalité ethnique à l'embauche» pour les personnes originaires du Maghreb, d'Afrique subsaharienne, de Turquie (1). Dans une autre étude, des démographes constatent que «ce handicap d'une origine héritée témoigne de l'existence de discriminations» (2). A l'Ined, Patrick Simon travaille sur une enquête auprès de 2000 salariés. Son étude posera des questions sur l'origine («africaine, maghrébine, asiatique...») et demandera : «Pensez-vous qu'on vous voit comme noir, blanc, arabe, asiatique, métis ?» Et :«Seriez-vous gêné qu'on vous pose ces questions dans l'entreprise, les administrations ou lors du recensement ?» Une expérience-pilote pour mieux mesurer la diversité. (1) Roxane Silberman et Irène Fournier, «Les secondes générations sur le marché du travail en France : une pénalité ethnique qui persiste», CNRS-Lasmas. (2) Dominique Meurs, Ariane Pailhé et Patrick Simon, «Mobilités intergénérationnelles et persistance des inégalités : l'accès à l'emploi des immigrés et de leurs descendants en France».
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21/11/2005 - Patrick Binder et Xavier Codderens, conseillers régionaux et chefs de file du Front national en Alsace, ont été condamnés à 5.000 euros d'amende chacun pour provocation à la discrimination et à la haine raciale ou religieuse.

Patrick Binder et Xavier Codderens, conseillers régionaux et chefs de file du Front national en Alsace, ont été condamnés lundi 21 novembre à 5.000 euros d'amende chacun pour provocation à la discrimination et à la haine raciale ou religieuse. Les deux hommes étaient poursuivis devant le tribunal correctionnel de Strasbourg pour avoir diffusé en mars dernier un tract qui critiquait l'attribution par le conseil régional d'une subvention à un projet de mosquée à Strasbourg. Titré "Pas de cathédrale à la Mecque, pas de mosquée à Strasbourg", le document appelait à lutter contre "l'islamisation" de l'Alsace.

1.000 euros d'amende à la Licra

Patrick Binder et Xavier Codderens devront également payer la publication du jugement dans la presse régionale et verser solidairement 1.000 euros d'amende à la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) qui s'était portée partie civile. Lors de l'audience, le 14 novembre, le parquet avait requis quatre à six mois de prison avec sursis et 10.000 euros d'amende à l'encontre des deux élus. Les deux hommes ont fait appel dès l'annonce du jugement qui avait été mis en délibéré.
© Le Nouvel Observateur

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Pierre Bernard, l'ancien maire de Montfermeil, n'a pas été condamné après les accusations de complicité de discrimination dans une affaire de vente immobilière refusée à un couple de musulmans.

24/11/2005 - Pierre Bernard, l'ancien maire de Montfermeil, n'a pas été condamné jeudi 24 novembre par le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) des accusations de complicité de discrimination dans une affaire de vente immobilière refusée à un couple de musulmans. Le tribunal a cependant reconnu coupable de discrimination la propriétaire, Nathalie d'Esquelle de la Palme, 86 ans. Elle a été condamnée à un mois de prison avec sursis pour avoir refusé de vendre en 2004 son pavillon aux époux Sbai-Idrissi après avoir appris que l'acquéreur était musulman et en avoir référé au maire, par ailleurs Président de France Debout, association cataloguée d'extrême-droite, jusqu'en 2004. La propriétaire doit également payer 1 euro de dommages et intérêts à SOS Racisme, partie civile au procès, et 4.000 euros au couple. Elle était poursuivie pour "discrimination dans l'offre ou la fourniture d'un bien ou d'un service en raison de l'origine, de l'ethnie ou de la nationalité". Mille euros d'amende avait été requis à son encontre.
Le parquet de Bobigny avait demandé une peine de six mois de prison avec sursis à l'encontre de Pierre Bernard, maire de Montfermeil de mars 1983 à juin 2002.

Le tribunal l'a relaxé parce qu'"il n'y avait pas assez d'éléments permettant d'établir un rôle déterminant dans la décision de Mme de la Palme de refuser de signer la promesse de vente". SOS Racisme et le couple Sbai-Idrissi ont annoncé leur intention de faire appel. Pierre Bernard avait été condamné à Paris pour diffamation raciale en novembre 2002.

Peur de l'Islam

Il était ressorti de conversations téléphoniques entre Abdelkrim Idrissi, professeur de mathématiques en France depuis 28 ans, et Nathalie d'Esquelle, professeur retraitée, que celle-ci "(aimait) bien le couscous mais (avait) peur de l'islam" et qu'elle en avait parlé à Pierre Bernard. "J'en ai parlé au président de France Debout car je suis 100% France Debout. Alors vendre à quelqu'un qui n'appartient pas à l'Europe, c'est contre mes convictions", avait-elle dit. L'une des conversations avait été enregistrée par Abdelkrim Idrissi en janvier 2004. "La justice a reconnu aujourd'hui la légitimité de notre démarche de citation directe et le procédé d'enregistrement de conversations téléphoniques", s'est réjoui le vice-président de SOS Racisme.
© Le Nouvel Observateur

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Les députés ont adopté jeudi un amendement autorisant les préfets à interdire l'accès des hooligans aux enceintes sportives, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur le terrorisme et la sécurité.

24/11/2005 - Les députés ont adopté jeudi un amendement du député UDF Pierre-Christophe Baguet autorisant les préfets à interdire l'accès des hooligans aux enceintes sportives, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur le terrorisme et la sécurité. "L'amendement permettra au préfet d'interdire l'accès aux stades ou à leurs abords à toute personne dont le comportement a constitué une menace à l'ordre public à l'occasion de manifestation sportives", a expliqué le ministre délégué à l'Aménagement du Territoire, Christian Estrosi.

"L'arrêté d'interdiction précisera le type de manifestations concernées et l'interdiction ne pourra excéder trois mois", a-t-il ajouté. Il a précisé que les "garanties habituelles s'appliqueront: motivation de la décision, procédures contradictoires préalables, contestation possible devant le juge administratif". La peine encourue pour non respect de l'interdiction sera de 3750 euros.

Début novembre, le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, avait annoncé une série de mesures rapides pour s'attaquer à la violence et au racisme dans les stades de football français, notamment au PSG. Il avait notamment évoqué la possibilité pour les préfets de prononcer des interdictions administratives de stade sans attendre un jugement, et un renforcement de la vidéosurveillance afin de pouvoir faire des plans serrés et identifier des fauteurs de troubles.
© TF1

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Par Nicolas Sarkozy

25/11/2005 - La flambée de violences urbaines qui a secoué nos grandes agglomérations jette une lumière crue sur les défaillances de notre modèle de société. Face à ces événements, il fallait d'abord restaurer l'autorité de l'Etat et protéger nos concitoyens, à commencer par les plus vulnérables d'entre eux. Rien ne peut en effet justifier les débordements inadmissibles dont nous avons été les témoins. Aucune difficulté sociale n'autorise à détruire la voiture d'autrui, à incendier des crèches et des écoles, à battre à mort son voisin ou à agresser les forces de l'ordre. Les auteurs de ces crimes et délits doivent être sanctionnés sans faiblesse.
Mais en toile de fond de ces événements, chacun voit bien qu'il y a des territoires urbains dans lesquels se concentrent tous les maux que nous n'avons pas su ou pas voulu traiter depuis trente ans : le chômage de masse, l'immigration subie, l'échec scolaire et le blocage de l'ascenseur social. Malgré des dépenses sociales en progression constante – près de 500 millions d'euros aujourd'hui, soit 8 points de PIB de plus qu'en 1981 –, et en dépit de la succession des plans d'urgence qui ont englouti plus de 40 millions d'euros depuis l'invention de la politique de la ville, nos banlieues se sont inexorablement enfoncées dans la crise. Un jeune sur deux sans emploi, trois enfants sur quatre arrivant en 3e avec au moins un an de retard, six fois plus d'élèves ayant interrompu leurs études à l'âge de 18 ans, voilà les tristes statistiques de notre échec.

Il y a bien quelques jeunes des quartiers sensibles qui parviennent, au prix d'une incroyable ténacité, à poursuivre avec succès des études supérieures. Mais reconnaissons que leur accès à un emploi correspondant à leurs qualifications ou à un logement se heurte souvent à une nouvelle barrière, celle des préjugés et parfois du racisme. Le taux de chômage des enfants d'immigrés ayant reçu une formation supérieure est ainsi deux fois plus élevé que celui des actifs de même niveau.

Faute de perspectives crédibles d'intégration et de promotion pour leurs habitants, ces quartiers ont eu tendance à se replier sur eux-mêmes, à se réfugier dans une contre-société avec ses propres codes, ses propres règles et même son propre langage. Ils se sont de plus en plus organisés à côté de nous et de moins en moins avec nous.

Nous ne pouvons continuer à accepter qu'un nombre croissant d'individus soit assigné à des destins écrits d'avance. Et nous ne pouvons plus simplement invoquer des principes qui, comme l'égalité des chances, ne sont plus des réalités tangibles pour beaucoup de nos compatriotes. Ces principes, encore faut-il les faire revivre et les traduire en actes pour qu'ils s'inscrivent à nouveau dans les faits. Proclamer l'égalité devant la loi ne suffit plus : il convient désormais de promouvoir aussi l'égalité par la loi.

Quand je plaide en faveur de la discrimination positive à la française, c'est précisément à cette politique active d'égalité par le droit que je fais référence, c'est une certaine idée de la justice et de l'égalité réelle que je défends. Ce qui m'anime, c'est l'ambition d'offrir à chacun d'entre nous, quels que soient sa naissance et son lieu de résidence, les possibilités effectives d'épanouissement et de réussite qu'il est en droit d'attendre et d'espérer pour lui-même et pour ses enfants.

Finissons-en une bonne fois avec cette rumeur absurde selon laquelle je serais un partisan du communautarisme et des quotas ethniques. Ce n'est pas ma vision de la nation française, dont l'une des spécificités les plus remarquables est justement de vouloir intégrer toutes les populations en une seule communauté de valeurs et de destin. Finissons-en également avec cette idée qui voudrait que la discrimination positive que je propose conduise à exonérer ses bénéficiaires de tout effort. Au contraire, pour ceux dont les conditions objectives de réussite sont très dégradées, il s'agit de faire en sorte que l'effort ait à nouveau un sens et que le mérite soit enfin récompensé. De ce point de vue, les initiatives prises par Sciences po Paris et d'autres pour s'ouvrir aux meilleurs élèves des lycées situés en ZEP me paraissent parfaitement conformes à l'idéal républicain. Au demeurant, la notion de discrimination positive a été formulée il y a quelques années par le Conseil d'Etat pour désigner toutes les politiques visant à en faire plus pour ceux qui ont moins. Je pense notamment aux emplois aidés, aux mesures en faveur de la parité entre homme et femme, aux actions relatives à l'insertion des personnes handicapées ou encore à l'aménagement du territoire, qui consiste à se mobiliser davantage pour les territoires cumulant les handicaps géographiques, économiques ou sociaux.

Le territoire me semble d'ailleurs devenu l'un des facteurs les plus structurants de la reproduction et de l'amplification des inégalités. Notre politique d'aménagement du territoire doit de toute urgence réinvestir cette problématique et imaginer des réponses adaptées. Dans le cadre de mes attributions ministérielles, j'aurai prochainement l'occasion de faire des propositions en ce sens. Notre ambition en la matière ne doit pas se limiter aux zones rurales. Elle doit aussi s'adresser aux agglomérations, et singulièrement aux banlieues.

Mais cette approche par les territoires ne suffit pas. Elle doit être complétée d'une approche par les personnes. Il serait profondément injuste d'aider indistinctement les individus qui font des efforts et ceux qui persistent à n'en faire aucun, ceux qui respectent les règles de la vie commune comme ceux qui les bafouent. On ne peut valablement aider que ceux qui veulent véritablement s'en sortir.

La noblesse de la politique, c'est de hiérarchiser les priorités et de faire des choix. C'est choisir d'aider davantage tel département rural plutôt que les Hauts-de-Seine, telle ville pauvre plutôt que Neuilly, tel enfant de La Courneuve ou d'un bassin industriel sinistré plutôt que tel élève des beaux quartiers de Paris. Et si par ce biais nous touchons beaucoup d'enfants ou de petits-enfants d'immigrés, c'est normal. Ils sont français et leur avenir est en France.

Bien sûr, les entreprises, à commencer par les plus grandes, doivent apporter une contribution essentielle au déblocage de l'ascenseur social dans nos banlieues les plus défavorisées. Certaines d'entre elles ont déjà manifesté leur volonté d'agir. Je ne peux que les encourager à aller plus loin. Les services de l'emploi doivent s'organiser pour accompagner cette mobilisation. En renforçant leur présence et en adaptant leurs interventions dans les quartiers difficiles. En n'hésitant pas à faire appel à des prestataires privés qui ont fait la preuve de leur efficacité dans l'insertion ou le reclassement de publics spécifiques. Mais si nous voulons que le secteur privé s'implique dans ce domaine, le secteur public, et en particulier l'Etat, se doivent d'être exemplaires. L'Etat doit redevenir le vecteur de promotion sociale qu'il a été par le passé, en s'affirmant comme le premier acteur de la grande politique de discrimination positive que j'appelle de mes voeux.

Tout d'abord en créant les conditions permettant aux élèves les plus méritants d'exprimer toutes leurs potentialités et de réussir leur parcours scolaire. Pourquoi ne pas généraliser les internats d'excellence, dont j'ai pris l'initiative dans les Hauts-de-Seine, afin d'offrir à ces élèves un cadre de travail améliorant leurs chances de succès ? Pourquoi ne pas envisager d'accroître fortement la rémunération actuellement versée aux enseignants qui acceptent des postes dans les quartiers les plus difficiles afin d'y attirer et d'y retenir les plus motivés et les plus expérimentés ? Pourquoi ne pas réserver dans les classes préparatoires aux grandes écoles quelques places aux meilleurs élèves des ZEP ?

Par ailleurs, nombreux sont les ménages qui n'ont aujourd'hui d'autre choix que de résider dans des zones urbaines sensibles (ZUS). Nous devons créer pour eux les conditions d'une véritable mobilité résidentielle. Pourquoi ne pas réserver aux personnes issues de ces quartiers, pendant cinq ans et dans chaque bassin de vie, un pourcentage des places disponibles dans les HLM qui se situent hors des ZUS ? C'est tout à fait possible car 75% des logements sociaux ne se trouvent pas dans les ZUS. Il suffit de le vouloir. On pourrait aussi imaginer de majorer certaines aides au logement afin d'offrir à leurs bénéficiaires une véritable liberté de choix de leur habitation. Tout cela suppose plus largement d'accroître et de diversifier l'offre de logements, dans les banlieues sensibles comme dans les quartiers résidentiels et de centre ville.

Enfin, le mode de recrutement classique de l'administration française est le concours. Il doit le rester. Mais aujourd'hui certains partent de si loin qu'ils n'ont aucune chance de réussir les concours. En amont, nous pourrions développer des bourses de service public destinées à financer les études des élèves les plus méritants des ZEP, dès lors qu'ils s'engagent à passer un concours de la fonction publique. Il est aussi possible de concevoir des cycles préparatoires rémunérés pour inciter les étudiants issus de milieux modestes à poursuivre leurs études.

Ala place où je me trouve, j'ai décidé de passer sans attendre de la théorie à la pratique. J'ai donc engagé avec les services du ministère de l'Intérieur un plan d'actions pour diversifier notre recrutement. Dès l'année prochaine, des préparations intégrées – avec internat – aux concours des différents corps de la police, de la gendarmerie et de la sécurité civile seront mises en place.

On peut imaginer des dispositifs plus ambitieux. Le principe d'égal accès aux emplois publics ne s'oppose absolument pas à ce que les règles de recrutement de la fonction publique soient différenciées pour tenir compte de la variété tant des mérites à considérer que des besoins du service public. L'administration pourrait tout à fait recruter ses agents davantage en fonction de la capacité et des aptitudes professionnelles des candidats que de leurs diplômes universitaires et de leur réussite à des épreuves théoriques qui tendent à favoriser ceux venant d'un milieu aisé. Pourquoi ne pas instaurer un 4e concours réservé aux personnes originaires des zones urbaines et des régions industrielles les plus sensibles ? Il s'agirait d'une disposition temporaire, édictée dans le cadre des possibilités d'expérimentations ouvertes par l'article 37-1 de la Constitution.

Si tous nous nous mobilisons, si toutes les administrations, grandes entreprises, établissements d'enseignement supérieur s'engagent, si tous les responsables politiques font le choix de l'action, alors, j'ai la conviction que nous pouvons changer la donne et progresser à nouveau sur la voie de l'égalité réelle, celle qui est inscrite aux frontons de nos édifices publics.

* Ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, président de l'UMP.
© Le Figaro

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Polémique . Après la polygamie, les parlementaires de droite ont trouvé un nouveau bouc émissaire à l’explosion de violence dans les banlieues. Par Laurent Mouloud

25/11/2005 - L’occasion était trop belle. Alors que l’état d’urgence flotte sur la France et que la population, angoissée par les émeutes, plébiscite toujours plus de fermeté, les parlementaires UMP, dans leur quête de boucs émissaires, ont décidé de rouvrir la chasse aux rappeurs. Mardi, 152 députés et 49 sénateurs ont demandé au ministre de la Justice d’engager des poursuites contre sept chanteurs ou groupes de rap dont les textes inciteraient, selon eux, « à la haine et au racisme ». Et seraient responsables, pour partie, des violences dans les banlieues.

Le rap, pousse-au-crime ? Ce débat est aussi vieux que le rap lui-même. Il a fait les beaux jours de l’extrême droite. Avant d’être récupéré ces dernières années par plusieurs élus UMP, prompts à dénoncer un facteur de perversion de la belle jeunesse. En 2003, Nicolas Sarkozy, aiguillé par quelques syndicats de police, avait poursuivi le groupe Sniper en justice. L’affaire avait fait grand bruit et réjoui les militants du Bloc identitaire. Elle s’était finalement soldée, en première instance, par une relaxe. Motif : les paroles de Sniper ne pouvaient être assimilées à un « élément intentionnel de provocation susceptible d’inciter un public averti à la violence ».

Cette fois, c’est le député UMP de Moselle, François Grosdidier, qui est à l’origine de cette nouvelle coalition anti-rap. En août dernier, il avait déjà attiré l’attention du garde des Sceaux sur le rappeur Monsieur R. et sa chanson FranSSe où l’on peut entendre : « La France est une garce, n’oublie pas de la baiser jusqu’à l’épuiser, comme une salope il faut la traiter, mec ! » Le chanteur, de son vrai nom Richard Makela, fait l’objet d’une plainte déposée par un autre député UMP, Daniel Mach, pour « outrage aux bonnes moeurs ». L’affaire sera jugée le 6 février prochain.

Mais François Grosdidier ne s’est pas arrêté là. Avec l’aide de son fils et de « jeunes de sa circonscription », il a fouillé Internet et exhumé, çà et là, d’autres déviants du même acabit : le chanteur Smala, le groupe Lunatic, le groupe 113, les rappeurs Fabe et Salif ainsi que le groupe Ministère Amer. Un choix surprenant : à part 113 (deux victoires de la musique au palmarès), tous les autres n’ont pas sorti de disques depuis plusieurs années. Qu’importe ! Pour Grosdidier, qui souligne que les chansons sont encore diffusées, tout est clair. Ce genre de paroles, « reçues par des jeunes destructurés », peut créer « un sentiment de révolte contre la France, l’Occident, voire légitimer la vocation terroriste ». Rien que ça.

Cette nouvelle attaque contre les rappeurs a - comme prévu ? - immédiatement fait réagir. « Après les immigrés, la polygamie, ce sont désormais les artistes qui sont montrés comme les incendiaires de nos banlieues », dénonce le MRAP, qui estime que « ces élus chassent sur les terres électorales de l’extrême droite ». En filigrane, et François Grosdidier le sait, l’opinion publique va substituer les paroles de Makela aux opinions de la jeunesse d’origine étrangère. Membre de Ministère Amer, avec Stomy Bugsy et Doc Gyneco, le rappeur Passi ne dit pas autre chose : « Nous les rappeurs décrivons les maux, les blocages dans les rouages de cette société où les élus ne cessent de faire miroiter justice, fraternité, liberté, équité. L’UMP veut les voix de Jean-Marie Le Pen, au lieu de parler d’amour, d’éducation, de réinsertion, d’ouverture. »
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Le rappeur, qui comparaît le 6 février pour ses propos dans la chanson "FranSSe", regrette l'initiative de parlementaires pour sanctionner des groupes jugés violents.

25/11/2005 - "Le rap n'est pas responsable de Mai 68", a ironisé vendredi 25 novembre, Monsieur R, l'un des rappeurs visés par l'initiative de plus de 200 parlementaires demandant des sanctions judiciaires contre sept groupes dont les textes inciteraient à la haine ou la violence. Le rappeur français considère que cette initiative relève "non seulement de la censure mais du racisme". "Les textes de rap sont théâtralisés, usent de la métaphore, il faut les prendre au deuxième degré", a-t-il expliqué. Sa chanson "La FranSSe" est dans la ligne de mire du député UMP François Grosdidier qui a demandé en août au garde des Sceaux d'engager des poursuites contre son auteur. Une enquête préliminaire est en cours à Paris. Le député UMP, rejoint par plus de 200 parlementaires, a saisi le ministre de la Justice du cas de sept chanteurs ou groupes de rap, dont Mr R, Groupe 113, Lunatic, Minister A.M.E.R, Smala, Fabe et Salif. Mr R dénonce les accusations de racisme anti-français et réfute l'idée que le rap ait pu avoir une influence dans les violences urbaines. "Je n'accepte pas d'être traité de raciste", dit-il. "On peut avoir une vision critique de l'Etat français sans être anti-français ni raciste", s'est-il indigné.

Un album vendu à 15.000 exemplaires

"Le rap n'est pas responsable des émeutes de Vaux-en-Velin (NDLR: banlieue de Lyon) au début des années 80, ni de Mai 68", répond-t-il aux députés qui voient dans cette musique une idéologie destructrice. "Après les émeutes, il y a autre chose à faire que de s'en prendre aux rappeurs", assure le chanteur. "Quand Brassens a des propos très durs contre l'Etat, tout le monde applaudit car il fait partie du patrimoine culturel français. Mais quand ce sont des jeunes colorés, on veut les traîner en justice. Il y a deux poids deux mesures", s'insurge Mr R. Son l'album "Politkment incorrekt" s'est vendu à près de 15.000 exemplaires depuis sa sortie en mars.
Vendredi matin, le Premier ministre Dominique de Villepin a incité les parlementaires à éviter toute forme d'amalgame. "Est-ce que le rap est responsable de la crise des banlieues? Je réponds non". Deux députés UMP, Daniel Mach et Jean-Paul Garraud, ont déposé une proposition de loi afin de punir les artistes qui, par leurs œuvres publiées, mises en ligne, porteraient atteinte à la dignité de la France et de l'Etat ou de ses personnages historiques.

Outrage aux bonnes mœurs

La plainte contre Richard Makela alias "Monsieur R." pour "outrages aux bonnes mœurs" sera examinée le 6 février 2006 par le tribunal de Melun. Celui-ci a fixé mercredi à 300 euros la consignation nécessaire au déclenchement de l'action publique. Cette consignation versée par la personne se constituant partie civile permet, au cas où la personne accusée est acquittée, de la dédommager. Le rappeur de Combs-la-Ville (Seine-et-Marne) était cité à comparaître à la suite d'une procédure de citation directe entre parties engagée par le député des Pyrénées-Orientales, qui s'est porté partie civile et était présent à l'audience. Dans un communiqué diffusé le 17 novembre, Daniel Mach indiquait attaquer le musicien en raison notamment d'une chanson intitulée "FranSSe", extraite de l'album "Politikment Incorrekt". Selon Daniel Mach, dans ce morceau, le rappeur affirme à propos de la France: "N'oublie pas de la baiser jusqu'à l'épuiser, comme une salope faut la traiter mec". Ni le musicien ni son avocat n'assistaient à la procédure. "Monsieur R." encourt trois ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende s'il est avéré que sa chanson et son clip sont accessibles aux mineurs, a rappelé le président du tribunal, qui souhaite visionner les images lors de l'audience du 6 février. Daniel Mach, qui avait déposé fin septembre, à l'Assemblée nationale, une proposition de loi visant à "instaurer un délit d'atteinte à la dignité de la France et de l'Etat", a déclaré qu'il était soutenu par environ 150 autres députés.
© Le Nouvel Observateur

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21/11/2005 - Lavapiés est un vieux quartier du centre de Madrid : 33 000 habitants, 88 nationalités recensées et une très nombreuse population marocaine, qui se sent exclue et démunie, non seulement parce qu'elle est étrangère, mais aussi parce qu'elle est musulmane. Mohammed, 32 ans, évoque sans détour les discriminations et les préjugés dont il est victime. "On nous voit comme des 'Moros' ('Maures') à problèmes, parce que les auteurs des attentats de Madrid vivaient ici. On est forcément suspects depuis le 11 mars [2004] parce qu'on est comme eux", explique-t-il. Avant leur arrestation, les instigateurs des attentats de la gare d'Atocha, Jamal Zougam, Mohamed Chaoui et Mohamed Bakkali, habitaient et travaillaient dans le quartier. Au balcon d'un appartement, une pancarte réclame en arabe et en espagnol "des papiers pour tous". Près de deux ans après le drame, la vie semble paisible. Mais au quotidien beaucoup se sentent surveillés, exclus. Tous ou presque ont une anecdote à raconter sur le zèle policier. Comme Mounir, rencontré rue Caravaca, à quelques mètres de l'ancienne boutique de Jamal Zougam. "Après les attentats, c'était devenu invivable. On se faisait contrôler comme ça, à tout moment, en pleine rue. Et les policiers nous disaient qu'ils faisaient juste leur travail. Tu parles ! Maintenant c'est un peu plus calme. Mais ce ne sont pas les Equatoriens qui se font contrôler…"

Tous tiennent aussi à souligner que l'islam ne se résume pas aux actes d'Al-Qaida et que les musulmans sont des citoyens comme les autres. Pour Elharif, immigré marocain, "l'islam n'a rien à voir avec tout cela. Ceux qui ont posé les bombes ne savent pas ce qu'est l'islam. Et nous, les musulmans marocains, algériens, sénégalais, on est comme les autres."

Pour Ahmed Sefiani, présentateur de télévision sur la chaîne andalouse Canal Sur, "Lavapiés est un cadre spécifique, un lieu de marginalisation de tous les immigrés, qui se retrouvent entre eux, tendant à y exacerber le racisme". Un racisme latent dans la société espagnole, qui avait atteint son apogée en février 2000, lors des émeutes antimarocaines de la petite ville andalouse d'El Ejido.

Mais la xénophobie est loin de représenter la normalité espagnole. Ahmed le clame haut et fort : sa religion comme son origine ne sont en aucun cas des handicaps. Ses relations avec les communautés juive ou chrétienne se sont toujours bien passées et, "de toute façon, la communauté la plus répandue en Espagne est celle des athées !". Un constat que dément pourtant une enquête récente du Centre public de recherches sociologiques espagnol (CIS), selon laquelle 79,4 % des Espagnols se disent catholiques, dont 47,7 % pratiquants.

Il est vrai qu'après la tragédie madrilène les appels à la tolérance se sont multipliés. Ahmed reconnaît du bout des lèvres susciter parfois quelques inquiétudes chez les passagers et personnels de sécurité quand il prend l'avion. "Mais c'est pareil pour les Basques !" ajoute-t-il en riant. Sa réussite sociale lui permet-elle d'éviter certaines désillusions ? Peut-être. Comme partout, "les pauvres ont toujours tort", admet-il.

Sur de nombreux points, la situation des musulmans d'Espagne est comparable à celle des musulmans français ou hollandais. Un exemple ? L'affaire du voile, qui a engendré tant de polémiques en France, a également ébranlé l'Espagne. En 2002, la direction d'un lycée privé madrilène s'était opposée au port du voile en classe par une Marocaine de 13 ans, qui a simplement été transférée dans une école publique. La ministre de l'Education Pilar del Castillo avait à l'époque estimé que, si l'exhibition de signes religieux dans les écoles n'était pas "appropriée", ils ne devaient pas pour autant être interdits. Une position en demi-teinte à l'image d'un pays qui hésite, qui s'est senti trahi après le 11 mars 2004 et qui a désormais peur d'accueillir ceux qui pourraient à l'avenir mettre en péril sa sécurité.
© Le Courrier international

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Les titres de l'actualité du 18 Novembre, 2005

LE MRAP CONDAMNE 'L'EXCLUSION SOCIALE' (France)

L'association appelle les députés à rejeter les "mesures d'exclusion sociale" adoptées par le Sénat concernant les allocations familiales ou retraites de familles étrangères.

21/11/2005 - Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples dénonce lundi 21 novembre les "mesures d'exclusion sociale" adoptées par le Sénat à propos des allocations familiales pour les parents étrangers et du minimum vieillesse hors du territoire français et appelle les députés à voter contre ce texte. Le Mrap "en appelle au sens de la justice et de l'humanité des députés pour qu'ils rejettent ces mesures d'exclusion sociale et citoyenne pour ceux qui en sont victimes car elles déshonorent une certaine idée de la France". "Profitant encore une fois démagogiquement du contexte, le gouvernement vient d'introduire dans le cadre du débat au Sénat sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, deux mesures discriminatoires visant à restreindre deux droits acquis pour les immigrés et leurs familles", indique le Mrap dans un communiqué, qui évoque "tous les signes d'une punition collective en réponse aux violences urbaines".

Droits de l'enfant

"Le Mrap tient à exprimer sa honte et son écœurement devant de telles mesures ciblées qui portent atteinte à des droits sociaux fondamentaux à l'encontre d'étrangers en situation régulière", dit-il. "Le gouvernement démontre ainsi qu'il n'hésite pas à consentir une concession supplémentaire au Front national dans l'espoir de gagner son électorat". La première de ces mesures, selon un amendement adopté le 16 novembre à l'initiative du gouvernement, restreint le bénéfice des allocations familiales aux parents étrangers dont les enfants sont entrés en France au titre du regroupement familial. Cette mesure, "aux conséquences dévastatrices sur le plan social et économique pour les familles immigrées, constitue une violation de la Convention internationale des droits de l'enfant", estime le Mrap. La deuxième mesure met fin au versement hors du territoire français du minimum vieillesse, "ce qui revient à supprimer un droit acquis à la retraite pour les travailleurs étrangers ayant travaillé et cotisé en France, désireux de finir leurs jours dans leur pays d'origine".
© Le Nouvel Observateur

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Par Christine Ollivier

22/11/2005 - Malgré la tourmente et la pression d'un Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac persiste et signe. Persuadé que le modèle d'intégration à la française est le bon et que les instruments déjà mis en place finiront par être efficaces, le chef de l'Etat entend poursuivre dans sa logique et refuser celle de la discrimination positive défendue par son ministre de l'Intérieur.
Car Jacques Chirac en est convaincu, selon un membre de son entourage: "on n'a absolument pas besoin de changer de logique pour faire les choses dont on a besoin".

"Changer de logique", ce serait en l'occurrence adopter la discrimination positive prônée par Nicolas Sarkozy, au détriment du modèle actuel dans lequel "la République ne reconnaît pas de catégories de citoyens mais seulement des citoyens" comme on le résume à l'Elysée. Pour Jacques Chirac, il y a là "un choix politique qui est clair", souligne-t-on dans son entourage.

Reste que les violences qui ont secoué les banlieues françaises pendant trois semaines, jusqu'à l'instauration de l'état d'urgence, sont jugées à l'Elysée comme des événements "graves". Dans ce contexte difficile, "est-on capable de faire vivre, avec la mobilisation, le modèle français? La réponse est (pour Jacques Chirac) absolument oui", affirme un de ses proches.

C'est dans cet état d'esprit que le chef de l'Etat a lancé cette semaine consultation et "mobilisation" des acteurs concernés pour lutter contre les discriminations à l'embauche, au logement, ou dans les médias. Il s'agit en l'occurrence moins d'annoncer des mesures nouvelles, que de faire évoluer les esprits. "C'est surtout une mobilisation des coeurs et des esprits" qui est nécessaire, a souligné Jacques Chirac.

Après avoir sommé lundi les maires de respecter la loi SRU qui les oblige à se doter d'au moins 20% de logements sociaux, il s'est longuement entretenu mardi avec les partenaires sociaux pour leur demander de réfléchir aux moyens de lutter contre les discriminations à l'embauche ou à la promotion des jeunes des quartiers dans les entreprises. Ces discussions devraient s'ouvrir "avant Noël", selon la présidente du Mouvement des entreprises de France (MEDEF) Laurence Parisot.

Jacques Chirac a ensuite reçu les dirigeants des chaînes nationales et de la TNT pour évoquer la question de la diversité à la télévision. Il a annoncé que la loi de 1986 sur l'audiovisuel serait modifiée pour "inscrire la lutte contre les discriminations" dans les "missions" du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

Reste que la plupart des "décisions" annoncées mardi étaient déjà sur les rails. Dans la fonction publique, Jacques Chirac veut ainsi pousser davantage le PACTE ("Parcours d'accès aux carrières territoriales, hospitalières et de l'Etat") mis en place par les ordonnances du plan pour l'emploi de Dominique de Villepin l'été dernier.

Ce système doit permettre à des jeunes peu qualifiés d'entrer, par la voie de l'apprentissage, dans la fonction publique aux postes les moins qualifiés (catégorie C). Quelque 20 à 25.000 personnes pourraient être recrutées ainsi l'an prochain.

Pour les autres catégories de la fonction publique, le chef de l'Etat a souhaité que soient "réexaminés l'ensemble des programmes des concours administratifs de façon à tenir compte de ceux qui ont des parcours qui ne sont pas strictement académiques". Parmi les autres solutions possibles face aux discriminations évoquées lors de la table-ronde avec les partenaires sociaux figurait également la question des CV anonymes, que pratiquent déjà certaines ANPE.

Pas question en revanche de rentrer dans des systèmes de quotas ou de recensement sur des bases ethniques ou d'origine dans les entreprises, a prévenu Jacques Chirac. Soulignant qu'il était soutenu sur cette question par tous les partenaires sociaux, il a critiqué "un système qui a pour résultat de montrer du doigt celui qui en bénéficie et d'être difficilement explicable à celui qui en est exclu". Ce n'est "pas conforme aux principes républicains", a-t-il tranché.

Or, "le modèle français d'intégration continue à fonctionner de manière impressionnante", même si "il y a des zones où il y a trop de handicaps", assure-t-on à l'Elysée. Face aux difficultés actuelles, on se dit persuadé dans l'entourage de Jacques Chirac qu"'on peut très bien apporter des réponses sans en arriver à classer les personnes" en fonction de leur origine. Pour cela, il faut avant tout "un changement des esprits et la volonté de faire". C'est bien ce "changement des esprits" que Jacques Chirac va tenter d'obtenir. Un pari difficile à relever, à moins de 18 mois de la présidentielle de 2007.
© Le Nouvel Observateur

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