ACTUALITÉ - Archives Mars 2015

Les titres de l'actualité du 20 Mars, 2015

Cher abonnés,

Cette semaine, une revue incomplète. Dû à des circonstances personnelles, je doit arréter temporairement la revue de presse. J'en suis bien désolé.

Je ferais de mon mieux pour la reprendre le plus rapidement possible.

À la prochaine, bien amicalement,

César
© Magenta

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19/03/2015 - Toulouse a honoré jeudi avec ferveur les victimes assassinées par Mohamed Merah il y a trois ans à Toulouse et Montauban, dans un hommage qui s’est mué en une mobilisation contre l’obscurantisme, face à la multiplication des attentats des derniers mois de Paris à Tunis.

Deux mois à peine après la tuerie de Charlie Hebdo et celle de l’Hypercacher de Paris, qui ont fait 17 morts, une vingtaine de touristes sont morts mercredi dans le musée du Bardo à Tunis, sous les balles de jihadistes.

«Ils sont la mort, nous sommes la vie; ils sont la nuit, nous sommes le jour; nous continuons debout, fiers de vivre en France, d’être républicains, juifs, démocrates», résumait jeudi matin une mère d’élève, Myriam, à l’issue de la cérémonie organisée à l’école juive Ozar Hatorah (rebaptisée Ohr Torah) en hommage aux trois enfants juifs et au père de deux d’entre eux, tués par Merah le 19 mars 2012.

Mohamed Merah, un jeune délinquant toulousain de 23 ans, s’était lancé dans une série d’attentats jihadistes. Il avait successivement tué trois militaires dont deux musulmans, le 11 mars 2012 à Toulouse puis à Montauban le 15, avant d’attaquer l’école juive à l’heure de la rentrée, le 19 mars.

Lors du rassemblement de près de deux mille personnes le soir à la Halle au grains de Toulouse, la présidente régionale du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), Nicole Yardeni a souligné que cette journée portait un message de «mobilisation contre l’obscurantisme»

«On nous disait Mohamed Merah est un loup solitaire, mais l’Histoire nous a donné raison: il était le tenant d’une idéologie mortifère, qui porte la négation même de l’idée de culture», a-t-elle ajouté.

«Face à cette obscurité je suis fière d’avoir vu la République se lever le 11 janvier» a-t-elle lancé à l’unisson avec le président de la communauté juive toulousaine Arié Bensemhoun.

«C’est la guerre de la barbarie contre la civilisation», a ajouté M. Bensemhoun, tandis que le maire de Toulouse, Jean Luc-Moudenc, en appelait, face aux «répliques sismiques» des meurtres de Merah, à lutter contre le «nazislamisme», une formule chère à Bernard Henri-Levy.

Le combat passe par l’école
La ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, et le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, avaient apporté leur pierre à la lutte contre l’obscurantisme dans l’après-midi d’abord dans une école de la région toulousaine au côté de Latifa Ibn Ziaten, mère de la première victime de Merah, venue justement «faire passer le message du vivre ensemble» auprès de 25 élèves de CM2.

Les deux ministres avaient ensuite signé à la préfecture une «Charte de la fraternité», paraphée par les représentants toulousains de six grandes religions. «Cette charte est une magnifique occasion de tracer un chemin», a souligné Bernard Cazeneuve en ajoutant: «C’est notre projet commun, c’est par la République qu’on combattra la haine. Elle doit être forte dans ses valeurs, toujours debout».

Lors du rassemblement nocturne, auquel participait aussi l’ambassadeur d’Israël, Bernard Cazeneuve a réaffirmé l’attachement de la République aux Juifs de France tout comme l’ancien chef de l’Etat et président de l’UMP, Nicolas Sarkozy.

Les deux responsables politiques ont à quelques minutes d’intervalle conjuré les Juifs de ne pas quitter le pays pour trouver plus de sécurité ailleurs, particulièrement en Israël. «Vous appartenez à l’Histoire de la France, ses malheurs, son miracle: la France ne serait pas la France sans la présence du judaïsme et des Juifs de France» a déclaré M. Sarkozy.

Comme en écho le ministre de l’Intérieur a lancé: «Partir, quitter la France offrirait une insupportable victoire posthume aux assassins (...) si vous partez c’est la France qui se met à genoux».

Au-delà des victimes de Merah, a souligné la représentante du Crif, l’hommage a concerné «toutes les victimes du terrorisme jihadiste». Bernard Henri-Levy est intervenu en clôture de la cérémonie sur l’antisémitisme moderne.
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19/03/2015 - A quatre jours du scrutin, la crise est ouverte dans le canton 6 qui regroupe l'ensemble des quartiers du Mirail où l'une des deux suppléants de Marc Biazotto et Marie-Jeanne Fouqué, a décidé de ne plus faire partie de l'équipe constituée par les deux adjoints de Jean-Luc Moudenc au Capitole. Carine Metallaoui, 39 ans, partie comme les deux candidats titulaires sous l'étiquette de la société civile mais avec le soutien de l'union de la droite et du centre, a jeté l'éponge hier.

Amokrane Siefer, 70 ans, l'autre suppléant du binôme, a indiqué hier à «La Dépêche du Midi» ne pas partager la décision de sa collègue. «Je reste candidat et fier de l'être», a-t-il indiqué. Dans un SMS adressé mardi soir à Marie-Jeanne Fouqué dont elle était la suppléante, et confirmé ce mercredi par un courrier officiel adressé au maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, elle annonce sa volonté de se retirer de la campagne avant le scrutin de dimanche.

Parmi les motivations qu'elle détaille dans son courrier de démission, Carine Metallaoui explique avoir été déçue par ce qu'elle considère comme une mise au placard. «Rapidement, cette campagne à quatre s'est transformée à deux (seulement les titulaires). Ma tâche consiste alors à distribuer uniquement les tracts avec mon équipe d'amis qui s'étaient joints aux bénévoles… Je n'ai été conviée à faire acte de présence que sur certains évènements (deux ou trois au total) qu'ils choisissaient de me faire partager. Mis à part ça, je n'ai ressenti aucune considération, ni marque de sympathie, à part mon nom et mon image sur une photo à quatre qui était distribuée en masse… Par ces différents actes, j'en ai donc conclu que dans cette campagne, je n'ai servi que de faire-valoir et d'appât de voix pour certains quartiers qu'il fallait conquérir par des tracts avec photo uniquement.», dénonce-t-elle dans le courrier adressé à Jean-Luc Moudenc.

Ce retrait de la suppléante de Marc Biazotto et Marie-Jeanne Fouqué ne devrait pas avoir de conséquence sur la tenue du scrutin. Les textes officiels prévoient en effet «qu'il n'est pas possible pour des candidats de se retirer juste avant la tenue des élections. Un engagement que souligne Franck Biasotto. «Notre remplaçante n'a peut-être pas saisi l'étendue de ses obligations et de son devoir», indique le candidat, qui dit sa surprise «de découvrir sa décision par voie de presse. Pour l'instant, je n'ai reçu qu'un SMS». L'élu toulousain conteste enfin les griefs qui lui sont adressés, tout comme à Marie-Jeanne Fouqué. «Notre remplaçante a été associée à tous les événements de la campagne».
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Pour les jeunes en service civique, la Fol 36 organise des journées de formation où sont abordées des notions comme la discrimination ou la laïcité.

19/03/2015 - A compter du 1er juin, le service civique deviendra universel. Chaque jeune qui le souhaite pourra ainsi effectuer une mission en service civique, ce qui n'est pas le cas actuellement. Seul un jeune sur quatre, en moyenne, trouve « chaussure à son pied ».

Si certains y voient une alternative au chômage – chaque mission est rémunérée 500 € environ par mois –, le service civique est avant tout « une expérience citoyenne auprès des associations, dans un mode de fonctionnement démocratique », avance Laurent Texier, de la Fédération des organisations laïques (Fol) de l'Indre. Et pour bien comprendre les enjeux, les jeunes engagés en service civique doivent suivre deux journées de formation organisées par la Fol, à la demande de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) de l'Indre.

Des exemples concrets qui confrontent les opinions de chacun
Au menu, par exemple, mardi dernier : une matinée consacrée aux discriminations, et un après-midi à la laïcité.
« Nous ne voulons pas faire de cours, distiller un savoir, mais aborder des concepts par des aspects pratiques », détaille Laurent Texier.

Mardi matin, assis autour d'une table, verre de jus d'orange où café à la main, une quinzaine de jeunes ont ainsi réfléchi ensemble sur différents cas de discriminations vécues. Et leurs réponses pénales. Comme cette employée amputée d'un avant-bras qui s'est vue refuser un emploi de vendeuse. Ou ce gérant de salle de fitness qui a bloqué l'accès de son établissement à un groupe d'étrangers. Les échanges fusent et les opinions se confrontent. « Nous ne partageons pas la même vision des choses, alors c'est bien s'échanger, de voir autre chose », estime Aurélien qui effectue un service civique au pôle espoir du club de foot de Châteauroux.

« Cela me permet, au fur et à mesure, de définir des concepts tels que les préjugés, les stéréotypes, les différents types de discrimination », complète Laurent Texier. On apprend ainsi qu'il existe des discriminations légales, qu'il faut savoir faire la différence entre discrimination et inégalité de traitement, ou encore bien prendre conscience que la discrimination est un acte, et non pas une pensée.

On est bien loin des cours de citoyenneté donnés au collège, plutôt « moralisateurs » estime Laurent Texier. Ici, il s'agit de donner des outils de réflexion citoyenne et de compréhension de la loi. Et de pointer du doigt, à l'occasion, le discours simpliste des extrêmes, entre stéréotypes et préjugés.

Élodie Corvée
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Invité par Gilles Bouleau sur le plateau du JT de TF1, Nicolas Sarkozy s'est exprimé sur différents sujets d'actualité. Il a notamment affirmé qu'il était contre les menus sans porc à la cantine et le port du voile à l'université, au nom de la "République" et de la "laïcité". Pour notre contributeur Béchir, étudiant en droit, l'ancien président ne fait qu'opposer les Français les uns aux autres.

18/03/2015 - Mardi soir, en regardant le JT de 20h, j'ai pour ainsi dire avalé mes merguez de travers. Ça faisait longtemps qu'on avait pas entendu Nicolas Sarkozy s'exprimer aussi violemment.

En trois phases, l'ancien président a d'une part nié l'existence même de notre constitution et du bloc de constitutionnalité, de la loi sur la laïcité de 1905 et il a proféré à l'égard d'une partie non négligeable de la population des remarques irrespectueuses et irresponsables.

Des polémiques de bas étage
À l'occasion d'un reportage sur le porc à la cantine, une nouvelle fois au cœur d'une polémique après la décision du maire UMP de Chalon-sur-Saône de supprimer les plats de substitution, Nicolas Sarkozy réagit en nous parlant de République :

"La France a une identité aussi, la France est une République, ce n'est pas simplement une démocratie [...] dans une République on est plus exigeant, la République c'est la laïcité".

Et il enchaîne en évoquant deux sujets tout droit tournés vers les musulmans. Sans m'étendre sur ces polémiques de bas étage dont on se fiche totalement et qui ne devraient même pas être évoquées, j'aimerais répondre, non pas en qualité de Français de confession musulmane, mais en qualité de républicain à Monsieur Sarkozy.

La République respecte toutes les croyances
La République, Monsieur Sarkozy, elle naît dans les tréfonds de notre Constitution : celle de 1958, adoptée le 28 septembre 1958 par référendum et finalement promulguée le 4 octobre de la même année, mais aussi de l'ensemble du bloc de constitutionnalité, à savoir le préambule de la Constitution de 1946 ou encore la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen.

La République, Monsieur Sarkozy, elle "respecte toutes les croyances" et elle permet que "nul ne [soit] inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble par l'ordre public établi par la Loi".

La République, Monsieur Sarkozy, c'est ce régime qui, au lendemain de l'un des pires massacres de notre histoire déclarait ceci :

"La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'État" (ce qui ne prend pas en compte leur "éducation" familiale qui peut être religieuse ou leur mode de vie, qui relève de l'autorité parentale).

La République, Monsieur Sarkozy, elle ne reconnaît pas la stricte égalité entre tous ses concitoyens, mais l'égalité de traitement, ainsi qu'il est rappelé dans l’article 1 de la DDHC :

"Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune".

La République refuse les stigmatisations
La République, Monsieur Sarkozy, elle ne reconnaît pas votre tradition républicaine qui consiste à stigmatiser une partie de la population. La République a une identité, en effet, mais celle-ci est autre que ce que vous nous racontez.

La République c'est une langue, le français ;c'est un emblème national, le drapeau tricolore bleu, blanc, rouge ; c'est un hymne national, "la Marseillaise" (que vous oubliez parfois de chanter) ; c'est une devise (dont vous oubliez toujours le troisième principe), "liberté, égalité, fraternité" et c'est aussi un principe fondateur (que vous n'avez jamais respecté) : "Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple".

La République, Monsieur Sarkozy, c'est le refus des stigmatisations, des discriminations, c'est la grande tradition de la laïcité française qui ne se conçoit que dans une logique de respect et non de la négation des religions.

Cette vraie tradition, elle naît au cœur de nos entrailles, dans les racines les plus profondes de notre démocratie : lorsque pour la première fois en 1905, des hommes se lèvent contre les églises et déclarent que la République ne doit pas tenir compte de leurs influences dans l'enseignement des enfants, mais qu'elle "assure la liberté de conscience" et qu'elle "garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public."

Nicolas Sarkozy sape nos valeurs
La République, Monsieur Sarkozy, c'est un principe que vous avez oublié, car à force de jouer à la voiture-balai derrière le Front national, vous omettez que vous avez été un jour président de ce pays.

Vous sapez nos valeurs, nos principes et bien que vous trempiez dans une dizaine d'affaires judiciaires, vous vous fichez de l'avis des Français et de la volonté d'établir une République exemplaire.

Enfin, la République, Monsieur Sarkozy, c'est un sujet tellement important pour les Français (et pour les jeunes d'origine étrangère comme moi), qu'on ne peut se permettre de le dévoyer pour des histoires de plat à la cantine ou de voile à l'université.

Respectez une fois pour toute la très large majorité des musulmans et excusez-vous de ces propos malencontreux, qui au détour d'une phrase nous ont fait croire que le "modèle de la République" était de manger du porc.

Il faut cesser d'agiter le chiffon rouge
Depuis tout petit, nous avons mangé des repas de substitution à la cantine, depuis tout petit, nous vivons ensemble et le fait de ne pas manger de porc ne m'empêche pas de partager avec mes amis l'amour de la République.

Il n'y a pas d'antagonisme entre islam et démocratie, il faudrait juste une fois pour toute cesser d'agiter le chiffon rouge et de vouloir nous opposer les uns aux autres.

Ça ne fonctionne que sur les faibles d'esprit : mais ça, vous ne le comprendrez sans doute jamais et c'est ce qui fait que vous ne serez jamais plus président de ce pays.
© Nouvel Observateur

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L'ex-porte parole de Génération Identitaire et chargé de la communication du maire FN de Beaucaire était poursuivi pour provocation à la haine raciale, pour des propos en lien avec les distributions de nourriture organisées en faveur des «SDF Français de souche». Par Blandine Le Cain

18/03/2015 - La condamnation morale n'a pas engendré de peine judiciaire: l'ancien porte-parole du groupe d'extrême-droite Génération Identitaire, poursuivi pour provocation à la haine raciale, a été relaxé mardi. Damien Rieu, le pseudonyme sous lequel il est connu, était mis en cause pour des propos tenus en 2013 dans un reportage consacré aux maraudes à destination des SDF «Français de souche» initié par les jeunes identitaires lyonnais.

En janvier 2013, Damien Rieu et d'autres membres du groupe Rebeyne, qui rassemble les jeunes de Génération Identitaire à Lyon, annoncent la distribution de nourriture et couvertures à destination des SDF «Français de souche». Pour justifier l'opération médiatique, baptisée «Génération Identitaire-Génération Solidaire», l'organisation d'extrême-droite oppose «d'une part, les clandestins qui s'invitent de force dans notre pays, usent et abusent de notre générosité, squattent et profanent nos églises; d'autre part, les Européens qui crèvent la gueule ouverte dans la rue dans l'indifférence générale.»

Cette campagne suscite la colère d'associations antiracistes et antifascistes locales. SOS-Racisme dénonce les «distinctions physiques» que suppose cette distribution ciblée, pointant un «délit de faciès». Le Collectif de vigilance contre l'extrême-droite du Rhône dénonce de son côté une «distribution discriminatoire de nourriture», mode opératoire «bien connu des groupuscules identitaires et fascistes» que «la préfecture du Rhône n'aura de toute façon pas d'autre choix que de faire interdire».

Le précédent des «soupes au cochon»
L'initiative fait écho aux polémiques ayant entouré les distributions de «soupe au cochon» aux sans-abris dans certaines grandes villes: à Paris, l'association «Solidarité des Français» avait lancé en 2006 la distribution d'une soupe contenant du porc, exclu notamment du régime alimentaire des juifs et musulmans. L'opération avait finalement été interdite par un arrêté préfectoral, interdiction validée par une ordonnance du Conseil d'État en 2007. Mais dans le cas des maraudes «identitaires», le préfet du Rhône a choisi de ne pas intervenir, souhaitant éviter toute «publicité» à cette «méchante bêtise xénophobe». L'interdiction pour «trouble à l'ordre public» était par ailleurs impossible, selon lui, la distribution ne s'effectuant pas dans un lieu fixe.

SOS-Racisme a donc choisi d'engager une action en justice. «Initialement, on voulait attaquer contre le caractère discriminatoire des maraudes», explique au Figaro Olivier Borel, porte-parole du comité du Rhône. «Mais il aurait fallu pour cela qu'une victime qui se serait fait refuser une aide puisse être identifiée», précise l'associatif. L'organisation s'est donc appuyée sur les propos du communiqué de presse, ainsi que ceux tenus par Damien Rieu dans un reportage de la chaîne locale TLM. Damien Rieu y affirme face à la caméra que «les Français de souche vivent aujourd'hui dans la rue. Ils ne peuvent accéder aux centres d'hébergement et ont des problèmes de logement». «Nous on pense que, encore une fois, c'est le facteur immigration qui est responsable de cette situation», ajoute-t-il, avant de conclure: «Pour nous la priorité c'est d'aider les Français de souche, comme la priorité du gouvernement c'est d'aider les Roms et les immigrés dans ce pays.»

Damien Rieu, devenu directeur adjoint de la communication de la mairie FN de Beaucaire (Gard), est un habitué des actions coups de poing de Génération identitaire. On le retrouve sur la mosquée de Poitiers, sur le toit du siège du Parti socialiste ou encore parmi les initiateurs d'un rassemblement interdit à l'occasion du match France-Algérie de la Coupe du monde de football l'été dernier. «Même si j'avais été condamné, cela n'aurait pas été grave: la décision aurait déclenché un scandale car nous avons reçu de très nombreux soutiens», assure-t-il au Figaro, saluant la décision d'un «juge qui a su faire du droit et pas de la politique».

«On ne va pas faire demi-tour si on voit un Rom»
«Ça a fait polémique dans les rédactions et les associations antiracistes, mais pas pour la France d'en bas», affirme le militant d'extrême-droite. Selon lui, les maraudes identitaires ont d'ailleurs perduré à Lyon et dans d'autres villes. Difficile toutefois de comprendre leur fonctionnement. «On aide les gens qui sont dans la rue, on ne leur demande pas leur carte d'identité et on ne va pas faire demi-tour si on voit un Rom», précise Damien Rieu. Avant de constater, malgré tout, qu'«il y a beaucoup de Français» dans la rue, et de réaffirmer sa position en faveur d'une «priorité nationale dans les centres d'hébergement» pour sans-abris.

Malgré les six mois de sursis requis par le parquet lors de l'audience du 20 janvier, le tribunal a donc relaxé Damien Rieu. «Les propos incriminés n'excèdent pas les limites du débat public dans une société démocratique», peut-on lire dans le délibéré. «Les propos du communiqué n'ont pas été retenus, sans que l'on sache pourquoi», détaille Olivier Borel, qui souligne l'incompréhension de SOS-Racisme. «Ce sont pourtant des propos assez clairs d'appel à la discrimination.» L'association se prononcera dans les prochains jours sur un éventuel appel de la décision.
© Le Figaro

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INVOQUER LA SEULE MORALE CONTRE LE FRONT NATIONAL, QUELLE ERREUR?! (France)

Il faut parler aux électeurs sensibles aux sirènes du Front national de ce qui les concerne, de leurs intérêts, de leurs problèmes: chômage, misère, insécurité. Par André Comte-Sponville

18/03/2015 - Les élections départementales vont se dérouler, dimanche prochain, dans un étrange climat, fait d’inquiétude (surtout à gauche) et d’embarras (surtout à droite). Tout laisse craindre que l’abstention et le Front national y battent des records, marquant ainsi, une nouvelle fois, le discrédit dont les partis de gouvernement sont l’objet. On comprend que notre Premier ministre sonne le tocsin. Mais qui peut croire que cela suffira ?

Manuel Valls regrette que les intellectuels ne se mobilisent pas davantage contre l’extrême droite. Soit. Mais qu’attend-il de nous ? Que nous fassions, une fois de plus, la morale aux Français ? Que nous dénoncions le racisme et la xénophobie ? Pas besoin d’être un intellectuel pour ça – tous les médias, ou presque tous, le font depuis trente ans. Avec un succès limité, c’est le moins que l’on puisse dire, spécialement dans la dernière période ! Parce que Marine Le Pen est plus habile que son père ? Sans doute. Mais l’essentiel est ailleurs. Non dans le discours du Front national, mais dans notre façon d’y répondre.

L’erreur de toute la gauche bien-pensante, depuis trente ans, et celle aussi d’une bonne partie de la droite, c’est d’avoir mené, contre le Front national, un combat essentiellement moral –"sur le front des valeurs", comme on dit –, plutôt que sur celui des intérêts. C’était un contresens sur la politique. Celle-ci n’oppose pas les bons et les méchants, ni le bien et le mal, ni le camp de la vertu à celui du vice : elle oppose des intérêts différents (c’est ce que Marx appelait la lutte des classes) ou des visions différentes de l’intérêt commun. À ne parler que de morale – à des gens qui ont une vie tellement plus difficile que la nôtre ! –, on laisse entendre que cela pourrait en effet être leur intérêt que de voter Front national, mais que la morale, évidemment, l’interdit… Tragique erreur !

Car si l’on oppose ainsi la morale aux intérêts, il n’est que trop certain que ce sont les intérêts, ou supposés tels, qui finiront par l’emporter. Pas étonnant que ce discours moralisateur soit contre-productif ! Ce n’est pas seulement un contresens sur la politique ; c’est un contresens sur les êtres humains, qui n’ont jamais massivement renoncé à leurs intérêts particuliers au nom de valeurs désintéressées, fussent-elles universelles. Certains le firent ? Certes. C’est ce qu’on appelle un héros ou un saint, et nous les admirons tous. Mais qui peut croire que héros ou saints feront une majorité ?

Faut-il alors renoncer à parler de morale ? Bien sûr que non ! Elle est aussi nécessaire qu’insuffisante. Prenons par exemple la question de l’immigration, puisque c’est le fond de commerce de l’extrême droite. Combattre le racisme et la xénophobie ? C’est une noble tâche, dont nul ne saurait légitimement s’exempter. Mais qu’est-ce que cela nous dit sur l’immigration dont la France a besoin, ou sur celle, potentiellement plus nombreuse, dont elle a le droit de se protéger ? De grâce, ne comptons pas sur l’antiracisme, ni même sur les droits de l’homme, pour tenir lieu de politique de l’immigration !

La morale est universelle et désintéressée : elle n’a ni patrie ni frontières. Toute politique, à l’inverse, est particulière : parce qu’elle défend d’abord les intérêts d’un certain peuple. Je ne connais pas d’État qui ait procédé autrement, ni n’en puis concevoir. Que serait une politique française qui ne ferait pas des intérêts de la France et des Français sa priorité ? Que sera la politique européenne que nous voulons construire, si elle ne défend pas d’abord les intérêts de -l’Europe et des Européens ? Ce n’est pas être d’extrême droite que de poser ces questions. C’est au contraire faire le jeu de l’extrême droite que de les juger obscènes – laissant ainsi le Front national afficher la prétention exorbitante d’être le seul parti à faire de la France sa priorité !

Bref, contre l’extrême droite, parlons un peu moins de morale, un peu plus de politique ; un peu moins de nos valeurs, un peu plus de nos intérêts. Cela ne nous dispense pas, en tant qu’individus, d’agir moralement, par exemple de faire passer l’intérêt des plus pauvres, quelle que soit leur nationalité, avant le nôtre. Mais combien le font ? Et quel sens y a-t-il à demander aux États, dont ce n’est pas la fonction, de faire preuve d’une générosité dont les individus, qui devraient moralement y tendre, sont le plus souvent incapables ?

"La morale n’est jamais pour le voisin", disait Alain. Gardons donc nos leçons de morale pour nous-mêmes, qui en avons tant besoin ! Et parlons aux Français – par exemple aux électeurs tentés par le Front national – d’autre chose, moralement moins admirable, politiquement plus pertinent : des problèmes qu’ils rencontrent ou qui les écrasent, du chômage, de la misère, de l’insécurité, et des moyens d’y faire face. Économistes et sociologues, là-dessus, ont sans doute plus à dire que les philosophes. Et les hommes politiques, cher Manuel Valls, plus à faire que les intellectuels !
© Challenges.fr

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L'ancien candidat du Front de gauche conteste les informations de deux journalistes du «Monde» contenues dans un livre sur le conseiller d'extrême droite de Nicolas Sarkozy.

18/03/2015 - L'amitié de Jean-Luc Mélenchon avec Patrick Buisson, conseiller d'extrême droite qui a influencé la présidence Sarkozy de 2007 à 2012, est une «pure invention», a réagi mardi soir l'ancien candidat du Front de gauche à la présidentielle sur son compte Facebook. Il réagissait aux reprises médiatiques (dont celle de Libération) dont a fait l'objet un livre de deux journaliste du Monde, Ariane Chemin et Vanessa Schneider, à paraître jeudi.

Dans cet ouvrage, les deux journalistes affirment notamment que Jean-Luc Mélenchon et Patrick Buisson entretiennent depuis plusieurs années une relation amicale, qui aurait notamment eu un impact politique dans le choix de Jean-Luc Mélenchon de quitter le PS en 2008 : «Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. Il est de ceux qui l’encouragent à quitter le Parti socialiste en 2008». Cette relation expliquerait aussi pourquoi Jean-Luc Mélenchon fut moins sévère avec Nicolas Sarkozy qu'avec François Hollande et Marine Le Pen lors de la campagne de 2012, et pourquoi, à l'inverse, Nicolas Sarkozy a montré des signes de respect pour le leader de gauche.

Pour Jean-Luc Mélenchon, la publication de cette «histoire inventée» «cinq jours avant les élections départementales» vise à «conforter la thèse du PS selon laquelle nous serions des agents de la droite et de l’extrême-droite». Sur sa relation avec Patrick Buisson, il explique avoir «jouté de nombreuses fois contre monsieur Patrick Buisson sur des plateaux de télé» et avoir «toujours apprécié son opposition totale à mes analyses». Pour toutes rencontres en dehors de ces plateaux, il cite «son invitation a la remise de sa légion d’honneur à l’Elysée il y a quelques années», et une rencontre «dans un bar» à propos «d’un livre qu’il écrivait dont j’ai oublié le sujet».

A sa suite, plusieurs personnalités du Parti de gauche, dont le secrétaire national Alexis Corbière et le coordinateur politique Eric Coquerel, au nom du parti, ont dénoncé une «vision rabougrie et complotiste» pour l'un, et «une campagne de calomnie» pour l'autre.
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18/03/2015 - Pour Jean-Christophe Cambadélis, « il y a aujourd’hui dans notre pays une impunité pour le Front national et l’extrême droite ». Invité du « Forum France Bleu-France Info », mercredi 18 mars, à quelques jours du premier tour des élections départementales, le premier secrétaire du PS, a poursuivi : « Aujourd’hui, on peut dire ce que l’on veut dans l’espace public, on peut faire ce que l’on veut, être soutenu par les banques poutiniennes, détourner les fonds du Parlement européen pour financier l’ensemble de son appareil politique, ça n’intéresse personne. »

Pour M. Cambadélis, « le danger, c’est l’irrésistible ascension du FN sur des thèmes qui sont perturbants pour notre démocratie, quand on voit que dans 60 départements, il y a des propos homophobes, islamophobes, racistes, antisémites qui sont prononcés, on balaye ça, d’un revers de main ».

« La société française va à l’extrême droite »
« On a une situation – à partir du moment où le FN est dans une dynamique et où personne ne dit rien à part les socialistes – où toute la société française va à l’extrême droite, a estimé le premier secrétaire du PS. Et c’est très dangereux pour notre pays. »

Pour le premier secrétaire du PS, la « quasi-fusion entre l’extrême droite et la droite extrême amène Nicolas Sarkozy à courir derrière cette base électorale qui se radicalise », « il a prononcé les mêmes propos ». Il voit ainsi l’annonce, lundi 16 mars, de la fin des menus alternatifs sans porc dans les cantines de Chalon-sur-Saône, comme l’illsutration « de ce qui est en train de se passer dans notre pays ».

Pour le député de Paris, « il ne faut pas se tromper de colère, on peut être en désaccord avec la politique menée au niveau national », mais, pour lui, la gauche est un « bouclier social » dans les départements. Et de poursuivre : « Demain, nous n’aurons plus ce bouclier, nous aurons des majorités de droite, et Nicolas Sarkozy a annoncé ce qu’il voulait faire, ou des majorités qui seront aiguillonnées par le FN. »

« Il faut se mobiliser, d’autant que les résultats arrivent », a répété M. Cambadélis qui craint non pas un « vote sanction », mais une « abstention sanction ». « La gauche doit faire front ensemble parce que nous défendons, sur les élections départementales, les mêmes principes et les mêmes valeurs ». « Le problème est important, parce que si on combine l’abstention et la division, je vous donne le résultat, la gauche est éliminée. »
© Le Monde

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18/03/2015 - Débat avec Marwan Mohammed Sociologue chargé de recherches au CNRS Éric Coquerel Coordinateur politique du PG, conseiller régional d’Île-de-France et David Isaac Haziza Ancien élève de l’ENS ULM, doctorant à Columbia University

Islamophobie et critique des religions. Au-delà des mots par Marwan Mohammed Sociologue chargé de recherches 
au CNRS
Dans un communiqué du 12 mars 2015, l’un des leaders du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, s’est réjoui de la condamnation, pour diffamation à son encontre, d’Alain Juppé, de Jean-François Copé et de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui l’avaient accusé de nourrir l’antisémitisme. En conclusion de son communiqué, M. Mélenchon rappelle à juste titre que « cette banalisation dans l’accusation d’antisémitisme est irresponsable et dangereuse pour la République ». Ce qui est dit très justement dans cette phrase, c’est que certaines utilisations des mots qui nous servent à désigner les différentes formes de racisme sont malhonnêtes, dangereuses et parfois simplement erronées. Et il a raison. Mais le problème vient-il des mots ? Non. Faut-il les bannir en raison de leurs mésusages ? Non plus, et tant mieux, car, par exemple, le mot antisémitisme, malgré ses nombreuses imperfections, est nécessaire pour désigner cette forme de racisme qui, comme toutes les autres, est odieuse, a sa propre histoire et vise une partie spécifique de la population (ce qui ne doit pas occulter la nécessité de combattre tous les racismes ensemble, dans la convergence et sans hiérarchisation). La nécessité de distinguer un concept et ses usages est donc une idée banale qui pourrait s’appliquer au mot islamophobie, mais que refusent des personnalités publiques et des organisations, dont le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Ceux qui pointent le fait qu’il y a un risque de pervertir le terme d’islamophobie pour faire taire toute critique de la religion musulmane ont raison sur le fond. Mais est-ce le terme ou certains de ses usages qui posent problème ? Faudrait-il alors bannir tous les mots susceptibles d’être instrumentalisés ? Pour dépasser ces polémiques sans fin et parfois douteuses sur le terme d’islamophobie – au lieu de se focaliser sur la réalité de plus en plus alarmante qu’il désigne –, il est toujours possible d’exercer ce sens critique, que l’on chérit tant, sur les usages dont il fait l’objet dans le débat public. L’exercice n’est toutefois pas si facile. En effet, les frontières sont poreuses et les glissements nombreux entre l’islamophobie (entendue comme altérisation, essentialisation, infériorisation, rejet de l’autre en fonction de son lien réel ou présumé à la religion musulmane) et la critique légitime de l’islam comme dogme, corpus, théologie, etc. Car, en face de ceux qui instrumentalisent le terme d’islamophobie, se dressent ceux qui manipulent par euphémisation, insinuation, métonymie, sous-entendu, la critique de la religion musulmane. À côté de ce premier argument, de loin le plus mobilisé, de nombreux commentateurs pensent encore que le mot islamophobie a été inventé par des mollahs iraniens afin d’interdire tout blasphème, alors que ce terme n’a pas d’équivalent en persan et que l’on doit son invention, en 1910, à des orientalistes français spécialistes de l’islam ouest-africain. Pour d’autres encore, le suffixe « phobie » implique de définir l’islamophobie comme peur irraisonnée, en évacuant les dimensions de la haine, du rejet et du racisme. Et, de fait, la peur n’est pas condamnable et, répétons-le, la construction sémantique de cette notion est loin d’être idéale. Mais, là encore, allons au bout du rigorisme nominaliste et bannissons du débat public des mots aussi essentiels que xénophobie, négrophobie ou homophobie, au prétexte qu’ils sont construits avec le même suffixe. Cela aura nécessairement des conséquences, car si l’on refuse l’utilisation du terme d’homophobie, nous participerons à nier l’existence de haines et de discriminations contre les homosexuel-le-s. Là où il a émergé, notamment en Occident, le terme d’islamophobie a légitimement été soumis à un examen critique, à des débats et des discussions, puis il s’est imposé au regard de la réalité empirique, malgré ses imperfections. Il faut bien nommer la réalité. Contrairement à la France, les opérateurs du débat public et les pouvoirs publics de ces pays ont jugé que l’inquiétante réalité que désigne le mot islamophobie méritait davantage d’attention et d’énergie que les défauts sémantiques ou les risques de mésusages qu’il charriait. Les promoteurs du bannissement du mot islamophobie ont des profils et des motivations qui diffèrent. Outre leur déni du mot, leur principal point commun est d’ignorer la réalité qu’il désigne (quelle que soit la notion utilisée) et les mobilisations qui en découlent. Il serait enfin souhaitable, pour la clarté du débat, qu’ils se questionnent sur les raisons non sémantiques, intimes, profondes, politiques qui les amènent à une telle résistance face à la reconnaissance de l’islamophobie.

Un débat délicat par Éric Coquerel Coordinateur politique du PG, conseiller régional d’Île-de-France
Le débat sur l’islamophobie est délicat. Il se déroule sur une ligne de crête. Car il y a incontestablement une montée, en France, d’une discrimination spécifique envers la religion musulmane, ses lieux de culte comme ses croyants. Comment refuser l’un tout en répliquant sans faiblesse à l’autre ? Voilà toute la question qui nous est posée. Il ne s’agit pas là d’un débat sémantique : il revient en fait à ne jamais céder sur le droit à la critique libre des religions, blasphème inclus, à ne jamais tomber dans le piège du choc des civilisations, tout en luttant contre tout racisme, y compris quand il se dissimule dans un rejet systématique et particulier d’une religion qui, dès lors, peut devenir une atteinte à la liberté de conscience, celle de croire, comme de ne pas croire. Or, le problème avec la notion d’islamophobie, c’est qu’elle permet aisément de passer de l’un, l’expression d’un antiracisme, à l’autre, faire passer la critique d’une religion du registre de la liberté d’opinion à celle d’un délit, au moins moral, donc condamnable. Les mots ont une histoire. On ne peut les en extraire sous peine d’en perdre le dessein. L’origine moderne de l’islamophobie remonte à la fin des années 1970, quand, dans le tout nouveau régime des mollahs en Iran, on traite d’« islamophobes » les femmes qui refusent de porter le voile. L’intention est claire, elle tient en réalité à transformer des « dissidents » en malades mentaux atteints d’une phobie. Plus tard, les Versets sataniques de Salman Rushdie se verront accusés du même mal. Le terme islamophobie est donc incontestablement lié à la montée d’un islam politique. En France, il entre dans le débat public au moment de la loi sur les signes distinctifs à l’école, dont, principalement, le voile. Ce débat fait rage à gauche. J’ai appuyé cette loi, considérant qu’il fallait refuser toute tentative de « communautariser l’école », c’est-à-dire donner la priorité à l’appartenance à une communauté sur l’universalisme républicain. Mais ce débat se double rapidement d’un autre : la France a-t-elle le droit de s’en prendre aux pratiques religieuses d’une population déjà discriminée socialement après l’avoir été colonialement ? Ce déplacement du racisme sur le champ religieux, même s’il a des fondements objectifs, est incontestablement un effet et une victoire idéologique de la théorie du choc des civilisations. Celle-ci fait mine de donner un fondement religieux aux conflits géopolitiques, économiques et sociaux. Conçue par l’administration Bush, largement alimentée par les États religieux qui, après l’Iran, se sont revendiqués d’un islam politique, la théorie voit également aujourd’hui un Benyamin Netanyahou vouloir légiférer sur la transformation d’Israël en « État-nation des juifs ». Elle cache non seulement d’autres ressorts – conflits de classes, conflits géopolitiques, politiques impérialistes –, mais aussi engendre les pires fanatismes. La France en a longtemps été prémunie. Cette théorie est-elle aujourd’hui un danger pour la République ? Oui, comme tout ce qui a pour objet d’atomiser, de diviser, d’opposer le peuple. C’est le même objectif que poursuit justement le FN en poussant à la xénophobie et la haine. L’antidote ? Tout d’abord, ne laisser passer aucune de ces formes de racisme, que ce soit l’antisémitisme ou le racisme antimusulman, sans réagir. Ce qui ne doit pas pour autant nous conduire, comme le proposait le meeting du 6 mars, à signer des appels avec des organisations à mille lieues de nos valeurs. Ne rien céder également sur laïcité, qui est le mode opératoire du vivre-ensemble, et donc également la meilleure protection pour chacun de pouvoir vivre librement sa foi dans la sphère privée. Enfin, si on veut que la République ne soit pas seulement un mot vide de sens face au repli communautaire, rappeler qu’il n’est pas étonnant que des populations ne se reconnaissent plus en ses valeurs lorsque, sous les coups du libéralisme, elle abandonne l’objectif d’égalité sociale.

Une escroquerie intellectuelle par David 
Isaac Haziza Ancien élève 
de l’ENS ULM, doctorant 
à Columbia University
Le propre d’un concept vrai, c’est son unité, et celui d’islamophobie n’en a pas : il rassemble la critique légitime, la détestation stupide et la peur de l’islam en les mettant sur le même plan que la haine des individus de confession ou de culture musulmane, faisant croire que l’on peut subsumer tout ça sous un seul mot. Derrière toute escroquerie, il y a une stratégie. Ici, empêcher le questionnement. Et si l’on se souvient que ce sont les mollahs iraniens qui en usèrent contre les femmes rebelles au voile, puis contre Salman Rushdie, on verra que, non seulement on a affaire à un discours infalsifiable, mais encore à un mot taché de sang. Il y a aussi la stratégie de ceux qui se sentent une dette vis-à-vis d’un autre essentialisé et infantilisé. L’islam a pourtant aussi colonisé et asservi, bien avant la naissance de l’islamisme en tant que tel. Et, à l’heure où l’on fait supplicier les homosexuels et crucifier des enfants en son nom, ses victimes demandent autre chose que la charité d’un colloque sur l’islamophobie. Ces musulmans qui critiquent l’islam et dénoncent l’islamisme doivent se sentir bien seuls en voyant qu’au lieu d’appuyer leur lutte, on se lie avec les Frères musulmans : parce que de nombreux catholiques espagnols étaient pauvres, les combattants des Brigades internationales devaient-ils s’entendre avec les prêtres franquistes ? Si je récuse la validité de ce concept, c’est aussi parce que son invention trahit la lutte plus que jamais nécessaire contre le racisme. Dire que l’islamophobie n’existe pas n’empêche pas de se battre pour ces humains que, loin d’en avoir fini avec sa propre pulsion de mort, l’Occident rejette, exclut et va parfois jusqu’à tuer comme ce fut récemment le cas aux États-Unis. Mais critiquer n’est ni tuer ni incendier une mosquée, lieu de culture et d’identité cher à ceux qui y vont, que nous respectons. Salman Rushdie n’est pas Terry Jones, le sans-papiers athée n’est pas Marine Le Pen, eût-il moqué Mahomet ! Que l’on se souvienne de Jean-Marie Le Pen déclarant aux femmes voilées du Centre Zahra à quel point il partageait leurs valeurs : tantôt ces gens dénoncent l’islam sans discernement, tantôt ils se lient avec ses franges les plus extrêmes. Non, on ne peut assimiler la critique de l’islam au discours du FN. Critiquer est un droit que nous revendiquons. La religion n’est pourtant pas un simple système de pensée, il y va du sacré et de la vie de millions de gens, du fait de naître dans la foi et les rites de ses parents, de sa communauté, ce qui fait que nous ne saurions détester le croyant. Le sacré résiste. Si j’écris que l’islamophobie n’existe pas, je ne suis pour autant ni matérialiste ni naïvement anticlérical. Le philosophe Abdennour Bidar exprime à cet égard un paradoxe : nous oscillons entre sortie de la religion et retour du religieux ; nous sommes sortis, nous sommes hors de la matrice mais c’est là le nouveau visage de notre spiritualité. Alors, puisqu’on n’échappe pas à la religion, relisons les textes qui nous fondent, comme des hommes en lutte, en prenant garde à ne pas sombrer dans les dérives de l’appartenance et de l’absence de doutes. Sachons aussi leur faire violence. Il faut pouvoir critiquer l’islam tout en en mesurant la richesse et la diversité : il y a des islams et ils ne se ressemblent pas, des musulmans eux-mêmes fort divers, une multitude d’aspects enfin qui font qu’on ne saurait parler à la légère de l’islam. L’idée que je me fais du dialogue est celle d’une lutte où les mots, les questions qui dérangent, l’humour auraient remplacé les poings et les armes, comme Montaigne nous y invite dans De l’art de conférer. C’est pourquoi je ne veux voir l’islam ni comme un intouchable trésor, ni comme un tissu de naïvetés ou une religion de « bons sauvages ». Frères humains, nous ne partageons pas un « vivre-ensemble » qui ne signifie rien, mais l’erreur et la recherche de la vérité : sachons-le et parlons-nous dès lors sans pusillanimité.

Cent seize actes antimusulmans (28 actions contre des lieux de culte et 88 menaces) ont été recensés en France depuis les attentats parisiens perpétrés du 7 au 9 janvier, soit 110 % de plus que ceux comptabilisés pour l’ensemble du mois de janvier 2014, relevait fin janvier l’Observatoire national contre l’islamophobie.
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